Auteur

Margot Fellmann

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Gaspard et Lauren

Coup de foudre aux Embetschés

Élevage

Publié le 11/02/2021

Lauren Engel, 33 ans, a grandi dans les plaines du Wisconsin, État au nord des États-Unis, au bord du lac Michigan. Capitale : Madison. Elle choisit d’étudier le marketing, s’installe à Chicago, puis à Washington. Elle devait s’établir à Denver mais il y a eu un léger changement de programme. Car, voyez-vous, Lauren a la vingtaine aventureuse. En 2013, elle prend son sac à dos à la découverte de l’Europe. Fille d’horticulteur, elle opte pour le wwoofing. Ce mode de voyage alternatif en est alors à ses débuts : contre le gîte et le couvert, des bénévoles s’initient pendant quelques semaines à l’agriculture biologique en prêtant main-forte sur une exploitation. Lauren passe par l’Irlande, l’Angleterre, l’Espagne. Mais la jeune femme a aussi « très envie d’apprendre à faire du fromage mais pas n’importe quel fromage » : du fromage français, pardi ! Elle contacte un petit élevage de chèvres bio dans les Vosges… « D’habitude, 5 à 6 mois à l’avance, les places étaient prises ! Mais quand Lauren a appelé, une place venait de se libérer ! », se souvient Gaspard, encore étonné de ce hasard.

Gaspard Schmitt, 40 ans, a grandi sur la ferme familiale, avec sa petite sœur Salomé. Il a étudié l’agronomie à Nancy, puis l’aménagement et le développement du territoire à Pau. Il rejoint l’exploitation en 2004, s’installe en 2008. Frère et sœur sont aujourd’hui cogérant de l’EARL Chèvrerie des Embetchés, avec Thierry Hager, associé historique de leurs parents. Dominique et Élisabeth Schmitt ont fondé la ferme en 1978, débutant avec seulement huit chèvres. Aujourd’hui, l’activité s’est diversifiée. Aux chèvres qui se comptent aujourd’hui au nombre de 130, se sont ajoutés 95 moutons, 100 cochons, ainsi qu’un élevage de 30 chevaux, des poneys welsh pour la plupart ; et enfin des chiens bergers australiens. Tout ce beau petit monde est élevé en plein air, sur une exploitation de 100 ha. Côté bâtiments, à chaque élevage le sien. On en dénombre trois principaux, plus l’écurie, pour environ 1 500 m2 en tout. Aux Embetschés, c’est un véritable petit hameau qui s’est développé au fil des années, mêlant bâtiments agricoles et maisons familiales.

5 semaines ensemble

Mais revenons à notre histoire. C’était en 2013. Lauren passe alors cinq semaines aux Embetschés. Assez pour que les jeunes amoureux s’engagent dans une valse, entre Alsace et Wisconsin. Pendant un an, ils font des allers-retours. Lauren envisage de s’installer en France. « J’avais dans l’idée de vivre à Paris ou à Strasbourg, de faire les trajets. Mais on a vite compris que ça ne marcherait pas », se souvient-elle. La distance n’est pas le seul obstacle. Lauren ne parle pas français, pas facile non plus d’avoir un visa. Pour résoudre ce détail administratif, le couple se marie rapidement, le 28 août 2015.

Et puis, Gaspard a déjà deux filles, Carmen et Marjane, aujourd’hui 8 et 11 ans. « Devenir belle-mère, ça faisait partie du deal, souligne Lauren. Ça n’a pas toujours été simple mais elles m’ont appris tellement de choses. » À commencer par la langue. C’est à travers des livres pour enfants, avec pour professeurs intransigeantes Carmen et Marjane, que Lauren a appris. Elle parle aujourd’hui parfaitement français, gardant une touche d’accent qui a son charme. « Lauren leur offre aussi toute une ouverture sur le monde », affirme Gaspard. Ainsi qu’une nouvelle famille outre-Atlantique. Sa famille, Lauren ne l’a d’ailleurs pas vue depuis plus d’un an maintenant, à cause de la pandémie de Covid-19. Elle attend avec impatience de pouvoir les voir, autrement qu’à travers un écran. « Ils sont fascinés par la vie à la ferme, parfois plus intéressés d’avoir des nouvelles des chèvres que de moi », s’amuse Lauren.

Là-haut

Les 120 000 l de lait de chèvres produits annuellement sont transformés en fromage sur la ferme. La fromagerie, c’est d’ailleurs le prochain grand chantier. Elle doit doubler pour atteindre 160 m2. Mais ne parlez pas à Gaspard d’expansion, c’est avant tout pour améliorer leurs conditions de travail que chaque changement est envisagé. Un agrandissement pour laisser plus de place aux cochons par-ci, un autre pour faciliter le travail par-là. « Je veux optimiser plutôt que développer », tranche Gaspard. Il cite en exemple le faible taux de renouvellement de ses chèvres, entre 15 et 20 %. « Certaines ont 15 ans ! En bio, c’est important de compter sur ces animaux qui gagnent en résistance », explique-t-il.

