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Bérengère de Butler

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Choucroute d’Alsace

Nouvelle et IGP : la campagne est lancée

Pratique

Publié le 20/09/2019

Elle est douce, fraîche, craquante et savoureuse : la choucroute nouvelle est arrivée ! Et, pour ne rien gâcher, elle est IGP. Le Saint Graal a été obtenu l’année dernière, le 3 juillet, après 20 ans de travail. Mais le timing avait été un peu juste pour effectuer un lancement de la campagne de la choucroute d’Alsace nouvelle IGP en bonne et due forme.

Un peu plus d’un an après, c’est chose faite. La campagne a été lancée lundi 16 septembre, dans le cadre de la foire européenne. Plus précisément au sein du Théâtre du goût, situé dans le Jardin des délices. Il fallait bien ça. Sébastien Muller, président de l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace, rappelle que le signe officiel de qualité reconnaît « la réputation d’un produit sur un territoire, avec un savoir-faire et des caractéristiques qui lui sont propres ». Pour la choucroute d’Alsace, il s’agit de sa blancheur, sa finesse, la longueur de ses fibres, son acidité… Mais aussi des ingrédients produits de manière raisonnée, une fermentation naturelle qui dure de deux semaines à cinq mois… Un an après l’obtention du label, 90 % des choucroutiers alsaciens se le sont approprié, sachant qu’ils sont onze en tout et qu’ils produisent 70 % de la choucroute française.

Douce choucroute

La choucroute nouvelle est la première à sortir des cuves de fermentation, où elle ne reste qu’environ deux semaines. En résulte une choucroute toute douce, particulièrement adaptée aux salades. Prochaines actualités pour le légume phare de la gastronomie alsacienne ? Une campagne d’affichage représentant de la choucroute au cœur d’un chou, accompagnée du slogan évocateur « 100 % terroir 100 % saveur ». Une représentation qui s’annonce affirmée au salon Folie’Flore, qui se tiendra du 3 au 13 octobre à Mulhouse. Puis, durant trois semaines cet hiver, l’opération Folle choucroute d’Alsace sera réitérée dans des restaurants alsaciens qui proposeront de nouvelles manières de décliner le légume. Une opération saluée par Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, pour qui il est « important de montrer autrement ce produit ».

Enfin, un club des ambassadeurs de la choucroute d’Alsace est en cours de création. Histoire de ne pas prêcher que des convaincus, mais aussi de porter la choucroute hors des frontières alsaciennes.

Pioneer

La génétique comme moteur de progrès

Cultures

Publié le 13/09/2019

2018, 2019, ce n’est pas avec deux années qu’on construit une série statistique. Il n’empêche. Les étés alsaciens semblent devenir dangereusement chauds et secs. Certes le maïs est une plante tropicale, qui résiste bien à la chaleur, et l’eau n’est pas rare en Alsace. Mais tout de même : cultiver du maïs sera sans doute moins facile à l’avenir. D’autant que les modifications climatiques n’impactent pas uniquement les cultures, mais aussi leurs ravageurs. Cette année a par exemple été marquée par des dégâts de taupins et la présence de mouche des semis. Normal : le printemps a été froid, le maïs a stagné et les ravageurs en ont profité pour se sustenter. Il y a aussi eu pas mal de dégâts d’oscinies, toujours parce que le maïs est resté assez longtemps au stade 2-3 feuilles.

Parallèlement, le panel de solutions de lutte chimique se restreint. « Il ne reste quasiment plus que le Force contre les ravageurs du sol, et le Korit contre les corbeaux », indique Christophe Wolff, ingénieur technique terrain chez Pioneer. Et encore ces solutions ne sont que partiellement efficaces : « Le Force en enrobage ne couvre qu’un niveau d’infestation de 5 %. S’il est supérieur, il risque d’y avoir quand même des dégâts, sauf à compléter la lutte avec des microgranulés. Quand le maïs pousse bien, l’enrobage suffit généralement, mais ce n’est pas toujours le cas, et c’est difficilement prévisible ! », constate Christophe Wolff.

Dans la série des ravageurs du maïs, il note encore la présence de charbon, dont le développement est lié au stress causé par la canicule, et qui est favorisé par les sols saturés en eau, donc par l’irrigation. Le rhizoctone s’installe au stade 4-5 feuilles au niveau du système racinaire qui se nécrose, entraînant un risque de verse accru en fin de cycle. La chrysomèle a pour la première fois causé des dégâts, « notamment dans une parcelle située à Petit Landau », précise Christophe Wolff. Enfin certains secteurs, comme celui de Schleithal, sont victimes de coups de feu fusariens.

Aquamax pour contrer le stress hydrique

C’est dans ce contexte d’incertitudes climatiques que Pioneer propose la gamme Aquamax, constituée de variétés qui procurent 5 % de rendement en plus que le témoin du marché en condition de stress hydrique, et 2 % de rendement en plus que le témoin du marché en l’absence de stress hydrique. De telles variétés ont été obtenues en travaillant notamment la structure racinaire, la capacité photosynthétique, avec un feuillage développé, présentant un bon stay green, favorable au remplissage, et un système stomatique efficace.

Pour tirer un maximum de bénéfices de l’investissement dans cette génétique, la densité de semis doit être modulée en fonction des conditions, soit augmentée en conditions irriguées ou de bonne réserve utile, mais diminuée dans les terres séchantes. La gamme s’étoffe d’ailleurs cette année. La variété P9889, relativement tardive, affiche en outre un grand gabarit, une très bonne tenue de tige et une bonne tolérance à l’helminthosporiose. La variété P9300, un peu moins tardive, présente aussi un gabarit intéressant.

