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Margot Fellmann

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Bière

Les nouveaux brasseurs de la Vallée

Pratique

Publié le 14/03/2019

Martin Eck a la tête dans les travaux. Dans quelques jours, ouvrira la brasserie Taal, dans le village de Wihr-au-Val, sur la route qui relie Colmar à Munster. Bientôt, à côté du laboratoire qui abrite quatre fermenteurs se tiendra un bar, rustique et moderne. Les tables faites de palettes de récupération. Ce projet, cela fait plus d’un an qu’il le porte et le construit. Avec son grand frère Guillaume, maître brasseur et bûcheron, son père, Dominique, manutentionnaire à la retraite, et Olivier, son oncle qui travaille dans l’implantation d’entreprises. C’est sous l’impulsion de ce dernier que les quatre hommes se sont lancé dans le projet : créer une microbrasserie dans la vallée de Munster.

La bière est une passion venue sur le tard. Olivier, puis Guillaume, reçoivent un kit de brassage. De ceux que l’on offre à Noël aux amateurs de bière - qui ne sont bien souvent jamais utilisés. Et pourtant… « Petit à petit, Guillaume crée un laboratoire chez lui. Il fait des premiers brassins de 60 litres et puis participe à des concours de brasseurs amateurs, raconte Martin Eck. Je suis le premier fan des bières de mon frère. J’ai envie de les faire goûter à tout le monde. Je sais de quoi il est capable et j’ai confiance en notre réussite », affirme le jeune homme. Il devient alors le « couteau suisse » de cette entreprise. Celui qui a été pendant 13 ans souffleur de verre en Moselle, a lâché son boulot pour gérer l’entreprise, tenir le bar, s’occuper de l’embouteillage, de l’étiquetage et donner un coup de main pour le brassage. Guillaume, lui, continuera à travailler. Tous deux espèrent néanmoins à terme « créer de l’emploi et se développer au maximum », souligne Martin Eck.

Avant d’en arriver là, il a aussi fallu relever plusieurs défis : trouver le bon matériel, le local, suivre plusieurs formations obligatoires et apprendre à utiliser des machines spécifiques. « Un technicien Simatec, notre principal fournisseur, est venu nous accompagner pour les deux premiers brassins et voir si tout était bien agencé », explique l’entrepreneur.

« S’inscrire dans l’économie de la Vallée »

Pour les deux frères, il s’agit aussi de créer un lieu de rencontre dans la vallée. « L’ouverture de la brasserie est plutôt bien reçue par les voisins. Mon frère avait déjà une petite réputation et la plupart des gens en avaient déjà entendu parler », explique le gérant. Il a d’ailleurs commencé à prospecter, flyers et affiches à la main auprès des restaurateurs et ferme-auberge des alentours. « Notre premier objectif pour nos deux premières années est de s’inscrire dans l’économie de la Vallée. »

Une ambition soutenue par « les brasseurs de la Vallée », un groupe de passionnés qui se retrouvent pour parler bière. « Le but est d’échanger, de s’améliorer. Plusieurs professionnels ont pu nous aider : la brasserie de Lutterbach, la brasserie Boum’r à Wettolsheim… Il y a aussi plus près la brasserie du Marcaire à Muhlbach, détaille Martin Eck. Et il y a de la place pour tout le monde ! », conclut-il, d’autant plus que les positionnements économiques ne sont pas les mêmes.

Pour l’ouverture de la brasserie, une demande de débit temporaire de boissons alcoolisées a été faite car tout n’est pas encore prêt. Mais l’essentiel - la bière - sera là : « On commence avec une gamme de quatre bières typées « américain », sauf la Weizen, plutôt « allemand ». Il y a aura aussi une Pale Ale, « la blonde » - et je mets de gros guillemets -, une IPA, la bière qu’on aime faire et boire et une NEIPA plus douce et qui a un aspect de jus d’orange ».

À cette première gamme, viendront s’ajouter des bières de saison et des bières éphémères. « Des créations, nous en avons un paquet en tête, se réjouit Martin Eck. La première sera une Red Ale, plus forte, avec des houblons anglais. » Les produits seront disponibles à la vente directe et à la distribution, en bouteilles de 33 et 74 cl, ainsi qu’en fût. Ces bières sont fabriquées avec du houblon tchèque. « Nous ne trouvons pas les sortes que nous voulons en Alsace pour le moment », explique Martin Eck. Le malt provient des malteries françaises Soufflet et Weyermann. Pour compléter la recette, reste à ajouter la levure et une eau de bonne qualité… de la vallée de Munster.

 

VIDÉO : 3 questions à Martin Eck

 

Trophées de la bioéconomie

La méthanisation à fin locale et sociale récompensée

Pratique

Publié le 10/03/2019

Côté Grand Est, c’est Philippe Collin de la Ferme de la Givrée à Colombay-lès-Choiseul (52) qui est reparti avec le premier Trophée de la bioéconomie face à onze autres projets en lice dans la région. Cet agriculteur en élevage et polyculture bio a créé Eurek’alias en 2016. Avec son épouse, ils se sont ainsi lancés dans la production d’électricité et de biométhane. Une activité complémentaire qui « peut représenter jusqu’à 10 000 € par an » et qui leur a permis d’embaucher un second salarié.