Les trois cogérants se dégagent aujourd’hui un salaire, après plusieurs années dans le rouge à chercher le bon équilibre. Le circuit court, et en particulier la commercialisation d’une bonne partie des produits au Cellier des montagnes à Lapoutroie, est une des clés. Gaspard est d’ailleurs le président de ce magasin coopératif, qui incite à l’investissement de tous les producteurs dans son fonctionnement, c’est la raison de sa réussite selon l’éleveur. 70 % des fromages sont aussi vendus dans plusieurs magasins bio, chez Leclerc et Grand frais.

L’élevage de porc doit lui, ses débuts au restaurant étoilé Buerehiesel à Strasbourg qui cherchait un producteur de qualité pour sa table. « C’était aussi un moyen de valoriser le petit lait des chèvres », précise Gaspard. Les porcs sont abattus à Cernay, l’éleveur se charge de la découpe. Une partie de la production est sous-traitée à des bouchers pour être transformée en lard fumé et autres boudins. La viande de porc, mais aussi celles de chevreau et d’agneau, sont commercialisées au Cellier des montagnes.

Un bonheur n’arrive jamais seul

Pour sa part, Lauren télétravaille pour Quantis, une entreprise qui accompagne des organisations comme Nestlé, Danone ou Unilever, vers le développement durable. En ce moment, Quantis développe, par exemple, un outil pour aider les grandes cultures à mieux maîtriser leur empreinte carbone. Un emploi pas si éloigné des préoccupations de la ferme finalement. « Que la ferme soit en bio, c’était important pour moi, explique Lauren. C’est aussi bien que Gaspard comprenne ce que je fais. Le soir, on peut discuter de notre travail, échanger. » Et il faut écouter Gaspard parler de son travail pour voir tout ce que Lauren lui a apporté. « À 33 ans, je me suis demandé dans quelle mesure je changerai. Je savais que j’étais raide amoureux », se souvient Gaspard, qui ne porte toujours pas de chapeau de cow-boy. « Finalement, je suis plus organisé, et ça a un vrai impact professionnel. Je suis très admiratif de Lauren, elle m’a appris qu’en faisant bien les choses, on laisse de la place aux rêves. »

Il cherche surtout à se dégager du temps libre. « Le but ultime, ce sont les 35 heures », rit Gaspard. Si pour un éleveur, cela relève de l’utopie, le fonctionnement de l’exploitation permet à Gaspard et Lauren de partir quelques semaines aux États-Unis, tous les deux ans. « Là-bas, il y a des fermes immenses, comme on les imagine. Les grands céréaliers alsaciens font pâle figure à côté. Mais il y a aussi une grande communauté amish qui pratique une agriculture plus traditionnelle », témoigne l’éleveur.

Pour Lauren, c’est à n’en pas douter le sourire de Gaspard qui l’a séduite. « Il m’a rendu ma bonne humeur, ce n’est pas le cas de tous les Français, rougit la jeune femme. Je suis impressionnée par son travail sur la ferme, sa vision, sa détermination. » Et de conclure : « En venant ici, je percevais une vie drôle et aventureuse. Surtout, je n’avais besoin de renoncer à rien de ce que je suis. On a créé un bel équilibre, on apprend toujours l’un de l’autre. »

P.S. I love you

Les Embetschés accueille toujours des wwoofeurs, comme depuis une dizaine d’années. Un carrefour du monde, sur les hauteurs de Lapoutroie, qui donne lieu à de belles rencontres. Parfois pour quelques jours, parfois pour la vie. « Le monde vient à nous », dit Gaspard. « Pour moi, c’est l’occasion de continuer à croiser de nombreuses nationalités », enchérit Lauren. « Mais c’est assez fatigant de toujours réexpliquer notre travail aux bénévoles, peut-être que cela se fera moins souvent à l’avenir. » Et Lauren de compléter avec un regard complice : « Alors j’ai vraiment eu beaucoup de chance. »

 

 

 

? TÉMOIGNAGE Pauline est venue faire du wwoofing à la ferme des Embetschés alors que s'annonçait tout juste le deuxième...

