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Bérengère de Butler

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Agriculture biologique

La conversion d’un atelier grandes cultures passée au crible

Cultures

Publié le 16/01/2020

En 2017, 4,3 % de la SAU du Grand Est était conduite en bio. Une moyenne qui cache des différences : c’est 7 % du vignoble, 8 % des surfaces fourragères, mais seulement 2 % des surfaces céréalières. Comme par ailleurs les grandes cultures occupent plus de la moitié de la SAU alsacienne, la conversion de ces ateliers à l’agriculture biologique (AB) constitue un enjeu de taille. En particulier dans les secteurs concernés par des problématiques de pollution des eaux souterraines.

Pour encourager les agriculteurs à franchir le pas, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Bio en Grand Est ont mené une étude en se fondant sur un cas concret, celui du domaine Francis Beck et fils, situé à Epfig. Julien Beck, installé en 2005, décrit une exploitation de 32 ha, dont 10 ha vigne, et le reste en grandes cultures et en herbe avec une MAE sur les prairies temporaires courant jusqu’en juin 2021. Le domaine emploie 3,5 UTH plus de la main-d’œuvre familiale et saisonnière. Depuis août 2019, la partie viticole est convertie à l’agriculture biologique. Le domaine envisage aussi de convertir la partie agricole à l’AB dans un souci de cohérence. Mais s’interroge sur la rentabilité ainsi que sur l’impact en matière de main-d’œuvre de la conversion à l’AB. D’où l’utilité de cette étude.

Quatre hypothèses

Pour l’instant, le blé et le maïs sont cultivés de manière « classique et économe », et la récolte est confiée à une entreprise. Pour l’avenir, quatre hypothèses ont été formulées :

  1. Maintien en conventionnel et arrêt des prairies en 2021 à la fin de la MAE
  2. Conversion à l’AB avec le moins de main-d’œuvre possible (cultures d’hiver, prairies temporaires et luzerne)
  3. Conversion à l’AB de manière plus intensive, avec du soja à la place des prairies, et en externalisant certains travaux, comme le semis du soja, le battage et le désherbage mécanique
  4. Conversion à l’AB telle qu’en hypothèse 3, mais avec l’externalisation de tous les travaux

Dans l’hypothèse 2, la rotation envisagée est une succession de deux années de luzerne, suivie par un blé, un triticale, une orge ou de l’épeautre, puis un pois d’hiver et à nouveau un blé. « La luzerne apporte de l’azote, ce qui permet d’en faire l’économie sur le blé qui suit, et même sur la céréale secondaire, qui va valoriser l’arrière-effet de la luzerne. Vient ensuite une légumineuse, par exemple un pois d’hiver, qui apporte à nouveau de l’azote pour le blé qui suit, avant le retour avec de la luzerne, ou une céréale secondaire », détaille Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Même si elle est conçue pour les limiter, cette hypothèse nécessite toutefois un certain nombre d’interventions : destruction de la luzerne, déchaumages pour limiter la prolifération des adventices, apports de compost et/ou de déchets verts tous les trois ans pour couvrir les exportations. En outre, cette hypothèse requiert d’investir dans une herse étrille.

L’hypothèse 3 repose sur une rotation pois d’hiver, blé, triticale (ou autre seconde paille), puis deux années de soja avant un blé. Elle est donc davantage équilibrée entre cultures de printemps et d’hiver. L’introduction de cultures de printemps augmentant le risque de salissement, cette hypothèse inclut pas mal d’interventions mécaniques : labours, faux-semis, déchaumages, mais aussi l’implantation d’un engrais vert après le triticale et l’apport de fumier avant les blés, tous les trois ans.

Plus de travail en été

L’impact sur le temps de travail de ces quatre hypothèses a été évalué en recensant toutes les interventions et en y appliquant des temps de travail grâce au barème d’entraide, en concertation avec la famille Beck. « Nous avons démontré qu’il est possible de faire baisser la charge de travail, notamment en choisissant des cultures peu exigeantes en main-d’œuvre, comme la luzerne, les céréales d’hiver », avance Benoît Gassmann. Dans l’hypothèse 1, la charge de travail est assez répartie sur l’année. Dans les hypothèses de conversion à l’AB, elle est davantage concentrée sur la fin d’été, avec les déchaumages, et le début de l’hiver.

Une marge améliorée après la conversion

Le diagnostic économique repose sur la comparaison des marges entre la situation actuelle et celles obtenues sous les diverses hypothèses. « La marge, c’est la différence entre les produits, soit le fruit de la vente des productions et les primes Pac couplées, moins les charges opérationnelles, qui rassemblent taxes, assurances, prestation de service, semences, engrais… », rappelle Pascale Knepfler, du service économie de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Sur la base de rendements moyens, les produits de la vente utilisés sont les suivants : blé meunier 1 400 €/ha, soja pour l’alimentation animale : 1 200 €/ha, triticale 1 000 €/ha, épeautre 1 000 €/ha, pois 500 €/ha. « À noter que ce n’est qu’à partir de 2023, après la période de conversion, que ce qui a été semé pourra être vendu au tarif du bio », précise Pascale Knepfler. À noter aussi que, dans les calculs présentés, les primes à la conversion n’ont pas été prises en compte. Après trois années de conversion délicates, l’hypothèse 2 permet de faire passer la marge à 15 000 €, contre 11 000 € si la surface dédiée aux grandes cultures était restée dédiée pour un tiers au blé et pour deux tiers au maïs conduits de manière conventionnelle. Dans cette hypothèse, les prairies sont valorisées par la vente d’herbe sur pied, à raison de 250 €/ha. L’hypothèse 3 conduit à une marge de 17 000 € après la période de conversion. Enfin, dans l’hypothèse 4, le fait de confier l’ensemble des opérations culturales à des prestataires dégrade la marge et conduit à une année très difficile durant la période de conversion mais ensuite les résultats restent « corrects ».

