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Nicolas Bernard

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Organisme de sélection de la race bovine vosgienne

En pleine évolution

Élevage

Publié le 11/03/2015

Elle a la cote, la belle Vosgienne tachetée de blanc et noir. La vache emblématique du massif alsaco-lorrain « cartonne » de plus en plus hors de son territoire natal. En 2014, 8 865 femelles ont été recensées dans toute la France contre 8 616 un an auparavant. La majorité de ces « nouvelles bêtes » (environ 150 sur 249) proviennent de départements situés à l'extérieur de la zone d'implantation historique (Alsace, Lorraine, Haute-Saône) de la Vosgienne ; on remarque ainsi que le département de la Haute-Loire possède environ 200 animaux sur son territoire, soit l'équivalent d'un tiers du cheptel du Bas-Rhin ou de Haute-Saône. Une tendance que l'on observe au moins depuis 2011, année de la mise en avant de la Vosgienne au Salon de l'agriculture de Paris. Cette année-là, 8 130 femelles avaient été recensées sur tout le territoire national. Un an plus tard, on en comptait 166 de plus avec « seulement » huit provenant du Haut-Rhin et dix-neuf des Vosges. « C'est une race qui séduit de plus en plus d'éleveurs, et surtout de jeunes éleveurs », se félicite le président de l'organisme de sélection (OS) de la race bovine vosgienne, Florent Campello. C'est aussi une race en perpétuelle évolution depuis sa « renaissance » il y a quarante ans. Chaque année, la génétique, « pilier fondamental » de l'OS, permet à la race vosgienne de progresser, tant dans ses qualités physiques que dans son potentiel de production. L'utilisation de la dose sexée n'est pas étrangère à ce phénomène. « C'est un atout fort et un grand gain de temps pour l'indexation des taureaux de testage. Utiliser la dose sexée, c'est participer au schéma de sélection, c'est faire de la promotion de race avec un afflux important de femelles sur le marché et dans nos élevages. C'est également un devoir de mise en commun des nouvelles données génétiques pour que, tous ensemble, nous soyons acteurs de notre race », complète Florent Campello. Même si tout cela s'avère à première vue plutôt positif, ce dernier préfère garder la tête froide et ne pas s'enflammer. « La Vosgienne séduit, fait parler d'elle, et évolue en fonction des besoins de nos exploitations. Mais elle n'est pas sauvée pour autant. Avec les fins des quotas, des grandes races laitières risquent d'envahir nos exploitations de montagne. C'est à nous de travailler les atouts de la race. Redoublons d'efforts pour la maintenir dans son espace. »

Apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs

Outre l'important travail sur la génétique avec, demain, une éventuelle indexation génomique (les premiers résultats sont attendus pour le mois de juin), l'OS souhaite capitaliser sur l'image véhiculée par la race bovine vosgienne. Afin d'éviter qu'elle ne soit exploitée par des tiers, pas maîtrisée, et ne générant aucune retombée financière pour les éleveurs et l'OS, la décision a été prise de commercialiser des produits dérivés de la Vosgienne : posters, stylos, cartes postales, puzzles, tee-shirts, etc. « Cela nous permet de contrôler l'image de la Vosgienne tout en développant sa notoriété », explique Laurine Speiser, recrutée l'an passé pour s'occuper, entre autres, de cette mission. À son tour la Vosgienne rentre dans l'ère du marketing. Dans une époque où l'image est reine, cela représente finalement une évolution assez « logique » pour une race qui se veut « moderne ». Il est pour le moment un peu tôt pour évaluer la popularité de ces produits dérivés auprès du public. « Ce qui est sûr en revanche, c'est que la fréquentation de notre site internet ne cesse de croître depuis son lancement en 2013. Plus de 4 500 visiteurs uniques ont été enregistrés au mois de février alors qu'ils étaient encore moins de 3 000 il y a six mois », souligne Laurine Speiser.

L'image c'est bien, l'assiette c'est encore mieux. Pour augmenter encore la notoriété de la race au niveau local et national, l'OS a lancé un ambitieux « projet fromage », ou comment produire et commercialiser un nouveau fromage fabriqué uniquement avec du lait de Vosgienne. « Avec ce produit, nous souhaitons apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs, mais faire reconnaître leur travail et la race dans son ensemble », détaille Laurine Speiser. Ce fromage, au nom indéfini pour le moment, devrait voir le jour au plus tard au printemps 2016. Avant d'officialiser le lancement du projet, l'OS a fait une étude de marché pour mesurer la faisabilité et la viabilité du projet. Il en est ressorti que 54 % des éleveurs de Vosgiennes sont motivés pour produire un nouveau fromage. Avec 586 750 litres de lait disponibles, soixante tonnes de fromages pourraient être produites. Avec un prix compris entre 14 et 15 euros, le potentiel de vente de ce fromage serait de 18 200 kg par an en Alsace et dans les Vosges, et de 72 833 kg par an dans toute la France. Les dégustations pour définir ce futur fromage ont fait ressortir les caractéristiques suivantes : une croûte lavée non fleurie, un goût floral prononcé évoquant le massif vosgien, une texture légèrement alvéolée, et une pâte très onctueuse ou souple. De quoi satisfaire la demande qui, selon l'étude de consommation effectuée également en 2014, a fait ressortir que 35 % des personnes interrogées souhaitaient trouver un fromage de Vosgienne à pâte molle dans les rayons, contre 33 % pour un fromage à pâte pressée non cuite et 23 % pour un fromage à pâte pressée cuite. Pour mener à terme ce projet, un groupe de travail de huit personnes (éleveurs et parc des Ballons des Vosges) s'est constitué. Du mois d'avril à l'automne prochain, il suivra une formation VIVEA avec une technicienne pour définir une recette. Une fois cette dernière fiabilisée, une nouvelle formation sera ouverte à tous les adhérents de l'OS à partir du mois de novembre. « Toute personne intéressée peut d'ailleurs se manifester dès aujourd'hui », ajoute Laurine Speiser. La promotion de ce nouveau fromage 100 % lait de Vosgienne sera lancée dans la foulée. 

