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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Initiative

Des asperges, avec le pain et les croissants

Vie professionnelle

Publié le 02/06/2020

L’idée est partie de Théo et Camille, du club de basket de Furdenheim. Interpellés par la situation des producteurs d’asperges d’Alsace, privés d’une partie de leurs débouchés pendant la crise sanitaire, ils se sont rapprochés de Baguette Box, une start-up spécialisée dans la livraison de pain et viennoiseries à domicile. L’entreprise, qui compte 5 000 clients au bout de seulement un an d’existence, dispose d’une flotte d’une centaine de véhicules, de livreurs et de moyens de paiement en ligne. L’idée et les moyens étant réunis, il restait à assurer la mise en relation de Baguette Box et des producteurs d’asperges d’Alsace : c’est Groupama Alsace qui s’en est chargé, donnant naissance à l’opération « Asperges solidaires. »

 

 

En période habituelle, les clients commandent leurs baguettes et leurs viennoiseries sur le site de Baguette Box et se font livrer leur commande à domicile au petit matin, avant 6 h 30. Les produits leur sont déposés tout frais dans une boîte à pain en résine alimentaire, au prix du boulanger. Ils ont le choix de la boulangerie de leur secteur et peuvent bénéficier du service de livraison sans minimum de commande, moyennant un abonnement mensuel.

Le système étant rôdé, fallait-il encore l’adapter aux asperges. S’agissant d’une opération solidaire, Maurice Heitz, le créateur de Baguette Box, a choisi de l’ouvrir à tous, abonnés ou non de Baguette Box. Il suffisait alors de se rendre sur le site, de passer sa commande - de 1 kg à 5 kg d’asperges - et de payer en ligne, la livraison intervenant le lendemain entre 8 h et 12 h devant la porte du client. Cinq producteurs d’asperges ont participé à l’opération, les fermes Halter de Wasselonne, Nonnenmacher de Wœllenheim, Lux de Pfettisheim, Jost de Bilwisheim et les Asperges du Rhin de Sessenheim. Le principe de la vente au prix du producteur a été conservé, soit 10 € la botte, avec une participation aux frais de livraison de 1,50 €.

 

 

Un sacré coup de pouce

En 18 jours, plus de trois tonnes d’asperges d’Alsace ont été écoulées par Baguette Box. Avec la levée du confinement, les commandes se sont essoufflées d’elles-mêmes, les consommateurs retrouvant naturellement le chemin des fermes. L’opération aura en tout cas donné un sacré coup de pouce aux producteurs au moment où la saison s’annonçait catastrophique, souligne Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. En remerciement, les cinq producteurs concernés ont offert 300 kg d’asperges au service de réanimation du Nouvel hôpital civil de Strasbourg et 70 kg à un Ephad de la région strasbourgeoise.

 

 

Pour Maurice Heitz, qui ouvre chaque semaine de nouveaux secteurs de livraison dans le Bas-Rhin et depuis peu, dans le Haut-Rhin, cette action de solidarité constitue « une expérience » intéressante. Il a commencé à livrer, le troisième week-end de mai, des pots de pâte à tartiner Nut'Alsace à ses abonnés et songe à y ajouter des pots de miel et de confiture. Il a aussi été sollicité par des maraîchers, mais « on ne peut pas tout faire rentrer dans la boîte à pain », regrette-t-il, préférant se concentrer sur les produits autour du petit-déjeuner.

 

Tourisme rural

Une reprise à petits pas

Vie professionnelle

Publié le 31/05/2020

« 2020 avait très bien commencée. Quand le confinement a été annoncé, nous avons dû annuler plus de 1 250 contrats passés auprès de la centrale de réservation. Si on y ajoute les contrats passés en direct avec les propriétaires, ce sont environ 2 000 contrats qui ont été annulés dans le département », indique Maurice Waltsburger, président du Relais départemental du tourisme rural. La levée du confinement le 11 mai et la possibilité de se déplacer dans un rayon de 100 kilomètres autour du domicile ont signé une certaine reprise de l’activité. Une reprise à petits pas, constatée chez certains propriétaires de gîtes et assez inégale selon les secteurs géographiques.

Retrouver le vert à tout prix

Désormais, les propriétaires de gîtes ont les regards tournés vers le 2 juin. À partir de cette date, sauf retournement de situation, de nouveaux assouplissements sont attendus. Le Premier ministre devait notamment annoncer en fin de semaine jusqu’où les Français pourront partir en vacances cet été, rappelle le président du Relais départemental du tourisme rural du Bas-Rhin. Plus il augmentera la distance, plus les propriétaires de gîtes ont de chances de voir revenir les clients dans leurs structures - à plus forte raison si les frontières avec les pays voisins rouvrent dans la foulée. Mais ce n’est pas leur seule attente : voir l’Alsace passer au vert, selon la cartographie établie par le gouvernement, permettrait de gommer l’image peu rassurante d’une région fortement touchée par l’épidémie. « Il faut à tout prix retrouver le vert, n’hésite pas à dire Maurice Waltsburger, pour donner l’envie de revenir en Alsace en toute confiance. » Le président du Relais départemental exprime un dernier vœu : que les restaurants puissent à nouveau ouvrir leurs portes. C’est ainsi que l’Alsace redeviendrait la région attractive qu’elle a toujours été.