« Ce petit projet fait du bien au partage de valeur ajoutée sur tout le territoire », raconte Philippe Collin. Et c’est bien là que l’exploitant a marqué des points. Son projet, en plus d’incarner le virage bioéconomique en agriculture, est un projet local et social. Le biométhane produit fait déjà rouler un camion collecteur de lait et un véhicule de ramassage scolaire. « Votre projet valorise du carbone réutilisable sans conflit d’utilisation, il replace l’agriculteur au centre et montre un autre visage de la méthanisation », souligne Catherine Rogy, directrice régionale adjointe de l’agriculture, de l’alimentation et de la forêt, en remettant la récompense à Philippe Collin.

Un concours national pour des initiatives locales

Le grand vainqueur national des Trophées de la bioéconomie vient des Pays-de-la-Loire : Cavac Biomatériaux est une émanation d’une coopérative vendéenne, qui a créé la marque Biofib’isolation et commercialise des panneaux isolants produits à partir de fibres de chanvre cultivées localement.

Le concours s’est donc déroulé en deux temps : d’abord les Directions régionales de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf) ont sélectionné les onze lauréats au niveau régional avant la désignation du lauréat national par le ministre de l'Agriculture, Didier Guillaume le 28 février dernier. Pour remporter ce prix, il faut bien sûr s’inscrire dans une démarche bioéconomique, c’est-à-dire apporter une alternative aux produits fossiles, mais également valoriser une démarche de filière, faire connaître la bioéconomie et montrer que la bioéconomie est une réalité de marché. Encadré par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, ce concours s’inscrit dans le plan d’action de la bioéconomie présenté lors du SIA 2018. « C’est dans les territoires que sont produites les bioressources », a souligné Catherine Rogy. Faisant partie de la stratégie nationale depuis 2017, la bioéconomie est d’abord et surtout un enjeu important pour les régions françaises.

Région Grand Est

Élus et chercheurs parient sur la bioéconomie

Pratique

Publié le 10/03/2019

La bioéconomie sort peu à peu de la sphère académique pour entrer dans les discours institutionnels et politiques. Signe d’un besoin prégnant de redéfinir les stratégies économiques actuelles, la bioéconomie place la biomasse au centre de la production de richesses. Énergie, chimie, matériaux, alimentation… dans de nombreux secteurs, elle fait naître des projets, représente un défi de taille, mais incarne aussi un espoir. C’est par exemple à ce champ que revient le développement de la méthanisation en agriculture. Il n’en fallait pas plus pour que la Région Grand Est décide de dédier son Salon international de l’agriculture à la bioéconomie et organise plusieurs temps forts autour de cette thématique.

Le 27 février, élus et acteurs académiques du territoire du Grand Est se sont ainsi réunis sur le stand Agro’Paris Tech pour débattre de la question : « Quelle coopération académique en Grand Est pour relever les défis de la bioéconomie ? » Autour de la table des discussions, Jean Rottner, président de la Région Grand Est, Catherine Vautrin, présidente du Grand Reims, Arnaud Robinet, maire de la Ville de Reims, Erwin Dreyer, président du Centre Inra Grand Est-Nancy, Michel Fick, vice-président de l’Université de Lorraine, Guillaume Gelle, président de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, et Gilles Trystam, directeur général d’Agro’Paris Tech.

De fait, la Région n’est pas en reste en termes de réflexion sur la question de la bioéconomie. Par exemple, en juin dernier, avaient lieu les États généraux de la bioéconomie à Châlons-en-Champagne. En août, le Bio-pacte de Châlons pour la bioéconomie était signé entre le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Île-de-France. « Il va falloir animer et habiter tous ces projets, souligne Jean Rottner. Il faut une imbrication de plusieurs strates pour une stratégie cohérente. » Alors concrètement, comment ces discussions, ces conventions se traduisent-elles dans l’économie régionale ? C’est bien là toute la question. Et les représentants de la recherche et de l’enseignement supérieur présents ce jour-là détiennent une partie de la réponse.

La recherche, une interface entre politique et réalité

À Reims, le Centre européen de biotechnologie et de bioéconomie (CEBB), un centre de recherche pluridisciplinaire, travaille à la valorisation des bioressources. Il est soutenu par le Grand Reims, le Département de la Marne et la Région Grand Est. Pour Catherine Vautrin, « les outils du CEBB, les investissements comme un nouveau laboratoire de chimie, les chaires (quatre chaires issues d’Agro’Paris Tech, de CentraleSupélec, de Neoma Business School et de l’Université de Reims Champagne-Ardenne, NDLR) font sens et permettent de travailler pour le futur ». La collaboration à travers le territoire qu’incarne ce centre marque une volonté de s’étendre à la Région. « Il n’était pas question d’agir seul dans son coin, a insisté Arnaud Robinet. Il faut une preuve d’amour de la part de collectivités ! »

Voici donc les deux directions à prendre : d’une part, il s’agit de faire de la recherche fondamentale une interface entre la volonté politique et les réalités du terrain, et d’une autre, il faut développer la coopération à travers les territoires pour peser au-delà de la Région. Une nécessité qu’ont déjà commencé à mettre en place les pôles de recherche. L’Inra est « un institut avec une forte répartition géographique, a expliqué Erwin Dreyer. Nous sommes complètement en phase avec les volontés politiques. » Pour ensuite franchir le pas qui sépare la recherche fondamentale du monde économique et de l’application industrielle, les chercheurs se posent donc la question des ressources mais également de leur utilisation. « La responsabilité d’une grande école est d’accompagner le développement économique grâce à de nouveaux métiers, de nouvelles compétences que nous développons », a insisté Gilles Trystam. S’inscrivant dans cette idée, « des projets pour les cultures spécifiques seront bientôt soumis à la Région », a annoncé le président du Centre Inra Grand Est-Nancy.

