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Bérengère de Butler

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Kuhn

La technologie gagne toute la gamme

Technique

Publié le 07/03/2019

À partir de l’automne 2019, la nouvelle gamme de charrues Vari-Master L sera commercialisée, équipée du dispositif Smart Ploughing, qui offre la possibilité de relever chaque corps individuellement. La géolocalisation de la charrue permet d’automatiser les entrées et les sorties de raies afin d’obtenir un travail homogène et répétable quelles que soient les conditions de travail et la forme de la parcelle.

Jean-Marc Debien, responsable marketing chez Kuhn, liste les bénéfices de cette innovation : « 100 % des résidus et des adventices sont enfouis sur l’intégralité de la parcelle, les fourrières sont rectilignes, ce qui permet d’effectuer une reprise de fourrière sans faire relever d’adventice et sans perdre de vitesse dans une zone qui est moins chaotique qu’avec une charrue classique. C’est aussi une source de gain de temps et de confort de travail pour le chauffeur. »

Semez à la mode de chez vous

Côté semoirs, le Maxima 3 est un outil électrique polyvalent grâce à de nouveaux châssis télescopiques indexables qui permettent d’aller de 37,5 à 75 cm d’écartement. L’entrecroisement de cinq poutres assure robustesse et rigidité. L’interchangeabilité des écartements s’effectue en quelques minutes grâce à un système de goupilles. Une génératrice et quatre batteries rendent l’outil indépendant du tracteur. Compatible Isobus, le semoir est réglable depuis un terminal en cabine. Et, pour plus de réactivité, les informations sont diffusées rang par rang grâce à un moteur et un calculateur par élément. Autre semoir polyvalent, l’Aurock a été développé pour répondre aux exigences liées aux semis simplifiés, voire directs. La barre de semis aux réglages simplifiés et la tête de répartition équipée du système de clapets Vistaflow permettent de faire des semis un rang sur deux, de mélanger de l’engrais à la semence au niveau du soc…

En matière de fertilisation, Kuhn a lancé l’EMC (Electronic Massflow Control), qui permet de réguler le débit à gauche et à droite sur chaque disque, chaque seconde de manière entièrement indépendante, il y a 20 ans. Depuis, de nombreuses évolutions ont été apportées pour adapter l’EMC à toute la gamme de distributeurs d’engrais, notamment des machines avec entraînement par prise de force. « Le remplacement de vérins électriques par des moteurs SpeedServo, totalement intégrés et étanches, à raison de quatre moteurs par disque assure une variation de dose instantanée », note Vincent Gérard, responsable produit fertilisation et électronique. Pratique pour le pilotage des dosages à partir d’une carte de modulation,

Pulvérisation en dentelle

Le pulvérisateur Kuhn Metris 2 a été élu machine de l’année au Sima 2019. Une distinction que l’engin doit notamment au système Autospray, développé pour maintenir la qualité d’application tout au long du traitement, notamment la taille des gouttelettes, que l’agriculteur aura renseignée en même temps que les consignes de dosage au préalable (lire aussi en page 27 de notre n° 7 du 15 février 2019). « En fonction de la nature du traitement, couverture, systémique, on choisit des tailles de gouttes plus ou moins fines. Et s’il y a un risque de dérive, il s’agit d’en augmenter la taille », précise Luc Monville, responsable produit pulvérisateurs portés. Le système Autospray repose sur la technologie Pulse width modulation (PWM), qui permet de dissocier la pression de pulvérisation du débit de la buse. Pour cela, le flux de pulvérisation est fractionné en 20 micropulsations par seconde (20 Hertz), et le système pilote le temps d’ouverture des micropulsations. « Cela permet de maintenir la qualité de pulvérisation, y compris en cas de modulation de dose, tronçon par tronçon, voire buse par buse », poursuit Luc Monville. Le système sera disponible sur les pulvérisateurs haut de gamme en priorité, puis sur l’ensemble de la gamme à partir de 2020.

Avec I-Spray, Kuhn va encore plus loin dans la précision de la pulvérisation puisque cette technologie, développée en partenariat avec Carbon Bee, vise à n’activer les buses qu’en présence d’adventices, ce qui requiert d’élaborer un système de reconnaissance d’adventices dans les cultures, et même de distinguer les différentes familles d’adventices puisque l’objectif recherché est à la fois de réduire la consommation de produits phytosanitaires de 50 à 80 % et de mieux cibler les familles d’adventices afin de diminuer le risque d’apparition de résistance. Si les premiers résultats sont prometteurs, Luc Monville précise qu’il s’agit d’un axe de recherche et n’avance pas encore de date de commercialisation.

Enfin, côté récolte du fourrage, Valentin Ribes, spécialiste des presses, présente la presse haute densité LSB1290ID, pour Intelligent Density, équipée d’un double piston TwinPack, qui démultiplie la force de pressage donc assure un pressage de qualité à un coût limité : « Avec cette presse, il n’y a pas besoin d’un tracteur très puissant ni d’une consommation de carburant élevée pour obtenir une bonne qualité de pressage », décrit-il. Autres atouts de cette presse : sa simplicité d’entretien, grâce à une lubrification automatique en continu, ses nombreux équipements visant à améliorer la sécurité d’utilisation, son pilotage 100 % Isobus et son débit d’alimentation élevé.

Des applis pour piloter les outils

Toutes ces innovations ne seraient rien sans la technologie qui permet de les piloter, et notamment un terminal performant. C’est à cette fin que Kuhn propose le terminal Isobus CCI 1200, qui permet de visualiser toutes les informations en un seul coup d’œil, de gérer jusqu’à quatre cartes de modulation… Et la technologie c’est bien, mais à force d’en mettre à toutes sauces, les agriculteurs risquent d’y perdre leur latin. Kuhn en est conscient et développe en parallèle des outils destinés à faciliter la prise en main et la gestion quotidienne de tout cet attirail.

