Auteur

Margot Fellmann

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Morgane et Zoé Eble

En passant par le Gazon vert

Pratique

Publié le 08/09/2022


Morgane Eble, 26 ans, et sa cousine Zoé Eble, d’une année plus jeune, ont repris en mai 2021 l’Auberge du Gazon vert. Depuis un an, les deux pétillantes cousines, originaires de la région de Cernay, donnent vie à ce coin de montagne, à quelques encablures du GR5.

Avant d’arriver au Gazon vert, Morgane a tenté divers cursus universitaires. Après quelques détours, elle a rejoint Zoé, qui travaillait alors à la ferme-auberge du Molkenrain à Wattwiller. Au gré d’une randonnée, guidées par leur ami, et désormais voisin, Jérémy Luttringer, elles apprennent que le gîte étape du Gazon vert cherche un repreneur. Une occasion en or qu’elles ne laisseront pas filer. « Nous avions ce rêve de tenir une auberge depuis que nous étions petites, raconte Zoé. Mais il est difficile de se frayer une place car ce sont souvent des affaires familiales. Nous avons donc envoyé CV et lettre de motivation. Et puis nous avons appelé toutes les deux semaines la communauté de communes ! » Il faut croire que leur détermination a su convaincre.

Démarrage en douceur

Elles s’installent au printemps 2021. Reprendre l’auberge n’a demandé que peu capital de départ. Propriété de la communauté de communes et retapée en 2013, il a surtout fallu quelques améliorations, notamment de la décoration. « Ça se voit que c’est tenu par des filles ici », lance Zoé, amusée. Désormais les bouquets de fleurs séchées agrémentent joliment les étagères traditionnellement emplies de pots en grès et de cloches. « Nous ne nous sommes pas versé de salaire la première année car nous avions décidé d’investir. Les droits Pôle emploi ont permis de subvenir », détaillent-elles.

En plus de l’auberge et sa grande terrasse ombragée, du gîte et ses 20 lits, Morgane et Zoé veulent développer le lieu. Avec quelques événements annuels, elles ambitionnent de créer des rendez-vous autour du Gazon vert : un Country day, qui met à l’honneur les talents familiaux, ou encore une transhumance avec les vaches de Jérémy Luttringer.

 

 

Itinéraire d’une carte locale

C’est d’ailleurs ce dernier qui fournit l’auberge en viande. Du troupeau de salers et limousines qui pâture aux alentours, Morgane et Zoé achètent des bêtes entières. Les morceaux sont réservés au mijoté cuisiné quotidiennement ; le reste est transformé par la boucherie Chez Laurent à Willer-sur-Thur et finit aussi sur les assiettes, en charcuterie.

À la carte, on trouve également les fromages de la ferme Schoeffel à Fellering ou encore le munster bio du Gaec du Vacceux dans les Vosges. Les légumes arrivent de la boutique du primeur Knecht à Morschwiller-le-Bas et le pain de la boulangerie Dietchin à Fellering. Les vins sont ceux de Julien Scherb à Gueberschwihr. Le souci du local se retrouve même dans le choix du linge de lit Lin Vosges. La démarche est insufflée par la communauté de communes, et suivie naturellement par Morgane et Zoé.

 

 

Un travail quotidien

Le quotidien est rythmé par les trois heures de ménage, des chambres à la cuisine, la préparation des repas et l’accueil des visiteurs. Si la cuisine et le service – où elles se relaient – sont leur plus grand plaisir, Morgane et Zoé apprennent encore à gérer les stocks. Faire les chambres par ailleurs les amusent beaucoup moins… Tous les produits sont livrés dans un local du village, qu’elles vont chercher quand elles le peuvent, soit une heure l’aller-retour. Au total, elles estiment travailler chacune 114 h par semaine.

Il faut dire que les deux jeunes femmes ont à cœur, aussi, de communiquer le mieux possible, notamment sur les réseaux sociaux. « On n’imaginait pas que ça nous prendrait autant de temps, s’étonne encore Morgane. Une affiche, une semaine, donne-t-elle en exemple. Mais c’est essentiel ! » Et Zoé d’enchérir : « Il ne faut en plus jamais s’arrêter ! »

Trouver un équilibre

Morgane et Zoé sont saisonnières. De mai à novembre, elles s’installent au gîte et ne descendent que le lundi, jour de fermeture. Le reste de l’année, elles en profitent pour voyager. Cet hiver, les deux aventurières ont exploré l’Islande et le Brésil. Un idéal pour les cousines inséparables, ou presque. Car comme dans un couple, parfois, c’est tendu. La comparaison fait rire, mais souligne une vérité. Tenir l’auberge est plus que chronophage. « On a besoin d’être un peu seule de temps en temps », souligne Morgane. « Il faut réussir à donner de la place à nos vies personnelles. » Leurs compagnons, plutôt disponibles le week-end, sont alors mis à contribution pour servir les clients nombreux. « On espère pouvoir trouver un meilleur équilibre, pouvoir déléguer. » Et embaucher donc. Avis aux candidats !

« Quand on est coincé, on appelle pour avoir de l’aide, témoigne Zoé. Parfois nous sommes surprises par un groupe qui n’a pas réservé par exemple. Et en un instant… il n’y a plus de fromage blanc au kirsch ! » Famille et amis sont alors des soutiens précieux. « Et heureusement », clament en chœur les deux cousines. Elles sont d’ailleurs pleinement soutenues par leurs proches dans cette aventure. Une force supplémentaire qui permet à Morgane et Zoé de tracer leur chemin, passionnées par leur petit coin de montagne.

 

 

La race montbéliarde en Suisse

Histoire d’une vache de caractère

Élevage

Publié le 13/08/2022

La montbéliarde trouve ses racines au XVIIe siècle, dans les montagnes bernoises. Des éleveurs mennonites de la région, fuyant les persécutions religieuses, s’installent en Pays de Montbéliard, emportant avec eux leurs troupeaux de race simmental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les éleveurs ne se soucient guère de la race de leurs bovins. Ce qui compte alors, c’est la capacité de la bête à produire le lait nécessaire pour faire vivre les familles. L’apparition de la sélection génétique change la donne. L’appellation « montbéliarde » apparaît pour la première fois en 1872 à la foire de Couthenans en Haute-Saône. Les mennonites l’appelaient jusqu’ici la « race d’Alsace », mais l’annexion de la région par l’Allemagne rend la dénomination moins attrayante. En France, la montbéliarde est officiellement reconnue et inscrite sur le registre officiel des races françaises par le ministre de l'Agriculture en 1889.

