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Nicolas Bernard

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Inauguration des unités de méthanisation de Gommersdorf et Traubach-le-Bas le 14 mars

« C’est un complément à nos activités, pas une concurrence »

Élevage

Publié le 11/03/2022

Vous organisez lundi des portes ouvertes du méthaniseur de Gommersdorf, en plus de l’inauguration officielle prévue de longue date, mais repoussée à cause de la crise sanitaire. Pour quelles raisons ?

Vincent Dietemann : « La méthanisation pose toujours des problèmes dans certains secteurs du Haut-Rhin, notamment dans le monde agricole où des réticences subsistent toujours. On n’arrive pas à convaincre car il y a encore un gros déficit d’informations sur le sujet. En accueillant les élus, les agriculteurs et l’ensemble des personnes intéressées, on veut simplement montrer la réalité de ce qu’est réellement un méthaniseur agricole, son intérêt pour les éleveurs, mais aussi ce que cela implique concrètement en termes d’investissement et d’engagement de la part des uns et des autres. »

 

Pouvez-vous nous rappeler comment ces projets, « Hopla-Gaz » à Gommersdorf et « Métha-Gaz » à Traubach-le-Bas, ont vu le jour ?

« Tout a démarré à l’hiver 2018. Nous étions plusieurs agriculteurs à réfléchir à la méthanisation depuis quelques années. Nous avons eu la chance de tomber sur le bureau d’études Opale, qui évaluait, à ce moment-là, la faisabilité d’une centrale de méthanisation dans le secteur. Quand ils sont venus me voir, je leur ai dit qu’on était prêt à s’engager mais qu’on n’arrivait pas à concrétiser le projet. La dynamique collective était là, mais il fallait la cadrer. »

 

Quelles étaient vos motivations initiales ?

« L’idée était de valoriser nos effluents d’élevage qui posent de plus en plus problème vis-à-vis des riverains, et aussi de diminuer la facture de notre fertilisation, avec des engrais qui coûtent de plus en plus chers. »

 

Combien d’agriculteurs ont pris part au projet ?

« Au départ, une vingtaine de fermes étaient intéressées. Au fil des discussions, certaines se sont retirées pour diverses raisons. Dans le collectif, tout ne se décide pas du jour au lendemain, il y a beaucoup de discussions, d’échanges. Et puis il faut savoir accepter les compromis, ne pas penser qu’à soi. Au final, quinze fermes se sont engagées : sept sur le site de Traubach-le-Bas et huit à Gommersdorf. »

 

Justement, comment faire pour qu’un tel collectif fonctionne et accepte d’œuvrer dans une direction commune ?

« Nous avons créé une SAS et un GIE pour gérer ces deux sites. Nos fermes restent autonomes. Les revenus de chaque agriculteur sont proportionnels aux capitaux propres qu’il a investis au départ. Mais si la forme juridique est importante, le plus compliqué à gérer reste l’humain. C’est un peu comme une équipe de foot remplie de stars : si elles ne jouent pas ensemble, cela ne donne rien. Dans notre cas, c’est le bureau d’études qui a fait office d’entraîneur. Il a apporté un regard neutre sur le projet, permis aux uns et aux autres de s’exprimer. C’est là qu’on voit l’importance de se faire aider par des personnes extérieures quand on se lance dans un projet collectif d’ampleur comme celui-là. »

 

 

Comment se passe la gestion quotidienne de vos méthaniseurs ?

« On a commencé par embaucher un salarié à temps plein, Arthur Szymkowiak, via notre GIE pour s’occuper des deux sites. Il est toujours en binôme avec un agriculteur qui intervient en cas de problème un peu compliqué. Nous avons établi un planning sur six semaines avec des rotations entre nous. Vu la nature du site, nous devons assurer une astreinte 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. »

 

Vous évoquiez des réticences qui subsistent à l’encontre de la méthanisation, notamment dans le monde agricole. Qu’est-ce qui explique ce phénomène selon vous ?

« La méthanisation conserve une image négative à cause de ceux qui la pratiquent de manière intensive, comme on peut le voir dans le nord de l’Allemagne. Là-bas, ce sont des investisseurs qui sont derrière les projets. Leur objectif est de faire le maximum de bénéfices. Certains arrêtent même l’élevage juste pour faire ça car cela devient plus rentable. Ces exemples sont souvent cités pour décrédibiliser la méthanisation. Or, ce qui est fait en France n’a absolument rien à voir. La réglementation n’est pas la même, la philosophie non plus. Ici, ce sont des collectifs d’agriculteurs qui se mettent ensemble pour valoriser leurs effluents d’élevage, ce ne sont pas des investisseurs en quête de matière première. C’est un complément à nos activités, pas une concurrence. »

 

Quel est le gain pour vos exploitations ?

« Il est tout d’abord économique et agronomique. Avec ces méthaniseurs, on assure 80 % de nos besoins en engrais. Avec la méthanisation, nous obtenons un digestat qui est actif plus rapidement et plus facilement qu’un simple engrais de ferme. Cela nous permet ainsi d’alléger considérablement la facture d’engrais de synthèse que nous aurions mis à la place. La matière organique est toujours présente dans le digestat, mais sous une forme différente, plus noble. Cela nécessite un peu de technicité pour la valoriser au maximum, mais cela vaut vraiment le coup au final. Il y a ensuite un aspect environnemental qui est non négligeable. Le biogaz qu’on produit est plus vertueux que le gaz naturel classique. Dans notre cas, il sert à alimenter, entre autres, les bus de la ville de Mulhouse par l’intermédiaire d’Alsen Énergies, fournisseur local de gaz et d’électricité. Le gros avantage de ce partenariat est que cela nous permet d’avoir un prix d’achat garanti pendant quinze ans. »

 

Cela a également permis de rapprocher le monde rural et le monde citadin…

« En effet. Aujourd’hui, tout le monde veut rouler plus vert. Le gaz est une bonne solution, mais il faut bien le produire quelque part. Alors, autant aller le chercher là où il y a la matière première. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Les grands groupes cherchent plutôt à s’approcher au plus près des villes, et aller chercher la matière première plus loin. Ce n’est pas la vision du monde agricole. Nous voulons recréer du lien entre ville et campagne, pas noyer la campagne dans la ville. »

 

 

Pour en arriver là, il a également fallu convaincre les communes et leurs habitants du bien-fondé et des atouts de vos méthaniseurs. Vous n’avez pas rencontré d’oppositions ?

« On a eu quelques retours négatifs, mais ce sont des communes ou des personnes qui ne nous ont jamais laissé la possibilité de venir les voir pour présenter le projet. Avec eux, la discussion est impossible. À part ces quelques réfractaires, nous avons pu rencontrer la plupart des communes du secteur. Pour cela, je tiens à remercier Denis Nass qui, en tant que maire de Gommersdorf et élu à la Chambre d’agriculture, a facilité les prises de contact et de rendez-vous. À chaque fois, nous avons pris le temps de répondre à toutes les questions qui nous étaient posées. On a fait preuve de beaucoup de pédagogie, on a rassuré les inquiétudes. Nous avons rencontré des opposants pendant ces réunions. Et finalement, une bonne partie d’entre eux a changé de position, voyant bien que nos méthaniseurs agricoles n’avaient rien à avoir avec des structures plus industrielles qu’on peut voir ici et là.

C’est aussi pour cela que nous avons décidé de créer deux petites unités au lieu d’une seule plus grosse. Non seulement, cela permet de réduire les déplacements pour amener les effluents, mais cela favorise l’acceptabilité par le public. Après, il reste toujours des gens à convaincre de l’intérêt de telles structures, leur montrer que cela ne porte aucun préjudice à l’environnement. Au contraire, cela peut apporter un plus. »

 

Est-ce que ces méthaniseurs permettent d’assurer l’avenir de vos fermes ?

« Je ne dirais pas ça comme ça. Je pense sincèrement que c’est dommage d’en arriver là pour sauver nos exploitations. Par contre, cela nous apporte une visibilité à moyen terme qui est rassurante. C’est un revenu complémentaire bienvenu, et aussi un argument supplémentaire pour donner envie à nos jeunes de se maintenir sur les fermes. »

 

Pensez-vous que le contexte géopolitique actuel, avec la hausse vertigineuse des cours du gaz, puisse jouer en faveur de centrales de méthanisation comme les vôtres, plus « vertes » et locales ?