Les Gîtes de France ont, pour leur part, établi un protocole sanitaire pour garantir aux hôtes que leur hébergement sera préparé de manière rigoureuse. « Les propriétaires ont reçu des consignes de désinfection, qui doivent encore être validées par les instances gouvernementales. Elles entraînent des contraintes assez importantes au point qu’un petit nombre d’entre eux a préféré fermer ses plannings de réservation pour le moment. » Ce protocole sanitaire a pu être testé avant même la levée du confinement par les propriétaires qui ont accueilli des salariés travaillant sur certains chantiers bas-rhinois.

Pour tranquilliser encore un peu plus ceux qui hésitent encore à réserver, la fédération nationale des Gîtes de France a pris un autre engagement : celui de rembourser la totalité des frais de réservation si l’épidémie de Covid-19 venait à reprendre. Les séjours ou les acomptes versés pour des séjours annulés pendant le confinement ont d’ores et déjà été remboursés aux clients qui en faisaient la demande. Ceux qui en avaient la possibilité ont pu bénéficier d’un report dans un délai de 18 mois. Les Gîtes de France ont donc préféré jouer la carte de la souplesse et de la conciliation « dans un souci de fidéliser leurs clients », même si cela a occasionné un travail supplémentaire conséquent à la centrale de réservation.

Steige : week-end à la campagne

Les trois gîtes ruraux que tient Rachel Schieber, à Steige, sont complémentaires à l’activité agricole de la ferme du Manou, où son fils, Roméo, élève des vaches salers. « Nous n’avons eu personne depuis deux mois. Avec le confinement, tout s’est arrêté, on en a profité pour nettoyer, repeindre, faire de l’entretien… », explique-t-elle. Depuis le 11 mai, elle a senti que les choses commençaient à bouger. Certes, des clients qui avaient réservé pour le long week-end de l’Ascension ont annulé car ils venaient d’une autre région mais à leur place, Rachel Schieber a pu accueillir des Alsaciens ravis de se mettre au vert après des semaines de confinement, de voir les animaux de la ferme et de profiter de la piscine couverte.

Car, si ses hôtes viennent pour le cadre naturel de la vallée de Villé et pour la tranquillité des lieux, ils apprécient aussi de piquer une tête dans l’eau. Rachel Schieber avait pris l’initiative de mettre en place un planning pour permettre aux familles de chaque gîte de profiter de la piscine sans se croiser et elle a assuré la désinfection des berges, des douches et des toilettes après chaque passage. « Il y avait de l’appréhension de chaque côté mais finalement, tout s’est très bien passé », relate-t-elle, plutôt contente d’avoir pu se familiariser avec le nouveau protocole sanitaire l’espace d’un week-end.

Rachel Schieber sait que la saison 2020 ne ressemblera pas aux saisons précédentes : sans les longs week-ends de mai, sans les mariages qui lui ramènent habituellement de la clientèle en juin. Mais elle espère bien que les Alsaciens vont continuer à réserver pour des petits week-ends et a bon espoir qu’une fois la région repassée au vert, les réservations vont affluer de plus loin. Les appels reçus cette semaine sont en tout cas de bon augure. « On manque à nos clients », constate Rachel Schieber.

Vignoble : deux jours par ci, deux jours par là

Érinne Risch a ouvert un gîte labellisé Gîte de France de quatre personnes - Sun Wine - à Blienschwiller fin août 2019. « Nous sommes situés sur la Route des vins, c’est ce qui nous a permis de nous faire connaître au début. Nous recevons des clients allemands, suisses et d’un peu partout en France, raconte-t-elle. Le gîte était plein de mars à mai quand le confinement est arrivé. Nous avons dû tout annuler et encore aujourd’hui des clients annulent des séjours pour juin, juillet, août et même septembre. À cause de la limite des 100 km. On le fait gratuitement même si ça nous pénalise. » Chez elle, la proposition de reporter le séjour ne semble pas rencontrer le succès : trop d’incertitudes pour la suite. Alors, il y a bien « une ou deux réservations pour des week-ends mais ce n’est rien par rapport à un mois plein. »

Érinne Risch et son conjoint, vigneron indépendant, ne manquent pourtant pas d’idées pour attirer les vacanciers. Ils mettent à disposition une piscine, l’été, leur proposent des dégustations vins-tartes flambées et ils ont encore d’autres projets dans les cartons comme la location de vélos pour des balades dans les vignes et la construction d’un spa et d’un hamam. Ce dernier projet, qui aurait pu se concrétiser cette année, a d’ores et déjà été mis de côté vu la situation.

 

 

Plus au sud du vignoble mais, dans le Haut-Rhin, cette fois, Camille Schwander fait à peu près le même constat. Ses quatre hébergements - trois gîtes ouverts en 2017 et un quatrième ouvert deux ans plus tard à Kientzheim - se sont vidés avec le confinement et le redémarrage se fait attendre. Elle a bien eu quelques réservations pour mai et juin mais « c’est deux jours par ci, deux jours par là » et la demande se concentre surtout sur l’hébergement de deux personnes. Pour les deux grands gîtes (huit personnes), c’est le calme plat. Elle a pourtant assoupli les conditions de location : ils sont accessibles pour deux nuits au lieu d’une semaine habituellement, et elle a abaissé ses tarifs de 30 % jusqu’à fin juin sur les deux plateformes où elle est présente.

