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Bérengère de Butler

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Maïs fourrage

La qualité du maïs et du silo l’emporte sur le reste

Cultures

Publié le 25/01/2019

Le rendement en maïs ensilage est en baisse en 2018 par rapport à 2017. Après un début de cycle prometteur, la situation s’est dégradée à partir de la floraison, en raison de conditions météorologiques durablement chaudes et sèches. « Le nombre important de jours à plus de 32 °C, surtout fin juillet et début août, a donné le coup de grâce au maïs. La fin de cycle a été trop rapide, certaines plantes ont commencé à dessécher, ce qui a déclenché les premiers ensilages fin juillet, pour sauver des maïs parfois dépourvus d’épis », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Le plus gros des chantiers d’ensilage a été effectué du 10 au 25 août, les quelques orages estivaux expliquant les différences de matière sèche. Les maïs dérobés ont également été récoltés très tôt, début septembre.

Dans les silos, on trouve donc des ensilages aux valeurs alimentaires très variables, selon qu’il y avait des épis ou pas, en fonction du degré de dessèchement du maïs… « Globalement, les maïs ont été hachés fin. C’est ce qu’il fallait faire face à du maïs sec. Du coup, l’ingestion est bonne, mais le tassement a été délicat, la densité est réduite et les fronts d’attaque avancent vite », décrit Laurent Fritzinger. Deux raisons de se réjouir tout de même : « Il y a eu peu de charbon commun. Or vu le stress que les maïs ont subi, il aurait pu y en avoir, comme en 2003. Cela montre le renouveau variétal. Et avec des maïs aussi secs, les silos ne sont pas souillés ! »

Silos : évaluer la qualité de conservation

L’augmentation des débits de chantier d’ensilage entraîne inévitablement des pertes de matière, mais elles sont difficiles à évaluer. C’est pourquoi la CAA propose Ensil’expert, un diagnostic de la qualité du silo, inclus dans l’offre de conseil des adhérents au Contrôle laitier ou au Contrôle de croissance. Les conseillers se sont équipés d’outils de mesure, ont élaboré un questionnaire et compilé des données qui leur permettent de fournir un compte rendu détaillé aux éleveurs. Grâce à un compactomètre, la force nécessaire à la pénétration dans le silo est mesurée en différents points du silo. La température est aussi relevée en différents points à 10 et 50 cm de profondeur. En outre, des mesures par caméra thermique permettent de mettre en évidence les zones d’échauffement. D’autres critères sont pris en compte, comme la matière sèche, la présence de moisissure, la taille des particules, l’aspect du front d’attaque, sa vitesse d’avancement… « L’objectif de ce service est de donner une vue d’ensemble du silo pour adapter les pratiques avec en ligne de mire une meilleure conservation du silo », indique Philippe Le Stanguennec.

Le conseiller rappelle quelques règles de confection d’un silo. « Le tassement doit être suffisant, sinon la température en profondeur reste haute. Il faut donc prévoir 400 kg de poids de tracteur/tMS/heure minimum. Si ce seuil n’est pas atteint, il faut ralentir le débit de chantier ou prévoir davantage de tracteurs tasseurs. L’ensilage doit comporter un minimum de particules grossières, car l’excès de particules fines entraîne un risque d’acidose. Les grains doivent être suffisamment éclatés, sinon une part de l’amidon n’est pas valorisée. » Enfin, les pneus utilisés pour lester les bâches constituent une source de corps étrangers en puissance. Mieux vaut donc leur préférer une autre solution. Reste le problème de leur recyclage…

57 diagnostics Ensil’expert ont été effectués l’an dernier et 25 cette année. Les mesures révèlent une densité moyenne de 255 kg MS/m3 cette année, contre 268 kg MS/m3 l’an passé. L’étude de l’évolution des températures à 50 cm met en évidence que les températures extérieures élevées ont fait remonter la température dans la masse des maïs 2017, et que les silos ont mis assez longtemps à baisser en température. Autre observation : la présence de bâches sur les côtés limite le développement des moisissures, surtout sur les silos vieillissants. Aucune différence de température significative n’a pu être mise en évidence entre des silos de maïs shredlage et classique. Par contre, les tamisages confirment qu’il y a davantage de grosses particules en shredlage, mais aussi pas mal de particules fines.

Maïs shredlage : adapter le rationnement

Les premières données alsaciennes concernant cette nouvelle méthode d’ensilage ont pu être analysées par les conseillers de la CAA. En effet, 26 éleveurs au Contrôle laitier ont adopté cette technique en 2017, et autant en 2018, dont 23 sont les mêmes, ce qui suggère une certaine satisfaction des éleveurs ou du moins pas d’insatisfaction. « Les éleveurs qui ont opté pour le shredlage sont souvent installés dans des secteurs où le niveau de production est élevé à la base, avec des rations riches en maïs, pas mal de concentrés, et une traite robotisée », annonce Philippe Le Stanguennec.

Les données révèlent une hausse de la production généralisée de 2017 à 2018, que ce soit en maïs shredlage ou non shredlage, ce qui s’explique par la bonne qualité des maïs 2017. Cela a permis aux éleveurs de réduire la quantité de concentrés de 10 % en moyenne, les éleveurs utilisant du maïs shredlage ayant « un peu plus de mal à utiliser moins de concentrés ». Certains utilisent effectivement moins de paille - c’est un des buts de la technique - mais pas tous. « En adaptant la ration - avec moins de paille, de bicarbonate - la technique du maïs shredlage doit permettre d’économiser 5 cts/vache/jour, mais si on ne modifie rien au rationnement, elle entraîne un surcoût estimé à 16 cts/vache/jour », note Philippe Le Stanguennec. Conclusion : il reste donc encore à certains éleveurs à procéder à des adaptations de leur rationnement pour valoriser la technique. Et surtout : « La qualité du maïs prime sur la technique d’ensilage ».

Fourrages

Des pistes pour reconstituer les stocks

Cultures

Publié le 25/01/2019

Après une année fourragère 2018 difficile, les stocks de fourrage des éleveurs sont au plus bas. Certains leviers peuvent être actionnés pour assurer la jointure, et pour la sécuriser dans un contexte d’aléas climatiques croissants.

Les surfaces en herbe ont particulièrement souffert du manque d’eau et de la chaleur, impactant fortement les récoltes en 2018. Le premier levier consiste donc à adapter la fertilisation des prairies ainsi que les techniques de récolte pour optimiser la valorisation des prairies. Il s’agit de maximiser le rendement avant mi-juillet car, à partir de là, le risque de déficit hydrique s’accroît. Cela implique d’adapter la fertilisation azotée et de récolter l’herbe humide (ensilage, enrubannage) et pas en foin. « Car, pour sécher du foin, il faut des températures suffisamment élevées, ce qui par contre n’est pas toujours forcément le cas à cette période », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il rappelle les fondamentaux de la fertilisation azotée des prairies : 30 unités N/ha correspondent à 1 t/ha de gain de matière sèche. Et 30 m3 de lisier ont la même efficacité que 100 kg/ha d’ammonitrate. Le premier apport doit être effectué une fois que le seuil de 200 degrés jour à partir du 1er janvier est atteint. Et, comme le rendement est à chercher sur les premières coupes, un deuxième apport effectué après la première coupe sera valorisé lors de la coupe suivante. La forme d’azote apporté a peu d’importance, sauf en année froide où l’ammonitrate procure un meilleur rendement que l’urée, surtout pour la première coupe. « Pour les apports azotés en mai, l’urée convient très bien ».