Publiée par la chevrerie des Embetschés sur Jeudi 3 décembre 2020

 

Conversion et diversification

Il a mis sa nouvelle vie en bouteille

Vie professionnelle

Publié le 11/10/2019

La recette du bonheur selon Jérémie Kubler ? Carotte, kiwi, pomme et vanille. Comme celles de l’Aventureux, du Charmant ou du Délicat. C’est dans son petit laboratoire à Aspach-le-Bas qu’il a élaboré ces jus de fruits et légumes pressés à froid. Depuis quelques mois, il a créé cette activité de transformation, après s’être lancé en 2015 dans la récolte et la vente de sève de bouleau (à ne pas confondre avec le jus… de bouleau cette fois-ci). Une diversification qui lui permet aujourd’hui de tourner définitivement le dos à sa vie d’avant.

Ébéniste pendant 20 ans, Jérémie Kubler a décidé de changer de voie. « En 2015, j’ai ouvert ma société Minérasève. En 2018, j’ai décidé d’arrêter mon activité d’ébéniste pour lancer Minerajus. J’étais chef d’atelier mais le métier s’essouffle…, explique-t-il. Jusque-là, je prenais mes vacances pour faire la récolte de sève. Au bout d’un moment, des perspectives économiques qui tenaient la route sont arrivées. » Aujourd’hui, il mène de front sa double activité, rythmée par les saisons.

 

 

Local, bio et écolo

Côté jus, l’entrepreneur cherche tant que possible à se fournir auprès de producteurs locaux : la ferme Koehl à Ruelisheim, les Jardins d’Icare à Sentheim ou les Halles de Cernay. Et surtout bio, car il bénéficie du label AB. Côté sève, tout se passe en mars. Il dispose d’une autorisation d’exploitation des bouleaux sur certaines parcelles. « L’ONF me loue des terres dans la vallée de la Doller, peut-être cette année aussi dans la vallée de Thann. Les arbres se trouvent entre 600 et 800 mètres d’altitude, détaille le producteur de sève. D’année en année, la production varie beaucoup en fonction de la température. Plus l’hiver est dur, plus les bouleaux donnent. »

Conditionnés dans des bouteilles en verre, jus et sève sont commercialisés en circuit court dans des magasins bio du Haut-Rhin ou directement au laboratoire. Pour le moment du moins. Car peu à peu, les produits de Jérôme Kubler trouvent demande dans toute la France. Sans qu’il ne puisse encore les faire envoyer pour des raisons de logistique, comme par exemple une date limite de consommation de seulement 6 jours pour certains jus.

Voir plus grand, mais jusqu’où ?

Ce développement ne vient cependant pas sans questionnements. En effet, l’entrepreneur veut s’inscrire dans une démarche proche de la nature, de « l’alimentation vivante ». « C’est un compromis entre mes valeurs et les demandes », explique Jérémie Kubler. Peu à peu, l’équilibre se fait, par exemple avec de nouveaux conditionnements moins écologiques. Pour financer ses projets, le chef d’entreprise a tenté d’obtenir des aides ou subventions. Sans succès. Pour Minerajus, l’investissement a été entre 30 000 et 40 000 euros. Des frais principalement dédiés à l’achat de la presse hydraulique d’occasion. « Cela fait 9 mois. À la fin de l’année, je ferai peut-être un financement participatif », annonce-t-il.

« Pendant un an, j’ai travaillé à 300 %. Je fais tout. La communication, le marketing…, raconte Jérémie Kubler. Je gère les deux entreprises (Minerasève emploie trois ou quatre saisonniers pour la récolte, ndlr). J’ai été artisan, je n’ai pas deux mains gauches. Tout de même cela fait une sacrée pression. Mais il faut vivre ses rêves. C’est ce que je dis à tous ceux qui veulent se lancer. »

Jérémie Kubler ouvre les portes de Minerajus samedi 5 octobre de 10 h à 17 h : démonstration, dégustation et conférence sur la nutrition (à 17 h 30, sur inscription).

Les Républicains - Haut-Rhin

De droite et favorables au libre-échange, mais pas n’importe comment

Vie professionnelle

Publié le 30/07/2019

Dix ans de négociations ont conduit à deux semaines de débats vifs à l’Assemblée nationale. Le Ceta a (et fera encore) couler beaucoup d’encre. Et pour cause, l’opposition, et plus discrètement certains élus de la majorité, relèvent des incohérences profondes entre ce traité de libre-échange et d’autres actions politiques comme les EGA et les efforts pour l’environnement. Dans la dernière ligne droite avant la ratification de ce traité, les députés LR du Haut-Rhin, Éric Straumann et Raphaël Schellenberger, ont donné rendez-vous à la presse à la ferme de David Herrscher à Andolsheim, pour faire entendre leur désaccord. Étaient également présents, Michel Busch, directeur de la FDSEA 68, Emmanuel Molard de la Chambre d'agriculture Alsace et Christian Rebert, maire d’Andolsheim.

