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Nicolas Bernard

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FDSEA du Haut-Rhin - Section des anciens

« Les promesses doivent être tenues »

Vie professionnelle

Publié le 11/04/2016

Beaucoup de temps passé, beaucoup de papiers et quelques miettes récoltés. Pour les anciens exploitants agricoles, les années défilent et se ressemblent toujours un peu trop. Comme le souligne le président de la section des anciens de la FDSEA du Haut-Rhin, Jean-Paul Schneider, « nous sommes toujours confrontés au blocage de nos retraites ». Seulement dix centimes de plus en 2015 alors que, dans le même temps, les prélèvements sociaux continuent d'augmenter. Le montant de la CSG pour un couple de retraités s'élève aujourd'hui à 6,6 %, soit une perte de pouvoir d'achat de 59 euros tous les mois. « Et si on ajoute à cela le prix des assurances complémentaires qui reste trop élevé, ou le poids de la fiscalité locale, on ne peut que constater la détérioration de nos retraites », poursuit-il. Et ce n'est pas la prime forfaitaire de 40 euros versée en 2015 aux retraités modestes (moins de 1 200 euros bruts) qui peut contenter les anciens exploitants. Ces derniers réclament avant tout une vraie revalorisation du montant de leur retraite minimale, qui devrait enfin atteindre les 75 % du Smic en 2017. « Ce que nous voulons, à terme, c'est 85 % du Smic pour une carrière complète », rappelle Jean-Paul Schneider.

Se rapprocher du régime général

Une revendication qui s'additionne à d'autres : le rétablissement de la demi-part fiscale pour les veufs et les veuves, un relèvement de 2 000 euros du revenu fiscal de référence, une réflexion globale et « sérieuse » sur la mise en place d'une retraite de base universelle, la forfaitisation et la défiscalisation de la majoration de 10 % des pensions des retraités ayant au moins trois enfants, ou encore la mise en place d'un calcul de retraites basé sur les 25 meilleures années. « Aujourd'hui, notre retraite reste calculée sur l'intégralité de notre carrière, contrairement au régime général », poursuit-il. Concernant les retraites les plus faibles, il estime qu'elles doivent faire l'objet d'une solidarité nationale, et plus être prises en charge uniquement par les actifs agricoles. « Quoi de plus logique quand on sait que les agriculteurs paient leurs cotisations sociales à parité avec les assurés du régime général ? » Jean-Paul Schneider insiste : « Nous réclamons un régime proche du régime général. C'est d'autant plus urgent quand on sait que les exploitations vont de plus en plus être confrontées à des fluctuations de revenus importantes. Et si les retraites sont faibles, c'est parce que les revenus agricoles sont faibles, ne l'oublions pas. » Pourtant, les agriculteurs ne chôment pas sur leurs exploitations. Ici pas de 35 heures hebdomadaires qui tiennent. « C'est à se demander si le fait de travailler ne revient pas être condamné dans notre pays », déplore le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « On n'est pas des bandits quand on crée de la richesse. Alors respectons ceux qui prennent des risques, et qui prennent des initiatives. » Le responsable syndical des « actifs » agricoles porte aussi un regard sévère sur l'Europe actuelle, tournée vers l'ultralibéralisme et éloignée des valeurs véhiculées par ses fondateurs. « Vous, les anciens, vous avez créé une Europe de paix. Aujourd'hui, on crée des concurrences entre nous. On se rend compte que sans régulation, cela ne fonctionne pas. Il faut reconstruire une belle Europe, mais tous ensemble. La France ne pourra pas réguler si tous les autres continuent à produire sans limites. »

Chambre d'agriculture d'Alsace

Des points à éclaircir

Vie professionnelle

Publié le 11/04/2016

En attendant de connaître le visage de l'agriculture de demain, les élus de la CAA aimeraient déjà être entendus sur des questions bien plus actuelles. « Nos agriculteurs s'engagent de plus en plus. Mais de son côté, l'État tarde à respecter ses engagements alors qu'il devrait montrer l'exemple. À l’heure actuelle, il y a encore 48 dossiers d'aides au maintien de 2014 qui n'ont pas été soldés », dénonce Véronique Klein. Un retard de paiement observé également sur le paiement des aides liées à la protection du grand hamster d'Alsace. « Et tant qu'on ne sera payés, nous ne poursuivrons pas les discussions sur les MAEC », prévient-on dans l'assemblée. Sur ces points, le représentant du préfet, Jacques Garau, fait amende honorable. « Nous faisons le même constat que vous, et nous le regrettons. Nous avons fait un montage complexe sur les MAEC concernant le hamster. Du coup, cela demande un peu d'adaptation, et ce n'est pas évident. Le préfet et moi-même sommes investis pour faire reconnaître votre travail de terrain et sortir de ce contentieux. »

« Restons solidaires »

Si la grande région est actée pour l'ensemble des élus de la Chambre d'agriculture d'Alsace, elle n'en demeure pas moins la source de nombreuses interrogations. Paul-André Keller se demande par exemple comment la filière horticole alsacienne pourra continuer à exister dans de territoire, et par extension dans la Chambre d'agriculture régionale. « Nous savons que notre filière doit s'adapter aux nouvelles attentes du marché et du consommateur, et nous devons la structurer à l'échelle de la grande région. Mais avec quels moyens ? Notre petite filière est déboussolée aujourd'hui. » Sébastien Stoessel espère, lui, que le conseil régional continuera l'accompagnement des plans bâtiments, dont plusieurs sont en cours à l'heure actuelle. « Il faut tout mettre en œuvre afin que les gens puissent démarrer leur activité », explique-t-il. Si le contexte n'est pas des plus favorables à l'agriculture, Sébastien Stoessel se veut malgré tout confiant. « Je pense qu'il ne faut pas exagérer. Nous vivons dans une région qui dispose d'une certaine densité. Que les gens continuent de sortir de chez eux et restent solidaires. Et le plus important sera de revenir aux fondamentaux de notre métier : d'abord la technique et l'économique et ensuite la partie réglementaire. » Le « grand cafouillage des SNA », comme l'appelle Jean-Luc Andres, en est un bon exemple. « Des arbres fruitiers et des hautes tiges ne peuvent pas être considérés comme tels alors qu'ils participent au bien-être du cheptel. Ce sont des îlots de biodiversité que nous avons réussi à préserver jusqu’à maintenant. Ne peuvent-ils pas faire l'objet d'un retrait de ces fiches SNA ? » Il a par contre « pris acte » sur le projet d'arrêté interdisant l'épandage de produits phytopharmaceutiques sur les cultures de vignes et arboricoles, à proximité des établissements accueillant des enfants et des personnes vulnérables dans le Haut-Rhin. « Nous souhaitons ne pas être traités différemment dans notre département que dans les autres départements de la région », précise-t-il. De son côté, Jean-Marie Batot espère que la Région maintiendra sa contribution au fonds ADEV bois.