Il y a par exemple MyKuhn, un espace client avec une partie support, disponible sur internet en attendant l’application et qui, entre autres fonctionnalités, permet de commander facilement des pièces de rechange. Il y a aussi EasyTransfer, un outil pour transférer facilement des données, comme des cartes de modulation, vers le terminal CCI. Et il y a aussi Stafit, un système de localisation et de suivi des déplacements des machines, capable de faire la différence entre les déplacements sur route et au champ, de cumuler les heures de travail. Ou encore Instacker, qui cumule les heures de travail de la machine et envoie des notifications à l’agriculteur lorsqu’arrive le moment de réaliser une opération d’entretien. Enfin, last but not least, Redvista, une application smartphone utilisant la technologie de la réalité augmentée pour aider les utilisateurs à effectuer l’entretien des outils. Il lui suffit de scanner le QRcode apposé sur la machine, et l’application l’identifie, et fait apparaître une image où les différents points de réglages et d’entretien sont localisés et détaillés. Voilà de quoi piloter les outils Kuhn.

Mais si chaque constructeur développe ses propres outils. L’agriculteur en bout de chaîne risque de se perdre dans un dédale d’applications, plateformes et autres espaces privés. L’idéal, pour l’utilisateur, serait de regrouper toutes ces applications en une. Ou du moins en quelques-unes. C’est dans cet objectif que Kuhn a intégré NextFraming, un consortium qui regroupe des fabricants de machines agricoles et des fabricants de logiciels agricoles et qui travaille à l’élaboration d’un logiciel de gestion des données des machines indépendant du fabricant.

Sima 2019

Business et convivialité

Technique

Publié le 07/03/2019

Le fabricant indien de pneus BKT est un des principaux sponsors du Salon international du machinisme agricole (Sima) depuis plusieurs éditions. Les visuels publicitaires de la marque émaillent les entrées des différents halls. Et la marque dispose d’un stand aux dimensions confortables, très prisé pour ses démonstrations de virtuosité footballistique. Car en plus d’être le sponsor du Sima, BKT est le sponsor de la Coupe de la Ligue, qui est carrément devenue la Coupe de la Ligue BKT.

Mardi 26 février, Alison Bertieux et Mickaël Chatelain, de la société Agriest, importateur officiel pour le marché français des pneus BKT, avaient rendez-vous avec un de leur client alsacien, la société Alsagri d’Hilsenheim, sur le stand BKT. L’occasion d’échanger quelques mots avec Arvind Poddar, président de BKT. Il souligne l’importance, pour eux, de ce « show » auquel ils participent depuis les années 1980, avec un stand toujours plus important. Car le marché européen, et en particulier français, est important pour BKT et fabricant indien souhaite le développer. Cette année, pas de nouveauté à présenter pour BKT. Mais la tendance à l’augmentation de la taille des outils ne s’inversant pas, l’importance de la qualité des pneumatiques persiste. Et BKT propose plusieurs technologies pour préserver les sols agricoles. La technologie IF (Important Flexion), qui assure une réduction de 25 % de la pression exercée sur le sol à charge utile équivalente. Et la technologie VF qui permet d’atteindre une réduction de 40 % de la pression exercée sur le sol à charge utile équivalente. « Augmenter la productivité agricole est une bonne chose, mais il faut le faire durablement », conclut Arvind Poddar, avant de poser pour la photo et d’enchaîner avec son rendez-vous suivant.

Cette année, le constructeur allemand Amazone a été récompensé d’une médaille de bronze aux Sima Innovation Awards pour la technologie WindControl, un système de mesure et de compensation des effets du vent sur la répartition de l’engrais par les épandeurs ZA-TS. « Il s’agit d’une espèce d’anémomètre électronique qui mesure la force et la direction du vent afin d’ajuster la nappe d’épandage en temps réel pour maintenir sa régularité », décrit Cédric Meintzer. En outre, la technologie WindControl peut venir en appui d’une autre innovation, l’Argus Twin, constitué de sept capteurs par disque d’épandage, qui mesurent la nappe d’épandage afin de corriger le point de dépose pour rester dans l’optimum en cas de défaut. Ces épandeurs d’engrais sont pilotables à partir du nouveau boîtier Isobus électronique, entièrement développé par Amazone, avec des touches et un écran tactile de grande taille, décrit Cédric Meintzer.

Des outils connectés chez Beiser

Beiser avait également glané une médaille de bronze aux Sima Innovation Awards cette année avec Fourrage Lib, un râtelier mobile connecté permettant de suivre l’évolution du stock de fourrage. Une innovation présentée sur un stand amputé de 300 m2 par rapport à l’édition précédente, mais optimisé. « Le marché est difficile, justifie Bernard Cogniel, de nombreux exposants ont réduit la taille de leur stand. » Pour expliquer la tendance atone du marché, il avance les difficultés de trésorerie des agriculteurs, « dont les productions ne sont pas payées à leur juste valeur ». Dans ce contexte, les facilités de paiement proposées par l’entreprise alsacienne - jusqu’à 11 échéances à taux zéro - lui permettent de tirer son épingle du jeu : « Ça s’apparente à une avance de trésorerie », compare Bernard Cogniel. L’ancien dirigeant, qui a confié les rênes de l’entreprise à sa fille Nathalie mais qui y garde un pied, décrit : « Nous sommes actuellement en pleine réflexion pour proposer des produits connectés et rester parmi les moins chers sur le marché, tout en continuant à proposer des facilités de livraison et de paiement. » Et ça commence à fonctionner, puisqu’en plus du râtelier connecté, Beiser présentait aussi une citerne connectée. Prochaine innovation, Beiser travaille actuellement à l’élaboration d’un système de pesée connectée… À suivre.