Premium pour sécuriser l’implantation

Autre solution développée par Pioneer : la gamme Premium. Il s’agit de semences de qualité supérieure, obtenue par triage des lots de semences afin de sélectionner ceux qui présentent les meilleurs taux de vigueur, associés à un traitement de semences à action biostimulante. Résultat : « Une levée rapide, régulière, sans manques et avec moins de petits pieds », décrit Christophe Wolff. Il précise : « La gamme Premium permet de garantir le potentiel de rendement. Elle n’apporte pas de rendement en plus, mais elle permet de le préserver. » Ainsi, les comptages réalisés en 2017 ont mis en évidence que la gamme Premium a permis de sauver en moyenne 4,7 % de rendement par rapport à des variétés classiques. Certes, il y a un écart de prix entre la gamme Premium et les doses classiques, de l’ordre de 26 €/ha, mais qui s’avérerait payant, en particulier lors des années difficiles : « Les comptages réalisés en France en 2017 permettent de conclure à une récupération de 53 € de chiffre d’affaires par hectare avec la gamme Premium. »

Ensilage m3 : économiser des céréales

Enfin, Pionner propose des hybrides m3, spécialement développés pour l’ensilage. Plusieurs caractéristiques sont travaillées : la stabilité de rendement dans tous les environnements, le développement racinaire en conditions froides, la flexibilité de l’épi, l’activité photosynthétique à maturité physiologique, la digestibilité des fibres à maturité physiologique, l’endosperme farineux, la quantité d’amidon dégradable par vache. Il s’agit de variétés précoces à très précoces, comme P8888, qui affichent un bon stay green et une dessiccation lente. Ces variétés peuvent être ensilées jusqu’à 37-40 % de MS contre 32-33 % MS pour des maïs classiques, ce qui permet de gagner de la matière sèche et de l’amidon. En effet, le fait de récolter une plante mature permet d’accumuler de l’amidon, puisque le remplissage des grains s’effectue en fin de cycle. Ce qui doit permettre d’économiser des céréales dans la ration.

Semis direct

Un défilé de semoirs

Technique

Publié le 02/08/2019

Jeudi 26 juillet, le deuxième épisode caniculaire de l’été atteint son paroxysme. Pas de quoi décourager les agriculteurs intéressés par les nouvelles techniques culturales prônées par les mouvances agroécologiques et d’agriculture de conservation : ils étaient quasiment une centaine à braver les envolées du mercure.

 

 

Réduire l’érosion et l’impact du changement climatique

Un des atouts de ces techniques : un travail du sol plus parcimonieux, voire inexistant. Un sol peu travaillé est un sol qui s’érode moins. Donc moins sujet aux coulées d’eau boueuse. Pour Rémy Michael, responsable de ce dossier à la Chambre d'agriculture d’Alsace, la démocratisation de ces techniques constitue un réel enjeu. « L’agriculture de conservation repose sur trois piliers - le non-travail du sol, leur couverture permanente et la diversification des cultures - qui permettent de réduire l’érosion et d’améliorer le fonctionnement des sols », introduit-il. Cette journée de démonstration constituait d’ailleurs les prémices d’un essai portant sur la couverture du sol (lire en encadré). « Couvrir le sol permet de diminuer sa température en cas de fortes chaleurs, de favoriser la vie microbienne, de fournir de l’azote, du fourrage, de retenir les particules de terre et d’augmenter la teneur en matière organique », liste Rémy Michael. Bref, que des atouts.

Mais cela requiert d’acquérir certaines techniques. « Ça ne s’invente pas, il y a des règles à respecter », constate Rémy Mickaël. Il faut donc se former et parfois prendre le risque de commettre des erreurs. Mais il le faut. Non seulement parce que la société pousse à faire évoluer les pratiques agricoles. Mais aussi parce que le changement climatique l’impose. En effet, l’exacerbation des aléas climatiques va inévitablement impacter la rentabilité des exploitations. Pour pérenniser les structures, il va donc falloir « faire évoluer les pratiques, voire les cultures et les filières », estime Matthieu Goehry, président de la fédération régionale des Cuma du Grand Est.

Des Cuma pour du bon matos

Arrivé à un certain point de la révision des pratiques, s’équiper avec du matériel adapté devient indispensable. Mais on ne change pas de semoir comme on change de binette. Les semoirs de semis direct sont des concentrés de technologie. Et ils ont un coût. D’où l’implication des Cuma dans cette journée de démonstration. « Les petites structures alsaciennes sont rarement à même d’investir seules dans de tels outils », constate Matthieu Goehry. Leur déploiement sur le terrain passera donc soit par des Entreprises de travaux agricoles (ETA), soit par les Cuma. Sans dénigrer le rôle des premières, Matthieu Goehry prêche pour sa chapelle : « Acheter du matériel en Cuma permet de diluer les charges de mécanisation qui constituent le poste de charges le plus important dans nos exploitations. En outre, chacun peut faire des expériences et en faire profiter les autres, ce qui fait progresser tout le groupe. » Pour sa part, Mathieu Goehry ne possède plus aucun matériel en propre, et ses charges de mécanisation s’élèvent à 400 €/ha. Qui dit mieux ?