Représentant le Conseil régional, Pascale Gaillot a apporté quelques éclaircissements aux interrogations qui ont été formulées. Concernant les MAEC, elle assure qu'une vingtaine de dossiers allaient être étudiés lors de la commission permanente du 22 avril, puis une vingtaine d'autres lors de la commission permanente du 20 mai. « Nos services font tout leur possible pour les instruire au plus vite ». Concernant la modernisation des élevages, la Région compte relancer les appels à projets dès le 31 mars si la commission permanente du 29 mars donne son feu vert. « Concernant l'horticulture, nous vous encouragerons pour que tout soit porté à l'échelle de la nouvelle région », annonce Pascale Gaillot. « Plus globalement, il faut savoir que l'agriculture, la forêt et l'agroalimentaire sont à nouveau des secteurs qui comptent pour tous les élus du Conseil régional, ce qui était peut-être moins le cas auparavant dans les anciennes régions. Des évidences nous sautent aux yeux quand on voit les complémentarités qui existent au sein de nos territoires. Notre idée est d'accompagner toutes les filières, et que les produits de toute la région soient sur toutes les tables. »

10e Trophée des fruits et légumes d'Alsace

L'innovation au bout de la langue

Cultures

Publié le 01/04/2016

Un zeste de créativité dans un lieu « chargé d'histoire ». Samedi, le Trophée des Fruits et Légumes d'Alsace fêtera sa dixième édition au cœur du marché couvert de Colmar. « À l’époque, c'est ici que les maraîchers de la ville et des alentours acheminaient leurs produits pour les vendre », explique Yannick Wir, animateur au sein de l'Interprofession des Fruits et Légumes d'Alsace (Ifla). Converti en parking pendant plusieurs décennies, le marché couvert de Colmar, bâti en 1865, a été restauré en 2010 en redevenant un lieu incontournable du commerce de proximité. Samedi, il mettra en avant, pour la première fois, la créativité et l'innovation des étudiants de licence de la faculté de marketing et d'agroscience de Colmar qui, depuis le début de l'année scolaire, sont mobilisés autour de ce trophée. « Dès le mois de septembre, nous avons organisé un séminaire de deux jours permettant aux étudiants d'imaginer le produit qu'il allait devoir créer pour le trophée », souligne Sibylle Farine, la responsable de la licence Agronomie à l'Université de Haute-Alsace (UHA). Au total, ce sont 80 étudiants, répartis en huit équipes, qui vont « s'affronter » lors de cette dixième édition.

« Valoriser » la consommation des fruits et légumes

Une créativité qui comporte néanmoins quelques limites au vu du cahier des charges à respecter. Le produit présenté lors du trophée doit en effet : contenir des fruits et légumes issus d'exploitations alsaciennes, se caractériser par ses qualités organoléptiques ou nutritionnelles, être destiné à la consommation humaine, avoir une vocation grand public, pouvoir être mis sur le marché, être innovant dans l'un ou dans plusieurs de ses éléments (concept, technologie, formulation, emballage, packaging…), être conforme aux réglementations en vigueur, être pertinent commercialement, faire preuve d'une cohérence globale, et être original. Sur ce dernier point, on ne peut pas dire que les étudiants de l'UHA manquent d'idées comme le rappelle Yannick Wir. « Les premiers vainqueurs avaient créé des nems à la choucroute, une manière bien différente de consommer un produit emblématique en Alsace. Cela montre aussi que la production a besoin de la transformation pour vendre tous ses produits. Et cela passe forcément par l'innovation. » Une manière comme une autre de « valoriser » la consommation des fruits et légumes estime de son côté Sibylle Farine. Qu'ils soient d'Alsace bien évidemment mais aussi d'ailleurs. « Cette année, nous avons ouvert un peu plus la porte de la créativité. Nous avons des étudiants étrangers qui ont amené leur culture, mais aussi les produits qui vont avec », poursuit-elle. Dans les huit produits présentés samedi, on retrouvera ainsi du citron vert au côté de fruits rouges et de quetsches, des bonbons aromatisés à la quetsche/mirabelle, au kiwi ou au citron, ou une infusion qui reprend les saveurs de l'amer bière, mais sans alcool. Des accords, pour certains détonants, qui devront séduire les quatre groupes de jurés présents samedi : celui des professionnels composé de représentants de l'industrie agroalimentaire, de la distribution, de l'agriculture, de l'Éducation nationale et de partenaires de l'opération : celui composé uniquement de membres de l'Ifla ; celui des anciens étudiants de l'UHA ; et celui, bien plus vaste, composé du public. Marché couvert oblige, ce dernier devrait être bien plus présent qu'au cours des dernières éditions qui avaient lieu au Cref de Colmar. « Tout le monde pourra goûter les créations des étudiants. Par contre, il est indispensable que chacun laisse un vote… », ajoute le directeur de la faculté de marketing et d'agrosciences, Laurent Grimal.

FDSEA du Haut-Rhin

Construire l'agriculture « ensemble »

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2016

Derrière la « merde », le soleil. Dans son style bien à lui, le président du canton du Jura de la FDSEA du Haut-Rhin, Sébastien Stoessel, a donné le ton de la dernière assemblée générale du syndicat majoritaire, le jeudi 10 mars au Cref de Colmar. « Si nous sommes embourbés, nous devons lever le pied et nous donner la main pour y voir plus clair. La force de notre métier, c'est la solidarité. Restons positifs et gardons espoir », appelle-t-il de ses vœux. Pour que le soleil puisse revenir de manière durable sur l'agriculture, des « changements » devront être opérés estiment de concert les responsables syndicaux. Comme le souligne le secrétaire général de la FDSEA 68, Pascal Wittmann, le contentieux sera désormais « systématique » à chaque fois que les fondamentaux du droit ne seront pas respectés. Il cite comme exemple le SRCE (Schéma Régional de Cohérence Écologique) que le syndicat a déféré récemment devant le Tribunal administratif. « Comment peut-on accepter que notre terre nourricière soit accaparée par des loustics d'un autre temps pour mettre nos activités sous cloche ? Pour nous, la réponse est sans équivoque. » Il faudra encore attendre un peu pour connaître la position du tribunal sur la question puisque le verdict doit être délivré le 23 mars prochain.