La société MRA, située à Hatten, est importatrice exclusive en Alsace des marques Poluzzi (chenilles), Krampe (bennes) et Geringhoff. Le fabricant de matériel de récolte présentait une coupe à tapis équipée d’une soufflerie d’air baptisée IAS pour Integrated System. La soufflerie, placée devant la coupe, permet de rattraper des grains, notamment les petites graines, comme celles de colza. Et donc de réduire les pertes de grains devant la coupe. En outre, comme elle est associée à une coupe à tapis qui alimente régulièrement la machine, le rendement est amélioré. Pas de grande nouveauté du côté de chez Krampe, mais la qualité reste au rendez-vous malgré tout : « Ce sont des bennes haut de gamme, elles sont moins tirantes, grâce à leur conception compacte, donc la consommation de gasoil est réduite », décrit Daniel Humbert. À noter que MRA a conclu un partenariat avec SoucyTrack, un constructeur canadien de chenilles en caoutchouc pour lequel MRA devient le distributeur exclusif en France.

Moisson de médailles pour Claas

Bonne moisson pour Claas lors des Sima Innovation 2019, avec une médaille d’or pour l’ensileuse Jaguar 960 Terra Trac à chenilles suspendues, et une médaille de bronze pour la coupe à tapis flexible Convio Flex. La Jaguar 960 Terra Trac est « la première ensileuse équipée d’usine de chenilles », souligne Guillaume Feys, chef de produits récolte chez Claas. Le terme Terra Trac désigne d’ailleurs les chenilles, qui peuvent équiper les moissonneuses Claas depuis 20 ans afin de limiter le tassement du sol infligé par des machines de plus en plus lourdes. Autre avantage de cette ensileuse, son gabarit routier qui permet de se déplacer facilement et de la charger sur un camion. « Notre chenille Terra Trac avait déjà été médaillée », précise Guillaume Feys.

Cette fois, l’innovation primée, c’est le système de relevage avant des chenilles en bout de parcelle pour éviter l’arrachement de matières dans les demi-tours. La limitation de l’agressivité des chenilles sur la couche végétale rend cette ensileuse particulièrement adaptée aux chantiers d’ensilage d’herbe. Concrètement, la partie avant des chenilles se soulève automatiquement dès que le chauffeur relève le pick-up. Pour pouvoir intégrer ce système, le châssis a dû être rallongé, ce qui présente l’avantage de faciliter la maintenance de l’ensileuse. Autre particularité : elle est équipée d’un système de télégonflage des pneus arrière, qui permet de passer rapidement d’une pression définie pour rouler au champ à une pression arrêtée pour rouler sur route, et inversement. Le premier exemplaire de l’ensileuse Jaguar 960 Terra Trac a été vendu en Bretagne.

Grâce à son tapis, qui peut passer du mode rigide au mode flexible, la coupe Convio Flex est particulièrement polyvalente puisqu’elle peut récolter aussi bien du maïs que du soja : « Le mode rigide, avec un grand tapis plat, est adapté à la récolte des céréales. Le mode flexible est adapté à des cultures comme le soja, puisqu’il permet d’épouser les irrégularités du terrain », précise Guillaume Feys.

Technique d’élevage

Des veaux en bonne santé, pour des vaches plus résilientes

Élevage

Publié le 04/03/2019

Toutes les mères le savent bien tant les professionnels de santé le répètent : rien n’est meilleur pour la santé de leur enfant que l’allaitement maternel. Les petits d’hommes et les veaux ont donc au moins deux points communs : ce sont des mammifères et l’alimentation lactée leur réussit. C’est ce qui ressort d’une formation dispensée aux conseillers laitiers germanophones sur la ferme expérimentale Hofgut Neumühle dans le Palatinat dans le cadre du groupe alimentation du projet Elena. Le thème de la formation était l’élevage des veaux.

Dans ce domaine, le Dr Christian Koch et le Dr Theresa Scheu sont des experts reconnus, qui mettent en relation la recherche scientifique et la pratique. Leur leitmotiv est une conduite d’élevage qui permette d’obtenir des veaux en bonne santé. Car cette phase est cruciale et conditionne la carrière de la future productrice. « Réussir l’élevage des veaux c’est l’assurance d’obtenir une vache qui va faire cinq à six lactations sans poser de problèmes », rapporte Julien Wittmann, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace qui a suivi cette formation. Pour atteindre cet objectif, il faut comprendre comment les veaux se développent. C’est ce qui permet de prendre les bonnes décisions : 80 % de la mortalité de veaux nés vivants serait liée à des erreurs de conduites d’élevage.

Précieux colostrum

« Le colostrum doit être distribué rapidement, à raison de 4 litres si le veau le consomme, 3 l au minimum. Il doit être collecté le plus tôt possible, avec une hygiène irréprochable », débute Julien Wittmann. En effet, si le système immunitaire du veau est existant à sa naissance, il n’est pas encore actif. C’est donc l’immunoglobuline que le veau absorbe dans le colostrum qui va lui permettre de se défendre contre les premières infections. On appelle cette phase l’immunité passive.

Le colostrum a aussi pour effet de renforcer et développer les villosités de l’intestin, qui constitue la première barrière du système immunitaire. Enfin, il a un rôle « d’entraîneur » pour le système immunitaire actif. « Une distribution du lait de la mère durant les cinq premiers jours permet donc d’améliorer le fonctionnement du système immunitaire et renforce la barrière intestinale. »

Limiter les stress

Les facteurs de stress augmentent considérablement le risque de maladies chez les êtres vivants. Or les veaux sont soumis à de nombreux stress : intervention au vêlage inappropriée, transport, stress social, transition alimentaire, écornage, élevage en groupe, température, hygrométrie, sevrage, maladie… Avoir conscience de ces facteurs de stress permet d’en limiter les conséquences, et surtout d’éviter de les cumuler : « Par exemple traire la vache rapidement après le vêlage et donner le colostrum au veau en présence de la mère dans le box de vêlage procure un meilleur transfert d’immunoglobuline au veau que s’il est mis en case individuelle avant la prise de colostrum », illustre Julien Wittmann.