Association de la race bovine vosgienne du Haut-Rhin

Dynamique et pleine de jeunesse

Élevage

Publié le 11/02/2015

En un mot : dynamique. Année après année, l'Association de la race bovine vosgienne du Haut-Rhin confirme le rôle clé qu'elle joue dans le développement et le rayonnement de la Vosgienne dans le département et bien au-delà. « Cette vache fait partie de notre identité. Son berceau se trouve ici », résume le président de l'association, Florent Campello. C'est dans ce berceau, qui l'a vu renaître il y a quarante ans, que la Vosgienne enregistre aujourd'hui ses meilleures performances toutes lactations brutes : 4 311 kg en 2014 alors que la moyenne nationale n'est « que » de 4 082 kg au cours de la même période. « Il y a presque 300 kg de différence. Ce n'est pas rien », fait remarquer Florent Campello. Cette évolution de la production est assez notable, si on la compare à celle de 2013 : 4 167 kg dans le Haut-Rhin pour une moyenne nationale de 4 037 kg, soit une différence d'un peu plus de 100 kg. Dans le même temps, le nombre de bêtes évolue sensiblement. L'an passé, 1 344 vaches de race vosgienne ont été enregistrées au contrôle laitier sur toute la France, soit 72 de plus qu'en 2013. Le Haut-Rhin représente a lui seul 41 % de ces « nouvelles » vaches avec pas moins de 569 bêtes au compteur, contre 539 un an auparavant. Des résultats forcément gratifiants et encourageants pour l'Association de la race bovine vosgienne du Haut-Rhin qui a la chance de pouvoir s'appuyer sur un noyau de jeunes particulièrement impliqués. « Il y a trente vaches en plus qui sont entrées au Contrôle laitier, et nous avons plein de jeunes qui veulent continuer à s'investir dans cette race. C'est un atout et une force pour nous. »

Eurogénétique s'ouvre aux jeunes

Lors de la finale nationale de labour qui aura lieu à Metz du 11 au 13 septembre, ces jeunes éleveurs vont avoir une nouvelle occasion de mettre en avant leur passion lors du concours des jeunes présentateurs d'Eurogénétique 2015. « C'est la première fois qu'il y aura une section génisse vosgiennes à l'École des jeunes d'Eurogénétique », se félicite Florent Campello. « Le concours a été décalé à cette date par manque de temps et de place lors d'Eurogénétique 2015. Il y aura 80 vaches montbéliardes en plus qui participeront au concours de cette race. Après réflexion, on s'est dit qu'on pourrait organiser le concours des jeunes présentateurs lors de la finale de labour », explique Mélanie Gutzwiller, conseillère spécialisée Élevage à la chambre d’agriculture de région Alsace (Cara). Restait alors à placer les trois jours de formation de l'École des Jeunes. « Elle aura lieu sur l'exploitation de Yannick Schubnel, à Stosswihr, du 26 au 28 août. Une quarantaine de jeunes, âgés de 16 à 21 ans, sont attendus. On leur apprendra comment se comporter avec l'animal, comment le brosser, le conduire », précise-t-elle. Entre sept et huit jeunes éleveurs de Vosgiennes prendront part à l'événement. Une grande première qui sera forcément scrutée de près parmi les amoureux de la race.

Un week-end « grand public » autour de la Vosgienne

Tout comme le concours départemental et la vente aux enchères qui auront lieu les 17 et 18 octobre à Gunsbach. Après le succès de la précédente vente aux enchères en 2013, l'association présidée par Florent Campello a voulu reconduire l'expérience après une année 2014 « blanche » en termes de manifestations. Sauf que cette fois-ci, cette vente aux enchères de Vosgiennes se fera dans la soirée. « Nous avons voulu l'intégrer dans un grand week-end festif et grand public où nos meilleures bêtes s'affronteront sur le ring », indique Mélanie Gutzwiller. Au programme le samedi après-midi : les sections génisses, vaches taries et vaches allaitantes. Le lendemain, ce sont les vaches laitières qui égraineront leurs mamelles sous l'œil pointilleux du juge. « Cela faisait longtemps que l'on n’avait pas fait de concours de Vosgiennes dans le département. On s'est dit qu'il était temps, et que c'était l'occasion de montrer à tous, le dynamisme du Haut-Rhin autour de cette race emblématique du massif », complète Florent Campello. L'association compte maintenant sur une forte mobilisation des éleveurs pour assurer la réussite de ce week-end, avec pas moins de 80 vaches attendues.