« Nous craignons l’impact sur le secteur agricole, a déclaré Éric Straumann. Cet accord prévoit d’importer 65 000 tonnes de bovins. Nous reprochons des conditions de concurrence non équitables car au Canada, un plus grand nombre de produits phytopharmaceutiques sont autorisés mais également la farine animale, c’est aussi un autre modèle économique. La filière française sera fragilisée face à des opérateurs étrangers qui ne respectent pas les mêmes conditions de production. » Voici donc pour l’argument principal à destination du monde agricole. Mais les réserves portent aussi sur d’autres points. « Pendant la compagne électorale, nous avons entendu parler de circuit court comme une réponse au dérèglement climatique. Le Ceta est une hérésie, tant économique qu’écologique », a insisté Éric Straumann. « Nous sommes de droite et favorables au libre-échange, mais pas n’importe comment. » Selon Raphael Schellenbergen, « le Ceta entre aussi en contradiction avec les accords de Paris sur le climat. Et pourtant, on a l’impression que la décision est déjà prise avant le vote. »

Même son de cloche pour la FDSEA. « Par définition, nous ne sommes pas opposés au libre-échange, a déclaré Michel Busch. Mais là, il y a une distorsion alors que nous subissons déjà une concurrence au sein de l’Europe. Sans parler de la farine animale qui est une question de santé publique. Ce n’est pas rassurant avec l’antécédant de la vache folle que nous connaissons. Quand des règles sont imposées aux agriculteurs français, il faut pouvoir les imposer également aux importations. Ce doit être la condition ! » Les pieds ancrés dans la terre, David Herrscher, exploitant bovins et polyculture, exprime une inquiétude pour la santé des consommateurs et particulièrement les plus jeunes. « Les premiers concernés, ce seront nos enfants qui mangent chaque jour en restauration collective qui fait face à d’autres enjeux budgétaires que les familles. »

Après la ratification du Ceta, un ensemble de questions reste sans réponse selon ses détracteurs. N’y a-t-il pas un risque d’inconstitutionnalité entre le Ceta et des lois nationales décidées précédemment ? De fait, le Ceta pourrait prévaloir sur la loi Égalim par exemple. Que se passera-t-il si l’Union européenne n’est pas unanime, dit non au Ceta et qu’un seul pays décide par la suite d’un accord avec le Canada ? Autant de failles qui pourraient apparaître à mesure que le Ceta se mettra en place au cours des mois et des années à venir.

Ferme de la Gaensmatt à Ostheim

Des poulettes bios pour se diversifier

Élevage

Publié le 23/04/2019

Nicolas et Carole Konradt n’avaient que quelques jours entre la fin des travaux et l’arrivée des premières poules pondeuses pour ouvrir les portes de leur nouvelle installation au public. Dans un bâtiment neuf à quelques mètres de la ferme familiale, ce sont 7 480 poules qui prendront leurs quartiers dans quelques jours. « C’est un projet qui a commencé il y a deux ans, a raconté Nicolas Konradt. Notre développement est basé sur les circuits courts et les produits en devenir. La première étape a été les escargots, puis les œufs bios aujourd’hui, et les poulets de chair en juin de cette année. » Dès cet été, ce seront ainsi 500 têtes qui viendront compléter l’exploitation. La stratégie de diversification a été pensée en complémentarité de la production initiale de la ferme en céréales et en vignes. L’objectif est de voir les différentes activités s’enchaîner efficacement au fil des saisons. Dans le même esprit de recherche d’efficacité, le laboratoire de transformation d’escargots, surtout investi en hiver, sera également occupé pour la préparation de volailles de chair.

Une première certification bio

Pour simplifier les démarches pour la certification bio, une nouvelle société a également été créée : l’Earl Les poulettes de la Fecht. Capitalisant sur une parcelle adjacente de 3 ha nouvellement certifiée bio, les producteurs ont ainsi pu créer un parcours extérieur. C’est la surface de ce parcours qui a déterminé le nombre d’animaux de l’exploitation.

Outre l’aménagement de cet espace qui a nécessité la plantation d’arbres fruitiers qui serviront d’abris, il a donc fallu construire un bâtiment. Pour prévenir le risque d’inondation au bord de la Fecht, le terrain a d’abord été rehaussé avec 5 000 tonnes de tout venant. La société NDT a commencé les travaux en octobre dernier pour livrer ce printemps un bâtiment qui fait 100 mètres de long et 15,5 de large. Encore vide et brillant, il impressionne les visiteurs du jour. Particularité, la production bio demande une ventilation naturelle qui est assurée par des grands panneaux qui une fois ouverts créent un courant d’air. La température est maintenue entre 16 et 18 °C, et côté lumière, 15 heures d’éclairage électrique à l’intérieur sont nécessaires pour que la poule ponde. En cas de mauvais temps ou d’obligation de confinement, les animaux peuvent aussi profiter d’un jardin d’hiver, et donc de lumière naturelle, qui s’étale sur toute la longueur du bâtiment.