Au vu des cours actuels des engrais phosphatés, l’impasse peut être pratiquée sans risque si la prairie a été fertilisée régulièrement dans le passé, d’autant que le phosphore a peu d’effet sur le rendement en herbe, contrairement à la potasse, qui apporte un gain de rendement jusqu’à 120 unités K2O/ha, pas au-delà. « L’apport de potasse doit se faire en une fois avant la reprise de végétation, sans fractionnement », rappelle Laurent Fritzinger. Le soufre est un élément assez lessivable, qui intervient au niveau de la fixation de l’azote de l’air par les légumineuses. Même s’il est rare de constater des carences sur prairies, il peut être sécurisant d’effectuer un apport en cas de risque important : hiver très pluvieux, sol filtrant, printemps froid. Cet apport doit être effectué en même temps que l’apport d’azote car ensuite, comme la minéralisation du sol redémarre, l’apport ne se justifie plus. Les besoins des prairies peuvent aussi être couverts par l’apport d’effluents d’élevage : 30 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier couvrent largement les besoins. Enfin, pour affiner les besoins en fertilisation des prairies, la Chambre d'agriculture d’Alsace proposera des analyses d’herbe au printemps, annonce Laurent Fritzinger.

Sursemis : un investissement pas toujours payant

Après l’aridité estivale, la repousse des prairies les plus dégradées est incertaine : « Il risque d’y avoir plus de pissenlits et de chardons que de graminées », décrit Laurent Fritzinger. Une chose est sûre : ce sont les « bonnes » graminées qui ont pu disparaître en premier. Pour restaurer ces prairies, un sursemis peut-être envisagé. « Mais, prévient le conseiller agricole, la technique est aléatoire et exigeante. » Il s’agit en effet de semer de toutes petites graines, à faible vitesse de germination, dans un environnement déjà occupé par d’autres espèces. Un sacré défi donc ! Pour le relever, le choix de la période d’intervention est important. Trois options s’offrent aux agriculteurs : avant la reprise de végétation, après la première coupe ou à la fin de l’été.

« Avant de procéder au sursemis, il faut agrandir les vides et dégager de la terre au moyen d’un passage de herse. Les espèces implantées doivent être agressives, comme les ray-grass ou le trèfle violet. Et l’environnement doit être le moins concurrentiel possible, donc bas. Pour favoriser le contact entre la terre et la graine, le sol doit être rappuyé. Et, afin de limiter la concurrence de la végétation en place, la fumure est déconseillée », décrit Laurent Fritzinger, qui reste très prudent lorsqu’il évoque cette technique : « On voit souvent des échecs alors que la technique requiert un investissement, notamment en semences, car la dose de semis est identique à un semis sur sol nu, soit 25 kg/ha minimum. » Son conseil : « Si on investit dans des semences, il faut mettre toutes les chances de son côté en utilisant du matériel adapté, c’est-à-dire un semoir à disques ».

Au rayon des plans B

Pour faire la jointure, il est aussi possible de modifier les pratiques pour récolter du fourrage tôt, en plus de l’herbe. Différentes options sont envisageables : les méteils, les ray-grass semés en Cipan, qui peuvent donner lieu à une, voire deux, coupes au printemps, l’ensilage de seigle semé en Cipan, l’ensilage de céréales qui avaient été prévues pour être moissonnées en grain, que ce soit du blé, de l’orge, du triticale… Après le printemps, tout n’est pas perdu pour produire du fourrage. Il reste l’option maïs, même si, semé après le 1er mai, son rendement est plus limité et qu’il faut adapter les variétés, notamment parce que la floraison risque de coïncider avec la sécheresse et les températures élevées. Il est encore temps d’implanter du ray-grass italien, qui peut être récolté huit semaines après le semis, avec les mêmes bémols que pour le maïs : « Pour pousser il lui faut de l’eau et une température inférieure à 25 °C ». L’implantation d’un méteil de printemps, à récolter en une seule coupe est aussi une option. Tout comme une culture de sorgho sucrier : « La date de semis idéale se situe autour de mi-mai, pour une récolte en octobre avec un rendement équivalent à celui du maïs, mais sans amidon, l’énergie se présentant sous une autre forme. »

Enfin, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont une botte secrète à proposer aux éleveurs qui ont besoin de récolter du fourrage avant l’automne : du sorgho fourrager multicoupes, une plante herbacée, résistante au stress hydrique une fois qu’elle est bien implantée. Le semis s’effectue au semoir céréales, à une densité de 20 à 25 kg/ha, à 2 cm de profondeur, suivi d’un passage rouleau. Il est important de semer dans un sol suffisamment réchauffé (température du sol > 12 °C) pour garantir un démarrage rapide de la culture, et éviter un désherbage inutile. 60 jours après la levée, une première coupe peut être effectuée, avant l’épiaison, avec un rendement estimé de 4 à 6 tonnes de MS/ha et une valeur alimentaire de 0,8 UF. Après la première coupe le sorgho repousse et peut donner lieu à plusieurs coupes. Le sorgho fourrager multicoupes semble donc une espèce adaptée au changement climatique. À condition de prendre certaines précautions : « Lorsque le sorgho ne dépasse pas 40 à 60 cm de haut selon le type, il ne faut pas le donner en vert aux vaches, car il contient une toxine, l’acide cyanhydrique, qui disparaît ensuite à des stades plus avancés. Lors de la récolte, il ne faut pas couper trop court pour laisser passer de l’air sous les tiges, donc favoriser le ressuyage et la repousse. » Les sorghos de type Sudan sont à favoriser pour leur aptitude au fanage et la finesse de leurs tiges, ce qui permet de les enrubanner ou de les ensiler. Les bottes rondes d’enrubannage devront être stockées sur une face plane.

Ambroisie

Le signalement comme moyen de lutte

Technique

Publié le 24/01/2019

L’ambroisie à feuilles d’armoise (Ambrosia artemisiifolia) et l’ambroisie trifide (Ambrosia trifida) sont des plantes invasives originaires d’Amérique du Nord et capables de se développer rapidement dans de nombreux milieux, que ce soient des parcelles agricoles, des bords de route, des chantiers, des friches… Une ubiquité qui explique qu’elle peut être détectée partout, aussi bien en ville qu’à la campagne. « Il n’est pas rare de trouver de l’ambroisie sous les mangeoires pour oiseaux », illustre Camille Poellen, en charge de ce dossier à la Fredon Alsace. Car l’ambroisie se développe de préférence dans des cultures de printemps, comme le tournesol. Et, lors de la récolte, les graines de tournesol dédiées à l’oisellerie peuvent être polluées par des graines d’ambroisie.

« D’abord présente dans le sud de la France, l’ambroisie colonise peu à peu le nord de la France. On la retrouve surtout le long des axes de communication et le long des cours d’eau, car sa graine a la particularité de flotter », décrit Camille Poellen. Le pollen d’ambroisie, émis de fin juillet à début octobre selon les conditions météorologiques, est très allergisant : quelques grains de pollen par mètre cube d’air suffisent à provoquer de fortes réactions allergiques chez les personnes sensibles. Et l’ambroisie constitue une menace pour l’agriculture - puisqu’elle peut occasionner des pertes de rendement dans certaines cultures - et pour la biodiversité en concurrençant certains végétaux au bord des cours d’eau.