Les conclusions de cette étude sont donc encourageantes : « Une conversion de l’atelier grandes cultures à l’AB est envisageable dans tous les cas, à condition de gérer la technique, et de contractualiser avec les organismes stockeurs », indique Benoît Gassmann.

Gérard Lorber, président de la section d’Erstein

« À nous de savoir ce que nous voulons ! »

Vie professionnelle

Publié le 18/12/2019

Pour Gérard Lorber, président de la section d’Erstein, les racines de la baisse d’intérêt des planteurs pour la betterave sont à chercher dans deux années sanitairement compliquées, et un contexte économique difficile. Il évoque le plan de restructuration mené par Cristal Union l’année dernière qui a « jeté une onde négative » dans l’esprit des planteurs. Ainsi que le résultat négatif du groupe, qui a pu engendrer des craintes quant à la solidité de son capital. Lui se veut confiant en l’avenir. « Les crises commencent et s’arrêtent. La cercosporiose est déjà mieux maîtrisée, le point bas de la crise du marché du sucre est passé… »

Pour lui, cette désaffection n’a pas lieu d’être. « La filière betteravière existe et elle est structurée. Tout est maîtrisé, du semis à l’usine grâce notamment à des entrepreneurs de travaux agricoles équipés pour le bâchage, la récolte, et à des techniciens qualifiés, qui ont une réelle expertise, doublée d’une grande réactivité. » Autres atouts des planteurs alsaciens : leur niveau de technicité élevé, des terres propices, l’accès à l’irrigation… Autant d’éléments qui font de l’Alsace un bassin betteravier propice à l’obtention de rendements stables malgré les variations climatiques de plus en plus importantes. Enfin, Gérard Lorber met aussi en avant le bassin de consommation important que représente l’Alsace. Avec des industries alimentaires qui utilisent du sucre liquide, une exclusivité d’Erstein, et des particuliers attachés à la marque.

Cristal Union s’engage sur des prix compris entre 23 et 25 €/t

Si l’Alsace est propice à la betterave, la culture le lui rend bien. Tout simplement parce qu’elle permet de construire des assolements diversifiés, encouragés à la fois par la réglementation et l’agronomie. Rappelons que la lutte contre l’extension de la chrysomèle des racines du maïs passe par l’instauration de mesures rotationnelles pour priver l’insecte de sa ressource trophique favorite : les racines de maïs. Le maintien de la structure est également important pour l’élevage, puisque les pulpes de betterave participent à la sécurisation de la ressource fourragère du cheptel alsacien. Rappelons aussi que, si la fin des quotas s’est traduite par une baisse des cours du sucre et donc de la betterave, Cristal Union s’est engagé à payer les betteraves 23 €/t pour 75 % des betteraves et 25 €/t pour 25 % des betteraves pour les agriculteurs qui ont contractualisé un tonnage et une surface en 2020.

Si les surfaces alsaciennes devaient ne pas suffire, Cristal Union n’hésitera pas à aller frapper à la porte des agriculteurs allemands, rappelle Gérard Lorber. « La sucrerie a été construite alors que l’Alsace était allemande. Alors qu’il était impossible de travailler avec les agriculteurs allemands durant la période des quotas, aujourd’hui ce n’est plus le cas. C’est une piste que nous creusons pour solidifier l’outil afin de garantir de meilleures retombées économiques aux producteurs. »

Enfin, il évoque l’actualité. Le « green deal » européen vient d’être présenté. Son objectif final ? Atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Ses moyens : 25 % du budget de l’Union européenne (UE) devra, à terme, être consacré à la transition écologique. Une orientation de la politique européenne qui peut constituer « une nouvelle opportunité pour l’éthanol et donc pour la betterave », estime Gérard Lorber. Certes, on ne transformera pas Erstein en usine de production d’éthanol. Mais si les autres unités font plus d’éthanol, elles feront moins de sucre. Et cette production pourrait être reportée à Erstein. Il avance un dernier argument : « L’histoire sucrière ne s’arrêtera pas, ni dans le monde, ni en Europe, ni en France. Mais si on ne fait pas attention, elle pourrait s’arrêter en Alsace. Donc à nous de savoir ce que nous voulons ! » Il ne s’agit donc pas de compter uniquement sur des surfaces allemandes pour sauver la sucrerie. Pour Gérard Lorber, il est important que la solution vienne d’Alsace : « Chaque planteur devra faire un effort et augmenter ses surfaces. Il en va de l’avenir de la filière. Une filière qui a surmonté d’autres crises, et qui est toujours vaillante grâce à l’engagement des planteurs. »

Valorisation agricole des produits résiduaires organiques

Une solution vertueuse à préserver

Technique

Publié le 28/11/2019

« Un thème peu attractif, mais essentiel au cycle de l’eau. » C’est ainsi que Denis Hommel, président du SDEA, a introduit le colloque sur la valorisation agricole des boues. Car ce recyclage, effectué en partenariat étroit avec le monde agricole, participe à la préservation de la qualité de la ressource en eau. En effet, dans le Bas-Rhin, le taux de recyclage des eaux usées est proche de 100 %. Et les installations de traitement sont de plus en plus performantes. Elles rejettent donc d’un côté de l’eau nettoyée, apte à être rejetée dans le milieu naturel, et un sous-produit, les boues d’épuration. L’objectif de leur épandage en milieu agricole est de « faire de ce déchet une ressource, dans une logique d’économie circulaire, via un recyclage local affichant un bilan économique et environnemental positif », poursuit Denis Hommel.

