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Axel Kahn, directeur de recherche à l’Inserm

Intelligence artificielle contre fulgurance créative

Publié le 21/04/2018

Médecin généticien et essayiste français, Axel Kahn est surtout connu du grand public pour ses prises de position sur des questions éthiques et philosophiques concernant la médecine et les biotechnologies. Cette fois-ci, il s’est frotté à un adversaire de taille, l’intelligence artificielle, pour le plus grand plaisir des sociétaires et clients du Crédit Agricole Alsace Vosges, visiblement subjugués.

« Être intimidé par le pouvoir de la machine qui remplace la main ne pose aucun problème. Mais être intimidé par le pouvoir de la machine qui remplace l’esprit est une autre paire de manches. » Axel Kahn a le sens de la formule… Selon lui, la société s’apprête à être plus transformée que jamais depuis l’invention de l’écriture. « Nous allons vivre une très fondamentale modification de la place des humains dans la société. » L’intelligence artificielle est, selon le scientifique, un empilement de quatre niveaux d’avancées techniques. Le premier est le big data, c’est-à-dire la possibilité de stocker en langage informatique une quantité de données dont on ne voit pas les limites. Cette capacité de stockage croît à une vitesse phénoménale, explique le scientifique. « Mais, dans cette jungle incroyable, comment retrouver ses petits ? » C’est tout l’intérêt des algorithmes, explique-t-il. « La puissance de notre esprit s’est trouvée prise en défaut par la bêtise crasse de la machine. Mais cette sotte approche des informations est plus puissante que l’esprit le plus intelligent. » Bref, le massivement quantitatif l’emporte sur le brillamment intelligent. La subtilité, celle qui est à l’origine d’étonnantes découvertes scientifiques, ne sert plus à rien, assène-t-il. Il cite un autre exemple : les encyclopédies fleurissaient jadis dans les demeures ; l’encyclopédie des temps modernes se nomme Wikipedia. « Les plateformes participatives réunissent la connaissance minuscule de milliers de personnes. La connaissance globale sera nettement supérieure au plus brillant spécialiste. » Dans l’empilement des avancées techniques, les deux étages supérieurs sont la robotique et l’intelligence artificielle. « Une discipline fondamentale où des chercheurs en sciences cognitives ont conçu des circuits électriques mimant les circuits neuronaux. À partir du big data, l’intelligence artificielle traite les données à plusieurs niveaux, comme la pensée. La subtilité est inférieure, mais les performances sont troublantes. » Tout aussi étonnant est le fait que ces machines sont capables d’apprendre, d’enrichir les bases de données et d’améliorer les algorithmes qui permettent de les explorer. « Tout cela promet un développement absolument certain : le caractère inexpugnable de la vie privée disparaît. La machine donne parfois l’impression de mieux vous connaître que vous-même ! » Un champ d’investigation fabuleux s’ouvre ainsi pour l’analyse prospective. Un exemple : « On étudie au hasard 50 000 femmes enceintes dans le monde et on braque les projecteurs sur elles. On sait quand elles se lèvent, quand elles se connectent à leur smartphone, les achats qu’elles font, les fleurs qu’elles plantent dans leur jardin. Forte de ces informations, la machine est capable de détecter 95 % des femmes enceintes dans un groupe de femmes lambda. Chacun d’entre vous peut être suivi dans tout ce qu’il fait dans le monde réel. » « Reste-t-il encore une place pour l’humain ? » « La liberté existe-t-elle encore si la machine sait tout ce que nous allons faire, même avant nous ? Y a-t-il des domaines dans lesquels une humanité affirmée aura sa place, dans ce monde où l’intelligence artificielle sera prédominante ? » Oui, répond Axel Kahn. 95 % des actes que nous accomplissons sont prévisibles. Il faut donc se focaliser sur ce qui fait notre originalité, c’est-à-dire 2 à 5 % de notre action. « C’est l’irréductibilité de la part humaine, la singularité de l’esprit humain, celle de la fulgurance de la créativité. » Car ce robot magnifiquement intelligent n’a pas de corps. Il ne peut donc être humain. À l’inverse, « nous sommes le résultat du fonctionnement de notre corps et de notre esprit. Le dialogue entre le corps et l’esprit est l’un des éléments de la fulgurance créatrice. » Le métier de médecin sera particulièrement impacté par l’intelligence artificielle, prédit Axel Kahn. La machine ne fera pas d’erreur de diagnostic, ou alors elle se corrigera. Elle établira un pronostic et prescrira le traitement adapté. Et en chirurgie, la part du robot sera de plus en plus prégnante. « La part de l’humain sera-t-elle exclue de ce métier qui m’est cher ? Sans doute pas ! Il reste la calinothérapie - ou la bisouthérapie - qui constitue 50 % de l’acte médical. » L’efficacité du contact humain… « Ce monde est perturbant, bouleversant, mais ce n’est pas la peine de se désoler, insiste Axel Kahn. Cela ne peut être autrement. » Alors, que faire ? « Cultiver les éléments positifs, investir les domaines où l’humain pourra se révéler dans toute sa puissance. »