« C’est ensemble qu’on avance »

L’Université de Lorraine, créée en 2012, s’est construite sur le principe de la collaboration interterritoriale, notamment avec la filière forestière point fort lorrain qui a appelé à travailler avec la Champagne-Ardenne. « Je suis un fervent partisan du Grand Est, a défendu Michel Fick. C’est la bonne échelle pour être visible au niveau européen. » Pour Guillaume Gelle, « c’est dans l’ADN des établissements de recherche de coopérer. Ce qui est moins naturel, c’est de le faire à l’échelle locale. Il était temps que nous nous tournions vers un cercle de coopération de proximité ». Sur chaque site universitaire, les choses s’organisent autour d’un chef de file. « Il était évident que la bioéconomie serait ce chef en Champagne-Ardenne », a-t-il continué.

C’est ainsi que 17 établissements de la région historique ont intégré cette dynamique de coopération, avec par exemple une co-accréditation des formations ou encore le projet d’équipes de recherche communes à l’horizon 2020. Collectivités, entreprises, fondations… de nombreux acteurs sont appelés à rassembler leurs forces, leurs cerveaux et leurs infrastructures. Finalement, « c’est un écosystème, raconte Guillaume Gelle, qui passe par des lieux comme le CEBB qui symbolisent la bioéconomie. »

Vulgariser pour associer la population au changement

Le prochain défi de la bioéconomie, c’est associer la population à cette transition. « Allez dans la rue, les gens ne savent pas », a déploré Jean Rottner. Revenant sur l’exemple de la méthanisation, Catherine Vautrin a fait le parallèle avec les éoliennes et les antennes téléphoniques. « Il faut travailler l’accessibilité sociale de la méthanisation. C’est bien, mais pas chez soi. Mais alors où placer les méthaniseurs ? Faut-il les rapprocher des réseaux de production ? Le manque de connaissances peut être un frein. » Le premier obstacle sera donc franchi par la vulgarisation. Pour le président de la Région, il s’agit d’un apprentissage à faire de la part des élus et de faire connaître l’ensemble des disciplines de la bioéconomie dès le plus jeune âge. « Ce n’est pas que la recherche scientifique », a-t-il insisté. C’est tout un milieu qui doit s’ouvrir pour créer des vocations, susciter la curiosité et communiquer auprès du grand public. Et Erwin Dreyer de conclure : « Il ne faut pas laisser l’image du chercheur dans sa tour d’ivoire ».

Plan régional Ferme du futur

Un programme pour amener l’agriculture vers demain

Pratique

Publié le 10/03/2019

Le 27 février était présenté, dans le cadre du Salon international de l’agriculture, le plan régional Ferme du futur, en présence d’élus du Conseil régional : Pascale Gaillot, vice-présidente et membre de la délégation agriculture et viticulture, Philippe Mangin, vice-président et membre de la délégation bioéconomie, agroalimentaire et bioénergie, et Lilla Merabet, vice-présidente et membre de la délégation compétitivité, innovation et numérique. Rappelant que le Grand Est est la deuxième région agricole française, ils se sont attelés à défendre ce projet qui a pour objectif de « rendre l’innovation accessible à tous les agriculteurs ».

L’ambition de la Région est d’être au service de toute l’économie, et donc aussi de l’agriculture. D’abord mis en place pour l’industrie et l’artisanat, le programme a déjà rencontré un franc succès selon les élus. Interpellés sur le terrain, ils ont donc décidé d’intégrer la dimension agricole à leur action. « Avec plus de 49 000 exploitations, l’agriculture représente le premier excédent commercial de la Région, ont-ils avancé. Le plan régional Ferme du futur vise à améliorer la performance et la compétitivité des exploitations, sur les volets organisationnels, technologiques et environnementaux tout en plaçant l’homme au cœur de la démarche. » Selon Philippe Mangin, « l’agriculture ne traverse pas de crise, mais elle entre en rupture profonde » et s’inscrit « dans le même mouvement que l’ensemble de l’économie ». Elle a aujourd’hui deux défis à relever : l’un alimentaire, l’autre écologique.

Quels modes d’action concrète ?

Actuellement, une soixantaine d’exploitations est en phase d’expérimentation. Objectif affiché : 100 exploitations accompagnées par an. Au-delà des soutiens classiques, dont économiques, c’est « l’ingénierie, la logistique, le regard extérieur » qui permet à l’exploitant « qui a le nez dans le guidon » de passer un cap, a expliqué Philippe Mangin. Première étape de cet accompagnement : un diagnostic de performance. Porté par un consortium de consultants spécialisés - car l’idée est bien de « se parler entre personnes qui se comprennent », précise Pascale Gaillot -, ce diagnostic est intégralement financé par le Grand Est. Se déroulant sur un jour et demi, il porte sur cinq points : la stratégie digitale, l’organisation de l’exploitation, le système d’exploitation et l’environnement, l’utilisation des nouvelles technologies et la valorisation de l’homme. Le plan se prolonge par un accompagnement sur-mesure basé sur une proposition d’actions et de solutions et la mise en relation avec des prestataires de solutions technologiques et académiques.

La Ferme du futur, c’est aussi l’occasion pour les participants de faire partie d’une communauté pour échanger sur les bonnes pratiques en termes d’innovation. « C’est incroyable le succès qu’a rencontré cette proposition », se sont réjouis les élus. Ils ont également annoncé des premiers retours très positifs. Après la première phase d’expérimentation, le temps sera au bilan, puis viendront les actions de terrain pour présenter le programme et aller à la rencontre des agriculteurs susceptibles d’y souscrire. Dès avril 2019, un coup d’accélérateur sera donné à ce programme qui revendique déjà 95 % de réussite.