L’épandage agricole des boues existe depuis presque aussi longtemps que les stations d’épuration. Mais leur multiplication a conduit à encadrer cette pratique : « En 1998, la réglementation a notamment défini les boues comme des déchets », pose Céline Veit, responsable de la mission déchets et matière organique à la Chambre d’agriculture Alsace. Ce qui implique que leur devenir relève de la responsabilité de leur producteur, en l’occurrence le SDEA. La réglementation stipule aussi que leur épandage n’est autorisé que si l’intérêt agronomique et l’innocuité pour les sols et les cultures sont démontrés. Le principal intérêt agronomique des boues d’épuration réside dans leur valeur fertilisante, notamment en azote et en phosphore. Cela permet aux agriculteurs qui en épandent de réduire les doses d’engrais de synthèse, voire de s’en passer. En outre, certaines boues sont chaulées avant d’être épandues, ce qui permet d’effectuer un chaulage d’entretien des terres acides. « Enfin, lorsque les boues sont compostées avant d’être épandues, elles représentent une source de matière organique stable, qui améliore la structure des sols, leur capacité de rétention en eau des sols », décrit Céline Veit.

 

 

Une pratique encadrée

Bonnes pour le sol, les boues d’épuration le sont donc effectivement, a priori. Mais tous les sols ne sont pas égaux face aux boues. Aussi « l’intérêt agronomique pour le milieu récepteur est-il caractérisé via des études de sol réalisées initialement par des pédologues de bureaux d’études et, depuis 10 ans, par le SDEA », indique Thierry Willmann, responsable technique de la valorisation des boues au SDEA. Ces études permettent de vérifier l’aptitude des sols à valoriser les éléments fertilisants, à déterminer s’il y a lieu d’adapter la période, le mode ou encore la dose d’épandage, notamment afin d’éviter le lessivage… « Nous avons référencé 800 types de sol, avec des capacités de valorisation spécifiques », souligne Thierry Willmann.

Sur la base de ces analyses de sol, des périmètres d’épandage sont établis. Et les boues sont épandues sur les parcelles des exploitants qui les acceptent par des Entreprises de travaux agricoles (ETA), validées par les agriculteurs. L’effet des épandages à répétition de boues d’épuration est étudié grâce à un suivi analytique : « Avant tout premier épandage sur une exploitation, une parcelle de référence est désignée pour y effectuer des mesures portant tant sur les éléments minéraux que d’autres substances, comme les Éléments traces métallique (ETM). Et, au bout d’un certain nombre d’épandages, des analyses de contrôle sont effectuées, afin de mettre en évidence d’éventuelles variations de paramètres, comme la hausse de la teneur en matière organique, et de vérifier qu’il n’y a pas d’accumulation d’éléments indésirables », décrit Thierry Willmann. Des analyses de reliquats azotés sont également effectuées en sortie hiver, pour adapter la stratégie de fumure.

Réduire les distances parcourues

Les boues d’épuration sont issues du traitement d’eaux qui ont été rejetées dans le réseau après avoir été utilisées pour tirer la chasse d’eau, faire le ménage, la vaisselle, avec des produits dont l’innocuité laisse parfois à désirer. Pour vérifier leur innocuité et les caractériser au regard de leur teneur en éléments fertilisants, en ETM, en composés traces organiques… les boues sont donc analysées avant d’être épandues. « En 2018, 700 analyses ont été effectuées, avec un taux de conformité de 100 % », se félicite Thierry Willmann, qui note : « le meilleur moyen d’obtenir des boues conformes, c’est de maîtriser les rejets dans le réseau. » C’est pourquoi des agents du SDEA contrôlent les rejets des industriels, des artisans, et œuvrent à l’amélioration de leur impact sur le réseau d’assainissement.

Le SDEA a aussi pour mission d’assurer la traçabilité des pratiques d’épandages. Les nouvelles technologies sont mises à contribution : géolocalisation du parcellaire épandu, transmissions des informations en direct aux chauffeurs des ETA grâce à une application dédiée. Objectif 2020 : « Faire le lien avec les données des agriculteurs, notamment vers Mes P@rcelles », annonce Thierry Willmann. Le SDEA cherche à améliorer les pratiques d’épandage, et à les adapter aux évolutions des pratiques culturales. Exemples : l’utilisation d’automoteurs équipés de pneumatiques basse pression pour limiter le tassement des sols, l’enfouissement des boues liquides pour limiter la volatilisation de l’azote et les nuisances olfactives. Et, afin de répondre aux exigences du contexte agricole local et réglementaire, le SDEA adapte ses équipements. « Nous avons augmenté notre capacité de stockage afin de diminuer le nombre d’épandages, nous nous sommes équipés en séchage solaire afin de réduire le volume de boues et de les stabiliser, certaines stations d’épuration sont équipées d’unité de co-compostage de déchets verts et de boues d’épuration, d’autres d’unité de méthanisation… » À l’horizon 2030, le défi que se fixe le SDEA est de parvenir à réduire la distance parcourue par les boues pour les traiter : « Certaines parcourent plus de 200 km entre leur lieu de production, de traitement et d’épandage, ce qui n’est pas satisfaisant. Notre objectif est d’atteindre un seuil de 50 km maximum autour du lieu de production », informe Thierry Willmann. Ce qui passera par la construction d’unités de traitement mutualisées.

