Auteur
Image

Nicolas Bernard

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Gaec du Lindenhof (Haut-Rhin)

La méthanisation version micro

Élevage

Publié le 02/04/2023


Plus petite, plus personnalisée et tout aussi efficace. À Hagenthal-le-Haut dans le Haut-Rhin, le Gaec du Lindenhof a fait le pari de la micro-méthanisation pour valoriser les effluents d’élevage de son troupeau de 240 vaches prim’holstein et montbéliardes. C’est la première exploitation agricole du Sundgau à faire le choix d’un tel format pour produire du biogaz. Ce concept « micro » a été développé par la société belge Biolectric qui propose des unités de méthanisation de 11 à 74 kW.

Le principe est simple : calibrer le méthaniseur en fonction des effluents d’élevage disponibles sur l’exploitation agricole. Une aubaine pour le Gaec du Lindenhof et ses cinq associés (Angélique Pfendler, Jonathan Menweg, Charles Schmidt, Pierre Pfendler et Pierrette Litzler) qui avait été initialement démarchés pour faire partie d’un gros projet collectif de méthanisation avec d’autres exploitations alentour. « C’était intéressant mais ce n’était pas adapté à notre structure. Nous avons des sols argileux, et nous avions déjà du mal à épandre notre lisier. On ne se voyait pas épandre encore plus », retrace Angélique Pfendler.

L’idée suit son chemin jusqu’à la rencontre avec Biolectric qui confirme aux agriculteurs sundgauviens la faisabilité d’un micro-méthaniseur aux abords de leur étable. Le chantier démarre à la fin de l’année 2021 et se termine début décembre 2022, sans difficulté particulière. « On fonctionnait déjà avec des racleurs et des pompes automatiques pour récupérer le lisier. En fait, nous n’avons rajouté qu’une étape entre la pré-fosse et le séparateur », détaille Charles Schmidt. Toute la partie administrative (demande de permis de construire, etc.) a été intégralement gérée par un bureau d’études local mandaté par Biolectric.

Le biogaz produit est converti en électricité qui est injectée sur le réseau et valorisée par EDF via un contrat d’achat de vingt ans. La chaleur générée est récupérée pour chauffer l’eau de la salle de traite et les bâtiments. D’autres sources de valorisation sont étudiées pour récupérer la chaleur restante. « Pour l’instant, on en produit bien plus qu’on en consomme », pointe Angélique Pfendler.

L’accueil « très favorable » des habitants

Ce sont 24 m3 de digestats, liquide et solide, qui sont générés chaque jour par le micro-méthaniseur via quatre cycles de pompage de lisier de vaches de 6 000 litres chacun, plus un apport de fiente de volailles quotidien d’environ 400 kg. S’ajoutent à cela les résidus végétaux des silos de maïs et d’herbe. « Ce qui veut dire qu’on valorise entièrement tous nos déchets organiques et végétaux », se félicite Charles Schmidt.

 

 

Les digestats produits sont intégralement valorisés sur les 370 ha de terres (prairies, maïs, blé, orge, soja, avoine) que compte l’exploitation. Ils peuvent être stockés sans problème entre sept et huit mois, ce qui permet de les épandre au moment le plus opportun, là où l’azote est le plus assimilable par la végétation. La partie liquide est utilisée principalement sur les prairies entre les coupes d’ensilage, tandis que la partie solide sert à fertiliser les champs de cultures, les chaumes, et les parcelles situées à proximité des habitations. « Le digestat solide sent bien moins que du lisier traditionnel. C’est un plus pour nous dans un secteur où les maisons ont tendance à s’approcher de plus en plus des terres agricoles », souligne la jeune éleveuse de 23 ans.

Un argument qui a d’ailleurs facilité l’acceptation du projet par les habitants du village qui auraient pu voir ce méthaniseur d’un mauvais œil. « Au contraire, on leur a bien expliqué que cela allait être une petite structure qui resterait à l’échelle de notre exploitation. Ils l’ont bien compris et se sont même montrés très favorables envers notre initiative », poursuit Angélique Pfendler.

Un suivi à distance permanent

Après trois mois d’utilisation, les cinq associés se disent très satisfaits de leur investissement. La centrale fonctionne 24 h sur 24 et 7 jours sur 7 et demande très peu d’entretien. Toutes les 800 heures, il faut procéder à une maintenance qui se résume à la vidange des moteurs et au changement des filtres à charbon, soit une heure environ. Pour le reste du temps, le micro-méthaniseur est surveillé en continu via une application installée sur les téléphones et les ordinateurs.

 

 

« On reçoit une alerte en cas d’évènement anormal. Après trois mois, on n’a pas constaté de problème technique particulier à part des niveaux de gaz trop élevés ou trop bas ou un défaut de pompage. Rien de grave en somme », explique Charles Schmidt. En cas de problème grave ou de surplus de gaz, une torchère de purge permet d’absorber l’excès de méthane pour le brûler aussitôt, ce qui écarte les risques de pollution de l’air.

Vers l’autonomie énergétique

Sur le plan économique, le retour sur investissement (500 000 euros terrassement et maçonnerie inclus) devrait être atteint en dix ans maximum. « Heureusement, on a signé le projet avant la forte inflation que nous connaissons depuis plusieurs mois. C’est juste dommage que nous n’ayons pas pu bénéficier de subventions qui restent pour l’instant réservées aux plus grosses unités de méthanisation », indique encore Angélique Pfendler.

Pas de regret cependant, car cette installation s’inscrit dans un plus vaste et ambitieux projet : devenir le plus autonome possible en énergie. Une démarche lancée en 2011 avec la pose d’une installation photovoltaïque sur le toit de l’étable, et une production électrique entièrement injectée sur le réseau. « La méthanisation était l’étape d’après. La prochaine sera d’installer une autre installation photovoltaïque, cette fois entièrement destinée à l’autoconsommation, sur les bâtiments que nous avons construits l’an passé », conclut l’agricultrice.

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Vigne

Publié le 01/04/2023


De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach.

Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.

 

Gare aux chutes, même de plain-pied

Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. »

La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »

 

 

Des jeunes demandeurs

Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace

L’école à la ferme gagne du terrain

Vie professionnelle

Publié le 31/03/2023


Petit à petit, le réseau Savoir Vert des agriculteurs étend sa toile en Alsace. De huit fermes, toutes haut-rhinoises, lors de sa création en 2019, l’association spécialisée dans la communication vers le milieu scolaire compte aujourd’hui 17 fermes certifiées dans les deux départements alsaciens, et va même en intégrer six nouvelles en septembre prochain. Une dynamique qui n’étonne guère Charlotte Ritzenthaler, la nouvelle présidente de Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace depuis l’assemblée générale du 14 mars dernier. « Historiquement, nous sommes une profession qui avait toujours du mal à communiquer avec le reste de la société. Aujourd’hui, il y a une réelle prise de conscience chez les professionnels, quel que soit leur âge. C’est dans l’air du temps. » Toutes les filières de production sont représentées dans le réseau, avec une dominante d’exploitations céréalières et laitières.