« De prime abord, on pourrait dire oui. Mais je préfère me méfier de la première approche. Il y a toujours un revers de la médaille. Certes, le prix du gaz importé va augmenter, mais les engrais aussi. Il faut tout prendre en compte dans le calcul. Après, c’est toujours un atout d’être moins dépendant de l’extérieur. Sauf que bien souvent, les gens veulent du local, mais pas produit à côté de chez eux. C’est un paradoxe, mais une réalité quand même. Il y a encore beaucoup de travail pour faire évoluer les mentalités. »

 

 

Pour finir, quels conseils donneriez-vous à des agriculteurs qui voudraient se lancer dans un projet de méthanisation collectif ?

« Dès le début, il faut que chacun joue carte sur table. La communication est essentielle. Il faut aussi s’imprégner de son projet, y croire vraiment. Dans ce cas, on peut l’expliquer, on peut convaincre. Il y a un vrai potentiel de méthanisation à développer dans notre pays. C’est à nous agriculteurs de montrer qu’on sait faire, et surtout bien faire. »

Agroécologie dans le vignoble

Des pratiques très utiles pour la biodiversité

Vigne

Publié le 09/03/2022

L’agroécologie, meilleur allié de la biodiversité utile dans le vignoble alsacien ? C’est la conclusion de l’étude menée pendant deux ans par le groupe Armbruster, BASF France Division Agro et le laboratoire d’entomologie Flor’Insectes. Elle était menée sur seize parcelles allant du secteur de Ribeauvillé à Kientzheim, sur environ 1 200 ha. Chacune d’entre elles a été sélectionnée selon ses spécificités, son environnement favorable à la biodiversité et les pratiques agricoles employées.

L’objectif était d’étudier la diversité et l’abondance relative des insectes et leur intérêt pour la régulation naturelle des ravageurs en prenant en compte l’effet de différents paramètres : le recours à la confusion sexuelle, la présence d’éléments paysagers (haies, murets, mares, arbres, enherbement) pouvant apporter le gîte et le couvert à une biodiversité utile, et enfin l’impact des semis dans les interrangs. C’est la docteure en entomologie et écologie du paysage, Johanna Villenave Chasset, qui s’est chargée des suivis, observations et collectes d’anthropodes via différentes techniques comme les filets à insectes ou des pots barber enfouis dans le sol.

 

 

Afin de gommer l’hétérogénéité annuelle liée à la météo, mais aussi pour donner de la crédibilité à l’ensemble du processus, l’étude s’est étalée sur 2020 et 2021. Deux campagnes de relevés ont été réalisées à chaque fois, le 17 juin et le 2 juillet la première année, les 25 juin et 27 juillet l’année suivante. Malgré des conditions climatiques inégales, les résultats obtenus sont les mêmes entre ces deux campagnes de prélèvement. En 2020, 85 % des 1 600 insectes collectés et identifiés étaient des auxiliaires de la vigne. En 2021, malgré un printemps froid marqué par des épisodes de gel et un été pluvieux, cette proportion s’établit à 86 %. « Ce sont des bons résultats qui confirment la forte présence de la biodiversité utile dans le vignoble alsacien », indique Nadège Pillonel, ingénieure Conseil Environnement chez BASF France Division Agro.

Favoriser « le gîte et le couvert »

Ce vignoble alsacien est aujourd’hui considéré comme le plus « vert » de France. Le bio et la certification HVE (Haute valeur environnementale) y sont en forte progression depuis plusieurs années, et les pratiques dites « alternatives » suivent le même chemin. L’utilisation de solutions de biocontrôle, via la confusion sexuelle est ainsi fortement encouragée par le groupe Armbruster pour lutter contre eudémis et cochylis, ces insectes lépidoptères responsables de la pourriture des raisins.

 

 

C’est là que la présence d’une biodiversité utile devient intéressante. « Ces vers de la grappe ont plusieurs prédateurs naturels comme les opillons, les araignées, les mésanges, les hyménoptères parasitoïdes. Les diptères, carabes et punaises sont eux des ennemis naturels des cicadelles. Autant d’auxiliaires que nous avons retrouvés au cours de ces deux années d’études », poursuit Johanna Villenave Chasset. D’où cette nécessité de favoriser tout ce qui peut offrir « le gîte et le couvert » à ces précieux alliés : semis de fleurs ou d’apiacées dans l’inter-rang ou en bordure de parcelle, utilisation de plantes « relais » comme la luzerne pour attirer les auxiliaires, ou mise en place d’infrastructures « pérennes » comme des haies qui permettent de constituer des réservoirs d’araignées ou de punaises prédatrices. « Lorsque ces facteurs sont cumulés sur une parcelle, on observe 28 % d’auxiliaires en plus que sur les parcelles témoins », résume Nadège Pillonel.

Un objectif commun pour le syndicat viticole

Tout ceci va dans le sens de l’objectif fixé par le groupe Armbruster : sortir complètement, à moyen/long terme, les insecticides du vignoble alsacien. « Le plus difficile reste de convaincre tous les viticulteurs d’un secteur donné, qui n’ont pas tous les mêmes façons de travailler, de faire évoluer ensemble leurs pratiques pour atteindre cet objectif. Cela permet de rassembler un syndicat viticole autour d’un même projet », explique Aymé Dumas, responsable technique chez Armbruster.

 

 

Celui de Beblenheim s’est lancé dans l’aventure de la confusion sexuelle en 2019 aux côtés des syndicats de Zellenberg et Riquewihr. Son président, Michel Froehlich, reconnaît que le plus compliqué a été de « mettre tout le monde d’accord ». « Mais aujourd’hui, cela fonctionne bien. On prend une journée tous ensemble pour poser les capsules sur 180 ha. C’est un travail important qui porte ses fruits. Je suis persuadé que le jour où toute l’Alsace utilisera le biocontrôle, on y gagnera beaucoup en matière de communication et de commercialisation de nos vins », estime le vigneron. Son collègue Philippe Becker, installé à Zellenberg, fait lui aussi partie des convaincus de la confusion sexuelle. « On avait déjà essayé de la mettre en place dans les années 1990 au niveau du syndicat, mais cela avait capoté à quelques voix près », se souvient-il.

Un travail de l’ombre conséquent

Depuis, les mentalités ont évolué et les surfaces protégées par le biocontrôle sont en constante augmentation. Rien que dans le secteur de Ribeauvillé et alentour, ce sont 1 200 ha qui sont supervisés par le groupe Armbruster, et un nombre conséquent de petites parcelles qu’il a fallu recenser et regrouper. « C’est un travail qui prend énormément de temps. Dans notre cas, ce sont 9 800 parcelles qui sont concernées par le biocontrôle », développe Aymé Dumas.

 

 

Une tâche qu’il faut malheureusement rééditer chaque année, malgré les engagements des uns et des autres lors de la campagne précédente. « Tous les ans, il faut réexpliquer le pourquoi du comment du biocontrôle, le confort de travail que cela apporte pendant une campagne mais aussi l’intérêt des haies, des engrais verts ou de nichoirs, il faut mobiliser les gens, mettre le parcellaire à jour. Cela prend du temps, c’est un gros engagement de notre part, mais c’est indispensable si on veut faire évoluer durablement les pratiques de nos vignerons », pointe le technicien d’Armbruster.

BASF mise beaucoup sur cette évolution des pratiques et des consciences pour développer son activité. Déjà très présente sur le marché du biocontrôle avec ses solutions Rak et Roméo (125 000 ha couverts en France à l’heure actuelle), la multinationale souhaite que son chiffre d’affaires annuel soit, en 2030, issu à 15 % du biocontrôle contre 5 % à l’heure actuelle.

