Auteur

Anny Haeffelé

Journaliste au PHR

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Journée nationale du don agricole

« Rejoignez-nous dans ce magnifique élan de solidarité »

Vie professionnelle

Publié le 15/09/2016

Le 14e relais solidaire est né mardi 13 septembre à l’Îlot de la Meinau à Strasbourg. En présence de Geoffrey Andna, « maraîcher-donateur », ce fut l’occasion pour Angélique Delahaye, présidente de Solaal (Solidarité des producteurs agricoles et des filières alimentaires), de donner le coup d’envoi de la 2e Journée nationale du don agricole. Une journée qui s’étale sur tout le mois de septembre, une quarantaine d’actions étant organisées partout en France : appels au don, opérations de glanage, communication médias.

Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Patrick Bastian, vice-président de la commission agricole de la Région Grand Est, Denis Digel, président des Maraîchers réunis de Sélestat, Dominique Steinmetz, chef de service au Département du Bas-Rhin, Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg, Freddy Sarg, président de la Banque alimentaire du Bas-Rhin, ainsi que les représentants des Restos du cœur et du Secours populaire, ont mis l’accent sur l’importance du don alimentaire pour améliorer le quotidien des populations les plus démunies.

Agriculteurs solidaires

En agriculture, la solidarité n’est pas un vain mot. Entraide, coopération, syndicalisme, elle constitue l’une des valeurs fondatrices du monde agricole. Et sa générosité se tourne aussi vers l’extérieur : on se souvient des dons de lait, sous le régime des quotas. En homme visionnaire, Jean-Michel Lemétayer, ancien président de la FNSEA, a créé une association chargée d’encourager ces dons agricoles et d’en gérer la logistique. Son objectif était, entre autres, de pérenniser le don de lait malgré la fin des quotas laitiers.

Là dessus est venue se greffer la crise de l’E-coli en 2011 déclenchée par la déclaration intempestive d’un ministre allemand qui invitait les consommateurs européens à ne plus manger de légumes crus. Conséquence : des centaines de tonnes de légumes ont fini dans la broyeuse. Un crève-cœur pour les producteurs qui se sont alors organisés pour donner les produits excédentaires ou les invendus. « Cettre journée est aussi l’occasion d’expliquer que nous subissons des pertes pour des raisons qui nous échappent », souligne Angélique Delahaye : météo erratique, campagnes médiatiques, crises politiques (comme l’embargo russe), refus de palettes, calibre des produits, etc.

L’an dernier, Solaal a ainsi distribué 8 500 tonnes de produits agricoles, dont 99 % de produits frais, fruits, légumes, viandes, produits laitiers, œufs, céréales, huiles et, nouveauté 2016, miels. Ce n’est pas anodin : ces dons ont permis de préparer 17 millions de repas ! Par ce biais, les donateurs peuvent donner une image positive de l’agriculture, participer à la lutte contre le gaspillage alimentaire et, cerise sur le gâteau, bénéficier d’une défiscalisation, dans la plupart des cas, précise Angélique Delahaye.

Comme l’a souligné Laurent Wendlinger, l’agriculture alsacienne est en crise et la situation est très difficile pour de nombreux agriculteurs qui n’ont jamais connu une conjoncture aussi défavorable : récolte faible, prix bas, sécheresse, canicule. Pourtant, cette générosité est plus vitale que jamais, car la précarisation ne cesse d’augmenter. Ainsi, cet été dans le Bas-Rhin, les Restos du cœur ont enregistré 20 % de demandeurs supplémentaires - parmi lesquels des agriculteurs, a souligné Denis Digel -, et ce bien que les conditions pour accéder à l’aide alimentaire soient plus restrictives qu’en hiver. « Rejoignez-nous dans ce magnifique élan de solidarité », exhorte Laurent Wendlinger.

Protection du grand hamster d’Alsace

Le dernier lâcher de l’année

Cultures

Publié le 08/08/2016

Chaque année, la mission hamster de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) procède à des opérations de renforcement des populations les plus fragiles par des lâchers de hamsters d’élevage, mis à disposition par l’association Sauvegarde Faune Sauvage. En 2016, près de 500 hamsters ont été relâchés dans la nature, dans des secteurs dont l’habitat a été amélioré par des mesures agrienvironnementales. Trois zones d’action prioritaires, situées au sud-ouest de Strasbourg, ont été délimitées, celles d’Obernai, de Geispolsheim et d’Elsenheim-Jebsheim.

L’espèce est présente dans une quinzaine de communes alsaciennes. L’équipe de l’ONCFS est chargée du suivi des populations sauvages de grand hamster d’Alsace. « Nous recherchons des espèces dans l’intégralité des 30 communes qui font partie de la zone de protection stricte (ZPS) », indique Julien Eidenschenck, chef de projet hamster et chargé de coordination LIFE Alister. 400 terriers ont été dénombrés cette année. Un chiffre comparable à 2014, mais en nette progression par rapport à 2015 où il n’en restait que 224, vraisemblablement à cause des conditions climatiques très particulières de l’an dernier, avec un été caniculaire. L’impact du climat est prédominant sur l’évolution des populations, explique Julien Eidenschenck. « L’an dernier, avec la sécheresse persistante, les hamsters n’allaient pas bien du tout. Ce sont des animaux qui ont besoin de verdure pour trouver de la fraîcheur. D’où l’idée des couverts végétaux qui restent verts toute l’année. »

Selon les techniciens de l’ONCFS, un hamster sur deux a une chance de survivre et arrive à faire une ou deux portées. La monoculture du maïs et les conditions climatiques ne sont pas les seuls responsables de cette hécatombe : ils sont aussi victimes des prédateurs, oiseaux de proie, renards, martres, moyens-ducs, etc. C’est pourquoi il faut éviter que le sol reste nu une partie de l’année.

Un couvert végétal bien pensé

On observe une stabilité des populations de hamsters depuis cinq ou six ans. « Ce n’est certes pas satisfaisant, vu le nombre de partenaires impliqués et les efforts déployés. Mais l’érosion semble stoppée et le nombre d’agriculteurs engagés dans le programme est en augmentation. Ils expérimentent de nouvelles techniques agronomiques, sur la base des études menées par le CNRS » (lire aussi notre article paru en page 7 du 15 juillet 2016).

Les journalistes ont pu le constater de visu sur les deux parcelles de lâcher, où des terriers artificiels avaient été préalablement creusés. En plein milieu de ces parcelles de blé non récolté, un couvert végétal d’alimentation a été implanté en bandes de 4 mètres de large. Un couvert végétal soigneusement choisi, composé de vesce, de tournesol et de radis fourrager, à la lumière des travaux du CNRS réalisés dans le cadre du projet LIFE Alister. Ces espèces sont favorables au lâcher car les plantes resteront vertes durant l’été, offrant au hamster une protection contre la sécheresse estivale et lui apportant des protéines (vesce) et des acides gras (tournesol), un complément nutritif favorable à la reproduction. Son implantation a été réalisée par Marius Rhinn, agriculteur exploitant ces deux parcelles, avec le semoir de semis direct acquis par la Cuma de la Plaine dans le cadre des mesures agroenvironnementales.

Cet essai est conduit par Annabelle Revel, ingénieur des travaux, chargée d’études pour le plan national d’actions (PNA) en faveur du grand hamster, en partenariat avec Tristan Robert, conseiller du service environnement innovation de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il fait l’objet d’un protocole d’évaluation agronomique de la méthode d’implantation des bandes d’alimentation. Pour leur implantation, Marius Rhinn a utilisé le savoir-faire technique développé dans le cadre du projet LIFE Alister.

LIFE Alister : enrichir le PNA

Le projet LIFE Alister s’inscrit dans une démarche complémentaire et innovante de ces actions. Il a pour rôle de consolider et renforcer les résultats obtenus, en faisant remonter les populations grâce aux lâchers de hamsters et en améliorant les conditions de vie grâce aux cultures favorables à cet animal. Par ailleurs, il s’agit de rendre durable les effets de ces actions de préservation grâce à la mise en place de pratiques qui puissent concilier les intérêts liés à l’environnement et à l’économie. Ce projet associe plusieurs partenaires : la Chambre d’agriculture d’Alsace, le CNRS, l’Office national de la chasse et de la faune sauvage,
le Gepma, Actéon, et la Région Grand Est, chargée de coordonner ce projet.