Signaler l’ambroisie pour mieux la gérer

Afin de renforcer la coordination des actions de prévention et de lutte contre les ambroisies, un Observatoire des ambroisies a été mis en place en juin 2011 par le ministère chargé de la Santé, en partenariat avec les ministères de l’Agriculture et de l’Écologie et le ministère de l’Intérieur. De 2011 à 2017, c’est l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) qui a piloté cet observatoire. Depuis 2017, le pilotage et l’animation de l’observatoire sont assurés par les Fredon. Et un plan de lutte a été élaboré.

Celui-ci comprend notamment la désignation d’un référent ambroisie par commune, formé pour reconnaître la plante et savoir quelle procédure adopter en cas d’identification. « Ce travail de désignation des référents est en cours », indique Camille Poellen. Toutes les communes n’ont pas encore de référent. Aussi, en attendant, invite-t-elle toute personne qui suspecterait d’avoir détecté un plant d’ambroisie de le signaler sur le site www.signalement-ambroisie.fr, sur lequel il est possible d’ajouter une photo du suspect afin que des spécialistes puissent confirmer ou infirmer son identité. Autre possibilité : contacter directement la Fredon (03 88 82 18 07). Quel que soit le canal, signaler la présence d’ambroisie permet de « faire remonter l’information », donc d’avoir une meilleure vision du niveau d’infestation d’un territoire et de mieux organiser la lutte.

Arracher rapidement et prudemment

Pour l’instant, en Alsace, il n’y a eu aucun signalement d’ambroisie émanant du monde agricole. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. L’année prochaine, la Fredon va donc organiser des réunions d’information à destination des agriculteurs. Techniquement, la lutte contre l’ambroisie est assez simple, il existe des méthodes de lutte chimiques et alternatives en milieu agricole. Mais en milieu urbain ou naturel ce sont des techniques plus difficiles à mettre en œuvre. Or une fois qu’un pied d’ambroisie est observé, il faut rapidement l’éliminer car il est difficile de l’éradiquer une fois qu’il est installé. La lutte passe donc par l’arrachage des plants, de préférence avant la fin juillet, c’est-à-dire avant la montée en graine et l’émission de pollen. D’une part pour éviter la diffusion de ce pollen hautement allergisant, d’autre part pour éviter la dissémination de l’espèce. Arracher la plante donc, très bien, mais pas n’importe comment : « Il faut mettre des gants, car la plante peut aussi provoquer de l’urticaire », prévient Camille Poellen.

Voici la marche à suivre pour signaler les cas d'ambroisie :

 

Fertilisation et désherbage du maïs

Quoi de neuf pour 2019 ?

Cultures

Publié le 17/01/2019

La campagne 2018 signe l’arrêt de production pour l’Adengo, remplacé par l’Adengo Xtra, plus concentré. L’obligation de présence d’un dispositif végétalisé permanent (DVP) à proximité des points d’eau passe de 20 à 5 m. La restriction d’usage consistant à ne pouvoir l’utiliser qu’un an sur deux persiste.

La Chambre d'agriculture a étudié diverses solutions alternatives au S-métolachlore dans le cadre de la gestion des graminées. Premier constat : « Une base racinaire reste nécessaire, à base d’Isard, Adengo, Atic aqua, Dakota P… » Parmi les différents programmes testés en pré-levée, ceux donnant les meilleurs résultats sont les combinaisons Atic aqua avec Adengo, ou Isard avec Adengo. En stratégie de pré-levée réduite puis de post-levée, il est possible d’appliquer du Dakota, puis d’effectuer un rattrapage adapté à la flore ou d’utiliser une combinaison d’Isard et d’Elumis, ou Callisto, ou Mondine. « En post-levée, la combinaison Elumis avec Isard fonctionne bien », poursuit Pierre Geist.

La spécialité Calaris combine les matières actives terbuthylazine et mésotrion. Elle est homologuée à la dose de 1 l/ha, sous réserve de respecter un DVP à proximité des points d’eau de 5 m, et de ne pas dépasser une application tous les deux ans. « Son efficacité est limite sur sétaires, digitaires et panic, il convient donc de la mélanger à une autre spécialité », prévient Pierre Geist. La spécialité Capreno contient de la tembotrione et du thiencarbazone. L’obligation de respecter un DVP à proximité des points d’eau est de 20 m. Le point faible du Capreno : les véroniques et les mercuriales. Il convient donc également de le mélanger avec une autre spécialité au spectre d’action complémentaire. « Ce produit étant peu rémanent, il peut y avoir des relevées », prévient Pierre Geist.

Les adjuvants sont des substances souvent déjà intégrées dans les formulations des spécialités phytosanitaires, dans l’objectif principal de renforcer l’action de (s) la matière (s) active (s), de différentes manières. « Par exemple, les huiles, qui accélèrent sa pénétration dans la feuille, sont préconisées avec les désherbants anti-graminées », illustre Pierre Geist. Les mouillants, qui ont pour effet d’étaler le produit, peuvent s’avérer utiles dans la gestion des graminées et/ou en traitement bas volume. Les sels corrigent les eaux dures et évitent une évaporation trop rapide du produit. Ils sont donc préconisés pour les applications en conditions séchantes, avec le glyphosate ou encore les sulfonylurées. Conclusion de Pierre Geist : « Les adjuvants peuvent être utiles en désherbage, mais s’avérer dangereux avec les anti-dicotylédones car ils peuvent engendrer un risque de phytotoxicité. Par contre, ils sont inutiles avec les fongicides. »

Fertilisation azotée : des spécialités qui n’amènent pas toujours de gain d’efficacité

Pour être valorisable par les cultures, l’azote contenu dans l’urée doit dans un premier temps subir une hydrolyse qui le transforme en ion ammonium, puis une nitrification qui le transforme en nitrate. Un processus qui peut se traduire par des pertes d’azote à différents niveaux, principalement la volatilisation de l’ammonium et la lixiviation des nitrates. « La volatilisation est favorisée par un pH basique et l’absence de couverts. La lixiviation a surtout lieu au printemps, elle est dépendante du type de sol », précise Claire Buy. Pour limiter ces pertes d’azote, les industriels ont mis au point certaines spécialités. C’est le cas de l’Alzon, qui doit freiner le processus de nitrification, donc étaler la production de nitrate. Il est alors conseillé d’apporter la dose totale au premier apport et de l’enfouir. L’Utec, une autre spécialité, agit en freinant l’hydrolyse ce qui doit avoir pour effet de réduire les pertes par volatilisation. Enfin, la spécialité Apex retarde toute la chaîne de réaction grâce à sa formulation.

Les performances induites par ces spécialités ont été comparées à celles obtenues grâce à l’urée ou à l’ammonitrate seul (e) s, sans mettre en évidence de différence significative, « sachant que l’utilisation de ces spécialités entraîne un surcoût », note Claire Buy. Un autre essai mené sur l’effet du fractionnement de la fertilisation azotée a mis en évidence que le fait que l’urée soit apportée en deux fois ou tout au semis, n’entraîne pas de différence de rendement significative. « Par contre, il y a plus d’azote absorbé par la culture lorsque l’apport est fractionné, sans que cela se répercute sur le rendement. Il s’agit donc d’une consommation de luxe en conditions non limitantes », rapporte Claire Buy. Au final, la meilleure absorption de l’azote est obtenue en apportant la dose totale à 6-7 feuilles, ce qui représente toutefois un risque de brûlure, et requiert un enfouissement par binage s’il n’y a pas de précipitation annoncée dans les jours qui suivent, au risque de voir l’azote se volatiliser.

