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Nicolas Bernard

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Céréaliers

Quelles perspectives pour demain ?

Cultures

Publié le 30/06/2016

Quelles perspectives à court et moyen termes pour les céréaliers alsaciens ? Après trois campagnes difficiles, la question mérite d'être posée. Si beaucoup comptaient sur 2016 pour « se refaire », c'était sans compter sur une météo particulièrement pénalisante depuis de nombreuses semaines. Semis des maïs recommencés à plusieurs reprises (ou toujours pas commencés dans les cas les plus extrêmes), céréales d'hiver totalement détruites par les orages, parcelles sous l'eau, la céréaliculture alsacienne a vécu un premier semestre bien morose. Et si les professionnels de la filière n'étaient pas présents dans les rues pour exprimer leur désarroi, c'était uniquement dû à leur « retenue » estime le président de la Coopérative agricole de céréales (CAC), Thomas Thuet. Il y aurait pourtant eu « matière à » si l'on se réfère au bilan économique des exploitations céréalières. « Pour beaucoup, il est proche de zéro. Forcément, cela génère des interrogations : sommes-nous dans une crise structurelle ou dans une crise conjoncturelle ? Sommes-nous une exception dans le marché actuel ? », s'interroge-t-il.

« L'apport des technologies est indispensable »

Pour tenter d'avoir un peu plus de recul sur cette question, la CAC a sollicité dernièrement l'expertise de Jan Suter, chef de la zone Afrique et Moyen-Orient chez Syngenta, au cours d'un rendez-vous réservé aux professionnels. Fort de son expérience dans plusieurs pays du monde, ce dernier a tout d'abord rappelé que la consommation de maïs était en hausse sur toute la planète. « Les gens mangent de plus en plus de viande. Le besoin en céréales est donc plus important. » Un phénomène qui, selon lui, n'est pas près de s'arrêter. Autre point essentiel, le maïs est la céréale qui présente le meilleur potentiel d'augmentation des rendements. « Il est de 1,5 % en plus chaque année. C'est une exception par rapport aux autres cultures », précise Jan Suter. Sur les dix dernières années, la production de maïs a augmenté de 45 % dans le monde, et notamment dans des endroits où la plante « n'était pas auparavant ». En Afrique par exemple, la culture compte de plus en plus d'hectares, au point d'avoir permis « d'éradiquer » la famine dans un pays comme la Zambie. Là-bas, le rendement moyen est passé en très peu de temps d'une à trois tonnes à l'hectare. Des résultats qui ont pu être obtenus grâce aux hybridations des variétés, elles-mêmes soutenues par les différents gouvernements. « Il est clair que l'apport des technologies est indispensable pour assurer la croissance de la filière maïsicole dans le monde », soutient Jan Suter. Celles-ci permettraient de diminuer les coûts de production qui représentent à l'heure actuelle un « vrai handicap » pour les producteurs français.

Un débat mondial

« Si nous voulons suivre, il faudra conserver une certaine rentabilité. La France a beaucoup d'avantages : les rendements moyens sont bons, les marchés sont proches et la logistique est éprouvée. Elle reste cependant pénalisée par ses charges par rapport à d'autres pays producteurs », souligne Jan Suter. Le non-accès aux OGM pour les producteurs serait ainsi « pénalisant » économiquement. Une technologie qui prend de plus en plus de place dans la production mondiale (outre les États-Unis, le Kenya, la Chine et l'Indonésie sont sur le point de franchir le pas), mais qui reste particulièrement clivante dans la société française. « On peut s'interroger sur l'avenir de la filière française. Quel sera l'impact du non-accès aux OGM ? Aux nouvelles variétés ? Quelles seront les conséquences des retraits des produits phytosanitaires ? Quid de l'accès à l'eau ? », liste le représentant de Syngenta. Pour illustrer son propos, il prend comme exemple la Tanzanie et le Kenya qui ont perdu 50 % de leur récolte suite aux manques d'eau provoqués par le phénomène climatique El Nino. « Globalement, le débat est le même partout : que peut-on faire avec ces technologies, tout en les utilisant de manière raisonnée », explique-t-il.

Quelle « liberté » pour l'agriculteur de demain ?

Pour Thomas Thuet, la question est avant tout de savoir « jusqu'où ce progrès génétique sera accepté » dans la société française, et plus globalement en Europe. « On peut s'interroger sur la liberté de l'agriculteur quand, demain, il ne restera plus que trois ou quatre grands groupes agrochimiques dans le monde », poursuit le président de la CAC. Une référence directe à la proposition de rachat de Syngenta par le chinois Chemchina, et à la fusion entreprise en décembre 2015 entre Dow et Dupont Hi-Bred. Si l'on ajoute le groupe Monsanto, les grandes entreprises du secteur ne sont en effet plus très nombreuses alors qu'on en dénombrait encore une vingtaine il y a une quinzaine d'années. « Il est vrai que si toutes les fusions se font, on va se retrouver avec trois intervenants sur le marché. Nous avons affaire à une évolution qui a atteint son maximum. Et nous ne pourrons pas continuer avec trois sociétés uniquement, cela ne serait pas bon pour la concurrence », reconnaît Jan Suter.

Lancement de la plateforme internet ApproAlsace

Du producteur au restaurateur

Vie professionnelle

Publié le 16/06/2016

La porte des cantines s'ouvre un peu plus aux circuits courts. Grâce à la nouvelle plateforme internet ApproAlsace initiée par le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68), en collaboration avec la Chambre d'agriculture d'Alsace, le Département du Bas-Rhin, la Draaf et la Région Grand Est, les professionnels de la restauration peuvent désormais commander leurs produits auprès de producteurs locaux. À l'image de n'importe quelle boutique en ligne, l'acheteur n'a qu'à parcourir le catalogue de produits disponibles, les ajouter à son panier, payer, et attendre la livraison de la marchandise par le producteur. À l’heure actuelle, la plateforme regroupe une centaine d'acheteurs (collèges, restaurants, la société de restauration collective Api Restauration…) et une quarantaine de producteurs venus de toute l'Alsace. Tous sont inscrits dans une démarche qualité : Bienvenue à la Ferme, Savourez l'Alsace - Produits du Terroir, Label Rouge, Agriculture Biologique, etc. Un critère « obligatoire » pour tout producteur désireux de s'inscrire sur le site. Tous les types de production sont les bienvenus : fruits, légumes, produits laitiers, volailles, œufs, viandes, poissons, charcuterie, boulangerie, épicerie. Si dans certains secteurs, certaines catégories de produits sont déjà bien représentées (les produits laitiers dans la région de Colmar par exemple), d'autres secteurs sont un peu retraits. « C'est notamment le cas dans le sud de l'Alsace où nous manquons de producteurs, notamment des maraîchers. Le collège de Saint-Louis rencontre encore pas mal de difficultés pour s'approvisionner », souligne Valérie Simon, du pôle Diversification de la Chambre d'agriculture d'Alsace. C'est elle qui a piloté le développement du site, en lien avec tous les partenaires du projet. Celui-ci s'est mûri « lentement » rappelle le président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Pierre Lammert. « Il va falloir un peu de temps maintenant pour que cela fonctionne correctement. » Dans les circuits courts, le marché est « énorme » considère de son côté le président du CD 68, Éric Straumann. Le potentiel est effectivement conséquent si l'on additionne toutes les structures de restauration hors domicile (RHD) qui existent en Alsace. « Nous comptons solliciter les maisons de retraite, les maisons pour enfants et les maisons pour handicapés au cours de l'été », annonce Valérie Simon.