Les produits de qualité dans la restauration collective

Le code des marchés publics, un frein ?

Vie professionnelle

Publié le 17/07/2016

Trois principes régissent le code des marchés publics : liberté d’accès à la commande publique, égalité de traitement des candidats, transparence des procédures. Mais de nouvelles dispositions, introduites très récemment, donnent une plus grande latitude aux acheteurs dans l’élaboration de leurs cahiers des charges.

Les acheteurs peuvent par exemple réaliser des études de marché, prendre contact avec les entreprises pour les informer de leurs besoins, c’est-à-dire faire du sourcing. Ils ont également la possibilité d’intégrer dans leur cahier des charges des spécifications techniques, sur l’alimentation de l’animal, la distance parcourue, les économies d’énergie, l’environnement, la lutte contre le gaspillage, sans toutefois indiquer une provenance ou une origine. Les maîtres mots étant « pas de favoritisme, pas de localisme, pas de contraintes trop limitantes, au risque de se faire taper sur les doigts ». Ainsi, explique l’animatrice de FedeLIS, il est possible de demander des produits sous signe officiel de qualité, mais pas de mentionner une AOC ou une AOP particulière, par exemple Volailles fermières d’Alsace. « Mais en introduisant en complément un critère de distance, on peut réduire le champ des possibilités. » Dans le même ordre d’idées, on ne peut pas demander une provenance géographique particulière, comme Viande de France ou Camembert de Normandie ; on peut par contre exiger une SGT comme les moules de Bouchot. Les produits label rouge peuvent être cités, car il ne s’agit pas de localisme et il existe des équivalents européens.

La loi offre quelques interstices qui permettent de cibler certains fournisseurs. Ainsi l’article 62 fait référence à la pluralité des critères d’attribution des marchés que l’on peut citer : la qualité, l’accessibilité, la diversité, la disponibilité, l’insertion professionnelle des publics en difficulté, le bien-être animal, la rémunération équitable du producteur, la protection de l’environnement, la vente directe, les circuits courts, la biodiversité. Mais aussi les délais d’exécution, les conditions de livraison, le SAV, la sécurité des approvisionnements. Une seule réserve : ces critères doivent être explicités et pondérés.

L’animatrice a livré une botte secrète. Il est possible de réaliser un marché avec des opérateurs privés, dans le cadre d’un « marché à procédure adaptée et négociée ». Ce type de marchés est réservé aux marchés sociaux - la restauration collective en fait partie. Il s’agit, en fait, de transformer un marché d’approvisionnement de denrées en marché de services. Le prestataire étant du domaine privé, il échappe aux contraintes du marché public pour ses achats. Il est plus facile, dans ce cas, de favoriser l’intégration de produits locaux.

Du local, du local et du local

« Nous avons une volonté politique forte de développer les filières de proximité », indique Joëlle Rohr, chef de service Missions opérationnelles des collèges au Département du Bas-Rhin. Les 51 restaurants des collèges bas-rhinois sont des entités autonomes. Ils adhèrent à des groupements d’achat qui se regroupent pour gérer les appels d’offres. Dans ces appels d’offres, très peu de produits labellisés figurent pour l’instant, mis à part les volailles. « Il y a peut-être une certaine méconnaissance de ces produits, mais c’est surtout une histoire de coût », explique-t-elle.

Le Département a mené une expérimentation dans sept établissements scolaires du secteur d’Obernai, avec l’appui de la Chambre d'agriculture d’Alsace qui a mis en relation les producteurs locaux et les chefs de restaurant. « Plusieurs restaurants scolaires achetaient déjà leurs denrées en proximité, mais chacun avait des contraintes différentes (horaires de livraison, quantités). Une fois que tous ces freins ont été identifiés, nous sommes arrivés à les lever en réunissant les acteurs autour d’une même table. » Cette expérimentation a débouché sur la création de la plateforme ApproAlsace. Cette plateforme, qui devrait être étendue à la Région Grand Est, recense l’ensemble des agriculteurs proposant des produits contrôlés par des organismes de certification.

Accompagner les chefs de cuisine par la formation

Comment sensibiliser les prescripteurs à la qualité et à l’origine des produits qu’ils utilisent ? « Nous accompagnons les chefs et les équipes de cuisine par la formation : avec l’Ariena, nous menons par exemple une action pour lutter contre le gaspillage, explique Joëlle Rohr. Nous en avons déjà formé seize. » Par ailleurs, certains collèges sont certifiés bio et proposent 30 à 40 % de produits bios tout au long de l’année. « Ils n’ont pas attendu notre démarche pour se lancer… »

Adjointe au maire de Strasbourg et conseillère eurométropolitaine déléguée en charge du développement de la politique agricole communautaire et des circuits courts, Françoise Buffet a indiqué que le maire de Strasbourg, Roland Ries, a pour ambition de développer les circuits courts. « Nous avons mis en place en 2010 une convention avec la Chambre d'agriculture pour le développement d’une agriculture durable. »

Mais pour que les agriculteurs changent leurs pratiques, il faut leur assurer des débouchés, estime la conseillère eurométropolitaine. « Je me suis approchée de ma collègue en charge de la restauration scolaire, et nous avons élaboré un cahier des charges entièrement tourné vers les circuits courts. Nous avons soumis nos prestataires à des contraintes fortes en matière d’empreinte carbone, ce qui suppose un partenariat de proximité. Au fur et à mesure que cette production locale se développait, nous nous sommes orientés vers le bio. Nous sommes partis d’un chiffre assez bas, correspondant à la capacité locale à produire. » Plus de 10 000 repas sont servis chaque jour dans les cantines scolaires de l’Eurométropole, avec une moyenne de 20 % de produits bios, la moitié des sites étant à 40 %.

« La mayonnaise a pris »

Si on veut développer le label rouge, il faut aussi développer la réflexion sur le bien-être animal, estime-t-elle. « Dans les prochains marchés que nous sommes en train de préparer, de nouvelles notions seront introduites, comme le bien-être animal. Il existe des solutions, aux industriels d’y répondre. Le politique peut insuffler ce genre de réaction en chaîne. » Mais, estime-t-elle, c’est auprès du consommateur qu’il faut agir, là où il fait ses courses. « Le label rouge, il faut vraiment le chercher dans les rayons des supermarchés. » Si on veut sensibiliser le parent d’élève à une hausse du tarif pour intégrer davantage de produits label rouge, il faut un message compréhensible, lié à l’air du temps.

Valérie Pieprzownik l’assure, les pouvoirs publics continueront à insuffler cette volonté de manger mieux, de manger local. « La loi sur l’ancrage territorial de l’alimentation a été considérablement « allégée » par les parlementaires, mais nous allons remonter au créneau, réaffirmer ce principe dans d’autres projets de loi à venir. »

Pour Françoise Buffet, « la hausse de prix, on peut l’admettre car elle permet la croissance ». Les produits bios connaissent une croissance de 20 % depuis le début de l’année, explique-t-elle. « Il faut raisonner cela de manière globale pour inclure cette augmentation de prix dans le budget. Cela demande une réflexion globale. Nous réunissons nos chefs de restaurant une fois par an. En un an et demi, la mayonnaise a pris et les commandes, notamment sur les fruits et légumes, ont décollé. »

Après la reprise de l’abattoir par Jean-Paul Bigard

Reconstruire une coopération forte en Alsace

Élevage

Publié le 08/07/2016

« Cette réunion est un point d’étape, pour faire le bilan et se projeter dans l’avenir. Nous sommes conscients du séisme financier, de la perte de confiance, de la peur de l’avenir que cette affaire a provoqués. Notre rôle de responsables professionnels est d’être à vos côtés pour gérer ce dossier extrêmement délicat. » Jean-Paul Bastian l’avoue, c’est le dossier le plus compliqué de toute sa carrière. Mais, prévient-il, « le sauvetage de l’abattoir n’est qu’une étape. Nous avons besoin d’unité pour nous en sortir. »

Un constat s’impose : le liquidateur judiciaire, Me Weil, a tenu ses engagements. « Tous les animaux livrés jusqu’à aujourd’hui seront payés à J + 10. Les animaux livrés à partir de lundi seront payés par Bigard », précise Jean-Paul Bastian. Il faut maintenant organiser l’avenir. « Nous avons fixé un ordre de priorités. » La première était de continuer à faire fonctionner l’abattoir. Jean-Paul Bastian a remercié les éleveurs qui ont accepté de livrer leurs animaux, les techniciens qui se sont occupés de la collecte. La baisse d’activité a été limitée à 10 %, les ventes se sont poursuivies et les stocks ont été résorbés. « Cela nous a permis de continuer à travailler sur ce dossier. »

Le nouveau patron est arrivé

La deuxième priorité était de trouver un repreneur. Si plusieurs personnes se sont intéressées au dossier, en particulier Thierry Schweitzer, une seule a déposé une offre, Jean-Paul Bigard. « C’est sans nul doute la reprise de l’abattoir par un grand groupe qui est la solution la plus viable, car il faudra avoir les reins solides financièrement. » Cette affaire a un goût de déjà-vu : le groupe Bigard était partie prenante dans la construction de l’abattoir et, il y a quelques années, il a été approché par Copvial pour un éventuel partenariat.