La génétique progresse toujours

Dynamique, le Haut-Rhin l'est aussi dans le domaine de la performance génétique avec deux nouveaux taureaux indexés en juin dernier : Buffalo, né en 2006 d'Oscar sur Lupin, et Antonio, né en 2005 de Dalton sur Tarzan. « Buffalo est complet en mamelle mais est négatif en taux protéique et taux butyreux. Il faudra faire attention à le mettre sur des vaches qui ont des taux bien fixes. Antonio est lui, le taureau laitier par excellence. Il fait des bons pis et présente des taux corrects », analyse Mélanie Gutzwiller. L'indexation de deux nouveaux taureaux, Diabolo et Dartagnan, est quant à elle prévue début mars. Ils sont tous les deux nés en 2008 et ont engendré 67 et 76 filles sur plus de 400 doses sexées posées dans des femelles. « C'est là que l'on peut voir les bienfaits de la dose sexée : on fait plus de femelles en moins longtemps. Et cela continue d'évoluer dans le bon sens. Gusty, un taureau de 2011, a déjà engendré 43 filles avec seulement 117 doses. C'est un laps de temps très court. Si, au moins trente filles arrivent au vêlage, on pourra indexer le taureau sur seulement un an », prévoit Mélanie Gutzwiller. Ces résultats, déjà très encourageants, pourraient connaître une évolution notable dans les années à venir grâce à la génomique. Grâce à cette technique révolutionnaire, il sera possible de connaître ce qu’un animal est capable de transmettre génétiquement, tout en écartant les paramètres inhérents au milieu. Les travaux de recherche sur le génome de la race vosgienne ont eu lieu en 2014. Et pour le moment, les résultats sont « très encourageants » s'enthousiasme Florent Campello. « Nous aurons bientôt les premiers index génomiques de toute la pollution génotypée. Si nous obtenons un CD (coefficient de détermination) supérieur à 0,60, nous disposerons alors d'une fiabilité génomique de la race. Cela devrait nous aider à faire les bons choix », ajoute-t-il. Il ne reste plus qu'à attendre l'indexation pilote prévue au mois de juin pour savoir si oui ou non la Vosgienne s'inscrit, elle aussi, dans cette démarche de progrès.

FDSEA et JA du Haut-Rhin  - Canton du Ried

Associer les agriculteurs à la révision des PLU 

Vie professionnelle

Publié le 20/01/2015

Pas d'aménagement du territoire sans le regard avisé des agriculteurs. Pour les responsables de la FDSEA et des JA du Ried, réunis le 14 janvier en assemblée générale à Andolsheim, il est impératif que les acteurs du monde agricole s'investissent pour défendre leurs intérêts lors de la révision des Scot (Schéma de cohérence territoriale) et autres PLU (Plan local d'urbanisme). Surtout, que les deux années à venir vont être très chargées sur ce point depuis la promulgation de la loi ALUR (Accès au Logement et à un Urbanisme Rénové) en mars 2014. Celle-ci dit notamment que les POS (Plan d'occupation des sols) seront caduques à compter du 1er janvier 2016 et que les PLU (Plan locaux d'urbanisme) devront être élaborés à l'échelle des intercommunalités à partir de 2017 pour devenir des PLUI. Sans compter les PLU qui ne sont pas encore en conformité avec les PLU dits « Grenelle » issus de la loi Grenelle II de juillet 2010. Soit, dans le Haut-Rhin, environ 150 communes qui vont se lancer dans la création ou dans la révision d'un PLU. « Certaines ont encore des POS vieux d'une vingtaine d'années, d'autres ne sont pas en conformité avec les PLU Grenelle. Et derrière se pose également la question de passer dès maintenant à l'échelle intercommunale ou d'attendre un peu. Il va falloir suivre tout cela de très près, car ça va aller très vite » explique Alexandre Treiber, conseiller en urbanisme à la chambre d'agriculture de région Alsace (Cara). Des réunions publiques sont d’ores et déjà prévues pour permettre à chacun de donner son opinion ou son expertise. « Les services de la Cara y assisteront. Mais nous ne pourrons pas être partout à la fois. Il faudra que les agriculteurs y aillent aussi, qu'ils soient au courant des choses et des procédures » poursuit-il. « Il y a aura des cabinets d'étude dans ces réunions qui ont une approche de l'activité agricole que l'on pourrait qualifier de "détonante". Si vous, agriculteurs, n'y êtes pas, personne ne peut y être. Il faut savoir que bien souvent, dans les communes, les gens pensent qu'une zone artisanale ou une zone commerciale sont les seules solutions pour le développement économique, alors que, rappelons-le, l'agriculture crée aussi beaucoup d'emplois. La deuxième question qui est posée c'est "combien y a-t-il de paysans ?". Si en amont, on n'associe par le monde agricole, il n'y aura que des zones non agricoles en stock comme cela peut être le cas à Horbourg-Wihr » prévient le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. Un point de vue, que rejoint le responsable du service agriculture et développement rural à la DDT du Haut-Rhin, Marc Levaufre. « Il est en effet essentiel d'être très présent, et actif, bien en amont pour définir clairement les besoins. »

« Apportons des informations »

