Forêt

Forêt et changement climatique

État d'urgence

Publié le 20/07/2023

Sous l’effet du changement climatique, les forêts brûlent. Que ce soit à petit feu ou dans des incendies ravageurs. Leur capacité à stocker du carbone, donc à atténuer le changement climatique s’en trouve amputée. Déjà, les spécialistes ne croient plus à la capacité d’adaptation naturelle des peuplements tant le climat s’emballe. L’heure n’est plus au maintien du potentiel de production, mais au maintien d’un couvert végétal.

Dans la vallée de la Doller, le sapin n’est plus le roi des forêts. Et sa verdure vire au rouge, signe d’un dépérissement lié au changement climatique. En 2019, 12 000 m3 de bois sec y ont été récoltés contre 500 m3 en 2016. Depuis, la tendance ne s’est pas inversée, au contraire. Par contre, les acteurs de la forêt ont pris la mesure de la problématique, et des études sont en cours pour tenter d’adapter le peuplement forestier à un changement climatique qui s’emballe. C’est dans ce contexte que le service forêt de la Chambre d'agriculture Alsace et l’association forestière de la vallée de la Doller, de la Thur et environs ont organisé, vendredi 30 juin, une réunion d’information sur l’impact du changement climatique sur la répartition future des essences forestières et la sélection d’essences de reboisement. Christian Piedallu, ingénieur de recherche à AgroParistech, a introduit le propos en présentant des cartes qui font froid dans le dos. En effet, l’Alsace figure dans l’œil du cyclone du changement climatique. Les températures estivales ont augmenté un peu partout, mais l’Alsace est particulièrement dans le rouge. Et les précipitations, si elles devraient rester stables en moyenne, vont se raréfier en été, et là aussi, l’Alsace risque d’être particulièrement soumise à un régime sec. Cela a déjà - et aura encore davantage à l’avenir - un effet sur les aires de répartition des essences, qui sont, pour schématiser, limitées au nord par le froid, et au sud par le régime hydrique. « Ces aires de répartition n’ont jamais été fixes. Mais elles évoluent sur des pas de temps beaucoup plus long que ce à quoi nous assistons actuellement », indique Christian Piedallu. En peu de temps, l’Alsace risque donc de devenir une région adaptée aux essences méditerranéennes. Mais la communauté scientifique est de moins en moins encline à penser que la capacité d’adaptation naturelle des peuplements peut suivre la cadence du changement climatique. Il va donc falloir agir pour soutenir cette évolution. Adapter les itinéraires de gestion Les modélisations en cours mettent en évidence une remontée des aires de répartition vers le nord pour de nombreux types d’arbres. Pour le sapin, il y a aussi une remontée en altitude des zones qui lui sont favorables. Dans les zones qui deviennent inadaptées aux essences en place, les peuplements dépérissent. De nombreux paramètres influencent l’intensité du phénomène : âge, type et mélange d’essences, densité, structure, microclimat. Certains ont un effet particulièrement négatif : l’âge des arbres, leur position de dominé, la pureté du peuplement, l’exposition au stress hydrique, qui explique qu’il y a davantage de mortalité en haut de versant et sur les versants sud… Autant de paramètres qui expliquent que certains peuplements sont plus résistants que d’autres : « Dans certains secteurs, le peuplement est acclimaté au stress hydrique, il résiste donc mieux au changement climatique », pour l’instant. Ces éléments permettent de cartographier la probabilité de dépérissement et d’adapter les actions au niveau de risque. Il peut s’agir de faire évoluer le peuplement en place pour améliorer sa résilience, ou de remplacer les espèces en place par d’autres. Quel que soit le niveau de risque, Christian Piedallu annonce la couleur : « Il n’y aura pas de solution miracle. » Par contre, certaines mesures doivent être mises en place dès maintenant : ne plus planter les espèces à risque élevé de dépérissement, favoriser la régénération naturelle avec les espèces présentes plus résistantes à la sécheresse en espérant une adaptation, implanter des espèces plus méridionales, favoriser la diversité des essences et les structures de peuplement hétérogènes, préserver les sols, mélanger les essences, gérer la ressource en eau, en gérant la surface foliaire pour que l’eau arrive au sol, en pratiquant des éclaircies progressives… Les coupes rases et les fortes mises en lumière sont de toute manière à proscrire, pour limiter le stress hydrique. Mieux vaut pratiquer une sylviculture à couvert continu, avec des éclaircies légères, par petites touches, pour garder une ambiance forestière (ombrage, lumière diffuse, eau… ). Diversifier les peuplements Conseiller forestier à la Chambre d'agriculture Alsace, Samuel Jehl rappelle que les peuplements mélangés affichent de meilleures croissances et productivité que les purs car les différentes essences n’exploitent pas les mêmes ressources, et donc les utilisent mieux. Certaines essences ont un enracinement pivotant, d’autres superficiel. Les mélanger permet d’optimiser l’exploration de la réserve utile des sols. En outre, chaque essence a ses propres besoins (autécologie) et les essences interagissent entre elles (synécologie). Des interactions qui ont tendance à rendre les peuplements mélangés plus résilients. Ainsi, la nuisibilité du scolyte est moins élevée dans un peuplement diversifié que pur. En outre, chaque essence a des atouts et faiblesses, donc « choisir des essences qui ont des sensibilités différentes constitue une assurance face au changement climatique ». Samuel Jehl cite l’exemple d’un peuplement composé à 30 % de hêtre et 70 % d’épicéa. « Le hêtre, avec sa forme d’entonnoir, amène l’eau dans la futaie. Résultat, les 70 % d’épicéas sont aussi productifs qu’en peuplement pur ». Problème : les hêtres font partie des essences condamnées par le changement climatique à plus ou moins long terme… Autres exemples : chêne sessile et pin laricio, épicéa et chêne rouge… « Les peuplements monospécifiques, il faut tirer un trait dessus, se diriger vers des pratiques plus adaptées comme la futaie irrégulière, à couverture continue », encourage Samuel Jehl, qui reconnaît que « ces méthodes engendrent un suivi moins facile, un surcoût, et parfois des échecs ». En outre, ces adaptations des itinéraires de gestion vont inévitablement impacter l’aval de la filière, qui va aussi devoir s’adapter. Dans la salle, d’autres propositions émergent : élaguer les arbres pour qu’ils soient moins hauts, ou encore rétribuer les externalités positives des forêts, notamment lorsqu’elles piègent du carbone, ce qui augmenterait la capacité d’investissement dans la forêt, donc sa capacité à piéger du carbone, et donc sa capacité à tempérer le changement climatique ! Dans les cas les plus extrêmes, mieux vaut dès à présent implanter des espèces plus résistantes au stress hydrique et au coup de chaud. Avec la difficulté qu’elles doivent aussi être capables de résister au gel hivernal. Pin laricio de Corse, chêne rouge, chêne pubescent, cèdre de l’Atlas, sont quelques essences citées par Samuel Jehl, qui insiste : « Le choix des essences passe par un diagnostic de station. » Il convient également de rester dans les clous de la réglementation. Ainsi, pour bénéficier de certaines aides, il convient de choisir des essences qui figurent sur une liste des matériels forestiers de reproduction (MFR). Une liste qui contient très peu de nouvelles essences, donc qui ne facilite pas l’adaptation au changement climatique. En conclusion, Christian Piedallu, encourage les forestiers à « tenter des expériences », mais aussi à « gérer l’incertitude », car ce qui est sûr « c’est qu’il n’y a plus de certitudes ! »    

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Sécheresse : la forêt dans le rouge

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