L’ancien président de Savoir Vert Alsace et des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Ange Loing, l’avait bien compris en 2018 lorsqu’il a découvert le concept né dans le nord de la France au début des années 1990 sous l’impulsion de la FRSEA 59/62. Il y voyait là une idée intéressante pour lutter contre l’agribashing croissant dans les médias et sur les réseaux sociaux. Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace naît l’année suivante sous l’impulsion des JA 68. Mais la crise sanitaire vient chambouler cette belle dynamique. La certification des huit premières fermes est planifiée le 16 mars 2020, soit le premier jour du confinement décrété quelques jours plus tôt. Cette journée a finalement lieu le 26 novembre 2020, laissant enfin le champ libre aux premières visites de classes pour 2021.

 

 

Le démarrage se fait en douceur, toujours à cause du Covid, avec un protocole sanitaire très strict à respecter : interdiction de toucher des objets ou de se regrouper dans une salle. « Pour moi, ça allait car la majorité de ma présentation se fait en extérieur. Mais c’est vrai que pour les enseignants, cela restait encore assez contraignant », souligne la jeune éleveuse de Jebsheim. C’est à partir du printemps 2022 que le potentiel de Savoir Vert Alsace a pu commencer à s’exprimer pleinement. Pour cette « vraie » première année, ce sont 80 visites qui ont été organisées parmi les membres de l’association, certains accueillant plus de classes - maternelle, primaire, 6e - que d’autres.

Des écoles qui restent à convaincre

Un résultat qui est amené à prendre de l’ampleur au cours des années à venir, à mesure que l’association Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace se fera connaître des établissements scolaires, mais aussi des parents d’élèves. Mais pour cela, il faut convaincre et expliquer les vertus de ces visites payantes à la ferme pour les élèves. « De base, beaucoup d’enseignants pensent que nous sommes des fermes pédagogiques comme on peut en voir ici et là. Ils ne comprennent pas trop la différence alors que nous avons un cahier des charges très précis à respecter. Ce que nous proposons, c’est l’école à la ferme avec une visite qui s’intègre pleinement dans le programme scolaire des élèves : les cinq sens pour les maternelles, les quantités chez les CP/CE1, l’alimentation chez les 6e… C’est pour cela que chaque ferme du réseau est certifiée par le rectorat », développe Charlotte Ritzenthaler.

 

 

Ce critère rassure les directeurs d’école, mais reste insuffisant pour convaincre en masse. Si elle n’a pas eu trop de difficultés à faire venir les écoles des villages alentour (Grussenheim, Biesheim, Jebsheim, Durrenentzen) à la ferme Malaitis, elle a encore un peu de mal à attirer les 18 écoles colmariennes. « Je les ai toutes appelées pour expliquer la démarche, je leur ai distribué des tracts. Pour l’instant, seules deux classes de maternelle sont venues. » Elle reste néanmoins très confiante sur l’adhésion future des écoles plus urbaines au réseau Savoir Vert. « Avec le bouche-à-oreille et le retour d’expérience de classes participantes, il va y avoir un effet boule de neige et nous allons nous faire connaître de plus en plus », est-elle persuadée.

Changer le regard des enfants et des parents

Charlotte Ritzenthaler a fait le choix d’organiser ses visites uniquement le matin, en ayant pris soin de se lever plus tôt pour avoir le temps de faire ses tâches habituelles. « Si on est bien organisé et motivé, ça le fait ! » Il lui faut environ 30 minutes de préparation avant la venue des enfants, et autant de temps pour le rangement après leur départ. Elle a fait en sorte que son parcours ne pénalise pas le travail des trois associés du Gaec dans lequel elle travaille en tant que salariée. « Cela leur permet de rester concentrés dans leur travail pendant la présence des enfants et de leurs accompagnateurs. »

 

 

Elle ne cache pas qu’elle ressentait un léger stress lors des premières visites qu’elle a animées. « Notre métier de base, c’est l’agriculture, pas la communication. Mais heureusement, cela s’apprend et plus on pratique, plus on est à l’aise. Aujourd’hui, ça va. » Pas besoin non plus de faire le gendarme face à des enfants qui pourraient être dissipés par le cadre inhabituel de la ferme. « Au contraire, ils sont plus dans l’émerveillement et ont envie de voir, notamment les plus jeunes. Après, il y a cinq adultes qui encadrent le groupe, ce qui me permet de rester concentrée sur ma présentation. »

 

 

Eux aussi ont les oreilles bien tendues lors de l’exposé de l’agriculteur, de nombreux parents ayant une méconnaissance profonde du monde agricole et de ses particularités. « Des parents m’ont demandé pourquoi certaines vaches étaient maigres, ou pourquoi on avait un robot de traite. » Chez les enfants de CM2 et de 6e, plus sensibles à ce qui est dit par leurs aînés, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, ce sont d’autres certitudes qu’il faut confronter pointe Charlotte Ritzenthaler : « Il ne faut pas manger de viande, que du végétal, etc. Ils descendent du bus avec des idées préconçues et repartent avec une vision plus claire et réelle des choses. C’est tout le but de notre démarche : faire évoluer favorablement le regard des gens sur notre métier. »

FDSEA du Haut-Rhin - Oléoprotéagineux

La rentabilité économique comme fil rouge

Cultures

Publié le 27/01/2023


Sans faire de bruit, la filière oléoprotéagineuse gagne du terrain dans le Haut-Rhin. Elle occupe aujourd’hui 8 % des surfaces arables du département, essentiellement du colza et du soja, mais aussi un peu de tournesol, du tournesol semences et des pois chiches. Un chiffre qui se place au-dessus de la moyenne nationale, relève le secrétaire général adjoint de la FDSEA du Haut-Rhin en charge du dossier « oléopro », Benjamin Lammert, également vice-président de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). « 8 % d’assolement pour les oléoprotéagineux, c’est vraiment pas mal quand on sait que c’est entre 15 et 20 % chez les grands producteurs mondiaux de céréales. »

 

 

Le soja couvre environ 5 000 ha dans le Haut-Rhin, et le colza entre 3 000 et 3 500 ha. Il y a six ans, c’était environ trois fois moins pour le soja. Il faut dire qu’entre les débouchés en alimentation humaine via Alpro à Issenheim, ou Taifun en Allemagne, pour le bio, et en alimentation animale via le négoce bas-rhinois Lienhart, acquis en 2021 par le groupe CAC, les possibilités de valorisation ne manquent pas pour les producteurs. « Nous avons la chance d’avoir des filières locales à forte valeur ajoutée. Pour le colza, il y a des débouchés très importants en Allemagne, grâce au Rhin », développe le responsable syndical.

Le second argument qui plaide en faveur des cultures oléoprotéagineuses est d’ordre agronomique. Elles s’intègrent bien dans une rotation à dominante maïs en structurant le sol, en apportant de l’azote et en cassant le cycle des ravageurs. Elles nécessitent aussi peu d’intrants, et un besoin en eau réduit. Et sur la question climatique, le colza apporte une solution en étant source de biocarburant pour les véhicules, mais aussi de fioul pour les chaudières.