Horticulture

Un avenir « optimiste » pour la filière alsacienne

Cultures

Publié le 25/02/2022

Un vent d’optimisme souffle sur la filière horticole. Malgré un contexte économique et sanitaire toujours instable, alimenté par la pénurie de certaines matières premières, le risque d’inflation et la hausse du coût de l’énergie, les professionnels ont des raisons d’espérer pour leur avenir. « Il y a un intérêt grandissant autour du végétal, un engouement de nos compatriotes pour le jardinage, les plantes et les fleurs, et plus globalement le retour à la nature. C’est de bon augure pour nos activités », explique le président de la Fédération nationale des producteurs de l’horticulture et des pépinières (FNPHP) Alsace, Paul-André Keller, en préambule de l’assemblée générale qui s’est déroulée le 17 février à Sélestat.

 

 

Contrairement à d’autres secteurs d’activité, celui de l’horticulture sort renforcé de la crise Covid. Les choses avaient pourtant mal démarré au printemps 2020, lors du premier confinement, lorsque les entreprises ont dû fermer boutique à une période où elles réalisent la plus grande part de leur chiffre d’affaires annuel. Inévitablement, la perspective d’un nouveau confinement au printemps 2021 a fait naître doutes et inquiétudes. « Heureusement, l’engagement collectif, via notre fédération, notre interprofession Valhor, la FNSEA et nos élus, a porté ses fruits avec le classement de nos produits en première nécessité le 21 mars 2021. À partir de là, nous avons pu préparer une sortie de crise et construire collectivement l’avenir de notre filière », poursuit Paul-André Keller.

Des salariés plus « exigeants »

Place désormais à l’horizon 2030 avec son lot d’actions, de réflexions, mais aussi de remises en question. Comment, par exemple, assurer le bon fonctionnement des entreprises avec une main-d’œuvre qui tend à se raréfier ? Comme l’ensemble des métiers de l’agriculture, et plus globalement les métiers manuels, l’horticulture connaît des difficultés de recrutement croissantes.

« Le phénomène n’est malheureusement pas nouveau dans la filière, mais s’est accentué depuis le début de la crise sanitaire et pourrait encore s’accélérer. Pour y remédier, nous devrons répondre à des attentes salariales plus élevées pour garder des compétences, mais aussi améliorer l’attractivité de nos emplois », pointe le président de la FNPHP Alsace.

 

 

Un problème accentué par les dernières tendances sur le marché du travail, avec un taux de chômage à la baisse depuis le mois de décembre. « Il n’est plus que de 5,8 % à Colmar. On se retrouve avec un public qui est plus difficile à bouger, et plus globalement en position de force par rapport aux employeurs. Ils sont de plus en plus exigeants, et pas que sur la rémunération », développe la directrice de la FDSEA du Haut-Rhin, Christelle Jamot.

Séduire et fidéliser

L’horticulteur alsacien de 2022, comme le maraîcher ou l’arboriculteur d’ailleurs, doit donc imaginer d’autres « avantages » ou « atouts » que la seule partie financière. « Il y a des entreprises où les saisonniers ne veulent jamais revenir, et d’autres où ils reviennent avec plaisir. Il faut créer des conditions de travail agréables, conviviales. Offrir le repas est par exemple très apprécié. On peut aussi réfléchir à un système de ramassage pour se rendre sur le lieu de travail. Pour certains, prendre sa voiture pour faire cinquante kilomètres aller-retour pour un Smic, ce n’est pas intéressant », poursuit-elle en toute transparence.

La profession agricole a d’autres idées en tête pour répondre aux besoins de main-d’œuvre : créer des groupements d’employeurs, établir des partenariats avec des producteurs du sud de la France pour faire venir des travailleurs maghrébins en Alsace, ou encore faire le tour des collèges et des lycées pour mettre en lumière les métiers de l’agriculture. « Notre profession souffre encore de nombreux préjugés, notamment chez les conseillers d’orientation. Nous devons changer cela, car l’horticulture alsacienne a de belles perspectives devant elle », souligne Paul-André Keller.

Cet optimisme est alimenté par le « plébiscite » des consommateurs pour l’achat et le produire local. « Ce sont eux les véritables décideurs, ce ne sont pas les grandes enseignes qui bradent les prix. Plus de 80 % de nos clients viennent chez nous pour la qualité de nos produits, 72 % pour le conseil et la proximité, et 17 % pour le prix. Notre filière n’a jamais eu autant de reconnaissance qu’aujourd’hui. Une fenêtre est donc ouverte pour une nécessaire augmentation des prix de nos végétaux. Mais attention de ne pas dissuader l’acte d’achat des consommateurs en mal de pouvoir d’achat et attentifs aux coûts », prévient Paul-André Keller.

 

 

Développer l’achat « local » par les communes

Pour se développer, et surtout rester incontournable dans le paysage alsacien, les horticulteurs comptent aussi sur le soutien des collectivités, qui ne jouent pas toujours le jeu du « local » pour le fleurissement et l’ornement de leurs espaces. « Il y a encore des communes qui font des appels d’offres et font venir des plantes de 800 ou 1 000 kilomètres. Cela paraît aberrant alors qu’il y a pourtant tout sur place. Nous devons vraiment développer l’achat local auprès des communes, car ce n’est pas encore ça », se désole Maura Rougieux, membre du bureau exécutif de la FNPHP Grand Est. Paul-André Keller complète : « Cela fait deux ans qu’on essaie d’avancer dans ce dossier, mais nous avons été ralentis par le Covid. Cette année, nous allons essayer d’avancer sur cette question de l’achat local. Nous devons rappeler à nos collectivités qu’elles ont des horticulteurs et pépiniéristes sur leurs propres territoires. »

 

 

Afin de sensibiliser davantage les communes haut-rhinoises et bas-rhinoises aux vertus des fleurs et plantes locales, la profession mise beaucoup sur la convention de coopération « fleurissement » signée le 23 avril 2021 avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), Alsace Destination Tourisme (ADT) et l’Agence régionale du tourisme Grand Est, qui prévoit une mutualisation et une simplification de la gestion du label Villes et Villages Fleuris en Alsace. « Il s’agit d’apporter une nouvelle dynamique au fleurissement de nos communes au moment où l’on enregistre des défections. Nous devons comprendre pourquoi certaines d’entre elles quittent la démarche », indique Paul-André Keller.

Un fleurissement « multi-services »

La FNPHP Alsace peut compter sur le soutien sans faille d’ADT et de son président, Marc Lévy. Lors de cette assemblée générale, il a rappelé à quel point le fleurissement était indissociable de l’identité alsacienne. « Il fait partie de notre ADN, comme l’est notre gastronomie ou notre architecture. Une Alsace pas fleurie, ce n’est pas l’Alsace. Si on enlève les fleurs dans nos communes, on nuit à la promesse qu’on fait aux touristes. Mais comme d’autres activités, le fleurissement subit les évolutions sociétales. Les gens disent qu’ils n’ont plus le temps, qu’ils n’ont pas la main verte, ou que cela coûte trop cher. Nous devons donc encourager et mettre en valeur ceux qui le font et ainsi générer une émulation positive dans le reste de la population. »

 

 

Il y a aussi tout un travail à faire auprès des maires et des conseillers municipaux, qu’ils soient bas-rhinois ou haut-rhinois, sur la nécessité de fleurir chaque espace de leurs communes. « Suite aux dernières élections municipales, il y a tout un travail d’information et de sensibilisation à faire. Nous devons encore plus et mieux, parler du végétal sous toutes ses formes, des services qu’il peut apporter à la collectivité, que ce soit pour l’attractivité touristique, pour la qualité de vie des habitants, ou pour la préservation de la biodiversité. Il faut créer des passerelles avec des écoles, des maisons de retraite, des lieux de mémoire ou des parcs. Les fleurs et plantes d’Alsace ont leur place dans chacun de ces lieux », ajoute le président d’ADT.

Université de Haute-Alsace

Portes ouvertes le 26 février

Vie professionnelle

Publié le 25/02/2022

Annulées au dernier moment en 2020, en visio en 2021, les portes ouvertes de l’Université de Haute-Alsace, qui comprend l’IUT de Colmar et la Faculté de marketing et d’agrosciences, s’apprêtent à faire leur grand retour en présentiel le 26 février, de 9 h à 16 h, sur les sites du Grillenbreit et du Biopôle. Aucun pass vaccinal ne sera demandé. Seuls les gestes barrières habituels seront à respecter.