« On est payé au juste prix »

Du côté des producteurs, on voit d'un bon œil l'arrivée de cette plateforme d'approvisionnement en produits locaux. « Trouver des clients n'est pas toujours facile quand on est un producteur artisanal. Le temps nous est compté », témoigne Sandrine Gollentz, de la ferme Motsch-Gollentz à Osenbach. Grâce à ApproAlsace, l'exploitation a pu diversifier sa clientèle pour approvisionner aujourd'hui une douzaine de collèges haut-rhinois. Des structures que Sandrine et son mari David connaissent bien puisque cela fait déjà plusieurs années qu'ils travaillent avec eux. « Sauf qu'avant, cela se faisait par fax et coups de fils. Maintenant, tout est plus fluide et centralisé. En un clic, on peut visualiser toutes les commandes et l'ensemble des yaourts à produire. Les relations entre le producteur et l'acheteur sont professionnalisées », poursuit l'agricultrice. L'autre point essentiel mis en avant par David Gollentz est le « coût environnemental » de ces filières courtes. « On parle de Grenelle de l'Environnement. Mais quand voit le lait qu'on livre en laiterie partir à des centaines de kilomètres de son lieu de production, ça n'a pas beaucoup de sens. En valorisant notre lait à proximité, on gagne en cohérence tout en étant payé au juste prix. » Car ici, pas question d'écouler sa marchandise au-dessous du prix de revient ; chaque producteur a la liberté d'établir une grille tarifaire en fonction du type d'acheteur. Et c'est aussi lui qui choisit à qui il est prêt à vendre et à livrer ses produits. « C'est à chacun de dire ce qu'il peut produire, à quel moment, à quel endroit, et à quelle quantité », détaille Valérie Simon. Le seul bémol, c'est que la plateforme n'offre pas la possibilité de gérer ses stocks de manière dynamique. Une option qui nécessiterait des coûts de développement « trop importants » à l'heure actuelle pour voir le jour.

Des produits locaux de plus en plus demandés

Pour le Conseil départemental du Haut-Rhin, la création d'ApproAlsace est une « suite logique » au vu de l'engouement suscité par les circuits courts. « Cela va dans la continuité des actions que nous menons depuis plusieurs années pour la valorisation de cette filière », explique Éric Straumann. En 2013, la collectivité a lancé l'opération « Je mange local, c'est génial » dans les collèges haut-rhinois. Une animation qui consiste à faire découvrir aux élèves de menus réalisés à base de produits locaux. Une formule qui a rapidement séduit les établissements scolaires gérés par le Département : 45 % des collèges haut-rhinois ont participé à l'opération en 2016 alors qu'ils n'étaient « que » 10 % en 2013. Les chefs de cuisine comme les enfants ont plébiscité cette opération à en juger les témoignages recueillis par le Département du Haut-Rhin. Du coup, ApproAlsace est perçu comme un « atout » pour les jeunes estime la conseillère départementale Betty Muller. « Ils pourront ainsi devenir les premiers ambassadeurs de ces produits. » Et être aussi en meilleure santé croît savoir le président de la commission Éducation et Jeunesse au CD 68, Pierre Vogt. Cet ancien professeur de sport met en avant le phénomène d'obésité - de plus en plus présent au sein de la population française - pour étayer ses propos. « La santé du corps passe par l'assiette. Nous devons de ce fait apporter une éducation alimentaire aux jeunes générations. Les produits locaux sont à ce titre les plus sains qu'on puisse avoir. »

2e salon Agriculture de demain

Des « clés » pour l'avenir

Technique

Publié le 12/06/2016

Regarder vers l'avenir et faire fi des « divergences ». Pour le directeur d'Alsace Bio (qui a organisé la manifestation aux côtés d'Arvalis-Institut du végétal et de la Chambre d'agriculture d'Alsace), Maurice Meyer, le deuxième salon Agriculture de demain qui s'est déroulé la semaine dernière à la ferme de la Judenmatt, à Rouffach, démontre que les innovations technologiques appliquées à l'agriculture vont au-delà des « clivages » classiques entre le bio et le conventionnel. « Nous avons la chance dans notre région d'avoir des gens qui savent travailler ensemble. Nous avons 90 % de points communs. Il faut en tirer parti pour dessiner les contours de l'agriculture que nous voulons pour les prochaines années. »

Que ce soit au cours des démonstrations de matériels innovants, des conférences ou des tables rondes, ces deux journées ont fait l'étalage de ce à quoi pourrait ressembler les agricultures grâce à l'apport des technologies, qu'elles soient robotiques, mécaniques ou informatiques. Des techniques qui ne sont « pas réservées » à l'agriculture biologique, considère le président de l'Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba), Julien Scharsch. « Il est indispensable de les faire découvrir à tous », estime-t-il. Des technologies qui permettront, selon lui, à l'agriculture de demain de devenir une agriculture qui saura préserver les ressources naturelles, quelle que soit l'étiquette que l'on met sur cette agriculture. Une évolution qui passera nécessairement par la « technicité » et « l'investissement humain ».

« Ce sera une agriculture de la collaboration, une agriculture solidaire qui fera avancer tout le monde dans le même sens », annonce Julien Scharsch. Des propos appuyés par le président de la CAA, Laurent Wendlinger. « Ces nouvelles technologies doivent être accessibles au plus grand nombre. Notre agriculture n'a en effet plus le choix de devoir s'adapter et se moderniser. » Mais ces nouveautés, ces technologies ont un coût encore assez élevé pour certaines d'entre elles. Dans le contexte actuel, c'est un critère qui pourrait refroidir bon nombre d'exploitants d'expérimenter ces nouvelles solutions. Lucide sur cette réalité, Laurent Wendlinger invite les agriculteurs à se tourner vers les Cuma ou les GIE pour mutualiser les moyens de production. Des structures qui « assurent l'accès aux nouveautés et aux performances. »

Une « vision du futur » pour les lycéens agricoles

Le président de la CAA voit également dans ce salon la possibilité de « trouver des clés » pour « ouvrir » de nouvelles possibilités de développement. « Cela doit nous permettre, entre autres, de nous adapter aux enjeux de demain. » Mais aussi aux variabilités de plus en plus importantes du climat. Si l'année 2016 se caractérise pour l'instant par une accumulation des précipitations, il ne faut pas oublier la météo sèche et chaude de 2015 qui a mis en exergue l'importance de l'irrigation en Alsace. Une thématique placée au cœur de ce deuxième salon Agriculture de demain qui a su trouver son public, vu le taux de fréquentation enregistré.