 

 

Des signaux « positifs » dans la nouvelle Pac

Pour autant, la filière oléoprotéagineux reste toujours en retrait en Europe. La raison est historique comme le retrace Benjamin Lammert : « Lorsque la Pac a été créée, nous sortions du Plan Marschall. Les Américains étaient d’accord pour qu’on aide notre agriculture, en contrepartie d’absence de droits de douane sur l’export de leur soja. Du coup, peu de surface, peu de semenciers, peu de produits phytos et une faible logistique. Nous sommes entrés dans un cercle vicieux que nous essayons de transformer aujourd’hui en cercle vertueux. » Un travail de « fourmi » qui, petit à petit, porte ses fruits. La France a désormais 50 % d’autonomie en oléoprotéagineux, soit dix points de plus que le reste de l’Europe. L’objectif fixé par le Plan protéines national est d’atteindre une surface de 300 000 ha en 2028 contre 190 000 aujourd’hui.

 

 

Pour y arriver, une condition est essentielle aux yeux de Benjamin Lammert : développer des filières économiques « solides », proposant une rentabilité intéressante pour l’agriculteur. Et sans contrainte. Pas question pour la FOP d’accepter une rotation à la parcelle telle que cela avait été présenté dans le projet Pac 2023-2027. « Nous avons beau souhaiter un développement des surfaces des cultures oléoprotéagineuses, nous voulons surtout que cela se fasse en bonne cohérence avec les autres filières. Nous voulons développer les légumineuses en les rendant intéressantes, pas obligatoires. Les agriculteurs doivent avoir le libre choix entre plusieurs solutions rentables économiquement », appuie le représentant de la profession.

Il salue néanmoins les signaux positifs envoyés par la Pac en faveur des oléoprotéagineux à travers les éco-régimes : un point pour 5 ha de légumineuses, 2 points pour 10 % de sa SAU en légumineuses. S’ajoute à cela l’aide couplée pour faire du soja qui passe de 35 à 100 euros par hectare. « C’est bien, mais nous restons tout de même prudents sur ce point. Bien sûr, il faut s’en servir, mais d’un point de vue économique, ce n’est pas ce qu’il y a de plus efficace pour structurer des filières. »

Des marchés en quête de non OGM

Une tendance positive semble donc se dessiner pour la filière oléoprotéagineux. À quel horizon ? Benjamin Lammert reconnaît humblement qu’il ne sait pas. « Nous restons pragmatiques. Pour l’instant, ça plafonne un peu, il y a encore des verrous à lever. Rien qu’en Alsace, il y a encore des possibilités pour augmenter un peu la production de colza et de soja. » Sur le plan économique, les tensions sur les marchés jouent en faveur du soja européen non OGM et non déforestant par rapport à celui produit par les Brésiliens. « Pour répondre à la forte demande de la Chine, ils ne font plus de lots non OGM pour l’Europe et préfèrent tout envoyer là-bas. Il y a donc un manque à combler chez nous. »

Il faut compter désormais 250 euros d’écart entre un soja non OGM et un soja OGM importé contre 89 euros d’écart avec la crise Covid. Tant mieux pour les producteurs européens et français mais gare à une trop forte inflation qui pourrait freiner la consommation. « On doit faire reconnaître cette différence de prix, et ce que cela veut dire. Qualitativement et environnementalement, nous sommes meilleurs que le soja sud-américain. Mais le prix doit rester raisonnable pour nos clients. Si l’élevage répercute cette hausse, il faut que les consommateurs soient prêts derrière à payer cette différence. Le sont-ils ? On voit bien que des labels comme le bio sont en difficulté aujourd’hui », pointe Benjamin Lammert.

Il poursuit : « Pour le colza, la construction d’un débouché au niveau européen prend du temps. Le biocarburant, mais aussi le tourteau pour l’alimentation animale semblent avoir ces rentabilités que nous recherchons. L’inconvénient est que nous sommes très limités en termes de produits phytos. Il y a peu de matières actives, comme pour l’ensemble des oléoprotéagineux d’ailleurs. Dès qu’une matière est supprimée, cela fragilise le maintien des cultures. C’est pour cela que nous misons beaucoup sur l’amélioration génétique, qui reste une piste très prometteuse pour renforcer l’efficience de ces cultures contre les maladies, les ravageurs et la sécheresse. »

Cyril Desaga, à Lapoutroie

La robotique, c’est bien pratique

Élevage

Publié le 27/01/2023


Voilà presque un an que Cyril Desaga, éleveur laitier à Lapoutroie, connaît des journées un peu plus tranquilles qu’avant. En mars 2022, il met en route son premier robot de traite VMS 310 de DeLaval, équipé d’un système automatique de détection des chaleurs et d’un distributeur de concentrés : une mini-révolution pour cette exploitation familiale qui était, jusque-là, équipée d’une salle de traite classique. Fini, désormais, les corvées, matin et soir, pour l’agriculteur de 36 ans. Place à l’autonomie pour le troupeau de 45 montbéliardes, à raison de deux, trois passages, par vache et par jour. Un nouveau mode de fonctionnement qu’elles ont rapidement adopté.

« On ne pensait pas que la transition serait aussi facile. On nous disait qu’il fallait moins de vaches, au début, pour commencer. Avec le recul, on voit bien qu’il fallait avoir le maximum de vaches, d’un coup. Il vaut mieux s’embêter une fois avec le troupeau, plutôt que d’y aller progressivement. » Pour lui, le robot de traite est un argument de poids en faveur du bien-être animal. Les vaches vont et viennent, en fonction de leur besoin et de leur rythme, et se font traire uniquement si elles ont le droit, le robot se chargeant de scanner leur statut via la boucle électronique accrochée à l’oreille. « Elles sont plus calmes qu’avant », remarque-t-il.

Anticiper les problèmes à venir

Pour l’instant, sa production n’a pas augmenté mais cela pourrait être le cas, très prochainement. « Il faut attendre au moins un an pour observer une hausse de production. Après, mon objectif est surtout de réussir à produire autant de lait qu’avant, avec le moins de vaches possible. » Avec cette stratégie, Cyril Desaga veut anticiper les années à venir et les potentielles difficultés qui pourraient survenir : manque de fourrage, manque de main-d’œuvre, hausse des charges. « Étant en zone AOP Munster, je suis limité pour mes approvisionnements en fourrage. Avec les sécheresses que nous connaissons, cela devient de plus en plus compliqué. Je dois donc réussir à diminuer mes besoins, autant que possible. Je dois essayer de réduire mon nombre de vaches et de génisses, tout en assurant la rentabilité de mon exploitation. »

 

Celle-ci produit chaque année 280 000 litres de lait, intégralement transformés en fromage (munster ou tomme) à la ferme, ou par l’intermédiaire de la fromagerie Siffert, à Rosheim. Un modèle économique qui fonctionne bien mais qui demande beaucoup d’investissements et de temps de présence. « Il faut toujours quelqu’un, du lundi au dimanche, pour la transformation et pour surveiller les vaches. D’où la volonté d’essayer de gagner du temps, là où c’est possible. » Pour l’instant, Cyril peut compter sur l’aide précieuse de ses parents retraités et d’un salarié. Malheureusement, celui-ci s’en va, à la fin du mois de février, et aucun remplaçant n’est en vue pour le moment. « Notre profession, comme tant d’autres, a énormément de mal à recruter. C’est une réalité à laquelle il faut s’adapter. »

Des journées plus « souples »