Maïs

Une bonne année malgré les conditions climatiques extrêmes

Cultures

Publié le 09/01/2019

Le début de la campagne 2018 laissait préfigurer de sa fin : « Les semis ont été effectués à des dates classiques et de manière très groupée, du 10 au 20 avril, dans de bonnes conditions », rappelle Pierre Geist, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Ils ont été suivis par des levées homogènes. Les désherbages ont été plus ou moins efficaces en fonction de l’occurrence de précipitations. La floraison a été précoce et les maïs ont localement souffert du manque d’eau. Les chantiers d’ensilage ont débuté mi-août, suite à une dessiccation rapide et précoce. De même, la récolte du maïs grain a été très précoce et effectuée dans des conditions optimales. La campagne se solde par un rendement bas-rhinois de 98 q/ha, en baisse de 7 % par rapport à la moyenne des 11 dernières années. Il a été de 117 q/ha dans le Haut-Rhin, ce qui conduit à un rendement alsacien moyen de 113 q/ha : « 2018 reste donc une bonne année avec des disparités », commente Pierre Geist. Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, complète : « 2018 a été l’année des extrêmes, avec du 0 q/ha comme du 180 q/ha. Le maïs est une plante tropicale qui aime avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau. Ce qui a été le cas en situation irriguée. »

Autre particularité de l’année, les maïs ont été rentrés particulièrement secs, d’où une baisse des frais de séchage. Or, « à 15 à 20 €/t, le séchage représente le poste de charges le plus important de la production de maïs, indique Didier Lasserre. Il y a donc intérêt à faire du maïs le plus sec possible, ce qui va à l’encontre de la tardification des variétés. Par contre, il existe du maïs dry, qui affiche un rendement moindre, mais qui nécessite moins de séchage. » En lien avec la dessiccation rapide des grains, un certain nombre d’agriculteurs ont pu constater un égrainage important lors de la récolte. Mais pour les conseillers agricoles, ce phénomène est à relativiser : « Mieux vaut peut-être perdre de 1 à 3 q/ha que de récolter humide et avoir des frais de séchage conséquents », estime Pierre Geist. Et Claire Buy, conseillère agricole à la CAA, note : « De l’égrainage il y en a toujours, mais cette année il s’est vu car les conditions ont permis aux graines de germer. »

Pyrale : pression en hausse

« La pression en pyrales augmente depuis ces trois dernières années, constate Pierre Geist, qui rappelle que le seuil de traitement est fixé à 0,3 - 0,4 larve par pied. » La campagne écoulée a été marquée par la précocité du vol des pyrales. Les agriculteurs ont parfois dû faire des impasses sur le traitement lorsque les maïs étaient trop hauts pour intervenir, d’où des pontes et des dégâts. Pierre Geist préconise donc de prévoir une protection dans les parcelles à risque par des trichogrammes ou des produits chimiques lors de la prochaine campagne.

Chrysomèle : elle est partout

L’insecte ravageur est désormais présent partout, « pas forcément beaucoup, mais partout », précise Didier Lasserre. En 2018, la population a encore progressé de manière généralisée sur le territoire, même si la plupart des captures se font le long du Rhin. Arvalis-Institut du végétal a élaboré une grille de décision, qui se fonde sur la densité de population du ravageur et l’intensité du stress hydrique car, si les conditions sont sèches, le maïs est davantage exposé au risque de stress hydrique si son système racinaire a été affaibli par le ravageur.

« La chrysomèle ne sera plus éradiquée du territoire, note Didier Lasserre, par contre il est possible de freiner sa progression. Et le moyen de lutte le plus efficace reste la rotation, qui revient à couper les vivres du ravageur. » Pour la prochaine campagne, les agriculteurs volontaires vont être équipés de pièges afin de mieux appréhender la dissémination de l’insecte sur le territoire.

Autant de soja que de betterave

Comme pour le maïs, le rendement en soja a été intimement lié à l’irrigation ou à son absence : de 15 à 30 q/ha en moyenne en situation non irriguée, il passe à 35 à 45 q/ha en moyenne en situation irriguée. Les surfaces continuent de progresser : le soja couvre désormais 6 000 ha en Alsace, soit autant que la betterave. « Cette année le soja a permis de dégager une marge brute de 730 €/ha pour un rendement de 30 q/ha », indique Pierre Geist.

Pommes de terre

Valse entre interdictions et alternatives

Cultures

Publié le 09/01/2019

La campagne 2018 a été marquée par des coulées de boue localisées au printemps, des températures élevées et un déficit hydrique prononcé durant l’été, ayant entraîné la succession des tours d’eau à un rythme soutenu. Conséquences de ces conditions météorologiques : un risque mildiou limité, une réduction du calibre, davantage de maladies de présentation et une recrudescence des dégâts de taupins.

Le rhizoctone était présent sur les tiges, entraînant des fissures et des pustules en cas de protection insuffisante. L’alternariose s’est déclarée assez tardivement, mi-juillet. Les pucerons n’ont pas été très problématiques en Alsace, contrairement aux doryphores, dont les auxiliaires ont pâti des conditions climatiques de l’hiver, ce qui a permis une émergence et un enchaînement des générations rapides. « Si le gel et l’humidité ne font pas leur effet cet hiver, il y aura une réserve à surveiller pour la prochaine campagne », prévient Denis Jung, conseiller à Planète Légumes.

Mais le fait le plus marquant de la campagne a sans doute été la forte pression en taupins. « Les conditions chaudes et sèches ont sans doute poussé les larves à piquer les tubercules pour y trouver de l’eau », avance le conseiller. Au final, le rendement alsacien est en baisse de 20 %. Il l’est aussi dans le Grand Est et au niveau national. Malgré une hausse des surfaces, la production est donc en baisse. Ce qui a entraîné une augmentation des prix, les usines de transformation cherchant à sécuriser leur approvisionnement en matière première. La production de plants étant également en baisse, il faut s’attendre à un manque de plants pour la prochaine campagne et de plus petits calibres, prévient Denis Jung.

Fertilisation et biostimulants

Planète Légumes a réalisé un essai portant sur l’effet de l’apport de différentes formes d’engrais phospho-potassiques sur une parcelle menée en bio à Obernai. Cet essai n’a permis de mettre en évidence aucune différence de rendement significative en dehors des hors calibres ou déchets. Mais, note Denis Jung, l’objectif de ces engrais est surtout d’enrichir le sol. Donc, sachant que la pomme de terre est une culture exigeante en potasse, il ne faut pas négliger leurs arrière-effets. « Réaliser un apport foliaire ne présente d’intérêt que si le sol est sec, ce qui empêche la mobilisation de l’engrais. Il faut alors choisi un produit soluble, comme du nitrate de potasse, dont l’azote peut d’ailleurs s’avérer bénéfique en cas d’alternariose », complète le conseiller.

Sur le marché des intrants, plusieurs nouveautés sont à signaler. Goactiv, un additif agronomique à base de filtrat d’algues, a obtenu une Autorisation de mise en marché (AMM). Il peut donc être ajouté à d’autres engrais et leur apporter un plus. Ce serait le cas de Tuber Max, un engrais contenant de la potasse, du phosphore et Goactiv, et qui aurait pour effet d’activer la tubérisation, la photosynthèse, donc d’augmenter le rendement, le calibre. Pulvérisée avant la tubérisation, Go Up, spécialité utilisable en bio et contenant des acides aminés, dont de la glycine, augmenterait le nombre et le calibre des tubercules. Denis Jung cite aussi les produits à base de nitrate de potassium qui, appliqués en phase de grossissement, permettraient d’augmenter le calibre, la résistance au choc, au stockage. Transformer est un additif du sol qui permettrait de mieux retenir et restituer l’eau aux cultures. À la clé, une meilleure résistance au stress hydrique donc plus de tubercules et de calibre. Enfin, Rhiz P Dual Tech est une spécialité à base de bactéries qui couvrent les tubercules et les protègent, améliorant leur résistance à la gale commune, au rhizoctone, et favorisant la croissance des racines, ce qui aurait un impact sur le nombre de tubercules.