La RHD : un « symbole »

Ne plus plier, ne plus reculer, faire l'écho du « bon sens » paysan. Pour la FDSEA du Haut-Rhin, les attitudes à adopter sont limpides. Dans la restauration hors domicile (RHD), il est inconcevable pour le président Denis Nass de « plier » face aux règles « injustes » d'un commerce « sans règle ». « Ce dossier est un symbole ! Ne nous cachons pas derrière une pénurie de certains produits de circuits courts, de bio, et j'en passe. La Ferme France est complémentaire et interdépendante, alors quand on parle de produits agricoles tracés, on parle des produits de nos régions. Et arrêtons de nous cacher derrière les problèmes de restrictions budgétaires. Le dossier du Grand Hamster permettrait à lui seul d'abonder les lignes de crédits nécessaires, et surtout exit l'argumentaire inhérent à la sacro-sainte bible des marchés publics. Si vous ne savez pas rédiger les cahiers de charges, changez alors le personnel », appelle Denis Nass. Ce dernier se dit « estomaqué » devant la quantité de nourriture qui est jetée dans les cantines. Il considère qu'avec « un peu de goût, de savoir-faire, de volonté, et pas de sous-traitance », les menus pour les enfants seraient à la hauteur de leurs besoins énergétiques. « Franchement, qui peut réfléchir et travailler avec le ventre vide ? N'est-ce pas aussi ça la lutte contre l'échec scolaire ? », s'interroge-t-il. Le potentiel économique de la RHD pour l'agriculture française est en effet conséquent quand on sait que sur les milliards de repas servis par an dans toutes les cantines (scolaires, administratives ou d'entreprises), seule 28 % de la viande est d'origine française. Une situation qui doit « changer » pour Denis Nass qui a profité de cette assemblée générale pour prévenir les élus d'une prochaine visite dans les cantines et restaurants collectifs au sujet de l'approvisionnement de leurs matières premières.

Une « ligne rouge » à ne pas franchir

En attendant cette immersion de terrain, les élus et les représentants de l'Administration présents à cette AG ont pu mesurer à quel point l'exaspération des syndicalistes pouvait être forte. Pour eux, les restitutions des SNA (surfaces non agricoles) qu'il faut désormais traiter dans les dossiers Pac sont le « dernier affront du monde moderne ». « Ce sigle est-il prémonitoire pour demain ? SNA : Sans Nouveaux Agriculteurs ? », s'insurge Pascal Wittmann. « On marche sur la tête. Comment les agents de la DDT peuvent-ils garder leur sang-froid face à cette nième modification ? Ce qui dépasse, ce qui demain sera peut-être protégé, voire ce que nous pourrions aujourd'hui implanter, disparaîtra de nos paysages. Continuez à vouloir sanctuariser nos territoires, et les territoires mourront ! », avertit-il. « Tout ce que nous voulons, c'est pouvoir entretenir nos territoires et permettre à nos activités de continuer à exister », ajoute Denis Nass avant d'opérer une mise en garde au sujet du plan Ecophyto 2. « Ce dossier est la ligne rouge qui ne devra pas être franchie. Dans tous les pays européens, l'usage d'une molécule est appréhendé par une mesure de risque en fonction d'éléments scientifiques bien établis. Pendant ce temps, notre ministre a décidé que l'usage des produits doit être diminué par deux dans les cinq ans qui viennent. Qui s'y intéresse vraiment comprendra que notre réaction n'est pas de refuser les débats liés à la santé et à l'environnement, mais tout simplement de parler d'agronomie, l'essence même de notre métier. Qui peut oser croire que nous utilisons de façon rectiligne chaque année des produits ? », fait remarquer le président de la FDSEA du Haut-Rhin.

« Veut-on détruire notre agriculture ? »

L'administration française n'est pas la seule à avoir été mise à l'index lors de cette assemblée générale. Les effets pervers de la politique agricole telle qu'elle est menée au niveau de l'Europe n'a pas manqué de faire grincer quelques dents. Le responsable de la section Lait, Michel Rohrbach, se demande ainsi où sont passés les préceptes fondateurs du Traité de Rome de 1957, qui ont donné naissance à une politique agricole commune « équitable, un pacte entre producteurs et consommateurs » offrant de la nourriture à toute la population et un revenu pour le monde agricole, identique à celui des autres catégories socioprofessionnelles. Mais entre-temps, des réformes de la Pac sont passées par là, amenant avec elles des réformes libérales qui, en 2015, ont continué de fragiliser la filière laitière. « Avec un litre de lait à trente centimes et un kilo de viande porcine à 1,15 euro, nous sommes revenus aux prix des années 1980. Cherchez l'erreur ! », dénonce Michel Rohrbach. « Faut-il alors attendre de la part de ceux qui ont bâti l'Europe qu'ils détruisent aujourd'hui l'agriculture ? Je me pose la question. » Denis Nass estime qu'il y a « urgence » pour redonner du corps à la construction européenne et, par la même occasion, de « l'espérance » aux agriculteurs et aux consommateurs. « Nos métiers et nos produits ne sont pas de simples cases que l'on échange sur l'échiquier de la mondialisation. L'agriculture, c'est du vivant, du climat, de l'environnement, des territoires, des terroirs et du social. Un tout qui suppose quelques leviers lorsque la crise conjoncturelle et structurelle peut anéantir une construction de plus de cinquante ans », rappelle-t-il. Ce dernier déplore les effets de la suppression des quotas laitiers et de tous les outils de régulation qui empêchent les prix de revenir à des niveaux rémunérateurs. « Serait-il si stupide de fermer un peu le robinet ? Peut-on accepter que les directeurs financiers de nos groupes laitiers laissent sous-entendre que 285 € les mille litres serait un bon prix pour 2016, alors que nos coûts sont à 340 € ? Avec des chiffres pareils, l'histoire laitière n'existera bientôt plus que dans les livres. » Malgré cette perspective funeste, la FDSEA du Haut-Rhin entend bien ne rien lâcher sur ces problématiques de prix. Pour Denis Nass, l'interdiction de vente à perte devrait ainsi être étendue aux produits agricoles qui sont les « plus indispensables » à l'humain.