Filière volaille

Pour contrer le Mercosur, manger local

Vie professionnelle

Publié le 23/07/2019

« Si c’est pour ouvrir les portes à de la viande de bêtes nourries aux farines animales et gavés d’antibiotiques interdits en Europe, on peut tout de suite arrêter nos efforts pour améliorer le bien-être animal dans nos élevages », s’agace Jean-Michel Schaeffer, président d’Alsace Volaille. Si encore les producteurs de volaille pouvaient profiter d’une contrepartie. Mais non. Rien, ou pas grand-chose : la protection de quelques indications géographiques. La contrepartie aux exportations agricoles en provenance des pays du Mercosur (bœuf et sucre notamment, en plus de la volaille) est ailleurs : l’accord devrait surtout permettre à l’Union européenne d’exporter davantage de voitures et pièces détachées, machines, produits chimiques et pharmaceutiques vers ces pays.

Souveraineté alimentaire bafouée

Jean-Michel Schaeffer, également président de l’Association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair (Anvol), détaille l’ampleur des conséquences de l’accord pour cette production : « L’Europe importe déjà un million de tonnes (Mt) de viande de volaille. La moitié vient du Brésil. Le reste de Thaïlande et d’Ukraïne. Avec l’accord, le volume de viande importée par l’Union européenne va passer à 1,2 Mt. C’est ce que produit la France. Et encore, la France produit des ailes, des cuisses, du filet… L’accord du Mercosur ne concerne que du filet. Un tiers des volumes de filets consommés en Europe sera alors importé. »

Pour lui, non seulement l’Europe lâche sa souveraineté alimentaire, mais elle permet même aux pays du Mercosur de construire le prix du marché. Car cette viande, produite avec des normes bien moins drastiques que celles qui sont imposées aux producteurs européens, sera aussi moins chère. Le fait qu’elle doive être congelée pour traverser l’océan en containers frigorifiques ne dégrade que son bilan carbone, pas sa compétitivité. En matière de sécurité sanitaire, Jean-Michel Schaeffer est inquiet. « L’Europe assure qu’il y aura des contrôles pour vérifier la qualité de la viande. Mais ils seront confiés aux États membres ». Or, pour lui, « c’est à celui qui impose l’accord de contrôler ». Il craint aussi que les contrôles soient rendus inefficaces par des pratiques comme la falsification de documents… La confiance règne.

Rendre obligatoire l’étiquetage de l’origine de la viande

La traçabilité est un autre sujet de préoccupation. Rien que dans l’UE, elle est défaillante. « De la viande peut arriver en France estampillée Pays-Bas alors qu’elle a été produite en Ukraine », illustre Jean-Michel Schaeffer. Il suffit qu’elle ait été déconditionnée ou transformée quelque part pour qu’elle change de drapeau. C’est d’autant plus préoccupant que le seul secteur où la consommation de viande de volaille augmente, c’est la restauration hors domicile (collective et en cafés, hôtels, restaurants), qui représente 40 % du volume de viande de volaille consommé en France, et où l’étiquetage de l’origine de la viande est totalement inexistant. « Contrairement à la grande distribution, qui joue le jeu, en restauration hors foyer c’est un no man’s land en matière de viande de volaille », regrette Jean-Michel Schaeffer. Concrètement : c’est dans les nuggets des cantines que passera la viande importée des pays du Mercosur. Jean-Michel Schaeffer estime donc que les échanges avec ces pays doivent s’accompagner de l’instauration d’un étiquetage généralisé, précis et obligatoire de l’origine de la viande de volaille. C’est en cours : « Nous avons demandé à l’État d’éditer un décret afin de rendre l’étiquetage de la viande de volaille obligatoire en restauration hors foyer », indique Jean-Michel Schaeffer.

La grande distribution joue le jeu du local

À contre-courant de ces accords qui vont dans le sens de la mondialisation de l’alimentation, des initiatives fleurissent pour la relocaliser. Y compris en grande distribution. C’est le cas de l’hypermarché Leclerc de Geispolsheim, qui met en avant la gamme de volailles produites localement par Alsace Volaille. Deux linéaires y sont consacrés. Et tous les produits de la gamme y sont parfaitement bien rangés par catégorie (poulet du Grand Est, poulet fermier d’Alsace Label Rouge, Bruno Siebert, bio…). Alain Noé, responsable du rayon boucherie, estime que les origines locales (Alsace et Grand Est) représentent 60 à 70 % du rayon de la volaille crue, hors snacking. Une tendance qui ne fait qu’augmenter depuis trois ans : les volumes ont été multipliés par trois pour la volaille d’Alsace label rouge, par deux pour le poulet du Grand Est.

Si ça marche, c’est que ça répond à une demande du consommateur. Pour le plus grand plaisir d’Alain Noé, qui apprécie de pouvoir faire tourner l’économie locale en s’approvisionnant auprès des entreprises Volailles Rhin, Feyel, Doriath, et Siebert. D’ailleurs, en se penchant sur les étiquettes des produits issus de l’abattoir Siebert, on s’aperçoit que la traçabilité est totale puisqu’apparaissent le nom de l’éleveur et sa localisation. Opérationnel sur la gamme Grand Est et label rouge, cet étiquetage de précision va être étendu à la gamme bio. Autre initiative de l’abattoir : « Nous organisons des animations dans les magasins. Ce sont les éleveurs qui vont à la rencontre des consommateurs, et nous les rémunérons pour cela », précise Bruno Siebert. Et lorsqu’un éleveur de Geispolsheim vient faire une animation dans son rayon, alors Alain Noé sort le grand jeu : agrandissement du rayonnage, offres promotionnelles, stickers « Élevé à Geispo »…

Agriculture biologique et biodiversité

Les deux font la paire

Vie professionnelle

Publié le 22/07/2019

Agriculture biologique et biodiversité. « Deux sujets forts », constate Julien Scharsch, président de Bio en Grand Est (ex-Opaba). « L’agriculture biologique doit encore se développer, tant quantitativement que qualitativement. Et la biodiversité doit être préservée, tant qu’il est encore temps d’agir. » Or, toute activité humaine vient perturber la biodiversité. Y compris l’agriculture. Fut-elle biologique. L’Agence française pour la biodiversité a donc confié une mission à la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab) : identifier et déployer les pratiques agricoles favorables à la biodiversité.