La nuit du 12 mai 1967

En Suisse, l’histoire de la montbéliarde est plus tourmentée. En effet, l’insémination artificielle bovine est longtemps interdite chez les Helvètes. Et c’est seulement en 1966 qu’est créée la fédération des sélectionneurs de bétail bovin. Quelques mois plus tard, des dissidents vaudois tentent de se procurer des semences de montbéliardes auprès de leurs voisins francs-comtois. L’histoire raconte que dans la nuit du 12 mai 1967, ils traversent la frontière, en toute illégalité, afin de ramener le précieux trésor. Un événement qui mènera finalement à l’obtention de la légalisation de la race. Cet acharnement résonne aujourd’hui avec la passion des éleveurs suisse. C’était le « Far West », version suisse évidemment, racontent les éleveurs venus témoigner devant de leurs confrères alsaciens*.

 

 

Aujourd’hui, l’Usem, l’union suisse des éleveurs de la race montbéliarde, travaille au développement de la race. Un engagement porteur puisque c’est une des seules qui progresse encore dans le pays, et ce de manière considérable. La répartition des élevages est néanmoins hétérogène, et les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura prédominent. Comme en France, la montbéliarde se plaît dans les régions vallonnées ou montagneuses, ce qui n’est pas sans rapport avec sa réputation. Elle est connue pour être fonctionnelle, robuste, bonne travailleuse et moins demandeuse d’attentions que d’autres races. Ses trayons supplémentaires sont un atout de plus, tout comme le gène sans corne. Le génotypage est quant à lui plutôt en retard comparé à la France.

Malgré tout ces attraits, en Suisse, on lui préfère souvent la red holstein, la référence, témoigne Éric Gerber, juge à Habsheim et éleveur à Vendlincourt. Et il est vrai que, en Suisse allemande particulièrement, on lui reproche souvent d’être caractérielle.

Une race mieux valorisée

Le pays sait néanmoins tirer le meilleur de la race. Elle est d’ailleurs bien mieux valorisée qu’en France. Sa mixité permet une très bonne valorisation des veaux et des vaches de réforme. En Suisse, le pâturage – qui représente 70 % de la SAU du pays - est également bien ancré et valorisé grâce à une large production fromagère : AOP Gruyère, Tête de moine… S’ajoutent à cela un lait mieux rémunéré et des primes diverses qui existent pour saluer la qualité du produit. Un aspect qui a de quoi interpeller les éleveurs français. Il faut dire que si leurs homologues suisses sont particulièrement protégés par l’État, les contreparties sont des coûts de production bien plus élevés et une réglementation importante, que ce soit en matière de bien-être animal ou de régularité de la production. « Il faut aller au bout de la comparaison, insistent les Suisses. Même s’il faut admettre que l’élevage suisse est mieux soutenu qu’ailleurs. »

Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin

S’engager pour défendre l’élevage

Élevage

Publié le 16/06/2022

« Nous traversons une période assez floue concernant les événements qui impacteront nos exploitations dans les mois et les années à venir. La guerre en Ukraine, une éventuelle sécheresse, des prix d’intrants qui flambent, la nouvelle Pac… », a énuméré d’entrée Jean-Philippe Meyer. Le président du syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin n’a pas éludé les difficultés rencontrées et qui s’accumulent. Un constat qu’il a cependant voulu teinter d’optimisme. « Ne dressons pas un portrait trop noir de notre avenir ! » Et de continuer : « Et si demain les prix devenaient rémunérateurs et donnaient envie aux plus jeunes de suivre nos pas ? » Un appel à la mobilisation des éleveurs, mais aussi à celle des élus et des consommateurs qui ont leur rôle à jouer.

Denis Nass, le président de la Chambre d’agriculture Alsace, a corroboré les propos de Jean-Philippe Meyer. « Je souhaite que nos jeunes prennent des responsabilités, qu’ils s’engagent et qu’ils partagent ce qu’ils vivent au quotidien. Nous savons que c’est un beau métier, bien que difficile. Si les éleveurs ne veulent plus s’engager de la même manière, il faut accueillir et réfléchir à d’autres voies. » Il insiste. « Qui mieux que nous pour porter votre parole dans les instances ? » Il a notamment illustré ses propos avec les négociations autour de la nouvelle Pac – qui occupe nombre de ses réunions au niveau régional actuellement : « Il est important de participer au débat. Je veux vous rassurer : l’élevage est une priorité. » Denis Nass a conclu son intervention avec un mot pour l’incontournable Foire Simon et Jude. « Vous organisez toujours de merveilleuses fêtes à Habsheim. C’est impressionnant de voir des éleveurs, déjà très occupés, capables d’organiser de tels événements ! »

Des techniciens en sous-effectifs

Place à la technique. Les conseillers de la Chambre d’agriculture ont pris ensuite la parole. L’occasion pour Laurent Clarisse – qui a pris ses fonctions il a quelques mois comme chef du service élevage – de rappeler les services proposés au travers de 3CE qui réunit l’Alsace, la Haute-Marne et la Moselle. « Nous voulons développer une approche globale de vos exploitations, permettre une meilleure valeur ajoutée que ce soit dans la production laitière ou dans le stockage du carbone par exemple. » Une ambition qui devra faire avec les difficultés du service concernant ses effectifs. « Il y a des tensions au niveau des agents disponibles sur le terrain. Je remercie les éleveurs pour leur compréhension. »

Avec ses 8 126 kg, la production laitière du Haut-Rhin se place à nouveau au-dessus de la moyenne nationale (7 614 kg) et s’aligne dans l’ensemble avec les départements voisins. « Ce n’est pas si mal compte tenu des conditions climatiques », ont souligné les techniciens lors de la présentation des résultats France Conseil élevage. Les différents taux observés s’inscrivent également dans la moyenne nationale ; tout comme les chiffres détaillés pour les premières lactations.