« Le Haut-Rhin, en ce moment, ça n’attire pas trop les touristes », constate Camille Schwander. Elle qui compte une forte proportion d’étrangers dans sa clientèle espère bien les retrouver dès que les frontières s’ouvriront. « J’ai des appels d’Allemands. Ils sont dans l’attente de savoir quand ils pourront à nouveau voyager », rapporte-t-elle, espérant tout de même pouvoir sauver le mois d’août. « La prochaine interrogation, ce sont les marchés de Noël. Si on perd la moitié de l’été et en plus les marchés de Noël, les pertes seront énormes. »

 

 

Krautwiller : on attend les Normands

Malgré la levée du confinement, Myriam Nicolle a décidé de garder son gîte fermé jusqu’au 31 mai. Situé à Krautwiller, à une vingtaine de kilomètres au nord de Strasbourg, il est aménagé dans une dépendance de sa maison : elle partage donc la cour, ainsi que certains équipements comme la buanderie, avec ses hôtes. Elle n’a donc voulu prendre aucun risque. Elle a bien été sollicitée par des professionnels qui reprenaient le travail et devaient trouver à se loger. Et même, tout au début du confinement, alors qu’elle n’était pas encore autorisée à recevoir du public, par des femmes fuyant un conjoint violent.

Pour l’instant, elle n’a pas de clients pour juin. Mais elle se réjouit d’avoir une réservation de deux semaines en juillet : « Des Normands qui viennent depuis dix ans. Ils ont maintenu leur réservation. Ils ont besoin de changer d’air, de se sentir en vacances. On les attend avec les bons gestes. » Des apéros-tartes flambées masqués pourraient bien faire partie du programme. Myriam Nicolle n’ose pas se plaindre : « Habituellement, mon gîte se loue très bien, nous avons du monde toute l’année, pas seulement des touristes, mais aussi des professionnels, des gens qui sont en attente d’un logement. » Cette diversité de clientèle et l’idée que toutes les années ne se ressemblent pas l’amènent à prendre les événements avec philosophie.

Covid-19

L'école à la ferme

Vie professionnelle

Publié le 16/05/2020

Associée avec son mari Damien au sein du Gaec des Quatre ponts, Laure Feldmann travaille à temps plein sur l’exploitation de 100 vaches laitières, située à Mittelhausen. En charge de la traite, du suivi vétérinaire du troupeau et de la partie administrative, elle n’hésite pas à donner un coup de main dans les cultures quand le besoin s’en fait sentir. Alors, quand l’école de ses enfants a fermé en raison du confinement, elle a fait un pas de plus vers la polyvalence en assurant la continuité pédagogique depuis son domicile.

En temps normal, Lucas, 4 ans, et Robin, 8 ans, sont tous les deux scolarisés à l’école Clair de lune à Wingersheim, un regroupement pédagogique de six communes. Le plus jeune est en moyenne section de maternelle, l’aîné en CE2. Laure avait l’habitude de les déposer et de les récupérer au bus deux fois par jour. Plus d’école, plus de trajets… et plus de traite du matin non plus : Laure l’a déléguée à ses beaux-parents et à son mari. Elle s’occupe désormais de Lucas et Robin, le matin. « Ils sont plus ou moins attentifs selon les jours, constate-t-elle. En général, ça va mieux quand il pleut : la tentation de sortir est moins grande. »

La charge de travail varie, selon le niveau des enfants : « En maternelle, c’est gérable, juge Laure. On reçoit du travail en allemand et en français car Lucas est en classe bilingue ». Jusqu’ici, tout va bien : les couleurs, les chiffres, les mots d’usage courant ne posent pas trop de problèmes. « On verra ce que ça donnera dans cinq ans… », s’amuse la jeune femme, précisant qu’à la maison, on parle tout de même alsacien quotidiennement. Pour l’aîné, qui est en CE2 monolingue, les leçons et les exercices sont transmis par e-mail, par le maître : à charge pour Laure de les imprimer. « Il y a du français et des maths tous les jours. » À la demande de l’enseignant, elle essaie de laisser Robin se débrouiller « mais il y a des moments où il faut tout de même l’aider ». Grâce aux corrigés transmis par le maître en fin de journée, l’enfant peut même s’auto-corriger. Et, si jamais ça coince, Laure peut toujours contacter l’enseignant.

« Il y a deux ans, on aurait plus galéré »

Lorsque le travail scolaire est achevé, Laure reprend ses occupations à la ferme en compagnie des enfants. L’efficacité n’est pas tout à fait la même mais, dans l’ensemble, les choses se passent bien. « On aurait eu le confinement il y a deux ans, on aurait plus galéré. Là, ils arrivent à s’occuper un moment tout seul : avec le vélo, le tracteur à pédale… Le terrain de jeu est grand. Le grand surveille le petit », souligne l’éleveuse. Comme l’ensilage est tombé pendant les vacances de Pâques, Lucas et Robin ont suivi de près le chantier et accompagné leur père sur le tracteur. Ils ont aussi fait du jardinage et un peu de cuisine avec leur mère. Autant d’activités qui permettent d’occuper les journées, quand les sorties étaient restreintes au minimum.