 

 

Un évènement très attendu par les organisateurs après le bilan en demi-teinte de l’édition virtuelle de l’année passée. « Nous avons attiré peu de monde avec ce format. Je pense que les gens veulent se rendre compte sur place de ce qui existe, de pouvoir apprécier les locaux, le cadre de formation, mais aussi la ville, sa situation et ses commodités », explique le directeur de l’IUT, Bernard Fabre. Une fréquentation en deçà des espérances qui n’a cependant eu aucune incidence sur les effectifs de la rentrée 2021-2022. « Nous n’avons rencontré aucune difficulté de recrutement. Nous avons la chance d’avoir des formations qui ne manquent pas d’attractivité », poursuit-il.

Place à la nouveauté également. À l’IUT, finis les DUT classiques en deux ans. Depuis la rentrée de septembre, ils ont été remplacés par des Bachelors universitaires de technologie (BUT) en trois ans. Un nouveau format harmonisé avec les équivalents européens et finalement plus adaptés aux besoins des étudiants, considère le directeur de l’IUT : « Auparavant, 95 % des diplômés d’un DUT poursuivaient leurs cursus, a minima jusqu’en licence professionnelle. Désormais, ils seront plus aptes à intégrer le marché du travail dès la fin de leurs trois années, ou pourront toujours continuer dans un master ou une école d’ingénieurs. »

Des liens étroits avec le monde de l’entreprise

Pendant ces trois ans, les étudiants doivent effectuer 26 semaines de stage en entreprise. Une période qui est allongée pour ceux qui décideraient de faire leur deuxième et leur troisième année en alternance dans une entreprise. L’autre particularité de ces bachelors est leur grande accessibilité aux bacheliers. « En fonction du cursus, jusqu’à 50 % des places sont réservées à des bacheliers technologiques. C’est une volonté de l’Éducation nationale pour ouvrir ces formations à un public plus large. »

 

 

Que ce soient via les formations dispensées à l’IUT (Techniques de commercialisation, Carrières juridiques, Métiers de la transition et de l’efficacité énergétiques, Hygiène sécurité environnement, Réseaux et télécommunications, Génie biologique) ou celles dispensées à la FMA (marketing, sommellerie, agronomie, alimentaire, sciences de la vigne et du vin…), les liens avec le monde de l’entreprise et l’international sont très développés, tient à souligner Bernard Fabre. « Non seulement nos stagiaires trouvent des stages sans problème, mais le taux d’insertion à la sortie de l’école est lui aussi excellent. Et tout au long de la formation, l’entreprise est très présente dans nos diplômes. Environ un tiers du programme est créé en adaptation locale, avec les entreprises. Et environ 50 % des enseignants sont des intervenants professionnels. »

Trompeter - Commune de Weckolsheim

Un nouveau Kioti pour se faciliter la vie

Vie professionnelle

Publié le 05/02/2022

Philippe Wolff a le sourire aux lèvres. Depuis la semaine dernière, le quotidien de l’agent communal de Weckolsheim a pris un nouveau visage grâce au dernier investissement réalisé par le conseil municipal : un tracteur CK 4030 de Kioti vendu par la concession Trompeter d’Artzenheim. Un nouveau « joujou » qui vient remplacer l’ancien modèle, toujours de Kioti, acheté en 2007, et dépourvu des dernières innovations de la marque coréenne. « Il avait fait son temps », résume la maire de Weckolsheim, Arlette Bradat.

Plus de confort et de possibilités

Outre le gain de confort en plus - cabine climatisée, avancement hydrostatique, fonction Easy Speed qui couple la pédale d’avancement avec le régime moteur, régulateur de vitesse - ce nouveau CK 4030 va permettre à Philippe Wolff de faire davantage de choses dans sa commune. Avec son chargeur avant, une capacité de relevage de 1,150 tonne à l’arrière, son moteur de 40 chevaux et une vitesse maximum de 25 km/h, il dispose désormais d’un petit condensé de puissance pour exécuter l’ensemble des taches inhérentes à sa fonction, dont certaines qu’il devait faire à la main auparavant. « Grâce au chargeur avant, je peux désormais transporter des branchages, mais aussi du sable et de la terre. » Finies aussi les limitations dues aux conditions climatiques. Bien au chaud dans sa cabine, Philippe Wolff peut désormais œuvrer pour le bien de son village, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.

 

 

Investir plutôt que déléguer

Tous les outils utilisés avec l’ancien tracteur ont été conservés et sont parfaitement compatibles avec ce nouveau modèle. Deux nouveaux, l’un pour la tonte et l’autre pour le nettoyage de la voirie, ont été achetés en plus du tracteur. « La tonte était intégrée à l’ancien tracteur. Là, avec ce nouvel outil couplé à la puissance du CK 4030, le débit de chantier est grandement amélioré », explique Nicolas Lenoir, commercial nord-est chez Kioti France.

 

 

Philippe Wolff pourra aussi balayer les rues de Weckolsheim dès que cela sera requis. Ce qui est souvent le cas dans cette commune traversée par deux routes départementales. « Des graviéristes circulent régulièrement dans notre village, et pas mal de gravier tombe à chaque passage. Jusqu’à maintenant, on faisait appel à une entreprise extérieure qui venait nettoyer la voirie deux à trois fois par an. Malheureusement, cela ne suffisait pas pour maintenir la propreté, en plus du coût que cela induisait. C’est pour cela qu’on a préféré investir dans du matériel pour le faire nous-mêmes. C’est plus rentable sur le long terme, et cela revalorise le travail de l’agent communal », développe Arlette Bradat.

Du matériel « fiable », une confiance partagée

Ce n’est pas la première fois que la commune de Weckolsheim fait appel à la concession Trompeter pour s’équiper en matériel. « Entre nous, c’est une relation de longue date. Nous en sommes très satisfaits. Ils sont très professionnels et très réactifs, et disponibles quand on a besoin d’eux », poursuit l’édile. Cette qualité de service, Trompeter la doit, entre autres, à l’implication de la marque Kioti auprès de ses concessionnaires. « Nous fonctionnons un peu à l’ancienne, en privilégiant le contact humain. Nous n’hésitons pas à nous déplacer sur le terrain pour présenter nos machines, mais aussi pour accompagner les utilisateurs lors de la mise en route », témoigne Nicolas Lenoir.

 

 

Une philosophie qui « favorise » les ventes considère Pascal Trompeter. « Ça fait la différence auprès de nos clients, en plus de proposer un matériel reconnu et fiable. C’est vraiment un plus pour notre entreprise. Merci Nicolas. » Des remerciements qu’il tient également à adresser à Arlette Bradat et l’ensemble du conseil municipal de Weckolsheim pour la confiance accordée depuis plusieurs années. « Cela permet de faire connaître notre gamme pour les espaces verts et les collectivités à d’autres communes. C’est un marché en plein renouvellement soutenu par les aides financières qui existent ici et là », poursuit Pascal Trompeter. La commune de Weckolsheim en a bien bénéficié, par l’entremise de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach qui a fait évoluer ses critères de subvention en intégrant désormais le financement de véhicules comme le CX 4030 de Kioti.

Colmar

La ruralité dans les gènes

Vie professionnelle

Publié le 04/02/2022

Terre maraîchère historique, capitale des vins d’Alsace, carrefour entre plaine et montagne, la ville de Colmar a l’agriculture et la viticulture inscrites dans son ADN. Son ban communal, le plus grand du Haut-Rhin, est composé en majorité de zones naturelles ou cultivées. Forêts, prairies, vignes, cours d’eau, vergers, jardins, cultures légumières et céréalières offrent aux 70 000 habitants un accès direct à la ruralité à quelques centaines de mètres du brouhaha urbain, quand ce n’est pas moins.

Des terres agricoles sanctuarisées

Au centre-ville, le marché couvert fait la part belle aux produits agricoles des environs. Un clin d’œil à un passé pas si lointain où le bâtiment était le cœur névralgique des maraîchers de la ville et des environs. « Les légumes étaient amenés sur des barques grâce à la Lauch. Tout au long de cette rivière, les cultures maraîchères se sont développées », retrace le maire de Colmar, Éric Straumann. Des terres fertiles qui, petit à petit, ont été grignotées par l’urbanisation, notamment au cours des trente dernières années.