Les élevages se portent bien

Dans le détail, le nombre d’élevages concernés était en baisse en 2021, avec 33 troupeaux (-1 par rapport à 2020), pour un effectif moyen de 63,8 bêtes (-1,8 par rapport à 2020). Les techniciens ont attiré l’attention de leur auditoire sur la moyenne cellulaire annuelle en baisse depuis plusieurs années, pour atteindre 246 en 2021 (-46 par rapport à 2021). « C’est une bonne nouvelle, mais ça aurait pu diminuer plus », ont-ils souligné. Même constat du côté des primipares qui voient la moyenne cellulaire annuelle baisser à 176 (-36 par rapport à 2020). Leur effectif s’élève désormais à 18,8, une constante.

La présentation des chiffres s’est conclue avec les meilleures lactations pour la race montbéliarde dans le Haut-Rhin. Le podium est tenu par le Gaec Babé à Courtavon avec Histoire (992 MU 305), puis Mirza du même élevage (989 MU 305), suivie de Figolu (989 MU 305) du Gaec du Haut Sundgau à Lindsdorf. Du côté des plus belles carrières, Vanille de l’EARL Litzler à Feldbach se distingue une fois de plus avec ses quelque 141 205 kg en 13 lactations. Elle est rejointe sur le podium par Espoir du Gaec Babé à Courtavon qui, en 8 lactations, a produit 100 785 kg de lait et Floria du même élevage avec ses 97 916 kg en 9 lactations.

En 2021, le syndicat a accueilli un nouvel éleveur et compte désormais 35 adhérents. Côté fermes, ce sont désormais 2 131 montbéliardes (+3 par rapport à 2020) qui font la fierté des professionnels de la race.

SlowUp

Des sourires malgré la pluie

Vigne

Publié le 09/06/2022

Les prévisions météo ont eu raison de la foule. Pour sa 8e édition, et après deux années manquées, le slowUp a rassemblé 32 000 participants, contre les plus de 44 000 des dernières années. Mais à regarder les nuages noirs qui plombaient le ciel ce dimanche 5 juin, les 11 communes au pied du Haut-Koenigsbourg peuvent se réjouir de cette participation. Et le sourire des cyclistes téméraires ne peut que convaincre du plaisir de renouer avec cette manifestation, désormais bien ancrée dans le programme estival alsacien.

Les organisateurs proposaient un parcours de 38 km, avec différentes boucles pour permettre à chacun de profiter, quels que soient son ambition sportive ou son mode de transport. On aura donc vu des cyclistes bien sûr, mais aussi des marcheurs et toutes sortes de moyens de locomotion – pourvu qu’ils soient non motorisés, c’est bien la seule règle ! Rollers, trottinettes ou inventions faites maison étaient bienvenus, dans le respect de quelques règles de bonne conduite et d’un sens de circulation. Les participants étaient invités à se vêtir du blanc en l’honneur des vins blancs alsaciens, et on a vu ce mot d’ordre repris par de nombreuses personnes.

Un clin d’œil vestimentaire c’est bien. Honorer les vins d’Alsace avec un verre rempli, c’est encore mieux. Aussi, entre les stands des associations et des sponsors du slowUp, les viticulteurs étaient au rendez-vous dans les douze places festives installées entre Sélestat, Châtenois, Bergheim et Dambach-la-Ville. Si c’est leur fraîcheur qui séduit habituellement, force est d’avouer qu’ils ont aussi réchauffé les cœurs des visiteurs trempés par la pluie, et donné la motivation qu’il fallait pour continuer le parcours.

Une fraîcheur qui leur va bien

Il faut dire que les retrouvailles étaient heureuses et sincères. En témoigne le domaine Koehly à Kintzheim. Malgré la pluie qui inondait le stand, les viticulteurs – Joseph Koehly et sa compagne Romane Welsch – ont proposé leurs vins avec le même plaisir. À la carte, riesling, pinots et gewurtz de l’Hahnenberg. Les vignes s’étalent d’ailleurs non loin, de quoi illustrer les propos des producteurs sur ce terroir. « Nous participons au slowUp depuis la première année, explique avec fierté Joseph. Pour la première fois, on nous a demandé une participation financière de 50 euros pour notre stand, c’est bien normal puisque le slowUp est de plus en plus gros. Le vent et la pluie, c’est une première. Mais finalement, ne serait-ce pas mieux que la canicule ? Et puis ça rapproche sous la tonnelle… » Le rire est communicatif. Un client rincé, son verre à la main, confirme : la fraîcheur a ses bons côtés. Déjà bien arrosé, il reprend la route ravi de sa pause gourmande.

Romane quant à elle, se souviendra de ce baptême. « J’ai rejoint le domaine Koehly en août 2021 après mon stage de BTS. » Joseph, son conjoint désormais, aura trouvé quelques arguments pour la convaincre de rester. « C’est mon premier slowUp. L’ambiance est festive, j’apprécie le sourire des gens de passage et des clients venus nous voir. » De quoi donner envie de continuer la route.

« Roots of tomorrow », jeu de simulation agricole

L’agroécologie à l’épreuve du virtuel

Technique

Publié le 23/02/2022

« Roots of tomorrow » est un serious game (jeu sérieux, en anglais). Créé par le studio Gamabilis et développé avec l’Inrae, il projette le joueur à la tête d’une exploitation durable en devenir. Il s’agit de « découvrir les réalités du monde agricole, en favorisant le changement des modèles pour tendre vers une agriculture éco-efficiente », expliquent les créateurs du jeu. Ils ont ainsi travaillé « en étroite collaboration avec l’institut de recherche. Le designer s’est même rendu sur des exploitations, notamment pour photographier les animaux », précise Gamabilis. La vocation pédagogique est le moteur du projet. « Dans ces jeux vidéo, le réalisme est poussé à l’extrême pour donner envie d’améliorer la réalité », explique Stéphane, notre joueur d’un jour.