Alors que le déconfinement démarre, Laure et son mari savent déjà que Lucas ne reprendra pas l’école avant septembre. Ils ne pensent pas renvoyer Robin en classe non plus, le 2 juin, comme ils en auraient la possibilité : maintenant que l’organisation est à peu près rodée, cette reprise pourrait à nouveau tout chambouler. Et ça, ils n’y tiennent pas.

L’épidémie de Covid-19 et ses conséquences

Comment les banques aident les agriculteurs à passer le cap

Pratique

Publié le 14/05/2020

Quelles sont les conséquences du confinement sur la santé des entreprises du secteur agricole et viticole alsacien ? Huit semaines après son commencement, les banques tirent un premier bilan. Jean-Luc Beil, responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture à la Direction régionale Nord du Crédit Mutuel, évoque des répercussions très différentes selon les filières. La viticulture, qui était déjà confrontée à un problème de stock et à la difficulté de retrouver des marchés, est la plus frappée, relève-t-il. Katia Ebersold, responsable du marché agricole et des professionnels au Crédit Agricole Alsace-Vosges et Marc Thirion, directeur du réseau entreprises et financements spécialisés, dont les équipes sont en charge notamment des agriculteurs et des viticulteurs à la Banque Populaire Alsace-Lorraine-Champagne (BPALC), confirment. « Pour les viticulteurs, c’est dur. Financièrement et moralement. On sent une grande inquiétude », souligne Katia Ebersold. La fermeture des restaurants, des caveaux de vente, l’annulation des salons et de tous les événements festifs ont tari une grande partie de leurs débouchés. Et nul ne sait quand les affaires vont pouvoir reprendre.

Moins nombreuses, mais gravement touchées aussi, les entreprises du secteur horticole, les paysagistes et les forestiers. « Les horticulteurs ont perdu bien plus que deux mois de chiffre d’affaires », indique Katia Ebersold qui s’attend à de graves difficultés chez les professionnels de ce secteur, contraints de fermer leurs établissements au plus mauvais moment. À l’inverse, constate Jean-Luc Beil, certaines filières agricoles ont vu leur activité boostée pendant le confinement, mais elles ont dû s’adapter à de nouveaux modes de vente. C’est le cas des maraîchers qui ont dû se réorganiser dans l’urgence pour pouvoir approvisionner leurs clients en direct malgré la fermeture des marchés. Dans la plupart des cas, l’engouement des consommateurs pour les produits locaux a largement compensé la perte des restaurateurs et des marchés, remarque la représentante du Crédit Agricole Alsace-Vosges. « Entre ces deux situations extrêmes, certaines filières suscitent tout de même quelques inquiétudes », note Jean-Luc Beil. C’est le cas de l’élevage qui souffre de la fermeture de la restauration hors domicile et fait face à une évolution de la consommation un peu erratique.

Crédit Mutuel : le pari de la réactivité

« Dans ce contexte, nous avons cherché à être très réactifs vis-à-vis de nos clients agriculteurs et viticulteurs, indique Jean-Luc Beil. Nous avons suspendu les échéances de prêt mensuelles pendant six mois. Et nous l’avons fait d’office en laissant la possibilité à ceux qui n’avaient pas besoin de cette suspension de remettre en route leurs remboursements sur demande. » Cette suspension d’échéance est accordée sans intérêts supplémentaires. Au bout de six mois, les professionnels se verront proposer une remise en route de leurs échéances si leur trésorerie le permet, ou un étalement de celles-ci avec un réaménagement de la durée du prêt. « Six mois, ça laisse à nos clients le temps de voir venir », estime le responsable du marché agricole et viticole à la Direction régionale Nord du Crédit Mutuel.

Deuxième dispositif : le prêt garanti par l’État (PGE). Ce prêt, proposé jusqu’à la fin de l’année, s’adresse aux entreprises dont la trésorerie est impactée par l’épidémie de Covid-19, y compris les entreprises agricoles et viticoles. Celles-ci peuvent emprunter jusqu’à 25 % du montant de leur chiffre d’affaires. Il s’agit d’un crédit de trésorerie d’un an suivi, si le client le sollicite, par un prêt amortissable de un à cinq ans, précise Jean-Luc Beil. Aucun remboursement n’est donc exigé la première année. Au Crédit Mutuel, la demande de PGE est très importante, constate Jean-Luc Beil. Toutefois, les agriculteurs ont été moins nombreux à déposer un dossier que les artisans et les autres professionnels. Malgré ce volume soutenu, « on arrive à répondre rapidement à ceux qui nous sollicitent car nous avons des mesures d’accord simplifié. »

Enfin, le Crédit Mutuel accompagne ceux de ses clients qui ont dû se mettre à la vente directe, en leur mettant à disposition des solutions de paiement, comme le terminal de paiement (TPE) virtuel, ou le TPE saisonnier. « C’est une gamme qu’on avait déjà avant cette crise, mais qu’on renforce actuellement, pour que ceux qui ont la possibilité de commercialiser leurs produits ne soient pas freinés dans leurs efforts. » Comme toutes les banques, le Crédit Mutuel a par ailleurs relevé de 30 à 50 € le plafond de paiement sans contact depuis le 11 mai.