Salon international de l’agriculture 2019

Le stand Grand Est, symbole d’une co-construction intelligente

Vie professionnelle

Publié le 28/02/2019

Dans le brouhaha qui caractérise tout salon parisien, Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, a ouvert le temps des discours en saluant ce « moment sacré pour l’agriculture ». Tout en revenant sur les trois dernières années marquées par une conjoncture difficile, il a noté que « le moral des agriculteurs est reparti à la hausse en 2018 ». Parmi les défis de la Chambre, Jean-Luc Pelletier a tenu à mettre en avant la nécessité de « répondre à des attentes sociétales précises, amplifiées par les médias, mais qui révèlent aussi des évidences ». Pour réussir cela, il est donc impératif de développer des pratiques respectueuses et innovantes comme avec le pacte de responsabilité défendu par la FNSEA. Une collaboration étroite entre l’administration et les syndicats qui s’écrit comme « une belle histoire qui ne peut que continuer avec une nouvelle équipe fraîchement élue ».

Jean Rottner, président du Conseil régional du Grand Est, a longuement énuméré les actions de la région pour l’agriculture. Présentant notamment une nouvelle phase d’action : « La ferme du futur », qui verra, par exemple, se débloquer un fonds pour la modernisation des 17 lycées agricoles du Grand Est. Avec fierté, il a aussi souligné les progrès de la filière bio alors que le Grand Est est à la tête de la production française de lait bio. Le Grand Est, c’est aussi le premier vignoble à s’être engagé à cesser d’utiliser des herbicides d'ici 2025. Il a ensuite évoqué les actions menées en faveur de la bioéconomie, en premier lieu, la méthanisation qui mobilise un investissement de 40 M€ de la Région. « Le Grand Est se différencie, c’est tout à fait nécessaire », a-t-il affirmé.

Invité à l’événement, le député président de la région Paca, Renaud Muselier, a finalement rappelé à l’audience le rôle essentiel du « bon sens paysan qui façonne nos territoires ». Du Nord au Sud, la France s’est rassemblée aujourd’hui en son centre pour montrer à tous la solidarité qui lie les agriculteurs de toutes les régions.

Une région généreuse et charmante

Les discours ont été suivis par un cocktail au goût de bière et de champagne, de munster et de fromage marcaire. Ce dernier était d’ailleurs à l’honneur, puisque c’est autour d’un exemplaire de belle taille, produit pour l’occasion que le public s’est rassemblé. C’est Jean-Luc Georges, exploitant retraité de la Fromagerie de l’Ermitage à Bulgnéville près de Vittel, qui a eu le plaisir de créer ce fromage unique avec 500 litres de lait. Il n’en fallait pas moins pour régaler le public et les curieux de passage sur le stand du Grand Est. Comme l’a dit Jean Rottner, cette inauguration était « généreuse à l’image de ce fromage, et charmante, à l’image de Margaux, reine des vins d’Alsace 2018 », également présente pour l’occasion.

7e Prix national pour l’agrobiodiversité animale

La chèvre de Lorraine, ambassadrice du monde agricole

Élevage

Publié le 26/02/2019

C’est sur un terrain de la zone industrielle d’Hombourg, près de Mulhouse, que Xavier Rolais a installé pour l’hiver ses chèvres et ses moutons. Deux tunnels, des bottes de pailles, un tracteur, quelques clôtures et 170 bêtes aux robes bigarrées. « J’ai commencé mon cheptel avec quelques animaux croisés, raconte l’éleveur. Mes parents avaient des vaches laitières. Et finalement, chèvres et vaches c’est un peu pareil, en plus petit… Un éleveur de moutons m’a aidé au début. Je développe aujourd’hui trois races de moutons et une race de chèvre. J’ai choisi la chèvre de Lorraine, menacée de disparition, car je voulais travailler avec une race locale. Malheureusement, la chèvre endémique du Sundgau, elle, a disparu. »

Ces chèvres tachetées de noir et de blanc ont poussé l’agriculteur à se présenter au 7e Prix national pour l’agrobiodiversité animale. L’ambition de ce concours, créé par Ceva France et la fondation du patrimoine, est de valoriser la biodiversité de l’agriculture française. Les critères, à défendre dans un dossier, sont au nombre de trois : le modèle économique du projet, son impact social et environnemental, et les actions de communication et de sensibilisation qui l’accompagnent.

Devenir agriculteur-entrepreneur

En avril 2015, Xavier Rolais, fils d’agriculteur et paysagiste de formation, se lance dans l’écopâturage, une pratique ancestrale qui retrouve peu à peu ses lettres de noblesse. Depuis quelques années déjà, bourgeonnent à travers la France des projets de ce genre. S’inscrivant dans une logique de développement d’une activité écologique et locale et capitalisant sur son expérience en bureau d’études, Xavier Rolais crée Alternature et devient « architecte paysagiste éleveur ». Fruit d’une reconversion professionnelle, mais également d’un œil critique porté sur le monde qui l’entoure, la jeune entreprise a rapidement trouvé sa clientèle.

Alternature propose ses services à des entreprises ou des collectivités comme alternative aux produits phytosanitaires et au désherbage mécanique. « L’écopâturage a fait ses preuves scientifiquement », tient à préciser Xavier Rolais. De la Petite Camargue voisine aux vestiges Vauban de Huningue, c’est une solution efficace pour gérer les paysages, les entretenir et empêcher les plantes invasives de proliférer. Par exemple, « dans des endroits escarpés, l’intervention de l’homme peut être dangereuse. Les chèvres, elles, se faufilent jusqu’aux bords », explique l’éleveur.