Le jeu est-il à la hauteur de son ambition ? Le temps d’une après-midi, nous transformons les bureaux du journal en salle de gaming. Nous choisissons de nous lancer dans l’élevage ovin, dans le sud-est de la France. Au départ du jeu, une autre décision importante s’impose : notre personnage. Il vient avec certains avantages : par exemple, en tant qu’ancien banquier, nous pourrions bénéficier de 10 000 euros supplémentaires. Si nous reprenons une exploitation familiale, nous aurions une réduction de 10 % à l’achat des parcelles. Une petite entorse à la réalité, car qui dans la vie choisit d’où il vient ? Allez, va pour l’héritage familial. Nous serons donc Élena.

Prendre les commandes en main

Ces premiers réglages effectués, notre ferme apparaît. Jean-Baptiste, notre conseiller, est présent pour nous guider. Avec lui, nous découvrons notre bergerie et ses 460 brebis. Puis, pas à pas, nous en apprenons plus, avec pédagogie toujours : la bergerie, les hangars de stockage, le stock de fumier, la moissonneuse-batteuse en Cuma… Nous passons de longues minutes à tout lire pour comprendre où nous venons de mettre les pieds. Une forêt jouxte la ferme et ses 180 ha de parcours à base de pins sylvestres et de chênes. Mais en cette période, le troupeau paît sur les pâturages de montagne. Un groupement pastoral se relaie pour le gardiennage.

Jean-Baptiste nous fixe alors notre objectif : « Rendez votre exploitation durable en 10 ans ! » Le temps passera plus vite dans l’écran. Au long du jeu, nous devrons améliorer plusieurs critères précis, en faisant les meilleurs choix aux meilleurs moments : préservation de la biodiversité ; pertes vers l’environnement (c’est-à-dire l’impact du CO2 et autres pollutions) ; gestion des sols (éviter le labour, rotations longues, couverts végétaux) ; consommation de l’énergie. Au chapitre économique, nous devrons veiller à la rémunération du travail, l’état de la trésorerie et au patrimoine. « Il y aura beaucoup d’investissements. On va devoir faire super attention à ne pas nous endetter », souligne-t-on d’emblée. Enfin, un volet social comprend la vie du territoire, les conditions de travail, la sécurité alimentaire de la population et le bien-être animal.

Des défis réels

Au fil des mois tout y passe : l’achat de matériel, la gestion des parcelles, la vente des premières bêtes, la formation… Stéphane analyse : « Tous les sujets n’éveillent pas le même intérêt en moi, j’ai hâte surtout d’en apprendre plus sur l’agriculture de précision par exemple. » Vient déjà la première déclaration Pac. « Clairement, ça semble compliqué de remplir dès la première année les objectifs demandés par l’Union européenne… » Nous n’y arriverons qu’en partie. D’autant plus que, sans prévenir, le jeu – comme la nature qui l’inspire – ne nous fait pas de cadeau. Trop de pluie, trop longtemps, nos rendements baissent de 10 % et les pertes s’élèvent à 8 000 euros. Nous n’avons malheureusement pas souscrit d’assurance récoltes.

Pas de quoi nous décourager cependant. Nous nous sommes diversifiés et avons suffisamment de fourrages en stock. C’est que notre gamer prend les choses au sérieux : armé d’un plan et de son tableau Excel, il fait ses prévisions. « C’est pour gérer au mieux ma rotation des parcelles ! », se défend-il, amusé et visiblement pris par le jeu.

Game over

Les années défilent et ne se ressemblent pas. Malgré le virtuel, on sent que les développeurs ont voulu intégrer un très grand nombre de paramètres qui rendent la conduite de l’exploitation complexe. Il est nécessaire de surveiller régulièrement plusieurs indicateurs, miroirs de préoccupations bien réelles, à commencer par le compte en banque qui diminue à mesure que l’exploitation se développe, mais aussi le temps de travail et l’énergie de notre agricultrice. Le quotidien de l’exploitation fait parfois oublier l’objectif de l’amélioration agroécologique. C’est aussi ça, la réalité du terrain.

L’heure du bilan arrive. Outre quelques bugs – c’est le lot des jeux en cours de développement – nous avons apprécié l’expérience. Mais malgré la satisfaction d’avoir amélioré bien des aspects de notre exploitation, la frustration est présente. Nous aurions aimé mieux réussir. « Je ne suis pas dans mon environnement habituel de gamer », temporise Stéphane. « Et puis, tu es tellement guidé dans les choix que l’agroécologie s’impose dans le jeu. J’ai appris des choses, mais n’y connaissant rien à l’agriculture, je trouve dommage que ce ne soit pas plus ouvert au grand public. » Il recommencera vite une partie, avec d’autres paramètres de départ, pour voir. « Roots of tomorrow » demande une grande concentration, pousse à s’investir, à faire des stratégies que parfois le hasard du ciel déjoue. « Un scénario peut prendre environ 8 heures », précise le studio. Quelques heures pour mieux saisir toute la complexité d’un métier que le virtuel ne saura jamais remplacer.

Une année de météo en Alsace

Dans le ciel doux et humide de 2021

Pratique

Publié le 20/01/2022

L’hiver servi chaud-froid

L’année 2021 a marqué un changement par rapport aux années précédentes. Et le ton a été donné dès l’hiver. On retient par exemple un épisode de douceur surprenante fin février. Atmo-Risk relevait alors 21,1 °C à Entzheim le 25 février ou encore 21,5 °C à Kogenheim le même jour. Le mois de février fait ainsi le yoyo « avec presque 40 °C de différence entre le 14 et 25 février », souligne le météorologue Christophe Mertz. Un mois plus tard, rebelote, un autre épisode s’accompagne d’un record absolu de chaleur pour un mois de mars avec 27,2 °C à Sainte-Croix-en-Plaine le 31 mars. « C’est la première fois qu’on observe une température aussi élevée à cette période. »

 

 

Février trop doux, printemps en courroux

« Le printemps 2021 est très mitigé, voire médiocre », résume Christophe Mertz. Le froid a frappé la France. On se souvient des gelées catastrophiques qui ont détruit vignes et vergers. En Alsace, on est un peu plus chanceux qu’ailleurs et les dégâts sont moindres. Pour l’expert, cela s’explique par deux paramètres : « Au sol, les plantes n’avaient pas autant d’avance que dans d’autres régions françaises. Dans le ciel, des nuages bas ont permis d’éviter les gelées. »

 

 

Côté température, Bergheim a vu son thermomètre descendre à -2,4 °C le 6 avril. Dans les vallées vosgiennes, avec -3 °C le 14 avril à Sainte-Croix-aux-Mines par exemple, des gelées tardives ont fait des dégâts sur les vergers. « Ces gelées ne sont pas exceptionnelles, mais ont été plus fréquentes. Sainte-Croix-aux-Mines a ainsi connu 10 jours de gel en avril, contre en moyenne 3 ou 4 », détaille-t-il avant de conclure : « Il y a eu plus de gel en avril 2021 qu’en décembre 2020. » Finalement, hiver et printemps ont déjoué les habitudes et, entre février et avril, les choses se sont un peu inversées.