 

 

Le phénomène tend à s’estomper depuis l’entrée en vigueur du dernier Plan local d’urbanisme (PLU) en 2017, réalisé en concertation avec les viticulteurs et agriculteurs présents dans la commune. « La quasi-totalité des maraîchers a été reçue individuellement afin d’établir un point précis de leur situation dans le but de préserver des terres agricoles et de maintenir les exploitations », détaille Marie Burgunder, du service Domaine rural et forestier de la Ville de Colmar.

 

 

Concrètement, cela s’est traduit par l’établissement d’un zonage spécifique (AMa et AMb) pour préserver les exploitations maraîchères dans l’enveloppe urbaine et valoriser les circuits courts avec la préservation d’exploitations déjà présentes. « L’urbanisation ne peut plus s’étendre vers les zones naturelles. Même s’il reste des dents creuses à exploiter, nous nous inscrivons désormais dans une densification de l’habitat. Les projets d’urbanisation qui existent n’entrent pas en confrontation avec le monde agricole », soutient Éric Straumann.

Encourager l’agriculture locale

Preuve de cet engagement, la Ville de Colmar va enfin souscrire un contrat Gerplan (plan de gestion de l’espace rural et périurbain) avec la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). Celui-ci sera mis en œuvre au niveau de l’intercommunalité. Un diagnostic précis du territoire de Colmar sera réalisé au cours de l’année 2022. « Nous étions la seule com’com dans le Haut-Rhin à ne pas s’être engagée dans cette démarche. En entrant dans cette procédure, nous pourrons travailler avec les agriculteurs, les pêcheurs et les associations environnementales dans l’objectif de préserver le patrimoine naturel, la biodiversité, la qualité du paysage, de maintenir les quelques prairies naturelles qui nous restent, et encourager l’agriculture locale », liste l’édile de la commune.

 

 

La Ville de Colmar accorde ainsi une attention toute particulière aux renouvellements de ses beaux ruraux lorsque la situation se présente. « Pour attribuer les terres que nous louons, nous procédons à un appel à candidature sur la base de critères d’attribution de notre Agenda 21 : préservation de l’environnement en privilégiant l’agriculture raisonnée, remise en prairie ou culture fourragère, installation des jeunes agriculteurs et les petites exploitations », développe Marie Burgunder. Dans cette optique, la Ville aimerait développer une filière de fourrage locale pour répondre aux besoins des éleveurs de montagne, mais aussi pour les centres équestres des environs.

Préserver la biodiversité des forêts…

La commune est bien lotie en forêts, avec environ 1 000 ha répartis en quatre principaux massifs : le Neuland/Fronholz, le Niederwald, le Rothleible et le Saint-Gilles. Ce patrimoine est géré par l’ONF. Les forêts sont certifiées PEFC, ce qui garantit la mise en œuvre de pratiques forestières durables (pas d’utilisation de produits phytos, favoriser la régénération naturelle quand c’est possible, limiter voire supprimer les coupes rases, favoriser la diversité des essences, des structures de peuplement et des traitements).

 

 

La forêt du Niederwald fait partie d’une réserve biologique dirigée depuis 2013, mais aussi du site Natura 2000 « Rhin, Ried, Bruch ». Plusieurs actions de préservation de la biodiversité y sont mises en œuvre : maintien des arbres vieillissants, morts et à cavités, création de 28 ha d’îlots de sénescence pour une durée minimale de trente ans (aucune intervention n’est réalisée et les arbres ne sont plus exploités), campagne de lutte contre la renouée du Japon, espèce végétale invasive menaçant la biodiversité.

…et lutter contre les corvidés

Ces forêts constituent de « beaux environnements de chasse » souligne Éric Straumann. « Nous avons des lots très attractifs avec de belles populations de gibier heureusement bien gérés par les chasseurs, dont beaucoup de locaux. » Les sangliers et les cervidés ne posent globalement pas de problèmes en terre colmarienne. Par contre, les corvidés qui nichent dans le quartier du Ladhof constituent plus que jamais un réel « fléau ». « Cela cause un préjudice à l’agriculture, mais aussi aux riverains, et aux entreprises qui subissent des milliers d’euros de dégâts », poursuit le maire de Colmar.

 

 

Face à cette forte prolifération de corbeaux freux et de corneilles noires, une lutte est menée par la Ville, en partenariat avec de nombreux organismes, dont la FDSEA du Haut-Rhin et la préfecture. Diverses actions ont été mises en œuvre au cours des deux dernières années : effarouchement passif avec des leurres, des carillons, des plaquettes peintes, effarouchement actif avec des torches laser, des crécelles, des revolvers à fusées, taille raisonnée des arbres avec enlèvement des anciens nids, piégeage à l’aide de corbetières, et opérations de tir à destruction sous la direction des louvetiers.

 

 

« Tout ceci a eu un impact à court terme, mais à long terme, c’est peu probant. Si vous enlevez une colonie, une nouvelle prend sa place l’année suivante », déplore Éric Straumann. Pas question de baisser les bras non plus. Pour cette année 2022, la Ville de Colmar va prélever les nids du Ladhof avec des nacelles. Une mesure qui conserve une efficacité « très marginale » à ses yeux, mais qui reste néanmoins nécessaire pour réduire la pression des corvidés, même temporairement.

Ramener la montagne en ville

Si les corvidés sont invités à nicher sous d’autres cieux, les bovins sont par contre très attendus dans la cité de Bartholdi. Après le succès de la mini-transhumance effectuée en septembre 2021 dans les rues de la ville dans le cadre de la Seram (Semaine européenne des races locales de massif), Éric Straumann souhaite faire revenir les Vosgiennes dans sa commune, et plus globalement toute l’agriculture de montagne.

 

 

« Lorsque ces vaches ont défilé dans nos rues, de nombreux Colmariens étaient présents malgré les conditions météo difficiles. On a senti un réel engouement de leur part. De là est née l’idée de créer un nouvel évènement autour de la Vosgienne », révèle-t-il. La manifestation est prévue le 10 avril prochain avec, au programme, vente de vaches vosgiennes et de produits de la vallée de Munster. « À travers cet évènement, on souhaite renforcer le lien avec les producteurs fermiers de montagne, mais aussi les fermes-auberges. Nous serons la capitale des marcaires le temps d’une journée ! »

Guide Hachette 2023

Quand l’identité rime avec modernité

Vigne

Publié le 20/01/2022

Véritable institution chez les œnologues en herbe et les plus avertis, le Guide Hachette des vins poursuit sa mue pour s’adapter aux nouvelles tendances de consommation et de communication. Création d’une « vitrine » sur le réseau social Instagram, application mobile, site Internet à la base de données gigantesque, relooking graphique de l’édition papier : les idées ne manquent pas pour « rester à la page » face à la concurrence d’Internet, de ses innombrables blogs et autres influenceurs.

Une évolution nécessaire et « vitale », explique le directeur du Guide Hachette, Stéphane Rosa, présent à Colmar du 12 au 14 janvier pour les dégustations de sélection des vins alsaciens qui iront enrichir l’édition 2023 de l’ouvrage. « Cela fait une quinzaine d’années qu’on constate une érosion annuelle des ventes du guide papier. On en compte 50 000 aujourd’hui contre 100 000 à la fin des années 1990. Avec Internet, les pratiques ont évolué, le papier a moins la cote. Il faut donc s’adapter. » Ce phénomène d’érosion touche l’ensemble des guides papier historiques, quel que soit le secteur d’activité (gastronomie, tourisme, voyages…). « Personne n’est épargné », tient-il à rappeler.

Le transmédia, un choix stratégique

Mais la marque « Guide Hachette » conserve son aura. Elle représente toujours plus de 50 % des parts de marché des ventes de guides de vins en France. La consultation du site augmente même de manière exponentielle avec plus de 500 000 visiteurs uniques par mois à l’heure actuelle. La plus grande partie, à savoir tous les vins sélectionnés (plusieurs dizaines de milliers) depuis 2001, est accessible gratuitement avec leurs commentaires, leurs temps de garde, etc. Seuls les vins du guide en cours sont en accès payant. Entre 7 000 et 8 000 internautes ont aujourd’hui un abonnement à cette formule 100 % numérique. « Ce chiffre a tendance à stagner, voire à baisser, depuis qu’on a décidé de livrer un code d’accès à la partie payante avec l’édition papier. Nous avons fait le choix d’une stratégie transmédia qui semble porter ses fruits », souligne Stéphane Rosa.