Avec l’acquisition de ce robot de traite, Cyril ne fait que suivre une tendance forte dans le canton de Lapoutroie, aussi appelé « canton vert ». Cinq autres producteurs laitiers sont déjà équipés, depuis plus ou moins longtemps. Une évolution logique à ses yeux : « Cela se démocratise, de plus en plus. Par la force des choses, on y arrive tous. Il est vrai que ces robots sont particulièrement adaptés à des exploitations comme les nôtres, avec de petits troupeaux. C’est vraiment un équipement qui a de l’avenir. »

Mais il prévient : la traite automatisée ne veut pas dire ne plus être avec ses vaches, au contraire même. « Je passe beaucoup de temps à les surveiller, soit directement dans l’étable, soit via mon ordinateur ou mon smartphone. Je suis très souvent avec elles mais le rapport n’est plus le même. » Ses journées sont différentes et plus souples. En se libérant de la traite, Cyril peut se focaliser sur d’autres tâches et, surtout, il retrouve un semblant de vie normale en s’arrêtant à 18 h ou 19 h, et ainsi avoir davantage de temps pour lui, le soir.

L’investissement au bon moment

Le choix de ce robot DeLaval a été mûrement réfléchi. Au début, il n’en était même pas question. « On avait entamé une réflexion pour remplacer notre distributeur de concentrés automatique, devenu obsolète avec le temps. Ce sont les techniciens de la Chambre qui m’ont orienté vers la robotique. » La mise en route initiale était prévue, à l’automne 2022. L’éleveur voulait se laisser suffisamment de temps pour prendre la bonne décision et choisir le bon modèle, tant les enjeux sanitaires sont primordiaux pour son exploitation. « Dans la transformation, il faut être très pointu sur la qualité du lait. On n’a pas le droit à l’erreur. Il faut que cela soit le plus propre possible. Si le lait n’est pas bon, ce sont des pertes financières pour l’entreprise. »

Mais le projet va s’accélérer, en juillet 2021, entre l’arrêt maladie du salarié et la perspective grandissante de la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et des taux d’intérêt. « On a senti venir toutes ces augmentations. Si on voulait investir, c’était à ce moment. Et puis, j’ai préféré le faire tant que mes parents étaient encore là pour m’aider, pour assurer une transition en douceur. » Une intuition qui lui permet d’envisager un amortissement sur douze ans, seulement.

À l’issue de cette période, il envisage déjà de remplacer son robot de traite par la nouvelle version qui existera à ce moment-là, afin d’aller jusqu’à sa retraite le plus « sereinement » possible. Ce futur remplaçant devra a minima faire aussi bien que le VMS 310 de DeLaval avec son lactoduc en inox et en pente, son système de nettoyage des trayons avec gobelets préparateurs et eau tiède savonneuse, et la possibilité de traite manuelle par l’éleveur, en cas de besoin. « Tout ceci fait que j’ai une machine facile à nettoyer, dans laquelle le lait ne stagne pas dans les canalisations. C’est un vrai gain de performance. »

Fini, les coups de fourche

L’achat de ce robot a entraîné avec lui tout un tas d’autres acquisitions par l’éleveur. Il a d’abord dû revoir l’aménagement de son bâtiment sur 50 m2 environ. Le robot de traite a remplacé les anciens box de vêlages, qui ont, eux, remplacé l’ancienne salle de traite. Il a également remplacé le vieux pont roulant installé en 1976, ainsi que la mélangeuse. Mais le petit « plus » dont il est le plus fier est son deuxième robot destiné à repousser le fourrage, également de la marque DeLaval. Il est programmé pour circuler, toutes les deux heures, et permet d’avoir toujours quelque chose à manger sur la table d’alimentation.

 

 

Il a été installé en une journée seulement, avec uniquement une saignée dans le sol, dans lequel ont été enterrés les câbles qui permettent au robot de suivre l’une des quatre voies mises en place. Pour Cyril, fini le travail à la fourche mais toujours un peu de surveillance, tout de même. « Il peut y avoir un bourrage de la vis sans fin qu’il faut dégager à la main. C’est un petit inconvénient qui n’enlève absolument rien au bénéfice de cette machine. Je suis moins fatigué à la fin de mes journées. »

Jean-Jacques Prunair, formateur en communication « positive »

« On crée de nouveaux automatismes »

Vie professionnelle

Publié le 27/12/2022


Jean-Jacques Prunair, vous êtes metteur en scène et formateur en communication depuis près de quarante ans. Mais depuis quand intervenez-vous dans le monde agricole ?

Jean-Jacques Prunair : « Cela a démarré en 2014 par l’entremise de la MSA. J’ai commencé à accompagner des présidents de caisses régionales, des agents d’accueil, des élus. L’idée était de leur donner les clés pour apprendre à mieux communiquer auprès des agriculteurs en difficulté psychologique et mentale. J’ai aussi accompagné le président de la Caisse centrale de la MSA, Pascal Cormery, avant sa prise de fonctions. J’entraîne aussi des cadres de la MSA par le biais de formations continues. En c’est en 2020 que j’ai animé ma première session de communication positive organisée par la Chambre d’agriculture Alsace, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. »

 

Ça veut dire quoi concrètement la communication « positive » ?

« C’est d’abord mieux se connaître soi. C’est faire le tour de nos automatismes, pour en mettre en place de nouveaux qui nous permettront d’être influents et inspirant pour l’autre. Cela ne veut pas dire être gentil et content. C’est plutôt savoir comment dans une situation, dans une négociation, on réussit à se faire entendre, comment on représente nos intérêts tout en gérant la différence avec l’autre, en employant des termes qu’il entendra et qui le toucheront. »

 

 

Comment y arrive-t-on ?

« Il faut réussir à toucher le centre émotionnel chez l’autre tout en gérant soi-même ses propres émotions. En effet, chez l’humain, le premier centre de décision reste le cerveau émotionnel, dit limbique. C’est une première interface qui fonctionne de façon très binaire et par affinité. La raison vient dans un second temps, et permet d’aller progressivement vers la nuance. Mais avant d’en arriver là, il y a quelques épreuves à traverser. »

 

Lesquelles ?

« Dans une confrontation verbale, on peut se faire attaquer. La question est de savoir comment je vais gérer cela, comment je vais le ressentir. On apprend alors à accompagner ce qui se passe dans notre for intérieur. On réussit à s’installer dans le confort, ou alors c’est l’inconfort avec ce que cela implique de stress, de difficulté à respirer, de langage non verbal inadapté, ou d’expressions sémantiques qui marquent une certaine tension. Là, on se sent en danger et on essaie de reprendre le dessus. C’est quelque chose d’universel, nous rencontrons tous les mêmes difficultés. »

 

 

On peut les surmonter malgré tout ?

« Oui, bien sûr, en faisant d’abord un gros travail sur soi. Il faut sortir des formulations « je pense que », « je trouve que », « moi je » qui créent des barrières pour réussir à partir de l’autre. Sentant qu’on parle de lui, il va se détendre et sera plus ouvert à la discussion. L’autre est une sorte de citadelle à conquérir. Il y a plusieurs portes d’entrée et il y a au moins toujours une qui est exploitable. »

 

Comment se déroulent vos sessions de formation en communication positive ?