Jean-Paul Bigard a accompagné son offre de reprise à l’euro symbolique d’un engagement de poursuivre l’abattage des porcs et des bovins et d’injecter 15 millions d’euros (M€) dans la modernisation de l’outil. Ses objectifs sont d’abattre 3 000 cochons et 500 bovins par semaine et de rapatrier progressivement ses trois sites de découpe de Strasbourg, Sélestat et Sarrebourg à Holtzheim. « À terme, quand tout sera opérationnel, il devrait y avoir 160 salariés à Holtzheim. »

Vu l’onde de choc engendrée par cette affaire, il était difficile de demander aux éleveurs de s’engager par écrit à continuer à approvisionner l’abattoir et Jean-Paul Bigard n’a pas posé cette exigence. « Mais nous nous sommes engagés à ce que les éleveurs jouent le jeu. » L’abattoir est à présent géré par Socopa, filiale du groupe Bigard, et dirigé par le directeur de l’abattoir de Metz, arrivé sur le site la semaine dernière. « Nous allons le rencontrer dans les prochains jours », indique Jean-Paul Bastian.

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ajoute : « Imaginez-vous s’il n’y avait plus d’abattoir ! Il fallait tout faire pour assurer la pérennité de l’abattoir et garantir l’avenir de la filière, notamment de l’élevage de porcs. Pour qu’une exploitation puisse investir, se développer, installer un jeune, si le marché le permet, il faut offrir des perspectives. » Ces perspectives sont des plus encourageantes : le groupe Bigard est le premier transformateur de viande en France et il détient le plus de labels rouges en viande…

Son homologue de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass, ajoute : « Nous voulons construire ensemble une filière viande avec des fondations solides. Mais si vous avez des questions plus personnelles, il ne faut pas hésiter à échanger avec vos responsables professionnels, vos comptables, vos banquiers. »

« À l’initiative du groupe jeunes, les éleveurs de porcs ont décidé la semaine dernière de faire confiance au groupe Bigard », indique Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Pour lui, le développement de la filière viande repose sur le maintien d’un outil de proximité. Il a remercié le Comptoir agricole qui a consenti un effort important pour permettre de construire l’avenir.

« Nous avons accompagné les difficultés de Copvial il y a sept ans pour permettre à l’élevage alsacien de conserver un outil d’abattage et de développer sa production, rappelle Marc Moser, président du Comptoir agricole. Cela n’a pas suffi et les partenaires de la SCI ont fait un effort considérable pour soutenir cette filière en difficulté. »

Un éleveur s’est inquiété du devenir des parts sociales souscrites par les éleveurs auprès de la coopérative Copvial. « Une entreprise ne peut pas rembourser des parts sociales si elle a un capital négatif, explique Jean-Paul Bastian. Depuis lundi, Copvial n’existe plus. Il faudra créer une nouvelle organisation de producteurs et choisir de nouveaux représentants. » La reprise du centre d’allotement de Brumath se pose aussi car on aura besoin d’un tel outil pour bien fonctionner, indique Denis Fend, directeur général de la coopérative.

« Cloé est notre future structure aval »

La priorité actuelle est de mettre en place une nouvelle organisation pour assurer la collecte et la commercialisation des animaux à Socopa, poursuit Denis Fend. Socopa poursuivra l’abattage de bovins et de porcs sur le site de Holtzheim et achètera les animaux à Cloé qui s’appuiera sur les coopératives de base pour les relations avec les éleveurs. « Concrètement, cela signifie la création d’une section élevage au sein du Comptoir agricole et de la Coopérative agricole de céréales (CAC) et, dans la foulée, l’adhésion des deux coopératives à Cloé », explique Denis Fend. Mais il n’est pas exclu que le Comptoir agricole gère l’activité porc en direct car Cloé, spécialisée dans les bovins, n’a pas de réseau en porcins.

Cloé s’occupe du planning des animaux, des annonces, du transport, de l’allotement et des ventes aux abattoirs régionaux, et même au-delà selon les débouchés. Les animaux sont payés à la coopérative régionale (Comptoir agricole ou CAC) qui se charge de la rémunération de ses adhérents. Les coopératives de base s’occupent des techniciens et de l’animation du groupement. Les interlocuteurs des éleveurs seront donc les techniciens des coopératives. « Nous devrons obtenir un agrément de collecteur et un agrément de groupement de producteurs. Mais pour cela, nous devons attendre que la liquidation de la coopérative soit prononcée. » Reste la question des services. « La vente d’aliments humides pour les porcs a déjà été reprise par Lorial. Et nous pouvons assurer la vente de matériel d’élevage », précise Denis Fend. Il faudra aussi veiller à la continuité des prestations vétérinaires, en reprenant l’agrément PSE (Programme sanitaire d’élevage).

Le Comptoir agricole propose d’appliquer à l’élevage le même schéma que pour le houblon ou la pomme de terre, en créant une commission élevage où toutes les productions animales seront représentées. Mais attention, prévient Denis Fend, « chaque filière doit assurer son équilibre financier et les comptes seront présentés en toute transparence. » Marc Moser ne le cache pas, les débats étaient assez houleux au sein du conseil d’administration de la coopérative, qu’il s’agisse de l’abandon des créances de la SCI ou du rôle que peut jouer le Comptoir agricole au sein de l’élevage alsacien. « Le schéma lorrain fonctionne bien, nous avons décidé de le copier. » En s’appuyant sur le premier transformateur français de viande, l’union de commercialisation Cloé, le sérieux des coopératives céréalières, l’élevage alsacien a encore de belles années devant lui, estime le président du Comptoir agricole.

Le vice-président de la CAC, Jean-Michel Habig, est sur la même longueur d’onde. « Nous sommes prêts à accompagner les éleveurs, dans le Haut-Rhin comme dans le Bas-Rhin. Le projet n’est pas totalement finalisé, il faut encore l’améliorer, en s’inspirant d’une méthodologie qui a fait ses preuves. Un gros travail a été fait pour maintenir l’abattoir, à vous de voir ce que vous voulez en faire. » À l’avenir, prévient Jean-Paul Bastian, il faudra que les éleveurs s’engagent, fassent vivre les organisations de producteurs, représentent les producteurs au sein de Cloé.

« Nous allons nous bagarrer jusqu’au bout »

« Il y a encore beaucoup de choses à régler, poursuit Franck Sander. Tout au long de l’été, nous continuerons à nous voir, à discuter, pour faire avancer les dossiers et reconstruire l’avenir. » Et bien sûr trouver une solution au problème des créances des éleveurs. Elles seraient de l’ordre de 2 M€, dont la moitié concernerait les producteurs de porcs. « Je comprends que les éleveurs qui ont des impayés importants soient préoccupés. Mais les choses ne sont pas calées. Nous avons un certain nombre d’engagements et nous avons besoin de confiance réciproque », affirme Jean-Paul Bastian.