L’été de la fameuse goutte froide

Nous avons connu « un événement qui n’a pas eu lieu depuis plusieurs années » : la fameuse goutte froide. Petite leçon de météorologie : « Il s’agit une bulle d’air froid en altitude qui reste bloquée sur place pendant plusieurs semaines. Encerclée par de hautes pressions, la goutte froide ne peut pas bouger. Cela crée un couvercle d’air froid et de l’instabilité. » C’est d’ailleurs la cause des averses et orages très fréquents en mai et juin, et jusqu’en juillet.

 

 

On constate aussi d’énormes écarts sur la pluviométrie. En juin, sur l’ensemble de la plaine d’Alsace, les cumuls sont de l’ordre de 175 mm. « Alors que la moyenne pour un mois de juin normal est plutôt de 71 mm, soit 100 mm de plus ou encore une fois et demie la normale. C’est le deuxième mois de juin le plus pluvieux jamais observé, c’est-à-dire au moins depuis la Seconde Guerre mondiale », insiste Christophe Mertz. Si on se tourne vers la montagne, les relevés du Markstein au mois de mai montrent un cumul de 200 mm ! À Meyenheim, le cumul des trois mois (mai, juin et juillet) atteint presque 300 mm. « C’est exceptionnel ! »

 

 

Paradoxalement, il n’y a pas eu de phénomène orageux extrême. La grêle s’est faite discrète. Ce sont finalement les maladies fongiques et autre mildiou qui ont pris la relève dans l’actualité météo et culturale. En effet, les averses pouvaient s’étaler sur des semaines entières empêchant d’intervenir pour traiter. Et de citer à nouveau l’exemple de Sainte-Croix-aux-Mines où « il n’y a eu que 8 jours sans pluie en mai ».

Si elles ont entraîné bien des tracas du côté des agriculteurs, ces intempéries ne sont pourtant pas d’ordre à inquiéter l’expert qui relate que « le mois de mai alsacien est de tradition médiocre ». En cause, des sols qui se réchauffent de plus en plus vite, du fait du climat continental, mais en même temps de l’air froid en altitude qui crée de l’instabilité.

L’automne, le calme après la tempête

Après juillet, le régime météo change un peu. Finie la goutte froide, le temps est plus calme et sec. L’automne est arrivé et se poursuit ainsi, sans pour autant coïncider avec des déficits de pluviométrie. La fin d’année a finalement été plutôt normale, sans excès. Seul décembre 2021 vient perturber les normales avec des températures très douces entre Noël et Nouvel an.

 

 

L’année 2021 s’est donc clôturée sur quelques jours tempérés, dans la continuité des mois écoulés. Atmo-Risk le rappelait dans son dernier bulletin météo qui paraît chaque semaine dans nos pages : Il y a un an, l’Alsace a connu un épisode neigeux exceptionnel. Aujourd’hui, il fait froid certes, mais pas un flocon. « Clairement le nombre de jours de neige en plaine depuis le début de l’hiver 2022 est anormal », réagit Christophe Mertz. Si le déficit en plaine est clair, ce n’est pas le cas en Montagne qui s’en sort avec un enneigement correct.

Quant à pronostiquer le temps qu’il fera en 2022, le météorologue tempère : « Il n’y a aucune règle. On peut très bien avoir deux années humides de suite, ou pas. C’est toujours bon de le rappeler. »

Prix des terres 2020

Le foncier, une ressource non renouvelable

Pratique

Publié le 06/12/2021

Alors que la semaine du foncier, organisée par la Safer, s’achève, çà et là les forces se sont rassemblées pour protester contre l’artificialisation des terres. « Un hectare en moins, c’est 25 000 baguettes en moins », scandaient les Jeunes agriculteurs haut-rhinois, ce jeudi 25 novembre. Un problème que le réseau des Safer continue de pointer, chaque année, dans sa synthèse des prix des terres. « Nous continuons à artificialiser, à consommer ce foncier si précieux et non renouvelable », alerte Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer. Un leitmotiv omniprésent dans les analyses de l’organisme depuis 2008, insiste-t-il. Pointant la nécessité d’accompagner les collectivités, Emmanuel Hyest rappelle l’attrait pour les territoires ruraux soudainement ranimé par la crise sanitaire. « Il serait dangereux que cette chance se convertisse en une pression supplémentaire incontrôlée du foncier », conclut-il.

Les marchés frappés par la crise

Le Covid est aussi passé par là. En 2020, les chiffres et les analyses, publiées par la Safer, reflètent un marché totalement chamboulé et une grande disparité selon les territoires et la manière dont la crise les a impactés. Dans le Bas-Rhin, le prix des terres et prés libres non-bâtis s’effrite avec -10 % ; le loué prend +6 %. Notons que les sous-régions présentent de très forts contrastes. En effet, certains secteurs sont par exemple directement impactés par l’aménagement du Contournement ouest de Strasbourg qui a pour effet de bloquer complètement le marché foncier. Dans le Haut-Rhin, le libre est stable ; le loué augmente de 3 %.

Au rang des vignes, le prix de l’hectare se place à 118 500 € pour l’AOP Alsace, soit une baisse de 14,1 % par rapport à 2019. La tendance reflète aussi une année difficile - les ventes de vin ont reculé de l’ordre de 100 000 hl par rapport à 2019 - qui a fragilisé les trésoreries et refroidit les acheteurs.