Or la plupart de ces pratiques ont un coût, direct ou indirect. Elles questionnent les priorités des agriculteurs, « qui ont besoin d’être accompagnés par les associations, les collectivités… », note Julien Scharsch. Et puis vouloir restaurer la biodiversité uniquement en milieu agricole, sans notion de continuité écologique, c’est mettre des coups d’épée dans l’eau. Car il y aura toujours plus de biodiversité dans un milieu naturel ou agricole que sous un parking.

C’est justement pour restaurer et entretenir ces continuités qu’un dispositif Trame verte et bleue a été instauré en Grand Est. Dans ce cadre, Bio en Grand Est a monté un réseau de fermes pilotes (le réseau de fermes Bio-Diversité regroupe 12 fermes en Alsace et 8 en Champagne Ardennes) où sont menées des actions d’amélioration de la biodiversité, afin d’évaluer leur efficacité. De son côté, rappelle Pascale Gayot, vice-présidente de la Région Grand Est, la collectivité s’est engagée dans la lutte contre l’artificialisation du foncier. Objectif : « réduire de moitié la consommation foncière d'ici 2030 ». En outre, la Région soutien d’autres chantiers en faveur de la biodiversité : le plan biodiversité, les MAE, le contrat de filière apiculture, le contrat de filière arboriculture et trufficulture, le contrat de filière forêt-bois…

 

 

- 38 % d’oiseaux en milieu agricole

L’érosion de la biodiversité semble donc être dans le collimateur des pouvoirs publics. C’est heureux. Car l’état des lieux dressé par Alexandre Goncalves, chargé de mission à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) Grand Est, n’est guère réjouissant. Le rapport de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), daté du mois de mai 2019, qui estime qu’un million d’espèces végétales et animales sont menacées d’extinction. Par définition, le rayon de la LPO, ce sont les oiseaux. « Comme il s’agit d’une famille présente tout au long de la chaîne alimentaire, sur tout le territoire, et qu’ils sont très sensibles aux variations de leur milieu naturel, ils constituent un bon indicateur de l’évolution de la biodiversité », affirme Alexandre Goncalves.

Les conclusion des études de la LPO ? Depuis 1989, les populations d'oiseaux généralistes, capables de s’adapter aux changements de milieu ont tendance à augmenter. Les populations d’espèces forestières sont stables. Celles des milieux agricoles sont en régression de - 38 %. Au niveau régional la régression est moins marquée (-12 %). Mais Alexandre Goncalves douche la lueur d’espoir de l’assemblée. « C’est dû au fait que les mesures n’ont démarré qu’en 2003, alors que l’érosion devait déjà être bien entamée. » Il enfonce le clou avec quelques exemples précis : - 25 % d’alouette des champs en 15 ans, - 46 % de bruant jaune en 15 ans, le courlis cendré au bord de l’extinction.

Les causes de cette érosion sont multiples. En vrac : monoculture, disparition des haies, vergers, mares, étalement urbain, fauches précoces des prairies, utilisation de produits phytosanitaires, pollution chimique, lumineuse, sonore, changement climatique. Les solutions sont tout aussi variées. Certaines semblent utopiques, du moins à court terme : stopper l’étalement urbain, diminuer la taille des parcelles, supprimer les produits phytosanitaires. D’autres sont plus envisageables : mieux prendre en compte la biodiversité dans les politiques agricoles, diversifier les cultures, planter et entretenir des haies et des bosquets, gérer de manière plus extensive les vergers, les zones enherbées de manière générale, semer des bandes fleuries d’espèces autochtones, préserver les milieux naturels, qui constituent des zones refuges…

L’agriculture à la croisée des chemins

Ce constat ne doit pas faire perdre de vue que l’agriculture n’est pas que néfaste à la biodiversité. Les liens qui unissent agriculture et biodiversité sont bien plus complexes. L’agriculture rend des services écosystémiques et elle a des impacts directs ou indirects sur les facteurs d’érosion de la biodiversité. En outre, elle est elle-même touchée par cette érosion, puisqu’il s’agit de sa matière première. Christian Bockstaller, ingénieur de recherche à l’Inra, rappelle : « En milieu agricole, on peut distinguer la biodiversité planifiée, maîtrisée par l’agriculteur, la biodiversité associée, qui est subie, que ce soit de manière bénéfique, neutre ou nuisible, et la biodiversité extra-agricole, qui n’a pas d’impact direct sur la production, mais qui est là. » Partageant le constat de l’érosion de la diversité en milieu agricole dressé par Alexandre Goncalves, Christian Bockstaller cite aussi les mêmes grands facteurs d’érosion, auxquels il rajoute la prolifération d’espèces envahissantes.