Derrière, c'est tout simplement l'avenir de l'agriculture régionale qui est en jeu, et la place qui lui restera pour mener à bien ses activités. Car, chaque année, ce sont plusieurs centaines d'hectares de terres agricoles qui sont consommées sous la pression d'une des densités de population les plus élevées du pays. Entre les années 1970 et 2000, ce ne sont pas moins de 800 hectares de terres agricoles qui disparaissaient chaque année en Alsace. « Depuis, heureusement, le rythme a été ralenti. Mais il y a encore du travail à faire » ajoute Alexandre Treiber. Il y a aussi des informations à apporter comme la distance minimale à respecter entre des habitations et un bâtiment d'élevage. Une distance qui varie de cinquante à cent mètres en fonction du bâtiment, et qui fonctionne sur un principe de réciprocité. « Cela veut tout simplement dire qu'un lotissement ne peut pas trop se rapprocher d'un bâtiment existant, comme un bâtiment d'élevage se doit d'être construit à une distance minimale. Cela peut sembler être du bon sens, et pourtant c'est une information que beaucoup n'ont pas. C'est pourtant déterminant dans les projets de développement d'une commune » détaille le conseiller en urbanisme de la Cara. Consciente de la complexité du dossier, la FDSEA du Haut-Rhin invite les exploitants à suivre la formation Vivea « Urbanisme et enjeux agricoles » qui se déroulera au mois de mars, sur deux jours. « Les problèmes deviennent de plus en plus complexes. Si l'on veut se battre ou se défendre, il faut se former pour ne pas se faire piéger quand on doit intervenir. Soyons nombreux en 2015 à y participer » appelle le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cave Jean Geiler

Coup de foudres pour le chêne

Vigne

Publié le 12/12/2014

De ces fûts, plus de vingt siècles de vinification vous contemplent. Utilisés depuis l'époque romaine, les tonneaux en bois cerclés de métal ont été supplantés progressivement, tout au long du XXe siècle, par des foudres en inox ou en béton. Moins coûteux à l'entretien et aussi moins complexes à l'utilisation, ces nouveaux conteneurs de vins permettaient en outre de conserver la qualité du vin. « Cela reste le plus important », fait remarquer le directeur de la cave Jean Geiler à Ingersheim, Pascal Keller. Soucieuse néanmoins d'apporter un peu de nouveauté à sa gamme tout en « redonnant ce côté ancestral » qui caractérise les vins élevés en fûts de chêne, la cave Jean Geiler a récemment fait l'acquisition de quatre nouveaux foudres en bois, d'une capacité de 55 hl chacun, pour un investissement total de 55 000 euros. « Cela représente un mini-événement pour nous. Changer de fût, c'est loin d'être quelque chose que l'on fait tous les jours. La dernière fois, c'était il y a plusieurs décennies », témoigne Pascal Keller. Ces fûts sont typiques de la vallée rhénane de par leur forme ovale. Ils ont été fabriqués par Andreas Hassmann, l'un des rares tonneliers allemands capables de concevoir des fûts de cette envergure. « Nous ne sommes plus que quatre ou cinq dans toute l'Allemagne. On observe pourtant un regain d'activité lié la demande croissante des viticulteurs allemands pour ce type de produit. Ils sont nombreux à rechercher une “meilleure qualité” pour leurs vins », note l'artisan. En Alsace aussi, on remarque une certaine recrudescence pour les foudres en bois. Outre la Cave Jean Geiler, Andreas Hassmann a déjà officié pour de nombreuses autres caves, à Ammerschwihr notamment. « Avec un foudre en inox, il y a des échanges gazeux que l'on ne retrouve pas avec un fût en chêne. Le bois respire, ce qui n'est pas le cas du métal. Pour un même vin, le fût en chêne va apporter davantage de nuances aromatiques et sera plus structuré aussi », détaille Francis Klee, l'un des oenologues de la cave Jean Geiler. « Pour notre part, nous avons prévu d'y élever des pinots, principalement des gris et des blancs, avec l'idée de proposer des vins secs plus complexes. Le côté boisé sera un marqueur dans les premières années.  »

Beaucoup de patience et de savoir-faire

Il a fallu trois semaines à Andreas Hassmann pour concevoir chacun des fûts. Il les a montés dans son atelier en Allemagne pour ensuite les transporter jusqu'à Ingersheim, les démonter à l'extérieur de la cave, pour ensuite les remonter à l'intérieur comme un puzzle, à raison d'une journée par fût. « Chaque élément pesant une tonne, il était impossible de les faire rentrer d'un seul tenant » souligne le directeur de la Cave Jean Geiler. Pour fabriquer un fût de ce type, il faut s'armer de patience, de beaucoup de patience. Dans un premier temps, le tonnelier doit sélectionner des chênes qui ont au moins 150 ans d'âge. Une fois l'arbre choisi, les planches sont découpées en différentes tailles et épaisseurs en fonction du produit à fabriquer. Reste plus qu'à les faire « sécher » pendant six ans avant de pouvoir enfin s'en servir. « Il y a deux raisons à cela, explique Francis Klee. La première est qu'avec le temps, le bois devient plus flexible et donc plus facile à travailler. La deuxième est d'ordre œnologique. L'aspect boisé du vin serait beaucoup trop prononcé avec du bois pas encore arrivé à maturité. » Le tonnelier doit donc disposer en permanence d'un stock important pour répondre aux demandes qui lui sont formulées. Andreas Hassmann a pu s'appuyer sur le capital accumulé par ses aïeux au cours des dernières décennies. « C'est un savoir-faire que j'ai hérité de mon père et de mon grand-père avant lui. » Comme la plupart des métiers d'artisanat, celui de tonnelier ne s'improvise pas et nécessite des compétences très pointues, avec le marteau et les biceps comme principaux outils. « C'est vraiment d'une minutie extrême », observe Pascal Keller. Le fût doit être en mesure de passer les années sans montrer de signe de faiblesse ou de début de perméabilité. « Ceux installés à la cave Jean Geiler peuvent au moins durer un siècle à condition de bien les entretenir », avance Andreas Hassmann. Pour assurer la longévité de ces foudres, il n'y pas vraiment de solution miracle. Pour le nettoyage, de l'eau froide sans produit chimique. Le reste du temps, il faut juste qu'ils soient remplis en permanence. « L'alcool du vin conserve ! » glisse, amusé, Francis Klee.