 

 

Crédit Agricole : rassurer d’abord

Au Crédit Agricole Alsace-Vosges, le dispositif d’accompagnement proposé est assez proche, même s’il comporte des variantes. « Nous avons pris contact très rapidement avec nos clients pour les écouter, les rassurer », explique Katia Ebersold. La suspension des échéances a été proposée aux clients pour six mois, puis rapidement étendue à un an pour tenir compte des prêts à échéance annuelle. « Nous n’avons pas fait le choix de la mettre en place de manière automatique car tous nos clients n’en ont pas besoin », explique la responsable du marché agricole. Environ 2 000 prêts agricoles à moyen terme ont ainsi été mis en pause sur la zone Alsace-Vosges. Et ce, sans frais d’avenant ni majoration de taux. Même les « prêts à piloter », qui ne peuvent normalement être mis en pause qu’une fois, ont pu bénéficier une seconde fois de cette option.

Comme ses confrères, le Crédit Agricole Alsace-Vosges propose le prêt garanti par l’État. « C’est une très bonne solution qui apporte de la trésorerie immédiate aux entreprises ayant perdu du chiffre d’affaires, précise Katia Ebersold. La technique est innovante avec un prêt court terme sur la première année, puis une deuxième phase amortissable au choix du client. » Le Crédit Agricole applique la gratuité sur le court terme, hors coût de la garantie de l’État de 0,25 %, avec la volonté d’accompagner un maximum d’exploitations. Pour l’instant, le nombre de PGE souscrits reste assez limité - 200 dossiers pour le marché agricole sur le secteur Alsace-Vosges, ouverts à 80 % par des viticulteurs - mais elle s’attend à un deuxième round de souscriptions d’ici la fin de l’année. L’apport de trésorerie grâce au PGE ne dispensera pas les entreprises d’une réflexion sur leur rentabilité à plus long terme, estime Katia Ebersold, qui reste confiante dans la résilience des filières agricole et viticole. « Comme à chaque crise, c’est la capacité à se poser, à réfléchir, à écouter les conseils des experts et à prendre de nouvelles habitudes qui permettront de traverser le cap. »

Face au développement soudain du « drive » et des différentes formules de vente directe, le Crédit Agricole Alsace-Vosges a déployé d’office le paiement sans contact sur les derniers TPE qui n’en étaient pas pourvus et a activé sa solution de vente à distance afin de permettre les encaissements au moment des commandes en ligne. Et pour ceux qui n’avaient pas de site internet, une formule simplifiée à coût réduit a été proposée. Cette crise a bel et bien donné un coup d’accélérateur aux moyens digitaux, obligeant certains clients à une mise à niveau accélérée. Au Crédit Agricole Alsace-Vosges, une dizaine de collaborateurs ont ainsi prêté assistance aux clients peu habitués à utiliser les services en ligne en les accompagnant pas à pas dans les différentes fonctionnalités.

 

Élevage allaitant

Des leviers pour mieux affronter le changement climatique

Élevage

Publié le 05/05/2020

La ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou dispose de 145 ha de SAU, dont 84 % sont dédiés à la production fourragère et 16 % aux cultures, dont la plus grande partie sert à l’alimentation de son troupeau allaitant. Pour l’essentiel des surfaces, le potentiel agronomique est « modeste », précise Julien Fortin. « Ce sont des terres très séchantes en été et hydromorphes en hiver. »

Le troupeau se compose de 70 vaches allaitantes limousines et leur suite, soit 120 UGB. Le chargement est de 1,1 UGB/ha de Surface fourragère permanente (SFP). « C’est une ferme viable hors coût de recherche », souligne son responsable. La ferme de Thorigné d’Anjou est conduite en agriculture biologique depuis le départ. La commercialisation des animaux se fait via Unébio. « On ne fait pas de vente directe ni de vente de reproducteurs, on veut rester dans le cadre d’un élevage moyen », ajoute-t-il.

À Thorigné d’Anjou comme ailleurs, le réchauffement climatique est une réalité. Les épisodes très secs ou très humides vont s’amplifier à l’avenir, prédit Julien Fortin. L’Institut de l’élevage s’attend à ce qu’il y ait deux pics de pousse de l’herbe, un au printemps et un second à l’automne. « Avec des hivers moins marqués, il y a un risque que la pousse de l’herbe soit plus précoce. Il va donc falloir valoriser cette herbe. » En été, il y aura vraisemblablement un trou dans la production d’herbe et le rebond automnal, qui se produit habituellement en septembre, risque d’être plus tardif. Partant de ces prévisions, « il y a des questions à se poser sur les techniques de semis, la gestion du pâturage et la saison des vêlages », souligne le responsable de la ferme expérimentale.