Cette augmentation de la sensibilité aux maladies en cas de stress s’explique physiologiquement : « Le stress induit la production d’hormones néfastes au fonctionnement de l’organisme et qui fragilisent le fonctionnement des barrières immunitaires. Les lipopolysaccharides, présents dans tous les aliments, pénètrent dans le sang et provoquent des réactions inflammatoires. Pour lutter contre ces réactions, l’organisme synthétise des protéines. Un processus très gourmand en énergie et en acides aminés, ce qui fragilise le veau et pénalise sa croissance. »

Bienfaits d’une alimentation lactée non restrictive

Une alimentation restrictive est également un facteur de stress. Or dans la majorité des élevages alsaciens, l’alimentation des veaux est restrictive. Dans la nature, les veaux reçoivent autant de lait que la mère en donne - soit 9 à 12 l par jour - le veau se régule en fonction de ses besoins, et le sevrage se fait entre 7 et 9 mois. On est loin des pratiques d’élevage courantes : 5 l de lait par jour la première semaine, 6 à 7 l de lait par jour par la suite, puis un sevrage à 10 semaines. « Cette conduite d’alimentation restrictive pénalise la santé et la carrière du veau et multiplie les facteurs de stress », indique le conseiller.

En effet, le système digestif du veau est conçu pour digérer des protéines et de la matière grasse laitière. Il a été mis en évidence qu’il faut 12 semaines pour que le système digestif du veau ait les mêmes proportions de volume qu’un ruminant à l’âge adulte. C’est à partir de cet âge que le veau est en capacité de couvrir ses besoins par une alimentation solide, que le rumen est fonctionnel et capable d’absorber les Acides gras volatiles (AGV). Une distribution restrictive de lait tend à augmenter la consommation de concentré du veau avant même que son rumen soit capable d’absorber correctement les AGV produits. Conséquence : acidose ruminale et acidose du gros intestin. « Il s’agit d’un stress qui fragilise les veaux et les rend plus vulnérables aux maladies. »

Objectif 1 000 à 1 200 g/jour

À l’inverse, une alimentation intensive en lait procure des veaux en meilleure santé, avec de fortes croissances. « La période de 0 à 50 jours est très importante. Car d’après la littérature c’est durant cette phase que se détermine le nombre de cellules dans les organes. Si la croissance est bonne à ce moment-là, le veau aura des organes plus gros et plus fonctionnels. Cette croissance importante représente du croît noble, on peut se fixer comme objectif 1 000 à 1 200 g/j », indique Julien Wittmann.

Pour atteindre cet objectif, il s’agit de mettre en place un plan d’alimentation intensif consistant à faire consommer assez rapidement 10 l de lait par jour : « On peut proposer 5 l de lait de la mère dès la deuxième buvée. En règle générale, les veaux vont consommer 10 l par jour après 5 à 6 jours. Après 14 jours, on peut passer à 12 l par jour, jusqu’à 8 semaines. Ensuite, pour limiter le stress du sevrage, il s’agit de passer de 12 à 2 l en 5 à 6 semaines. En outre, dès 7 jours, le veau aura à sa disposition de l’eau, du foin et du concentré premier âge à volonté », détaille Julien Wittmann.

Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN)

L’économie au service de la forêt

Cultures

Publié le 19/02/2019

« Passer par l’économie pour évoluer vers une forêt plus naturelle ». Tel est le sous-titre de la charte forestière de territoire (CFT) des Vosges du Nord. C’est l’expression d’une volonté que le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN) porte depuis plusieurs années, et qui était déjà inscrite dans une précédente charte. Avec un territoire boisé à 65 %, un tissu d’industries de transformation du bois employant 1 000 emplois, le PNRVN a acquis une certaine expertise en matière de forêt et de bois : « Pour avoir une forêt mieux gérée, il faut mieux la valoriser », affirme Michaël Weber, président du PNRVN.

Développer une économie du bois en circuit court et de proximité

C’est tout l’objet de la charte, élaborée en trois temps. « Nous avons d’abord réalisé un diagnostic de territoire en nous entretenant avec les acteurs de la filière. Puis, il y a eu une phase de concertation, avec des ateliers qui ont permis à ces acteurs de se rencontrer, d’échanger, ce qui a permis d’identifier les difficultés de la filière par un prisme économique. Puis nous avons défini une stratégie avec des enjeux à relever, et des objectifs à atteindre », décrit Caroline Salomon, chargée de mission au PNRVN et cheville ouvrière de cette charte. Plusieurs enjeux ont été identifiés, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. Il s’agit, par exemple, de renforcer la compétitivité des entreprises locales de récolte et de transformation. La valorisation des principales essences locales que sont le hêtre et le pin sylvestre doit être renforcée. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité, afin de consommer localement du bois local, permettrait de capter la valeur ajoutée sur le territoire. « Cela passe par exemple par l’incitation des collectivités à la réalisation de constructions en bois local », illustre Caroline Salomon. Mais, pour mieux valoriser le bois local, il s’agit d’abord de pouvoir l’identifier. Or, « la traçabilité du bois est difficile à assurer », constate la chargée de mission. Il existe une multitude de labels et de marques. Trop peut-être. Le Sycoparc étant co-animateur de la marque Terre de Hêtre depuis 2017, c’est sur cette dernière que les différents partenaires s’appuieront pour promouvoir le hêtre local. Pour que la filière soit en capacité de maintenir le tissu économique, voire de le développer en attirant de nouvelles entreprises de transformation du bois, il est aussi important de développer de nouveaux débouchés. Cela passe par de l’innovation, de nouvelles prescriptions…