Une équation « compliquée » pour les céréaliers

Chez les céréaliers, ce refrain du prix insuffisant résonne de plus en plus comme un mauvais disque rayé. Les comptes sont ainsi « impossibles à équilibrer » annonce sans détour le nouveau président de l'Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht. Et ce, malgré les statistiques publiées en octobre 2015 laissant sous-entendre des revenus en hausse pour les céréaliers. « Une stratégie basée sur une espérance de rendement avec une valorisation des prix sur la période juin juillet. Or, à cette date, la culture se développe et peu d'entreprises ont valorisé leurs récoltes futures », tient-il à préciser. Il cite au passage la « théorie » du ministère qui se basait sur de bons rendements partout et un prix net producteur de plus de 170 €. « Dans la réalité, nos rendements ont fait le grand écart avec des prix d'à peine 140 €, soit un revenu prévisionnel proche de zéro. » Si ces résultats perdurent, la céréaliculture alsacienne, dans sa structuration actuelle, risque de se voir profondément chamboulée, modifiant avec elle l'apparence des territoires. « Alors on fait quoi ? Si on continue avec ces prix, c'est la faillite annoncée. On fait plus de blé et de soja ? Oui mais pour vendre où, et avec quelles qualités protéiques ? On fait du bio ? Comment fait-on sans eau ? », ajoute Thomas Obrecht. Une équation « compliquée » à résoudre à laquelle une réponse collective devra être apportée. « Ensemble, nous devons réfléchir à des modèles d'exploitations capables d'absorber de tels chocs, faute de quoi, l'économie agricole et agroalimentaire se fera ailleurs », prévient-il.

Une « ligne droite » à construire

Devant tous ces soubresauts, l'unité et la mobilisation syndicale sont plus que jamais à l'ordre du jour pour les responsables de la FDSEA du Haut-Rhin. Denis Nass considère ainsi qu'il est temps de « se réapproprier les fondamentaux » de la vie syndicale, à savoir l'écoute, l'accompagnement et la fédération. « Au sein de chaque village, nous devons nous rassembler pour maintenir une agriculture dynamique et économiquement viable. Nous devons réapprendre à parler de nos métiers avec enthousiasme. Produire de l'alimentaire n'est pas qu'une simple case que l'on remplit au gré des vents, mais un projet économique et identitaire » Derrière cet appel à l'unité, la FDSEA entend être force de propositions, et « visionnaire », pour construire l'agriculture de demain. « Nous ne devons pas attendre que des politiques, quel que soit leur parti, nous dictent des orientations sans en appréhender, avec lucidité, les conséquences pour les exploitants et pour la Ferme France. Tout change, tout est mutation, challenge et remise en cause. Et l'anticipation est difficile. Nous devons, avec fermeté et sérieux, construire une ligne droite, une stratégie politique pour responsabiliser les décideurs. Plus que jamais, nous devons être capables d'une telle synergie pour éviter d'opposer les agriculteurs entre eux. Nous devons être le maillon incontournable, un réel partenaire entre l'amont et l'aval », complète Denis Nass.

Association des producteurs d’asperges d’Alsace

Rajeunir la clientèle

Cultures

Publié le 26/02/2016

L’asperge, un légume de « vieux » ? À en croire des études approfondies sur le sujet menées en Allemagne, les moins de quarante ans ne consommeraient que très peu - voire pas du tout - ce légume printanier. En Alsace, le constat n’est guère meilleur. « Il y a tout un travail d’éducation et de communication à faire auprès des jeunes générations », observe l’animateur de l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace, Philippe Sigrist. Reste à moderniser l’image d’un produit qui souffrirait d’une image « trop traditionnelle » auprès des jeunes. Il y a d’abord eu la mise en ligne d’un nouveau site internet au début de la saison 2015. Au 1er janvier 2016, plus de 6 100 personnes s’y étaient connectées. Un trafic modéré mais néanmoins encourageant observe Dominique Krafft, le responsable de l’agence de communication qui a conçu le portail. « Ce sont autant de personnes qui sont entrées en contact avec la marque « asperge d’Alsace ». C’est un bon début. Il faut maintenant aller plus loin en sortant l’asperge de son image traditionnelle pour la présenter comme un produit d’excellence ». L’idée étant de conquérir de nouveaux clients à travers une communication de marque. Pour y arriver, l’Association des producteurs d’asperges d’Alsace dispose de trois outils : son site internet bien sûr, la newsletter envoyée à près de 6 000 personnes (avec un taux d’ouverture de 60 % contre 4 à 5 % habituellement), et enfin un livre de recettes autour de l’asperge blanche d’Alsace et ses bénéfices pour la santé. « Toutes les recettes devront tourner autour de ce concept de plus en plus en vogue. Des études ont en effet démontré que l’asperge aidait à réduire les accumulations de graisse au niveau de la taille. Elle est considérée comme l’un des meilleurs aliments minceurs. Ce genre d’arguments peut faire mouche auprès des consommateurs », analyse Dominique Krafft. Afin de toucher un plus large - et jeune - public, ce livre devra présenter des recettes « faciles » illustrées par des pictogrammes. « On a souvent moins de temps aujourd’hui pour faire à manger, alors on va à l’essentiel. Avec ce livre, on pourrait distiller des conseils simples de préparation et de cuisson », poursuit-il. Un peu à l’image de ce que l’on peut trouver sur la multitude de blogs culinaires que l’on trouve sur la Toile qui ont comme caractéristique d’avoir une « grosse influence » sur les jeunes générations de cuisiniers. « C’est pour cela que nous devons avoir le maximum de choses à dire afin que l’on parle le maximum de nos produits », indique le communiquant. Et quoi de mieux que la vidéo, en 2016, pour diffuser un message ? « Il faut savoir que le premier moteur de recherche aujourd’hui, c’est Youtube et non pas Google. L’asperge d’Alsace doit aussi y figurer. C’est pour cette raison qu’une vidéo va être créée pour être mise en ligne au début de la saison. Nous devons être séduisants tout en étant un peu plus fun ».