 

 

À Thorigné d’Anjou, la pluviométrie moyenne est de 676 mm mais, de juin à septembre, la sécheresse est très marquée. En 2019, la croissance de l’herbe a bien démarré, un gros pic a été enregistré fin avril mais, en été, la pousse s’est complètement interrompue. La mise à l’herbe se fait dès que possible, vers le 15 mars et à partir du 15 juin, « on s’organise pour laisser les ressources pâturées aux animaux qui en ont le plus besoin. »

 

 

Sécuriser le système fourrager

La ferme expérimentale dispose de 117 ha de SFP, dont 48 ha de prairies permanentes et 52 ha de prairies temporaires. Les prairies temporaires ont vocation à rester en place quatre à cinq ans, elles sont constituées de mélanges dont on attend robustesse et productivité. « En agriculture biologique, la phase d’installation est compliquée », relève Julien Fortin. La luzerne, qui est assez résistante à la sécheresse, est cultivée en pur, sur une surface réduite (2 ha), mais elle n’a pas sa place dans les mélanges pâturés. 6 ha de ray-grass hybride-trèfle incarnat et 8 ha de mélange céréales-protéagineux (méteils) récoltés en ensilage complètent la surface fourragère. « Ces méteils sécurisent notre système fourrager car leur rendement est stable », précise Julien Fortin (lire encadré). Les 23 ha de cultures se répartissent entre 10,7 ha de triticale-pois, 1,1 ha de triticale, 1,7 ha de blé, 5,7 ha de féverole et 3,8 ha de tournesol. Le blé et le tournesol sont destinés à la vente. À ces 23 ha, s’ajoutent près de 5 ha réservés aux essais.

La rotation classique utilisée est la suivante : prairie pendant quatre à cinq ans, suivie d’une céréale récoltée en grain, puis d’un protéagineux qui restitue de l’azote dans le sol et, derrière, un méteil récolté en ensilage. « Depuis quelques années, en même temps que le méteil, on sème la prairie, ce qui fait qu’elle est déjà installée pour l’année suivante », indique le responsable de la ferme expérimentale. Il lui arrive aussi d’implanter une dérobée derrière la céréale : celle-ci est donnée à pâturer au printemps, ce qui permet d’implanter un tournesol par la suite. « En agriculture biologique, la rotation est primordiale », insiste Julien Fortin. Ce qui conduit à « casser » des prairies pour respecter celle-ci.

 

 

Le moins d’intrants possible

Côté fertilisation, les prairies reçoivent majoritairement du compost en première ou deuxième année. « On est à 10 t/ha, avec des composts qui ont six à huit mois et qu'on essaie de répartir sur l’ensemble des prairies. On met aussi un peu de fumier avant le tournesol », indique Julien Fortin. Prairies permanentes et temporaires sont amendées de la même façon. « On ne ramène pas de magnésium en plus. Le moins d’intrants possible, c’est l’une des clés de la réussite. »

L’herbe est récoltée sous forme d’enrubanné ou de foin, avec des rendements qui varient de 3,1 t MS/ha pour le foin de prairie naturelle à 3,9 t MS/ha (rendements moyens depuis 1999, NDLR) pour le foin de flore variée. L’enrubanné se situe entre les deux en termes de rendements. Le méteil récolté en ensilage culmine à 8,7 t MS/ha, juste devant la luzerne (8,5 t MS/ha). En cultures, le mélange triticale-pois et le triticale ont un rendement comparable, proche de 40 q/ha, et le blé ressort un peu au-dessus de 32 q/ha, la féverole à 26,5 q/ha et le tournesol frôle les 20 q/ha. Julien Fortin considère que ces résultats sont « tout à fait satisfaisants. » Et si les agriculteurs conventionnels font de meilleurs rendements les bonnes années, leurs charges et leurs prix de vente ne sont en rien comparables.

Deux périodes de vêlage

Le troupeau allaitant se compose de 70 vaches limousines. « L’objectif est de tout faire pour limiter l’improductivité du troupeau, c’est un des premiers leviers d’adaptation. » Les vêlages sont répartis en deux périodes : à l’automne (du 1er septembre au 31 octobre) et au printemps (du 1er mars au 1er mai). « Ce sont deux périodes strictes, insiste Julien Fortin. Si la vache n’est pas en chaleur, on la réforme, on ne fait pas de sentiment. » Le taux de renouvellement est élevé, de l’ordre de 35 %, l’objectif étant de profiter du progrès génétique et de produire des carcasses de vaches faciles à engraisser. Le responsable de la ferme de Thorigné d’Anjou n’hésite pas à mettre le doigt sur la corrélation entre le taux de renouvellement et le revenu de l’atelier viande.

La présence de deux périodes de vêlage se justifie par la volonté de profiter de l’herbe le plus possible : les vêlages d’automne, par exemple, se font dehors et les vaches peuvent profiter de la pousse de l’herbe jusqu’au 1er novembre, puis elles ressortent au printemps au pâturage avec leurs veaux, qui sont sevrés vers le 15 juin. « Quand on les ressort, ils font de la croissance gratuite », insiste Julien Fortin. Quant aux vêlages de printemps, ils sont prioritaires pour tout ce qui est herbe sur pied. Les veaux ne sont pas complémentés mais, quand vient la sécheresse estivale, les mères bénéficient d’un affouragement sous forme de foin ou d’enrubanné afin qu’elles produisent plus de lait.