« Nous avons accueilli 987 visiteurs, dont une belle majorité d'agriculteurs. Malgré la météo capricieuse, les gens se sont déplacés », souligne Maurice Meyer à l'issue de la manifestation. Cela reste tout de même inférieur à la fréquentation enregistrée en 2014, au cours de la première édition. « On avait accueilli 1 200 visiteurs. Mais nous avions un programme spécial viticulture qui avait intéressé de nombreux professionnels spécialisés, ce qui n'était pas le cas cette année », relativise-t-il. À noter en revanche cette année la forte présence des lycées agricoles, dont celui de Rouffach qui a participé à l'organisation logistique. « Ces jeunes, c'est la relève de demain. Leur présence est capitale. Nous devons leur permettre d'accéder à une information concrète sur les évolutions du monde agricole et leur donner une vision de leur futur professionnel », ajoute-t-il.

Lancement de la fraise d'Alsace 2016

Moins de temps pour en profiter

Cultures

Publié le 10/06/2016

Au pied du Grand Ballon, l'orage gronde. Dans la parcelle de fraises de Jean-Paul Kessler, les cueilleurs de la journée s'affairent à remplir leur panier. Les trombes d'eau menacent, il faut faire vite. Du reste, il ne faudra pas tarder pour savourer les fraises de cette campagne 2016. « Avec la pluie qui tombe en ce moment, la saison sera raccourcie d'une semaine au moins par rapport aux autres années », explique le président de l'association des producteurs de fraises d'Alsace, Olivier Grinner, en introduction du lancement officiel de la saison qui s'est tenu le 7 juin à Soultz.

Si les premières fraises alsaciennes sont déjà commercialisées depuis quelques semaines, ce n'était pas encore le cas partout. « Désormais, les libres cueilleurs peuvent y aller. Les fraises sont arrivées à maturité », poursuit-il. Elles ne devraient pas avoir de mal à trouver preneur tant elles sont « demandées » par les consommateurs. Chaque année, les spots de libre cueillette en Alsace sont pris d'assaut par des consommateurs en quête de « qualité » et de « fraîcheur ». Un peu à l'image de la tendance actuelle vers les circuits courts. « À la différence près que la libre cueillette a démarré dans les années 1980 en Alsace, une époque où on ne parlait pas vraiment de filières courtes », souligne Olivier Grinner.

Que le client soit « content »

Jean-Paul Kessler fait partie de ces « précurseurs de la fraise ». Après avoir repris l'exploitation familiale en 1979, il abandonne l'élevage en 1982 pour se lancer dans les céréales et la fraise. « À l’époque, on n'était que deux dans toute l'Alsace à proposer cela. Aujourd'hui, on est plus d'une trentaine. » Si la culture de céréales (maïs, blé, colza, orge) occupe la majorité de sa sole (environ 100 hectares), la culture de fraises reste conséquente avec pas moins de 5 hectares. Le tout mené dans une démarche d'agriculture raisonnée, sans désherbant chimique et avec le minimum d'insecticide. « Nous faisons ceci pour le respect du fruit et du consommateur », justifie le producteur qui passe près de 1 500 heures par an pour effectuer le binage manuel de ses parcelles.

Un travail harassant qui est un peu compliqué cette année avec l'enchaînement quasi journalier des précipitations. « D'habitude, le Grand Ballon arrête les orages en hiver et au printemps. Là, ça fait trois mois que nous avons deux à trois orages par jour. Du coup, nous avons de l'eau tout le temps. Il y a deux semaines, la parcelle de fraises était immergée dans 30 centimètres d'eau », témoigne-t-il. Cela n'empêche pas la vingtaine de variétés de fraises qu'il cultive d'être suffisamment savoureuses pour ses clients. Et sa clientèle, Jean-Paul Kessler y tient. « On doit faire le maximum pour qu'ils soient contents. Après 34 ans dans le métier, ça serait dommage de les perdre. » Désireux de toujours améliorer la qualité de ses produits, il envisage d'aller encore plus loin à moyen terme en convertissant l'ensemble de son exploitation en mode de production biologique. « Ça sera l'occasion de prouver qu'on peut produire de la fraise bio sur des grandes surfaces. »

Le 12 juin au Cref de Colmar

13e Rendez-vous des vignerons bios d'Alsace

Vigne

Publié le 09/06/2016

Pour sa 13e édition qui aura lieu le dimanche 12 juin, le rendez-vous des vignerons bios d'Alsace investit le Cref de Colmar, en lieu et place du château de la confrérie Saint-Étienne, à Kientzheim. Un choix motivé par l'organisation, le lendemain au Parc des expositions de la ville, de la nouvelle édition du salon Millésimes Alsace, piloté lui par le Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa). « On voulait se rapprocher de cet événement pour créer une certaine dynamique. On verra bien si ça fonctionne », explique Martine Becker, vice-présidente de l'Organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba), et viticultrice bio à Zellenberg. 

Si le lieu change, la philosophie reste la même : faire découvrir la qualité et la diversité des vins bios et biodynamiques alsaciens. Un moment « d'échange » dénué de toute ambition commerciale (on ne peut que déguster, pas acheter) destiné aussi bien au grand public qu'aux professionnels de la vigne. « C'est une possibilité pour des vignerons conventionnels de venir découvrir ce qui se fait pour éventuellement se convertir », souligne le directeur de l'Opaba, Joseph Weissbart. Ils sont en effet de plus en plus nombreux à franchir le pas dans la région. À la fin 2015, on comptait 280 viticulteurs bios en Alsace contre une cinquantaine seulement en 2003. Un phénomène qui est parti pour durer à en juger les études récentes sur l'agriculture biologique en France. « Sur tout le territoire, on observe une augmentation constante des achats en vin bio », poursuit le directeur de l'Opaba. « C'est même devenu un facteur d'attractivité sur la route des vins d'Alsace », complète Martine Becker.

Des accords mets vins « surprenants »

Un atout de plus pour les organisateurs de cette manifestation qui espèrent attirer au moins autant de personnes que l'an passé (plus de 500 avaient fait le déplacement). Un objectif qui devrait être atteint au vu du programme de la journée. Outre les dégustations libres des vins (130 références réparties en six espaces distincts) encadrées par la quarantaine de producteurs présents, les visiteurs pourront assister à 11 h 30 à une conférence sur « Les splendeurs viniques de l'Alsace à travers les âges », animée par l'historien passionné de vins, Claude Muller. L'occasion de découvrir douze vieux millésimes bios grâce à l'atelier de dégustation qui aura lieu en même temps. À 14 h, le spécialiste en connaissance des terroirs et dégustations, Jacky Rigaux, animera une conférence sur les « Vins et la géo-sensorialité ».