Le chercheur cite plusieurs études menées afin d’ausculter les moyens de remédier à l’appauvrissement de la biodiversité. La complexification du paysage permet d’atténuer l’effet de l’intensification des pratiques agricoles pour les espèces mobiles. C’est moins évident pour les espèces peu mobiles. Une étude européenne montre que les éléments boisés sont favorables aux auxiliaires, et les éléments fleuris aux pollinisateurs. En viticulture, la nature de l’enherbement de l’interrang est importante, tant par le nombre que la nature des espèces. Conclusion de Christian Bockstaller : « Il n’y a pas de relation simple entre une technique et un effet. »

Trois techniques peuvent être mises en œuvre de manière non exclusive. Tout d’abord améliorer l’efficience des intrants, pour en utiliser moins. Ensuite substituer les plus préjudiciables, sachant que cela s’accompagne d’effets collatéraux puisque les bios pesticides ne sont pas inoffensifs pour la biodiversité, tout comme les outils mécaniques qui, en plus, émettent des gaz à effet de serre. Enfin, repenser les rotations et les itinéraires techniques en termes de dates et de densités de semis, de couverture du sol… Le top pour la biodiversité ? C’est la combinaison de l’agriculture de précision, de conservation et biologique, voire de l’agroforesterie, estime Christian Bockstaller, qui met en garde contre les étiquettes. « Il y a des leviers à actionner par tous : enrichissement des paysages, couverture du sol, semis direct, alternatives aux produits phytosanitaires… »

Bien-être animal

Connaissances et pratiques progressent

Technique

Publié le 21/07/2019

Le bien-être animal repose sur cinq libertés : absence de faim, de soif, de malnutrition ; absence de peur et de détresse ; absence de stress physique ou thermique ; absence de douleur, de lésions et de maladies, possibilité pour l’animal d’exprimer les comportements normaux de son espèce.

Détecter précocement les maladies grâce à la technologie

C’est un fait : les éleveurs n’ont pas le temps d’observer le comportement de leurs animaux. Dommage, car cela leur fournirait de précieux renseignements sur le bien-être de leur troupeau. C’est là que les nouvelles technologies interviennent. Plusieurs solutions de suivi du comportement des animaux existent ou sont en cours de développement. Parmi celles existantes, citons le Vel'phone ou le Heat'live de la société Medria.

 

 

L’entreprise développe désormais un nouvel outil. Les vaches sont équipées de colliers munis d’accéléromètres qui permettent de détecter l’ensemble des activités (debout, couché, ingestion, rumination, inactivité, suractivité). Objectif : anticiper la détection des troubles de santé. Thomas Aubry, de Medria, est déjà en mesure de livrer quelques recommandations. « L’abreuvement est à monitorer davantage, tout comme la facilité d’accès des vaches à leur aire de repos. Car le temps de repos manqué c’est du temps d’ingestion perdu, donc une perte de productivité. Il faut aussi limiter les temps d’attente debout, car cela entraîne des boiteries… » Pour l’instant, l’outil ne permet pas encore de détecter précocement les maladies, mais de pointer des animaux qui nécessitent une attention particulière.

Des vaches sous l’œil des caméras

L’entreprise Rhône Conseil Élevage mise quant à elle sur des caméras Time Laps pour scruter à la loupe le comportement des bovins. Alexandre Batia, technicien, a commenté quelques images issues de cette démarche d’analyse baptisée pAnser vaches. Les caméras filment l'étable 24h/24. En accéléré, on voit l’éleveur affourager les animaux, ces derniers se diriger vers les auges ou les abreuvoirs après la traite. Ces images permettent de détecter des éléments qui pourraient être améliorés pour optimiser le cycle de vie des animaux. Par exemple, si ça bouchonne à l’abreuvoir, il gagnerait à être agrandi. Si les animaux mettent du temps à se coucher, c’est que l’ergonomie des logettes est à revoir. « 60 % de vaches couchées une heure après la distribution de la ration, c’est l’objectif à atteindre, explique Alexandre Batia. Et cela s’obtient avec des logettes bien adaptées. »

Des ovins équipés de traceurs

Les comportements des ovins aussi sont scrutés à travers le prisme des nouvelles technologies. Dans le cadre du projet CLOChèTE, ils sont équipés d’accéléromètre et de GPS émettant une alerte en cas de dépassement de zone de pâturage, indique Anne Aupiais, éthologiste à l’Institut de l’élevage. Problème de ces milieux : il n’y a pas toujours de réseau. Une faille que les chercheurs tentent de combler en mixant les réseaux LoRa et GPRS.

En effet, le réseau LoRa convient pour transmettre une faible quantité de données à bas coût énergétique. Alors que le réseau GPRS permet d’accumuler les données avant de les envoyer lorsque le capteur se situe dans une zone de couverture. « Nous travaillons à cumuler les deux solutions, en utilisant des capteurs LoRa qui peuvent basculer sur le réseau GPRS en cas d’alerte », indique Théo Kriszt, de Montpellier SupAgro.

À Geispolsheim

Trop chou ces fleurs !

Cultures

Publié le 18/07/2019

Sarrasin, bleuet, coquelicot, et vesce. C’est la composition du mélange fleuri que Laurent Heitz a semé à Geispolsheim. Une combinaison qui ne doit rien au hasard. « Ce sont des espèces identifiées pour leur capacité à attirer les auxiliaires des ravageurs propres au chou », explique Laurent Heitz, membre du réseau de fermes Dephy depuis deux ans, dans le groupe des producteurs de légumes. C’est d’ailleurs le réseau qui lui a fourni gratuitement les semences. Pour les implanter, il s’est arrangé avec son voisin, Christian Heitz, qui exploite une luzernière à côté. Car, économiquement, mieux valait empiéter sur 3 m de foin de luzerne que sur 3 m de choux à choucroute bio.