« On commence par faire le diagnostic des capacités des participants à se mettre en communication devant l’autre. On part de là et on voit ce qui est positif dans un premier temps. Ensuite, on repère ce qui doit être amélioré. Nous travaillons sur la gestion de la respiration. C’est l’élément capital pour gérer ses émotions. Ensuite, il y a la gestion du temps : comment dire moins de choses pour mieux les dire. Un gros travail est fait aussi sur la communication non verbale. L’idée est de comprendre qu’on est lu par l’expression de notre visage, de nos mains, de la position de notre corps dans l’espace. Enfin, nous apprenons l’ancrage, à se poser calmement pour réussir à bien se sentir. C’est cette première minute qui va décider de la teneur de l’échange. Nous apprenons à employer au maximum des formules positives, en insistant sur les points d’accord avec notre interlocuteur. Une fois que ces nouvelles logiques sont installées, les gens sont beaucoup plus efficaces. »

 

Tous les participants sont-ils à l’aise avec ces exercices ?

« Certains sont naturellement plus timides que d’autres qui ont déjà une certaine habitude à la prise de parole en public. Mais là, on remet tout à plat. L’apprentissage se fait dans le plaisir et la bonne humeur. Et ça marche ! Dès la deuxième journée, de nouveaux automatismes sont déjà en place. On peut alors faire une mise en pratique où on doit réussir à défendre son sujet en partant de l’autre. »

 

Et la troisième journée ?

« Elle s’adresse uniquement à ceux qui ont participé à la formation initiale l’année précédente. C’est un moment important qui permet d’évaluer la mise en pratique de ce qu’on a appris, et d’approfondir ses techniques de communication. »

Coopérative agricole de céréales

Des valeurs « fortes » en guise de boussole

Vie professionnelle

Publié le 25/12/2022


Pour ses 75 ans, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a démontré sa faculté d’adaptation. Au fil d’une année 2022 « qui aura marqué les esprits » aux yeux de son président, Jean-Michel Habig, l’entreprise haut-rhinoise s’est appuyée sur ses valeurs « historiques » - équité, efficience, transparence, respect, confiance, appartenance, audace - pour garder le cap et protéger ses adhérents dans un contexte économique et géopolitique très tendu. Au cours de l’exercice écoulé, la coopérative a atteint un résultat record (lire en encadré), le tout sans dégrader les prix payés aux associés coopérateurs. « Ceci nous permet de redistribuer cette année encore du résultat », se félicite-t-il à l’occasion de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 9 décembre au Parc des expositions de Colmar.

 

 

Un chiffre historique lié à plusieurs facteurs : une récolte abondante malgré les conditions climatiques, et une explosion du prix du maïs sur le marché mondial, ce qui a fait bondir de 75 euros les prix acomptes moissons maïs payés aux coopérateurs, passant de 206 euros la tonne en 2021 à 281 euros en tonne en 2022. « Aucun d’entre nous n’a jamais connu des prix aussi élevés. Nous pouvons évidemment nous féliciter de cette bonne performance, mais cela ne doit pas occulter le fait que cela pose question. Dans cet environnement mondialisé, tout évènement à des conséquences fortes. Ainsi, la hausse des prix de nos céréales, combinée avec l’explosion des coûts de l’énergie, impacte les industries de transformation. Certaines baissent leur production quand d’autres arrêtent complètement leurs activités. »

Pour la CAC, tout l’enjeu était justement de permettre à ses adhérents de continuer à produire tout au long de 2022 alors que le prix des intrants s’envolait lui aussi. Pour y arriver, elle a dû anticiper et arbitrer au quotidien entre le risque prix et le risque disponibilité afin de répondre aux besoins de chaque exploitation. « Nous avons réussi grâce à la mobilisation de toute notre organisation. Mais cela a été difficile, et cela n’est malheureusement pas fini. La campagne prochaine s’annonce encore plus compliquée pour les engrais, mais aussi pour les semences et les produits phytosanitaires. Sans oublier les risques de disponibilité et de prix pour le gaz et l’électricité. Les défis à venir sont de taille. Mais nous réussirons à nous adapter comme nous le faisons depuis 75 ans », poursuit le président.

Plus d’achat sans anticipation

Pour y arriver, la Coopérative agricole de céréales entend plus que jamais s’appuyer sur sa philosophie première : « Pour voir loin, il faut voir collectif. » Après la création, il y a trois ans, de l’union de commercialisation franco-allemande ECU, le groupe CAC s’est uni avec la Coopérative de Sundhouse pour former l’union d’achats Rhénalliance au cours de l’exercice 2021-2022. Cette nouvelle structure effectue ses achats auprès de l’union des coopératives Aréa, créée en 2011, qui regroupe 18 membres sur la grosse moitié est de la France, et représente 15 % du marché national des agrofournitures pour les agriculteurs et les viticulteurs.

Son directeur, Stéphane Wilhelm, porte un regard lucide sur la situation actuelle. « Cette année, l’achat des engrais a coûté 527 millions d’euros, soit la quasi-intégralité de notre chiffre d’affaires d’il y a deux ans. Et malheureusement, on commence seulement à rentrer dans le dur. » Il pointe les principales firmes phytosanitaires qui ont progressivement délocalisé leur production en Chine pour des questions budgétaires et qui sont confrontées, aujourd’hui, à de gros retards de fabrication liés à la crise sanitaire. « À cela s’ajoutent les tensions sur le transport maritime ainsi que le conflit russo-ukrainien qui nous impacte sur plusieurs niveaux comme l’approvisionnement en ammonitrate, dont une bonne partie venait de Russie. »

Ce contexte inédit a obligé Robert Grosshans, responsable des achats pour le groupe CAC et Rhénalliance, à revoir sa façon de travailler au quotidien. Fini le temps où il pouvait prendre son temps avant d’acheter au meilleur prix et comparer les offres sur le marché. Place désormais à l’anticipation permanente et à la réactivité instantanée. « On fait en sorte de savoir ce qu’on veut précisément avant de recevoir les offres. Et quand elles arrivent, on sait jusqu’où on veut aller ou pas. On sait rapidement si on prend ou on ne prend pas. » Il observe avec un certain soulagement la force commerciale offerte par l’union des coopératives Aréa. « Si on s’en est bien sortis durant la campagne précédente, c’est parce qu’on a travaillé avec d’autres qui nous ont apporté des moyens logistiques supplémentaires, par la mer en l’occurrence. Sans cela, on aurait été incapable d’avoir la marchandise qu’il nous fallait. »

Stéphane Wilhelm complète : « C’est la richesse de notre groupe : nous avons des portes d’entrée sur tout le territoire, ce qui nous permet d’avoir de l’agilité sur l’achat de toutes les formes d’azote. » Cette souplesse va être primordiale en 2023 aux yeux des deux spécialistes. Pour Robert Grosshans, il faut oublier le « monde d’avant ». « On n’y retournera pas. Il faut plutôt se projeter dans un contexte où la question énergétique va être déterminante, en plus des aspects logistiques de plus en plus difficiles à gérer. Nous avons un nouvel équilibre à créer. À nous de projeter notre intelligence collective, c’est notre grande force. Cela m’incite à rester confiant pour les achats de nos approvisionnements futurs. »