Mutualité sociale agricole d’Alsace

Des équipes performantes au service des adhérents

Publié le 25/01/2018

La Mutualité sociale agricole d’Alsace a présenté ses vœux à son personnel vendredi 19 janvier à Horbourg-Wihr. L’occasion pour le président, David Herrscher, et la directrice, Christelle Jamot, de rappeler les orientations et les politiques en cours à mi-mandat.

Le cadre n’a pas été choisi au hasard. Il se voulait convivial et feutré. L’hôtel Europe a donc accueilli 250 salariés de la Mutualité sociale agricole (MSA). Des salariés tout d’abord invités à déguster les mets et les vins présentés sous forme de buffet. Puis est venu le moment, plus solennel, de l’échange avec Christelle Jamot et David Herrscher. Après la projection d’une vidéo sur les activités annuelles de la MSA, les deux responsables ont répondu aux questions d’une animatrice. « Ce rendez-vous est l’occasion de rappeler notre action au quotidien concernant les familles, la santé, les cotisations et les retraites. Nous avons une mission de service public. Nous sommes là pour répondre rapidement, efficacement et de façon cadrée. Quand un de nos adhérents contacte la MSA, il doit avoir une réponse à ses interrogations quand il raccroche le téléphone ou quand il quitte nos bureaux », explique David Herrscher. « Cette vidéo met nos actions en lumière. Il s’agit souvent d’un travail peu visible et pourtant énorme. Ce travail, c’est celui de vous, toutes et tous, salarié(e)s de la MSA. Vous avez de nombreuses compétences. Elles sont diversifiées. Et c’est ce qui fait notre richesse, notre esprit de coopération, notre complémentarité. Continuons ainsi. Ne montons pas de murs entre les services. Au contraire, privilégions le dialogue », insiste, pour sa part, Christelle Jamot. Évolution du métier Un travail d’autant plus important qu’à l’heure de la réforme des collectivités, les territoires ruraux les plus reculés se sentent oubliés et/ou abandonnés. Bien souvent, la MSA est désormais le seul interlocuteur des populations locales. « La conséquence, parfois, se retrouve dans les isoloirs avec le vote extrême », estime David Herrscher. « Nous avons des zones de fragilité. C’est pourquoi il est primordial que nous donnions des réponses claires et rapides à nos interlocuteurs. Nos adhérents doivent être satisfaits du service qu’on leur rend, de l’accueil qu’on leur réserve, notamment au téléphone. C’est cela qui garantit la pérennité de la MSA, et donc de nos emplois », précise Christelle Jamot. Dans ces conditions, que peut-on attendre de 2018 ? De se baser sur le mieux de 2017 ? Avec des prix du lait, de la viande, du porc à la hausse. « J’ai une pensée pour les viticulteurs touchés par le gel en avril, puis par la grêle. Mais également pour les arboriculteurs, dont certains ont tout perdu. La MSA était au rendez-vous pour trouver des solutions avec des budgets conséquents », constate David Herrscher. Avec Christelle Jamot, le président est également revenu sur l’évolution de la MSA, qui mutualise ses services depuis quelques mois. « 40 % de nos salariés ont déjà changé de métier en interne. Cette évolution va se poursuivre. Elle se fera dans le respect de tous les salariés envers qui nous devons être à l’écoute », assure David Herrscher. La première vague de mutualisation s’est réalisée avec la formation des équipes. Une seconde va arriver. Elle doit être acceptée par toutes et tous. « Soyons 250 à construire des moulins plutôt que des murailles. Adaptons-nous. Ne cédez pas aux rumeurs, mais posez-vous les bonnes questions. Oui, avançons collectivement », ajoute Christelle Jamot. Un outil informatique performant Enfin, David Herrscher rappelle que l’équipe dirigeante arrive à mi-mandat après trois années de travail. « Je suis serein pour la MSA. Il faut continuer à être compétitif et réactif. Merci pour votre écoute, votre patience, le travail effectué. Continuons à occuper le terrain. » L’occasion pour lui de donner rendez-vous à l’assemblée générale de 2018, qui se déroulera en présence du premier vice-président de la Caisse centrale, et aura pour thème l’animation des territoires. « Nous présenterons le bilan de mi-mandat, qui est déjà très satisfaisant. À nous désormais d’être encore plus proches, et notamment des plus jeunes. Que ce soit les salariés et les exploitants. Je formule le vœu que, lors des prochaines élections, nous puissions avoir des délégués jeunes, dynamiques, engagés. C’est toute la philosophie du plan stratégique national 2018-2028 », conclut-il. Avant d’être chaudement applaudi lorsqu’il évoque la nécessité pour la MSA d’avoir un outil informatique performant et calibré au bon niveau. L’après-midi a été consacrée à un jeu de rôles ludique qui a permis aux membres du personnel de resserrer les liens entre eux.