28 actions, six actions phare

Pour répondre à ces enjeux, un plan d’action a été établi. Il consiste en 28 actions décrites dans la charte, dont six actions phare. Caroline Salomon en détaille quelques-unes : « Nous allons provoquer des rencontres entre les forestiers et les scieurs, pour avoir un regard croisé sur la qualité du bois. Les entreprises de transformation vont être auditées pour optimiser leur fonctionnement actuel et être accompagnées dans leurs innovations. Nous allons développer une offre de produits en bois local, et la rendre plus visible aux yeux des prescripteurs et du grand public. » Des actions ambitieuses que les signataires de la charte ont 5 ans pour mettre en œuvre. Pour 2019, Caroline Salomon liste quelques actions déjà enclenchées : des échanges entre professionnels, la création d’une malle pédagogique, un partenariat avec l’université Paris Diderot pour la réalisation d’une étude portant sur l’attachement de la population à la forêt, l’impulsion d’un concours portant sur la conception d’une gamme d’habitations légère de loisirs (HLL) en bois local, l’accompagnement de la Communauté de communes Sauer-Pechelbronn pour l’édition d’un document sur la construction en bois local, suite à la construction d’un bâtiment pilote… Bref, il y a du bois sur la planche.

Élevage porcin

La reproduction, clé de voûte de la production

Élevage

Publié le 14/02/2019

« En moyenne, les élevages porcins atteignent 85 % de fécondité », indique Michel Launay, responsable technique chez Choice Genetics. Ce qui signifie que certains élevages font mieux, d’autres moins bien. La principale difficulté, selon Michel Launay, est de savoir bien repérer les chaleurs, la durée de l’œstrus, qui est très variable et le bon moment pour pratiquer les inséminations, c’est-à-dire durant la phase d’ovulation, qui n’est pas toujours facile à déterminer : « Il est important de bien cibler le début de cette phase, en mettant les truies en présence du verrat. » Il s’agit aussi de tenir compte de certaines observations empiriques : « On sait, par exemple, que si une truie revient rapidement en chaleur après le sevrage des porcelets, sa période de chaleur sera plus longue. L’insémination doit donc être positionnée en connaissance de cause. »

Le moment et la qualité de l’insémination sont les principaux paramètres à maîtriser pour améliorer la prolificité de l’élevage. Car c’est ce qui va déterminer le nombre d’ovules fécondés. Mais il y a toujours des pertes au cours de la gestation. « Actuellement, pour en moyenne 15 œufs fécondés, on a 12,3 porcelets sevrés. » Il y a donc d’autres paramètres qui interviennent, comme la qualité de l’alimentation des truies, ou les aspects sanitaires, car certaines maladies altèrent la prolificité, comme la parvovirose, le circovirus porcin de type 2, la leptospirose. Des maladies qui se gèrent essentiellement de manière préventive, par la vaccination des animaux. « Nous allons d’ailleurs bientôt mettre sur le marché un nouveau vaccin contre la leptospirose », indique Michel Launay.

Naïma 2.0 devient CG36

Le service de Recherche & Développement de Choice Genetics travaille avec des élevages dédiés à la sélection, où des croisements orientés sont réalisés afin d’améliorer les performances des porcs sur certains critères, comme la prolificité, la rusticité, les qualités maternelles. Ces élevages sont équipés de distributeurs d’aliment concentré, qui permettent de mesurer la consommation d’aliment par animal et de la mettre en regard de ses performances. « Nous utilisons aussi la génomique pour accélérer la sélection sur les lignées femelles. »

Les représentants de Choice Genetics ont d’ailleurs profité de cette réunion pour présenter les dernières évolutions de leur gamme de produits. En lignée femelle, le produit phare de Choice Genetics est Naïma 2.0, un croisement entre Galia et Redone, deux lignées maternelles pures sélectionnées depuis 15 ans. Or Naïma 2.0 a été testée aux États-Unis et adoptée. Ce qui conduit Choice Genetics à changer la nomenclature de ces produits : « Galia devient M3 type Large White, Redone devient M6 type Landrace, et Naïma 2.0 devient CG36 », indique Arnaud Guérin, directeur commercial. Les qualités de Naïma 2.0 ou CG36, elles, ne changent pas : « Ce sont des mères avec des tétines nombreuses et fonctionnelles, une production laitière de qualité et en quantité, qui lui permet de sevrer un maximum de porcelets de qualité, gage de performance des porcs charcutiers ». Autres atouts de Naïma 2.0, mise en avant par Emmanuel Stein, commercial de Choice Genetics : sa rusticité et son faible taux de renouvellement.

Des verrats pour chaque type de débouché

Quelques nouveautés sont aussi à signaler du côté des lignées mâles puisque des verrats ont été importés des États-Unis par Choice Genetics et Yxia. Emmanuel Stein précise : « Ce ne sont pas de nouveaux verrats. Ils sont utilisés depuis un certain temps aux États-Unis, donc on a du recul sur leurs performances, mais ils n’avaient pas encore été diffusés sur le marché français. » Ces deux verrats, P50 et P26, sont tous les deux issus de la race Duroc. P50 a été sélectionné pour la qualité de sa viande. Tandis que P26 constitue un compromis entre la qualité de viande et des critères de production, comme des porcelets vigoureux, un bon GMQ, une bonne efficience alimentaire. « Notre objectif est de proposer des verrats qui permettent aux éleveurs de répondre à tous types de demande en fonction des débouchés », indique Emmanuel Stein. P76, réputé pour sa vitesse de croissance, change aussi de nom et devient P90. Enfin Excelium et P88 restent à la gamme. Le premier produit des « porcelets vigoureux, affiche un excellent indice de consommation, et un très bon pourcentage de maigre ». Le second, un piétrain américain, est « très poussant ».