Côté forêts, l’épidémie de scolyte et la sécheresse continuent de rythmer le marché. On peut néanmoins souligner la stabilisation des prix dans l’est de la France à 4 660 €/ha en moyenne.

Enfin, alors que tout le pays a vécu au ralenti pendant plusieurs mois, les ventes et les prix des maisons de campagne ont, elles, augmenté fortement en 2020 : +5.9 % dans le Bas-Rhin et +13.9 % dans le Haut-Rhin. En parallèle, le secteur du bâtiment a subi de plein fouet les confinements, et n’a pas encore rattrapé son retard.

Perspectives mitigées

La Safer emploie aujourd’hui le terme de « consommation foncière ». Comme l’eau, comme le pétrole, on use et abuse de ce bien. Les espaces agricoles, naturels et forestiers disparaissent au profit de l’artificialisation. Une réalité qui transparaît dans les chiffres présentés ici, aujourd’hui et à court terme. Selon l’institution, le mitage et la fragmentation menacent ces espaces à long terme.

Parmi les solutions, la réhabilitation des friches industrielles est notamment financée par le plan de relance depuis 2020, avec son « fonds friches ». La France annonce 500 projets, soit 1 365 ha, qui doivent être défrichés. Il faut quelques mois pour faire disparaître un champ sous le béton. Qu’en est-il du processus inverse ? Au-delà de la prise de conscience politique, ce sont les terres de demain qui nous diront si les actes ont été suffisants.

Mutualité sociale agricole (MSA)

Le premier rendez-vous d'affiliation à la MSA

Pratique

Publié le 06/12/2021

Quelles sont vos missions quotidiennes en tant que conseiller en protection sociale à la MSA ?

Ludovic Heimburger : « Chaque jour, je reçois en physique les futurs adhérents, au sens au large, et notamment de jeunes installés. C’est un premier rendez-vous d’affiliation, qui permet de voir quel est le profil de la personne. De là découlent des accompagnements plus ou moins nombreux. Quand il s’agit d’une reprise d’exploitation, on peut par exemple tout de suite aller voir la fiche du cédant. Certains profils, au contraire, découvrent complètement la MSA et ses missions. Il s’agit alors de leur présenter tous leurs droits, mais aussi leurs devoirs.

Ensuite, nous abordons une partie purement administrative ; puis un volet technique. Il faut fournir des formulaires, des attestations, toutes sortes de justificatifs. C’est souvent un moment compliqué, notamment pour les jeunes, car il y a beaucoup d’éléments à présenter. Prenons l’exemple d’une reprise d’exploitation avec une grande surface : pour chaque parcelle il faudra fournir un document. C’est pour cela qu’il faut s’y prendre à temps. »

 

Quelles sont les principales difficultés que vous identifiez pendant ce premier rendez-vous ?

« D’abord, il n’y a pas que le jeune qui a du travail et qui doit être suivi. Ce sont des problématiques de famille, cela peut créer parfois des tensions. Le mois de décembre, par exemple, est particulièrement chargé car beaucoup de futurs retraités se réveillent et veulent pouvoir partir dès janvier. Mais parfois, le dossier de transmission n’est pas complété, alors la retraite peut être reportée.

On aimerait aussi pouvoir accueillir les jeunes installés en amont car c’est plus confortable pour tout le monde. Cela permet en plus de gérer les surcoûts, car un dossier bien fait, bien préparé, permet d’éviter les erreurs. Malheureusement, aujourd’hui, on est bien souvent informé seulement au moment de la création de l’entreprise. Puis, nous invitons la personne au fameux rendez-vous. Cependant, cette dernière ne se présente pas toujours… Si les adhérents n’ont pas répondu à nos convocations, on finit par accompagner certains jeunes dans l’urgence. Ils ne se rendent pas toujours compte. »

 

Le bon moment pour prendre son téléphone et appeler la MSA, c’est quand ?

« Il faut que les jeunes se prennent en main, qu’ils soient proactifs. Ce serait bien qu’ils prennent contact dès la création du projet. C’est déjà l’occasion de parler de la cessation des parents. Une fois que la constitution est faite, il faut alors revenir vers nous, et se demander : et maintenant ? »

 

Quels sont les « plus » à être accompagné par la MSA dans son parcours d’installation ?

« Les jeunes qu’on croise n’osent pas toujours poser les questions en public lors des réunions en groupe. Les rendez-vous avec un conseiller sont là pour ça. Un véritable lien se crée avec les personnes que je suis. Je continue même à prendre des nouvelles des bénéficiaires que je suivais dans ma précédente affectation.

Je rencontre aussi toute une population qui ne relève pas du profil classique de « jeune agriculteur », qui ne touche pas la dotation jeune agriculteur (DJA). Ce sont des bénéficiaires qui doivent être accompagnés différemment et qui sont très demandeurs.

La MSA peut prendre le temps nécessaire pour recevoir les gens. J’essaie pour ma part de voir les parents en amont, puis les enfants, ceux qui reprennent et les autres. C’est l’occasion de les guider vers les partenaires qui pourront les aider dans ces questions d’héritage ou autre. Il n’y a aucune opposition à ce que la personne revienne plusieurs fois, pourquoi pas accompagnée de son expert-comptable par exemple. Et puis, il y a tout ce à quoi on ne pense pas encore. Ils sont tous jeunes, tous motivés et, moi, je leur parle aussi de leur retraite, de leur transmission. »

 

Le passage dans le bureau d’un conseiller est-il une étape obligatoire ?

« Certains préfèrent envoyer les documents par internet. C’est une affiliation plus que sommaire… Ça se fait dans d’autres régions. En Alsace, nous avons maintenu cette idée d’accueil qui permet un accompagnement plus qualitatif.