 

 

Point de campagne

La pluie tant attendue pénalise les chantiers

Cultures

Publié le 25/11/2019

La récolte des maïs touche à sa fin. Enfin. Les silos se referment sur une année agronomiquement compliquée. Christian Lux, responsable du service Agronomie et Environnement au Comptoir agricole, rembobine le film : « Un mois d’avril frais, entraînant un décalage des dates de semis, des mois de mai et de juin relativement frais aussi, provoquant un retard végétatif. Un décalage de la floraison d’une bonne vingtaine de jours. » Durant l’été, les maïs sont confrontés à deux épisodes caniculaires. Le premier se traduit par une évapotranspiration massive, qui vide les réserves en eau du sol. En l’absence de précipitation pour les renflouer, le second épisode caniculaire est fatal. La conséquence la plus directe, c’est une fécondation altérée, se traduisant par des pieds portant des « épis lacuneux, c’est-à-dire avec peu de grains, mais un gros PMG, à la dessiccation lente », décrit Christian Lux.

En outre, stressés, les maïs ont totalement fermé leurs spathes, ce qui n’est pas non plus propice à une dessiccation optimale. Enfin, les maïs se sont physiologiquement bloqués, « ils ont moins été réceptifs aux unités de chaleur et ont eu du mal à finir leur cycle. Ils étaient encore très humides fin septembre », rapporte Christian Lux. Les premiers maïs dentés à avoir été récoltés affichaient une humidité de 33 à 36 %, alors qu’elle devrait être de 27-28 %. Les chantiers de récolte ont donc été remis à plus tard. « Ça a été une grosse déception. Nous nous attendions à être confrontés à des humidités élevées, mais pas autant. » Les déconvenues s’enchaînent : le mois d’octobre a été très humide, ce qui n’a pas été propice au séchage naturel des maïs. Résultat, fin octobre, il restait encore beaucoup de maïs à rentrer, quels que soient les secteurs non irrigués. La situation décrite précédemment ne concerne en effet que les maïs non irrigués. Ceux qui l’ont été ont pour la plupart effectué des cycles normaux, avec une maturité normale, certes à grand renfort de tours d’eau. Au final, les maïs ont été rentrés avec des humidités significativement supérieures à la normale, à l’opposé de l’année 2018. Au niveau des rendements c’est « le grand écart, décrit Christian Lux. En fonction des dates de semis, des variétés, du type de sol, on va du simple au triple ». L’organisme stockeur avait établi un prévisionnel de rendement à 95 q/ha pour le Bas-Rhin. « Ce sera peut-être un peu mieux, mais la barre des 100 q/ha ne sera pas atteinte », présage Christian Lux.

 

 

Des semis de blé compliqués

Les conditions humides automnales ont aussi compliqué les semis de blé. Dans un certain nombre de situations où elle avait été remisée, « il a fallu ressortir la charrue », rapporte Christian Lux. En effet, les techniques culturales sans labour utilisent principalement des outils à disques, qui requièrent un sol ressuyé pour pouvoir être utilisés, au risque d’être confronté à des bourrages et à des enterrages détériorés. Or avec des précipitations fréquentes et un manque d’ensoleillement, les sols ne ressuient quasiment pas. Par contre, s’ils sont très humides en surface, dans les 20 premiers centimètres, ils sont plus secs en profondeur. Le labour permet donc de remonter de la terre sèche en surface, et de travailler les sols.

Pour Christophe Diss, président de Base Alsace, le recours au labour n'est pourtant pas forcément la bonne solution. Il explique : « C’est toujours mieux de semer dans de bonnes conditions. Cette année ce n’était pas le cas. Car même si on a un profil qui permet de drainer les excès d’eau, il y a toujours des remontées capillaires. Et si on exerce une pression sur les premiers centimètres, que ce soit un pneumatique, un disque, une dent, on va lisser le sol et créer un milieu d'anaérobiose peu favorable à la plantule mais favorable aux parasites et aux maladies, et qui sont aussi des autoroutes à limaces. » Pour lui, lorsque les conditions de semis ne sont pas réunies, il n’y a pas 36 solutions : « Il faut ou laisser tomber et partir sur une culture de printemps. Ou attendre que les précipitations se calment et les premières gelées pour effectuer une reprise de surface et planter une fourragère comme un triticale. Ou semer à la volée une céréale type épeautre avant le broyage des pailles de maïs, avec la difficulté d’avoir des pailles de maïs collées au sol, et une interrogation sur la capacité de résistance au gel de ces semences déposées sur la terre. » Quant au labour, il soutient : « Il ne faut pas vouloir forcer. Certes, on réussit à semer, mais c’est compliqué aussi, ça patine, et toute l’énergie mécanique dépensée en surface se traduit par une déstructuration du profil en profondeur. Et la portance des sols au printemps risque d’en pâtir. »

Colza : parés pour l’hiver

La levée des colzas, alors que les conditions étaient encore sèches, a été source de quelques angoisses. Mais les précipitations de septembre ont permis aux colzas de lever vers le 15-20 septembre. « C’est la qualité de la préparation du sol qui fait la différence, constate Christian Lux. Avec un sol bien rappuyé, le contact terre-graine est amélioré, et les remontées capillaires sont bien valorisées. » Après la levée, le temps a été relativement doux, ce qui a permis aux colzas de bien se développer, et d’atteindre le stade optimal pour l’entrée dans l’hiver. Côté ravageur, l’Alsace a connu quelques attaques de petite altise mais, contrairement à la Lorraine ou à la Bourgogne, peu d’attaques de grosse altise. Généralement pas de quoi justifier des interventions.

Betteraves : reprise des arrachages

Les arrachages de betteraves sucrières ont été perturbés par les pluies du mois d’octobre : « Le stock était tout juste suffisant pour alimenter l’usine », rapporte Laurent Rudloff, responsable du service betteravier à la sucrerie d’Erstein. Les conditions se sont améliorées début novembre, permettant une reprise des arrachages « sauf dans le secteur de Mulhouse, où les précipitations ont été particulièrement abondantes et où les arrachages affichent du retard ». Autre conséquence des précipitations : une baisse de la richesse, par effet de dilution. Enfin, les précipitations ont été trop tardives pour que la betterave en bénéficie vraiment. Et le manque d’ensoleillement pénalise la croissance automnale, qui reste faible.