Le matériel a été fourni par Ska. Au total, ce sont 34 pondoirs, 1 300 m de perchoirs - pour permettre aux poules de dormir confortablement -, 350 m de chaîne alimentaire et un silo à l’extérieur qui ont été posés. « On prévoit six poules par mètre carré, selon les normes européennes, détaille William Girard de l’entreprise Ska. Un pondoir collectif est prévu pour 200 poules, pas toutes en même temps évidemment. Elles reçoivent 130 grammes de nourriture par jour, et rien n’est distribué à l’extérieur pour des raisons sanitaires. » Au sol, nous marchons sur un béton immaculé, mais bientôt il sera recouvert de fientes qui avec le temps formeront une épaisse couche sableuse.

Enfin, on compte également dans le bâtiment un sas d’entrée, un local de stockage et un local de ramassage et de conditionnement dans lequel abouti un tapis roulant rapportant la production journalière. Pour le moment, cette tâche sera effectuée manuellement, puis à terme sera automatisée.

Alimenter le marché local

Les poulettes de variété Lohmann passeront « 12 à 14 mois » sur l’exploitation, explique Nicolas Konradt. Livrées à 17 ou 18 semaines, elles sont fournies prêtes à pondre par la Sarl Ferme Schafbusch près de Wissembourg. La production sera distribuée par L’œuf Riestahl - Les poulettes de la Fecht deviennent ainsi leur quatrième élevage en Alsace - mais il sera aussi possible de profiter de la vente à la ferme.

Les chiffres le montrent, ce projet est de taille. Il représente un investissement global de 500 000 €. « Pour vous donner une idée, précise William Girard, on compte environ 55 euros par poule au lancement. » Pour Nicolas Konradt cela correspond à une quinzaine d’années d’engagement. Heureusement, l’exploitation a bénéficié de plusieurs subventions, de l’UE, de la Région…, ainsi que du soutien de la Chambre d’agriculture d’Alsace et de la banque Crédit Mutuel. Outre les voisins agriculteurs, la famille, les amis et les clients, elle peut aussi compter sur le soutien d’élus locaux présents à l’occasion de l’inauguration.

Bernard Kempf, maire d’Ostheim, a d’abord pris la parole et s’est dit « heureux de voir ce qui se construit ici. L’agriculture se diversifie, tout comme Nicolas et Carole. Ce verger notamment, qui servira d’abris aux poules, en est un bel exemple, d’autant plus en bio ». Jacques Cattin, député de la 2e circonscription du Haut-Rhin et maire de Voeglinshoffen, a tenu à apporter son soutien à ce projet qui s’inscrit dans la tendance du circuit court. « Nous sommes là tous ensemble pour vous féliciter », s’est-il réjoui. « C’est un bonheur de voir des jeunes qui investissent et croient en l’avenir », a déclaré Christian Klinger, maire d’Houssen et président des maires du Haut-Rhin. Avant de souligner à son tour l’aspect local de la démarche qui encadre Les poulettes de la Fecht. « Avant, on pensait global, mondial, les agriculteurs comme les élus. Aujourd’hui, on revient aux fondamentaux. »

Il y a quelques années, Nicolas et Carole Konradt étaient des commerciaux comme les autres. Un jour, ils ont choisi de reprendre l’exploitation familiale et de relever le défi de la diversification. Mais même si les choses vont vite, il n’est pas question de brûler les étapes et Nicolas Konradt reste humble. Prochaine étape, développer la boutique de Carole. Et s’assurer que les fondations sont solides. « Avant de nous lancer dans autre chose, nous allons déjà apprendre », conclut-il.

Fleurs et plantes d’Alsace

Réapprendre à utiliser les produits naturels

Pratique

Publié le 23/03/2019

La loi Labbé, qui sonne la fin de la vente et de l’usage des produits phytopharmaceutiques pour les particuliers, est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Les jardiniers du dimanche ne peuvent plus compter sur leurs traditionnels désherbants, insecticides et autres pesticides « de synthèse chimique ». Un changement dans la pratique du jardinage qui a un impact direct sur le travail des horticulteurs et pépiniéristes d’Alsace. Si ces derniers ont déjà pris les devants, et ce depuis plus de dix ans, la loi Labbé appelle aujourd’hui à mener une opération de communication d’envergure pour pousser les particuliers, eux aussi, à envisager des alternatives. « Il faut réapprendre aux particuliers à utiliser des produits naturels. Leur dire que l’huile de coude, ça marche aussi, souligne avec le sourire Christian Romain, président de Fleurs et plantes d’Alsace et exploitant à Barr. Si tout le monde s’y met, on arrivera à passer à autre chose. » Mais avant toute chose, une mise au point s’impose : « C’est important d’être juste dans les mots qu’on utilise. Nous parlons bien de pesticides ou produits phytopharmaceutiques de synthèse chimique, et pas de produits phytosanitaires en général. Sans phytosanitaire, nous n’existerions pas », a-t-il averti.

