Fertiroc
Une poudre de roches pour économiser l’engrais
Fertiroc
Technique
Publié le 07/03/2023
Jean Niesner est agriculteur à Remering, petite commune de Moselle à 3 km de la frontière allemande et à 40 km de Metz. Il crée en 1987 une exploitation céréalière (blé, orge, colza) de 15 ha jusqu’à arriver à 180 ha à peine dix ans plus tard. Il entame des essais en diversifiant ses cultures : maïs ensilage pour sa sœur éleveuse, maïs grain, chanvre… En parallèle, il vend des produits agricoles. Souvent, il les teste avant de les proposer à ses clients. Son fils, Pierre, a grandi dans l’exploitation familiale et a été encouragé par son père à se former dans un autre domaine. Il étudie jusqu’à devenir ingénieur en bâtiment. Il travaille quatre ans en Suisse en tant que conducteur de travaux. Dès 2016, l’idée d’un biostimulant germe dans leurs têtes lorsqu’ils travaillent sur l’exploitation, car sur ces terres peu riches, les rendements plafonnent « parfois cinq à six tonnes par ha, alors que -non loin- ils atteignent près de dix tonnes/ha ». Il se met à travailler à mi-temps au Luxembourg et cherche une solution pour économiser les intrants et augmenter la productivité tout en assurant une rentabilité technico-économique de l’exploitation.
Après deux ans d’essais sur leurs parcelles, Jean et Pierre créent leur société au Luxembourg en 2019 : Power the Nature. Le Luxembourg est un choix stratégique et d’opportunité : Pierre y travaille, et un centre d’investissement leur propose une aide pour des essais à plus grande échelle. C’est à ce moment que les Niesner découvrent Rittmo agroenvironnement à Colmar. Mohammed Benbrahim, ingénieur de recherche pour cette entreprise d’essai agronomique, confirme que 40 % de leurs clients sont des petites entreprises. En 2019, Rittmo encadre un an d’essai sur pot en serre de colza et vigne. L’année suivante a été marquée par des analyses en plein champ réalisées par l’université Gembloux Agro-Bio Tech à Liège, en Belgique. Les essais ont été prolongés durant trois ans sur blé, maïs et vigne, également avec le centre de recherche agronomique en Suisse Agroscope pour étudier le mode d’action du produit. Dans l’optique d’une autorisation de mise sur le marché, l’innocuité du produit a également été contrôlée par Rittmo.
Un tiers d’engrais chimique en moins
Le produit nommé FertiRoc est une poudre mouillable pour application foliaire, il est vérifié Ecocert et certifié FiBL et donc utilisable en agriculture biologique. C’est un mélange de roche volcanique et de plusieurs minéraux. « Il agit sur le métabolisme en pénétrant par les stomates, et par action mécanique pour la portion qui reste sur les feuilles, détaille Pierre et Jean Niesner. Nous avons mis en évidence qu’il améliore la photosynthèse ainsi que les exsudats racinaires. Il s’ensuit un développement plus important des micro-organismes dans la rhizosphère. L’ensemble permet une meilleure biodisponibilité des éléments nutritifs et favorise leur assimilation par la plante. Il induit également une réduction du stress abiotique (hydrique, nutritif…).» Concrètement, une conduite de culture avec application du biostimulant permettrait d’économiser 20 % à 30 % d’engrais chimique. « 25 % d’engrais chimique en moins c’est une réduction d’émission de plus de 350 kg équivalents en CO2 par hectare », ajoute Jean Niesner.
« Avec l’augmentation du prix des engrais, tout le monde est à la recherche de l’unité d’azote, souligne Mohammed Benbrahim. Les deux essais que nous avons menés ici ont prouvé l’efficacité et l’innocuité du produit. Il permet de réduire l’infiltration des nitrates dans le sous-sol. Le produit agit sur le développement racinaire et l’activité biologique du sol. L’un des points forts est d’avoir des effets sur plusieurs cultures. » « Son coût est en moyenne de 50 euros par hectares. Avec 25 % d’économie d’engrais, l’agriculteur entre largement dans ses frais », garantit Pierre Niesner. L’autorisation de mise sur le marché a été délivrée en juillet 2022. « Jeune entreprise familiale sans réseau commercial, nous cherchons à collaborer avec des coopératives et des négociants. » Jean et Pierre aimeraient que leur produit soit testé par un programme d’essai public français.