Colloque transfrontalier sur la « fertilisation azotée du maïs »

Expérimenter les pratiques de demain

Cultures

Publié le 03/12/2014

Pas de rendements record sans fertilisation. Plus de fertilisation sans prise en compte des enjeux environnementaux. Avec le projet agro-écologique pour la France lancé en 2012, la culture maïsicole doit aussi faire évoluer ses pratiques tout en conservant la rentabilité économique si chère aux exploitants. Une démarche qui demande de revoir complétement « notre modèle de production » estime le député du Bas-Rhin, Antoine Herth, lui-même agriculteur, en introduction du colloque transfrontalier qui s'est déroulé le 27 novembre à Sainte-Croix en Plaine. Une journée qui avait pour objectif de faire le bilan des expérimentations menées dans le cadre du projet Indee lancé par l'Itada, toujours en 2012.

Améliorer l'efficience de l'engrais

La problématique était la suivante : comment diminuer l'impact de la fertilisation azotée sur le maïs sur la qualité de l'air, tout en conservant des rendements corrects ? Un défi auquel s'est frotté l'Institut transfrontalier d'application et de développement agronomique (Itada) la même année en lançant le projet Indee (Injection d'engrais N sous forme de dépôt pour plus d'efficience et moins d'émissions dans  l'environnement). Dans les faits, il s'agissait de mesurer sur six différents sites (deux en Alsace, deux dans le Bade-Wurtemberg, deux en Rhénanie-Palatinat) la production de maïs en réponse au mode d'apport de l'azote. L'enjeu n'est pas mince car, aujourd'hui, l'impact de l'agriculture sur les émissions de gaz à effets de serre s'élève à 15 %. En maïsiculture, une partie non négligeable provient de la volatilisation des granulés d'urée, la forme d'engrais la plus utilisée sur le maïs. Ce phénomène se produit lors des épisodes de sécheresse cumulés avec du vent. Chose qui est loin d'être exceptionnelle dans le contexte pédoclimatique rencontré dans les territoires du Rhin supérieur comment le rappelle Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis - Institut du végétal, l'un des 19 partenaires de ce projet transfrontalier.  « On s'est alors demandé si l'on pouvait améliorer l'efficience de l'engrais. On s'est fixé l'objectif d'en apporter de manière plus localisée, plus concentrée et plus stable, le tout en un seul apport » précise-t-il. Pour ce faire, les techniciens ont opté pour la méthode Cultan (Controled long term ammonium nutrition) qui permet une alimentation de longue durée d’ammonium liquide par la plante. « C'est une forme un peu plus stable d'ammonium qui va ralentir la transformation en nitrates. La plante peut ainsi s'alimenter au fur et à mesure de la saison », poursuit Didier Lasserre. Les bénéfices attendus de cette méthode étaient multiples : économie d'engrais et de carburant (plus qu'un seul passage au lieu de deux ou trois), moins de lessivage de nitrates vers les nappes, moins d'émissions dans l'air, moins de mauvaises herbes, moins de dépendance au climat et aux problèmes de sécheresse...

« Nous devons aller plus loin »

Un programme séduisant qui, lors des différents essais menés depuis 2012, a fourni des résultats plutôt encourageants. En premier lieu, la méthode Cultan a permis d'obtenir des rendements similaires à une fertilisation classique, quelque soit le potentiel. « En terme de rendement optimum, nous avons obtenu des résultats non significatifs d'une méthode à l'autre », résume Jean-Louis Galais. La deuxième question était de savoir si on atteignait les mêmes rendements avec la même quantité d'azote. Là encore, peu de résultats significatifs. « La dose optimale N est globalement la même quelque soit la méthode : urée surface, urée enfouie ou Cultan ». Concernant les effets sur le CAU (Coefficient apparent d'utilisation), là encore, pas de différence statistiquement significative n'a été mise en évidence. « Alors qu'on pourrait penser qu'en localisant l'azote, on aurait une meilleure valorisation ». Les observations les plus marquantes ont été faites sur l'enracinement de la plante qui a tendance à varier d'une méthode à l'autre. « Nous avons été surpris de constater qu'en mettant de l'azote un rang sur deux, nous obtenions les mêmes résultats ; les racines vont chercher l'azote », fait remarquer Jean-Louis Galais. Globalement, les techniciens de la Cara et d'Arvalis ont encore du mal à expliquer clairement le comportement des racines d'une méthode à l'autre. En 2012 par exemple, sur la parcelle d'essais d'Entzheim, les racines alimentées à l'urée allaient bien plus profondément que celles alimentées par la méthode Cultan. La même année à Munchhouse, on constate que l'enracinement est le même entre les deux méthodes. En 2013 en revanche, le phénomène s'inverse à Niederentzen et Entzheim avec des racines plus profondes en Cultan qu'en urée. « Mais attention néanmoins puisque, dans ces cas là, nous ne sommes pas sur une vraie méthode Cultan puisque nous avons utilisé de l'Alzon », relativise Jean-Louis Galais. Dans les conditions des essais, la méthode Cultan n'a pas apporté de meilleure efficience de l'azote. « D'où la nécessité d'aller plus loin par rapport aux formes d'azote et à l'optimisation de l'outil ».