Rendez-vous est donc donné à la presse alsacienne au Jardin Pfister de Sélestat. Gérées par Christiane Fischer, la production et la jardinerie occupent huit salariés. Des salariés en première ligne quand il s’agit de traiter les plantes. « Nous sommes des lieux de production, annonce Christian Romain. Nous ne sommes pas seulement des vitrines. Les plantes se vendent et se cultivent. Et nous sommes les premiers en contact. Notre sensibilité nous pousse à agir. » Comme souvent, les réalités du terrain n’ont pas attendu la réaction du législateur. L’enjeu est aussi de montrer au grand public et aux clients « tout ce qui est fait depuis longtemps ». Communiquer est devenu une nécessité. « Nos parents traitaient dans les serres. Nous avons bien vu que ce n’était pas bien et qu’il fallait prendre les devants », témoigne Stéphane Schwartz, exploitant à Geudertheim. « Au début, on cherchait, on essayait. Celui qui attend les réglementations va avoir cinq ans de retard, le temps de s’y mettre », continue Claude Barthel, producteur à Dorlisheim.

Une lutte intégrée et mesurée

Petit à petit, les horticulteurs et pépiniéristes ont développé une « lutte intégrée ». Cela signifie que les armes pour lutter contre les parasites et les maladies trouvent leur place à l’intérieur même de la production. Souvent ce sont des recettes de grand-mère oubliées, parfois des innovations. Prenons un exemple concret. Pour identifier les menaces, le Jardin Pfister a disposé dans toute sa serre des petits panneaux jaunes englués avec de la simple colle. Ce sont des repères pour observer les menaces. Pas question cependant de foncer vers les produits naturels coûte que coûte. « Parfois, quand la lutte intégrée ne suffit pas, pour une invasion d’insectes par exemple, on utilise tout de même d’autres produits, mais compatibles », explique Claude Barthel.

Le directeur d’Est Horticole, Ardavan Soleymani, insiste sur cette expertise des producteurs : « La finesse de l’appréciation de l’horticulteur permet de déterminer quel traitement utiliser. Autrefois, on traitait toute la serre, ce n’est plus le cas aujourd’hui. » Pour accompagner les 150 professionnels membres, dont une quarantaine en Alsace, quatre techniciens d'Est Horticole sont répartis sur le territoire du Grand Est. Ils se déplacent régulièrement, idéalement toutes les deux semaines sur les exploitations. Pour Claude Barthel, ce soutien est important. « Tout seul dans notre coin, on n’y arrivera plus. La conseillère (Marie Baelen est la nouvelle technicienne pour l’Alsace, NDLR) est vraiment utile pour ça. » La vigilance est de mise pendant la période production qui s’étale sur la quasi-totalité de l’année. Pendant 11 mois et demi, les horticulteurs enchaînent les fleurs et les plantes. Cela représente un risque car les menaces peuvent de se transmettre d’une année à l’autre.

Pour traiter ses plantes, le Jardin Pfister a choisi ces petites boîtes, de la taille d’une salière, contenant des aphidius. Ces microguêpes sont utilisées pour la lutte biologique : lâchées dans la serre chaque semaine, elles vont en quelques heures s’attaquer aux pucerons. En pondant dans le parasite, la larve en se développant va se nourrir de son hôte et le tuer. Cette technique implique un coût de 30 % supérieur à un traitement chimique. Un surplus répercuté au fur et à mesure, par la force des choses, sur les prix.

S’il n’est malheureusement pas toujours bien informé des efforts portés, le jardinier amateur trouvera toujours une porte grande ouverte. « En Alsace, la vente directe est innée. C’est notre fonds de commerce », précise Christian Romain. Face à un problème dans son potager, il peut venir trouver des réponses précises sur le traitement adapté chez son horticulteur habituel. Le mieux est d’apporter un échantillon de la plante malade ou une photo du parasite. Pour prévenir les risques, de simples conseils sont dispensés par les professionnels. « Mélanger les odeurs brouille les sens des parasites, partage Claude Barthel. Associer les plantes, une protectrice, comme l’œillet d’Inde, pour la tomate. » L’appel est lancé : les jardins, balcons et potagers alsaciens peuvent laisser se faner les mauvaises habitudes et voir fleurir les alternatives plus naturelles.