Entrepreneurs des territoires d’Alsace

Ne pas pénaliser les agriculteurs qui font appel à des prestataires

Vie professionnelle

Publié le 09/02/2019

« La sécheresse pèse lourd sur les revenus », constate Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin. Sur les revenus des agriculteurs, mais aussi des entrepreneurs. Il illustre : « Les prairies ont grillé sous de fortes chaleurs et, sans précipitations, les récoltes des deuxième et troisième coupes n’ont pas pu être réalisées ». Ce qui représente un manque à gagner pour les entrepreneurs. À cela s’ajoutent d’autres contraintes, comme l’augmentation du GNR, qui « plombe nos trésoreries ». Logiquement, cette hausse de charges devrait se répercuter sur les tarifs appliqués aux prestations réalisées par les entrepreneurs. Mais les devis ayant été établis en début d’année, si les entrepreneurs ne respectent pas le prix annoncé, ils risquent de perdre des clients. Ce qui fait dire à Claude Gretter : « Il faudra peut-être revoir notre méthode de facturation, avec un prix pour la prestation et un prix variable pour le carburant ». Comme les agriculteurs, les entrepreneurs bénéficient du remboursement de la TIC, ce qui permet d’alléger cette charge, même s’il faut « être patient » pour obtenir ce remboursement.

Sur la réforme de la Pac, Claude Gretter signale : « Une disposition devrait permettre de relever le plafond des aides en ajoutant les coûts de main-d’œuvre, mais la sous-traitance de travaux agricoles n’est pour l’instant pas prise en compte. Or faire appel à des prestataires ne doit pas pénaliser les agriculteurs. » Éric Brodhag renchérit : « Cette disposition traduit la volonté de rémunérer les agriculteurs qui ont des salariés. Or, les Entreprises de travaux agricoles (ETA) font économiser des salariés aux agriculteurs. Ce dossier a donc été pris en main par le Syndicat européen des entrepreneurs des territoires, afin que la prestation de service effectuée par une ETA soit considérée comme un apport ponctuel de salariés. »

Vers une convention collective nationale

La Fédération nationale des entrepreneurs des territoires (FNEDT) poursuit sa mission d’accompagnement des entrepreneurs. Elle travaille notamment sur le coût de la main-d’œuvre et les difficultés de recrutement : « Les besoins en main-d’œuvre des entreprises du territoire sont importants. Dans certaines régions, il y a une pénurie de conducteurs d’engins », rapporte Éric Brodhag, secrétaire général. Les entrepreneurs sont donc attentifs aux évolutions annoncées en matière d’apprentissage et de formation. Depuis le 1er janvier 2019, une agence unique, France Compétence, est en charge de la répartition des fonds de la formation professionnelle et de l’alternance : « Il faut veiller à ce que les cotisations reviennent aux salariés », note Éric Brodhag. Il prévient : « Le Fafsea pourrait fusionner avec Opcalim, l’Organisme paritaire collecteur agréé des salariés des industries agroalimentaires ». 

Enfin, le nombre de conventions collectives devrait progressivement passer de 600 à 200 en France, une réforme que la FNEDT prépare en mettant en place une convention collective propre aux entrepreneurs du territoire au niveau national : « Elle doit encore être négociée avec les syndicats. » Avec « 80 000 salariés employés en France », la représentativité de la FNEDT est réelle, selon Éric Brodhag. Mais il va falloir le prouver, c’est pourquoi chaque entreprise affiliée à la FNEDT va recevoir une fiche à renseigner.

Relay-cropping

Un tétris cultural

Cultures

Publié le 01/02/2019

On sème A. On sème B dans A. On récolte A. On récolte B. Autrement dit, on insère la culture B dans la culture A. Par exemple du soja dans de l’orge. Présenté comme ça, le relay-cropping semble assez simple à mettre en œuvre. Mais en fait, il y a tout un tas de paramètres à prendre en compte. Déjà, il faut pouvoir semer B dans A. C’est-à-dire, par exemple, penser à la rémanence des produits phytosanitaires utilisés sur A qui pourraient empêcher B de lever. Et aussi adapter le semoir, pour ne pas rouler sur A. Il ne faut pas que A empêche B de se développer. Il faut donc éviter que A verse sur B, donc adapter la densité de semis, la fertilisation azotée… Il faut aussi pouvoir récolter A sans détruire B. Pour ce faire, la moissonneuse peut-être équipée d’espèces de lattes qui couchent B pour pouvoir couper A assez bas afin que B puisse ensuite bénéficier de suffisamment de lumière… « Les essais mettent en évidence une perte de rendement modérée, imputable à la moindre occupation de l’espace par les cultures, la compensation par un tallage plus important n’étant pas suffisante », rapporte Damien Brun. À cela s’ajoutent des soucis de stress hydrique, de ravageurs, d’adventices. Bref, « il y a encore des choses à travailler ! »

Du maïs en relay-cropping ?

D’autant qu’en Alsace, domaine où le maïs est roi, il serait intéressant de remplacer le soja semé dans la graminée par du maïs. Premier problème : « Les données bibliographiques sont rares », constate Damien Brun. Mais il semble évident que les écueils rencontrés avec le soja vont se retrouver avec le maïs, avec en plus une forte sensibilité du maïs à la concurrence de la graminée, la nécessité de décaler la date de semis du maïs vers un semis plus tardif, et de lui apporter de l’azote avant la récolte de la céréale, sans abîmer cette dernière. Mais, qui ne tente rien n’a rien. C’est pourquoi Arvalis met en place un essai à Grussenheim, avec une variété de blé précoce, filon. Subsistent encore pas mal d’interrogations sur la suite des opérations : « Nous cherchons une variété de maïs très précoce », indique Didier Lasserre. Reste aussi encore à déterminer quand la semer dans le blé…

Marchés et compétitivité du maïs

Un revenu 2018 en hausse

Cultures

Publié le 01/02/2019

La production et la consommation mondiales de maïs sont en hausse en 2018, la production restant inférieure à la consommation. « Le bilan mondial est déficitaire depuis deux ans. Il y a donc une consommation du stock mondial qui devrait diminuer », indique Nathalie Bigonneau, d’Arvalis-Institut du végétal. Or, ce n’est pas le cas. En cause, un artefact résultant de la résurgence d’un stock chinois de 150 Mt de maïs qui avaient été « oublié ». La réapparition de ce stock influence assez peu les marchés mondiaux : « Les stocks qui pèsent sur les marchés sont ceux des principaux exportateurs. Or, les stocks de ces derniers sont en légère baisse. Au final, les cours du maïs ont donc augmenté avant de se retasser. »

