Forêt

Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval)

Transmettre des forêts d’avenir

Publié le 14/04/2017

La 18e assemblée générale de la coopérative Cosylval a eu lieu mardi 21 mars à Bergheim. Au total ce sont 54 coopérateurs qui se sont déplacés aux assemblées de section ainsi qu’à la visite de terrain qui s’est déroulée chez le président de la coopérative, Michel Rolli.

Les coopérateurs alsaciens se sont vu remettre une fiche synthétisant les chiffres clés de l’exercice 2015-2016 de la coopérative. Malgré un chiffre d’affaires légèrement en baisse, le volume d’activité est en constante augmentation. Par ailleurs, à l’issue des assemblées de section du matin qui se tenaient à Châtenois et à Sainte-Croix-en-Plaine, une présentation des projets d’appel à manifestation d’intérêt (Ami) Dynamic bois a été proposée aux coopérateurs. Le projet FibAlsace au Nord a été présenté par Pascal Ancel, du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Les deux projets « Ami Dynamic Bois 2015 » ont ensuite été détaillés au Sud. Le projet de l’énergie du reboisement Franche-Comté Alsace (Erfcal), a été présenté par Julio Boutry, de Cosylval. Le projet FibAlsace sur le Haut-Rhin avec les actions de mobilisation concertées a été expliqué par Thierry Bouchheid, du CNPF. Les ambitions du projet Erfcal sont de convertir ou d’améliorer les peuplements pauvres ou malades, de dynamiser la sylviculture, d’inciter les agriculteurs à gérer leurs boisements linéaires ou accrus forestiers naturels. Les animations visent à la réalisation de documents de gestion durable, à la certification des entreprises, à la hiérarchie des usages et à la traçabilité des bois. Les objectifs sont d’améliorer pas moins de 90 hectares, de reboiser 70 ha, de traiter 120 ha d’accrus forestiers et de valoriser des bois des grands réseaux d’infrastructure. Tous ces projets et cette politique forestière ont un seul objectif : transmettre des forêts d’avenir. 25 hectares de peupliers Dans l’après-midi, les coopérateurs ont pu découvrir et apprécier la populiculture à travers l’expérience de Michel Rolli grâce à une visite commentée de sa propriété située dans la plaine de l’Ill. « Les premières plantations de peupliers ont été réalisées dans les années 1980 après transformation de taillis d’aulne ou en boisement de terre agricole », explique Michel Rolli. L’objectif de gestion de la propriété est la production de bois d’œuvre de qualité déroulage. Le cultivar dominant est le koster qui est élagué de 6 à 10 mètres grâce à l’utilisation d’une nacelle. La première parcelle visitée a permis d’expliquer le déroulement d’une plantation de peupliers sur zone inondable. « Les plançons ont été installés sur des ados afin de surélever le système racinaire et permettre au peuplier de ne pas se noyer. Un fossé a été ouvert une ligne sur deux afin de drainer au maximum la parcelle et permettre une meilleure reprise des plants », précise Michel Rolli. La deuxième parcelle présentait un essai comparatif de peupliers (six cultivars) réalisé au cours de l’hiver 2002-2003. Enfin, la troisième et dernière parcelle a été l’occasion de voir l’aboutissement de la gestion populicole de la famille Rolli. À savoir, une parcelle exploitée cet hiver. Les bois ont été commercialisés via le cahier de vente peuplier de l’hiver 2016-2017 réalisé par la coopérative. Le bois d’œuvre qualité déroulage a été vendu en bloc et sur pied, tandis que la qualité palette l’a été bord de route. Les houppiers ont été triés en bord de parcelle puis broyés directement dans des camions à fonds mouvants. Au total, cette forêt de peupliers occupait une surface de 25 ha et se trouvait, en grande partie, en zone Natura 2000. En fin d’après-midi, les délégués des assemblées de section se sont réunis en assemblée plénière. En présence du commissaire aux comptes, ils ont définitivement validé le résultat financier de l’exercice 2015-2016, procédé au renouvellement du conseil d’administration et honoré trois salariés de la médaille d’honneur agricole en vermeil pour trente années de vie professionnelle, essentiellement chez Cosylval.

L'école des bûcherons de Saverne

L’Office National des Forêts dispose d’une seule école de bûcherons en France. Elle a été créée en 1953 et se situe en Alsace, à Saverne. Elle propose des formations en continue sous forme de stages sur le terrain à des amateurs et des bûcherons professionnels déjà en poste. En moyenne 250 journées de formations sont organisées par an dispensées à près de 500 stagiaires.

Forestiers d’Alsace

L’érable, un arbre d’avenir

Publié le 14/11/2016

En forêt d’Alsace, le frêne est victime de la chalarose, une maladie cryptogamique qui entraîne son dépérissement prématuré. D’autres essences, comme l’érable, peuvent être travaillées par les forestiers qui souhaitent trouver une alternative au frêne pour valoriser leurs forêts.