Alors même si les résultats présentés nécessitent d'approfondir les expérimentations, Antoine Herth tient à saluer cette initiative qui est pour lui une « illustration de ce que devrait être l'agro-écologie en France demain ». « C'est quand même un pan entier de notre économie régionale qui est en jeu. Dans une logique de progrès, voter des lois ne suffit pas. Il faut trouver un compromis entre l'intérêt de la société, celui des agriculteurs et des filières économiques qui en dépendent. Et c'est un travail collectif dans lequel l'experimentation a un rôle essentiel à jouer », ajoute le député du Bas-Rhin.

Coop de France Alsace

Des évolutions à venir

Vigne

Publié le 25/11/2014

«Il y a un certain nombre de choses qui vont évoluer dans les prochains temps». Lors de l'assemblée générale de Coop de France Alsace, le 21 novembre à Beblenheim, son président Hervé Schwendenmann a donné la tonalité des mois à venir pour l'organisme coopérateur alsacien. Après une année 2014 marquée par un plan de communication d'envergure nationale - des spots sont d'ailleurs diffusés en ce moment à la télévision et à la radio - c'est le fonctionnement même des coopératives qui va subir quelques changements au cours des prochains mois avec l'application de deux lois votées cette année : la loi Économie sociale et solidaire, adoptée le 21 juillet, et la loi d'avenir pour l'agriculture, promulguée le 13 octobre. «Deux lois qui se résument en cinq axes», résume le directeur de Coop de France Alsace, Patrick Stehlin.

Renforcer les spécificités des coopératives

Elles ont tout d'abord comme mission de «renforcer les spécificités des coopératives». L'idée est de réaffirmer la spécificité coopérative en clarifiant juridiquement la relation entre le coopérateur et sa coopérative. «Il s'agit d'affirmer le caractère spécifique de cette relation qui se distingue de la vente et du fonctionnement des sociétés commerciales», précise Patrick Stehlin. Afin de mieux enseigner et faire connaître le modèle coopératif, ces nouveaux dispositifs législatifs intègrent un module de formation obligatoire sur la coopération agricole, et l'économie sociale et solidaire dans l'enseignement agricole. Le dernier point consiste à «mieux faire comprendre la particularité coopérative» en définissant la rémunération de l'associé coopérateur composée d'acomptes, de compléments de prix et de ristournes.

Renforcer les contrôles

Le deuxième axe de ces deux nouvelles lois est articulé autour du «renforcement» du contrôle des coopératives. Pour ce faire, un poste de médiateur de la coopération agricole a été créé. Ses missions sont multiples : litige portant sur la relation entre un associé coopérateur et sa coop, entre coop agricoles et entre une coop/union et union de coop agricoles ; saisine du médiateur par un associé coopérateur, une coop ou une union et le Haut Conseil lui-même ; prises d'initiative de nature à favoriser la résolution amiable des litiges entres les parties. Des conditions de recours sont possibles, mais il faut d'abord que toutes les voies de recours amiable et statutaires soient épuisées.

La procédure de médiation suspend, elle, le recours judicaire. Toujours dans cette optique de «renforcement du contrôle», les coopératives devront se soumettre à un contrôle coopératif (ou révision) tous les cinq ans si elles dépassent deux des trois critères suivants : deux millions d'euros (M€) de chiffre d'affaires, 1 M€ total bilan ou cinquante associés coopérateurs. «Il existe aussi de nouvelles possibilités de saisir la révision coopérative lorsqu'elle est demandée : par un dixième des associés coopérateurs ; par un tiers des administrateurs ; par le Haut Conseil de la coopération agricole ; par le ministre en charge de l'Économie sociale et solidaire ou tout ministre compétent à l'égard de la coopérative», détaille le directeur de Coop de France Alsace.

Être «plus transparent»

Le troisième axe impose aux coopératives d'être «plus transparentes» et de donner «plus d'informations». Il est par exemple obligatoire pour la coopérative de proposer une formation aux administrateurs lors de la première année de chaque mandat. Le président ou le directeur de la société sont aussi tenus de communiquer à chaque membre de l'organe chargé de l'administration de la société tous les documents et information nécessaires à l'exercice de sa mission. Une évolution assez notable quand on sait qu'auparavant, «les statuts prévoyaient une liste définie de documents à la disposition des administrateurs» indique Patrick Stehlin. Vis-à-vis des associés coopérateurs, la coopérative est désormais obligée de leur mettre à disposition un document relatif de l'engagement pris par ces derniers, conformément aux statuts : durée d'engagement, fraction du capital social souscrit, caractéristiques des produits à livrer, modalités de paiement et de détermination du prix. «Il s'agit d'un document non signé des parties, qui a vocation à être actualisé et transmis à l'associé coopérateur régulièrement. L'objectif est la bonne information».

Simplifier le fonctionnement

Le quatrième but de ces lois et d'apporter de la simplification au fonctionnement même de la coopérative (avec notamment la suppression de l'obligation de délibérer sur les résolutions sans objet), et d'adapter les statuts pour ceux qui «hésitent à tenter l'aventure coopérative». À ce titre, une période probatoire, qui ne peut excéder un an, est instaurée. Pendant cette période, les nouveaux associés coopérateurs ont les mêmes droits et obligations que les autres. «Le conseil d'administration ou l'associé coopérateur peut décider de ne pas continuer à la fin de période», complète Patrick Stehlin.

Les coopératives ont également la possibilité de radier des associés coopérateurs, en les supprimant de la base de données, si ceux-ci n'ont plus d'activité avec la coopérative depuis un certain temps. Enfin, un fonds d'investissement dans les coopératives est en cours de montage afin de financer les entreprises de l'économie sociale et solidaire. «Ce fonds sera spécialisé dans le financement en fonds propres pour favoriser la croissance et la transmission des coopératives», ajoute le directeur de Coop de France Alsace.