« Je travaille majoritairement avec des entreprises, raconte-t-il. J’installe un petit cheptel sur une longue période, d’avril à novembre. Ainsi, elles peuvent profiter de l’image positive des animaux le plus longtemps possible. Je passe une à trois fois par semaine pour contrôler que tout va bien, leur mettre de l’eau, etc. J’ai aussi créé un abri que j’installe, quand il n’y a pas d’abris naturels, et je réfléchis d’ailleurs à le commercialiser. » Avec son entreprise, Xavier Rolais a donc développé une prestation globale pour répondre à un enjeu essentiel à ses yeux : « Recréer du lien en remettant l’agriculture dans l’urbain ». Les entreprises y trouvent leur compte, financièrement bien sûr, mais aussi en termes d’image et de discours. C’est aussi la réflexion de la SCI qui lui prête le terrain qui l’accueille cet hiver. « J’entretiens la zone en échange du terrain. C’est précaire et c’est pourquoi tout est démontable », note-t-il. À son arrivée, la friche était omniprésente, empêchant tout passage, sauf pour les animaux qui s’en sont donnés à cœur joie. « Les chèvres débroussaillent et les moutons broutent », ajoute l’agriculteur. « Un arbre écorcé par les chèvres mourra dans un ou deux ans. Alors que coupé par l’homme, il repartira de plus belle. »

L’écopâturage est une pratique porteuse : après seulement 1 an et demi de travail, Xavier Rolais a pu se dégager un salaire convenable. Une somme qu’il réinvestit directement dans son exploitation. « Aujourd’hui, j’ai déjà presque remboursé mes prêts. J’ai aussi pu engager Benoît qui travaille avec moi depuis quelques mois. C’est une entreprise qui va doucement mais qui avance. » Pour lui, il faut vivre de son activité et assurer un revenu pour sa famille, mais l’essentiel est ailleurs : « Je voulais trouver des solutions à des problématiques actuelles, notamment la fin des produits phytosanitaires. »

Le partage et la sensibilisation comme moteur

Les activités de la jeune entreprises ne s’arrêtent toutefois pas là. Si Xavier Rolais a choisi de ne pas exploiter le lait ou la laine de ses bêtes, elles ont pourtant un emploi du temps chargé. Elles sont devenues les ambassadrices du monde agricole, notamment dans les écoles de la région. Sidéré de constater que pour les enfants, « un mouton c’est blanc, et une chèvre c’est brun avec des cornes », le jeune entrepreneur a mis la sensibilisation au cœur de son nouveau métier. Il propose donc aux écoles de leur prêter des animaux. Elles rejoignent leur troupeau quelques jours plus tard, portant un prénom choisi par les enfants, et avec, très certainement, le sentiment d’une mission accomplie.

De nouveaux volets sont développés. Cette année, une transhumance jusqu’au château d’Hombourg a été organisée. Le troupeau allait profiter des restes de colza après la récolte. « C’était la première fois depuis plus de 50 ans qu’il y a eu une transhumance dans le coin. C’était très chouette ! », se réjouit le jeune exploitant. Autre exemple de ce lien entre agriculteurs qui se retisse, il échange son fumier contre le fourrage récolté sur les jachères d’un autre voisin. « C’est donnant-donnant. Je veux que tous profitent de cette dynamique. » Actuellement, il collabore avec un maraîcher installé à quelques kilomètres de là. « Les animaux mangent les adventices. Ils piétinent aussi les sols et détruisent les galeries des rongeurs qui mangent les racines. » C’est l’envie d’expérimenter qui guide Xavier Rolais et ses collaborateurs. « J’ai des réflexions toutes simples », conclut-il. Intimement persuadé de ne rien inventer, il réfléchit et garde l’esprit ouvert sur ce qui existe déjà pour essayer d’apporter de nouvelles manières de faire, ici, dans le bassin mulhousien.

FNPHP Alsace-Uphoral

Ils ne feront pas fi de leurs rêves de fleurs

Vie professionnelle

Publié le 14/02/2019

L’assemblée générale de la Fédération alsacienne des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP Alsace) et de l’Union des pépiniéristes et horticulteurs d’Alsace (Uphoral) a eu lieu le 7 février à Kintzheim, en présence de Paul-André Keller, président de l’Uphoral, des membres du conseil d’administration de l’organisation, de Jean-Michel Baumann de la FRSEA et des représentants d’Alsace Destination Tourisme, de la MSA, de la Caisse accidents agricole et des CFA du Bas-Rhin.

Revenant sur l’actualité de l’année écoulée, le président Paul-André Keller a rappelé une petite phrase d’Emmanuel Macron : « De l’emploi, moi, je vous en trouve… À condition de faire fi de vos rêves de fleurs. Il suffit de traverser la rue. » Quelques mots qui ont fait couler beaucoup d’encre mais qui ont aussi mis à la Une des journaux l’histoire d’un jeune horticulteur face aux difficultés du marché de l’emploi. « La filière horticole a toutes les raisons d’être satisfaite car l’on n’a jamais autant parlé de notre métier que dans la semaine qui a suivi ce fameux 16 septembre. » Pour Paul-André Keller, cet épisode a permis de mettre en lumière une problématique sociétale plus prégnante encore. Selon lui, « un travail en profondeur sur le déficit d’image dont peuvent souffrir certains métiers ainsi qu’une meilleure vision de l’alternance et de la voie de l’apprentissage restent une nécessité absolue ». Faisant écho au projet du gouvernement pour l’enseignement professionnel, il a conclu qu’il reste à « espérer que nos entreprises puissent trouver demain les salariés qualifiés compétents et motivés en adéquation avec leur recherche. L’espérance est à notre portée. Osons aussi la cultiver car nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes. »