Pour les mises à la reproduction de printemps, la ferme utilise la monte naturelle ; pour celles de fin d’année, elle recourt à l’insémination artificielle, le taureau n’assurant que les rattrapages. Les mâles sont valorisés en bœufs, donc castrés au sevrage, selon un protocole mis en place depuis six ans pour gérer la douleur. L’âge au premier vêlage des génisses est de 30 mois. Le pourcentage de veaux sevrés par rapport aux vêlages est de 94 % et le taux de mortalité des veaux était de 7,6 % sur la période 1999-2019. « C’est dans la moyenne de la race mais cela reste insatisfaisant », admet Julien Fortin. L’intervalle vêlage-vêlage, quant à lui, était légèrement supérieur à 374 jours en 2018-2019. Quant aux performances de croissance des veaux de la naissance au sevrage, elles varient peu entre veaux nés à l’automne et veaux nés au printemps : au-dessus de 1 100 g/jour en moyenne pour les mâles et au-dessus de 1 000 g/jour en moyenne pour les femelles.

 

 

Les vêlages avancés à 24 mois

Le système fonctionne depuis vingt ans mais, l’an dernier, les responsables de la ferme ont voulu aller plus loin, en augmentant la taille du troupeau à 85 vaches allaitantes. Avec toujours deux périodes de vêlage mais un âge au premier vêlage avancé à 24 mois pour baisser la période d’improductivité. Cette orientation a été décidée suite à un constat fait sur les vaches à l’engraissement : « sur les derniers kilos, on perdait de l’argent. » Unébio appliquant une pénalité sur les vaches trop lourdes, le choix a été fait de baisser le gabarit des animaux. Pour y parvenir, il a été décidé de pratiquer des croisements avec des races anglo-saxonnes qui ramènent de la précocité et permettent aux animaux de déposer du gras plus rapidement. D’où l’acquisition d’un taureau angus, utilisé sur les génisses, pour produire des bœufs et génisses croisés plus légers. La ferme de Thorigné d’Anjou n’en est qu’au début de cette expérimentation mais son responsable constate déjà que les primipares ainsi obtenues produisent moins de lait et que les veaux sont plus autonomes. « En bio, on voit les limites du modèle génétique très tardif et cela va arriver en conventionnel », prédit Julien Fortin.

 

 

Pas d’alimentation à volonté

L’alimentation des bovins est un second levier d’adaptation sur lequel joue la ferme expérimentale. « La nourriture est donnée pour satisfaire les besoins stricts. Aucun bovin n’a de ressource à volonté, sauf en engraissement », explique le responsable de la ferme expérimentale, ajoutant qu’aucune ressource alimentaire n’est gaspillée. Des essais ont été menés durant cinq ans sur les couples mères-veaux en vêlage d’automne, visant à comparer trois rations. Aucun effet régime n’a été observé sur la production de lait, la reproduction et la croissance des veaux, sauf pour la ration à base de foin de prairie naturelle et céréales/protéagineux (méteil) qui a une incidence négative sur le poids et la note d’état corporel. D’où la conclusion tirée par Julien Fortin : « Tant qu’on ramène la quantité d’UF et de PDI qu’il faut, ça marche. Cela laisse un panel de choix en fonction des ressources disponibles. »

 

Festival de l’élevage de Brumath

Rendez-vous en 2021

Élevage

Publié le 01/05/2020

« Dans un premier temps, on avait envisagé le report du festival de l’élevage car on ne savait pas trop où on allait, indique Marc Schneider, président du festival de l’élevage de Brumath. Mais, vu la situation, on s’est rendu compte que ce serait difficile de trouver une nouvelle date. On ne voulait pas rentrer en concurrence avec les concours de labour - s’ils ont lieu - et la seule possibilité qui restait, c’était fin septembre, après la foire européenne de Strasbourg. Mais, à ce moment-là, ce sont les récoltes qui commencent : ça n’aurait pas été évident de mobiliser du monde. » Les organisateurs ont donc préféré annuler purement et simplement la manifestation phare de l’élevage bas-rhinois.

Une décision de raison

Fixer une nouvelle date aurait de toute façon constitué « un pari risqué », dans la mesure où le confinement, prolongé une première fois le 13 avril, pourrait être prolongé une nouvelle fois et sa levée n’intervenir que de façon très progressive. Trop d’incertitudes pour un festival qui, malgré sa longévité, se prépare longtemps à l’avance : le plan d’eau est réservé d’une année sur l’autre mais il faut se préoccuper de la location des chapiteaux, de la sélection des animaux, des contacts avec les juges, de la préparation du catalogue, bien en amont, et veiller à ce qu’il y ait assez de bénévoles pour assurer une organisation sans faille le week-end de la fête. 2020 coïncidant avec la 40e édition du festival, les organisateurs avaient même prévu de faire fabriquer des « éco-cups » à l’effigie des 40 ans.

« C’est dommage d’annuler mais c’est une décision de raison », souligne Marc Schneider, conscient qu’en période d’épidémie de coronavirus, les sponsors habituels ont aussi d’autres chats à fouetter. « Ca aurait fait du bien de retrouver l’ambiance du plan d’eau. Le festival est toujours l’occasion de se retrouver entre agriculteurs, et particulièrement entre éleveurs. Mais c’est comme ça, ce n’est pas la seule chose qui est hors norme cette année. » Frédéric Bernhard, président du syndicat des éleveurs simmental d’Alsace, parle aussi d’une « occasion manquée » : une dizaine de membres du syndicat se mobilisent chaque année pour assurer l’intendance (montage des chapiteaux, restauration, rangement) au côté des éleveurs des autres races et participer au concours simmental. C’est l’occasion de passer du temps ensemble, d’échanger et finalement, de rompre avec la routine habituelle des travaux à la ferme.