L’ensemble des responsables agricoles se mobilisent pour permettre aux éleveurs concernés de passer le cap. Il faut actionner tous les leviers, les pistes les plus sérieuses étant l’État et la Région. « Le président, Philippe Richert, a dit qu’il ne laissera pas tomber les éleveurs », rappelle Jean-Paul Bastian. Il espère que le Conseil départemental soutiendra lui aussi la filière, même s’il n’a plus la compétence économique. En attendant, un financement transitoire a été négocié avec les banques. Trente producteurs ont des créances importantes, précise-t-il. « Il faudra trouver une solution pour chaque cas. Aucun producteur ne doit être obligé d’arrêter son exploitation à cause de ces impayés. » Pour compléter ce dispositif, la création d’un fonds de solidarité professionnelle est même envisagée.

« Je peux comprendre l’inquiétude des éleveurs, dans un contexte où les trésoreries sont au plus mal, ajoute Denis Nass. Mais nous avons réussi à sauvegarder l’abattoir, les éleveurs ont accepté de continuer à livrer et la structuration de la collecte est en cours. Nous allons nous bagarrer jusqu’au bout. » Bruno Colin a fait passer un message : « Nous avons connu une expérience similaire à la vôtre, il y a quelques années en Lorraine, et nous avons trouvé une solution car tout le monde a adhéré au projet. Vous n’y arriverez que si vous partez tous ensemble. Il faut préserver l’unité des éleveurs. »

Mutualité sociale agricole d'Alsace - Échelon local de Strasbourg

Stress au travail : de la réflexion à l'action

Pratique

Publié le 02/07/2016

Le stress au travail est un sujet d'actualité, « qui interroge fortement les salariés, jeunes ou plus âgés, tous aspirant à un retour à davantage d'humanité et de sens », explique Karin Greiner, chargée de projets à la Mutualité sociale agricole d'Alsace. C'est pourquoi les membres de l'échelon local de Strasbourg ont décidé de proposer des actions permettant d'en limiter les répercussions sur la vie personnelle et professionnelle, de réduire les troubles du sommeil et au final d'améliorer la santé de la population active. Mais au préalable, un ciné-débat devait poser la problématique de la souffrance au travail, des intervenants pluridisciplinaires apportant, dans la foulée, des éclairages différents.

L’échelon local de Strasbourg a souhaité aller vers un public de salariés actifs sur le secteur de l’hypercentre de Strasbourg. Attention : il ne s'agit pas ici d'opposer les salariés et les exploitants agricoles, mais au contraire de montrer que chacun, à son niveau, a besoin d'un environnement de travail sécurisé et motivant.

La MSA s’est rapprochée de la Camieg (régime d’assurance maladie et maternité des industries électriques et gazières) et de la MGEN pour monter un projet en interrégime. Elles se sont ensuite tournées vers la SNCF, le Cinéma Vox, la clinique Sainte-Barbe et l’université de Strasbourg, le centre Bien vieillir Agir Arrco qui ont accepté de tenter cette expérience. À l'arrivée, un programme en trois parties, en partenariat avec ses homologues de la Camieg et de la MGEN (Éducation nationale).

L'action a commencé en avril par deux soirées cinéma au Vox, autour du film Le Couperet de Costa Gavras et J'ai (très) mal au travail de Jean-Michel Carré, projection suivie d'un débat sur la souffrance au travail, le dérapage des relations interpersonnelles, le dérèglement de la santé. D'éminents spécialistes ont participé à ce débat : Mickael Labbé, philosophe, professeur à l'université de Strasbourg, Marie Gonzalez, professeure en pathologie professionnelle aux HUS, et Dominique Hen, psychologue du travail. Ces deux soirées ont réuni près d'une centaine de personnes. « Elles nous ont permis de mobiliser un public bien plus jeune que d'habitude. La majorité avait moins de 46 ans », souligne Karin Greiner avec satisfaction. Elles ont donné lieu à des échanges riches et intenses, avec des exemples concrets qui ont touché les personnes présentes. Commentaire d'un participant : « Avant, le travail c’était la santé, aujourd’hui c’est l’aliénation ! »

Comment faire pour trouver le sommeil ?

La qualité du sommeil était au cœur des trois rencontres suivantes, programmées tout au long du mois de mai : l'hygiène de vie, le rythme de vie, l'insomnie, avec la participation de trois neurologues, Serge Chassagnon, Anne Thibault-Stoll et Christophe Petiau, ainsi que de Patricia Tassi, professeure en psychologue clinique à l'université de Strasbourg. Elles se déroulaient dans un lieu inédit, la salle du Quai 1 à la gare de Strasbourg, et ont été l'occasion d'intéressants échanges, même si elles étaient moins fréquentées.

Au mois de juin était programmée une série de séances d'initiation au yoga et à la sophrologie, techniques de relaxation permettant de retrouver un meilleur sommeil, voire une attitude plus sereine face à des situations difficiles au travail. Ces ateliers ont affiché complet. « Nous avons organisé 6 groupes de 15 personnes, et nous avons une liste d'attente pour l'automne… » Au total, une centaine de personnes se sont intéressées à ces ateliers organisés au Centre de prévention Bien vieillir Agirc Arrco, rue Georges Wodli à Strasbourg. La proximité de la gare n'est pas due au hasard : nombre de salariés vivant en dehors de Strasbourg peuvent ainsi y participer avant de rentrer chez eux.

Créer un cercle vertueux

« Dans un second temps, nous aimerions proposer directement à des entreprises de mettre en place dans leurs locaux des ateliers de massage, de sophrologie et ou de yoga pour permettre aux salariés, à certains moments dans la semaine, de bénéficier d'une parenthèse "pause bien-être"», explique Karin Greiner.

La pratique régulière de ces techniques s'apparentant à la méditation pourrait induire non seulement une meilleure santé physique, mais aussi un état d'esprit plus calme et positif. « Ces petits changements individuels pourraient, nous l'espérons, instaurer des relations plus saines, plus apaisées et respectueuses, davantage propices à l'expression des talents de chacun et redonner ainsi au travail sa fonction d'épanouissement à laquelle aspirent une grande majorité de Français », estime Karin Greiner.

Abattoir de Holtzheim

Le groupe Bigard emporte le morceau

Élevage

Publié le 30/06/2016

L'heure était au soulagement, à l'issue de l'audience au palais de justice de Strasbourg. « Soulagement, car il y aura encore une filière locale de production demain », a indiqué Laurent Ulrich, éleveur de porc à Kleinfrankenheim.

Jean-Paul Bigard, patron du groupe Bigard, et son fils Mathieu ont fait le déplacement à Strasbourg, en compagnie de leurs avocats, pour plaider leur dossier devant la juge de la chambre commerciale du tribunal de grande instance. À leur côté, Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, Franck Sander, président, et Patrick Bastian, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin et conseiller régional, Laurent Ulrich, responsable du groupe porc, Mathieu Schneider, porte-parole des éleveurs de porc chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, et Laurent Klein, éleveur de porc à Griesheim-sur-Souffel. « C'était une demande de l'administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, pour témoigner de la volonté des éleveurs alsaciens d'assurer la poursuite d'une activité d'abattage dans la région », indique Frank Sander. La juge les a entendus : elle a validé l'offre de reprise de l'abattoir de Holtzheim (terrains et bâtiments) par le groupe Bigard, au prix d'1 € symbolique. Le nouveau propriétaire prendra possession des lieux le 4 juillet prochain.

Optimiser l'outil

Démarrer petit pour grandir vite, telle est l'ambition de Jean-Paul Bigard. D'ici deux ans au plus tard, il veut arriver à une cadence de 3 000 porcs et de 400 à 500 bovins par semaine, à comparer avec la production d'avant la crise, qui était de 2 000 à 2 500 porcs et de 150 à 200 bovins. « L'abattoir devrait atteindre rapidement sa pleine capacité qui est de 30 000 tonnes », estime Patrick Bastian, le patron du groupe Bigard n'ayant pas souhaité s'exprimer devant la presse. « Le nouveau patron veut démarrer à bas régime, et même arrêter certaines chaînes pour les moderniser. Si tout se passe bien, d'ici deux ans, le nombre de salariés devrait être équivalent à celui d'aujourd'hui. »

En attendant, le groupe Bigard a annoncé son intention de recentrer son activité sur le site de Holtzheim, en rapatriant notamment les activités de sa filiale ABG, basée au marché gare de Strasbourg et spécialisée dans la découpe de viande de porc. « Il veut aller plus loin dans la découpe, précise Patrick Bastian. Selon son avocate, il a même l'intention de construire un nouveau bâtiment sur le site. » « Nous ne lui avons pas déroulé le tapis rouge, précise Laurent Ulrich avec son franc-parler habituel. Mais ce sera pour nous un nouveau partenaire. » « Il ne nous a pas demandés d'engagement écrit, il nous fait confiance », insiste Franck Sander.