 

 

Gaec de Wittelsheim

Dynamique et tourné vers l'avenir

Élevage

Publié le 03/06/2015

Une exploitation qui casse les idées reçues. Créé en 1977 avec le regroupement des familles Rohrbach et Haegelen, le Gaec de Wittelsheim aurait, de prime abord, de quoi attiser le scepticisme et l'opposition de l'opinion publique. Près de 480 ha de surface, entre prairies et céréales, un cheptel de 360 animaux dont 200 vaches laitières, des bâtiments à la taille imposante qui donnent la sensation pour le non initié d'une « usine » laitière, loin de l'image d'Épinal de la petite exploitation familiale, avec une traite que l'on ferait encore à la main. Oui mais… Derrière les apparences, il y a la réalité. Celle que Michel Rohrbach et toute sa famille tâchent, du mieux qu'ils le peuvent, de montrer et d'expliquer à un public loin d'être toujours acquis à la cause des agriculteurs. « Alors forcément, quand on a demandé le permis de construire pour notre nouveau bâtiment d'élevage, tout le monde était contre ; 3 000 m2, ça faisait peur. Au final, on a dû attendre trois ans avant de l'obtenir », se désole-t-il. Le temps de convaincre, d'expliquer et aussi de rassurer des responsables politiques un peu frileux sur le sujet. L'opinion est, il est vrai, globalement assez tranchée sur la question : soit l'exploitation reste de taille « familiale » avec sa trentaine de vaches, soit l'exploitation est une « usine » à lait avec parfois plusieurs dizaines de milliers de vaches au même endroit comme on peut en trouver en Amérique du Nord. En France, il suffit de voir le débat enflammé qui oppose les partisans et les opposants à la Ferme des 1 000 vaches dans la Somme.

« L'animal occupe une place centrale »

Il existe pourtant des voies alternatives pour l'élevage, à l'image de l'agriculture dans son ensemble qui ne se résume pas uniquement au bio contre le « conventionnel » comme on peut souvent le lire dans les grands médias. Au milieu, il y a cette agriculture dite « raisonnée » qui tâche de combiner, au mieux, protection de l'environnement, agronomie, bien-être humain, productivité sans pour autant faire l'impasse sur des traitements chimiques quand cela est nécessaire. Une « troisième voie » encore trop méconnue du grand public, comme celle de l'élevage qui se sert de la technologie comme levier pour assurer le bien-être de ses animaux… et de ses agriculteurs. « C'est ça qui est terrible. Quand tu parles de technologie dans l'agriculture, ça fait peur. On imagine tout de suite quelque chose de déshumanisé, une sorte de bête immonde qui ne soucie guère du confort du troupeau, à seule vocation de produire toujours plus. Mais nous aussi éleveurs, nous avons le droit d'accéder à ces innovations, nous aussi nous avons le droit de rendre notre travail plus agréable. Et sans jamais sacrifier le bien-être de nos animaux, bien au contraire », explique Michel Rohrbach. Il suffit de jeter un œil à ce bâtiment d'élevage si controversé au départ pour en avoir le cœur net. Aéré, très lumineux, offrant une vraie liberté de déambulation à ses hôtesses avec, en prime, un accès direct à des centaines d'hectares de prairies situées autour de l'exploitation. « Oui, notre exploitation, comme beaucoup d'autres évolue et doit évoluer au vu des nouvelles normes et contraintes qui apparaissent chaque jour. Mais c'est une évolution responsable, humaine et pragmatique, où l'animal occupe une place centrale », poursuit le cogérant du Gaec de Wittelsheim.

L'humain avant tout

De la suspicion à l'adhésion, il n'y a au final qu'un pas à en juger par l'engouement du public lors des portes ouvertes organisées lors du dernier week-end de mai au sein du Gaec de Wittelsheim. D'abord chez les politiques le vendredi lors de l'inauguration officielle des nouvelles installations, puis le samedi avec les professionnels et enfin le dimanche avec le grand public. Le soir, la traite sur le nouveau roto a ainsi suscité un engouement assez inattendu. « Plus de cent personnes étaient regroupées autour de la salle de traite pour regarder comment on travaillait. Elles ont pu constater que les vaches étaient bien, détendues et sans stress. Ça a beaucoup plu », se satisfait-il. Pourtant, le roto de traite utilisé est le même que celui de la Ferme des 1 000 vaches, à la différence près qu'il ne peut contenir « que » 36 vaches à la fois contre 50 pour l'exploitation située dans la Somme. « Plusieurs choses nous plaisent dans cette machine. Les animaux entrent en avant et sortent en marche arrière. Pendant la traite, les vaches se voient. Ça leur plaît et leur donne envie d'y aller. Et pour les agriculteurs, le confort de travail est optimal. Tant par la position de travail que par l'automatisation de certaines tâches comme le trempage automatique des trayons après la traite. Avant, c'était à la main et il fallait courir. Maintenant, les choses sont plus simples. On traite 166 vaches à l'heure avec seulement deux personnes contre 80 et 100 vaches par heure auparavant. » Globalement, tout ce qui a pu être automatisé dans ce nouveau bâtiment d'élevage l'a été, confie Michel Rohrbach. Il se veut néanmoins lucide sur l'apport de la technologie dans un élevage laitier. « Si on peut se simplifier la vie, faisons-le. Mais pour la traite, on voulait conserver l'aspect humain. Nous ne voulons pas non plus devenir les esclaves des robots. »

Savoir se remettre en cause

Rester maître de son environnement pour maîtriser son destin… et de son énergie. La Gaec de Wittelsheim est en effet devenue la première centrale solaire en autoconsommation d'Alsace. « Le principe me plaît bien : une centrale de 14 kWc, cela reste un investissement raisonnable, et nous en restons propriétaires. De plus, notre consommation est très régulière tout au long de la journée, avec un pic durant la traite. Ceci fait que nous utiliserons une grande partie de notre production, le reste étant injecté gratuitement dans le réseau. » Par ailleurs, le retour sur investissement, estimé à dix ans au départ, sera plus rapide si le tarif de l'électricité augmente. « C'était une réelle volonté de notre part d'aller vers l'autoconsommation : diminuer notre facture énergétique et notre impact sur l'environnement pour, au final, dégager de la trésorerie d'ici quelques années. Espérons maintenant que d'autres projets de ce type voient le jour. Cela entretient la dynamique et montre qu'on sait aussi se remettre en cause, et loin des idées reçues », conclut Michel Rohrbach.