Ce n’est pas la graphiose de l’orme, mais ça y ressemble, notamment de par la virulence de la maladie : « En Alsace, de très nombreux arbres sont atteints, même certains gros sujets », indique Marc Debus, technicien à Forestiers d’Alsace. Les symptômes de la maladie sont une défoliation précoce, une nécrose des rameaux, des descentes de cimes… Ce qui ne va pas sans engendrer des conséquences économiques : « Les forestiers veulent couper ces arbres malades. Du coup l’offre est trop importante. Et puis comme ces arbres sont coupés jeunes, ils fournissent du bois de chauffage, pas du bois d’œuvre. » Mais si les dégâts sont importants, l’essence n’est pas menacée : « D’après les dernières estimations, environ un frêne sur cent serait résistant à la chalarose. C’est une très bonne nouvelle », estime Daniel Wohlhuter, directeur de Forestiers d’Alsace, qui incite donc les forestiers à précieusement conserver les frênes résistants qu’ils repèrent afin qu’ils se multiplient et essaiment. « En effet, les chercheurs pensent qu’il doit pouvoir être possible de sauvegarder l’essence à partir de ces individus résistants. » Néanmoins, face aux dépérissements et aux coupes prématurées que la chalarose engendre, les forestiers sont dans l’obligation de réagir, souligne Daniel Wohlhuter. Tempérament montagnard Érables et frênes ayant des exigences pédoclimatiques similaires, l’érable est une essence envisageable pour renouveler les frênes atteints de chalarose. C’est l’objet d’une réunion qui a récemment réuni une cinquantaine de personnes dans les forêts privées situées entre Valff et Westhouse. Marc Debus commence par faire la distinction entre l’érable plane, « dont les feuilles à cinq lobes portent de petites pointes » ; l’érable sycomore, dont les feuilles, toujours pentalobées, sont plus dentelées ; et l’érable champêtre, dont les feuilles sont bien plus petites que les précédentes. Les érables sont des essences au tempérament montagnard, qui supportent des stations acides à calcaire et se plaisent en conditions humides et fraîches, mais qui ne supportent pas d’avoir les pieds dans l’eau. Il est donc important de les implanter dans des sols profonds et frais, avec une bonne réserve utile. Une exigence qui, dans un contexte de changement climatique, doit attirer l’attention des forestiers : s’assurer de la disponibilité en eau en été constitue en effet un préalable indispensable à l’implantation d’érables. Le changement climatique pourrait d’ailleurs aussi impacter la progression de la chalarose du frêne, puisque le vecteur de l’agent pathogène est l’eau : « J’ai observé des frênes qui avaient fait une descente de houppier et qui se sont refait une santé après deux étés chauds et secs qui ont été défavorables au champignon », témoigne Hubert Ott, ancien président de ce qui était alors le Groupement de gestion et de développement forestier du Bas-Rhin. Appréciés des abeilles et des luthiers Les érables sont des essences mellifères, dont la floraison est très appréciée des abeilles. Ils produisent un bois aux très bonnes caractéristiques mécaniques, qui se travaille bien et qui est apprécié des ébénistes, escaliéteur et luthiers. L’érable ondé, notamment, permet d’élaborer des instruments de musique de très bonne qualité. L’érable sycomore est capable de former des tiges droites et longues. La branchaison de l’érable plane est plus délicate à gérer : elle peut provoquer des nœuds au niveau du tronc, ce qui détériore la valeur du bois. L’érable champêtre a une croissance plus lente, c’est une essence de sous-étage, plus biscornue, que l’on trouve généralement en lisières de forêt. Faire de la place suffisamment tôt Les érables sont des essences de demi-ombre, qui supportent de l’ombrage au début de leur croissance mais qui doivent ensuite accéder à la lumière : « Il faut ouvrir le peuplement pour les mettre en lumière », indique Marc Debus en désignant un bouquet d’érables planes qui « ont filé comme des asperges. Il aurait fallu intervenir plus tôt et supprimer quelques sujets au profit d’autres. Aujourd’hui, leur hauteur est bien trop importante par rapport à leur diamètre. Du coup, si on ouvre trop le peuplement, les arbres risquent de pencher, d’être abîmés par le vent… Il faut donc leur faire de la place suffisamment tôt, puis veiller à ce que, à tout stade, le houppier représente la moitié de la hauteur totale de l’arbre. Car sinon sa capacité de croissance est ralentie. Pour faciliter la cicatrisation, l’élagage doit se faire sur des branches dont le diamètre n’excède pas 3 cm. » Intervenir à bon escient En futaie irrégulière, Marc Debus conseille de choisir 120 tiges par hectare, et de les détourer, c’est-à-dire d’enlever les arbres qui touchent leur houppier. En futaie régulière, la sélection des sujets se complique : « Il faut toujours travailler pour les plus beaux sujets, c’est-à-dire ceux qui présentent le plus de rectitude, qui sont les plus cylindriques, qui présentent le moins de blessures et un bon élagage ». Ces arbres une fois sélectionnés, il s’agit de travailler autour pour leur mettre « la tête au soleil, la tige à l’ombre et les pieds au frais ». En présence d’érables sycomores, qui ont la particularité d’avoir une écorce fine et lisse, il faut rester prudent lors des interventions : « Si on pratique une éclaircie trop brutale, les arbres peuvent souffrir de coups de soleil qui se traduisent par un décollement de l’écorce ». La réunion s’est achevée autour d’un bel érable sycomore, dont l’écorce en écailles atteste une bonne quarantaine d’années. Contrairement au bois de frêne, celui de l’érable ne présente aucune altération lorsque le diamètre augmente. Aussi, si l’arbre est sain « il ne faut pas hésiter à le laisser augmenter de diamètre », indique Marc Debus, qui incite les forestiers à se manifester pour organiser des chantiers concertés. Ces derniers doivent permettre à plusieurs forestiers de valoriser de petites coupes, sans que le coût de l’opération ne vienne trop réduire la marge.

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