Impact du gibier en forêt
Des enclos pour témoins
Impact du gibier en forêt
Publié le 26/04/2018
Face à une population de gibier en hausse, qui exerce une pression croissante sur la forêt, au risque de pénaliser la régénération naturelle et de déséquilibrer le peuplement au profit de l’épicéa et au détriment du sapin, le Centre régional de la propriété forestière du Grand Est veut déployer l’installation de dispositifs d’enclos témoins afin d’illustrer l’impact du gibier sur les milieux forestiers et leur évolution.
Si les promeneurs sont ravis de voir une biche ou un chevreuil détaler au détour d’un sentier, les forestiers voient la situation d’un autre œil. Car si gracieux qu’ils soient, ces animaux ont un solide appétit, et se repaissent de jeunes pousses d'arbres. Et, surtout, leur population augmente. À tel point que l’équilibre entre le gibier et la forêt est parfois rompu. C’est-à-dire que la population de gibier est trop importante et exerce une pression pénalisant la régénération naturelle de la forêt. En outre, cerfs et chevreuils sont particulièrement friands du sapin. L’épicéa, lui, se fait bien moins abroutir. Conséquence : « On assiste à une inversion du peuplement, au profit de l’épicéa et au détriment du sapin », constate Pascal Ancel, ingénieur au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) du Grand Est. Or c’est justement le sapin que les forestiers aimeraient pouvoir préserver. Car cette essence fait partie de celles qui résisteraient le mieux au changement climatique. « Comme nous assistons à un déséquilibre entre la population de gibier et la forêt dans son état actuel, il s’agit d’adapter la population de gibier à la forêt », indique Pascal Ancel. Les intérêts des gestionnaires forestiers et des chasseurs étant divergents sur la question, les premiers doivent être en mesure de prouver ce déséquilibre, et d’évaluer son ampleur, afin de prendre les mesures qui s’imposent pour rétablir la situation d’équilibre. Dispositif simple et sélectif C’est pourquoi le CRPF du Grand Est souhaite développer l’installation d’enclos/exclos témoins, des dispositifs qui permettent d’évaluer l’étendue des dégâts. La version simple consiste en l’implantation d’un enclos de 5 mètres sur 5, permettant d’apprécier l’impact des cervidés en globalité sur les essences de production, les essences secondaires et la biodiversité, mais sans pouvoir faire de distinction entre la responsabilité du cerf et du chevreuil. Une seconde version, sélective, permet de distinguer la pression exercée par les cerfs de celle exercée par les chevreuils. Ce dispositif se compose d’un enclos de 25 x 25 m équipé de portes à chevreuil laissant pénétrer uniquement ce dernier (zone hors cerf). Et d’un deuxième enclos de 10 x 10 m sans portes (hors chevreuil et cerf) disposé dans un coin de l’enclos 25 x 25 m en ajoutant une clôture de 10. Les portes à chevreuil font 20 à maximum 25 cm de large sur une hauteur de 50 cm maximum. Les bonnes conditions pour la bonne interprétation Pour mesurer l’impact du gibier, ces enclos sont équipés de piquets numérotés. Des photos de chaque placette de 1,5 m de rayon sont prises en regardant vers le centre de la placette. Ce qui permet, pour chaque piquet, de noter le nombre total de tiges présentes et le nombre de tiges non viable de chaque essence présente. Pour que les résultats de ces investigations soient exploitables, les enclos doivent être placés dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en premier lieu dans une zone suffisamment éclairée afin de permettre la germination et la croissance des essences ciblées. En outre, les zones situées à l’intérieur (enclos) et à l’extérieur (exclos) doivent être comparables en termes de conditions pédoclimatiques, donc pas trop éloignées (5 à 20 m idéalement), mais suffisamment éloignées pour limer l’influence de la clôture sur l’exclos (certains animaux sont attirés par les abords des clôtures). Il est donc envisageable d’implanter ces dispositifs dans des trouées, une plantation après une coupe à blanc, sous un peuplement où la régénération naturelle est recherchée… Afin d’encourager l’installation de ces enclos, le CRPF a organisé une réunion, où deux exemples ont été présentés. Tout d’abord un enclos simple, en forêt communale de Steige, sous un peuplement installé. Pour Pascal Ancel, la luminosité du site choisi est insuffisante : « Il faudrait avoir moins de 35 m2 de surface terrière par hectare. Ici il y a encore trop de volume de bois sur pied pour avoir une régénération abondante », indique-t-il. Avant de préciser que « le CRPF contrôlera l’implantation des enclos dont il financera les fournitures ». La deuxième étape a conduit les participants dans la forêt domaniale du Hohwald, pour observer un enclos installé il y a cinq ans dans un puits de lumière. « La surface terrière est plus basse, il y a donc plus de lumière et plus de végétation », commente Pascal Ancel. Avec une population de gibier raisonnable, il devrait donc y avoir à peu près autant de végétation dans l’enclos que dans l’exclos, ce qui n’est objectivement pas le cas. Dans l’enclos, les participants repèrent de l’épicéa, du sapin pectiné, du pin sylvestre, de l’alisier… Il semble y avoir davantage de tiges juvéniles dans l’enclos qu’à ses abords. Mais ce qui frappe le plus le regard, c’est la différence de taille entre les myrtilliers de part et d’autre de la clôture. Ceux-ci sont significativement plus hauts dans l’enclos, car moins abroutis. Autre élément très visuel : la présence de ronce dans l’enclos, alors que l’extérieur en est totalement dépourvu. Retrouvez cette visite en vidéo :