Un marché aval plus incertain

Sur les marchés avals, la situation est tout aussi imprévisible et incertaine. Depuis la pandémie Covid-19, puis le conflit ukrainien, les « fondamentaux » ont là aussi disparu pour laisser la place à une ère de questions permanentes : Quelle sera la suite de la guerre ? Quels prix pour le gaz, le pétrole, l’électricité ? Quel sera le visage de la récession qui se profile ? « Et qui dit récession, dit baisse de production, désindustrialisation. Je n’ai pas de réponse à ces questions, que des avis. Nous avons perdu tous nos repères. Clairement, les challenges sont devant nous », annonce Mariana Svolinkova, courtière « céréales » chez Bloch et Rehs. Elle se veut néanmoins très confiante pour la production céréalière alsacienne, située au cœur de l’industrie de quatre pays : « Vous avez un avantage logistique avec le Rhin et la proximité avec vos acheteurs. Cela sera toujours un atout sur les marchés. »

La directrice d’ECU, Michèle Waegele, observe avec un certain désarroi les dégâts collatéraux du conflit ukrainien sur la filière céréalière rhénane. Depuis l’ouverture du corridor humanitaire en mer Noire, ce sont 11 millions de tonnes de céréales supplémentaires qui sont arrivées sur le marché, en plus des 10 déjà exportées. « Auparavant, l’Ukraine avait des quotas à l’export. Aujourd’hui, ils sont supprimés. Le pays bénéficie d’un appui politique quasi mondial et d’une aide au niveau logistique et transport. Ce qui fait que nous sommes désormais noyés sous les céréales ukrainiennes », souligne Michèle Waegele. Il faut ajouter à cela 6 millions de tonnes de maïs en provenance du Brésil, et 6 millions de plus déjà prévus pour la prochaine campagne.

 

 

On observe en parallèle une baisse de la consommation de céréales, estimée entre 15 et 20 % pour l’alimentation humaine, et à plus de 20 % pour l’alimentation animale. « On est en train de tuer la demande. Quoi qu’on fasse, elle ne reviendra pas du jour au lendemain », avertit la directrice d’ECU, qui alerte aussi sur la santé financière de certains clients contraints d’acheter du maïs plus cher que ce qu’ils avaient prévu suite au déclenchement du conflit russo-ukrainien. « Et puis il y a un dernier impact, et non des moindres : c’est la rentabilité de nos clients. Des usines d’éthanol ont même fermé à cause de la hausse du prix de l’énergie et des céréales. » Comme Mariana Svolinkova, Michèle Waegele ne peut que constater la disparition des repères historiques du marché céréalier. « Les fondamentaux - chiffres de production et de consommation - restent les mêmes. À part cela, on ne peut plus se fier à ce qu’il s’est passé hier. Chaque jour est un nouveau jour, avec de nouvelles informations. »

Marché de Noël de Colmar

Une opportunité commerciale teintée de frustrations

Vigne

Publié le 23/12/2022


Plus efficace qu’internet, moins confortable qu’au caveau. Pour les vignerons participants, le marché de Noël de Colmar représente une formidable ouverture sur le monde avec ses très nombreux visiteurs (1,5 million en 2019) qui déambulent dans les rues de la ville pendant plus d’un mois. Aux côtés des habitués de la Route des Vins que sont les Allemands, Suisses, Belges et Hollandais, ce moment fort de l’hiver alsacien voit défiler une multitude d’autres nationalités, et autant d’opportunités commerciales pour les exposants.

Ce 8 décembre, cela fait quelques jours que des vagues d’Italiens, d’Espagnols, de Portugais et d’Américains passent d’une maisonnette à l’autre pour découvrir les spécialités gastronomiques du cru, les créations artisanales, et les dernières cuvées de vins alsaciens. Sur la place des Dominicains, Marc Mann, du domaine Wunsch & Mann à Wettolsheim, ne manque aucun marché de Noël depuis 2015, année où il s’est décidé à déposer sa candidature pour redonner un second souffle à l’entreprise familiale vieille de quatre générations. « Cela faisait quelque temps qu’on constatait une baisse significative des visites dans notre caveau. Notre clientèle historique était vieillissante, les modes de consommation étaient en train d’évoluer. On ne pouvait plus se reposer sur nos acquis », témoigne le vigneron.

 

 

Lorsque le domaine dépose sa candidature, d’autres maisons viticoles sont déjà présentes parmi les exposants du marché de Noël, mais aucune certifiée bio. « On s’est convertis en 2008. Clairement, cela nous a beaucoup aidés à faire accepter notre candidature », retrace Marc Mann. Il faut dire que les emplacements sont très convoités, malgré un prix en constante augmentation. « Heureusement, cela reste une opération rentable, se félicite le vigneron de Wettolsheim, même si, cette année, je constate qu’il y a davantage de promeneurs que d’acheteurs par rapport à 2021. La crise est passée par là, les gens dépensent moins facilement. »

Malgré tout, l’AOC Alsace continue de faire recette, surtout son cépage le plus emblématique qu’est le gewurztraminer. « Tout le monde le connaît, même si beaucoup n’arrivent pas à le prononcer », s’amuse Marc Mann. Les vendanges tardives ont encore et toujours la cote, mais tout de même un peu moins cette année à cause de la baisse du pouvoir d’achat. Rien d’alarmant pour Marc Mann qui reste convaincu de la pertinence du marché de Noël colmarien pour la vitalité économique de son entreprise. « C’est l’équivalent de 50 % de fréquentation en plus pour nous. Nous avons la chance de bénéficier d’une visibilité inédite ici, et cela incite même beaucoup de personnes à nous rendre visite au caveau. »

« Il faut se bouger si on veut faire la différence »

Le constat est partagé par le domaine Karcher, présent sur la place Jeanne d’Arc depuis cinq ans. C’est, avec le domaine Martin Jund, la dernière exploitation viticole à être située dans l’enceinte colmarienne. « Étant de la ville, cela nous semblait logique d’être présent au marché de Noël », résume Pierre Karcher, cogérant de l’entreprise familiale avec son frère Gilles. Pour eux, l’intérêt commercial de ce rendez-vous annuel est plus que manifeste. « Décembre, c’est LE mois de l’année pour nous. On y réalise un peu moins de 10 % de notre chiffre d’affaires de l’année. » Pour la constitution d’une clientèle à l’export, le marché de Noël est une réelle aubaine. « On vend un peu aux Pays-Bas et aux États-Unis. Grâce au marché de Noël, on attire de nouveaux clients de ces pays qui reviennent ensuite les années suivantes. »

 

 

Comme Marc Mann, Pierre Karcher a bien compris que la seule vente au caveau était désormais insuffisante pour maintenir une bonne dynamique économique. « Il faut se bouger si on veut faire la différence », constate le jeune vigneron qui remarque au passage que sa certification bio représente « un avantage de plus » auprès de la clientèle étrangère. « Après, c’est toujours la dégustation qui fait la différence, bio ou pas. »

Si l’opération séduction réussit, Pierre Karcher peut alors rediriger ses nouveaux clients vers le caveau situé à seulement 200 mètres de la place Jeanne d’Arc. « Si les gens veulent repartir avec plusieurs cartons, ils peuvent toujours. Ils vont au domaine avec leur voiture et font le plein. Sur le stand, c’est plus la découverte de nos vins et les coffrets cadeaux. » Leur contenu reste classique, à base des inévitables crémants, gewurztraminers et rieslings, mais aussi des muscats qui sont de plus en plus plébiscités. « C’est un cépage qui marche bien chez nous alors qu’on en trouve de moins en moins en Alsace », ajoute Pierre Karcher.