Dans l'intérêt des éleveurs, des salariés et de la filière viande locale, tout a été mis en œuvre pour que le groupe Bigard puisse reprendre l'abattoir, souligne Franck Sander. « Tous les partenaires du monde agricole se sont montrés raisonnables et certains, comme les membres de la SCI Synergie, ont accepté de faire d'importantes concessions, en cédant les 4 hectares de terrains et les bâtiments pour l'euro symbolique. »

L'enjeu, il est vrai, était de taille : la disparition de l'outil aurait sonné le glas de la production locale, estime Frank Sander. « Il n'y aurait plus eu de filière courte. C'est encore plus vrai pour la viande de porc, l'abattoir le plus proche se situant à Orléans. Avec la reprise par le groupe Bigard qui a clairement exprimé sa volonté d'investir dans cet outil, tous les éleveurs alsaciens pourront envisager de se développer. »

Patrick Bastian ajoute : « La commune de Holtzheim et le Conseil régional d'Alsace ont investi beaucoup d'argent dans cet outil, c'était important d'assurer sa pérennité. Philippe Richert, président de la Région Grand Est, et son vice-président, Philippe Mangin, ont demandé personnellement à Jean-Paul Bigard de venir étudier le dossier. Sinon, il n'y aurait pas eu de repreneur. »

« La dette des éleveurs, c'est le sujet majeur »

La prochaine étape consiste à trouver une solution pour les éleveurs qui ont essuyé des pertes financières suite au dépôt de bilan de Copvial SA. « Le président de Région s'est engagé à venir en aide aux éleveurs, même si les modalités de ce soutien n'ont pas encore été arrêtées », indique Patrick Bastian. « Les collectivités territoriales veulent nous aider à trouver une solution », poursuit Mathieu Schneider. Outre le soutien de la Région, nous avons obtenu celui du Conseil départemental du Bas-Rhin. Et Robert Herrmann, président de Strasbourg Eurométropole, nous a affirmé lors de l'opération La Ferme en ville qu'il se sentait très concerné par ce dossier, d'autant que l'abattoir se trouve sur le territoire eurométropolitain. C'est le moment de démontrer qu'au-delà des discours, le « manger local » est une vraie préoccupation des élus locaux. »

« La dette des éleveurs est notre préoccupation majeure, confirme Franck Sander. Nous avons obtenu que les banques accordent des prêts à court terme, à un taux d'intérêt très faible, aux éleveurs concernés pour nous permettre de trouver des solutions. Nous consacrerons l'été au règlement de ce dossier. » Laurent Ulrich précise : « Pour les éleveurs de porc, l'ardoise correspond à un mois de production. Dans la conjoncture actuelle, c'est juste pas possible. »

Un autre chantier s'ouvre aux responsables professionnels pour garantir la pérennité des élevages alsaciens. Il s'agit de structurer durablement la collecte des animaux. De fait, les adhérents de Copvial n'ont pas attendu le dépôt de bilan de la coopérative, intervenu le 27 juin, pour s'organiser. Ils se sont rapprochés de l'union de commercialisation Cloé, en Lorraine, pour assurer la continuité de l'activité de collecte.

Rendez-vous vendredi 1er juillet à Schiltigheim

La phase suivante consistera à créer, au sein du Comptoir agricole, une section élevage qui reprendra certaines prestations assurées jusqu'ici par Copvial, comme le conseil, la vente d'aliments, l'achat de broutards. C'est cette structure qui sera l'interlocuteur de Cloé, à l'avenir. Pour faire le point sur l'ensemble de la situation, une réunion d'information est organisée ce vendredi 1er juillet à 20 heures à la Maison de l'agriculture de Schiltigheim, à l'invitation de la FRSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d'agriculture d'Alsace. En présence de Bruno Collin, président de l'union de coopératives Cloé, les modalités pratiques de la poursuite de l'activité de collecte, d'abattage et de paiement des animaux seront présentées aux éleveurs. De son côté, le Comptoir agricole en dira plus sur la création de la section élevage.

Crédit Agricole Alsace Vosges

« La saga des Sander ne fait que commencer »

Vie professionnelle

Publié le 03/06/2016

On le sait, les « retraités » ont un calendrier très chargé. Si bien qu'il a fallu attendre fin mai pour pouvoir organiser une cérémonie en l'honneur du président sortant de la Caisse de Crédit Agricole Alsace Vosges… Fidélité au monde agricole, solidarité, engagement, ce sont les trois qualités qu'Henri Buecher a utilisées pour décrire son prédécesseur. Alsacien de naissance et de cœur, Jean-Marie Sander n'est « pas du tout alsacien par son caractère. Il est tout le contraire du Hans im Schnokeloch. » Son parcours exceptionnel prouve, effectivement, qu'il sait ce qu'il veut…

Depuis 1971, cette marche en avant n'a jamais cessé : Jean-Marie Sander gravit tous les échelons du syndicalisme agricole pour devenir président de la FDSEA en 1987. En 1989, il est élu président de la Chambre régionale d'agriculture d'Alsace. Au côté des grandes figures de l'agriculture alsacienne, Joseph Daul, Eugène Schaeffer et Jean-Paul Bastian, il est de tous les combats (on les surnomme d'ailleurs « les Mousquetaires alsaciens »). Pionnier de la relance de la production de houblon en Alsace, il s'investit pour la modernisation et la structuration de la filière.

« Ta réussite ne doit rien au hasard »

Même parcours au sein du Crédit Agricole : président de la Caisse locale de Bischwiller en 1984, il entre au conseil d'administration de la Caisse régionale en 1991, avant d'en prendre la présidence deux ans plus tard. Jean-Marie Sander est l'artisan de la fusion avec les Vosges, une belle réussite. « Sous ta longue présidence, la Caisse régionale s'est renforcée pour devenir un acteur bancaire majeur dans la région. »

L'énergie qu'il déploie, sa détermination, lui valent d'accéder à de grandes responsabilités nationales. Il accède à la présidence de la Fédération nationale du Crédit Agricole en 2003, avant de devenir président du conseil d'administration de CASA en 2010, poste qu'il occupe jusqu'en 2015. Une période difficile, marquée par la crise de la Grèce et des dettes souveraines. « Ton rôle a été déterminant pour remettre le groupe sur la bonne voie, grâce à ton courage et ta diplomatie. » Henri Buecher a poursuivi : « Ta réussite ne doit rien au hasard, mais à ta volonté et ton engagement au service de tes valeurs. Simple et facile d'accès, tu es un président attentif et respectueux des autres, humaniste de culture rhénane par tes valeurs et tes actions. »

Sera-t-il un peu plus disponible pour sa famille ? Rien n'est moins sûr : il préside la Confédération internationale du Crédit Agricole, ainsi que la Fondation Grameen Crédit Agricole, et vient de prendre la présidence du Crédit foncier de Monaco… Une famille qui l'a toujours soutenu dans son engagement professionnel et mutualiste : son épouse Angèle, ses enfants, Anne et Franck. Des enfants « qui sont source de fierté et de bonheur », puisque l'une est députée européenne, l'autre président de la FDSEA du Bas-Rhin, et qu'ils leur ont apporté de nombreux petits-enfants. « La saga des Sander ne fait que commencer », a prédit Henri Buecher.