Ferme de la Judenmatt

De l'ombre pour les poules

Élevage

Publié le 01/06/2015

Les volailles ont aussi droit au bien-être. Sans batterie, en plein air et si possible à l'ombre d'un noyer ou d'un pommier. À la ferme de Judenmatt à Rouffach, les gallinacés ont désormais tout le loisir de déambuler librement entre arbres et bosquets à la recherche d'un abri alternatif, ou simplement pour picorer le sol en quête d'éventuels insectes. Une nouvelle disposition du parcours des volailles qui concrétise le projet Casdar (Compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural) Parcours Volaille lancé en 2014 par le lycée agricole de Rouffach. Pendant quatre demi-journées, des élèves de seconde générale, de première professionnelle, de seconde et de première technologique ont planté pas moins de 300 arbres sous l'œil avisé de leur professeur Jean-Marc Thierry. Une belle occasion pour ces futurs bacheliers de mettre la main dans le cambouis tout en glanant quelques points supplémentaires pour leur diplôme. « La "pratique professionnelle" est une option que nous proposons tous les ans aux élèves désireux d'obtenir des points en plus pour le Bac. Cette année, c'est la plantation qui a pour la première fois été retenue », indique l'enseignant. L'aménagement du parcours a nécessité une bonne dose de réflexion avant de donner les premiers coups de pelle. Il a fallu déplacer le poulailler (un deuxième reste à construire), étudier l'ensoleillement et le sens du vent, ou encore choisir judicieusement les essences d'arbres à planter. Une tâche loin d'être anodine qui a été menée en collaboration Haies Vives d'Alsace, une association née en 2003 qui milite en faveur de la plantation d'arbres champêtres, que ce soit en remplacement de thuyas dans des haies, ou dans des parcelles agricoles dans le but de développer l'agroforesterie. « Car l'arbre a de nombreux atouts, estime le président de l'association, Jacques Detemple. Il contribue tantôt au bien-être animal, tantôt à la qualité des sols en apportant de l'humus, tantôt à la qualité de l'eau en filtrant les nitrates. L'autre avantage d'un parcours aménagé est qu'il incite à s'éloigner du bâtiment, évitant ainsi aux fientes de s'accumuler au même endroit. Outre l'aspect sanitaire, cela contribue à améliorer l'image de l'exploitation. »

L'arbre au plus profond des gênes

Au total, ce sont trois modalités de plantation qui ont été installées, chacune étant indépendante par rapport aux deux autres et réservée à un groupe de volailles. « Celles-ci sont regroupées en fonction de leur âge », précise le directeur de la ferme de la Judenmatt, Luc-Olivier Waldmeyer. Le premier parcours est constitué d'arbres fruitiers qui ont comme vocation d'apporter de l'ombre et, dans un second temps, apporter quelques fruits supplémentaires à la gamme de vente directe pratiquée au sein de l'exploitation. La deuxième modalité est constituée de micro-bosquets issus d'essences forestières. Ceux-ci doivent apporter une concentration d'ombre plus important. Enfin, la troisième modalité est quasiment identique à la première à la différence près qu'elle uniquement constituée de noyers. « Cet arbre est réputé pour avoir une synergie avec les volailles. D'un côté, elles apportent de la fertilisation à l'arbre, et de l'autre, elles constituent des auxiliaires intéressants contre la mouche de la noix », développe Jacques Detemple. Reste maintenant à attendre quelques années - le temps que tous ces arbres poussent - pour mesurer les effets sur les volailles. « On pourra ainsi voir ce qu'elles préfèrent », ajoute Luc-Olivier Waldmeyer. Quelle que soit la modalité qui ressort du lot, les poules et autres pintades ne devraient pas avoir de mal à s'habituer à ce nouvel environnement. L'arbre est inscrit dans leurs gènes. « Les poules domestiques sont les descendantes de la poule de jungle. Comme son nom l'indique, celle-ci vivait dans la forêt pour se mettre à l'abri des rapaces. Aujourd'hui, les poules ont encore ce vieux réflexe. Même un simple héron suffit à les apeurer », complète Jacques Detemple. De vraies poules mouillées.

Visite d'essais d'engrais verts

Choisir le bon mélange

Cultures

Publié le 27/04/2015

En agriculture biologique, la culture d'engrais verts a pour objectif de protéger ou d'améliorer la structure du sol, de stimuler l’activité biologique, de maîtriser les adventices et d'éventuellement apporter une protection phytosanitaire. Ces couverts végétaux, que l'on place en interculture d'automne-hiver, sont composés d'espèces qui sont plus ou moins efficaces en fonction du climat, de la nature du sol ou des besoins en minéraux. Afin d'avoir une idée de ce qui « fonctionne » en Alsace, la Chambre d'agriculture et Planète Légumes ont lancé à l'automne dernier des expérimentations aux Jardins du Pflixbourg, l'exploitation de maraîchage biologique du lycée horticole de Wintzenheim. « Notre réflexion s'est inspirée de la bibliographie existante qui concerne principalement des essais effectués dans l'ouest et le nord de la France. On a donc voulu aller plus loin en établissant des références propres à nos conditions pédoclimatiques », explique le responsable du pôle maraîchage du lycée, Guillaume Delaunay.