C’est le moment de recevoir tout un tas d’information. C’est gratuit. C’est un petit investissement en temps contre, parfois, de grosses économies. »

 

En savoir plus : rendez-vous à la Maison de la MSA à Altkirch

Michel Jourdain, Les cavaliers du rêve

En selle et en scène

Pratique

Publié le 22/08/2021

Michel Jourdain est né en 1953, son premier souvenir de cheval remonte à peu près à cette époque. « Je me faufilais pour aller me coucher sous les chevaux du cirque qui faisait halte non loin… », se souvient-il. Force est d’admettre que, chez certains, cet amour du cheval est inné. « Je suis plus à l’aise à cheval qu’à pied. Je suis fasciné. Je n’ai jamais eu peur…, décrit, songeur, le jeune retraité. Je ne m’explique pas cette attirance que tous les cavaliers partagent. »

Cette passion, il n’en fera pas son métier. Mais ce professeur de mathématiques – à qui on doit aussi la mise en place des espaces numériques dans l’académie, comme Scolastance – déborde d’énergie. Alors, sorti de sa classe, il se consacre aux chevaux. Il part pour de grandes randonnées dans les Vosges, avec ses chevaux et ses copains. « Je n’aime pas les cadres. Je n’ai jamais pris de cours. J’ai une monte qui m’est propre, douce, sans cravache », souligne-t-il. Un jour, on lui propose de guider des balades. Puis de participer à un spectacle avec les cavaliers d’Osthouse. De pas en pas, il s’engage de plus en plus dans le monde associatif. Un jour, le proviseur de son établissement le convoque… et lui propose de rejoindre la troupe du « Rêve d’une nuit d’été ».

Le souvenir d’un rêve

Sur les hauteurs de Saint-Pierre-Bois, l’église Saint-Gilles offre une vue imprenable sur l’entrée de la vallée de Villé. Nous retrouvons Michel Jourdain dans ces prés en amphithéâtre qui ont accueilli pendant près de 20 ans ce spectacle grandiose. Une troupe de 500 personnes racontaient alors, chaque été, en son et lumière, l’histoire de la vallée. Des nuits enchantées qui ont marqué petits et grands. Organisant la partie équestre, les Cavaliers du rêve se structurent en 2007. Michel Jourdain en devient le président. Mais en 2009, l’enthousiasme du grand spectacle s’essouffle. La nuit prend fin, comme l’aube vient, doucement mais inéluctablement.

« Pourquoi pas continuer ? » Tenant les rênes, le professeur est soutenu par quelques élus, d’autres associations et amis. Les spectacles équestres tiennent bon, puis s’enchaînent, de quelques centaines à plusieurs milliers de spectateurs rassemblés pour des représentations de plus en plus élaborées.

Une troupe magistrale

Après plus de 10 ans d’existence, il a rassemblé 80 membres bénévoles autour de lui. Ensemble, ils ont l’ambition de faire renaître un grand spectacle nocturne, toujours en son et en lumière, ici même, au pied de l’église Saint-Gilles. « Le cadre est très beau, de plus nous pourrons assurer la sécurité des spectateurs. C’est le plus important », insiste le président de l’association. Une épidémie passant par-là, le spectacle ne sera montré qu’en 2022. En attendant, le suivant est déjà en cours d’écriture.

Un tel projet ne s’improvise pas. Il faut entraîner les chevaux, les habituer à la musique, aux détonations des feux d’artifice… « On emmène les plus peureux avec quelques vieux sages près d’un champ de tir le 14 juillet. Quand ils voient que les anciens broutent tranquillement ou regardent les lumières, alors ils apprennent que c’est sans danger », explique le cavalier.

Dans l’association, tous les talents sont présents. Sur les 80 bénévoles, on compte 40 cavaliers, de tous les niveaux. Les autres sont selliers, metteurs en scène, conteurs, voltigeurs, cracheurs de feu… Il faut aussi programmer les lumières, la pyrotechnie, créer les décors, les costumes – pas moins de 300 -, fabriquer les affiches, organiser l’événement, les parkings, la buvette… Les bénévoles viennent de partout et de tous milieux. Un médecin, un restaurateur, un maréchal-ferrant… « Il ne manque plus qu’un véto », s’amuse le papa de la troupe. « C’est magistral », s’enthousiasme-t-il, citant avec admiration les noms de ceux qui donnent de leur temps pour l’association.

Michel Jourdain avoue sans peine que s’il donne le rythme, il doit aujourd’hui compter sur l’aide de plusieurs membres piliers qui, il l’espère, prendront la relève. « Seul, je n’y arrive plus. »

Les mercis qu’on reçoit

L’ambition a un coût. « Le spectacle de 2022 devrait coûter 50 000 euros. On se professionnalise. Il y a quelques gros matériels comme des projecteurs, et donc des groupes électrogènes. On consommera plus d’électricité que toute la commune ! », illustre Michel Jourdain. « Nous sommes beaucoup aidés par la communauté de communes, par les maires alentour… L’agriculteur qui fauche le pré de Saint-Gilles, vient un peu plus tôt pour nous permettre de répéter. » Le spectacle sera ouvert à tous, mais pour faire rentrer quelques sous, les places assises seront mises en vente. « On espère 9 000 personnes en tout, sur trois représentations. Mais le but, ce n’est pas l’argent, insiste-t-il. Il en faut pour monter le spectacle. Mais notre gagne-pain, ce sont les mercis qu’on reçoit. »

En attendant de retrouver le parvis enherbé de Saint-Gilles, les cavaliers du rêve se produisent là où ils sont invités comme le Pfifferdaj à Ribeauvillé ou la Fête des remparts à Châtenois (quand ces événements ont lieu). Le prochain rendez-vous est en septembre, au pied des remparts d’Obernai pour BiObernai. Chacun vient quand il peut. Michel Jourdain y tient, il n’y a aucune obligation. « Mais pour le grand spectacle, il faudra du monde ! »

 

 

Libre, il cavale encore

Notre rencontre touche à sa fin. Michel Jourdain s’apprête à aller faire quelques kilomètres en montagne. Pointant l’autre côté de la vallée, il nous dessine du bout du doigt son itinéraire. « J’ai basculé dans le trail, je fais 30 km en 3 h. Mes chevaux sont aujourd’hui trop vieux pour de longues randonnées. Mais j’ai besoin de sortir, d’être dehors. » La jument Djerba a parcouru des milliers de kilomètres de randonnées. Quant à Mirage, le cheval de sa fille, il participera au grand spectacle. « Ma fille viendra exprès de loin », raconte le père heureux de partager cette passion en famille.