En 2018, la filière a essuyé un changement important et des turbulences qui auront des répercussions pour l’année à venir. En mars, Flhoréal a ratifié la fusion absorption avec Est horticole, l’association régionale d’Astredhor pour le Grand Est. Un congé maternité a cependant fragilisé la dynamique lancée depuis 2015 et la création de la marque Fleurs et plantes d’Alsace. « La filière s’est retrouvée sans animation, ni suivi technique le restant de l’année », a précisé Paul-André Keller. Finalement, Marie Baelen, une nouvelle ingénieure en horticulture, spécialisée dans le domaine de la production végétale durable, a été recrutée par Est horticole pour pallier la situation.

Côté chiffres, le bilan financier positif a été approuvé. L’organisation tire un bilan mitigé, constatant au niveau national la cessation d’activité de près de 50 % des entreprises en 10 ans, une baisse également du nombre de salariés à temps plein et des difficultés de recrutement, notamment des saisonniers. L’année 2018 se résume ainsi : « Une activité dense, prenante, parfois compliquée dans des conditions précaires, liées notamment à l’absence du chargé de mission ». Le président a cependant tenu à saluer le temps et l’investissement de chacun « tout au long de l’année, pour la cause horticole et pour défendre les intérêts de la filière ».

Paul-André Keller a enfin souligné l’incertitude qu’amène l’actualité électorale agricole en cette rentrée 2019. Quels liens seront tissés avec la nouvelle Chambre fraîchement élue ? Quelle place pour l’horticulture ?

« Le fleurissement, l’ADN de nos professions »

Vincent Debes, président délégué d’Alsace Destination Tourisme (ADT), était invité pour échanger avec les professionnels présents autour du thème du fleurissement des villes. « J’ai découvert l’horticulture adolescent, en travaillant l’été dans les serres de l’Orangerie à Strasbourg. J’en ai gardé une admiration pour votre profession », a-t-il raconté. Il a souligné l’importance des labels et du fleurissement pour le tourisme dans la région. Vincent Debes a ensuite demandé que « le prix correct pour les producteurs agricoles soit une réalité aussi dans l’horticulture » ; et il s’est engagé à communiquer sur ce point auprès de tous les maires d’Alsace, en tant que président de l’Association des maires et des présidents d’intercommunalités du Bas-Rhin. « Il faut trouver les moyens pour favoriser la production locale, comme pour les cantines. » Il a conclu en appelant les horticulteurs à profiter du passage du Tour de France et du centième anniversaire du Maillot jaune pour proposer des fleurissements en écho avec cet événement sportif, le plus visionné au monde.

Pomme de terre

S’adapter et se spécialiser : les défis de la filière alsacienne

Cultures

Publié le 29/01/2019

En Alsace, la pomme de terre représente plus de la moitié des surfaces et du chiffre d’affaires des légumes. « C’est important, mais par rapport aux grandes cultures, c’est moindre », constate Denis Jung, conseiller en production de pomme de terre à Planète Légumes. « C’est une culture très particulière : il faut un suivi très précis, venir chaque semaine observer sa plantation, au risque de rater un besoin d’irrigation, un départ de maladie. Une semaine de trop et la récolte peut perdre 20 % ! » Cette spécificité en fait une culture difficile, et ceux qui s’y attachent sont obligés de devenir des spécialistes.

Une production en baisse ...

Il faut d’abord savoir que « beaucoup de producteurs ne sont pas comptabilisés » car leur production est incluse dans d’autres chiffres, tient à préciser Denis Jung. Pourtant, force est de constater que la production régionale est en baisse. À l’échelle nationale, la surface consacrée à la culture de la pomme de terre, y compris les plants, a augmenté de près d’un quart sur les dix dernières années, selon Agreste pour la période 2007-2017. Mais à y regarder de plus près, l’Alsace, elle, observe une baisse de 18 %. Une érosion qui s’est concentrée presque exclusivement sur le Haut-Rhin avec des surfaces utilisées passées de 602 ha en 2007 à 272 ha en 2017, soit - 51 %, contre une hausse de 3 % pour le Bas-Rhin.

Selon Denis Jung, « la baisse de surface n’a pas d’incidence sur le marché alsacien ». « Ce sont en fait des producteurs de coopératives qui sont passés à d’autres cultures, avance-t-il. Ceux qui ont continué sont plus spécialisés. Les producteurs de pommes de terre ont choisi de se détacher de l’agroalimentaire, d’être plus individualistes. »

La tendance à la baisse s’est confirmée cette année. La production de pomme de terre de conservation en Alsace a vu sa surface passer de 1 650 ha en 2017 à 1 500 ha en 2018, pour un recul de production de près de 20 % sur un an. C’est l’une des baisses les plus importantes dans le pays - la moyenne nationale se situant à - 9,6 %. Le bilan de cette année 2018 est difficile pour les producteurs français. Le rendement n’a pas été au rendez-vous, et devrait même atteindre son niveau le plus faible depuis 2001.