1re édition du Trophée Jean-Marc Kieny

« L’Alsace recuisinée » en héritage

Pratique

Publié le 17/03/2019

En 2017, succédant à sept générations de restaurateurs, Mariella Kieny reprenait donc les rênes du restaurant familial à Riedisheim. Dans le prolongement de l’engagement de son mari, ses proches et collaborateurs ont travaillé depuis à faire briller la maison et ses valeurs. Parmi les combats du chef disparu, la défense du terroir alsacien et son entrée dans la modernité. Il avait d’ailleurs imaginé le concept de « l’Alsace recuisinée » en 2016, une marque déposée et une idée reprise par les chefs et maîtres artisans des Étoiles d’Alsace. « Il est possible de manger alsacien tout en étant moderne et plus ludique », c’est ainsi, et avec émotion, que Mariella Kieny résume sa démarche. « C’était le rêve de Jean-Marc de faire ce concours. Malheureusement, il nous a quittés trop tôt pour le voir se réaliser. »

Fort heureusement, la mémoire est un moteur puissant. Cette compétition, qui aura lieu le 25 mars prochain, a donc rassemblé de nombreux partenaires désireux de s’inscrire dans la trace du chef. La Maison Kieny a ainsi pu compter sur le soutien de l’association des Étoiles d’Alsace bien sûr, mais également d’Alsace Qualité, de l’Académie de Strasbourg et d’Alsace destination tourisme (ADT). Max Delmond, conseiller départemental et président d’ADT, a d’ailleurs tenu à souligner à quel point cette initiative avait sa place dans le défi d’excellence que s’est fixé l’organisation. De nombreux sponsors viennent s’ajouter à la liste des soutiens, dont par exemple le Civa qui proposera une sélection de trois vins pour accompagner les plats servis lors du concours ou encore Eberhardt Frères qui relèvera le défi d’installer quatre cuisines professionnelles au sein de l’Université de Haute Alsace.

La voie professionnelle entre en compétition

Côté organisation, les candidats se présenteront en équipe : un jeune maître d’hôtel et un commis, associés à un jeune chef de cuisine et un commis. Ils sont issus des filières professionnelles alsaciennes. Élèves et apprentis en terminale du baccalauréat professionnel cuisine, commercialisation et service en restauration et en première année du brevet professionnel arts de la cuisine et arts du service et de la commercialisation en restauration. Et le représentant de l’Académie de Strasbourg de rappeler : « la voie professionnelle est la 2e voie de formation en France. En Alsace, nous avons la chance d’avoir des professionnels mobilisés et engagés. Sans eux, nous n’aurions pas ces cursus qui élèvent les jeunes ».

Un jury prestigieux, présidé par Olivier Nasti, chef du « Chambard » à Kaysersberg, observera les candidats. Un jury sera ainsi présent en cuisine, un pour la salle et un pour la dégustation. Au total, se sont plus d’une dizaine de professionnels qui ont été sollicités. Le trophée, quant à lui, est une création d’André Freydt, maître verrier à Furdenheim.

De la fourche à la fourchette

Enfin, il ne fallait pas oublier de souligner le lien étroit qui unit la gastronomie et l’agriculture. La filière était notamment représentée par l’exploitation Freydt-Drouan. Leurs porcs cul-noirs alsaciens 100 % nature, nés, élevés et transformés à Saint-Maurice dans le Val de Villé, ont été choisis comme produit à l’honneur du concours. Les compétiteurs devront ainsi composer à partir de cette viande porcine produite localement. « Ce qui est important pour nous, c’est de transmettre les traditions familiales, a expliqué Anaïs Freydt. Nous produisons une viande de qualité exceptionnelle, au goût unique, que nous espérons à la hauteur du concours ».

Jean-François Vierling, président d’Alsace Qualité, s’est quant à lui réjoui de la convention de partenariat entre le Rectorat et Alsace Qualité, dont fait partie le Trophée Jean-Marc Kieny. Lui qui cultive oignon, ail et échalote traditionnelle à Schnersheim, s’inscrit dans ce travail de défense du terroir et de la qualité. « En tant qu’agriculteur, je suis très heureux que nous soyons associés à ce projet. Il y a 12 ans, Alsace Qualité lançait le premier concours Jeunes talents et produits de qualité, et c’est donc tout naturellement que nous nous sommes joints à cet hommage », a-t-il déclaré. Un hommage qui rassemble donc toute une filière, de la fourche à la fourchette, motivée par la défense d’un terroir et d’une tradition et portée par le souvenir d’un chef innovant et audacieux.