Désherbage

Depuis plusieurs années, Planète Légumes mène des essais sur le mulching des parcelles de pommes de terre avec de la luzerne broyée. « Le mulch a été épandu le 22 mai, en plein ou uniquement entre les buttes », indique Denis Jung. Les diverses notations effectuées en cours de campagne mettent en évidence l’efficacité du mulch, qui agit par couverture du sol et épuisement des adventices. Par contre, pour être efficace, la technique requiert une couche de 15-20 cm de mulch au départ, ce qui correspond à la récolte de 3 ha de luzernière pour couvrir 1 ha de pommes de terre.

Du côté des herbicides conventionnels, Denis Jung prévient d’une possible perte d’usage sur pomme de terre des produits à base de cléthodime (Centurion). «Il s’agit donc de les utiliser en priorité. » De même, l’herbicide Citation, à base de métribuzine est à utiliser avant 2020. Le Centium étant très volatil, des formes encapsulées, moins volatiles, ont été développées. Afin de limiter la dérive, la spécialité Défi doit désormais être appliquée avec des buses à injection, « avec un volume d’eau suffisant », préconise Denis Jung. Les spécialités à base de métribuzine sont soumises à des restrictions d’usage en fonction de la présence d’un point d’eau au voisinage de la parcelle, du type de sol, de la présence d’une pente… Et il s’avère parfois nécessaire de mettre en place des barrages entre les buttes afin de limiter l’érosion. À noter, une nouveauté, Tavas, à base de métribuzine et diflufenicanil, une matière active déjà homologuée sur céréales et désormais aussi sur pomme de terre.

Maladies

« Des variétés résistantes à l’alternariose, au mildiou vont être homologuées prochainement », annonce Denis Jung. En attendant, les producteurs peuvent ajouter quelques nouveautés au panel de solutions chimiques existantes. Plexus, à base de fluazinam et cymoxanil, est équivalente au Kunshi, en formulation liquide. Elle est homologuée à 0,6 l/ha et son effet étant curatif, elle doit être positionnée en phase de croissance active. Vendetta, à base de fluazinam et azoxystrobine, est efficace contre le mildiou et l’alternariose, mais il existe des souches de champignons résistantes à chacune de ces matières actives. La spécialité Sanblight, à base de mancozèbe, est formulée pour résister au lessivage. Produit translaminaire diffusant, Zorvec Enicade est également assez résistante au lessivage, ce qui devrait permettre un espacement plus large des interventions, moyennant un prix assez élevé, avec une efficacité jamais observée. Enfin, Vitelice est un engrais foliaire qui doit apporter un gain d’efficacité dans le cadre de la lutte contre les maladies cryptogamiques en agissant sur le métabolisme des défenses naturelles de la plante.

À partir du 1er février 2019, l’usage du cuivre, seul fongicide autorisé sur pommes de terre en agriculture biologique est limité à 4 kg/ha/an sur 7 ans, « ce qui pourrait s’avérer pénalisant en cas de forte attaque et si beaucoup de cuivre a déjà été utilisé dans la rotation », analyse Denis Jung.

Ravageurs

Les dégâts de taupin constituent un problème grandissant du fait de l’émergence d’une souche vorace qui se reproduit rapidement. Les essais menés par Arvalis révèlent que les produits chimiques ont leurs limites : moins la pression du ravageur est intense, plus ils sont efficaces. La spécialité Mocap, toxique mais performante, est utilisable en dérogation depuis deux ans. Parmi les autres solutions, Denis Jung cite Naturalis, un produit à base de bactéries, peu efficace. Le Spinosad est en cours d’évaluation, mais « on sait déjà qu’il décroche en cas de forte attaque ». Biofence, à base de glucosinolates en pellets, est assez efficace mais requiert un dosage très élevé, ce qui engendre un coût important. Enfin, l’engrais organique Tapis vers, qui contient de la capsaicine et du glucosinolate, présente un effet répulsif, plus ou moins efficace en fonction de la pression. Pour la réduire, il est possible de mettre en place des pièges et de travailler la rotation : « Il faut éviter les précédents prairie, luzerne, privilégier les céréales, avec un travail du sol qui expose les œufs à l’air, choisir les variétés les moins appétentes et récolter le plus tôt possible », complète Denis Jung.

Pour lutter contre les pucerons et les doryphores suite au retrait des néonicotinoïdes, la principale alternative demeure les pyréthrinoïdes, avec une efficacité limitée. En floraison, il reste la spécialité Coragen à 0,06 l avec une rémanence de 21-28 jours. « Et, pour une première application avant floraison, à part les pyréthrinoïdes sur très jeunes larves et faible infestation, il reste le Success 4 à 0,05 l, avec une rémanence de 8-10 jours, et les produits à base d’organophosphorés (Daskor 440) mais qui ont un impact sur les auxiliaires », indique Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons, le Plenum va être interdit. Il reste donc le Teppeki en première intention. À noter la prochaine mise en service de l’application pour smartphone DiagPOt, un outil de diagnostic et d’information sur les bioagresseurs.

Maladies de présentation

La spécialité Sercadis, à base de fluxapyroxad, est un nouveau fongicide efficace contre le rhizoctone, la gale argentée et la dartrose. Elle affiche une bonne sélectivité et une bonne efficacité, variable cependant selon la souche, notamment pour la dartrose. Rhapsody est un produit de biocontrôle du rhizoctone brun à l’efficacité limitée. Prestop contient un champignon du sol, Gliocladium catenulatum, qui devrait permettre d’obtenir un contrôle partiel de Rhizoctonia solani et une diminution des symptômes de gale argentée.

Défanage

Suite à l’interdiction du Basta, bientôt suivie par celle du Réglone, il n’y aura quasiment plus de solution chimique pour effectuer le défanage des pommes de terre. Dès lors, le broyage à l’aide d’un broyeur spécifique s’impose, combiné ou non avec un traitement sur le rang en un passage à dose de 80 % de dessiccant, ou à pleine dose d’un dessiccant 2-3 jours après, la carfentrazone ayant un léger avantage par rapport au pyraflufen. « Ce changement de stratégie nécessite par ailleurs de revoir la fertilisation azotée et la gestion de la fin de cycle », note Denis Jung.

Gaec du Langfeld à Sarrewerden

Bio en trois semaines

Élevage

Publié le 25/12/2018

Le Gaec du Langfeld, ce sont des hommes - Henri Willem et son neveu Sylvain Weber - et pas mal d’animaux : 60 vaches laitières et à peu près autant de vaches allaitantes. Pour ne citer que les bovins. Ces derniers sont très largement nourris à l’herbe puisque la SAU compte 180 hectares de prairies, moitié naturelles moitié permanentes, 10 ha de vergers de pommiers, 30 ha de céréales à paille, 10 ha de maïs. La conversion à l’agriculture biologique a été déclenchée par leur laiterie, Unicoolait, qui cherchait de nouveaux producteurs.