À 15 h 30, l'atelier « Mets et vins » plébiscité les dernières années sera reconduit. Il sera animé par le Meilleur sommelier de France 2006, Pascal Léonetti, avec, au menu : un muscat d'Alsace 3 Châteaux 2014 accompagné d'une tartelette à la cerise et à la cébette ; un riesling grand cru Altenberg de Bergbieten 2010 accompagné d'un tartare d'asperges, d'oignons rouges et d'herbes fraîches ; un pinot gris Blosenberg 2008 avec un sablé aux noix, un confit d'échalotes et un fromage frais ; un gewurztraminer grand cru Zinnkœpflé 2004 et un cupcake tex-mex ; un riesling grand cru Schlossberg Vendanges tardives 2005 et un moelleux aux amandes, citron et safran ; et un pinot gris Rimelsberg VT 2008 et une tartelette à l'abricot et à l'amande. Cet atelier étant limité à 100 personnes, il faut préalablement réserver auprès de l'Opaba, soit par e-mail, soit par téléphone. Enfin, le vigneron Jean-Pierre Frick animera à 17 h l'atelier « Pinots blancs, d'où viennent-ils ». « L'idée est de comparer ce cépage qui n'a pas toujours bonne presse avec d'autres vins blancs français. On pourra se rendre compte qu'il a plus de potentiel qu'on ne croit au regard de ce qui se fait sur le marché », détaille Martine Becker.

FDSEA du Haut-Rhin

« Soyons innovants ! »

Vie professionnelle

Publié le 09/06/2016

Pour les agriculteurs haut-rhinois, les mois passent inlassablement sans apporter de véritable situation à la crise qu'ils traversent. Pour le secrétaire général de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann, c'est même la plus « dure » qui lui a été donné de voir depuis le début de sa carrière dans les années 1980. Depuis cette époque, l'agriculture française en a traversé des périodes de doute ou de remise en question. Des périodes où elle a été pointée du doigt, des périodes où certains modèles ont commencé à s'effriter, des périodes marquées par une conjoncture morose et une météo qui passe d'un extrême à l'autre. En ce mois de juin 2016, c'est un peu tout cela à la fois. Plus de 2 000 ha toujours pas semés dans le Sundgau au début du mois, des exploitations laitières qui continuent de tirer la langue, et un automne qui s'annonce déjà « très chaud » au vu des difficultés qui se présentent.

« L'Europe ne fonctionne plus ! »

Une situation de crise « exceptionnelle » qui donne du fil à retordre à la FDSEA du Haut-Rhin. Pourtant très actif sur bon nombre de dossiers, le premier syndicat des agriculteurs dans le département est conscient de ne pas avoir toutes les réponses face à la « mutation » que traverse l'agriculture. Désireux de faire évoluer favorablement la situation, il a convié la semaine dernière l'ensemble des délégués cantonaux pour un moment « d'écoute », de « partage » et « d'échange » pour trouver collectivement des solutions aux problèmes actuels. Et ils sont nombreux rappelle le président Denis Nass, en introduction de cette réunion de crise. « L'Europe ne fonctionne plus, au lieu de travailler ensemble, les Européens se déchirent. C'est compliqué aujourd'hui de faire une déclaration Pac sachant que le bilan 2015 n'est toujours pas arrivé. Ce bricolage technocratique fait que les gens souffrent sur le terrain et se sentent délaissés. Ça va mal et nous en sommes conscients. Et avoir un message positif dans un contexte comme celui-là, c'est très compliqué. Il faut être clair et ne pas se mentir. Pour autant, nous sommes persuadés que nous devons continuer à construire tous ensemble. Pour cela, nous devons identifer les difficultés de chacun pour apporter le maximum de soutien. Il n'y a pas de honte à partager ses problèmes. Nous sommes tous dans le même bateau. » Un problème qui n'est pas que franco-français comme le fait remarquer le responsable de la section Lait, Michel Rohrbach. « Le contexte laitier est catastrophique, mais c'est le cas dans toute l'Europe. Tout le monde est au bout du rouleau et personne ne voit la sortie. Et en aval, le consommateur ne comprend plus rien. »

« On en a marre ! »

Mais reconnaître publiquement qu'on est au plus mal, que les deux bouts ne peuvent plus être joints malgré des efforts répétés est un exercice très difficile. Et chez les agriculteurs, c'est d'abord le silence qui s'exprime quand le malaise s'installe. Dans le Haut-Rhin, ce silence est devenu « assourdissant » relate le président des JA 68, Christophe Bitsch. « On sait que les gens sont au bout. Mais comment leur colère, leur frustration ou leur désarroi vont-ils se manifester ? », s'interroge-t-il. Et plutôt que d'aller « tout casser » pour se faire entendre, ce dernier préconise de « bâtir des filières nouvelles ». Un vaste chantier qui ne se fera pas « du jour au lendemain » reconnaît le président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. Une vision pragmatique de l'avenir qui contraste avec l'état d'esprit qui règne actuellement dans la campagne, à en croire les retours « énergiques » de certains adhérents de la FDSEA présents lors de cette réunion de crise. « Ce n’est pas compliqué, on est en train de crever ! On en a marre ! »

Les mots sont lâchés, les langues se délient peu à peu. Au sujet de Sodiaal notamment, dont l'assemblée générale de la section Centre Est s'était tenue une semaine auparavant, dans la même salle. « On voulait bloquer cette réunion pour nous faire entendre. Mais nous avons reçu un fin de non-recevoir de la part de nos responsables. » Pour ces derniers, cette option n'était en effet pas envisageable comme le souligne Denis Nass. « Une AG, c'est le moment où on peut s'exprimer. Si quelqu'un a quelque chose à dire, il y va et dit ce qu'il a à dire. C'est facile d'accuser le syndicaliste de ceci ou cela alors qu'il n'y avait que treize Haut-Rhinois dans la salle, et que le seul qui s'est exprimé, c'est moi. Je me suis mouillé la chemise. Après, personne n'est vissé à sa chaise. S'il faut changer des hommes au syndicat, dites-le. » Cette réunion devait être un moment d'échanges, et de libre expression, elle l'est. Sans détour. « Vous voulez savoir ce qui se passe dans les campagnes ? Et bien, des gens sont seulement en train de payer les travaux de 2015. Globalement, rien ne bouge. À ce train-là, on ne peut pas continuer. Alors on fait quoi si on ne paie pas ? Un nouveau prêt de consolidation. Et pendant ce temps, je vois que la Chambre continue d'installer des jeunes alors qu'on est tous dans la merde. Je n'accepte plus ce que je lis aujourd'hui ! On ne peut pas produire moins cher, même dans les céréales. Et quand je vois qu'on reçoit Bruno Lemaire en haut lieu, alors que c'est lui qui est derrière la fin des quotas, ça me met très en colère contre le syndicat ! »