Chez les éleveurs prim’holstein, c’est aussi la déception qui prime. « Le festival, c’est quand même notre événement annuel et, pour les syndicats d’élevage, c’est la principale rentrée d’argent, celle qui permet notamment d’organiser notre sortie annuelle, indique Jean-François Dintinger, président du syndicat des éleveurs prim’holstein et de l’Union des éleveurs du Bas-Rhin. Pas de festival, pas de recette : il faudra donc annuler la sortie ou demander aux éleveurs de la financer de leur poche.

École des jeunes : « c’était mon tour »

L’annulation fait aussi des déçus chez ceux qui s’étaient inscrits à l’école des jeunes présentateurs. C’est le cas de Caroline Goos, de Blaesheim. Élève de première au lycée agricole d’Obernai et fille d’éleveur, la jeune fille présente des génisses à Brumath depuis cinq ans. Cette année, elle avait prévu de participer au week-end de formation organisé durant les vacances de Pâques à l’élevage Wilt de Dachstein. Il s’agissait d’apprendre les techniques de clippage et de se perfectionner dans la présentation des animaux en concours. « C’est toujours enrichissant et convivial, j’ai plein d’amis du lycée qui étaient censés participer aussi mais ça a été annulé avec le confinement. J’attendais ça depuis deux ans, ma grande sœur l’a fait avant moi et cette fois-ci, c’était mon tour », se désole la lycéenne.

« Il fallait annuler, on n’avait pas le choix, commente pour sa part Jean-Marie Schoenel. Même si la chose est rare, ce n’est pas la première fois que cette décision est prise, rappelle le président du syndicat de la race montbéliarde. Il y a tout juste vingt ans, en l’an 2000, la fièvre aphteuse avait conduit à faire une croix sur le rendez-vous de Brumath et sur Eurogénétique. Jean-Marie Schoenel espère tout de même que les autres grandes rencontres d’élevage, Agrimax à Metz et le Sommet de l’élevage, à Clermont-Ferrand, pourront tout de même avoir lieu comme prévu en octobre.

Quant au concours interraces d’Alsace Bossue, qui a lieu habituellement fin juin à Lorentzen, aucune décision n’était prise mardi, à l’heure où nous mettions ce numéro sous presse : Thomas Strohm, président du syndicat des éleveurs d’Alsace Bossue, attendait les déclarations du Premier ministre sur le déconfinement, prévues dans l’après-midi, pour décider du maintien ou non de la manifestation.

Volailles. Abattoir Siebert à Ergersheim

Les avantages d’une clientèle diversifiée

Élevage

Publié le 21/04/2020

Avec l’épidémie de Covid-19, l’abattoir Siebert à Ergersheim, principal opérateur de la filière Alsace volaille, fait face à une réduction de personnel : une cinquantaine de salariés sont absents car malades ou obligés de garder leurs enfants, sur les quelques 300 qui font tourner le site, indique Bruno Siebert, le PDG des Volailles Siebert. « Cela pose des problèmes, notamment sur les postes clés, où on a du mal à trouver des intérimaires. Heureusement qu’on a du personnel polyvalent. »

Malgré ces difficultés, l’activité se poursuit. « On arrive à tenir car on a une clientèle diversifiée : la restauration collective est à l’arrêt mais les grandes surfaces ont pris le relais. Elles ont pratiquement avalé la totalité du volume », indique Bruno Siebert qui se félicite de ne pas être tributaire d’une seule clientèle. Cette substitution a pourtant ses contraintes : « On vend davantage de produits préemballés, ce qui demande beaucoup de main-d’œuvre. » La demande de volailles label rouge est soutenue, celle de volailles bio tire même « très fort », selon le PDG des Volailles Siebert qui y voit un réflexe habituel dans les moments de crise.

Export : en attendant la reprise

À l’export, l’entreprise a perdu momentanément une grande partie de ses débouchés. « C’est là qu’on souffre le plus. On fait énormément de gastronomies sur ces marchés. » Le chef d’entreprise cite l’exemple des suprêmes de poulet jaune : vendus uniquement hors du marché français, ils ont dû être congelés en attendant une reprise du marché. « On a la capacité de stocker et de transformer selon les besoins, ce qui nous rend relativement autonomes. » Bruno Siebert, qui est confiant dans le soutien de ses clients, est particulièrement attentif au déconfinement progressif annoncé par l’Autriche et l’Allemagne.

Du côté des mises en place, en dehors d’une journée et demie de production sacrifiée « par précaution » en début de confinement, rien n’a été modifié. « On a simplement tenu compte des congés scolaires qui viennent de démarrer : c’est toujours une période un peu plus calme, avec 10 à 15 % de volume en moins. »

Comme beaucoup de chefs d’entreprises agroalimentaires, Bruno Siebert s’interroge sur la façon dont les consommateurs vont faire évoluer leurs achats après le confinement. « Les comportements ne seront plus les mêmes », prévoit le chef d’entreprise sans trop savoir à quoi s’attendre.

 

A lire aussi : 2019 est une bonne année, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

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