 

 

Toucher des nouveaux publics

Le compte Instagram lancé début 2021 connaît lui aussi une belle croissance. Il comptabilise aujourd’hui plus de 5 300 abonnés qui commentent ou partagent quotidiennement les publications du Guide Hachette. « Nous mettons régulièrement en avant des vignerons qui sont dans le guide, mais aussi des évènements que nous organisons, ou certaines cuvées », commente Stéphane Rosa. Une stratégie payante puisqu’elle permet de toucher un nouveau public - plus jeune et plus féminin - par rapport au guide papier traditionnel, historiquement plus « masculin ». Les statistiques de connexion au site Internet, mais aussi à la page Instagram, parlent d’elles-mêmes : la classe d’âge la plus représentée est comprise entre 20 et 35 ans, avec une parité quasi parfaite entre hommes et femmes.

Le vin, produit « tendance »

Ceci illustre aux yeux de Stéphane Rosa le « renouveau » de la consommation vinique, avec des profils plus impatients, dans l’instantanéité du clic sans pour autant rogner sur la qualité du produit qu’ils pourraient acheter. « Il y a un retour de hype sur le vin, comme disent les jeunes. C’est un produit qui redevient à la mode. On l’a vu au cours des deux dernières années : de nouveaux réflexes d’achat ont vu le jour autour de la gastronomie, du locavore, des circuits courts. Le vin suit cette tendance. Ça fourmille de partout entre les bars à vins, les clubs de dégustations et les nombreux sites Internet qui traitent du sujet. Il y a une nouvelle génération qui recherche des vins plus fruités, plus digestes, car la consommation est plus rapide. Et en même temps, ils veulent boire une histoire. D’où un certain attrait pour les petits producteurs, où ceux qui ont une philosophie un peu novatrice. À la vue de tout cela, je suis plutôt serein pour l’avenir de la filière », s’enthousiasme Stéphane Rosa.

 

 

Beau sur la forme, sérieux sur le fond

Ce regain d’intérêt s’est même fait ressentir dans les ventes du Guide Hachette ; plus d’exemplaires ont été vendus en 2021 qu’en 2020. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce phénomène : un effet « confinement » qui a motivé beaucoup de personnes à cuisiner à nouveau, davantage de soirées « privées » pour compenser les fermetures des bars et restaurants ou encore le relooking graphique de l’édition 2022. « On a changé la couverture avec des couleurs et illustrations aux accents vintage, à l’opposé de ce qu’on proposait historiquement avec ce rouge bordeaux uni. Peut-être que cela a pu jouer sur les ventes, notamment au moment des fêtes de fin d’année avec les cadeaux de Noël », suppose Stéphane Rosa. Cette modernisation de la forme n’enlève rien au sérieux du fond. « Le Guide Hachette reste une institution, synonyme de qualité. D’où notre volonté de conserver nos processus de dégustation exigeants malgré la crise sanitaire actuelle », ajoute Stéphane Rosa.

 

 

Lycées agricoles de Rouffach et Wintzenheim

La visio pour « rayonner » au-delà de l’Alsace

Vie professionnelle

Publié le 15/01/2022

Comment séduire, convaincre ou intéresser en visioconférence ? À l’ère d’une crise sanitaire qui n’en finit pas, c’est devenu une nécessité pour les établissements de formation agricole en quête de nouveaux élèves. Le 8 janvier, ce sont les Sillons de Haute Alsace, qui regroupent les lycées de Rouffach et Wintzenheim, qui se sont essayés, pour la deuxième année consécutive, à cet exercice dans le cadre de leur « Matinée du Sup' ».

De 9 h 30 à 12 h, des professeurs présents dans les locaux du lycée de Rouffach, ou chez eux, ont animé deux sessions de conférences en ligne à travers la plateforme Zoom pour présenter les BTSA dispensés dans les deux établissements. « À la base, on prévoyait de faire cette nouvelle édition en présentiel. Mais le protocole actuel nous oblige à limiter les flux de personnes dans nos lycées. Il était donc plus adéquat de passer à nouveau par la visioconférence, comme en 2021 », explique le directeur des Sillons de Haute Alsace, Jean-Luc Prost.

 

Des statistiques de connexion « encourageantes »

À défaut de visite des locaux et des équipements proposés aux élèves, place à des présentations très complètes de ces BTSA, qu’ils soient en formation initiale ou en alternance, suivies de séances de questions/réponses avec les internautes. « Avec la crise sanitaire, nous avons créé des salles dédiées à l’organisation de visioconférences. Notre service informatique, ainsi que nos professeurs, sont désormais rompus à cette pratique », se satisfait Jean-Luc Prost. Même constat du côté des possibles futurs élèves qui n’ont vraisemblablement pas eu de difficulté à se connecter. Les statistiques relevées durant cette matinée sont même très encourageantes pour les organisateurs. Avec 62 participants à ces visios, la fréquentation a été aussi bonne qu’une session classique en présentiel.

 

 

Des internautes de toute la France

Il faut dire que les Sillons de Haute Alsace n’avaient pas lésiné sur la communication pour annoncer l’évènement : sur les réseaux sociaux, dans la presse, via les centres d’information et d’orientation (CIO) ou des relais dans l’Éducation nationale. « C’est là qu’on voit l’intérêt de continuer à communiquer sur des supports papier en plus du numérique. On arrive à toucher un public plus large », justifie le directeur des Sillons de Haute Alsace.

Là encore, les statistiques de connexion au site epl68.fr pour la matinée du 8 janvier dévoilent des données intéressantes : si la majorité des 141 visiteurs venaient du Grand Est, la quasi-totalité des autres régions françaises était représentée parmi les internautes. On note ainsi 16 internautes d’Île-de-France, 10 de Bretagne ou encore 4 d’Auvergne Rhône-Alpes. « Ces chiffres nous démontrent qu’au-delà de notre territoire géographique historique, il y a une réelle appétence pour les formations qu’on propose. Avec le numérique, on abat les distances, on peut rayonner au-delà de notre zone historique. Il faut dire que l’Alsace est une région bien identifiée qui a pas mal d’atouts à faire valoir : la proximité avec l’Allemagne et la Suisse, des équipements modernes, un environnement agricole dynamique, la possibilité de vivre des expériences à l’étranger », développe Jean-Luc Prost.

Transformer « l’essai » en présentiel

Reste maintenant à concrétiser ce premier aperçu numérique de l’enseignement agricole haut-rhinois par un acte concret : placer l’un de ses BTSA, ou plusieurs, dans la liste de ses vœux post-bac sur la plateforme Parcoursup. Pour transformer l’essai, la « vraie » rencontre avec l’équipe enseignante, dans les locaux des lycées, est toujours possible, voire même souhaitable pointe le directeur des Sillons de Haute Alsace. « Même si le protocole sanitaire actuel est plutôt contraignant, rien ne nous empêche d’accueillir de manière individualisée, sous forme de rendez-vous, des jeunes ou des parents qui voudraient visiter nos sites avec nos professeurs. Cela permet d’avoir une information plus individualisée d’une part et de se forger une opinion plus précise sur la qualité de nos équipements, locaux et formations. »

 

Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace

Bien se former pour bien informer

Vie professionnelle

Publié le 14/01/2022

Julie Fritsch Steib, agricultrice à Horbourg-Wihr : « Les enfants sont plus naturellement à l’écoute »

« Je me suis inscrite à cette formation car le métier d’agriculteur est très méconnu. Pour inverser cette tendance, je me suis dit que ça serait bien de commencer par les enfants en leur expliquant et montrant concrètement ce que nous faisons. Ce sont les futurs consommateurs. Ils sont naturellement plus à l’écoute, ils sont là pour apprendre et emmagasinent des connaissances. Dans cette formation, j’ai appris des astuces pour leur parler, avec quels outils, comment faire pour qu’ils retiennent des informations et posent des questions. On peut leur expliquer des choses sans qu’ils soient influencés par la société qui les entoure, tandis que des adultes peuvent rester enfermés dans leurs croyances. La communication, c’est un métier et demande de l’apprentissage au préalable. C’est donc normal d’être rémunéré pour ses visites, c’est un vrai travail. »