Faire évoluer l'action syndicale

Un témoignage venu du cœur qui exprime à quel point la cocotte-minute agricole est prête à exploser. Pour autant, les responsables de la FDSEA du Haut-Rhin écartent toute éventualité d'aller manifester une nouvelle fois. Pourtant, la tentation pourrait être très forte de rallier les mouvements sociaux qui émergent un peu partout contre la loi Travail. L'occasion, par exemple, de médiatiser une nouvelle fois, et de manière percutante, le mal-être qui habite la profession agricole. « Pour nous, manifester n'est pas la bonne solution. On ne veut pas s'associer avec n'importe qui et n'importe comment alors qu'on véhicule d'autres valeurs. Nous devons continuer à être vrais et clairs. Car malgré ce qui se passe, les dernières enquêtes montrent que l'opinion publique est avec nous. Maintenant, il faut se demander comment en profiter », observe Denis Nass. Pour y parvenir, le président de la MSA d'Alsace, David Herrscher, estime qu'il va falloir « montrer patte blanche » aux consommateurs. « Il y a des mouvements de société en cours. On doit être plus intelligents qu'une association comme L214. Nous devons être plus pertinents pour attaquer ces gens de manière frontale et posée. Deuxièmement, je pense qu'il faut viser les grandes surfaces. Attaquer aujourd'hui des préfectures, c'est d'un autre temps. Les pouvoirs politiques ont de toute façon perdu le pouvoir et ils le reconnaissent. Et de toute façon, l'État n'a plus d'argent. Par contre, nous devons lui faire jouer son rôle de négociateur entre les producteurs et la distribution. »

Comme le résume le président de l'Apco, Thomas Obrecht, les agriculteurs haut-rhinois doivent désormais « réinventer leur avenir » et « imaginer notre futur ». Cela sous-entend de faire évoluer sa vision des choses, envers les écologistes par exemple. « Nous devons changer de stratégie avec eux et leur tendre la main. Il y a un travail de fond à faire avec ces gens. Nous pourrions aborder les problématiques ensemble, je pense par exemple à l'urbanisation », explique David Herrscher. Pour Denis Nass, il faut opérer un rapprochement avec Alsace Nature. « Ça serait l'occasion de montrer à quel point on est victime des inondations. Et si nous n’anticipons pas ce dossier et que nous laissons la communication à d'autres, c'est nous qui allons tout encaisser », justifie-t-il. David Herrscher met aussi sur la table la création d'une association environnementale « d'intérêt général » géré par les agriculteurs. « Cela pourrait être une alternative. Mais après, il faut la porter. »

Quel (s) rôle (s) pour la FDSEA de demain ?

Il s'agit aussi d'imaginer le syndicalisme de demain et au rôle que doit - et devra - jouer la FDSEA du Haut-Rhin auprès de ses adhérents. « Concrètement, quelles sont vos attentes par rapport au syndicat ? Est-ce que notre fonctionnement est inadapté ? Est-on à côté de la plaque ? Doit-on se structurer différemment ? Est-ce qu'on veut monter en puissance financière ? Est-ce que, collectivement, on prend les dossiers en main ? Est-ce qu'on se fédère au niveau du Grand Est, ou reste-t-on à une échelle plus locale ? », interroge le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. Avec la nouvelle région, ces questions méritent d'être posées. Certains interlocuteurs ne sont plus les même, des structures (ex : la Draaf) ont été délocalisées hors d'Alsace… « Si on ne fait rien, il n'y aura plus de FDSEA dans le Haut-Rhin d'ici huit à dix ans », avertit Michel Busch qui se défend néanmoins de toute « sinistrose ». « Nous avons malgré tout des résultats relativement satisfaisants. Dans les autres départements, il y a de la casse. Chez nous, ce n'est pas le cas. Maintenant, c'est à vous de nous dire si nous devons juste avoir un rôle déclaratif ou non », complète-t-il. Si des moyens peuvent être mutualisés à l'échelle du Grand Est, reste à savoir lesquels. Pour y voir plus clair, les dix FDSEA de la région ont mis en place une commission « prospective » recensant les différentes problématiques. « On va devoir faire ce travail chez nous, et tous ensemble. Car si on a pas la capacité de réfléchir collectivement à un sujet, on va se faire bouffer », résume Michel Busch.

Une opportunité pour Pascal Wittmann pour « réfléchir ensemble » et « arrêter les querelles ». « Le syndicat n'est rien sans vous. Nous voulons avancer et apporter des solutions, et nous avons besoin de décisions partagées. » Un appel que la FDSEA du Haut-Rhin veut concrétiser à travers des groupes de travail spécialement créés pour l'occasion : le premier relatif à l'élevage bovin et allaitant, le deuxième portant sur la prospective et la solidarité, le troisième relatif à l'urbanisme et le dernier relatif aux céréales, en lien avec l'Apco. Des groupes de travail qui doivent être menés conjointement avec les Jeunes Agriculteurs, canton par canton. « Le plus urgent, c'est le groupe lait/viande. Après, nous sommes ouverts à la création d'autres groupes si vous avez des idées. Dans tous les cas, prenez votre avenir en main », ajoute-t-il.

