C’est à l’initiative de Georges Lasch, alors secrétaire général de la Chambre de commerce, avec le soutien de la municipalité colmarienne dirigée par Joseph Rey, et de la profession, qu’eut lieu du vendredi 4 au lundi 7 juin 1948, la première Foire régionale des vins d’Alsace. La profession viticole était parfaitement consciente de l’intérêt d’une telle manifestation après avoir été coupée du marché français pendant l’Occupation et les difficultés auxquelles elle se heurtait pour retrouver une production normale après les ravages de la guerre.
1848, la « fête de la Résurrection »
Lors de la première foire aux vins, la dégustation est installée dans les halles du marché couvert, où elle reste jusqu’en 1957. Les vins sont alors exclusivement, ou presque, présentés par les producteurs négociants, les premières coopératives qui s’étaient constituées, étant trop récentes et les propriétaires récoltants guère nombreux.
Inaugurant la foire, le ministre de l'Agriculture de l’époque, qui n’est autre que l’Alsacien Pierre Pflimlin, l’a qualifiée de « fête de la résurrection de la viticulture alsacienne ». Dès 1948, la Foire aux vins n’est pas uniquement une grande vitrine des « Alsaces », la gastronomie également y est à l’honneur dans la cour des Catherinettes, alors que la place de l’Ancien-Hôpital accueille les machines agricoles et viticoles. Du côté des animations, des expositions sont consacrées à l’histoire du vignoble et des représentations sont jouées en plein air devant l’ancien Corps de garde du « Lojalakriàg » (la guerre des tonnelets) qui oppose Colmar à Horbourg.
Mais, sans conteste, la grande affaire de cette première édition est le superbe cortège du dimanche 6 juin qui attire des milliers de spectateurs, admirant le défilé de chars, et de groupes folkloriques, le tout dans une ambiance de liesse. Les organisateurs ne se doutent pas que cette 1re foire aux vins deviendra au fil des ans, la manifestation phare de l’été alsacien.
En 1949, la seconde édition qui se déroule du 12 au 16 août (mois que la Foire adoptera définitivement à partir de 1951 jusqu’en 2016…) est historique. En effet, le Conseil de l’Europe vient de s’établir à Strasbourg et Colmar en profite pour inviter, le jour de l’inauguration, les représentants des pays en faisant partie. Emmenés par Robert Schuman, les ministres des Affaires étrangères de Grèce, du Danemark, d’Irlande, l’ancien président de la République d’Irlande, des délégués belges, néerlandais, britanniques, se retrouvent à la Foire aux vins. Cette première journée débute, comme la première édition, par un impressionnant cortège de toute beauté. Quant aux animations, elles sont, en dehors du folklore, très… classiques, avec le quatuor de Versailles et les chœurs du Théâtre municipal de Mulhouse.
La troisième foire du 12 au 16 juillet 1950 fait vibrer la corde patriotique, avec la présence du Général De Lattre de Tassigny, libérateur de la poche de Colmar. C’est alors un grand show historicomilitaire qui a lieu pour l’occasion, le 14 juillet au soir. En cette année, encore, l’on voit s’installer sur la place des Fêtes (aujourd’hui place de la Montagne-Verte), des pavillons de maisons de vins réputées où les places sont rapidement très chères, car on peut y suivre les spectacles à l’abri de la pluie, alors que les bancs disposés devant la scène sont en plein air.
Dégustation collective et premiers spectacles en 1951
La dégustation collective est mise en place en 1951. En effet, les grands noms du vignoble, présents depuis le début, arguent d’un impact limité des affaires : il se vend des colis, mais aucune affaire mirobolante. Devant l’évocation de leur possible désengagement, les organisateurs réfléchissent à un autre mode de fonctionnement. Ainsi naît la dégustation collective par cépage contre tickets qui connaît sa forme actuelle sur le stand collectif du CIVA.
Depuis ses débuts, la foire ferme à 18 heures. Les organisateurs s’aperçoivent, au fil des années, qu’une ambiance d’exaltante convivialité, grâce à la subtile alchimie entre le vin et la scène, s’installe le soir. Aussi, les spectacles en soirée deviennent-ils la règle. L’affiche de 1951 est essentiellement régionale, avec la « Schnockeloch-Kàpall » de Jules Mayer, Germain Muller et son Barabli, le Cabaret de Gaston Goetz mais aussi Tony Troxler.