 

Techniques culturales sans labour

Freiner l’érosion, préserver la marge

Cultures

Publié le 07/11/2019

Dans une région marquée par les coulées d’eau boueuse, reflet d’une érosion latente des sols, la Chambre d'agriculture d’Alsace encourage le recours aux techniques culturales simplifiées, autrement dit au non-labour. « On n’utilise plus la charrue », résume Olivier Rapp, conseiller agricole à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ce qui laisse une certaine marge de manœuvre en matière de travail du sol. Du plus profond au plus superficiel, Olivier Rapp cite le décompactage, le déchaumage profond ou pseudo-labour, le déchaumage superficiel, le strip-till, jusqu’au semis direct où, à part les éléments du semoir, il n’y a plus du tout de travail du sol. Pour lutter contre les coulées d’eau boueuse, « l’essentiel, c’est qu’il y ait des résidus en surface au printemps une fois que les maïs sont semés, car ils agissent comme des freins hydrauliques ».

Gagner en stabilité

En Alsace, les coulées d’eau boueuse trouvent leur origine dans la part importante de cultures de printemps dans les assolements et dans la nature limoneuse de certains sols qui, lorsqu’ils sont travaillés finement, ont tendance à former une croûte de battance qui empêche l’eau de pluie de s’infiltrer. Résultat : l’eau ruisselle sur le sol, emportant de la terre fertile avec elle. À plus ou moins long terme, cela se traduit par une baisse des rendements. Pour lutter contre ce phénomène, plusieurs mesures peuvent être envisagées, comme la mise en place d’assolements concertés, de bandes enherbées, de fascines, de bassins de rétention.

Mais, parce qu’elle est préventive et qu’elle agit sur la source du phénomène, la pratique du non-labour est particulièrement efficace. Plusieurs essais menés dans la région ont démontré cette efficacité : « La part de pluie ruissellée est très corrélée à la couverture du sol par les résidus. Le non-labour entraîne donc toujours une réduction du ruissellement, parfois de 100 % quand le printemps n’est pas trop pluvieux. En outre la pratique du non-labour retarde l’apparition du ruissellement par rapport au labour. Du coup les résidus de produits phytosanitaires ont aussi davantage le temps de se dégrader », rapporte Paul Van Dijk, conseiller agricole à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est.

L’analyse de la formation du ruissellement révèle que ce sont les traces de roue et les lignes de semis, alimentées par les interrangs, qui génèrent le ruissellement. Ce qui suggère que, même dans les parcelles en non-labour, il y a des motifs à risque. Et ce sont bien les résidus de culture laissés en surface qui réduisent le risque érosif, en créant de la rugosité hydraulique qui freine le ruissellement. Mais pas seulement : « Les résidus sont aussi favorables aux vers de terre qui s’en alimentent et créent de la macroporosité verticale, importante pour l’infiltration de l'eau. » En outre, en non-labour, la matière organique est moins diluée, sa teneur augmente donc progressivement dans les horizons superficiels, ce qui améliore la stabilité des agrégats, qui se désagrègent moins rapidement. Les croûtes de battance apparaissent moins vite, ce qui maintient l’infiltrabilité. Paul Van Dijk résume : « Le labour crée une porosité mécanique importante et rapide, mais instable dans le temps. Alors que le non-labour conduit à une porosité plus stable ».

Pas de dégradation de la marge

Si les avantages agronomiques du non-labour sont assez évidents, le principal frein au développement de ces pratiques est économique. Car le changement de pratique s’accompagne de difficultés techniques pouvant entraîner des pertes de rendement. Mais elles sont généralement transitoires et accidentelles. L’analyse des résultats des trois essais de longue durée menés en Alsace révèle en effet qu’« en moyenne, les rendements en labour et en non-labour sont équivalents, du coup la marge est préservée », rapporte Olivier Rapp. En utilisant le barème d’entraide, il a calculé les charges de mécanisation de deux itinéraires techniques type. Les résultats sont plutôt en faveur du non-labour. Certes le changement de pratiques implique aussi souvent d’investir dans du matériel adapté. Mais les économies réalisées permettent de rentabiliser rapidement ces investissements.

L’analyse de résultats d’enquêtes réalisées en 2010 auprès de quatre exploitations pratiquant les techniques culturales sans labour sur toute leur SAU révèle « une consommation de carburant variable, mais toujours réduite, par rapport aux fermes de référence, surtout en semis direct ». Pour Olivier Rapp, la conversion aux techniques culturales sans labour ne se traduit donc pas par une dégradation de la marge. Par contre, une coulée de boue a un coût, puisqu’elle fait perdre des éléments nutritifs. Aussi encourage-t-il les agriculteurs à faire leurs propres calculs, avec les données de leur exploitation, et à mutualiser le matériel pour réduire les investissements.

GIE Les Éleveurs de l’Est

Relocaliser la valorisation des drêches de brasserie

Élevage

Publié le 10/10/2019

Ils sont douze. Et ils ont décidé de prendre à bras-le-corps le problème de l’approvisionnement en drêches de brasserie. Tableaux à l’appui, Dominique Streicher, vice-président du GIE Les Éleveurs de l’Est et éleveur à Hilsenheim, expose la situation : « Il y a eu une augmentation progressive du prix des drêches de brasserie, avec une accélération ces trois dernières années, jusqu’à atteindre des niveaux qui compromettent la rentabilité économique du coproduit dans les rations. » Or, en Alsace, les surfaces agricoles sont rares, donc convoitées. Nourrir les animaux exclusivement à l’herbe, c’est compliqué. Les rations comprennent donc du maïs ensilage et des coproduits (lire en encadré), qui permettent d’obtenir une ration qui réponde aux objectifs de production des éleveurs, tout en préservant la santé des animaux.