Le marché conclu, Laurent Heitz, aussi président de l'association des producteurs de choux à choucroute, a passé un coup de herse rotative et a semé le mélange avec un semoir à manivelle. Début juillet, la floraison est à son comble. Ça vrombit sec dans la bande fleurie. Comme prévu, elle attire des coccinelles, des syrphes, des chrysopes, qui se régalent des pucerons, cochenilles et autres ravageurs du chou à choucroute. Sans oublier des abeilles, qui trouvent là de quoi se nourrir. « Pour le moment, les résultats sont excellents. Les auxiliaires font leur boulot. Je n’observe aucun puceron et beaucoup de coccinelles », constate Laurent Heitz. Il n’a procédé qu’à un seul traitement, biologique, contre l’altise, avec un produit à base de Bacillus thuringiensis, « du placebo plus qu’autre chose », sourit-il. À part ça, la parcelle d’un hectare a été fertilisée avec de la fiente de volaille et du fumier de bovin. Le désherbage est plus compliqué. « J’ai procédé à cinq binages, contre deux en conventionnel, et je suis aussi passé manuellement. Si l’essai est concluant, et que j’augmente la surface en bio, j’investirai dans du matériel de désherbage spécifique ».

Une expérience à reproduire à plus grande échelle

En effet, dans deux ans, quasiment la moitié des 28 ha de choux que cultive Laurent Heitz devrait être convertie à l’agriculture biologique. « Je dispose de 13 ha enclavés dans la forêt ». Idéal pour préserver les choux bios des contaminations par d’éventuels traitements phytosanitaires voisins. Comme il est interdit de cultiver la même production en bio et en conventionnel sur la même exploitation agricole, Laurent Heitz va créer une deuxième société. La solution n’est pas idéale, car cela engendre du travail supplémentaire, comme une deuxième comptabilité à tenir. Mais le producteur ne voulait pas convertir toute sa surface d’un coup. Par contre, il ne se l’interdit pas à plus long terme. « Si la choucroute bio se vend bien, je convertirai sans doute toute la surface », annonce-t-il, plutôt confiant. « La demande est là. Quand on a dit à nos clients qu’on allait faire de la choucroute bio, ils en ont tout de suite demandé des tonnes ! » Sur ces 13 ha, Laurent Heitz remettra des bandes fleuries, mais pas en bordure cette fois. « Pour plus d’efficacité, mieux vaut intercaler des bandes régulièrement au sein de la parcelle car les auxiliaires ont une mobilité limitée ».

À noter que si Laurent Heitz a choisi d’implanter sa bande fleurie le long de sa parcelle en bio pour d’évidentes raisons de lutte biologique contre les ravageurs, cette pratique est tout à fait reproductible en agriculture conventionnelle, où elle peut permettre d’économiser quelques traitements, et de diversifier le bol alimentaire des insectes pollinisateurs. Ce qui ne gâche rien.

 

 

Changement climatique et ressource en eau

Sous le feu, l’eau

Vie professionnelle

Publié le 07/07/2019

Mardi 25 juin, à 9 h, la canicule liquéfie déjà les rues de Strasbourg. C’est l’heure à laquelle les participants au colloque du Sage Ill-nappe-Rhin intitulé « Eau et changement climatique » rejoignent l’amphithéâtre de la Région Grand Est, où la clim est poussée à fond. Faut-il en rire ou en pleurer, alors que Grégory Fifre, de Météo France, déroule des graphiques et des chiffres implacables ? Le changement climatique anthropique, dû à la concentration de Gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère, est une réalité démontrée.

Le top 10 des années les plus chaudes est une accumulation de dates récentes. Le nombre de jours de gel diminue en quantité et en intensité, le nombre de jours de forte chaleur augmente, les canicules sont plus fréquentes… Côté précipitations, la tendance est moins nette, mais leur régime semble affecté, avec une hausse des précipitations hivernales, suivie d’une baisse en été. Avec des averses plus violentes, donc plus agressives pour les sols. Les épisodes de sécheresse devraient augmenter en fréquence, en durée et toucher de plus vastes secteurs géographiques. Conséquence : l’indice d’humidité des sols risque de considérablement s’abaisser. Des évolutions que l’on peut déjà constater.

La question est donc de savoir comment la situation va évoluer. La réponse est à la fois claire et sibylline : tout dépendra de la quantité de GES que l’humanité continuera à émettre, donc essentiellement des décisions économiques et géopolitiques qui seront prises, ou pas. Quoi qu’il en soit, il faut s’attendre à une hausse du mercure : « Dans les 30 prochaines années, même si on arrête d’émettre des GES, on assistera à une augmentation des températures, liée à ce qui a déjà été émis dans l’atmosphère. Le sort en est jeté. La question est donc comment les rejets vont évoluer… »

Niveau de la nappe : ok

Quels seront les impacts de ces évolutions sur la ressource en eau en Alsace ? De nombreux acteurs se penchent sur la question. À l’Association pour la protection de la nappe phréatique de la plaine d’Alsace (Aprona), on est plutôt rassurant sur le niveau de la nappe phréatique d’Alsace : « On ne constate pas de tendance à la baisse », rapporte Fabien Toulet. Ce serait même plutôt une tendance à la hausse qui ressort des suivis. Sans doute parce que les précipitations, qui rechargent directement ou indirectement la nappe, ne baissent pas. Une tendance qui devrait se confirmer à l’avenir, sauf pour le scénario climatique le plus pessimiste.

Débit des cours d’eau : à surveiller

Pour ce qui est des cours d’eau, la situation est différente, et assez incertaine, selon les études. Retenons que la tendance est à des débits en baisse durant l’été hydrologique, mais en hausse durant l’hiver hydrologique. Et qu’il est important de mettre en place un monitoring des débits des cours d’eau pour se faire une idée plus précise de l’évolution de la situation. Le site de la Commission internationale pour la protection du Rhin (CIPR) va ainsi publier un suivi des étiages dès cet été, « sachant que la navigation est gênée bien avant que les classes d’étiage les plus intenses soient atteintes », précise Anne Toussirot, de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal).