L’explication est pourtant simple : la faute est à la météo. Denis Jung résume ainsi l’année : « Nous avions commencé par des plantations précoces. Les levées ont suivi, plus tôt qu’à l’habitude, courant mai. Mais le climat a été humide jusqu’à mi-juin, puis chaud et sec l’été. Cela a entraîné des problèmes de grossissement sur les cultures non irriguées. » Trop d’eau, puis pas assez. Un climat des plus favorables pour les maladies et les parasites. « Le principal risque pour les cultures est le mildiou. Il peut détruire la culture en 15 jours », détaille l’expert. La sécheresse a ensuite favorisé l’alternaria. Les doryphores, des ravageurs, ou encore le taupin, constituent d’autres menaces importantes. « Dans la culture de pomme de terre, on plante ce qu’on va récolter, raconte Denis Jung. Le plant peut donc transmettre toutes ses maladies. Il faut tous les traiter pour lutter surtout contre le rhizoctone. Les autres maladies peuvent affecter la croissance et la conservation. La protection sanitaire est donc presque systématique. » Pour pallier les contraintes météorilogiques et les maladies qu'elles amènent, les cultivateurs de pommes de terre doivent allier ainsi expérience et expertise. Un effort nécessaire.

... et un marché régional porteur

Mais pas question de se plaindre car « le bilan est contrasté. » Pour les producteurs alsaciens, « le marché a été très porteur. Comme il y a trois ans, les prix sont bons. Les conditions météorologiques ont retardé la production primeur à début juillet. Les différents marchés ne se sont donc pas télescopés. », relativise le spécialiste du tubercule. Dans un marché qui se concentre exclusivement sur le frais et qui ne compte plus de coopérative, les producteurs s’en tirent à bons comptes. Au-delà du marché de niche que constituent les variétés spécifiques à l’Alsace, les prix sont généralement identiques au marché français. Selon Denis Jung, la vente se fait à 50/50 : « Les plus gros producteurs vendent en centrale d’achat. Les plus petits sont en contact avec des magasins, ou encore des particuliers, des maraîchers qui vendent sur les marchés, des fermes… » Une tendance à contre-courant d’un marché français où 40 % de la production est dirigée vers la transformation.

Héliciculture

« L’échoppe de Caro » sort de sa coquille

Technique

Publié le 21/12/2018

Pendant 17 ans, Carole Konradt a vendu des robots de palettisation à travers la France. Il y a près de deux ans, l’idée d’une reconversion émerge. Pour la jeune maman, il est de plus en plus difficile de conjuguer sa vie de famille avec ses très nombreux déplacements. « Je venais d’avoir mon troisième enfant et changer de métier était une des conditions pour agrandir notre famille », raconte Carole Konradt. « J’ai alors vu un reportage sur l’héliciculture. J’aimais déjà bien l’animal, et peu de temps après mon mari m’a proposé de me lancer dans une formation. » Elle choisit celle de Chambéry et y passe deux semaines : d’abord pour se former à l’élevage puis à la transformation. Issue d’une famille d’agriculteurs, et son mari ayant repris l’activité il y a une dizaine d’années, elle a pu compter sur leur soutien.

Premier pas, première production

Profitant de son congé maternité et de ses vacances, l’éleveuse en devenir construit son projet tout en assurant la formation de son successeur dans son entreprise. « Mes collègues ont d’abord été étonnés, mais la nouvelle a été bien prise. C’était important pour moi de partir en bons termes. » Pour Carole, l’aventure peut alors commencer par des travaux d’installation dès début 2018. Construire les parcs de 540 m2, puis semer les végétaux qui nourriront et protégeront les escargots en cas de chaleur. « Il y a toujours un décalage entre la théorie et la pratique », s’amuse la jeune femme.

Quand les bébés escargots arrivent au mois de mai, ils ont la taille d’une tête d’épingle et leur coquille est toute molle. Pour l’hélicicultrice, le travail a consisté alors à surveiller les prédateurs tentés par un gastéropode et à entretenir les parcs pour la récolte qui aura lieu après 18 semaines. Début octobre, les 120 000 animaux de Carole ont été ramassés, puis triés. Stockés dans une chambre froide à 5 °C, ils pourront rester là jusqu’à 5 mois en attente d’être préparés.

La préparation, justement, est la phase la plus chronophage : « j’ébouillante les escargots, puis ils sont décortiqués et parés, c’est-à-dire que je ne garde que le pied. Je les fais baver une nouvelle fois, blanchir pour m’assurer que toutes les petites saletés ont bien été enlevées. » Enfin, les escargots passent au court-bouillon, une recette maison avec les produits de la ferme d’une amie. Au moment des fêtes, il est temps de passer aux fourneaux : « chaque semaine, j’utilise 8 kg de persil, encore plus d’ail, le tout frais et local », détaille-t-elle.

La famille Konradt a investi dans un grand laboratoire qui permettra de produire aussi des volailles fermières dès l’an prochain. L’objectif est de se diversifier et d’assurer un revenu plus régulier. « J’espère un retour sur investissement d’ici cinq à six ans », précise Carole Konradt. Dans son magasin, elle propose des produits locaux : biscuits, confitures, préparations de volailles et miel. « Il y a d’autres fermes hélicicoles aux alentours. Mais je pense que quand on fait de la vente directe, il y a de la place pour tout le monde. Je vise une production de qualité. Je pense aussi que mon originalité se trouve dans mes recettes. Par exemple, j’ai élaboré une recette de croquilles au comté, ce sont des coquilles faites de gaufrette salée. Mes filles adorent et les clients, d’abord surpris, sont conquis. »

 

