Stratégie
« Garder sa ligne directrice est primordial »
Stratégie
Vigne
Publié le 05/04/2016
« Quand on fait un choix, il faut s’y tenir sur la durée ». C’est selon ce principe que Jean-David Ermel a décidé des orientations d’un domaine qu’il rejoint en 1979 et qu’il gère avec Sylvie, son épouse depuis 1990. Il est en train de transmettre cette philosophie à ses deux fils, David, 28 ans, qui vient de prendre des parts dans l’Eàrl familiale et François, 26 ans, salarié de l’exploitation. Au début de sa carrière, Jean-David conforte la surface exploitée par des achats et une location à… trente kilomètres ! « Il s’agit d’un hectare d’un seul tenant qui se travaille facilement. Cela se justifie » explique-t-il. La majorité de ses parcelles reste sur Ribeauvillé, Hunawihr et Zellenberg. La moitié est en coteaux. Jean-David a progressivement replanté les vignes les plus étroites où il était obligé d’intervenir à la main. Il a reconverti la dernière de onze ares en 2014. Jean-David enherbe environ 30 % de sa surface tous les rangs afin de prévenir l’érosion. Ailleurs, il maintient l’herbe un rang sur deux et travaille l’autre avec une charrue à pattes d’oie. Il désherbe chimiquement partout le cavaillon et préfère encadrer la fleur avec un systémique. Il note ses vignes à la taille et apporte de l’engrais organo-minéral quand il le juge nécessaire. En 2016, il s’est décidé pour du 9-3-16.
Jean-David vise le rendement autorisé par appellation et a obtenu en générique 70 hl/ha, en 2015 comme en 2014. Il vendange « par conviction » exclusivement à la main et le mentionne par une collerette sur la plupart de ses bouteilles. Il réalise deux pressoirs par jour avant d’enclencher un processus de vinification classique qui mise sur un levurage systématique à 5 g/hl afin d’éviter des fermentations délicates. Jean-David laisse les levures largement consommer le sucre sur l’ensemble de sa gamme. « Mon gewurztraminer tradition affiche 6 g/l de sucre résiduel, mon pinot gris 7 à 8 g/l. Un bon client allemand m’appelle dès qu’il reçoit un millésime qui le déroute un peu. D’autres nous mettent en garde. Ils nous disent qu’ils cesseront leurs achats si mes vins deviennent trop ronds. Ils doivent pouvoir accompagner un repas. Depuis le début de ma carrière, je n’ai pas changé de style de vins. Garder sa ligne directrice est primordial. Mais la maturité a évolué. Comme chaque parcelle est récoltée à son optimum, il y a un peu moins d’acidité » note Jean-David.
Moderniser l’espace de vente
Le caveau ouvert en permanence, sauf à Noël et au nouvel an, joue un rôle capital dans la commercialisation des vins du domaine. Il y a bien sûr la vente directe aux particuliers qui achètent une bouteille sur deux. Mais il y a surtout les contacts qu’il a déjà procurés. Le plus bel exemple est le passage d’une famille de Taïwan. « Nous avons sympathisé. Un mois après, la première commande est tombée. Cela continue depuis » raconte Jean-David. Le schéma a été le même pour un marché en Finlande et plusieurs autres en Allemagne. Depuis vingt ans, Jean-David et Sylvie se rendent en Belgique pour une dégustation qui réunit habituellement 150 personnes. À chaque fois, ils repartent avec des commandes payées pour près de 3 000 bouteilles en moyenne. Ils reviennent livrer, mais leur après-midi sur place est bien rentabilisé ! « C’est basé sur la confiance. Ce sont de très bonnes ventes » commente le couple. L’exportation représente désormais un tiers des ventes et les revendeurs un peu moins de 30 %. Le site internet créé il y a plus de dix ans, a généré d’autres contacts mais la vente en ligne piétine. Les commandes y sont encore trop rares. Jean-David et Sylvie l’ont déjà modernisé une fois mais ils pensent à faire remettre l’ouvrage sur le métier par leur prestataire.
Ce projet n’est pas le seul. David qui doit reprendre la gérance de l’Eàrl d’ici quelques années, envisage une reconversion des vignes en bio. La transformation du caveau en espace d’accueil avec son magasin figure également au programme. L’idée est de substituer à l’entrée par l’arrière actuelle, une entrée par l’avant avec vue depuis la route sur les fûts de la cave originelle du domaine. Pour attirer l’œil, « car il nous faut susciter davantage l’arrêt des touristes qui passent deux fois devant le domaine pour se rendre et revenir de l’église fortifiée, voire ceux qui visitent le parc des cigognes à quelques centaines de mètres » argumente Jean-David. Pour David, ce chantier doit s’ouvrir « le plus vite possible ». Mais tout ne doit pas se jouer à domicile. David, avec sa formation commerciale, a l’intention de s’intéresser aux marchés étrangers mais sans délaisser l’Hexagone. Le domaine attend depuis trois ans une ouverture pour participer à cinq salons de vignerons indépendants. Comme celui de Lyon. David vient d’y participer pour la première fois cette année. Il en qualifie les retombées de « positives ». Toute la famille espère que ce n’est qu’un début.