« D’abord, on a dit non. On n’était pas intensif, mais la conversion nécessitait de retourner des prairies et nous pensions que nous n’avions pas le droit. » En fait, si ! Et c’est ce qu’ils ont fait. Car les autres critères étaient réunis : un bâtiment suffisamment vaste, des prix rémunérateurs… « Comme nous étions déjà en système extensif, nous n’avons rien changé à notre manière de faire. Sauf que nous n’achetons plus d’engrais minéraux ni de produits phytosanitaires. Et que nous vendons du blé bio pour acheter des correcteurs bios », indique Henri Willem. Le reste des productions végétales est autoconsommé. D’ailleurs, ce qui dicte les décisions des deux associés, c’est « de nourrir tout le monde ». Pour ce faire, partant du principe que « celui qui réussit c’est celui qui sait s’adapter », ils n’hésitent pas à tester régulièrement de nouvelles techniques, quitte à essuyer des déboires : « C’est comme ça marche. Si ça ne donne rien, on fauche ».

Autre ligne de conduite : valoriser au maximum le pâturage, car « c’est la ration la moins chère ». Priorité aux vaches laitières, qui ne restent pas plus de trois jours sur le même paddock, puis place aux allaitantes, qui « fauchent » le refus. Normal : les laitières procurent plus de revenus que les allaitantes. Leur ration est donc plus soignée que celle des allaitantes de manière générale. C’est aussi parce que les problèmes engendrés par les bactéries butyriques impactent davantage les performances des laitières que celles des allaitantes. Aussi, en plus du pâturage, ces dernières sont-elles nourries quasi exclusivement au foin et à la paille. Sauf pour l’engraissement, effectué avec de l’ensilage. « Enfin ça, c’est la théorie, sourit Sylvain Weber, un brin désabusé. Parfois il faut improviser. » Une chose est sûre, cette année, ils ne devraient pas avoir trop de mal à remplir l’un de leurs objectifs techniques : ne plus avoir de fourrage dans les silos au printemps pour optimiser le pâturage et conditionner tranquillement le fourrage pour l’hiver suivant. Chez eux, les animaux sortent tant que les sols portent. C’est aussi une question d’économie de paille.

Congrès AGPM. Rapport d’activité

Ferrailler pour défendre le maïs

Vie professionnelle

Publié le 28/11/2018

« Pour le nouveau gouvernement, la ligne directrice en matière d’agriculture, c’est abandon des phyto et défense d’une agriculture destinée aux citadins », déplore Daniel Peyraube, président de l’AGPM. Hasard conjoncturel ou réelle conséquence de l’évolution des politiques agricoles, « l’Union européenne est devenue le premier importateur mondial de maïs ». Pour les producteurs, il y a là de quoi tirer la sonnette d’alarme, et se battre pour défendre des outils leur permettant de redresser la barre. Pour Daniel Peyraube, il s’agit notamment de « rendre le système maïsicole compatible avec la rotation des cultures » et du « volet assurantiel, c’est pourquoi nous allons être proactifs sur la future Dotation pour aléas (DPA) ». Pour étayer ces revendications, l’AGPM travaille sur des fermes types où sont passés au crible les charges de mécanisation, le coût des intrants, les frais de séchage.

Durant l’exercice écoulé, la commission production de l’AGPM a été très occupée par les impasses techniques provoquées par les interdictions ou restrictions d’usage de produits phytosanitaire. Un travail de sensibilisation a été mené. Et, concernant les néonicotinoïdes, l’AGPM a porté une demande de dérogation. La commission a aussi travaillé à la mise en œuvre, à la diffusion et à l’évolution du schéma de certification maïs, qui permet aux exploitations agricoles spécialisées dans la production de maïs, de remplacer le critère de diversité des assolements - qui contribue à la dégradation de la sole maïsicole - par la couverture hivernale des sols. L’augmentation du nombre d’exploitations souscrivant à ce dispositif montre qu’il correspond à une demande.

Dans le cadre des États généraux de l’alimentation (EGAlim), l’AGPM a apporté sa pierre au contrat de solutions proposé par la FNSEA. Parmi les solutions identifiées pour réduire le recours aux produits phytosanitaires, l’amélioration variétale. Mais, pour aller plus loin et plus vite, l’AGPM estime que les sélectionneurs doivent avoir accès aux nouvelles technologies comme les New Breeding Techniques (NBT) ou nouvelles techniques de sélection végétale. Un sujet qui inquiète l’AGPM car la Cour de justice de l’Union européenne assimile las variétés obtenues par NBT à des OGM, même s’il n’y a pas eu insertion d’ADN exogène dans leur génome.

Les agriculteurs : de nouveaux émirs ?

L’AGPM défend la multiplicité des usages du maïs, et notamment sa transformation en bioéthanol qui, sans être la solution unique, pourrait contribuer à réduire la dépendance aux énergies fossiles et à atténuer le changement climatique. Aussi, l’AGPM dénonce-t-elle la position du gouvernement, qu’elle accuse de régulièrement casser la dynamique de la filière. « Va-t-on devenir les nouveaux émirs ? », s’interroge un agriculteur dans la salle. Peut-être pas, mais malgré les nombreux rebondissements, l’AGPM et l’AGPB n’ont jamais lâché le morceau. La SP95 E10 représente 44 % des essences consommées en France, soit la plus consommée, alors que la filière partait de rien. La consommation de superéthanol reste faible, mais enregistre une dynamique très importante. L’AGPM travaille au développement de la méthanisation céréalière, de débouchés à l’export avec France Export Céréale et de la culture de maïs bio… L’alimentation animale constitue le principal débouché du maïs français. L’AGPM travaille donc en partenariat avec Duralim pour valoriser les efforts des producteurs français et empêcher que des contraintes supplémentaires, qui ne seraient pas appliquées aux maïs d’importation, viennent grever la compétitivité du maïs français.

La sole de maïs semences est en hausse après trois ans de baisse. Et la France reste leader de la production de semences de maïs européenne. Mais les conditions climatiques extrêmes ont entraîné une irrigation soutenue qui impacte le résultat de la filière. La rémunération des producteurs, leur sécurité, la maîtrise des charges sont les chevaux de bataille de la section AGPM Maïs semences. Cette dernière a obtenu l’assurance à la variété et mène une réflexion pour construire une assurance indicielle.

Stockage de l’eau : « Il faut passer à la phase opérationnelle »

La section AGPM Irrigants de France a été confrontée à un déficit de pluviométrie marqué, ayant entraîné un manque d’eau dans plusieurs régions. « Pourtant ce déficit a été précédé de crues importantes, souligne Éric Fretillère, président des Irrigants de France. Il s’agit d’une ressource que l’agriculture aurait pu capter, en réduisant l’impact des inondations. » Il note une « prise de conscience politique de la nécessité de créer du stockage ». Mais regrette que « rien de concret » ne soit encore mis en place : « Il faut passer à la phase opérationnelle ».

Assemblée générale de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM)

Redorer le blason du maïs

Vie professionnelle

Publié le 27/11/2018

Le maïs est une culture durable. Tel a été le fil conducteur de l’assemblée générale de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). Pourquoi ne le serait-elle pas ? Ou moins que d’autres cultures ? Qu’est ce qui pousse ses producteurs à vouloir ainsi se justifier ? Le fait est que le maïs n’a pas bonne presse. Parce qu’il est parfois cultivé en monoculture ? La vigne aussi. Mais la vigne produit du vin. Parce qu’il est haut ? Le chanvre ou le miscanthus aussi. Parce qu’il est gourmand en eau ? C’est faux. Le maïs est au contraire une des plantes qui valorise très bien l’irrigation. Parce qu’il est gourmand en intrant ? C’est encore faux. Le maïs requiert bien moins de produits phytosanitaires que d’autres cultures. Alors ? La réponse est sans doute ailleurs.