Contrer l’exode de la ressource

Parmi les coproduits utilisés figurent les drêches de brasserie. Elles sont produites principalement par trois brasseries dans le Grand Est (Heineken, Kronenbourg et Champigneulles). Au fil du temps, leur prix de vente n’a fait qu’augmenter. « De 1990 à 2019, il est passé de 20 à 50 €/t », révèle Dominique Streicher. Surtout, sur les 200 000 tonnes produites en 1990, 160 000 t étaient écoulées localement, alors que sur les 165 000 t produites en 2019, seules 60 000 t restent dans la région. Pour l’éleveur, cet exode de la ressource est le fruit de la spéculation exercée par les intermédiaires. Avec pour effet collatéral de faire exploser le bilan carbone de la valorisation des drêches, puisqu’elles partent plus loin. « Jusqu’en Allemagne, voire aux Pays-Bas. » Tant et si bien que les volumes viennent parfois à manquer. « Et fermer le robinet, c’est aussi une manière de faire monter les prix », déplore Dominique Streicher. Du coup, les drêches échappent aux éleveurs locaux. Dommage, parce qu’elles sont dès lors remplacées par des tourteaux de soja ou de colza, souvent importés, parfois issus d’OGM. « Les drêches constituent d’ailleurs une alternative au soja OGM dans le cadre de la production de lait sans OGM », constate l’éleveur.

Court-circuiter les intermédiaires

C’est dans ce contexte qu’a émergé l’idée de créer ce GIE. Son objectif : « Aller directement à la rencontre des brasseries, pour leur dire que nous sommes capables de leur acheter tant et tant de volume de drêches et de les diffuser en direct », présente Dominique Streicher. Pour ce faire le GIE a créé un site internet, où tous les éleveurs intéressés par l’opération sont invités à passer commande. Une réussite. Déjà 31 849 t de drêches ont été pré-réservées par 140 agriculteurs. « Mais plus on a de volume, plus on sera en capacité de négocier », souligne Dominique Streicher, qui invite donc les éleveurs à passer commande en masse. Principal argument : le prix. « Nous pensons pouvoir obtenir un prix de 38 à 42 €/t. Car les seules marges qui seront appliquées serviront à rétribuer le secrétariat et le transport, assurés par la société Pollen, ce qui devrait représenter 5 €/t. »

Cuma de la Zorn

Un bâtiment en commun

Pratique

Publié le 03/10/2019

C’est un symbole fort. Les adhérents de la Cuma de la Zorn partagent du matériel agricole depuis 1997. Cet été, ils ont franchi une étape supplémentaire puisqu’ils partagent désormais aussi un toit. « Dans la Cuma, chaque matériel a un responsable, qui gère son planning d’utilisation, son stockage et son entretien. Avec le temps, nous avons étoffé notre parc matériel et les outils sont devenus de plus en plus grands. Résultat : il manquait d’espace de stockage chez tous les adhérents », rapporte Thierry Willem, président de la Cuma.

D’où l’idée, dans la philosophie de partage des Cuma, de construire un bâtiment en commun. « Après le matériel, nous avons mutualisé notre besoin d’espace de stockage sans que les adhérents aient à investir chacun de leur côté », constate Thierry Willem.

Deux bâtiments plutôt qu’un

Une fois le projet arrêté et validé par les membres de la Cuma, la première étape a consisté à trouver le terrain adéquat. Central par rapport aux adhérents, facile d’accès… Après pas mal d’investigations, la perle rare est dénichée à Littenheim, où un éleveur qui souhaite arrêter la production de lait vend son étable et le terrain de 1,30 hectare qui l’entoure. L’emplacement est idéal, le terrain plat, l’accès aux réseaux assuré… La Cuma achète le lot. Et, même si le bâtiment existant ne « nous intéressait pas au départ, nous avons décidé de le garder et de le valoriser. Et finalement, il s’est révélé un atout, puisque les réseaux étaient là, la réserve à incendie aussi… » Tout le matériel d’élevage a été dégagé, le sol a été remblayé… Au total : 800 m2 de stockage. Un espace est réservé aux petites machines, disposées de manière à pouvoir être attelées facilement.

 

 

À ce bâtiment rénové s’ajoutent 1 000 m2 de stockage procurés par un bâtiment neuf, conçu pour accueillir les outils de grand gabarit. Les travaux de terrassement ont débuté en novembre 2018, suivis par la pose des fondations, de la structure Waltefaugle… « Nous avons tout fait nous-mêmes. Et quand 10 bonshommes travaillent en même temps sur un chantier, à la fin de la journée on voit qu’il y a quelque chose qui s’est passé », sourit Thierry Willem. Une belle démonstration des vertus de la mutualisation de la main-d’œuvre !

L’investissement (200 000 € terrain et travaux) a été financé par un prêt contracté auprès du Crédit Agricole. Tous les membres contribuent à son remboursement ainsi qu’à la couverture des frais de fonctionnement, de l’ordre de 9 000 €/an, à hauteur de 700 €/an/adhérent en moyenne. Un montant qui comprend une part fixe et une part variable liée au chiffre d’affaires de chaque exploitation. Le bâtiment est opérationnel depuis le début de l’été. Et tous les adhérents en sont satisfaits : « Ça a permis de libérer de la place chez chacun. Et, mieux abrité, le matériel vieillit mieux », constate Nicolas Rusch, administrateur de la Cuma.