« La ferme Clarisse » inaugurée à Sigolsheim

Des circuits courts au menu

Vie professionnelle

Publié le 26/05/2016

C'est une « nouvelle aventure » qui démarre plutôt bien pour les « 3 Alsaciennes », Clarisse Sibler et ses deux filles, Pauline et Amélie. Lundi dernier, cette famille d'agricultrices de Sigolsheim a eu le plaisir de recevoir amis, partenaires, élus et responsables professionnels à l'inauguration de ses nouvelles installations : un local de transformation, un nouveau local de vente et un restaurant « 100 % local ». Depuis son ouverture le 21 avril, le magasin de vente de produits locaux, sobrement appelé « La Ferme Clarisse », rencontre un joli succès auprès de la clientèle. Un démarrage en trombe que Clarisse Sibler attribue à « l'attractivité » des asperges auprès du public. « On espère que ça va durer maintenant, même quand la saison des asperges sera terminée. » À en juger le contenu des cabas qui passent en caisse, ses espoirs sont bien partis pour se concrétiser. Œufs, fruits, légumes, viandes, confitures, fromages, yaourts, confitures… le choix est vaste et là aussi estampillé « 100 % local ». Pour la responsable des circuits courts à la Chambre d'agriculture d'Alsace, il ne pouvait pas en être autrement de toute façon. Ce projet, cela faisait des années qu'il germait dans la tête de Clarisse, encouragée certainement par le succès de ses « ventes directes » d'asperges et de fraises. Et sa fille Pauline a manifesté le désir de continuer l'aventure de sa mère malgré une première orientation professionnelle dans la kinésithérapie. Installée officiellement depuis novembre 2015, elle aurait très bien pu reprendre l'existant sans aller plus loin. « Cela aurait été plus facile, c'est vrai. Mais je voulais apporter ma touche personnelle et faire évoluer l'exploitation. » Elle se dit qu'un atelier de transformation pourrait être une perspective intéressante. Alors elle se forme auprès de la Chambre d'agriculture, apprend les rudiments de cette activité pour se lancer dans sa propre production de confitures et sirops. Pour les commercialiser, rien ne vaut un espace de vente flambant neuf rassemblant au même endroit vingt-neuf producteurs du coin, tous engagés dans une démarche « Bienvenue à la Ferme » ou « Agriculture Biologique ». Qui plus est avec une visibilité de premier choix, le long de l'illustre Route des Vins d'Alsace, en lieu et place de l'ancienne Auberge du vignoble, démolie pour l'occasion. « Ici, à l'entrée de la vallée de Kaysersberg, c'est 15 000 voitures par jour », fait remarquer le président du Conseil départemental du Haut-Rhin, Eric Straumann. Clarisse n'entend pas pour autant se laisser griser par ce fort potentiel de clientèle. « J'espère déjà que les producteurs qui sont présents dans la boutique resteront. Nous les avons choisis parce qu'ils sont bons. Ils n'ont pas besoin de nous pour vendre leurs produits », souligne-t-elle avec lucidité. Elle estime néanmoins qu'il y a de la place pour tout le monde sur ce créneau des filières courtes. « Quand elle a pris connaissance de notre projet, la boucherie située en face a commencé à s'inquiéter pour son activité. Je lui ai expliqué qu'on était complémentaires, et pas concurrents. Aujourd'hui, les produits écoulés en circuits courts sont en position de force auprès des consommateurs. Ils sont de plus en plus nombreux à rechercher la qualité et la proximité dans les produits qu'ils achètent », justifie-t-elle.

Dix emplois créés

C'est dans cet esprit qu'est née l'idée d'adosser un restaurant proposant une cuisine constituée uniquement de produits locaux, ou presque. « Il y a bien sûr quelques ingrédients qu'on doit chercher ailleurs comme le beurre ou la crème. Il n'y a malheureusement pas suffisamment de volume produit à proximité pour répondre à nos besoins », explique Pauline. Qui dit produits locaux et de saison, dit aussi menus de saison. Depuis l'ouverture le 4 mai dernier, on retrouve ainsi beaucoup de spécialités à base d'asperges. Logique, encore une fois, vu l'identité des propriétaires. Mais ce ne sont pas ces « 3 Alsaciennes » qui tiennent les fourneaux. « À part des pâtes au beurre, je ne sais pas faire grand-chose », glisse Pauline d'un air amusé. « Ce que nous voulons, c'est créer un lieu qui vit de lui-même, avec des personnes qui sauront le valoriser au maximum », complète Clarisse. Elle peut compter sur le chef Joël Tournier, qui a officié à l'Arbre Vert d'Ammerschwihr pendant plus de vingt ans. À travers sa cuisine, il entend revisiter des plats traditionnels tout en proposant des menus plus « classiques » aux 120 couverts (90 en salle et 30 en terrasse) que compte le restaurant. Il peut s'appuyer sur une équipe de commis de cuisine et de serveurs recrutés spécialement pour l'occasion. Au total, ce sont dix postes à temps plein qui ont été créés entre le restaurant, le nouveau magasin de vente et le local de transformation. « Avant, on avait qu'un employé à temps plein, ça fait un sacré changement ! Mais on sait pourquoi on a fait tout ça », témoigne Pauline. Et ce n'est pas fini. La jeune agricultrice a une autre idée qui lui trotte dans la tête : un drive fermier. « Ce n'est pas pour tout de suite, mais j'y pense. Quand j'aurai un peu plus de temps disponible, je pourrai m'y consacrer. » Pour sa maman, ce drive est une suite « logique » de tout ce qui a été entrepris au sein de l'exploitation familiale. « Les modes de consommation évoluent. Si les gens sont favorables aux circuits courts, ils n'ont pas forcément le temps d'aller dans différents endroits pour faire leurs achats. Avec ce concept, on peut leur proposer de bons produits au même endroit, faciles à commander et rapides à récupérer. C'est un marché porteur, j'en suis convaincue. » La « nouvelle aventure » des « 3 Alsaciennes » n'est pas près de se terminer.

Caisse d'assurance accidents agricoles du Haut-Rhin

Du très bon et du moins bon

Vie professionnelle

Publié le 17/05/2016

Pour la Caisse Assurance Accidents Agricoles du Haut-Rhin (CAAA 68), l'année 2015 peut être considérée comme un remake de l'exercice 2014, où le très bon côtoie le moins bon. Le président de la CAAA 68, Jean-Michel Habig, relève en premier lieu le maintien « à bas niveau » du nombre de dossiers pris en charge, à savoir 961 sinistres déclarés contre une moyenne annuelle de 1 062 sinistres au cours des dix dernières années. Parmi ces 961 sinistres, 875 émanent des populations salariées et non salariées, à savoir le cœur de métier de la CAAA 68. « Il y a à peine quatre sinistres de plus qu'en 2014, année du plus faible nombre d'accidents jamais déclarés. Doit-on voir, dans ce bon résultat, un lien de cause à effet entre ce faible nombre de sinistres et notre engagement en matière de prévention ? », s'interroge Jean-Michel Habig. Les 86 sinistres restants proviennent des élèves des deux lycées agricoles haut-rhinois, dont les déclarations d'accidents ont continué à progresser. Une évolution que le directeur de la CAAA 68, Philippe Pétry, tient à relativiser. « Les jeunes ne sont pas plus exposés aux accidents qu'ils ne l'étaient il y a quelques années. L'évolution de ces chiffres s'explique d'abord par l'évolution des procédures mise en œuvre par les infirmiers et infirmières, qui déclarent désormais le moindre incident. De plus, cette évolution est également à relativiser au regard de l'absence ou de caractère bénin des séquelles, pour la plupart liées à des chahuts ou à des accidents lors des déplacements. » Mais si les lycéens restent finalement peu concernés par les accidents graves, ils pourraient très bien l'être demain en tant que salariés ou non-salariés agricoles. C'est ce qui incité la CAAA du Haut-Rhin et le lycée de Rouffach à mettre en place un enseignement hebdomadaire sur le thème de la « prévention des risques professionnels » à destination des élèves de première Bac pro Agri/Viti (voir encadré).