Interactions nappe - cours d’eau : à approfondir

L’étude Ges’eau’R porte également sur la gestion quantitative des eaux souterraines, plus spécifiquement du Grand Ried. « L’objectif est d’affiner les connaissances des relations qui lient nappe et cours d’eau, notamment de préciser l’impact des prélèvements en eaux souterraines sur les cours d’eau », indique Élodie Giuglaris, hydrogéologue au BRGM. Après avoir défini des unités de gestion, des essais de pompage vont servir de démonstrateur.

La mise en place d’un réseau de suivi devra ensuite aboutir à une cartographie de la sensibilité aux prélèvements en eaux souterraines. À noter que, pour approfondir les connaissances sur les débits des cours d’eau en interaction avec la nappe dans un contexte d’étiage, une thèse portant sur la résilience de la nappe phréatique alsacienne, c’est-à-dire sa capacité à récupérer un fonctionnement moyen après une crue ou une sécheresse, a été entreprise par Agnès Labarchède à l’Université de Strasbourg.

Un projet de territoires pour la gestion de l’eau

Le gouvernement s’est saisi de la question de l’impact du changement climatique sur la ressource en eau en généralisant les Projets de territoires pour la gestion de l’eau (PTGE), qui doivent aboutir à une démarche concertée localement avec les usagers de l’eau. Xavier Marly, de la Dreal, et Max Louette, de la direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), ont présenté sa déclinaison en Grand Est, qui passe par l’identification des bassins en tension quantitative potentielle et le développement d’usages plus sobres et économes de l’eau. Face au risque de voir les prélèvements pour l’irrigation augmenter avec l’ETP (évapotranspiration potentielle), les services de l’État ont commencé à travailler sur le volet agricole du PTGE, en étudiant la possibilité d’aller vers des modèles agricoles moins dépendants de la ressource en eau, en trouvant des solutions pour optimiser les ouvrages actuels, en étudiant la pertinence d’en créer de nouveaux. Le même travail sera effectué sur les volets navigation, loisirs…

Un Plan d’adaptation et d’atténuation au changement climatique

La liste des acteurs ne serait pas complète sans l’Agence de l’eau Rhin Meuse qui a, quant à elle, adopté en février 2018 un Plan d’adaptation et d’atténuation au changement climatique. Marina Pitrel en explique la teneur : « Les solutions proposées doivent avoir un pied dans l’atténuation des émissions de GES et l’autre dans l’adaptation à ce climat qui évolue ». Autrement dit : plus question de lancer un projet sans se poser la question de son adaptation au climat de demain. Marina Pitrel évoque quelques-unes des actions proposées au sein des huit axes que comprend ce plan : « Les villes minérales ne sont adaptées ni aux précipitations intenses ni aux épisodes de fortes chaleurs, il s’agit donc de réintroduire des espaces végétalisés. Les pratiques agricoles intensives augmentant les risques, il faut adapter les systèmes pour aller vers une agriculture plus résiliente… » Des mesures de bon sens qui ont été adoptées en traquant la « mal-adaptation », comme la climatisation qui contribue au réchauffement climatique, en privilégiant les actions « sans regret », comme l’isolation avec des matériaux biosourcés, économes en ressources (eau, sol), multifonctionnelles. Mais qui, Marina Pitrel en convient, constituent « un casse-tête politique ».

Les échanges, qui ont suivi ces présentations, ont mis en lumière un autre écueil : l’eau ne connaît pas de frontières. Ainsi, la production d’hydroélectricité en Suisse a des impacts sur le débit du Rhin. Tout comme l’état des glaciers. Or le changement climatique favorise le phénomène de sublimation sans passer par la fusion. Le phénomène de basses eaux du Rhin semble s’amplifier, pénalisant la navigabilité du fleuve. Ce mode de transport peu coûteux en énergie est inévitablement reporté. Et sans doute plus sur route que sur rail, entraînant des émissions de GES supplémentaires. Pour les atténuer durablement et efficacement, il apparaît donc indispensable de fixer les bonnes priorités.

Finale mondiale de labour

Bertrand Rott dans les starting-blocks

Vie professionnelle

Publié le 30/06/2019

Traverser l’Atlantique avec un tracteur et une charrue, ça ne s’improvise pas. En plus d’être laboureur, Bertrand Rott doit s’inventer logisticien. Avec son coéquipier, Mathieu Cormorèche, de l’Ain, qui concourt dans la catégorie à plat, ils ont trouvé un transporteur pour leur matériel. Jeudi, Bertrand Rott a quitté l’Alsace avec un camion prêté par l’entreprise Waltz, conduit par ses soins, avec à l’intérieur son tracteur et sa charrue. Direction Lyon, où il transfère son matériel dans un conteneur. Une opération qui va nécessiter d’enlever les pneus arrière du tracteur, pour le laisser sur jante. Une condition sine qua non pour que l’engin rentre dans le conteneur, avec les pneus, la charrue et les outils. Le conteneur rejoindra ensuite le port de Fos-sur-Mer, où il embarquera le 3 juillet, pour arriver à New York le 26 juillet. Une fois la douane passée, le conteneur sera embarqué sur un train, qui le conduira jusqu’à Minneapolis. Il ne restera plus alors qu’une dizaine d’heures de camion pour rejoindre Baudette, à 500 mètres de la frontière canadienne, où se disputeront les épreuves du championnat mondial de labour.