Confrérie Saint-Étienne

Une année sous le signe de l’universalité

Vigne

Publié le 17/03/2019

Entouré de ses prédécesseurs, Martine Becker et Pascal Schultz, le Grand Maître de la confrérie Saint-Étienne pour l’année 2019, Jean-Louis Vézien, a détaillé à l’occasion d’une conférence de presse le programme de l’année, marqué par les traditionnels chapitres au château de Kientzheim et à l’étranger, des ateliers ouverts au public et l’incontournable vente aux enchères (lire en encadré). À ajouter à cela, la Foire aux vins de Colmar et le grand rassemblement des dix confréries viniques d’Alsace, le 21 juillet, avec le défilé dans les rues de Strasbourg.

2019 a été placée sous le signe de l’universalité, un thème cher à Jean-Louis Vézien. Ancien directeur du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), le Grand Maître a voué sa carrière aux vins d’Alsace. Une passion qui continue à l’animer dans ses nouvelles responsabilités. « Par la richesse et la diversité de la gamme, les vins d’Alsace sont faits pour s’accorder à toutes les traditions culinaires du monde, a-t-il expliqué. Ils bénéficient d’une singularité due au climat qui permet de conjuguer la maturité et l’intensité aromatique, deux qualités qui s’excluent l’une l’autre habituellement. C’est pour cela qu’ils sont inimitables ! »

Parmi les moments forts à venir, la Major Céline Stentz-Koch a mis en avant le voyage des jeunes, qui n’a pas eu lieu depuis 19 ans. « Durant mon mandat, j’ai souhaité réitérer ce projet qui doit rapprocher les personnes, a-t-elle souligné. Nous irons quatre jours dans le Piémont italien. En dix ans, cette région, longtemps fermée au public, a réussi à développer une route des vins. C’est un bel exemple pour l’Alsace qui a un fort potentiel œnotouristique. » Enfin, elle a insisté sur la vente aux enchères. Pour la confrérie, il est encore difficile de faire reconnaître la faculté des vins d’Alsace à se complexifier et se bonifier, et donc à prendre de la valeur avec le temps. Céline Stentz-Koch a salué cet événement comme « un moyen de faire profiter les amateurs des trésors de notre œnothèque et de trouver une autre source de financement pour les rénovations du château ».

Jean-Louis Vézien en a ainsi profité pour placer quelques mots sur un autre objectif de la confrérie, en plus des activités proposées : la préservation et la valorisation du château du village de Kientzheim (68) qui accueille 15 000 personnes chaque année. Seule confrérie propriétaire d’un monument historique, Saint-Étienne souhaite voir les liens se renforcer avec la ville, le musée du vignoble et des vins d’Alsace voisin et le Civa, pour le développement de l’œnotourisme. « Le château de Kientzheim n’est pas réservé aux initiés. Nous avons beaucoup de secrets mais nous voulons les partager, a affirmé le Grand Maître. Nous voulons que les Alsaciens s’approprient ce lieu. » Déjà proposées à la location pour divers événements, les salles du château sont appelées à s’agrandir, selon Jean-Louis Vézien, qui rêve de construire « une nouvelle salle moderne pour l’œnotourisme ».

L’heure des bilans pour Martine Becker

Pour la Grand Maître sortante, Martine Becker, l’heure est au bilan après une année de mandature. Pour conclure sur le château de Kientzheim, elle a rappelé leur participation au Loto du patrimoine 2018 : « Le Grand Maître précédent avait constitué le dossier, j’ai serré la main de Stéphane Bern et d’Emmanuel Macron, et c’est mon successeur qui recevra la subvention ». Cette loterie a aussi offert une nouvelle visibilité au monument qui a accueilli 350 personnes à l’occasion de la Journée du patrimoine.

Martine Becker a tenu à saluer l’investissement des membres de la confrérie : « les anciens Grands Maîtres et les bénévoles, un noyau de 100 personnes » se sont vraiment investies, a-t-elle précisé. Parmi les moments forts de l’année, elle retient la soirée accord vins et mets autour de la gastronomie japonaise, qui a eu droit à une seconde édition tellement elle a plu. « Cela a permis de montrer l’ouverture d’esprit et à quel point nos vins pouvaient s’accorder à tous les mets ». Enfin, elle a souligné la réussite du premier chapitre à l’étranger 2019 à l’ambassade France à Berlin. « Ça a été incroyable, s’est-elle réjouie. Nous avons pu reprendre contact avec des membres de longue date lors de cette soirée mémorable. » Portée par une équipe qui se renouvelle d’année en année, 2019 a ainsi commencé sous de bons augures et promet de continuer sur cette envolée.

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