Céréaliers
Quelles perspectives pour demain ?
Céréaliers
Cultures
Publié le 30/06/2016
Quelles perspectives à court et moyen termes pour les céréaliers alsaciens ? Après trois campagnes difficiles, la question mérite d'être posée. Si beaucoup comptaient sur 2016 pour « se refaire », c'était sans compter sur une météo particulièrement pénalisante depuis de nombreuses semaines. Semis des maïs recommencés à plusieurs reprises (ou toujours pas commencés dans les cas les plus extrêmes), céréales d'hiver totalement détruites par les orages, parcelles sous l'eau, la céréaliculture alsacienne a vécu un premier semestre bien morose. Et si les professionnels de la filière n'étaient pas présents dans les rues pour exprimer leur désarroi, c'était uniquement dû à leur « retenue » estime le président de la Coopérative agricole de céréales (CAC), Thomas Thuet. Il y aurait pourtant eu « matière à » si l'on se réfère au bilan économique des exploitations céréalières. « Pour beaucoup, il est proche de zéro. Forcément, cela génère des interrogations : sommes-nous dans une crise structurelle ou dans une crise conjoncturelle ? Sommes-nous une exception dans le marché actuel ? », s'interroge-t-il.
« L'apport des technologies est indispensable »
Pour tenter d'avoir un peu plus de recul sur cette question, la CAC a sollicité dernièrement l'expertise de Jan Suter, chef de la zone Afrique et Moyen-Orient chez Syngenta, au cours d'un rendez-vous réservé aux professionnels. Fort de son expérience dans plusieurs pays du monde, ce dernier a tout d'abord rappelé que la consommation de maïs était en hausse sur toute la planète. « Les gens mangent de plus en plus de viande. Le besoin en céréales est donc plus important. » Un phénomène qui, selon lui, n'est pas près de s'arrêter. Autre point essentiel, le maïs est la céréale qui présente le meilleur potentiel d'augmentation des rendements. « Il est de 1,5 % en plus chaque année. C'est une exception par rapport aux autres cultures », précise Jan Suter. Sur les dix dernières années, la production de maïs a augmenté de 45 % dans le monde, et notamment dans des endroits où la plante « n'était pas auparavant ». En Afrique par exemple, la culture compte de plus en plus d'hectares, au point d'avoir permis « d'éradiquer » la famine dans un pays comme la Zambie. Là-bas, le rendement moyen est passé en très peu de temps d'une à trois tonnes à l'hectare. Des résultats qui ont pu être obtenus grâce aux hybridations des variétés, elles-mêmes soutenues par les différents gouvernements. « Il est clair que l'apport des technologies est indispensable pour assurer la croissance de la filière maïsicole dans le monde », soutient Jan Suter. Celles-ci permettraient de diminuer les coûts de production qui représentent à l'heure actuelle un « vrai handicap » pour les producteurs français.
Un débat mondial
« Si nous voulons suivre, il faudra conserver une certaine rentabilité. La France a beaucoup d'avantages : les rendements moyens sont bons, les marchés sont proches et la logistique est éprouvée. Elle reste cependant pénalisée par ses charges par rapport à d'autres pays producteurs », souligne Jan Suter. Le non-accès aux OGM pour les producteurs serait ainsi « pénalisant » économiquement. Une technologie qui prend de plus en plus de place dans la production mondiale (outre les États-Unis, le Kenya, la Chine et l'Indonésie sont sur le point de franchir le pas), mais qui reste particulièrement clivante dans la société française. « On peut s'interroger sur l'avenir de la filière française. Quel sera l'impact du non-accès aux OGM ? Aux nouvelles variétés ? Quelles seront les conséquences des retraits des produits phytosanitaires ? Quid de l'accès à l'eau ? », liste le représentant de Syngenta. Pour illustrer son propos, il prend comme exemple la Tanzanie et le Kenya qui ont perdu 50 % de leur récolte suite aux manques d'eau provoqués par le phénomène climatique El Nino. « Globalement, le débat est le même partout : que peut-on faire avec ces technologies, tout en les utilisant de manière raisonnée », explique-t-il.
Quelle « liberté » pour l'agriculteur de demain ?
Pour Thomas Thuet, la question est avant tout de savoir « jusqu'où ce progrès génétique sera accepté » dans la société française, et plus globalement en Europe. « On peut s'interroger sur la liberté de l'agriculteur quand, demain, il ne restera plus que trois ou quatre grands groupes agrochimiques dans le monde », poursuit le président de la CAC. Une référence directe à la proposition de rachat de Syngenta par le chinois Chemchina, et à la fusion entreprise en décembre 2015 entre Dow et Dupont Hi-Bred. Si l'on ajoute le groupe Monsanto, les grandes entreprises du secteur ne sont en effet plus très nombreuses alors qu'on en dénombrait encore une vingtaine il y a une quinzaine d'années. « Il est vrai que si toutes les fusions se font, on va se retrouver avec trois intervenants sur le marché. Nous avons affaire à une évolution qui a atteint son maximum. Et nous ne pourrons pas continuer avec trois sociétés uniquement, cela ne serait pas bon pour la concurrence », reconnaît Jan Suter.