La production mondiale de maïs 2018 a été bonne, même très bonne aux États-Unis, ce qui pèse sur les marchés puisqu’il s’agit du premier exportateur mondial. Elle a été dans la moyenne en Europe, et bonne en Ukraine, « un pays qui pèse de plus en plus sur le marché de proximité des maïs alsaciens », note Nathalie Bigonneau. Les échanges mondiaux sont en hausse, s’approchant du niveau record de 2017. « L’Union européenne est importatrice nette, donc pèse peu sur ces échanges, alors que l’Ukraine assied d’année en année sa position d’exportateur. »

Après avoir été supérieurs durant l’été à ceux des années passées, les prix sont actuellement à la baisse, mais « restent supérieurs à ceux des années passées ». Conséquence : le revenu des céréaliers est moins fortement négatif. « Une exploitation sur deux qui affiche tout de même encore un résultat négatif avant impôt », tempère Nathalie Bigonneau. Le revenu des céréaliers s’avère très fluctuant en fonction des années, ce qui souligne la nécessité de pouvoir piloter les exploitations de manière pluriannuelle, grâce notamment à de l’épargne de précaution.

Vers une hausse du prix des engrais et des produits phytosanitaires

Les charges, évaluées sur la base de l’indice Ipampa (Indice des prix d’achat des moyens de production agricole), font apparaître une légère baisse depuis quatre ans du prix des semences, par ailleurs peu volatil. Le prix de l’énergie l’est beaucoup plus. « Le poste carburant est en hausse, comme celui de l’électricité, qui intervient aussi dans les frais d’irrigation et de séchage. Il peut donc s’avérer intéressant de miser sur des variétés résistantes au stress hydrique, qui ont des besoins en irrigation modérés et à la dessiccation rapide. » Le prix des engrais suit la tendance du carburant en décalé d’un an. « Il faut donc s’attendre à une hausse du prix des engrais azoté pour la prochaine campagne », annonce Nathalie Bigonneau. Pour l’instant, le prix des produits phytosanitaires est stable. Mais les réformes, telles que l’interdiction des remises, rabais et ristournes ou encore la hausse de la Redevance pour pollution diffuse (RPD), pourraient entraîner leur renchérissement.

L’étude des résultats de deux fermes types alsaciennes en 2018, l’une avec du maïs irrigué et l’autre avec du maïs non irrigué (dit pluvial), révèle une tendance à une meilleure maîtrise des charges dans les deux cas. Dans le détail, Nathalie Bigonneau décrit un poste de séchage bas, des charges d’irrigation en hausse, qui expliquent que « par rapport à 2017 les charges augmentent en maïs irrigué et baissent en maïs pluvial ». Lorsque les charges sont divisées par le rendement en maïs des fermes types pour obtenir le coût de production, en prenant des rendements corrects (14 t/ha pour le maïs irrigué et 10 t/ha pour le maïs pluvial), on constate que le coût de production augmente pour le maïs pluvial et reste stable pour le maïs irrigué. En outre, le prix de vente (135 €/t) est supérieur au prix d’intérêt ce qui signifie que l’exploitant est en mesure de se rémunérer, ce qui n’était pas le cas les années précédentes. Cependant, si les rendements sont diminués de 10 %, le coût de production augmente, et le prix de vente atteint le prix d’intérêt, ce qui signifie que les charges de trésorerie sont couvertes, mais que l’agriculteur ne se rémunère pas.

La campagne 2018 s’achève donc sur une bonne nouvelle, celle du revenu qui augmente grâce à une amélioration du prix de vente ; et une moins bonne : « La campagne de commercialisation s’annonce compliquée, car l’Europe pèse peu sur les marchés et subit la concurrence des pays de la mer Noire ». Sans oublier le phénomène des basses eaux du Rhin, qui renchérit les frais de transport.

Réunion maïs Arvalis

L’irrigation a fait la différence

Cultures

Publié le 01/02/2019

Résultat des courses : France, 93 q/ha ; Alsace, 113 q/ha ; Bas-Rhin, 98 q/ha ; Haut-Rhin, 117 q/ha. Commentaire de Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal : « Pas mal vu la sécheresse ! ». Il impute le différentiel de rendement entre les deux départements alsaciens à l’irrigation, davantage installée dans le paysage haut-rhinois. Ce sont des estimations, mais les rendements seraient en moyenne de 135 q/ha en situation irriguée, 105 q/ha en situation non irriguée sans stress hydrique et 80 q/ha en situation non irriguée avec stress hydrique. Les écarts de rendement sont donc très importants : ils vont de 0 q/ha, lorsqu’aucun épi n’a pu se former, à 160 q/ha lorsque les besoins en eau ont été couverts par l’irrigation. Or, avec une différence entre les précipitations et l’ETP de 350 mm, « nous avons atteint des niveaux d’irrigation jamais vus », rapporte Didier Lasserre. La faute au manque d’eau, certes, mais aussi aux températures élevées : « Nous avons enregistré 300 à 350 degrés jours de plus par rapport à la médiane des 20 dernières années, et 33 jours avec des températures maximales supérieures à 30 °C. » Non sans conséquences sur l’évolution des stades.