Les semis de ces couverts hivernaux ont démarré le 30 septembre 2014 pour les plus précoces pour se terminer le 4 novembre pour les plus tardifs. Au total, 82 % de la surface maraîchère du lycée a été recouverte d'engrais verts. Les 18 % restant étant déjà occupés par des cultures hivernales comme le poireau ou le chou de Bruxelles. Cinq mélanges « maison » ont été utilisés : le Landsberg2 composé de trèfle incarnat, de vesce d'hiver et de seigle ; le Biomax composé de féverole, de trèfle incarnat, de sainfoin, de vesce et de seigle ; le Struktur composé de féverole et de seigle ; le StrukturM composé de féverole, de seigle et de moutarde blanche ; le Struktur Gel composé de radis oléifère, de phacélie et d'avoine de printemps. Le sixième mélange utilisé est le Marévert, le seul issu du commerce, qui n'a d'ailleurs pas donné de très bons résultats. Tous ces mélanges ont été semés à la volée sur un sol sablo-limoneux, caillouteux et peu profond typique de la vallée de Munster. Le sol a, au préalable, été préparé par un aller-retour de covercrop et le passage d'un déchaumeur. L'incorporation des graines et le rappuyage ont été effectués par le passage d'un vibroculteur. Pour évaluer la biomasse produite par ces engrais verts, la méthode M.E.R.C.I (Méthode d’Estimation & des Restitutions par les Cultures Intermédiaires) a été utilisée. Celle-ci permet, à partir d’un prélèvement aux champs de matière verte, d'estimer la matière sèche produite à l’hectare (tonnes par hectare), de calculer l’azote piégé (ou stocké) par le couvert (repousses, cultures intermédiaires) et de définir les niveaux de restitution en azote à la culture suivante (kg/ha). « C'est ce point qui nous intéresse le plus avec l'effet structurant de l'engrais vert », note Guillaume Delaunay.

De la biomasse, mais pas trop

Parmi les mélanges testés, le Landsberg2 (trèfle incarnat, vesce d'hiver, seigle) est celui qui a montré le meilleur potentiel. Celui-ci a été semé tôt (le 30 septembre) après des pommes de terre et avant du céleri-rave. « C'est un peu la Rolls Royce de ce qu'on a pu expérimenter », poursuit-il. Au 9 avril, le taux de matière sèche était de 3,2 t/ha quand, dans le même temps, le taux de matière sèche du Biomax (féverole, trèfle incarnat, sainfoin, vesce, seigle) plafonnait à 2,7 t/ha. « Nous avons refait une mesure le 20 avril, et nous avons obtenu six tonnes à l'hectare de matière sèche pour le Landsberg2. » Ce mélange affiche aussi un taux d'azote piégé de 100 kg/ha, une restitution d'azote de 44 kg/ha, une restitution de phosphore de 18 kg/ha et une restitution de potassium à la culture suivante de 114 kg/ha. Des résultats à prendre « avec des pincettes » comme le fait remarquer Guillaume Delaunay. « Ce n'est qu'une première expérimentation. D'autres essais seront effectués pour confirmer ou non ces chiffres. » On remarque néanmoins que ces très bons résultats pour le mélange Lansdberg2 peuvent être mis en corrélation avec la forte densité des semis. « Nous avons utilisé 200 % de la dose par rapport à ce qui se fait habituellement, ceci explique peut-être les choses », analyse Guillaume Delaunay. De la biomasse oui, mais en quantité mesurée, tient à rappeler le conseiller en agronomie de la Cara, Christophe Barbot. « Il ne faut pas non plus saturer le sol », explique-t-il avant de rappeler la nécessité de détruire le couvert au bon moment, si possible avant la floraison. « Plus un couvert est âgé, plus il apporte du carbone. S'il y en a trop, l'azote est prélevé dans le sol pour permettre la décomposition du carbone, ce qui ne laisse au final qu'une faible quantité d'azote minéral pour la culture suivante. »

Cercle des experts du CFPPA de Rouffach

Des arbres et des champs

Cultures

Publié le 08/04/2015

Comme le souligne Guillaume Delaunay, responsable du pôle maraîchage bio au lycée agricole de Rouffach, l'agroforesterie bénéficie d'un regain d'intérêt croissant de la part de nombreux producteurs. « En maraîchage notamment, beaucoup cherchent à optimiser la productivité de leur terrain agricole. Il est vrai que l'on parle du secteur des fruits et légumes comme d'une unité. Dans ce cas, pourquoi ne pas les produire ensemble ? » Une question pertinente sur laquelle Daniele Ori, technicien-formateur à la société coopérative et participative spécialisée en agroforesterie Agroof, a apporté un certain nombre de réponses basées sur des recherches récentes faites par l'Inra et des agriculteurs volontaires.

Une pratique ancrée dans la durabilité

Dans un premier temps, il est important de rappeler que le concept d'agroforesterie est loin d'être récent. « Les pratiques les plus modernes s'inspirent de ce qui se faisait il y a des siècles, voire des millénaires en termes d'agriculture. L'agroforesterie est juste un néologisme créé dans les années 1970 », explique Daniele Ori. Concrètement, l'agroforesterie désigne l’association d’arbres et de cultures ou d’animaux sur une même parcelle agricole, en bordure ou en plein champ. Il existe une grande diversité d’aménagements agroforestiers : alignements intraparcellaires, haies, arbres émondés (trognes), arbres isolés, bords de cours d’eau (ripisylves). Ces pratiques comprennent les systèmes agrosylvicoles mais aussi sylvopastoraux, agrosylvopastoraux ou pré-vergers (animaux pâturant sous des vergers de fruitiers). « Ce sont des architectures que l'on trouvait beaucoup dans les années 1950 dans des bocages de l'ouest et du centre de la France. Mais pour répondre aux besoins d'alimentation de la population, il a fallu intensifier et diversifier la production tout en optimisant l'espace. Les arbres ont alors été arrachés pour laisser la place aux cultures. » Puis les pratiques ont évolué, influencées progressivement par les notions relatives au développement durable : préserver la biodiversité, produire beaucoup en diminuant l'impact sur l'environnement, respecter un cadre social bien défini. « En matière d'agroforesterie, il faut tenir compte de ces dimensions de durabilité. Mais nous avons un passé riche. Réussira-t-on à mettre ces pratiques agroforestières au goût du jour ? Réussira-t-on à innover ? Ce n’est pas encore gagné », analyse objectivement Daniele Ori.