Une base pour aller plus loin

Enfin, ce bâtiment constitue une base sur laquelle la Cuma va pouvoir se reposer pour concrétiser ses futurs projets. Et il y en a ! Certains sont encore hypothétiques : une salle de réunion, un atelier, des locaux pour accueillir un salarié… D’autres sont entrés en phase d’amorçage : « Nous voulons créer un groupe tracteur », annonce Thierry Willem. Afin de réduire les investissements, de pouvoir accéder à des tracteurs de forte puissance à moindre coût et de pouvoir plus souvent laisser des tracteurs attelés aux outils. Mais pour que chaque adhérent puisse disposer d’un tracteur quand il en a besoin, il faut une sacrée organisation ! Aussi une phase de test est-elle en cours au sein de la Cuma : « Ceux qui participent au groupe louent leur tracteur à la Cuma, qui refacture à chaque membre l’utilisation qui en a été faite », décrit Thierry Willem.

Betteraves sucrières

Du mieux côté champs

Cultures

Publié le 30/09/2019

Par rapport à l’année dernière, les betteraviers étaient un peu plus détendus en cette traditionnelle réunion technique de septembre. Il faut dire que leur bête noire du moment, la cercosporiose, n’a pas goûté les températures caniculaires et le peu d’humidité de l’été. Résultat, le pathogène a été bien contenu « avec des traitements bien ciblés et efficaces grâce aux planteurs qui ont été réactifs et qui ont suivi les recommandations issues de l’outil de modélisation Cerc’OAD », précise le service communication de Cristal Union. Mais ce n’est pas une raison pour baisser la garde. Aussi, les travaux menés pour protéger la betterave de ce ravageur se poursuivent-ils. Après un galop d’essai en 2018, 2019 a été l’année de déploiement de Cerc’OAD, l’outil d’aide à la décision développé par Cristal Union pour piloter la lutte contre la cercosporiose : 1 400 planteurs l’ont utilisé dans 2 900 communes sur 4 000 parcelles, à raison d’une information par jour.

Cerc’OAD se fonde sur les données météorologiques (température, humidité, etc.) pour définir un risque agronomique et déclencher des traitements lorsque le niveau de risque atteint un certain seuil. « L’algorithme du modèle traduit la climatologie en niveau de risque, qui va de 0 à 4 », détaille Hervé Moriat, technicien agronome de Cristal Union. Le risque de chaque jour est ensuite cumulé. Quand il dépasse un certain seuil, un traitement est déclenché. Et le processus recommence, jusqu’au traitement suivant. « Déterminer le seuil de traitement a nécessité huit ans de travail et l’acquisition de nombreuses références afin d’aboutir à un algorithme pertinent, qui traduit le climat en risque et établit des seuils de traitement différents selon les régions », poursuit Hervé Moriat. En 2019, Cerc’OAD a donné de bons résultats : « Le modèle a été pertinent, malgré la climatologie particulière », se félicite Hervé Moriat. Michel Butscha, adjoint au responsable betteravier de la sucrerie d’Erstein, complète : « Aujourd’hui cette plaine qui est saine est le résultat de l’expérience accumulée ces dernières années, de notre outil Cerc’OAD et des choix variétaux qui ont été faits par des planteurs impliqués et à l’écoute des conseils fournis ».

Utiliser moins de cuivre

En parallèle, le service betteravier de la sucrerie d’Erstein a poursuivi ses essais fongicides. Le cuivre est devenu un élément incontournable pour circonvenir la cercosporiose. Réputé lessivable, il fait cependant preuve d’une assez bonne persistance d’action. Il est néanmoins recommandé de le positionner à distance des précipitations et des passages d’eau. Plus facile à dire qu’à faire : le cadencement des traitements reste un exercice difficile. Et, bien qu’autorisé en agriculture biologique, le cuivre n’est pas un élément anodin : « Nous devons trouver des partenaires qui permettent d’en réduire la dose », explique Michel Butscha, avant de passer en revue les modalités qui ont été testées, que ce soit avec du bicarbonate de potassium, des nouveautés qui arrivent sur le marché… Il constate : « Pour l’instant, dès qu’on diminue la dose de cuivre, ça tient moins bien. Et il faut intervenir à temps, pour contenir la maladie au départ. » Des nouveautés se profilent sur le marché des produits phytosanitaires. Elles pourraient être source de progrès dans la lutte contre la cercosporiose. D’autant que côté génétique aussi il y a du progrès.

Tabac

Sarlat ferme, la filière s'organise

Cultures

Publié le 28/09/2019

« Difficile, voire déstabilisante pour les producteurs », c’est ainsi que Rémy Losser, président de la Coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F), qualifie la fin de la campagne 2018-2019. En cause : une rémunération du tabac qui n’a « pas été à la hauteur des attentes, au vu des orientations qui avaient été prises ». Par « orientation », Rémy Losser fait référence au partenariat signé en juin 2018 entre France Tabac et une filiale allemande du groupe Alliance One, qui avait une usine de transformation du tabac à Karlsruhe.

Les termes du partenariat étaient les suivants, rappelle Rémy Losser : « La filiale allemande d’Alliance One transférait son volume de tabac à transformer à Sarlat, ce qui devait permettre de conforter le plan de charge de l’usine, et de lui redonner de la rentabilité, car elle devenait limite. Du coup, l’usine de Karlsruhe, elle aussi en perte de vitesse, a été fermée. En contrepartie, Alliance One, leader sur le marché du tabac à chicha, prenait en charge toute la commercialisation du tabac français, en lieu et place de France Tabac, qui se trouvait déchargé de ce volet ». En théorie, une aubaine pour tout le monde : après trois mois de discussions, le partenariat était entériné.