Si les semis ont été un peu plus tardifs que les années précédentes, la levée a été plus rapide et les stades se sont ensuite enchaînés jusqu’à une récolte effectuée avec 20 jours d’avance. Entre-temps, la floraison a été précoce - fin juin, début juillet - et très regroupée, y compris entre les variétés précoces et tardives. Le remplissage des grains a été difficile. L’irrigation a en général été arrêtée assez tôt, autour du 10-15 août, car le desséchement était accéléré. Didier Lasserre en profite pour battre en brèche l’idée qu’un dernier tour d’irrigation, en apportant du stay-green, favoriserait la dessiccation du grain : « Ça peut éventuellement contribuer au rendement, mais pas à la dessiccation ». La fin de cycle a été favorable, se traduisant par une bonne qualité sanitaire. La récolte de maïs très secs a entraîné de l’égrenage, qui représenterait une perte de 1 à 2 q/ha, et des repousses de maïs parfois assez spectaculaires.

Fourrage : valeur alimentaire dégradée

Autres caractéristiques de la campagne : des maïs au gabarit généralement important, du fait d’une croissance rapide en début de cycle, peu d’attaques de corbeaux, mais des ravageurs attirés dans les parcelles irriguées durant la sécheresse. Les attaques de pyrale ont été précoces et importantes. La chrysomèle poursuit son expansion. Les conditions ont été peu propices à l’expression de la fusariose et de l’helminthosporiose, mais quelques dégâts de taupins ont été observés. En maïs fourrage, le rendement moyen est estimé à 11 tonnes MS/ha dans le Grand Est. La récolte a également été précoce, avec des maïs secs, ce qui se traduit au silo par des ensilages riches en fibres et assez pauvres en amidon. Leur valeur alimentaire est relativement faible, ce qui va se traduire par une hausse des besoins en complémentation.

Méteils

Une association gagnante

Cultures

Publié le 28/01/2019

Les méteils, mélanges de céréales et de légumineuses, sont une solution pour sécuriser un stock fourrager un peu fragile. À condition de savoir choisir les bonnes espèces et d’optimiser sa production. Chaque espèce de céréale présente des avantages et des inconvénients : « L’avoine a un fort pouvoir couvrant. Le seigle fourrager se caractérise par un cycle très court, qui lui permet de libérer le sol rapidement, et un système racinaire performant, qui lui confère une bonne résistance au stress hydrique. Dans l’optique d’optimiser la productivité du méteil, les espèces à privilégier sont le triticale, l’avoine, le seigle, et l’épeautre », détaille Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Du côté des légumineuses, « le pois fourrager présente une bonne vigueur en début de cycle. Il est capable de résister au gel tant qu’il n’est pas trop développé. Il gagne à être associé à une espèce qui lui sert de tuteur, comme le triticale. La vesce est un peu moins vigoureuse et productive, par contre elle améliore la valeur azotée du mélange. La féverole a un effet tuteur intéressant, elle est adaptée aux mélanges à dominante protéagineuse. Sa racine pivot a un effet structurant. Par contre, elle est plus sensible au gel que le pois ou la vesce », poursuit le conseiller. Une fois ces caractéristiques posées, quelques règles de bases doivent être respectées : mélanger au moins une céréale et une légumineuse ayant des fonctions complémentaires et des précocités comparables. Philippe Le Stanguennec préconise aussi de choisir des variétés tolérantes aux maladies, au froid et de limiter les céréales barbues.

Fertilisation azotée : au cas par cas

Une fois les candidates choisies, il s’agit d’élaborer un mélange équilibré : « La dose de semences de chaque espèce doit être adaptée en fonction de la taille des graines, de la nature et du nombre d’espèces composant le mélange ». Et de conduire le méteil afin d’optimiser son potentiel de rendement. Il est par exemple possible de procéder à une fertilisation, d’au maximum 50 unités N/ha au stade épi 1 cm de la céréale. Mais la fertilisation n’est pas forcément opportune, car elle risque de favoriser la céréale au détriment de la légumineuse. « Il faut l’envisager si le reliquat azoté est inférieur à 50 uN/ha, et s’il n’y a pas d’apport de déjection animale », indique Philippe Le Stanguennec. Des essais menés sur différents mélanges et avec différentes doses d’azote ont mis en évidence une bonne réponse à l’azote des mélanges, notamment en fauche précoce. « En fauche tardive, le rendement augmente aussi avec la fertilisation azotée, sauf pour un mélange hyperprotéiné », nuance Philippe Le Stanguennec.

Le stade de récolte du méteil dépend des priorités de l’éleveur. Si c’est la valeur alimentaire du méteil, il devra le récolter au stade début épiaison de la céréale. S’il privilégie la quantité de biomasse et de fibre produites, il devra attendre le stade laiteux-pateux de la céréale. Dans le premier cas, Philippe Le Stanguennec préconise de répartir le méteil en larges andains et de les laisser préfaner au minimum deux jours avant l’ensilage. Pour le second, l’ensilage peut être effectué directement après la coupe. Les deux méthodes ne procurent pas un fourrage identique. La principale évolution est une perte de MAT entre l’ensilage précoce et tardif. « Un mélange hyperprotéiné ensilé précocement atteint une MAT de 22, soit plus qu’une luzerne, ce qui est intéressant pour améliorer l’autonomie protéique du troupeau », souligne le conseiller agricole. Si le méteil est ensilé à 35 % de matière sèche et que le tassement a été correctement effectué, l’utilisation d’un conservateur n’est pas forcément nécessaire.

Le coût de production d’un méteil dépend de son rendement, du coût de la semence, du niveau de fertilisation azotée. En ensilage précoce il est estimé par la Chambre d'agriculture d’Alsace à 50 à 100 €/t MS, contre 30 à 50 €/tMS en ensilage tardif. La comparaison du coût de deux rations de même densité devant permettre d’atteindre les mêmes objectifs de production, l’une à base de maïs, l’autre comprenant 30 % de méteil et de l’orge, permet de valider l’intérêt économique d’un méteil.

Pour en savoir plus, consultez le guide technique des mélanges fourragers à base de céréales à paille et de légumineuses rédigé par l’Association française pour la production fourragère (AFPF).

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