Éviter la compétition

Une prudence qui s'explique par le juste équilibre à trouver entre les besoins des cultures et ceux des arbres. « L'agroforesterie, c'est avant tout l'art, ou la science, de faire en sorte que les interactions soient favorables au système dans sa globalité. On travaille avec des interactions de facilitation et de compétition. Il faut réussir à limiter les processus de compétition pour favoriser les processus de facilitation. Mais lorsque l'association est très intime, il y a une toujours une compétition », développe Daniele Ori. Quid par exemple de l'eau ? Avec son système racinaire, l'arbre ne devient-il finalement pas trop envahissant ? « Dans le cas d'un couvert hivernal avec des noyers, on avait conclu que l'arbre faisait ses racines loin des cultures, là où il y avait des ressources. C'était un modèle qui correspondait bien à nos observations dans lequel l'arbre et les cultures se partagent les ressources du sol de manière vertueuse. Malheureusement, les derniers résultats obtenus ont tout remis en cause. Ce que l'on se rend compte maintenant, c'est que l'essentiel des racines fines, celles qui absorbent, est surtout en surface. On a même l'impression qu'elles sont là où il y a les cultures. Quand c'est le cas, il y a compétition, même si on voit qu'il y a quand même des racines qui vont en profondeur. En maraîchage par contre, les choses se compliquent fortement, notamment avec la présence de systèmes d'irrigation. Lorsque l'irrigation sature le sol, la racine suit le même chemin et remonte en surface », complète Daniele Ori. Il y a cependant des pistes pour éviter ou du moins réduire ce phénomène : occuper au maximum le volume du sol, avoir une couverture hivernale ou encore le non-labour. Celui-ci est le bienvenu en agroforesterie car il permet de limiter ces remontées racinales.

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Éclaircie sur la monoculture

Cultures

Publié le 25/03/2015

C'est ce qu'on pourrait appeler un moindre mal. À défaut d'avoir obtenu la reconnaissance du mulching dans le cadre du verdissement de la Pac (pour l'instant en tout cas), l'Association générale des producteurs de maïs (AGPM) a obtenu la mise en œuvre d’un principe d’équivalence à la diversité d’assolement via une mesure de couverture hivernale des sols. Cette mesure (voir le cahier des charges ci-dessous) est opérationnelle depuis le 19 mars, le jour de l'assemblée générale de l'Association des producteurs de céréales et oléagineux (APCO) à Sainte-Croix en Plaine. Cette avancée fait suite à plusieurs mois de mobilisation auprès des instances européennes comme le rappelle la directrice de l'AGPM, Céline Duroc : « Dans un premier temps, nous avons démontré que la monoculture de maïs n'était pas mauvaise pour l'environnement. Et deuxièmement, nous avons expliqué que mettre la diversité d'assolement n'était pas pertinent partout d'un point de vue agronomique et économique. » La France présente en effet quelques particularités. Contrairement à des pays d'Europe de l'Est (Roumanie, Ukraine, etc.), ce sont surtout des petites exploitations qui composent les zones à maïs hexagonales. Il y a ainsi moins de marges de manœuvre pour « faire bouger » des hectares. Sans compter la spécialisation très forte des filières et des territoires autour du maïs : par des collecteurs spécialisés, des transformateurs industriels ou bien encore par la transformation au sein des exploitations. C'est notamment le cas dans le Sud-Ouest où le maïs est très souvent couplé à un atelier animal. « Cette structuration du territoire n'existe pas dans les autres pays européens. Nous avons dû monter au créneau pour faire valoir ces spécificités. On s'est alors engouffré dans la possibilité de faire une équivalence à la diversité d'assolement », indique Céline Duroc. L'AGPM a alors su convaincre le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, de soutenir auprès de Bruxelles le principe de couverture hivernale des sols après maïs. « Nous avons choisi cette option en essayant de faire passer tous les arguments qu'on avait. »

Une avancée en demi-teinte pour l'Alsace

Au final, les agriculteurs ont désormais le choix : soit intégrer un dispositif de certification avec les contraintes qui vont avec, soit diversifier leur assolement. Seul hic, et pas des moindres pour les céréaliers alsaciens, c'est la faisabilité de cette nouvelle mesure. Autant elle semble adaptée au contexte pédoclimatique du Sud-Ouest, autant elle semble difficilement applicable en Alsace. Le couvert hivernal doit en effet être détruit à partir du 1er février. « Travailler le sol à cette période n'est pas sans risques. Mais au moins, on a ouvert la porte à un système pour un assolement à plus de 75 % de maïs. Certes, ce n'est pas parfait. Mais cela reste une victoire syndicale pour l'AGPM. Nous l'avons soutenu par solidarité avec nos collègues du Sud-Ouest », fait remarquer le président de l'APCO, François Tischmacher. Sans parler de travail du sol, cette couverture hivernale des sols va être compliquée à mettre en œuvre pour les céréaliers du sud du département où la récolte est toujours plus tardive. « Sachant que l'interculture doit être implantée au plus tard quinze jours après la récolte, et qu'elle doit obligatoirement lever avant d'être détruite, je déconseille fortement aux agriculteurs de ces secteurs de s'engager dans cette certification », souligne la directrice de l'AGPM. Pour en avoir le cœur net, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a mis en place, à l'automne dernier, trois parcelles d'essais avec des types de couverts différents. Elles vont être suivies toute l'année pour voir s'il y a un quelconque impact sur les rendements. « Nous publierons une synthèse agronomique et économique », prévient Florence Rigel, responsable adjointe Innovation, Marketing et Solutions Adhérents à la CAC.

Le mulching toujours espéré

Même si elle représente une réelle avancée syndicale, cette mesure d'équivalence à la diversité d'assolement ne solutionne pas pour autant la problématique des maïsiculteurs alsaciens : continuer à pratiquer la monoculture dans le cadre de la nouvelle Politique agricole commune. Une évidence que Céline Duroc ne nie pas. « C'est vrai, cette mesure n'est pas satisfaisante d'un point de vue agronomique. L'idée était déjà d'ouvrir le champ des possibilités pour éventuellement l'agrandir ensuite. Comme la porte est désormais ouverte sur l'interculture, nous avons l'intention de défendre à nouveau le dossier du mulching à Bruxelles. Nous devons encore prouver que cette pratique apporte un plus dans certains secteurs. Nous restons confiants car nous bénéficions aujourd'hui d'une meilleure porte d'entrée avec le nouveau commissaire à l'agriculture, Phil Hogan. Il est le premier à reconnaître qu'il y a des choses inapplicables dans la Pac. Il entend davantage les arguments économiques que son prédécesseur. Il y a encore des souplesses à trouver. Et pour cela, il y a tout un travail d'éducation à faire auprès de nos parlementaires, qu'ils soient français ou européens. » Un avis partagé par le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass : « En effet, nous n'avons pas eu de réponse qui convienne à l'Alsace. Nous devons continuer à réfléchir car, derrière, il y aura d'autres exigences comme le bilan carbone. Le ministre a souhaité que cette année 2015 soit très pédagogique, alors restons mobilisés. »

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