« Des propos aussi élogieux sont généralement prononcés quand l'intéressé ne les entend plus, a souligné Jean-Marie Sander avec sa modestie habituelle. J'ai eu beaucoup de chance : j'étais au bon endroit au bon moment. » Sous la houlette de Mariette Siefert, Jean-Paul Hammann, André Wicker, « nos prédécesseurs aux JA », une équipe de jeunes agriculteurs s'est formée et s'est retrouvée aux postes clés… Jusqu’à aujourd'hui. « Notre organisation agricole a toujours été admirée, et même enviée, par les autres structures économiques, une organisation pyramidale permettant de former une génération de jeunes dirigeants et de procéder à une répartition intelligente des responsabilités. » De cette longue expérience, il tire un adage : « Dans le département, on discute, au niveau régional on se met d'accord, au niveau national on parle d'une seule voix et au niveau européen on est solidaire de l'Alsace ». Avis à ses successeurs !

Jean-Marie Sander a adoré son « épisode Cesa ». « Président de cette assemblée pendant dix ans, j'ai eu la possibilité de m'exprimer sur tous les sujets, de chercher le consensus, de travailler auprès des présidents du Conseil régional, Adrien Zeller d'abord puis Philippe Richert. C'était un plaisir de fédérer les agriculteurs et les écologistes, le Medef et la CGT, preuve que l'eau et le feu peuvent se conjuguer. »

« Même en rêve, je n'aurais pu y croire ! »

« Mes responsabilités au Crédit Agricole, même en rêve je n'aurais pu y croire ! En 1993, j'ai pris la présidence d'une Caisse fragilisée par la crise immobilière. Puis j'ai poussé à la fusion avec les Vosges à laquelle personne ne croyait et qui est une réussite. Merci au conseil, au bureau et aux directeurs généraux successifs de m'avoir soutenu. Je suis ensuite « monté à Paris », comme on dit en Alsace, pour prendre la présidence de la FNCA. Une période magique, pleine d'expansion, d'acquisitions. Quels magnifiques projets et quelles belles bagarres, avec par exemple l'ouverture du livret A à toutes les banques ! » Autre responsabilité qu'il a assumée, faire l'unité sur le projet des 39 Caisses régionales. « En 2010, je pensais que le moment était propice de m'engager, car le Crédit Agricole était en pleine crise, au fond du gouffre, pensions-nous. » Après la crise des subprimes, il y a la crise économique puis la crise des États. « Il a fallu se séparer de certaines acquisitions, remettre le navire à flot, changer de modèle. J'ai le sentiment d'avoir fait mon job. »

Jean-Marie Sander est fier de son métier d'agriculteur. « Malgré les difficultés, j'encourage toujours ceux qui ont envie de s'installer, d'entreprendre. » Il a remercié son épouse Angèle, « souvent seule comptable et seule à table ». Ses enfants, aussi : « Nous pensions qu'ils ne voulaient pas de cette vie-là, nous nous sommes trompés. Le fruit ne tombe jamais très loin de l'arbre… » Il n'a pas oublié ses cinq petits-enfants, « une grande satisfaction ». Et de conclure : « Pour ce qui est probablement ma dernière intervention, j'ai été un peu long… »

Pour Philippe Richert, président du Conseil régional du Grand Est, le parcours de Jean-Marie Sander est une vraie success story. « C'est l'histoire de la réussite d'un homme, de ses talents et de ses compétences, une histoire de solidarité agricole. C'est aussi l'histoire de la réussite d'une grande institution bancaire qui a su garder ses racines mutualistes, avec un président issu du monde agricole. » Lorsque Jean-Marie Sander a pris la présidence du groupe, la situation était très compliquée. « Cela semble loin aujourd'hui, mais à l'époque, on nous prédisait l'effondrement du système bancaire français, à l'image de ce qui s'est passé dans d'autres pays européens. C'est dans ce contexte que tu as pris la barre. Les pouvoirs publics ont pris les bonnes décisions, la France et l'Allemagne se sont serré les coudes, les dirigeants de banques étaient de qualité », a souligné Philippe Richert. Il a ajouté : « Nous avons encore besoin de toi dans la région pour donner de l'avenir au bon sens ».

Domaine Pierre et Frédéric Becht

Dédicace à Lætitia

Vigne

Publié le 27/05/2016

« Nous ouvrons nos portes tous les trois ou quatre ans, dans l'objectif de faire découvrir nos vins sous l'aspect accord mets-vins, indique Frédéric Becht. Nos clients connaissent nos vins, mais ils ne savent pas toujours comment les accorder. » Samedi 21 mai, par une magnifique journée, le domaine Becht a aménagé un parcours gourmand dans ses chais, en partenariat avec deux fermes bas-rhinoises, le Gaveur du Kochersberg-Nonnenmacher à Woellenheim et la ferme Vogelgesang-Jost à Dorlisheim, ainsi que le chocolatier Théo Schreiber, qui a pignon sur rue à Strasbourg mais dont l'atelier est à Dorlisheim. Plusieurs ateliers ont ainsi permis de déguster les crémants, les vins de cépages, les vins de terroir et les « douceurs », en association avec des produits du canard, des fromages, des chocolats, etc.

L'occasion était idéale pour présenter officiellement « Dédicace à Lætitia », la cuvée spéciale de la reine des vins qu'une poignée de privilégiés avaient pu vendanger en septembre dernier sur les hauteurs de Mutzig. C'est un assemblage de muscat, de riesling et de gewurztraminer, indique Lætitia, employée au domaine Pierre et Frédéric Becht où elle assure la réception des clients au caveau et la préparation des commandes. « Sur la base du commentaire de dégustation que nous avons réalisé, l'imprimerie Freppel a conçu une étiquette spéciale, avec trois couleurs - jaune, vert et rose - qui reflètent les trois cépages. » Il a été embouteillé dans une bouteille transparente pour mettre en valeur sa couleur, particulièrement belle.

Un crémant Divine Sensation

D'autres « trouvailles » étonnantes émaillaient ce parcours gustatif. À commencer par une série de bulles, dont un crémant extra-brut à base de chardonnay, et une cuvée Divine Sensation. « Pour élaborer ce crémant, nous récoltons les raisins à 12,5 ou 13 °, donc avec une acidité et des arômes plus mûrs, explique Frédéric. Nous arrêtons la fermentation dès qu'il reste 22 g de sucre pour la prise de mousse. La fermentation continue après la mise en bouteille, sans ajout de sucre. Cela nous permet de faire un élevage plus long, en général de 36 mois. » Avec au final un crémant plus gras, plus riche, plus gastronomique car il est plus facile à accorder avec des plats. « Nous en faisons depuis 2009, mais pas forcément tous les ans. » Autre nouveauté à découvrir, le pinot gris Clémence, du nom de la fille de Frédéric et Christine Becht. « Nous cherchons aussi à mettre en avant les lieux-dits, comme le Stierkopf de Mutzig, dans l'objectif d'obtenir un classement en appellation premier cru », ajoute Pierre Becht.

Le domaine Pierre et Frédéric Becht exploite 22 hectares de vigne en production. Outre le patron de l'entreprise, Frédéric, il emploie cinq salariés. « Mes parents sont à la retraite, mais ils sont toujours très actifs », confie Frédéric. En 2009, le domaine s'est équipé de pressoirs entièrement pneumatiques De Franceschi. « Nous venons aussi d'acquérir un nouveau filtre lenticulaire. Auparavant, toutes les opérations de filtration se faisaient avec un filtre kieselgur. Avec le filtre lenticulaire, nous pouvons filtrer des vins plus chargés, plus troubles, et faire des élevages sur lies beaucoup plus longs. C'est un filtre que nous avons fait faire sur mesure par la maison Gauthier, pour qu'il soit facile à utiliser et que la qualité de filtration soit supérieure à ce que nous avions auparavant », explique Frédéric.

Concours régional de génisses prim'holstein

C'est qui la championne ? C'est Wilt Quiqui !

Élevage

Publié le 27/05/2016

« Nous accueillons les membres du Club Holstein 68 avec leurs génisses, et nous leur rendrons la pareille au mois d'octobre à Habsheim avec nos vaches », explique Rémy Bierbaum, technicien à Élitest, qui anime ce concours. Jean-François Dintinger, président du Syndicat de la race prim'holstein du Bas-Rhin, a demandé à Bruno Toussaint, éleveur belge, de départager les concurrents.