Protéger les attelages agricoles sur la route

Des risques que l'on peut rencontrer en manipulant un outil, auprès d'une vache un peu trop nerveuse ou plus simplement en prenant le volant de son tracteur. On ne compte en effet plus les accidents - parfois mortels - qui surviennent sur nos routes départementales entre un convoi agricole et un véhicule de tourisme ou un poids lourd. L'axe routier le plus touché étant la RD83 entre Burnhaupt et Colmar, une voie rapide où les voitures circulent à 110 km/h, voire plus, tandis que les attelages agricoles plafonnent à 45 km/h. Cette situation plus que périlleuse a poussé la CAAA du Haut-Rhin à mettre au point une bâche de pré-signalisation lumineuse pour permettre aux attelages agricoles d'être davantage visibles. « Il fallait un équipement d'alerte, complémentaire aux équipements obligatoires comme le gyrophare, un équipement amovible, autonome dans son alimentation électrique, susceptible d'être accroché à n'importe quel type de remorques ou d'outils, quels que soient leurs matériaux de construction, leur forme ou leur structure, le tout avec un prix ne dépassant pas les 200 euros HT », détaille Philippe Pétry. Après quelques ajustements suite aux retours du ministère, le dispositif a fini par être déposé auprès de l'INPI (Institut National de la Propriété Intellectuelle) le 16 novembre 2015 au nom de la CAAA 68. La Caisse étant un établissement public de droit local, elle a dû concéder la commercialisation et la fabrication de la bâche à la société Est Signalisation. Elle a profité de son assemblée générale du 3 mai dernier pour la présenter officiellement au public.

Les risques de travaux forestiers

L'autre fait marquant de l'exercice écoulé pour la CAAA du Haut-Rhin est le développement des actions de prévention des risques inhérents aux travaux forestiers. Ces actions, menées en partenariat avec la Fédération des forestiers d'Alsace, l'Association des communes forestières d'Alsace, l'ONF ou encore la SVLFG (Sozialversicherung für Landwirtschaft Forsten und Gartenbau), ont toutes au comme objectifs la sensibilisation aux risques, la formation aux enjeux de la sécurité, et les moyens à disposition pour prévenir les accidents d'exploitation. « À ce titre, je tiens à mettre en avant les journées de sensibilisation des chefs d'exploitation aux risques du bûcheronnage qui ont eu lieu au mois de novembre. Nous sommes en effet assez peu nombreux à faire, plus ou moins régulièrement, du bois et à manipuler une tronçonneuse. Mais malheureusement, peu d'entre nous ont pris la pleine mesure des risques encourus, de l'intérêt de disposer d'un matériel en parfait état d'entretien, de porter des équipements de protection individuelle, ou de pratiquer, ne serait-ce qu'une seule fois, un abattage sous la conduite d'un bûcheron formateur », souligne Jean-Michel Habig. Malgré cet état de fait, les deux journées de sensibilisation n'ont pas rencontré le succès escompté, même si le retour des participants a été très positif. « Du coup, le comité directeur a décidé de reconduire cette action à l'automne prochain, vraisemblablement en novembre ou en décembre. J'invite tous les chefs d'exploitation ou d'entreprises agricoles qui font du bois à prendre contact avec le service prévention de la Caisse afin de connaître le déroulement de la journée, et les moyens humains et matériels mobilisés », poursuit-il.

Une perte exceptionnelle de 908 000 euros

Si l'année 2015 a été riche en points positifs, elle l'a été tout autant en aspects négatifs. La hausse des dépenses de prestations entamée il y a deux ans s'est ainsi poursuivie, que ce soit les prestations en nature inhérentes à la prise en charge des victimes, ou les prestations en espèces (rentes, pensions, indemnités journalières d'arrêt de travail). La CAAA 68 a versé 7,5 millions d'euros de prestations légales, soit une hausse de 122 000 euros par rapport à 2014, les rentes (environ 5,2 millions d'euros) constituant 70 % de ce montant. Petite satisfaction cependant : cette tendance haussière entamée en mai 2014 s'est inversée en octobre 2015. « Depuis, le ralentissement observé semble devoir se confirmer », observe Jean-Michel Habig. Au total, 99 nouvelles rentes ont été attribuées en 2015, dont 42 pour les non-salariés et 57 pour les salariés. « Si ce nombre augmente de quatorze unités par rapport à la moyenne des cinq dernières années, le nombre total des rentes allouées continue de baisser pour descendre en deçà de la barre des 1 900, à 1 881 rentes. Pour mémoire, ce nombre était encore de 1 936 il y a deux ans et demi », note Philippe Pétry. Le résultat comptable 2015 a aussi été impacté par l'entrée en vigueur d'une nouvelle règle de calcul des masses salariales relevant du régime agricole. « Une règle que la Caisse a seulement pris connaissance en janvier 2016 et qui a abouti à une réévaluation du nombre de salariés affiliés au régime agricole. En conséquence, nous avons subi une baisse immédiate du montant de la dotation qui nous est versée en 2015, et la mise en œuvre, de manière rétroactive, d'un rattrapage par rapport à un trop-perçu au titre de 2015 », développe le président de la CAAA 68. Au final, la Caisse du Rhin a dû élaborer son budget 2016 avec 550 000 euros de recettes en moins et devra élaborer les prochains budgets avec le même manque à gagner. « L'exercice 2015 se termine donc par une perte exceptionnelle de près de 908 000 euros », déplore Jean-Michel Habig. Un solde affecté au compte de la réserve statutaire. Réserve qui autorise encore 18 mois de fonctionnement à la Caisse. « Par conséquent, nous avons dû mettre en place des règles d'élaboration du budget 2016 reprécisées. » Si des économies peuvent être réalisées sur les charges sans pour autant nuire à la qualité du service public rendu, le comité directeur de la CAAA 68 a néanmoins décidé d'augmenter les produits avec une revalorisation de 8 % du rôle principal, qui entraîne une augmentation de la cotisation à l'hectare de 1,09 euro. « Cette hausse, spectaculaire dans son pourcentage, fait suite à dix années au cours desquelles la Caisse n'a pas augmenté le rôle principal. Nous avons conscience que cette mesure intervient dans un très mauvais contexte économique. Mais il est apparu qu'une augmentation plus modérée menaçait les principes budgétaires, et le budget lui-même », justifie Jean-Michel Habig.

Production d'énergie à partir de biomasse

Un accord frontalier pour « aller plus loin »

Pratique

Publié le 17/05/2016

« En nous associant, nous pourrons nous appuyer sur notre culture commune d'innovation au service du développement industriel pour bénéficier chacun de compétences complémentaires, tant pour le développement en commun de nouvelles connaissances que pour mettre ce champ de compétences élargi au service de nos partenaires industriels respectifs », explique le président de Rittmo Agroenvironnement, Michel Mustin. À travers ce partenariat, Rittmo souhaite faire bénéficier Fraunhofer Umsicht de ses compétences en matière de valorisation en agriculture des résidus obtenus après traitement de la biomasse, explorer les différents intérêts agronomiques potentiels, que ce soit pour la nutrition des plantes, pour la stimulation des plantes à mieux résister aux stress environnants ou pour l'amélioration des propriétés physiques, chimiques ou biologiques des sols.