Visite de terrain du préfet du Haut-Rhin

Après les revendications, l'immersion

Vie professionnelle

Publié le 13/11/2014

La journée a démarré à dix heures par une visite guidée et commentée de l'abattoir de Cernay, avec le député-maire Michel Sordi. Un outil qui « progresse chaque année malgré les distorsions de concurrence avec l'Allemagne » lui a précisé le président de l'abattoir et président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. Faisant écho aux revendications émises deux jours plus tôt, il a rappelé que l'abattoir avait une « mission à remplir » auprès des collectivités et de la restauration hors foyer dans laquelle 80 % de la viande n'est pas « locale ». « Cet outil est une bouffée d'oxygène pour nos éleveurs. Mais beaucoup se sentent bafoués voyant que leurs efforts sont toujours insatisfaits. Je fais appel à vous car la situation devient explosive », a averti le président du canton des collines sous-vosgiennes à la FDSEA du Haut-Rhin, René Zimpfer, lui-même éleveur de porcs. Très attentif aux propos de ses interlocuteurs, Pacal Lelarge a reconnu qu'il fallait faire « évoluer » un certain nombre de choses dans la manière dont sont appliquées les normes tant décriées par la profession agricole. « Il faut d'abord préciser que les normes ont un rôle de régulation. Mais il est vrai que même pour nous, cela devient compliqué à gérer au bout d'un moment. A charge pour nous de trouver une nouvelle manière de procéder. Il faut que nous soyons plus pragmatiques sur le terrain en ayant un lieu de concertation avec la profession », a-t-il estimé.

« Nous voulons plus de conseils »

La délégation a ensuite pris le chemin de la ferme-auberge des Buissonnets, sur les hauteurs de Bourbach-le-Haut, pour le déjeuner et un petit topo sur l'association des fermes-auberges du Haut-Rhin présidée par Serge Sifferlen. Il a détaillé à Pascal Lelarge le rôle essentiel de ces structures pour l'attractivité et la pérennité du massif vosgien. « Tous les étés, ce sont 280 saisonniers qui travaillent dans 45 structures. Sans oublier l'entretien des chaumes assuré par les troupeaux. » Comme ses homologues, Serge Sifferlen souhaite que l'administration fasse quelque peu évoluer sa manière de procéder dans l'application des normes et des réglementations diverses : « On ne peut pas juste se faire taper sur les doigts. C'est davantage des conseils que nous attendons de la part des fonctionnaires. » Cette « visite de terrain » s'est poursuivie l'après-midi par la visite de l'exploitation de Claude Schoeffel, à Fellering, président de la commission Montagne à la Cara et la présentation des enjeux liés à l'agriculture de montagne par Emmanuel Molard et Yves Jauss. Là encore, le préfet a été sensibilisé sur la manière dont sont effectués les contrôles par l'administration. « Les contrôles que nous subissons sont axés sur le danger, alors qu'il serait plus judicieux de les réaliser sous un aspect "prise de conscience" ou "conseil". Un agriculteur a même fini par se suicider à cause d'une trop forte pression sur son exploitation », a indiqué Claude Schoeffel. Plutôt prudent sur ce sujet, Pascal Lelarge a néanmoins souligné la nécessité « de ne pas s'inscrire directement et systématiquement dans des contrôles purs et durs » lorsque quelque chose est nouveau.

« La priorité, c'est l'agriculture »

Montagne oblige, cette journée ne pouvait pas se terminer sans évoquer les problèmes inhérents à la chasse et aux dégâts de gibier, notamment ceux causés par les cerfs, très présents sur le massif. Sur ce sujet, le préfet s'est montré très catégorique et s'est dit prêt à « aller très loin » sur la question de la pression cynégétique. « Mais je ne peux pas être seul en première ligne. La profession doit être à mes côtés. » Il s'est également montré favorable à l'organisation de battues le cas échéant même si les responsables professionnels - le premier vice-président de la Cara, Laurent Wendlinger, en tête - souhaitent une « relocalisation » de la chasse : « Il faut privilégier le chasseur local qui n'a pas forcément les mêmes moyens financiers, mais qui peut en revanche exercer une pression bien plus constante. » Sans oublier l'interdiction de l'agrainage, déjà effective en Allemagne et dans les Vosges, toujours autorisée dans le département. « Il n'y a pas de raison que l'on n'y arrive pas non plus », a estimé pour sa part Serge Sifferlen. Désireux de faire avancer un dossier qui ne s'améliore pas vraiment avec les années, Pascal Lelarge a annoncé que des « mesures fortes » allaient être prises pour mettre fin à ce problème. « La priorité, c'est l'agriculture. Ensuite, c'est la forêt. La chasse vient après », a-t-il poursuivi.

Manifestation FDSEA-JA

Contraints, mais pas résignés

Vie professionnelle

Publié le 05/11/2014

Le volcan « agriculture » s'est réveillé. Pour le moment, son activité se résume à quelques fumerolles parsemées ici et là sur le territoire haut-rhinois. Vingt feux « symboliques » allumés mardi soir le long de l'autoroute A35 et de plusieurs départementales pour montrer à toutes et à tous le ras-le-bol du monde agricole (voir pages suivantes). « Les contraintes sont toujours aussi fortes malgré les discours de bonnes intentions. Il est désormais urgent de passer aux actes », lance le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. Pourtant, les problèmes ne datent pas d'hier. Cela fait de nombreuses années déjà que la profession monte au créneau pour dénoncer les « surcharges administratives », les « distorsions de concurrence » ou la « surenchère environnementale ». « Il y a bien eu des avancées comme l'exonération des charges sociales pour les travailleurs saisonniers. C'était une bouffée d'air frais et cela fonctionnait bien. Et pourtant, cela a été remis en cause », déplore Denis Nass.