Des gewurz et des crémants très prisés

L’opportunité commerciale du marché de Noël est également vraie pour les grosses caves coopératives. À la place de l’Ancienne Douane, Wolfberger profite de l’évènement pour asseoir davantage sa marque auprès du public étranger. La cave est une habituée du marché de Noël depuis de nombreuses années, et pas seulement celui de Colmar. « On a des stands dans plusieurs villes d’Alsace », explique Paul Richter, recruté en intérim uniquement pour animer le stand durant un mois.

 

 

Pour sa première avec Wolfberger, il constate comme Marc Mann, que les gens ont plus de difficultés « à sortir le porte-monnaie » en cet hiver 2022. « En tout cas, pendant les dix premiers jours. Maintenant, cela se passe mieux quand même. » Comme chez les confrères, les gewurztraminers sont très prisés, quelle que soit la nationalité de l’acheteur, encore et toujours les vendanges tardives, et de plus en plus le crémant. « C’est un produit qui marche vraiment bien à l’approche des fêtes. Il y a d’ailleurs beaucoup de gens qui le confondent encore avec le champagne. Alors je leur explique la différence. »

Pas de chauffage et quelques frustrations

Paul Richter assure la permanence du stand toute la semaine. Le week-end, il est secondé par un ou deux collègues pour gérer la forte affluence et le travail plus conséquent. Le tout, sans chauffage, comme sur tous les marchés de France afin de réaliser de précieuses économies d’énergie. « Il est clair que le matin, ça réveille ! Mais en soi, je pense qu’il faut juste s’adapter, on met des bonnets et des gants et ça passe. »

À quelques dizaines de mètres de là, Denise Meyer, qui représente le domaine Alphonse Meyer & Fils, de Turckheim, est bien plus réservée sur cette mesure inédite. « Ce ne sont pas des conditions humaines qu’on nous impose. On ne laisserait pas un chien dix heures par jour dans le froid. Déjà qu’il n’y a pas de toilettes pour les exposants… » Pour la première fois depuis qu’elle participe au marché de Noël de Colmar, Denise Meyer se dit « frustrée » par la manifestation, à tel point qu’elle n’envisage pas de poursuivre l’année prochaine si les « conditions durent comme cela ».

Heureusement pour elle, le sourire revient quand les touristes prennent le temps de s’arrêter sur son stand. Cette année encore, ils sont nombreux. « C’est indéniable que d’un point de vue économique, le marché de Noël est vraiment très intéressant pour nous. Nous bénéficions d’une visibilité qu’on ne peut pas espérer au domaine. On arrive à se faire connaître et à donner envie à certains de venir à la propriété pour acheter des cartons supplémentaires », conclut la vigneronne de Turckheim.

Dessenheim

Le dialogue au cœur de la plaine

Vie professionnelle

Publié le 29/04/2022

Située au cœur de la plaine d’Alsace, Dessenheim s’inscrit dans la longue liste des communes devenues « dortoirs » pour de nombreuses familles, tout en conservant un enracinement profond à ses origines paysannes. Si la polyculture élevage a disparu, comme c’est le cas pour la plupart des villages environnants, l’activité agricole reste importante avec une culture céréalière prépondérante dans le paysage. Et pas qu’un peu : environ trois quarts des 1 916 ha du ban communal sont constitués de terres agricoles. En parallèle, il y a tous ces nouveaux arrivants, désireux de s’installer au « vert » pour aller travailler à Mulhouse, Colmar ou en Allemagne, mais pas toujours familiers des us et coutumes de la vie en monde rural. Pour eux, pas de tracteurs à rouler, de maïs à semer ou de météo à surveiller. La priorité se tourne plutôt vers la tranquillité, l’accessibilité, la présence de services, de commerces et d’écoles.

Des préoccupations quotidiennes que le maire de la commune, Sébastien Allion, essaie d’aborder avec le plus de pragmatisme et de concertation possible avec ses administrés. Originaire du nord de la France, il est arrivé en Alsace en 2012 pour son nouveau challenge professionnel : technicien responsable des espaces naturels sensibles au Conseil général du Haut-Rhin. C’est le fruit d’une reconversion professionnelle après plusieurs années d’engagement dans l’armée. « J’ai dû attendre deux ans, après ma formation, pour enfin trouver un emploi dans ce milieu. Le hasard m’a amené vers le Haut-Rhin », se remémore-t-il. Ce n’était pas non plus une terra incognita pour lui. « Ma tante vit à Strasbourg et ma compagne est allemande. J’étais déjà un peu familiarisé avec la culture locale. »

Une « synergie » représentative

En 2016, il devient papa et aspire à son tour à un cadre plus adéquat pour élever sa fille. L’opportunité de s’installer à Dessenheim se présente en 2017. Il y découvre un village plaisant à vivre, avec un accueil chaleureux de ses habitants, et un potentiel intéressant à développer. « Ici, j’ai retrouvé un attachement à ma terre. Je m’y sens bien. Notre fille suit le cursus bilingue de l’école, mon travail à Colmar n’est pas loin. Que demander de plus ? » Celle de devenir maire peut-être ? « À partir du moment où j’étais posé, je me suis demandé ce que je pouvais apporter à ma collectivité. Je voulais d’abord m’engager en tant que simple conseiller municipal. Finalement, le maire précédent ne s’est pas représenté. On m’a encouragé à conduire la liste aux élections de 2020, alors j’y suis allé. »

 

 

Sa liste est élue mais un recours administratif est déposé par la liste d’opposition fin 2020. Il est destitué de son poste quelques mois le temps d’organiser de nouvelles élections le 27 mars 2021. Cette fois, c’est la bonne pour Sébastien Allion est son équipe constituée de natifs du village et de personnes venues d’ailleurs. « J’ai la chance d’avoir un conseil municipal très représentatif de la population de Desessenheim. C’est une synergie qui parle à tout le monde, y compris la liste d’opposition. » On y trouve un directeur d’école, des agents de la fonction publique, des ouvriers spécialisés, des parents ou conjoints d’agriculteurs…

Pas d’écologie sans agriculteurs

Une dizaine d’agriculteurs exploite le ban communal, principalement en céréaliculture et un peu en maraîchage et élevage de volailles. Dessenheim a la chance d’être traversé par le canal déclassé du Rhône au Rhin, le canal Vauban et le canal de la Hardt. Des points d’alimentation en eau finalement peu utilisés ; la plupart des agriculteurs étant équipés en pompes qui puisent directement dans la nappe. « Le problème est que son niveau baisse depuis plusieurs années à cause des sécheresses et des déficits de précipitation ; les agriculteurs n’y sont pour rien. Cela risque de poser quelques soucis pour les extensions futures du village. On peut faire face à des problèmes de pression d’eau dans les habitations et les bornes incendie », craint Sébastien Allion.

