Organisme de sélection de la race bovine vosgienne
En pleine évolution
Organisme de sélection de la race bovine vosgienne
Élevage
Publié le 11/03/2015
Elle a la cote, la belle Vosgienne tachetée de blanc et noir. La vache emblématique du massif alsaco-lorrain « cartonne » de plus en plus hors de son territoire natal. En 2014, 8 865 femelles ont été recensées dans toute la France contre 8 616 un an auparavant. La majorité de ces « nouvelles bêtes » (environ 150 sur 249) proviennent de départements situés à l'extérieur de la zone d'implantation historique (Alsace, Lorraine, Haute-Saône) de la Vosgienne ; on remarque ainsi que le département de la Haute-Loire possède environ 200 animaux sur son territoire, soit l'équivalent d'un tiers du cheptel du Bas-Rhin ou de Haute-Saône. Une tendance que l'on observe au moins depuis 2011, année de la mise en avant de la Vosgienne au Salon de l'agriculture de Paris. Cette année-là, 8 130 femelles avaient été recensées sur tout le territoire national. Un an plus tard, on en comptait 166 de plus avec « seulement » huit provenant du Haut-Rhin et dix-neuf des Vosges. « C'est une race qui séduit de plus en plus d'éleveurs, et surtout de jeunes éleveurs », se félicite le président de l'organisme de sélection (OS) de la race bovine vosgienne, Florent Campello. C'est aussi une race en perpétuelle évolution depuis sa « renaissance » il y a quarante ans. Chaque année, la génétique, « pilier fondamental » de l'OS, permet à la race vosgienne de progresser, tant dans ses qualités physiques que dans son potentiel de production. L'utilisation de la dose sexée n'est pas étrangère à ce phénomène. « C'est un atout fort et un grand gain de temps pour l'indexation des taureaux de testage. Utiliser la dose sexée, c'est participer au schéma de sélection, c'est faire de la promotion de race avec un afflux important de femelles sur le marché et dans nos élevages. C'est également un devoir de mise en commun des nouvelles données génétiques pour que, tous ensemble, nous soyons acteurs de notre race », complète Florent Campello. Même si tout cela s'avère à première vue plutôt positif, ce dernier préfère garder la tête froide et ne pas s'enflammer. « La Vosgienne séduit, fait parler d'elle, et évolue en fonction des besoins de nos exploitations. Mais elle n'est pas sauvée pour autant. Avec les fins des quotas, des grandes races laitières risquent d'envahir nos exploitations de montagne. C'est à nous de travailler les atouts de la race. Redoublons d'efforts pour la maintenir dans son espace. »
Apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs
Outre l'important travail sur la génétique avec, demain, une éventuelle indexation génomique (les premiers résultats sont attendus pour le mois de juin), l'OS souhaite capitaliser sur l'image véhiculée par la race bovine vosgienne. Afin d'éviter qu'elle ne soit exploitée par des tiers, pas maîtrisée, et ne générant aucune retombée financière pour les éleveurs et l'OS, la décision a été prise de commercialiser des produits dérivés de la Vosgienne : posters, stylos, cartes postales, puzzles, tee-shirts, etc. « Cela nous permet de contrôler l'image de la Vosgienne tout en développant sa notoriété », explique Laurine Speiser, recrutée l'an passé pour s'occuper, entre autres, de cette mission. À son tour la Vosgienne rentre dans l'ère du marketing. Dans une époque où l'image est reine, cela représente finalement une évolution assez « logique » pour une race qui se veut « moderne ». Il est pour le moment un peu tôt pour évaluer la popularité de ces produits dérivés auprès du public. « Ce qui est sûr en revanche, c'est que la fréquentation de notre site internet ne cesse de croître depuis son lancement en 2013. Plus de 4 500 visiteurs uniques ont été enregistrés au mois de février alors qu'ils étaient encore moins de 3 000 il y a six mois », souligne Laurine Speiser.
L'image c'est bien, l'assiette c'est encore mieux. Pour augmenter encore la notoriété de la race au niveau local et national, l'OS a lancé un ambitieux « projet fromage », ou comment produire et commercialiser un nouveau fromage fabriqué uniquement avec du lait de Vosgienne. « Avec ce produit, nous souhaitons apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs, mais faire reconnaître leur travail et la race dans son ensemble », détaille Laurine Speiser. Ce fromage, au nom indéfini pour le moment, devrait voir le jour au plus tard au printemps 2016. Avant d'officialiser le lancement du projet, l'OS a fait une étude de marché pour mesurer la faisabilité et la viabilité du projet. Il en est ressorti que 54 % des éleveurs de Vosgiennes sont motivés pour produire un nouveau fromage. Avec 586 750 litres de lait disponibles, soixante tonnes de fromages pourraient être produites. Avec un prix compris entre 14 et 15 euros, le potentiel de vente de ce fromage serait de 18 200 kg par an en Alsace et dans les Vosges, et de 72 833 kg par an dans toute la France. Les dégustations pour définir ce futur fromage ont fait ressortir les caractéristiques suivantes : une croûte lavée non fleurie, un goût floral prononcé évoquant le massif vosgien, une texture légèrement alvéolée, et une pâte très onctueuse ou souple. De quoi satisfaire la demande qui, selon l'étude de consommation effectuée également en 2014, a fait ressortir que 35 % des personnes interrogées souhaitaient trouver un fromage de Vosgienne à pâte molle dans les rayons, contre 33 % pour un fromage à pâte pressée non cuite et 23 % pour un fromage à pâte pressée cuite. Pour mener à terme ce projet, un groupe de travail de huit personnes (éleveurs et parc des Ballons des Vosges) s'est constitué. Du mois d'avril à l'automne prochain, il suivra une formation VIVEA avec une technicienne pour définir une recette. Une fois cette dernière fiabilisée, une nouvelle formation sera ouverte à tous les adhérents de l'OS à partir du mois de novembre. « Toute personne intéressée peut d'ailleurs se manifester dès aujourd'hui », ajoute Laurine Speiser. La promotion de ce nouveau fromage 100 % lait de Vosgienne sera lancée dans la foulée.