« Nous porterons une attention toute particulière aux opportunités d'utiliser certains procédés de production d'énergie à partir de biomasse pour stabiliser fortement la matière organique dans les résidus », souligne Michel Mustin. Cette matière organique hyperstabilisée pourrait avantageusement contribuer aux objectifs de stockage du carbone dans les sols, fixés à la signature de l'initiative 4 pour 1 000 lors de la COP21. « Néanmoins, les intérêts agronomiques intrinsèques de ces matières restent à vérifier au cas par cas, et les stratégies d'utilisation et d'intégration dans des formules et des itinéraires techniques à développer », poursuit-il. Des sujets qui seront sans nul doute abordés le 17 juin prochain, lors des rencontres « 4/1 000… et si les sols agricoles étaient la solution » qui auront lieu à Colmar.

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

Des défis à relever, des débats à mener

Vigne

Publié le 27/04/2016

Si le millésime 2015 est bien parti pour devenir un millésime « exceptionnel » pour de nombreux observateurs, il est aussi la source de multiples interrogations. « Même si le réchauffement climatique profite pour l'instant à la vigne, je pense qu'il est temps d'ouvrir le débat sur l'irrigation », estime le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros. « Le manque d'eau s'est fait sentir dans certaines parcelles », rappelle-t-il.

À l'heure actuelle, un nouveau projet a été validé par l'Inao, mais reste bloqué par les pouvoirs publics. Une situation qui pourrait néanmoins se débloquer, explique André Ducros : « Selon les représentants de l'Inao, il n'y a pas lieu de procéder à une expérimentation sur l'irrigation, mais de faire valider l'autorisation d'irrigation dans le cahier des charges tout en démontrant le phénomène de sécheresse et la nécessité d'irrigation. En contrepartie, l'encadrement du rendement serait bien évidemment obligatoire, tout comme les contrôles systématiques de la charge. »

Reste maintenant à chaque sous-région et chaque syndicat de débattre sur le sujet, le conseil d'administration de l'Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) souhaitant que les avis des uns et des autres lui parviennent au cours de l'hiver prochain. « Ne laissons pas passer cette opportunité et faisons entendre notre voix », appelle de ses vœux André Ducros.

La communale « Colmar » toujours espérée

Autre point abordé lors de cette assemblée générale : la hiérarchisation du vignoble alsacien. Le responsable du dossier au sein du syndicat, Bernard Schoffit, a émis quelques réserves sur le faible écart de rendement qui sépare les grands crus (55 hl/ha) des hypothétiques premiers crus (57 hl/ha). « On est en train de faire deux appellations en haut de l'échelle. La démarche est louable, mais la différence est informe entre les deux. Faire des grands crus bis avec une centaine de premiers crus ou plus me pose problème. Ne pourrait-on pas passer à 50 hl/ha pour les grands crus ? Comment va-t-on faire pour communiquer dessus et expliquer la quintessence de l'Alsace ? » Pour le responsable technique de l'Ava, Raymond Lassablière, la réponse est sans équivoque : c'est aux producteurs de grands crus de se prendre en main. « C'est à chacun de se positionner sur ce qu'il veut. Aux grands crus de ne pas laisser s'endormir », résume-t-il.

Concernant l'obtention d'une appellation communale « Colmar », le processus suit son cours. « Nous avons encore des soucis dans le choix des cépages. Le gewurztraminer nous semble un peu plus compliqué d'un millésime à l'autre, tandis qu'on retrouve des airs de famille sur une dizaine de millésimes avec les pinots gris. Mais globalement, la qualité n'est pas plus mauvaise que dans d'autres terroirs », détaille Bernard Schoffit. Les dégustations d'experts qui auront lieu à l'aveugle, en théorie, à la fin de l'année permettront d'y voir un peu plus clair sur le sujet. « Après, ce qu'on cherche, ce n'est pas du volume, mais une valorisation au juste prix », tient-il encore à rappeler.

« Non » aux VSIG

L'autre défi - et certainement le plus important - qui se profile à l'horizon pour André Ducros est la possibilité de produire des Vins sans indication géographique (VSIG) en dehors des zones de l'appellation. Un sujet « très grave » qu'a développé le secrétaire général de l'Ava, Jacques Stentz. « Pour nous, c'est la crainte de voir un vignoble parallèle se mettre en place sur lequel on ne peut être concurrentiel. Bien sûr, la tentation est grande pour des entreprises en manque de matière première, pour des viticulteurs néophytes ou pour des agriculteurs en difficulté qui souhaiteraient se créer un complément de revenu. Mais à terme, ça serait la destruction de tout ce qu'on a construit jusqu'à maintenant car moins cher on vend, plus vite on crève. »

Du coup, l'Ava compte sur le soutien des différents syndicats, mais aussi des élus et des collectivités, en leur demandant de signer une motion s'opposant à cette libéralisation « forcée ». « Certes, cette motion n'est pas un outil juridique. Mais plus de monde la signera, plus notre président aura du poids pour nous défendre au niveau de la Cnaoc et de FranceAgriMer », poursuit Jacques Stentz qui peut désormais compter sur le soutien du syndicat viticole de Colmar-Houssen qui a voté cette motion à la quasi-unanimité (moins deux abstentions).

« Oui » à la réserve qualitative individuelle

Le syndicat viticole de Colmar-Houssen entend également « peser » sur l'Ava pour faire évoluer la date de fixation des vendanges, aujourd'hui décidée en assemblée générale, pour qu'elle soit basée sur les demandes des secteurs les plus précoces - comme l'est la Hardt colmarienne - et non plus sur une moyenne des avis des diverses sous-régions. « L'ouverture du ban doit être décidée par le conseil d'administration de l'Ava, hors assemblée générale. Et pourquoi pas, comme le font de nombreuses régions viticoles, fixer une ouverture officielle du ban un 1er août par exemple. Cela simplifierait bien des choses ! », estime André Ducros. Ce dernier met aussi à l'index les « relations de décisions » entre l'Ava et le Crinao concernant ces dates. Il juge ainsi « inacceptable qu'un seul individu puisse imposer son avis face aux décisions prises en assemblée générale ou au conseil d'administration de l'Ava ».

Enfin, Raymond Lassablière a présenté le projet de réserve qualitative individuelle actuellement à l'étude qui aurait pour objectif, s'il voyait le jour, d'amortir les effets des récoltes déficitaires comme en 2006 ou 2010. « Pourquoi ne pourrait-on pas mettre en réserve quand le millésime est bon et lisser les volumes d'une année à l'autre dans la limite des 80 hl/ha ? Cela permettrait d'apporter plus de sérénité par rapport aux aléas climatiques et d'éviter toute spéculation sur les prix. » Cette réserve ne pourrait s'appliquer que pour les AOC alsace blanc et rosé, ainsi que pour le crémant, avec un maximum de 5 hl/ha/an dans la limite de 15 ha par exploitation. Un système qu'André Ducros juge « indispensable » désormais. « Le problème de l'Alsace aujourd'hui, c'est de réussir à atteindre les 80 hl/ha, non plus de les dépasser. Et si c'est le cas, il faut qu'on puisse en profiter. »

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