« Un juge, un ring man, un coup d'œil, un signe de la main… Les éleveurs ont les yeux rivés sur le juge et font tout pour mettre en valeur leur animal », ajoute l'animateur. Au côté des routards de cette activité, on trouve des jeunes qui en veulent. Les explications du juge sont précieuses, car elles permettent aux concurrents de savoir pourquoi leur animal n'est pas parmi les premiers de la section.

Ce sont les génisses de 5 mois qui ouvrent le défilé. Le juge relève « le très bon niveau de cette série de jeunes génisses, qui présentent toutes un style laitier ». Deux animaux se détachent aisément du lot, « avec beaucoup de longueur ». La première est Louisa du Neuhof, une génisse haut-rhinoise appartenant au Gaec Gutzwiller de Michelbach-le-Haut. Elle se distingue pour « la solidité de son dessus, l'harmonie de son épaule, une meilleure position de ses membres, la profondeur de sa côte arrière ». Sa présentatrice, la jeune Alicia, « a fait une superprestation la veille », souligne Rémy Bierbaum. La deuxième de cette première section est Romane, du Gaec Wilt de Dachstein. Lucky Faith, de l'EARL Schwartz de Hochstett, se classe troisième.

Dans la deuxième section, le juge repère un très beau trio de tête. La première est Lilou, de l'EARL Schwartz. Le juge lui trouve un style laitier, une belle longueur dans toutes ses parties. « Je la préfère à la génisse en deuxième position, Lumineuse du Neuhof, du Gaec Gutzwiller, même s'il y a plus de force et de largeur dans cet animal ». Lumineuse présente à son tour plus de taille, de longueur, de solidité du dessus que la troisième, Lorelei du Neuhof, du même élevage. Précision de Rémy Bierbaum : « Le père de Lorelei est le taureau Yorick, dont la semence est actuellement disponible dans la cuve des inséminateurs ».

806, championne junior

Dans la troisième section, les animaux se caractérisent par la finesse de leur ossature, une ouverture de côte supérieure, la finesse de leurs membres, le dégagement de leur encolure. Linda, du Gaec Butsch de Ranspach-le-Haut, « une génisse mouchetée », prend la tête du classement par la qualité de son déplacement, son ouverture de côte, la finesse de son ossature. Prinz Arkansas, de l'EARL Prinz à Hausgauen, arrive deuxième. « Elle se déplace bien, a un très bon positionnement. » Et une maman hyperproductive, ajoute Rémy Bierbaum, puisqu'elle a donné 15 000 kg de lait en troisième lactation. À la troisième place, on trouve Love, du Gaec de la Mossig à Wangen, que le juge apprécie pour sa grande puissance.

Dans la quatrième section, les animaux arrivés en tête ont plus de dimension, d'ouverture de côte, de finesse dans l'ossature, précise Bruno Toussaint. La 806, du Gaec de Wittelsheim, à Wittelsheim, est « la gagnante facile de cette section : elle est laitière du bout de son museau jusqu'à l'arrière de sa queue ». Elle a de bons membres, une belle ouverture de côte, de la longueur dans toutes ses parties, de la largeur dans l'avant-main, une belle finesse dans l'ossature, de la dimension et de la puissance. La deuxième est une génisse rouge, Prinz Tornade, de l'EARL Prinz, la troisième est Lydie, de l'EARL Schwartz.

Huit génisses sont revenues dans le ring pour prétendre au titre de championne junior. « Trois animaux ont dominé le championnat, des animaux comme je les aime avec assez de dimension et de puissance et beaucoup de caractère laitier. » Ce trio de tête s'appelle 806 (« beaucoup de longueur, style laitier, bonne inclinaison de bassin, beauté des ischions »), Linda (« beaucoup d'harmonie, largeur dans son avant-main, solidité du dessus ») et Louisa du Neuhof (« dimension, finesse dans toutes ses parties, profondeur de côte, dégagement dans l'encolure »). Le juge a fait durer le plaisir, avant de désigner 806 comme championne junior et Linda comme réserve.

Avec la section 5, on passe dans la classe senior. Avec un très beau trio de tête, une fois encore. Des génisses un peu différentes, mais qui survolent cette section. Wilt Anastasia, du Gaec Wilt à Dachstein, se classe première. Elle se détache par une belle longueur dans ses parties, sa supériorité au niveau de son épaule, mieux soudée. « Il y a énormément de morphologie dans cet animal-là. » Derrière elle, 797, du Gaec de Wittelsheim, dont la mère a produit près de 13 000 kg de lait en troisième lactation. « Un très grand bravo pour Lavande, du Gaec Goos à Blaesheim, qui arrive troisième. Une exploitation qui, pour sa première sortie, fait tout de suite un podium », souligne Rémy Bierbaum.

Doublé gagnant pour l'élevage Wilt et le Gaec de la Cigogne

L'après-midi se poursuit avec « des animaux bien avancés, beaucoup de largeur, de dimension ». Deux animaux survolent cette sixième section : Wilt Quiqui et Wilt Lisa. « Wilt Quiqui a beaucoup de dégagement, de largeur dans son cou, de longueur dans son avant-main. » C'est un animal qui combine morphologie et production : sa mère a pratiquement produit 10 000 kg en deuxième lactation, précise Rémy Bierbaum. Wilt Lisa se distingue par sa solidité du dessous. Son père est un taureau né dans l'élevage Wilt, Wilt Leader. En troisième position, on trouve DLC Léonie, appartenant au Gaec de la Cigogne à Wolfisheim, « une génisse très longue et très puissante ».

La septième section se caractérise par une plus grande hétérogénéité, au niveau de l'état de chair, de la qualité des membres, souligne Bruno Toussaint. Encore un doublé gagnant, cette fois-ci pour le Gaec de la Cigogne, avec DLC Jolidy et DLC Jorrie. Jolidy « se distingue par sa longueur de corps, sa force au niveau de l'avant-main, son style laitier ». Chez Jorrie, le juge relève « la puissance, la largeur, la profondeur de côte, la longueur, la force ». En troisième position, on trouve Jenny TH, du Gaec du Tilleul à Traubach-le-Haut, « une génisse très ouverte ».

Dans la section 8, Jasmina, de l'EARL Schwartz, a « beaucoup de longueur, de dimension, de style laitier ». Jessie de l'EARL des Cigognes-Winckel à Hochfelden, se détache par la longueur dans son cou, la finesse de l'ossature, et Jolie, du Gaec Dintinger de Weislingen, est une génisse très puissante qui s'était arrogé le championnat l'an dernier.

La consécration pour Wilt Quiqui

Huit animaux étaient en lice pour le sacre de la championne génisse senior. « Les trois animaux qui se démarquent allient longueur, dimension, style laitier, comme je les aime. Elles se déplacent avec de très bons membres. » L'occasion de mettre à l'honneur le Gaec Wilt, qui réalise un très beau triplé. Wilt Quiqui l'emporte grâce à sa longueur, son ouverture de côte, la solidité de son dessus, de son épaule, sa largeur globale, son style laitier. Elle est suivie de Wilt Anastasia, un animal au style laitier, et Wilt Lisa, « une génisse blanche que j'aime beaucoup ».