Et si le maïs était tout simplement victime de son succès ? Culture rentable, relativement peu exigeante, bénéficiant de débouchés multiples, elle a vu sa sole augmenter. Et le maïs est devenu le symbole de l’agriculture post-révolution agricole. C’est aussi la culture qui a le plus souvent été citée dans le débat ô combien crispant à propos des OGM.

Une céréale vitale

Aux producteurs de maïs de rétablir quelques vérités donc. La première, revient à Sylvie Brunel, géographe, qui rappelle que le maïs est une céréale vitale pour le monde. Symbole de richesse, elle figure sur la monnaie de plusieurs pays. Elle est cultivée à peu près partout. Et reste un aliment bouclier anti-famine dans les pays les plus pauvres. « Le maïs est devenu la céréale la plus cultivée en Afrique », rapporte la géographe. Malheureusement, dans les pays du Sud, la moitié des récoltes péniblement obtenues par manque de semences tolérantes à la sécheresse, de matériel, ne résiste pas au manque de moyens logistiques et de stockage. « En Afrique, les mycotoxines tuent. » Et pas que le bétail. Les hommes, aussi. À l’avenir, croissance démographique et changement climatique vont provoquer une hausse des importations en maïs des pays en voie de développement. Un « triplement », avance Sylvie Brunel, qui n’hésite donc pas à qualifier les maïsiculteurs de « sauveurs de l’humanité ».

L’Alsace, terre propice au maïs

Plus localement, et moins emphatiquement, Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, rappelle : « L’Alsace est une terre propice au maïs, de par son climat, son terroir et sa ressource en eau importante ». Le développement de cette culture - 60 000 hectares actuellement - a amélioré le revenu des agriculteurs, et a donc contribué au maintien d’une agriculture familiale. Denis Nass n’hésite pas à mettre en avant les qualités paysagères - indirectes - du maïs : « Suite à la sécheresse de cet été, le maïs a permis de sauver des élevages, donc de maintenir les surfaces herbagères. Je n’imagine pas l’état des finances des éleveurs sans le maïs. » Aussi Denis Nass est-il « fâché par le maïs bashing incessant ». D’autant que, rappelle-t-il, la filière génère des emplois qu’il s’agit de préserver en maintenant la surface maïsicole. Pour ce faire, il propose d’éviter la surenchère réglementaire, de mieux exploiter le savoir-faire des agriculteurs, et de sécuriser le transport fluvial, notamment sur le Rhin. Mais quelle place occupe exactement le maïs dans le paysage agricole alsacien ? Découvrez-la dans notre vidéo :

Sans maïs, pas d’aliment et pas d’élevage

Toujours dans le local mais plus dans le bétail, Jean-Michel Schaeffer, président de la Confédération française de l’aviculture, souligne la diversité de productions qui découlent du maïs. Dont celle qui le mobilise : « La volaille, c’est du maïs sur patte », n’hésite-t-il pas à illustrer. Sans maïs pas d’aliment et pas d’élevage, et pas non plus de transition vers des modèles et des pratiques d’élevage plus vertueux. Car pour s’en sortir économiquement, les éleveurs ont besoin de pouvoir répercuter la fluctuation des cours des matières premières sur l’aval de la filière. C’est tout l’objet de la construction d’indicateurs de coûts de production.

Jean-Michel Schaeffer profite de son intervention pour dénoncer « le scandale », que constituent certains accords de libre-échange dont les failles juridiques permettent à des volailles élevées dans des pays tiers avec des conditions de production au rabais d’être estampillées « origine UE » en passant la frontière : « Il n’est pas normal d’importer des produits d’élevage qui ne respectent pas les mêmes normes de production que nous. Nous allons continuer à interpeller les pouvoirs publics à ce sujet. » D’autant que ce que Jean-Michel Schaeffer décrit pour l’élevage est aussi une réalité pour les productions végétales, sachant que, dans les pays tiers, cultiver des OGM n’est pas interdit…

Création de valeur

L’alimentation des vaches laitières, c’est « 40 % d’ensilage de maïs », rappelle Thierry Roquefeuille, président de la Fédération nationale des producteurs de lait. Si cet aliment est plébiscité par les éleveurs laitiers, c’est principalement pour deux raisons : « Il permet de produire beaucoup d’UF/ha et fournit un fourrage stable. » Autre débouché : le maïs doux, une production qui, en France, se concentre dans le Sud-Ouest. Grâce au climat favorable à cette culture, il est possible d’étaler les semis et la récolte du maïs doux sur 90 jours, ce qui permet d’amortir les outils industriels. Et de créer de la valeur : 1 500 emplois directs, autant d’indirects. 80 % du maïs doux produit en France est exporté, ce qui pèse donc positivement dans la balance commerciale nationale.

Le maïs constitue aussi une matière première indispensable pour les fabricants d’aliments pour animaux, rappelle François Cholat, président du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale (Snia). Il cite l’exemple de la filière des volailles de Bresse, nourries avec un aliment élaboré avec du maïs local, cultivé dans le Jura, l’Ain, la Saône et Loire : « Au-delà de 35 jours, 40 % de la ration totale correspond à du maïs, car les volailles valorisent très bien l’énergie disponible qu’il leur apporte. » En 2014, des acteurs des filières d’élevage se sont fédérés au sein de l’association Duralim, dont émanent une charte et une plateforme collaborative pour l’alimentation durable des animaux d’élevage. Objectif : une alimentation durable des animaux d’élevage, qui réponde aux attentes sociétales et aux exigences du marché.

Une importante source d’énergie

L’énergie contenue dans le maïs peut aussi être valorisée en énergies durables, comme du bioéthanol, du biogaz. C’est ce que rappelle Franck Laborde, secrétaire général de l’AGPM. Il cite l’usine Abengoa de Lacq qui, depuis 2007, produit du bioéthanol exclusivement à base de maïs, soit 13 % du maïs produit dans la région, « et qui a fait les preuves de sa rentabilité ». Il évoque aussi la filière biogaz, dont les perspectives de développement sont « énormes ». L’AGPM a « bon espoir » de développer ce débouché car « le maïs est une plante qui a un fort pouvoir méthanogène, six à sept fois plus important que le lisier, et il existe des variétés de maïs sélectionnées pour ce débouché qui ont un pouvoir méthanogène encore plus important ». En outre, la culture du maïs s’accorde bien avec celle d’une Culture intermédiaire à vocation énergétique (Cive). Le maïs est donc une culture très polyvalente. Découvrez les débouchés du maïs en images :

Une culture d’avenir

Et demain, la culture du maïs sera-t-elle encore durable ? François Laborde, chercheur au sein du laboratoire d’écophysiologie des plantes sous stress environnementaux de l’Inra, a montré que le changement climatique ne devrait pas pénaliser le rendement du maïs. « Il devrait rester stable, voire augmenter », précise-t-il. Pour arriver à cette conclusion, il a pris en compte la variabilité génétique et des techniques culturales : « Il ne faut pas transposer les techniques d’aujourd’hui au climat de 2050. Car les agriculteurs vont modifier leurs pratiques. » Et la sélection va progresser. Il y aura peut-être même des variétés dont on pourra déclencher la floraison : « Ce n’est pas pour tout de suite. Mais c’est possible. » Franck Laborde, renchérit, rappelant que le maïs est une plante en C4, ce qui lui confère un avantage compétitif lorsqu’elle est soumise à la sécheresse, à la chaleur. En outre, le maïs produit beaucoup de biomasse. « Or plus une plante produit de biomasse, plus elle capte de CO2, donc, avance Franck Laborde, le maïs peut contribuer à la transition écologique ».