 

 

Il se veut néanmoins rassurant pour l’instant : « La pénurie n’est pas à l’ordre du jour, mais il faut tout de même l’envisager pour adapter les pratiques et les recommandations le cas échéant. Je pense qu’à un moment donné, on n’aura plus le choix que de faire évoluer certaines pratiques agricoles. Mais ce que je redoute, c’est que cela soit imposé alors que cela doit être anticipé. Maintenant, on voit bien que les mentalités évoluent, que les agriculteurs sont bien plus sensibles aux problématiques environnementales. À Dessenheim, la plupart sont engagés dans une démarche d’agriculture raisonnée, d’autres plantent des haies. Après, on ne peut pas tout exiger des agriculteurs, ou tout leur reprocher. On ne peut pas faire d’écologie sans les agriculteurs. Il faut du dialogue, et non des contraintes, pour trouver et mettre en œuvre des solutions adaptées au terrain. »

Communication, considération et cohérence

La population agricole de Dessenheim est stable, les reprises compensant les départs en retraite. Pour Sébastien Allion, il est essentiel que cette dynamique perdure le plus longtemps possible, en préservant notamment le foncier agricole si convoité. D’où la volonté, dans le PLUI approuvé en mai 2021, de cadrer drastiquement l’urbanisation sur le territoire. « C’est contrôlé et maîtrisé. Il reste quelques zones à urbaniser. Après cela, les projets d’urbanisation seront limités. À un moment donné, le village ne pourra plus évoluer dans sa configuration. Car si on artificialise plus de terres, on fragilise la profession agricole qui est déjà en difficulté. Ce n’est pas envisageable », tranche le maire. D’autant plus que l’essentiel du ban communal se situe en zone Natura 2000, ce qui veut dire qu’un hectare exploité ou urbanisé doit être compensé par trois hectares piochés ailleurs, à savoir, dans le cas de Dessenheim, des terres agricoles dans la plupart des cas.

 

 

L’outil de travail des exploitants est aussi un lieu de loisirs pour les habitants de la commune. Les randonnées pédestres et balades à vélos sont monnaie courante sur les chemins qui bordent les champs de blé et de maïs. Une situation banale dans le monde rural alsacien, qui suscite parfois quelques conflits d’usagers entre les professionnels de la terre et leurs concitoyens. « On l’a vu pendant le premier confinement où certains promeneurs se sont plaints des chemins qui étaient arrosés. Dans d’autres cas, ce sont les traitements réalisés par les agriculteurs qui peuvent être mal perçus. C’est là que le rôle de la commune est essentiel : faire en sorte que tout le monde apprenne à cohabiter. Les cyclistes et promeneurs ont le droit de circuler, et les agriculteurs doivent aussi faire leur métier. Chaque problématique doit être discutée au cas par cas, en créant du dialogue, on trouve des solutions. Mais il est essentiel que les néoruraux, dont je fais partie, et l’ensemble de la population apprennent à vivre avec une profession qui a comme premier objectif de nourrir ses semblables », souligne Sébastien Allion.

 

 

Ils rendent aussi de fiers services au village comme le déneigement des routes communales lorsque cela s’avère nécessaire, ce qui reste peu fréquent tout de même dans ce secteur. « Cela peut tout de même arriver, on l’a vu au début de l’année 2021. Heureusement qu’ils étaient là pour donner un coup de main. Mais à l’avenir, je souhaiterais que cela s’inscrive dans une prestation de services qui soit reconnue et rémunérée. C’est tout de même un temps de travail qui est donné à la commune, et du carburant. Tout cela doit être pris en considération. Il faut être cohérent. »

Terra Alter Est

Des légumes bios et locaux, prêts à l’emploi

Vie professionnelle

Publié le 13/04/2022

À Wittenheim, l’entreprise d’insertion Terra Alter Est, petite sœur du Relais Est, apporte un nouveau débouché aux maraîchers bios tout en offrant une solution « clé en main » à la restauration hors domicile : la livraison de légumes bios et locaux, prêts à être cuisinés, tout en offrant un tremplin professionnel à des personnes éloignées du marché du travail. L’économie solidaire, sociale et circulaire représente l’ADN de Terra Alter Est. D’où l’idée de développer une activité ancrée dans son territoire, et qui permette en plus de répondre à de grands enjeux comme la préservation de l’environnement. « C’est pour cela que nous avons fait le choix du bio, en plus du local », précise Sarah Bourgeois, responsable commerciale de Terra Alter Est.

 

 

L’entreprise travaille avec huit maraîchers situés dans un rayon de cinquante kilomètres autour de Wittenheim, principalement haut-rhinois. Chez chacun d’entre eux, elle s’engage à acheter des légumes hors calibre, à un volume et un prix définis par contrat. « Les agriculteurs font leur cœur de métier, la production, et on s’occupe du reste : on cherche les légumes, on les nettoie, on les transforme et on les commercialise. Cela permet de valoriser des légumes qui ne trouveraient pas forcément preneurs sur les marchés ou chez des grossistes », poursuit Anne-Sophie Landié, responsbale  communication de Terra Alter Est. Chaque contrat est négocié individuellement avec le producteur. « On tombe d’accord sur un prix qui soit équitable pour tout le monde, et on s’engage sur un volume d’achat, que ce soit des légumes déclassés ou non d’ailleurs. »

 

 

La même philosophie est appliquée avec les acheteurs, une cinquantaine à l’heure actuelle, composée principalement de cantines de collèges et de lycées, mais aussi d’Ephad ou de cuisines centrales. Tous sont situés en Alsace et en Franche-Comté. Ils font part de leurs besoins en légumes et Terra Alter Est, là encore, s’occupe du reste. Finies les corvées d’épluchage ou de découpage pour le chef et ses commis. Les légumes, récoltés deux jours plus tôt, arrivent en conditionnement sous vide, prêts à être cuisinés. « Pour eux, c’est un gain de temps immense. Et cela leur permet de proposer davantage de légumes frais et moins de surgelés, à un prix équitable, mais aussi de respecter les critères de la loi Egalim qui impose au moins 20 % de bio dans les cantines », explique Sarah Bourgeois.

 

 

Terra Alter Est a véritablement démarré son activité en 2019. Elle a dû s’arrêter pendant huit mois en 2020 à cause du Covid, avant de repartir de plus belle en 2021. Depuis, l’activité se développe bien, à raison de 600 à 700 kilos de légumes découpés par jour pendant cinq jours. « Mais concrètement, nous n’utilisons que 50 % de nos capacités de production. On peut très bien monter jusqu’à 1 500 kilos par jour », poursuit la responsable commerciale de Terra Alter Est qui recherche activement de nouveaux clients, mais aussi de nouveaux producteurs avec qui travailler. « On voudrait se développer dans la restauration d’entreprise et toucher davantage de collectivités », indique Anne-Sophie Landié. Pour se diversifier un minimum, Terra Alter Est commercialise aussi une partie de sa production auprès de supermarchés locaux, mais aussi auprès des particuliers qui peuvent passer commande par Internet via le site http://terraalterestpart.panierlocal.org.

Les vidéos