Verdict le 31 août

De son côté, Bertrand Rott s’envolera le 18 août avec sa compagne et son ami Olivier, qui l’a incité à tenter encore une fois sa chance, pour arriver le même jour, décalage horaire oblige, sur les terres du concours. « J’ai réservé du terrain pour m’entraîner sur place, en plus de l’entraînement officiel », précise-t-il. Le programme officiel débute le 25 août, par les enregistrements, pour se poursuivre du 26 au 29 août par quatre jours d’entraînement officiel, ponctués par des visites, des rappels réglementaires, un culte des laboureurs, la présentation de la prochaine finale mondiale qui aura lieu en Russie. La compétition en elle-même aura lieu le 30 août, avec l’épreuve sur chaume, et le 31 août avec l’épreuve sur prairie. Et la proclamation des résultats dans la foulée. Bertrand Rott restera jusqu’au 3 septembre. Histoire de renvoyer son matériel en France le 2 septembre et de visiter un peu les environs en compagnie de la dizaine de supporters qui vont traverser l’Atlantique pour encourager leur champion.

Prébilan de campagne

Jusqu’ici tout va bien

Cultures

Publié le 28/06/2019

Tout a commencé par un hiver et un automne particulièrement secs. « En octobre, il n’a plu que 10 mm, contre 50 en moyenne », illustre Claire Buy, conseillère agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. Conséquences : les nappes n’ont pas été rechargées. Et les agriculteurs ont eu du mal à positionner les semis de blé. « La tendance générale a été de semer un peu plus tard que d’habitude », rapporte Claire Buy. Et aussi assez dense, dans l’expectative de levées difficiles en raison du manque de précipitations. Une précaution qui pourrait s’avérer pénalisante lors du remplissage des grains…

En effet, les mois de mars et d’avril ont été assez arrosés. Et de manière régulière. Ce qui a permis de recharger les sols et de procurer de très bonnes conditions de levée. Du coup, quasiment toutes les graines qui avaient été semées ont levé. Aboutissant à une densité de pieds élevée. La méiose a eu lieu autour du 15 mai, dans de très bonnes conditions. C’est une étape fatidique dans l’élaboration du potentiel de rendement puisqu’elle détermine le nombre de grains potentiels. En outre, entre la méiose et l’épiaison, une période également fondamentale, la température et le niveau de précipitations ont été optimaux. Au final : « Un nombre de grains potentiels énorme, avec à la fois beaucoup d’épis, et beaucoup de grains par épis », indique Claire Buy.

Reste à remplir ces grains… Et c’est là que le bât blesse. Jusqu’au jeudi 20 juin, il n’y avait eu que cinq jours de conditions échaudantes (lorsque la température maximale dépasse 28 °C) depuis l’épiaison. C’est déjà bien. Car c’est l’échaudage en début de remplissage qui est le plus pénalisant, puisque c’est à ce moment que se détermine la taille du grain. Reste que les conditions chaudes de ces prochains jours vont sans doute pénaliser le remplissage des grains, donc le PMG.  Toujours le 20 juin, Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, estimait : « On peut perdre 1 q/jour, soit une dizaine de quintaux en tout. »

Des reliquats azotés élevés

La rareté des précipitations hivernales a eu un autre effet, celui de limiter le lessivage d’azote, donc de laisser des reliquats azotés après hiver dans le sol relativement élevés, et bien répartis dans les différents horizons du sol. « Sur 70 mesures, nous avons obtenu un reliquat moyen de 80 unités, allant de 100 unités dans les parcelles recevant des déjections animales, à 60 unités dans les parcelles n’en recevant pas, contre 40 unités en général dans ces situations », rapporte Claire Buy. Un autre phénomène peut être avancé pour expliquer ce phénomène : les rendements qui n’ont pas été à la hauteur des apports effectués l’an passé, ce qui a pu laisser une part d’azote dans le sol.

Quoi qu’il en soit, les doses d’azote à apporter prescrites grâce à la méthode du bilan ont été relativement faibles. Le premier et le deuxième apport d’azote ont été bien valorisés. Quant au troisième, les mesures effectuées au N-tester ont conduit à réaliser une impasse dans la moitié des cas, et à effectuer un dernier apport dans l’autre, parfois davantage que préconisé par la méthode du bilan. Peut-être parce qu’étant donné les bonnes conditions ces blés n’ont pas eu à faire de racines très profondes donc n’ont pas complètement exploré les horizons inférieurs. Ou bien parce que, comme la montaison a été longue, l’azote a mis du temps à être utilisé et une partie a pu être réorganisée dans le sol avant d’être utilisée. « Le moteur de la valorisation de l’azote, c’est la croissance du blé, rappelle Jean-Louis Galais. Si l’azote n’est pas absorbé par le blé, il part dans le sol. » Et son coefficient d’absorption s’en trouve dégradé.

Des maladies discrètes

Au vu des précipitations régulières, la pression cryptogamique aurait pu être plus élevée qu’elle ne l’a été. « La septoriose est apparue plus tard que ce à quoi on s’attendait, début mai », rapporte Claire Buy. Pour se développer, l’agent de la septoriose requiert une température minimale de 12 °C. Or, lors des premières précipitations du mois d’avril, cette température seuil n’était pas atteinte, donc ces pluies n’ont pas été contaminantes. Conséquence : les traitements ont pu être décalés assez tard dans la saison. Et ceux qui ont été effectués prématurément ont parfois dû être rattrapés par un second passage. « Mais il n’est pas rare qu’un traitement autour de la mi-mai ait suffi à protéger le blé », constate Claire Buy. En effet, en plus d’une septoriose tardive et discrète, le temps sec autour de la floraison a limité le risque de contamination par la fusariose. Un traitement qui a donc pu être économisé dans pas mal de situations.

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