Employeurs de main-d’œuvre agricole

Pour une convention collective « basse »

Publié le 23/02/2017

D’ici cinq ans, la profession agricole et viticole devra s’organiser pour créer une convention collective nationale pour ses salariés. Un changement « majeur » que la FNSEA entend suivre de très près afin de permettre aux entreprises et territoires de conserver le maximum de marges de manœuvre.

C’est un refrain qui revient souvent : les entrepreneurs français déplorent le « manque de visibilité » à long terme dont ils disposent pour gérer leurs activités. D’un côté, des responsables politiques qui mettent en place des dispositifs réglementaires et législatifs censés « faciliter la vie des entreprises », de l’autre, des employeurs qui, pour beaucoup, voient leur quotidien se complexifier davantage. Comme le souligne justement le président de la commission Sociale et Emploi à l’Ava, Stéphane Chaise, être employeur est « de plus en plus difficile et compliqué avec toutes les choses qui changent ». Et ce n’est pas la récente loi El-Khomri qui va simplifier la donne pour le monde agricole. « Nous avons désormais cinq ans pour mettre en place une convention collective nationale. Cela vient percuter notre organisation actuelle qui est articulée autour des FDSEA », explique Morgan Oyaux, sous-directeur emploi à la FNSEA. Conserver les « spécificités locales » Le salariat agricole est aujourd’hui régi par pas moins de 140 conventions collectives sur le territoire national, toutes gérées par les FDSEA. Et même si elles sont globalement assez « homogènes » les unes par rapport aux autres, elles restent trop nombreuses aux yeux des responsables politiques. « Il est vrai que 140 conventions collectives, c’est beaucoup et pas très raisonnable. Pour autant, nous souhaitons que les entreprises et les territoires conservent des marges de manœuvre. On ne peut par exemple pas demander à un berger d’avoir les mêmes conditions de convention qu’un salarié dans une exploitation horticole. C’est pour cela qu’à la FNSEA nous voulons une convention collective basse, divisée en six interbranches agricoles, avec des déclinaisons territoriales possibles », précise Morgan Oyaux. Ainsi, les spécificités du droit local Alsace-Moselle seront maintenues selon lui. « Ce n’est pas un problème. Ce que le juge va regarder, ce sont les avantages conventionnels comme la journée de l’employeur », tient-il à rassurer. À l’Ava, Simone Kieffer reste un peu plus sceptique face à cette évolution. « Nos spécificités locales, au niveau national, j’ai bien peur qu’elles ne soient pas bien comprises. L’Alsace, ce n’est pas la Champagne. Chez nous, les vendanges durent d’un à deux mois, quand elles durent en moyenne quinze jours là-bas. » Sur ce sujet, comme sur d’autres, des discussions - et des compromis - seront incontournables comme le rappelle le président de la commission Emploi à la FRSEA d’Alsace, Joseph Lechner. « Oui on doit résister. Mais d’un autre côté, la loi dit quelque chose et nous devons l’appliquer. Au début, on pensait se réorganiser au niveau de la grande région, et finalement cela ne sera pas le cas. Nous devrons faire avec une base commune avec le reste du pays. Par contre, il y a des volets sur lesquels nous avons des choses à faire comme les conditions de travail, l’attractivité de nos métiers ou la fidélisation de nos salariés. C’est à nous de créer une histoire ».  

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