Bilan Apiculture 2018

Les abeilles alsaciennes reprennent des couleurs

Technique

Publié le 20/12/2018

Les apiculteurs alsaciens dressent le bilan de cette année 2018, entre soulagement après une hausse de la production qui fait suite à six années moroses, et incertitude due de nombreuses menaces. La première d’entre elles est le dérèglement climatique qui empêche toute perspective certaine d’une année à l’autre. « La confiance, nous l’aurions si la situation climatique était stable mais ce n’est pas du tout le cas ! » explique Alexis Ballis, conseiller spécialisé apicole à la Chambre d'agriculture Alsace. « Impossible de savoir comment seront les végétations les prochaines années, ni ce qu’il se passera en termes de pollution ou de pluviométrie. »

Saisons et floraisons en désordre

Au cours de l’hiver, les pertes des ruches se sont inscrites dans la continuité des années précédentes avec un taux de 11 %. À noter que de grandes disparités peuvent exister d’un rucher à l’autre. Après une sortie de l’hiver froide et pluvieuse, menaçant les abeilles, le printemps est arrivé brutalement vers le 10 avril. Les ruches ont vite rattrapé leur retard et assuré de belles récoltes : colza et pissenlit, mais aussi fruitiers, ont ouvert le bal des floraisons. Leur chevauchement a ensuite empêché d’avoir des creux dans la production. Le comportement des abeilles a été déstabilisé par cette situation et le travail des exploitants en a été désorganisé.

Si cette année la conjoncture inhabituelle a eu pourtant un effet bénéfique, rien ne permettait de le prévoir. « Nos parents avaient des calendriers de floraison précis », raconte Alexis Ballis. « Les variations allaient de 10 à 15 jours. Aujourd’hui, la place de ce calendrier est au musée. Les floraisons varient de 3 semaines à un mois. C’est devenu anarchique. Cette année nous avons eu de la chance. Les floraisons sont arrivées au bon moment et nous avons profité de la situation. » Conséquence directe pour le consommateur de ce calendrier des floraisons bousculé, les miels changent et leur goût évolue.

Parallèlement, les apiculteurs voient pointer différents dangers pour leurs ruches. Le petit coléoptère des ruches poursuit ses ravages en Italie. Le frelon asiatique, déjà présent en Champagne depuis 3 ans, se rapproche de plus en plus de l’Alsace. La maladie de la loque américaine, très grave et contagieuse, et le parasite Varroa destructor sont autant de risques encore difficiles à prévenir.

« Si 2018 aura été une très bonne année pour la production de miel, cela semble plutôt un effet d’aubaine dû au dérèglement climatique qu’une situation stable pour les apiculteurs », conclut le technicien.

La vente directe pour contrôler les prix

Grâce à un bilan économique positif, les apiculteurs remontent la pente et refont les stocks. Tandis que les années précédentes les récoltes ont chuté de 50 %, 2018 a vu les moyennes remonter, allant de 25 à 50 kg par ruche pour une production de référence de 20 à 35 kg. Les exploitations les plus faibles sont rassurées.

Mais, le prix d’achat de son côté baisse fortement sur le marché du gros, hors label BIO. « Il faut ajouter à tout cela les problématiques du commerce international puisque le miel est principalement issu de l’importation, et la fraude (des miels importés et vendus au prix fort). Le marché du miel est complètement fou au niveau mondial », précise Alexis Ballis. Le miel de luzerne par exemple s’est vendu à 3 euros le kilo, en dessous du prix de revient situé entre 4,5 et 5 euros. Pour faire face, les apiculteurs de la région peuvent privilégier le marché au détail et la vente directe où le prix au kilo se maintient autour de 14 euros.

Une association régionale pour se former et échanger

De son côté, l’ADA Grand Est fait aussi le bilan de son action. « Un des grands temps forts de cette année a été la première journée technique du Grand Est. Organisée en Lorraine, elle a rassemblé plus de 60 apiculteurs et des intervenants, professionnels, techniciens et scientifiques, venus de la France entière. » Selon Alexis Ballis, les retours après cette première édition sont très positifs. « Les jeunes porteurs de projets et les apiculteurs confirmés ont pu échanger sur des questions techniques comme la lutte contre les parasites et les interactions entre les abeilles sauvages et domestiques. Des démonstrations de matériels ont aussi eu lieu. »

Au cœur de l’action de l’ADA Grand Est se trouvent les formations. « La préparation à l’hiver est un des points techniques déterminants. C’est même le principal facteur qui explique la mortalité », détaille Alexis Ballis. C’est un des messages importants porté par l’organisation. Les formations et des enquêtes sont mises en place pour surveiller cela de près.

Autre élément essentiel, la notion de « responsabilité de l’éleveur ». Tous les éleveurs ont un intérêt à prendre soin de leurs animaux, et cela est particulièrement vrai pour les apiculteurs à cause du rôle prédominant des abeilles dans l’écosystème. C’est pourquoi, de plus en plus, l’association cherche à se faire entendre au-delà du secteur apicole. « Nous délivrons des conseils pour tous les exploitants agricoles. » Ces actions de formation et de sensibilisation peuvent par exemple s’adresser aux céréaliers qui voudraient améliorer leurs pratiques. « Nous expliquons le fonctionnement de l’apiculture et présentons nos problématiques afin de développer les bonnes stratégies dans une synergie entre agriculteurs et apiculteurs. Ainsi, l’an dernier sur les treize formations proposées, deux s’adressaient spécifiquement au milieu agricole. » En 2019, l’ADA Grand Est prévoit d’ailleurs le recrutement d’un nouveau stagiaire tout dédié à cette action.

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