Une culture sécurisante

Le maïs est donc une culture durable. Même en monoculture ? Certains producteurs le pensent, comme ce maïsiculteur viticulteur des Landes, qui explique qu’il est doublement monoculteur - de maïs et de vigne - et que sans la monoculture de maïs, il n’aurait pas obtenu la certification Haute valeur environnementale de niveau 3. Ou encore Arnaud Tachon, producteur dans les Landes, qui souligne que la monoculture s’impose pour respecter les critères d’isolement, imposés par la production de semences, et que la production de maïs soutien d’autres filières, comme la production de foie gras… Anne-Claire Via, présidente d’Arvalis - Institut du végétal, estime quant à elle que la monoculture de maïs n’est pas incompatible avec la diversité des modèles et que la recherche progresse sur la question.

Seul Patrick Bastian, président de la commission agriculture à la Région Grand Est, jette un pavé dans la mare : « La monoculture de maïs n’est pas une solution durable face à la propagation de la chrysomèle du maïs. » C’est pourquoi il plaide pour que des moyens soient injectés dans la recherche de solutions durables de lutte contre les ravageurs. Il estime par ailleurs nécessaire de mieux définir ce qu’est une monoculture, car le terme recouvre des pratiques variées : « Si entre deux maïs l’agriculteur implante une culture intermédiaire, ce n’est plus vraiment de la monoculture. Il faut pouvoir l’expliquer à la société. » Et de conclure : « Le maïs a permis de sécuriser le revenu des agriculteurs alsaciens. On le voit encore cette année : sans maïs, l’année aurait été catastrophique pour les productions animales. »

Congrès AGPM. Les discours

« Va-t-on tondre publiquement les agriculteurs qui utilisent du glyphosate ? »

Vie professionnelle

Publié le 27/11/2018

Le ministre de l'Agriculture n’a pas fait le déplacement à Mulhouse pour assister au congrès de l’AGPM. Il avait cependant une excuse valable à avancer, puisqu’au même moment, il défendait le budget du ministère de l’Agriculture. Il s’est tout de même adressé aux congressistes via une vidéo, portant un « message de soutien ». Le ministre s’y dit « confiant dans l’avenir de l’agriculture française », déterminé à lutter contre l’agribashing et « la stigmatisation des agriculteurs, engagés dans une démarche de progrès ».

Christiane Lambert pourrait applaudir des deux mains, si le sujet n’était pas si grave. Elle préfère dénoncer : « Le sujet des produits phytosanitaires est très complexe. Et trop polémique. C’est un véritable tsunami dans la société et sur les réseaux sociaux qui s’enflamment tous les jours, alors que le sujet est pris à bras-le-corps par les agriculteurs. Aujourd’hui, cela tourne à l’acharnement. » Elle évoque la publication de « Glyph’Awards » : « Va-t-on tondre publiquement les agriculteurs qui utilisent du glyphosate ? Ce procédé de délation est scandaleux ! »

L’agriculture française dans une souricière

Didier Guillaume se dit attaché à défendre « la performance économique des agriculteurs, cruciale dans un contexte mondial ». Un objectif que partage largement la FNSEA : « La défense des moyens de production se situe au cœur des combats que mène la FNSEA », rappelle Christiane Lambert, qui cite deux enjeux majeurs : conserver un niveau de compétitivité élevé pour continuer à peser à l’export, et entendre les signaux de la société et des marchés. Le premier passe notamment par la lutte contre les distorsions de concurrence : « À marché unique, règles uniques », plaide Christiane Lambert, qui dénonce : « Les interdictions pleuvent en France. Mais les frontières restent ouvertes. C’est-à-dire que les vannes sont ouvertes à l’importation de denrées qui ne présentent pas les mêmes garanties que celles produites en France. L’agriculture française est prise dans une souricière. » Elle en appelle aux consommateurs : « Si les Français sont exigeants, alors ils doivent être partenaires de leurs agriculteurs ».

Européen convaincu, le ministre de l'Agriculture, va défendre un budget de la prochaine Pac au moins égal au précédent et un socle commun d’exigences sociales. Sur ce point aussi, Christiane Lambert rejoint le ministre, en plaidant pour une Pac « réellement commune, avec un budget à la hauteur ». Le ministre va s’attacher à poursuivre la réforme de la fiscalité agricole, encourageant notamment l’épargne de précaution, et prend un « engagement fort sur l’emploi », en promettant des « allégements de charges » Des mesures visant à « inciter les agriculteurs à aller plus loin dans la transition écologique, qui sera irréversible, malgré les difficultés techniques. » Sur le fond, Christiane Lambert ne polémique pas. Par contre, elle dénonce la forme : « La transition oui, mais avec un calendrier et des moyens. Non à l’écologie punitive ! » Elle illustre : « La fin des voitures thermiques est fixée à 2040. Celle des produits phytosanitaires à 2020. Pourquoi ? Nous aussi, nous voulons du temps. Et pas d’interdiction sans solution. Des pistes ont été formalisées dans le cadre du contrat de solutions. D’autres vont sortir. Mais nous ne voulons pas avancer sous le coup de la menace. » Et elle estime qu’en matière de fiscalité et de charges de main-d’œuvre il reste « beaucoup de travail ».

« Le stockage de l’eau ne doit pas être tabou »

Après une année qui « illustre dramatiquement le changement climatique », Didier Guillaume évoque ce que sera sa politique en matière de gestion de l’eau : « Sobriété des usages, innovations, mise en œuvre de solutions adaptées aux contextes locaux et garantissant l’intégrité des milieux ». Il précise également : « Le stockage ne doit pas être tabou. » Ce qui fait dire à Christiane Lambert que, sur cet aspect, « les planètes sont un peu plus alignées qu’elles ont pu l’être par le passé ». L’irrigation n’est plus autant décriée. Mais « encore faut-il avoir de l’eau », note Christiane Lambert. C’est pourquoi la FNSEA va porter plusieurs projets de stockage d’eau.

Peu convaincu par les propos de son ministre, Daniel Peyraube a projeté les questions qui lui avaient été envoyées. Et constate : « Il ne répond pas aux questions que nous lui avions posées. Nous allons donc demander à être reçus au ministère. » Mais avant cela, il lui revenait de clôturer cette assemblée générale. Ce qu’il a fait en citant les défis à relever - « nombreux certes, mais accessibles » - certaines avancées obtenues, notamment en matière assurantielle. D’autres qu’il s’agit encore de porter, comme la Dotation pour aléas (DPA), la prochaine Pac, « avec des mécanismes de gestion des risques plus performants ». Et, surtout, du revenu. « Car sans lui, il est difficile de convaincre les agriculteurs d’investir, de se lancer dans de nouveaux défis qui permettent de répondre aux enjeux sociétaux. » Il cite un sondage révélant l’appétence des Français pour les produits locaux : « Banco ! Mais nous avons besoin de l’accompagnement de la puissance publique. Et chacun de nous doit être militant. »

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