7e Prix national pour l’agrobiodiversité animale
La chèvre de Lorraine, ambassadrice du monde agricole
7e Prix national pour l’agrobiodiversité animale
Publié le 26/02/2019
Connaissez-vous la chèvre de Lorraine ? Une race caprine locale qui donne des couleurs au troupeau éclectique de Xavier Rolais. Ce jeune architecte paysagiste éleveur a fait le pari de l’écopâturage avec comme objectif de recréer du lien entre le monde agricole et le monde urbain. Rencontre avec un jeune agriculteur passionné et déterminé.
C’est sur un terrain de la zone industrielle d’Hombourg, près de Mulhouse, que Xavier Rolais a installé pour l’hiver ses chèvres et ses moutons. Deux tunnels, des bottes de pailles, un tracteur, quelques clôtures et 170 bêtes aux robes bigarrées. « J’ai commencé mon cheptel avec quelques animaux croisés, raconte l’éleveur. Mes parents avaient des vaches laitières. Et finalement, chèvres et vaches c’est un peu pareil, en plus petit… Un éleveur de moutons m’a aidé au début. Je développe aujourd’hui trois races de moutons et une race de chèvre. J’ai choisi la chèvre de Lorraine, menacée de disparition, car je voulais travailler avec une race locale. Malheureusement, la chèvre endémique du Sundgau, elle, a disparu. » Ces chèvres tachetées de noir et de blanc ont poussé l’agriculteur à se présenter au 7e Prix national pour l’agrobiodiversité animale. L’ambition de ce concours, créé par Ceva France et la fondation du patrimoine, est de valoriser la biodiversité de l’agriculture française. Les critères, à défendre dans un dossier, sont au nombre de trois : le modèle économique du projet, son impact social et environnemental, et les actions de communication et de sensibilisation qui l’accompagnent. Devenir agriculteur-entrepreneur En avril 2015, Xavier Rolais, fils d’agriculteur et paysagiste de formation, se lance dans l’écopâturage, une pratique ancestrale qui retrouve peu à peu ses lettres de noblesse. Depuis quelques années déjà, bourgeonnent à travers la France des projets de ce genre. S’inscrivant dans une logique de développement d’une activité écologique et locale et capitalisant sur son expérience en bureau d’études, Xavier Rolais crée Alternature et devient « architecte paysagiste éleveur ». Fruit d’une reconversion professionnelle, mais également d’un œil critique porté sur le monde qui l’entoure, la jeune entreprise a rapidement trouvé sa clientèle. Alternature propose ses services à des entreprises ou des collectivités comme alternative aux produits phytosanitaires et au désherbage mécanique. « L’écopâturage a fait ses preuves scientifiquement », tient à préciser Xavier Rolais. De la Petite Camargue voisine aux vestiges Vauban de Huningue, c’est une solution efficace pour gérer les paysages, les entretenir et empêcher les plantes invasives de proliférer. Par exemple, « dans des endroits escarpés, l’intervention de l’homme peut être dangereuse. Les chèvres, elles, se faufilent jusqu’aux bords », explique l’éleveur. « Je travaille majoritairement avec des entreprises, raconte-t-il. J’installe un petit cheptel sur une longue période, d’avril à novembre. Ainsi, elles peuvent profiter de l’image positive des animaux le plus longtemps possible. Je passe une à trois fois par semaine pour contrôler que tout va bien, leur mettre de l’eau, etc. J’ai aussi créé un abri que j’installe, quand il n’y a pas d’abris naturels, et je réfléchis d’ailleurs à le commercialiser. » Avec son entreprise, Xavier Rolais a donc développé une prestation globale pour répondre à un enjeu essentiel à ses yeux : « Recréer du lien en remettant l’agriculture dans l’urbain ». Les entreprises y trouvent leur compte, financièrement bien sûr, mais aussi en termes d’image et de discours. C’est aussi la réflexion de la SCI qui lui prête le terrain qui l’accueille cet hiver. « J’entretiens la zone en échange du terrain. C’est précaire et c’est pourquoi tout est démontable », note-t-il. À son arrivée, la friche était omniprésente, empêchant tout passage, sauf pour les animaux qui s’en sont donnés à cœur joie. « Les chèvres débroussaillent et les moutons broutent », ajoute l’agriculteur. « Un arbre écorcé par les chèvres mourra dans un ou deux ans. Alors que coupé par l’homme, il repartira de plus belle. » L’écopâturage est une pratique porteuse : après seulement 1 an et demi de travail, Xavier Rolais a pu se dégager un salaire convenable. Une somme qu’il réinvestit directement dans son exploitation. « Aujourd’hui, j’ai déjà presque remboursé mes prêts. J’ai aussi pu engager Benoît qui travaille avec moi depuis quelques mois. C’est une entreprise qui va doucement mais qui avance. » Pour lui, il faut vivre de son activité et assurer un revenu pour sa famille, mais l’essentiel est ailleurs : « Je voulais trouver des solutions à des problématiques actuelles, notamment la fin des produits phytosanitaires. » Le partage et la sensibilisation comme moteur Les activités de la jeune entreprises ne s’arrêtent toutefois pas là. Si Xavier Rolais a choisi de ne pas exploiter le lait ou la laine de ses bêtes, elles ont pourtant un emploi du temps chargé. Elles sont devenues les ambassadrices du monde agricole, notamment dans les écoles de la région. Sidéré de constater que pour les enfants, « un mouton c’est blanc, et une chèvre c’est brun avec des cornes », le jeune entrepreneur a mis la sensibilisation au cœur de son nouveau métier. Il propose donc aux écoles de leur prêter des animaux. Elles rejoignent leur troupeau quelques jours plus tard, portant un prénom choisi par les enfants, et avec, très certainement, le sentiment d’une mission accomplie. De nouveaux volets sont développés. Cette année, une transhumance jusqu’au château d’Hombourg a été organisée. Le troupeau allait profiter des restes de colza après la récolte. « C’était la première fois depuis plus de 50 ans qu’il y a eu une transhumance dans le coin. C’était très chouette ! », se réjouit le jeune exploitant. Autre exemple de ce lien entre agriculteurs qui se retisse, il échange son fumier contre le fourrage récolté sur les jachères d’un autre voisin. « C’est donnant-donnant. Je veux que tous profitent de cette dynamique. » Actuellement, il collabore avec un maraîcher installé à quelques kilomètres de là. « Les animaux mangent les adventices. Ils piétinent aussi les sols et détruisent les galeries des rongeurs qui mangent les racines. » C’est l’envie d’expérimenter qui guide Xavier Rolais et ses collaborateurs. « J’ai des réflexions toutes simples », conclut-il. Intimement persuadé de ne rien inventer, il réfléchit et garde l’esprit ouvert sur ce qui existe déjà pour essayer d’apporter de nouvelles manières de faire, ici, dans le bassin mulhousien.