 

 

Géraldine Uhl, agricultrice à Illhaeusern : « Je veux transmettre un message »

« Je me suis inscrite au réseau Savoir Vert car je veux transmettre un message, apprendre aux enfants ce qu’est un légume, la saisonnalité. On n’apprend pas la communication dans nos études, à transmettre efficacement nos savoirs. Là, j’ai participé à une formation labellisée, qui va devenir un gage de qualité pour la population qui nous entoure. En guise de support pédagogique, j’ai créé une roue des saisons sur laquelle il faut essayer de placer les légumes. Mon objectif est aussi de faire comprendre le développement d’un légume, ses besoins en eau, soleil et engrais. Pour ça, l’idée est que les enfants manipulent chacun un godet de terre avec une petite plante, et repartent avec chez eux pour l’entretenir et la voir pousser. Je vais déjà commencer par la classe de maternelle de ma première fille. Je suis en contact avec la maîtresse que je n’ai pas eu besoin de convaincre. La prestation sera offerte pour cette école, car c’est celle de mon village. Ça me fait plaisir de lui offrir. Par contre, ça sera payant pour les autres écoles autour, comme pour mes confrères qui se sont inscrits dans cette démarche. »

 

 

Élodie Naegel, agricultrice à Bouxwiller (Haut-Rhin) : « Il faut utiliser des mots simples »

« La ferme du Luppachhof était déjà une ferme pédagogique depuis vingt ans, en partenariat avec une association. Le partenariat a pris fin et nous avons souhaité, avec mon compagnon, Luc Diemer, conserver cette valeur ajoutée. Quand j’ai appris l’organisation d’une formation Savoir Vert, j’ai sauté sur l’occasion pour continuer dans cette voie. Par rapport à avant, les accueils qu’on réalise maintenant sont moins artificiels, on parle plus de notre métier. Avant, ça ressemblait plus à un zoo où les choses étaient mises en scène plutôt que montrées réellement. Pour parler aux enfants, il faut utiliser des mots simples et des outils ludiques qui vont leur permettre de comprendre ce que fait notre exploitation, et comment elle le fait. Nous avons la chance d’avoir une bonne réputation auprès des écoles grâce à tous les accueils réalisés ces vingt dernières années. Pour autant, c’est bien qu’on soit payé pour cette activité, c’est un boulot comme un autre. Nous avons racheté la ferme. Beaucoup d’argent en sort, pas beaucoup y entre. Du coup, cela apporte un petit coup de pouce bienvenu. »

 

 

 

Jean Becker, agriculteur à Ingwiller : « Cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves »

« J’étais auparavant formateur en CFPPA. Intégrer le Savoir Vert est la continuité de ce que je faisais, mais pour toucher cette fois un public plus jeune. Ce qui me plaît avec Savoir Vert, c’est que ce n’est pas une simple visite d’exploitation, cela s’inscrit dans la continuité pédagogique des élèves, de la maternelle au lycée. À chaque niveau, il y a des choses à apprendre. Les écoles sont très demandeuses, il y a beaucoup de projets pédagogiques autour des jardins, de la nature et des légumes. J’ai établi deux scénarios : l’un pour le cycle des légumes, et l’autre sur la connaissance du sol. Pour les plus jeunes, on joue sur les cinq sens. Il y a aussi des observations de profil de sol au programme pour voir comment évoluent les racines d’une plante. J’espère que les enfants seront vecteurs d’informations envers les adultes, mais ce que je souhaite en priorité, c’est qu’ils aient les bases pour appréhender cette agriculture si mal connue, où subsistent de nombreux a priori. La rémunération de cette activité est cohérente. Non seulement, cela valorise le temps qu’on lui consacre mais cela permet de faire vivre un collectif puisqu’une partie est reversée au réseau Savoir Vert. »

Sébastien Stoessel, agriculteur à Feldbach : « L’accueil est mieux structuré qu’avant »

« Avec le Savoir Vert, je m’inscris dans un cursus qui amène une vraie pédagogie, indispensable pour que les gens aient enregistré les informations à la sortie de la visite. C’est clair que c’est plus facile de s’adresser à un enfant qu’à un adulte. Mais il faut tout de même un cadre qui ne soit pas trop technique, il ne faut pas les perdre en cours de route. L’accueil est mieux structuré qu’avant. On accueille les élèves à la descente du bus, on leur explique ce qu’on va faire et comment on va le faire. Puis on démarre le cycle du lait en commençant par le veau et en terminant par la salle de traite. En passant par les enfants, on touchera d’office les familles qui sont derrière. Peut-être que cela convaincra les parents de venir à leur tour pour en savoir plus. Nous voulons montrer la réalité, pourquoi la ferme est ce qu’elle est aujourd’hui. Il y a cinquante ans, toutes les fermes étaient pareilles. Aujourd’hui, chacune est un modèle, avec sa configuration, son histoire. Avec Savoir Vert, on entre dans un autre schéma qui implique des journées de formation. Notre temps, c’est aussi de l’argent, il est donc logique que nous soyons rémunérés. Ce n’est pas un complément de revenu pour autant. Mais ça permet de compenser une matinée où je ne serai pas présent avec associés pour travailler sur la ferme. »

 

 

Élise Happel, agricultrice à Masevaux : « Beaucoup d’enfants ne connaissent plus le milieu rural »

« Nous pratiquons la vente directe à la ferme. Parmi nos clients, nous avons des professeurs d’école qui font beaucoup de demandes pour faire des visites avec leurs élèves. Beaucoup d’entre eux n’ont plus de connaissances du milieu rural, c’est donc important de remettre certaines valeurs au goût du jour. Dans les visites qu’on organisait auparavant, on laissait plus d’autonomie aux enfants. Désormais, c’est moi qui propose les activités en respectant certaines bases pédagogiques. C’est d’ailleurs toute l’utilité de la formation Savoir Vert : on apprend à cadrer nos visites, à ne pas s’évader, à savoir quoi répondre aux questions qu’on nous pose, mais aussi à savoir ce qu’attendent les enseignants et l’Éducation nationale. Ce qui est aussi intéressant avec cette formation qui s’étale sur plusieurs jours répartis dans l’année, c’est la dynamique de groupe qui se crée. On découvre les idées des uns et des autres, ce qui facilite la mise en place d’actions pédagogiques dans nos fermes. Et vu le temps qu’on passe à faire et préparer ses visites, c’est normal qu’on soit rémunéré. Et si c’est gratuit, c’est aussi moins cadré, et donc moins pertinent pour les enfants. »

 

 

Johanna Trau, agricultrice à Ebersheim : « On montre une culture générale oubliée »

« J’ai toujours eu la volonté d’accueillir des enfants à la ferme. J’ai pu constater par le passé le décalage existant entre des écoliers des villes et la réalité de l’agriculture, mais aussi leur attrait pour ce milieu. Alors, quand l’opportunité Savoir Vert s’est présentée, je n’ai pas hésité. Le point fort de cette formation est qu’elle cadre bien les choses, avec l’objectif de montrer notre métier tel qu’il est vraiment, contrairement aux fermes pédagogiques que j’ai toujours perçues comme des zoos agricoles. Il y a une grande différence entre caresser un lapin parce qu’il est doux et mignon, et apprendre le lien entre ce que l’agriculteur fait, comment il le fait, et ce qui termine dans l’assiette des consommateurs. Outre le fait d’apprendre à être plus pédagogue avec les enfants, cette formation est aussi un partage d’expériences et de visions entre agriculteurs. On s’inspire les uns les autres, ce qui nous permet d’avoir un panel d’offres plus important à proposer aux classes. On montre une culture générale qui a été oubliée au fil du temps. C’est une communication positive qui permet aux enfants de repartir de nos fermes avec une bonne image de notre métier. Et ça, ça fait du bien au moral ! »

Tania Kempf, agricultrice à Ebersheim : « Les enfants repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles »

« Je me suis inscrite à Savoir Vert car j’aime bien présenter ce que je fais, le métier d’agriculteur qui est mal vu et qui est pourtant très honorable. Avec cette formation, j’ai appris à mieux structurer mes visites. Ça sera mieux dirigé par le message que je veux transmettre. Les enfants sont un public moteur, c’est un peu eux qui montrent la voie, c’est l’avenir. Et puis ils sont entiers, à l’écoute. Quand ils arrivent, ils se pincent le nez parce que cela ne sent pas très bon, et ils repartent avec le sourire jusqu’aux oreilles, reconnaissants de ce qu’ils ont vu et entendu. Ils sont vraiment à l’écoute. On a créé plusieurs ateliers : une maquette pour faire sentir toutes les odeurs de la ferme, des jeux pour apprendre le vocabulaire, pour montrer ce qu’est une vache, comment elle est nourrie, traitée, etc. De base, je suis un peu timide et nerveuse quand je parle en public. À la base, je suis factrice. Aujourd’hui, je reprends l’exploitation même si cela fait trente ans que je m’occupe de la comptabilité. Mais sur les aspects techniques, j’ai besoin d’avoir des gens autour de moi pour me rassurer. J’ai parfois peur de dire des bêtises. Heureusement, les enfants sont plus innocents et nous accueillent tel qu’on est. »

 

 

Laure Fritsch, agricultrice à Mittelhausen : « Le but est d’intéresser les enfants »

« Aujourd’hui, dans mon village, il y a beaucoup d’habitants qui viennent de la ville et qui n’ont jamais vu une vache ou un tracteur de près. On a régulièrement des problèmes de voisinage. On essaie de dialoguer mais les gens qui râlent le plus sont aussi les plus fermés. Une culture générale a disparu. Avec Savoir Vert, on permet aux enfants d’y accéder à nouveau. C’est un public plus à l’écoute et ouvert. J’avais déjà accueilli des petits groupes via les fermes ouvertes organisées par la FDSEA. Mais là, c’est différent. Non seulement, on est rémunéré, ce qui est logique au regard du temps consacré, et les visites sont mieux structurées. Nous avons travaillé sur plusieurs supports pédagogiques : des sacs à toucher, des boîtes à odeurs, des panneaux, des petits ateliers de transformation, des jeux… La communication n’est pas notre métier de base. Il y a beaucoup à apprendre. Le but est d’intéresser les enfants, pas de mettre en place une visite monotone. Par le jeu, ils vont apprendre et comprendre pas mal de choses. On a organisé des premières visites en allemand, avec la classe bilingue du village, pour apprendre le vocabulaire. L’institutrice a été très réceptive à ce projet. J’ai contacté d’autres écoles dans les villages voisins, mais avec la crise sanitaire, beaucoup ne savent pas s’ils peuvent venir ou pas. Mais ils sont globalement demandeurs de ce type d’activité, comme les périscolaires et les centres aérés d’ailleurs. »

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Des leçons à tirer après une campagne éprouvante

Cultures

Publié le 08/01/2022

L’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) a enfin pu tenir son assemblée générale en présentiel le 16 décembre dernier à Sainte-Croix-en-Plaine. Un soulagement pour son président, Thomas Obrecht, heureux de retrouver physiquement ses collègues céréaliers, mais aussi heureux de terminer une année 2021 qui aura donné des sueurs froides à l’ensemble de la filière. Cela avait tout d’abord démarré avec la récolte de céréales d’hiver et des colzas, minée par le gel, l’excès d’eau et, au final, une hétérogénéité en qualité et quantité « qui en a surpris plus d’un ». Si le soja a ensuite « bien survécu » dans son ensemble avec une récolte réalisée dans les temps, c’est la moisson du maïs grain qui a donné du fil à retordre. « Les anciens diront que c’était normal il y a trente ans. Mais pour moi, c’est une première », témoigne Thomas Obrecht.

Les « limites » de la tardivité

L’accident industriel n’est en effet pas passé loin avec une récolte bien plus tardive que les années précédentes, un taux d’humidité très limite par endroits, et un rendement globalement moyen. « Et cela ne reflète pas la grande diversité des résultats qu’on a pu observer entre le Jura alsacien et le Ried », précise-t-il. Heureusement pour les céréaliers, la « chance » a un peu souri, permettant d’amortir des résultats moins bons qu’à l’accoutumée : l’augmentation du prix de vente des céréales, liée à la hausse des cours mondiaux, a permis de « masquer » le désagrément du rendement, de la qualité et des frais de séchage. « Nous devons cependant être plus que jamais vigilants. Le vécu de cette année doit nous obliger à prendre la bonne direction et les bonnes décisions », prévient le président.

L’une d’elles concerne le choix des variétés à implanter. Les très tardives, plébiscitées ces dernières années par bon nombre de maïsiculteurs, ont probablement montré leurs limites en 2021 sous les effets d’une météo globalement plus froide et pluvieuse que les campagnes précédentes. « Cette année, beaucoup d’agriculteurs ont très mal dormi à cause des variétés très tardives qu’ils avaient semées », observe Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du Végétal. Conséquence : des taux d’humidité élevés dans beaucoup de parcelles, entraînant de fait une hausse exponentielle des coûts de séchage. « À 30 % d’humidité en 2021, cela représentait 378 euros la tonne », note Didier Lasserre. Et ceci dans un contexte où le coût de l’énergie continue de progresser d’année en année. « Le problème est que nous sommes en concurrence avec des pays qui ne sèchent pas leur maïs, ou très peu. Cela constitue un avantage concurrentiel très important sur notre maïs alsacien », continue l’ingénieur d’Arvalis.

Malgré ces déboires, la plante majeure dans la SAU alsacienne a encore largement de l’avenir dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. « Notre territoire est fait pour ça, c’est indéniable. Ce n’est pas pour rien que nous avons d’excellents rendements. On s’est peut-être dit que le climat serait toujours favorable. Cette année nous a prouvé que non. Il n’y a rien de dramatique à mon sens. Par contre, cela doit nous inciter à réfléchir différemment. Des variétés précoces G2 semées fin mars, début avril, avec un engrais starter, une floraison en juin, pourraient être intéressantes dans certaines parcelles. C’est en tout cas un challenge intéressant », pointe Didier Lasserre.

Sans qualité, plus de débouchés

Pour Thomas Obrecht, il est désormais impératif de rester « raisonnable » collectivement sur le choix des variétés implantées. « C’est la filière maïs tout entière qui en dépend, pour nos céréaliers, nos éleveurs, et pour l’ensemble des professionnels qui gravitent autour. Nous devons être capables d’offrir des produits d’une qualité irréprochable aux marchés. Nous devons tous être responsables. » Chez les industriels, en effet, le maïs livré doit respecter un cahier des charges très strict. « Et quand ce n’est pas le cas, ils ne sont pas contents et nous le disent, explique Michèle Waegele la directrice générale d’ECU, la société de commercialisation commune à la Coopérative Agricole de Céréales et la ZG Raiffeisen. Cette année, nos clients hollandais nous ont demandé, en début de campagne, des analyses d’aflatoxines de nos maïs. C’est la première fois qu’on nous le demande car il y a eu un scandale en Hollande en 2020. On doit donc être encore plus vigilants sur la qualité de nos céréales. »

Quand la qualité n’est pas là, la confiance s’en va. « On se retrouve avec des semouliers qui résilient leurs contrats. Ils se tournent alors vers d’autres marchés et reviennent difficilement en arrière du moment que la logistique est bien établie », prévient Michèle Waegele. « Heureusement, nous avons plusieurs leviers à activer pour assurer la qualité de nos maïs : le climat, des terres fertiles, l’irrigation, une technicité éprouvée. Mais c’est vrai que le choix variétal joue beaucoup. La situation s’est beaucoup dégradée à cause d’indices de plus en plus tardifs qui ont un impact direct sur le risque mycotoxines et l’humidité. Quand on voit ce qu’on perd en euros/tonne à l’arrivée, comme cela s’est produit en 2014 par exemple, on peut légitimement se demander si le risque en vaut le coup », ajoute la directrice générale d’ECU.

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