Puis vient le moment tant attendu d'élire la grande championne. Le trophée, offert par Prim'Holstein France, revient à Wilt Quiqui. « Une belle largeur de bassin, une grande ouverture de côte ont fait la différence entre les deux demoiselles », explique Bruno Toussaint. Le Gaec de Wittelsheim remporte le titre de championne réserve avec 806. Commentaire du juge à l'issue de cette confrontation : « Je savais que j'allais trouver de bons animaux, je n'ai pas été déçu ! »

Copvial SA en redressement judiciaire

Continuer à livrer l'abattoir pour construire un nouvel avenir

Élevage

Publié le 04/05/2016

Devant une salle bondée, Jean-Louis Siegrist, président de Copvial, déclare : « La situation est grave, car notre filiale Copvial SA a déposé le bilan le 25 avril ». La procédure de redressement judiciaire est assez inédite dans le monde agricole, précise Jean-Paul Bastian. Mais ce n'est pas la fin : elle doit permettre à l'entreprise en difficulté de trouver les moyens de rebondir. « Dans cette situation transitoire, il est important de faire toute la lumière et d'évoquer les pistes pour l'avenir de la filière élevage, les éleveurs, les salariés et tous ceux qui gravitent autour de cette filière. » Ce qui est particulier, dans ce dossier, c'est qu'on parle aussi des créanciers, pas seulement des salariés, poursuit l'administrateur judiciaire, Claude Maxime Weil. « Si on ne trouve pas de solution avec les créanciers, on n'en trouvera pas avec les salariés. »

Huit jours plus tard, où en est-on ? Le redressement judiciaire a un effet mécanique, explique l'administrateur judiciaire : toutes les dettes sont gelées. « Toutes les prestations, livraisons et autres facturations faites jusqu'au 25 avril à 0 h sont gelées et font l'objet d'une déclaration de créances chez le mandataire, Me Fabienne Jenner, qui a la charge de les vérifier. De ce fait, Copvial SA n'a plus de dettes mais bénéficie des actifs, des créances à récupérer, donc d'un peu de trésorerie. Sans quoi, on n'irait pas loin. »

Pour Claude Maxime Weil, il est important de poursuivre l'activité de Copvial SA. Le tribunal a autorisé une exploitation de six mois, mais une audience intermédiaire aura lieu le 20 juin pour décider des solutions à adopter. « Si on lui propose un plan correct, il le retiendra. »

Lorsqu'une société est en redressement judiciaire, il y a deux possibilités, explique-t-il. La première consiste à restructurer l'entreprise et à présenter un plan de redressement par voie d'apurement du passif, les dettes étant alors étalées sur plusieurs années. « Cette solution n'a pas été retenue. Il est impossible de demander à l'unique actionnaire, la coopérative Copvial, d'assurer le fonds de roulement, les investissements nécessaires et le remboursement du passif. »

Dès lors, la solution envisagée est un plan de redressement par voie de cession. « L'avantage, pour le repreneur, c'est qu'il ne reprend pas le passif et qu'il peut acquérir les actifs à bas prix. » Copvial SA n'a pas d'actifs importants, les murs de l'abattoir étant la propriété du Crédit Agricole Alsace Vosges, de Groupama Grand Est et du Comptoir agricole. « La totalité des fonds qu'apportera le repreneur servira donc aux investissements futurs et aux besoins en fonds de roulement. »

Comment poursuivre l'exploitation jusqu'au 20 juin ? Si les dettes antérieures sont gelées, les dettes nouvelles bénéficient d'un privilège et d'une garantie, selon le code de commerce. Avec une nuance de taille : les salaires ont un superprivilège qui prime celui des créanciers. L'administrateur judiciaire désigné par le tribunal se doit de garantir la possibilité de payer les nouveaux créanciers, indique Claude Maxime Weil. « J'ai donné un feu rouge au paiement des créances à la coopérative, car je dois être en mesure de garantir le paiement de vos nouvelles créances. » Il a donc instauré un "circuit court" : « À partir de lundi, vous libellerez vos factures à Copvial SA qui vous les réglera directement et qui indemnisera la coopérative pour ses prestations. »

Toutes les livraisons postérieures au 25 avril au matin seront payées au plus tard à J + 10. Exemple : « La livraison du 25 avril sera payée le 4 mai. Celle du 26 avril sera payée le 6 mai, etc. Le risque pour les éleveurs de continuer à livrer est nul, dans la mesure où nous avons un tableau de trésorerie extrêmement clair. Le grand avantage étant que nos clients finaux, la grande distribution, sont des gens solvables. »

Pas d'a priori vis-à-vis d'un éventuel repreneur 

Maxime Claude Weil a insisté sur un point crucial : pour éveiller l'intérêt d'un éventuel repreneur, il faut qu'il y ait encore un fonds de commerce. « Vous êtes directement impliqués : vous devez continuer à travailler avec l'abattoir Copvial, sinon il n'y aura plus de chiffre d'affaires. Il faut que vous preniez l'engagement de continuer à approvisionner l'abattoir. »

Le timing, malheureusement, n'est pas favorable : « Nous ne pouvons pas rentabiliser l'abattoir, encore moins l'usine de Reichstett, et nous continuons à faire des pertes. Or la loi ne permet pas de poursuivre une activité déficitaire. On ne pourra donc pas vous promettre de vous payer très longtemps. Pour le 20 juin, il faut absolument une solution. » Cette solution, prévient Maxime Claude Weil, ne viendra ni de l'ancienne direction, ni de l'ancien conseil d'administration : il faudra l'intervention d'un tiers. « Nous n'avons pas le temps de nous montrer difficiles. Toute solution est meilleure qu'une liquidation sèche. Il faut donner la possibilité à tout repreneur potentiel de présenter son offre de reprise. C'est le tribunal qui va l'accepter ou non, sachant que le repreneur voudra obtenir l'adhésion des éleveurs. »

Le plus urgent est de construire une solution crédible sur le plan économique, financier, et accessoirement commercial, poursuit Me Weil. « Ensuite, tous les autres acteurs vont vous aider. Je vous demande très clairement de maintenir le flux d'activité avec Copvial pendant le mois de mai pour démontrer aux repreneurs votre volonté de poursuivre l'activité et leur donner envie de nous racheter. » Ce n'est pas le moment de quitter le navire, renchérit Jean-Paul Bastian.

La profession agricole tout entière se préoccupe de ce dossier depuis longtemps, déclarent tour à tour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, et Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace. « Nous avons un rôle politique à jouer, celui de faire en sorte que cela se passe le mieux possible sur vos exploitations », ajoute Franck Sander. Quant à Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, il se dit préoccupé de l'avenir des jeunes éleveurs qui viennent de s'installer.

Quelle est l'origine de cette crise ?

Les questions fusent dans la salle, sur l'analyse des difficultés de Copvial SA. Elles proviennent, explique le mandataire judiciaire, de l'insuffisance de chiffre d'affaires qui ne lui permet plus de couvrir ses frais fixes. « Il aurait fallu licencier ou investir, mais la société n'avait pas les moyens financiers de le faire », indique l'administrateur judiciaire. L'audit réalisé il y a quelques mois montre que le problème date de 2015, précise Jean-Paul Bastian. « En 2014, les comptes étaient tout juste équilibrés. » La conjoncture, l'effritement du chiffre d'affaires et la reprise de l'usine de Reichstett - qui a engendré à elle seule la moitié des pertes - sont à l'origine de cette crise, explique-t-il.

Que se passera-t-il pour les créances antérieures au 25 avril ? « Je ne peux pas vous proposer de solution pour l'instant, affirme Claude Maxime Weil. On ne peut pas conditionner la poursuite d'activité au règlement de la dette antérieure. L'urgence est de trouver un repreneur. On étudiera ce deuxième point dans six semaines. »

La priorité agricole de la région

S'il y a un plan de reprise, cela permettra de résoudre plus facilement les autres problèmes, insiste Jean-Paul Bastian. « Nous devons nous mobiliser sur ce point. Nous avons rendez-vous mercredi avec les trois principales banques et la BPI pour mettre en place des financements à court terme, sans intérêts, pour faire face aux créances impayées. Il faudra ensuite trouver des solutions avec les différents partenaires pour que ce ne soit pas une perte définitive pour les éleveurs. » La Région et d'autres partenaires suivent de près ce dossier, annonce le vice-président de la Chambre d'agriculture.

Beaucoup de questions ont été posées sur la gouvernance du groupe. Ce à quoi Claude Maxime Weil a répondu : « Le président de SAS Copvial reste Jean-Claude Helfer, parce qu'il n'y a pas d'autre candidat. Mais il ne sera pas à l'origine du projet de reprise. Ceux qui veulent du changement en auront. Michel Maire et M. Villier sont désormais aux commandes de l'entreprise, ils veillent à ce que les budgets soient établis de façon simple et claire, pour que je puisse m'engager sur les problématiques de trésorerie. »

Les éleveurs livrant des animaux vivants à un autre éleveur de la Copvial seront-ils payés ? Normalement, ces transactions passent par la coopérative, pas par Copvial SA, explique Jean-Paul Bastian. « Il faut trouver une solution à ce problème durant cette période intermédiaire, afin qu'il ne vienne pas envenimer le débat. Si le 1er juin nous avons des pistes sérieuses pour un projet d'avenir, tous les autres problèmes trouveront une solution. »

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