Sarlat, c'est fini

Sauf que les choses ne se sont pas déroulées tout à fait comme prévu : « En 2018-2019, le marché mondial du tabac s’est tendu très vite et à tous les niveaux », rapporte Rémy Losser. Une réaction à une prévision de la baisse des ventes de cigarettes revue à la hausse, couplée à une progression de la conquête de parts des marchés par les vapoteuses. Conséquence, les cigarettiers ont cherché par tous les moyens à diminuer leurs charges de production, notamment en revoyant leurs achats de tabac à la baisse, pour éviter d’accumuler des stocks. « Au Brésil, premier producteur de tabac, les cigarettiers préfèrent payer des indemnités aux planteurs pour qu’ils ne plantent pas, plutôt que d’avoir à acheter leur production. Aux États-Unis, les volumes contractualisés enregistrent une baisse de 50 %, entraînant des situations dramatiques pour certains producteurs de tabac », rapporte Rémy Losser.

Un revirement du marché soudain et brutal qui a déstabilisé tous les opérateurs du marché, notamment les transformateurs de tabac, comme Alliance One. « Bien qu’étant une niche et un segment sécurisé, le marché du tabac à chicha n’est pas hermétique. Et le déséquilibre entre l’offre et la demande a été tel que les prix du tabac se sont effondrés partout », indique Rémy Losser.

Pour les producteurs, cela s’est traduit par une baisse de leur rémunération par rapport à ce qui était prévu, de l’ordre de 10 % en moyenne. Et au mois d’avril 2019, les deux parties prenantes du partenariat ont décidé d’un commun accord de le rompre. « De fait, l’usine de Sarlat fermera ses portes en octobre prochain », regrette Rémy Losser.

Le plan d'écoulement 2019 bouclé sans difficulté

Conséquence directe de cette décision, il a fallu en urgence établir un plan d'écoulement pour la récolte 2019. En effet, souligne Rémy Losser, « les fondamentaux du marché ne sont pas remis en question par cet accident de parcours. Le marché du tabac à chicha reste en croissance, légère, mais en croissance. Et la qualité du tabac estampillé CT2F est reconnue par les opérateurs, ce qui constitue une force majeure. » La preuve : la coopérative n’a eu « aucun mal » à boucler son plan d’écoulement pour 2019. Il se distribue entre quatre opérateurs. Par ordre d’importance du volume absorbé : Alliance One (qui fait transformer le tabac en prestation de service en Croatie) ; CNT, un autre opérateur allemand qui a significativement augmenté son approvisionnement en tabac à chicha auprès de la CT2F ; Mella, un transformateur italien, qui s’approvisionne auprès des coopérateurs du Sud-Est de la France ; et German Tobaco, une entreprise de négoce de tabac allemande en plein développement.

« Nous sommes rassurés, et les producteurs doivent l’être aussi », insiste Rémy Losser. Car, au final, ces péripéties ont permis de booster la compétitivité des usines qui restent. Et « les niveaux de prix contractualisés avec les quatre opérateurs devraient permettre de retrouver un niveau de rémunération correct, au minimum équivalent à celui d’avant 2018 », assure Rémy Losser.

Une « révolution » nécessaire

Reste que l'« accident de parcours » de la filière en 2018 va inciter à revoir l’organisation globale de la filière tabac. « Une nécessité pour préparer l’avenir », estime Rémy Losser. Déjà, la fermeture de l’usine de Sarlat remet en cause l’existence de France Tabac, union de coopératives qui chapeautait la filière française, et qui n’avait de raison d’être que l’usine. « France Tabac va donc être dissoute. Et le rôle des coopératives va être renforcé », annonce Rémy Losser. « Nous allons vivre une révolution. Mais elle doit avoir lieu, pour donner un cadre et un schéma de production viables à la filière dans la perspective de ces évolutions », constate Rémy Losser.

Pommes d’Alsace

Mangez des pommes (Natti)

Cultures

Publié le 26/09/2019

C’est une sorte de speed dating qui se prépare entre la variété natti et sa cible, le consommateur alsacien. En effet, cette variété présente de nombreux atouts (lire en encadré), parmi lesquels un regroupement des calibres et de la maturité. « Natti sera mûre entre le 1er et le 5 octobre, avec un gros potentiel de récolte en première passe, puis entre le 10 et le 15 octobre », estime Rudy Hecky, arboriculteur à Steinseltz et président du Groupement d’intérêt économique (GIE) Pom’Est, qui a été créé pour gérer la plantation et la promotion de cette variété. Les 250 tonnes de pommes attendues cette année seront donc distribuées en plateaux ou barquettes de six fruits en GMS et en restauration hors domicile (RHD) via les grossistes habituels à partir du 22 octobre.

Un concours de la plus belle mise en avant en rayon sera organisé. Et, la semaine d’après, la gamme sera complétée par du jus de pomme natti, pressé par la société Sauter Pom’or. 15 000 bouteilles de jus, issu des écarts de tri, notamment d’un producteur victime d’un épisode de grêle. « Nous faisons un lancement un peu façon Beaujolais nouveau pour marquer le coup et avoir un maximum d’impact, parce que la saison ne va durer que quatre mois au maximum », indique Maurice Dubois, responsable commercial de la société Alsace Fruits, fondée par Rudy Hecky pour mettre en marché les fruits des producteurs qui ont peu à peu rejoint cette société.

 

 

Programme de plantation triennal

Les premières plantations de natti ont été effectuées il y a trois ans, il y en a encore eu l’année dernière, puis cette année. Avant une pause. Histoire d’évaluer comment natti est perçue par le marché visé. « Si les retours des consommateurs sont positifs, il y aura une prochaine vague de plantations », explique Rudy Hecky.

Retrouvez ce lancement en images :

 

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