L’année suivante, une section « Arts ménagers » fait son apparition et l’on commence à accueillir des spectacles plus importants, avec des artistes de variétés, des groupes folkloriques étrangers, des acrobates, des jongleurs. Un hall gastronomique est créé en 1956, comprenant le Cabaret colmarien qui devient une véritable institution. Des groupes locaux s’y produisent au début : le cabaret Grill-en-Breit et Grudenot. Un hall maintenu aujourd’hui encore au Parc-expo.
L’année 1954 coïncide avec l’élection de la première Reine des vins d’Alsace, en la personne de Marguerite Binner, tout juste 18 ans à l’époque. Un premier règne qui ne dure que quelques mois, et un diadème en carton. N’ayant régné qu’un hiver, Marguerite Binner est réélue l’année suivante. Depuis lors et chaque année, une nouvelle reine des vins d’Alsace, véritable ambassadrice des vins d’Alsace, est élue pour une année, au début du mois de juillet, et intronisée en toute solennité lors de la cérémonie d’inauguration de la foire, excepté en ce soixante-dixième anniversaire où une soirée particulière sera consacrée aux Reines. Signe des temps, les candidates doivent désormais faire aussi campagne sur Facebook.
Avec le développement du festival à partir de 1957 (lire page 15), le public vient en nombre et le seuil des 100 000 visiteurs est franchi en 1954. En 1959, on dénombre 150 000 personnes et le seuil des 170 000 est passé en 1960. Des problèmes de sécurité et de stationnement se font jour. Dès 1960, le maire Joseph Rey laisse entendre que la Foire pourrait bénéficier de profonds changements étant trop à l’étroit au centre de Colmar. Ce sont là les prémices du déménagement qui se concrétise en 1968 avec le transfert de la Foire aux vins au Parc des expositions.
Initialement, le Parc des expositions se compose de la halle aux vins (3 000 m2) avec son restaurant de 500 places, d’un immense hall d’exposition (11 000 m2 d’un seul tenant) totalement métallique et du théâtre de plein air, conçu pour 13 000 personnes dont 3 000 en places assises. « Ses lignes rappellent le « Hollywood Bowl » à Los Angeles », pouvait-on lire dans la presse de l’époque. Le hall du Cabaret colmarien s’y ajoute l’année suivante. Ainsi, l’orchestre Hubert Bannwarth se produit en 1968 dans le grand hall où un espace de 400 places a été aménagé à son intention. Les expositions à l’extérieur (dont le parc agricole) occupent, elles, 16 000 m2. Outre le Cabaret colmarien, un hall de l’artisanat vient par la suite compléter les bâtiments initiaux du Parc des expositions.
Mais dans la nuit du 9 au 10 août 1979, au cinquième jour de la foire, un terrible incendie détruit près de 11 000 m2 dont le hall principal avec l’ensemble des stands, ainsi que le hall de l’artisanat. Aujourd’hui, trois halls de moindre dimension, avec la Halle aux vins et le Cabaret colmarien permettent d’accueillir simultanément plusieurs manifestations. Le hall de l’artisanat n’a jamais été reconstruit.
Quant au théâtre en plein air, couvert mais non cloisonné, il est question périodiquement de le fermer. Le théâtre est entièrement rénové en 2000 et dispose d’une capacité de 10 000 places assises. Cet équipement moderne est très apprécié par les artistes et accueille les plus grandes stars.
En 2011, la Halle aux vins fait peau neuve. Avec le hall 5, c’est le seul bâtiment d’origine épargné par l’incendie de 1979. Adieu maison à colombages et folklore alsacien, la métamorphose se fait en rouge et noir avec une grande fresque du vignoble qui trône fièrement. La halle peut se transformer en salle de conférences ou de spectacle de 1 300 places. L’occasion de repenser également la dégustation collective, avec la mise en place de la « Feuille de vigne » au cœur de la Halle aux vins, avec des vins sélectionnés conjointement par l’association des sommeliers et le Civa. Les familles professionnelles prennent leurs quartiers dans le hall 4 devant l’entrée du théâtre pour un stand de dégustation des vins primés et sigillés.
La foire aux vins, c’est ce savoureux mélange de bazar commercial, de rencontres et de discussions techniques sur le parc agricole, de musique et de bonne humeur autour des vins d’Alsace. Que la fête commence !