Des veaux à dix euros

Parallèlement, les prix des céréales se sont écroulés au cours des deux dernières années. La tonne de maïs se négocie aujourd'hui entre 110 et 130 euros alors qu'elle s'affichait à environ 200 euros la tonne en 2012. Idem pour le blé qui est passé de 210-220 euros la tonne il y a deux ans à 140-145 euros la tonne aujourd'hui. « Qui accepterait de voir son revenu quasiment divisé par deux en aussi peu de temps ? » s'interroge un agriculteur d'Ostheim manifestement désabusé par la situation. Il est vrai que depuis l'embargo russe est passé par là, accentuant les difficultés pour l'ensemble des filières. « La pomme de terre d'Alsace est cotée à quatre centimes le kilo quand celle de la Marne n'est même plus cotée. C'est dramatique », commente le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. « Nous ne sommes plus compétitifs sur rien. Produire français est aujourd'hui plus cher que d'importer d'un autre pays européen. Si nous n'avons pas tous les mêmes règles, comment pouvons-nous nous en sortir ? », se demande le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann. Une situation particulièrement marquée dans l'élevage et l'abattage. Il y a un an encore, un veau alsacien se vendait aux alentours de 150 euros. Aujourd'hui, dix euros suffisent pour se procurer un veau de quinze jours. Une chute vertigineuse quand on sait que le prix de l'insémination est de cinquante euros. Sans compter les coûts d'abattage en Alsace qui sont quasiment deux fois plus élevés qu'en Allemagne, à seulement quelques dizaines de kilomètres de là. « C'est une concurrence totalement déloyale. Leurs abattoirs sont ouverts 24 heures sur 24, emploient de la main d'oeuvre étrangère payée moins cher que nous et disposent de cahiers de charge moins contraignants. Dans ces conditions, comment lutter ? Tout ce que nous voulons, c'est les même règles pour tout le monde » poursuit Pascal Wittmann.

« Il y a urgence à agir »

La viande française n'est tellement plus compétitive que la majorité du boeuf (environ 75 %) servi en restauration hors foyer en France est importée. « Aujourd'hui, tout le monde se sert la ceinture et va au plus économique. Sur un appel d'offres, on ne peut pas rivaliser. Pourtant, la restauration hors foyer représente un marché immense pour nos filières. Il suffirait de quelques décisions politiques simples pour changer la donne », complète Michel Busch. C'est d'ailleurs la deuxième revendication des huit points durs (voir encadré) revendiqués par la profession agricole : deux plats sur trois d'origine française dans la restauration hors foyer. « Dans les lieux collectifs, 80 % des produits sont étrangers. C'est un simple constat. Nous pouvons faire largement mieux, mais nous avons besoin de davantage de souplesse pour gagner en compétitivité » appuie Denis Nass. Le syndicat majoritaire des agriculteurs se défend néanmoins de vouloir faire du protectionnisme. « Ce n'est pas de la fermeture de frontières. Nous sommes pour l'Europe, mais avec les mêmes règles partout. Nous voulons de la cohérence et du bon sens. » Cela fait des années que la profession réclame des mesures allant dans ce sens. Sans pour autant avoir la sensation d'être véritablement écoutée. En tout cas, sans véritable impact sur la baisse continue du nombre d'agriculteurs dans le Haut-Rhin : 3 200 aujourd'hui contre 5 000 il y a cinq ans. « C'est bien pour cela qu'il y a urgence à agir. Sans quoi il n'y aura plus que 1 000 agriculteurs dans le département dans très peu de temps », s'inquiète encore Denis Nass.

Un avertissement

Certes, il y a une pyramide des âges qui vieillit, laissant sur le carreau de nombreuses exploitations sans repreneurs. Mais il y a aussi l'inquiétude, ou le scepticisme c'est selon, des jeunes vis-à-vis d'un métier qui fait de moins en moins envie. Alors que les JA du Haut-Rhin pouvaient s'enorgueillir du nombre d'installations annuelles ces dernières années, les premières estimations pour 2014 affichent un visage moins encourageant. « Entre 2010 et 2013, le nombre d'installations dans le département est passé de 25 à 50. Cette année, nous devrions en avoir 35. Pourtant la dynamique des JA reste la même, mais dans les campagnes, il n'y a plus la même envie de s'installer », regrette le président des JA du Haut-Rhin, Thomas Obrecht.  Moins envie de s'installer peut-être, mais une envie toujours farouche d'exister et de vivre tout simplement. C'est en tout cas ce qui est ressorti des discussions avec les agriculteurs rencontrés mardi soir. « Nous sommes, pour la grande majorité, passionnés par notre métier. Nous ne lâcherons pas comme ça. Nous montrons que nous pouvons nous mobiliser très vite dans nos campagnes. Nous montrons que nous sommes solidaires, que nous pouvons exprimer notre désarroi sans pour autant tout casser. Mais attention, tout ceci reste un avertissement. La colère est bien présente et certains agriculteurs sont désespérés. Des mesures doivent être prises rapidement avant que cela ne dérape », commente un agriculteur rencontré à Guémar. Le volcan gronde, gare à l'éruption.

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