En attendant, ses animaux pâturent tout près, à Breitenau. L’exploitant qui propose des pensions, prête aussi son tracteur et du matériel à l’association. « Bien pratique », sourit Michel, toujours ravi de voir l’entraide et les rencontres qui se dessinent autour des cavaliers. « Les chevaux fédèrent des amitiés. » Et de continuer, rêveur, contemplant la vallée : « C’est une sensation de liberté. Je me sens bien à cheval. Être avec des chevaux, c’est la vie ! »

Bergerie Berlicombel à Fouchy

Maman est à la traite

Élevage

Publié le 27/07/2021

Il est 14 h quand Morgane Guth, 27 ans, revient de la traite. « C’était compliqué mais elles ont bien travaillé. Je ramène 14 litres », se réjouit-elle en déchargeant le seau de son utilitaire blanc. La bergère ajoute les ferments à son lait. « C’est bon, nous avons deux heures pour discuter ! » Les travaux de la fromagerie ont commencé le 28 décembre 2020. C’est l’ancienne ferme familiale, au cœur du village, qui accueille l’installation de 36 m2, composée d’un sas d’entrée, d’un atelier, d’une salle d’emballage et une autre de stockage.

Le petit espace a été réfléchi et aménagé en famille. « Tout le monde s’y est mis, les copains, tous les week-ends », se souvient Morgane Guth. Ce jour-là, Morgane reçoit enfin ses deux vitrines réfrigérées qu’elle a commandées il y a plusieurs mois. Elle raconte, enjouée, les efforts qu’il a fallu fournir pour en arriver là. « Ici, les carrelages ne sont pas alignés. C’est mon père qui les a posés après une dure journée de travail. Finalement ce sont ces petits détails qui font les plus beaux souvenirs. »

 

 

Changement de direction

Morgane Guth s’est installée en mai 2020. Cette installation, c’est une reconversion. Avant, la jeune femme était éducatrice sportive. Elle est titulaire d’un bac ES et d’un DEUST Sport et intervention sociale. En 2018, elle décide de changer de voie. « J’avais envie d’être en lien avec la nature. » Sa grand-mère qui veille devant la fromagerie, confirme, malicieuse. « Elle me disait toujours : je veux être avec des animaux ! »

Direction le CFPPA d’Obernai pour un brevet professionnel de responsable d’entreprise agricole. Morgane Guth réalise plusieurs stages qui la guident dans ses choix. « Dans la vallée de Villé, beaucoup de monde transforme déjà du lait de vache ou de chèvre. Et ils font ça très bien ! » Elle opte pour les brebis après plusieurs semaines au sein d’une exploitation mosellane. « C’était génial ! Autant la famille que le boulot », se souvient-elle.

Cette même année, elle épouse Benjamin Guth, d’un an son aîné. Lui aussi est un enfant du village de Fouchy, et sa famille de forestiers a quelques vaches. Pour Morgane, ce sera un début, et déjà une chance de se diversifier. Elle reprend la ferme de son beau-père, Jean-François Guth.

Deux naissances en même temps

Pour ajouter un peu d’aventure à cette aventure, Morgane tombe enceinte. « Si je n’ai pas de bébé maintenant, alors quand ? » Aux démarches de l’installation, s’ajoutent les nausées, la fatigue… La future maman relativise, c’est l’occasion d’avancer les tâches administratives. La petite Bérénice arrive en mars 2020, à la maison de naissance Manala à Sélestat, une structure qui lui a permis de retourner à la maison quelques heures après l’accouchement. 10 semaines plus tard, le congé maternité prend donc fin en même temps que l’exploitation voit officiellement le jour.

La grossesse d’une jeune agricultrice est vue comme une « situation exceptionnelle », pense Morgane Guth. Mais pour elle, il n’y a rien de surprenant à vouloir devenir mère et agricultrice. Elle est alors au chômage (au régime général) et en cours d’installation. Elle s’est arrêtée 16 semaines, c’est la durée minimale légale du congé maternité. Après la naissance, la MSA lui a donné un chéquier comprenant des bons pour divers services (remplacement, aide à domicile…). « J’ai dit merci, mais en fait pour la plupart des travailleurs, c’est juste normal de recevoir de l’aide. Ça m’interroge… » Aucun autre dispositif particulier ne lui a été proposé.

Morgane complète son questionnement sur la place des femmes dans l’agriculture par quelques anecdotes qu’elle raconte en souriant, plus amusée qu’agacée. Comme lorsqu’à la banque, on lui demande si son mari travaille. « Ça a facilité les choses. Mais je ne suis pas sûre qu’ils posent toujours les mêmes questions aux hommes qui s’installent. » Ou quand un estimateur de dégâts de gibier s’adresse constamment à son mari pour se rappeler ensuite que, oui, « il y a des femmes exploitantes de nos jours ».

Complètement débordée

Comme tous les jeunes parents, Morgane et Benjamin font face aux difficultés de garde, aux plus grandes difficultés encore de devoir gérer tout ça en pleine épidémie de Covid-19. « Il n’était pas question de confier Bérénice à quelqu’un. On ne savait alors pas grand-chose de ce virus… Je faisais les parcs avec le bébé en écharpe, la faisais jouer à côté quand j’étais avec les animaux. Et puis j’ai allaité pendant un an », souligne Morgane Guth. « Je me sentais complètement débordée, j’avais l’impression de ne jamais faire assez pour la ferme. »

Depuis cet hiver, la crèche leur propose quelques créneaux, encore irréguliers. Les choses s’apaisent. Et la jeune maman regarde avec fierté le chemin parcouru. « Aujourd’hui, le laboratoire est fini. C’est matériel, mais c’est la concrétisation de mon projet. Je vois se réaliser tout ce que j’avais imaginé. » Un ancien du village passe par là pour acheter quelques fromages. Le papa de Morgane le suit, une cagette pleine de pots vides sur les bras. « On a tout mangé en une journée ! » Rieur, il exagère à peine. Tout juste installée, la ferme Berlicombel fait aussi le pari de redonner vie au petit village de montagne.

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