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Bérengère de Butler

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Produits phytosanitaires

Moins, mieux et dans l’ordre !

Technique

Publié le 06/05/2023


Pour limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, plusieurs solutions sont envisageables. La première est de ne plus en utiliser, ou moins. Par exemple en ayant recours au travail du sol mécanique pour remplacer les herbicides, en laissant davantage les sols couverts pour ne pas laisser de fenêtre d’installation aux adventices, en ne traitant que sur le rang… Des solutions qui fonctionnent, mais pas partout. Aussi est-il aussi nécessaire de traiter mieux. Dans ce domaine, il existe par exemple désormais tout un panel de buses, qui permettent de mieux répartir les produits phytosanitaires, de limiter leur dissémination par dérive, bref d’optimiser la pulvérisation. Encore faut-il réussir à choisir les buses les plus adaptées à chaque usage dans l’offre du marché. C’est pourquoi Arnaud Schleiffer, technico-commercial pour Syngenta en Alsace, présente l’application Optibuse qui compile l’ensemble des marques de buses, et permet de choisir les plus adaptées en renseignant le volume de bouillie, la vitesse d’avancement, l’écartement entre les buses… Gratuit, l’outil permet de trier les buses par marques et donc de choisir celles qui limitent au mieux la dérive dans les conditions d’utilisation de l’agriculteur. Pour bien faire, il s’agit aussi de « changer les buses tous les quatre ans », précise Arnaud Schleiffer.

Protéger l’environnement et les agriculteurs

Autre outil qui permet de traiter mieux : l’application Quali’Cible, un outil cartographique gratuit, qui fournit les conditions d’applications autorisées de différentes spécialités en fonction de la localisation des parcelles et de leur situation par rapport aux zones de captage. « Ces outils sont développés pour être utilisés, mais aussi pour démontrer que les fabricants de produits phytosanitaires élaborent des outils pour qu’ils soient bien utilisés », pointe Fabrice Bouchet, expert en agriculture durable chez Syngenta. Objectif : éviter l’interdiction de certains produits. Pour le S-metolachlore, la stratégie n’a pas suffi. Les agriculteurs ont jusqu’en 2025 pour finir leurs stocks. Ensuite, il faudra se passer de cette matière active herbicide. « Nous aurons d’autres solutions, assure Fabrice Bouchet. Mais elles seront aussi cherchées, donc trouvées. D’où l’intérêt de limiter la dérive, les doses, de cibler au plus près les traitements, car moins les produits vont au sol, mieux c’est. » Une nouvelle version de Quali’Cible est en cours d’élaboration. Elle comprendra d’autres zonages : Natura 2000, ZNT, où les buses anti-dérive sont d’ailleurs obligatoires.

 

 

Limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, c’est aussi lutter contre leur impact sur la santé des utilisateurs. C’est dans cet objectif que onze firmes se sont rassemblées pour élaborer un connecteur universel de bidons aux pulvérisateurs, baptisé Easyconnect, au tarif de 2 500 €. Pour l’instant, cette version est manuelle, c’est-à-dire que c’est à l’agriculteur de verser la quantité de chaque produit, une fois le bidon connecté, dans la cuve, à l’aide des graduations. Déjà une prochaine version, équipée d’un programmateur qui permettra de prélever automatiquement le volume voulu, est en cours d’élaboration. Autre atout d’Easyconnect : les bidons et les bouchons peuvent aller dans la même sache Adivalor pour être recyclés.

 

 

D’abord les ingrédients solides, puis liquides

Bien utiliser les produits phytosanitaires, c’est bien comprendre comment ils fonctionnent. Or, l’époque où les agriculteurs utilisaient des produits à large spectre, formulés pour garantir une efficacité maximale, est révolue. Aujourd’hui, il revient aux agriculteurs d’élaborer leur propre recette. Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole, a donc exposé le rôle des différents ingrédients dont disposent les agriculteurs. Mais d’abord, il a rappelé qu’un produit phytosanitaire doit être « efficace, sélectif, stable, sûr et facile d’utilisation ». Pour résoudre cette équation, les agriculteurs disposent des matières actives, qui sont efficaces sur leur cible, et d’adjuvants qui ont différentes fonctions : étaler, faire adhérer, faire pénétrer, humecter, empêcher le lessivage, limiter la dérive, assurer la qualité de la bouillie (pH et dureté de l’eau, éviter la formation de mousse…). L’adjuvantation dépend de nombreux facteurs, dont la météo : « Certains produits doivent pénétrer dans les feuilles pour agir, donc traverser la cuticule, dont l’épaisseur dépend de l’âge de la plante et des conditions météorologiques. Quand il fait chaud et sec, la plante se lignifie, la cuticule devient plus épaisse, et il faut donc d’autant mieux adjuvanter les matières actives », illustre Christian Lux. L’adjuvantation dépend aussi des espèces : « Les graminées notamment, sont peu mouillables, les gouttes coulent facilement. » À l’inverse, le maïs au printemps pousse très vite et sa cuticule est fine. Dès lors, l’utilisation d’huiles entraîne un risque de brûlures.

Après avoir livré quelques astuces d’expert pour être efficace mais pas trop agressif, Christian Lux passe au second point de son propos : l’ordre d’introduction des produits dans la cuve des pulvérisateurs. Car, comme en pâtisserie, cela a son importance ! Et là aussi, la première distinction se fait entre les produits secs (poudres, granulés) et les produits liquides, pouvant être à base d’huile ou d’eau. La pratique valant mieux que de longs discours, Christian Lux propose aux agriculteurs de donner l’ordre d’introduction des ingrédients de deux bouillies. Un exercice auquel les agriculteurs ont su répondre sans trop d’hésitations ni d’erreurs. Retenons que les adjuvants correcteurs de bouillie se mettent en premier (l’anti-mousse par exemple, afin d’éviter que la suite ne déborde), puis les ingrédients solides, puis les ingrédients liquides, d’abord ceux formulés dans l’eau puis ceux formulés dans l’huile, et enfin les adjuvants type huiles et mouillants. Enfin Christian Lux rappelle l’importance de bien nettoyer le pulvérisateur entre deux traitements différents, « surtout quand il y a du colza et/ou de la betterave dans l’assolement ».

Dans les houblonnières du lycée agricole d’Obernai

L’irrigation venue du ciel

Technique

Publié le 05/05/2023


Au lycée agricole d’Obernai, l’irrigation du houblon n’est pas une nouveauté. Certaines parcelles sont d’ores et déjà irriguées, au moyen d’un goutte-à-goutte enterré à 50 cm de profondeur. Une solution qui ne donne pas entière satisfaction à Véronique Stangret et Freddy Merckling, responsables des expérimentations. En effet, il n’y a pas de différence significative de rendement entre le houblon conduit en sec et celui irrigué avec ce système. « Avec la réserve utile dont nous disposons et la capacité de prospection du houblon, je ne suis pas convaincu que ce système ait un réel intérêt, sans y adjoindre de la fertirrigation », commente Freddy Merckling.

D’autres méthodes d’irrigation sont donc testées. Une houblonnière de 2 ha à Obernai, et une autre de 8 ha à Valff, ont été équipées d’un système d’irrigation au goutte-à-goutte par le haut. Pour éviter de trop asperger le feuillage, ce qui risquerait d’augmenter la pression des maladies cryptogamiques, ce qui serait rédhibitoire en bio, les gaines ont été placées entre les fils d’attache des fils de tuteurage. « Des essais ont déjà été menés avec des gaines placées à mi-hauteur mais, nous avons voulu les placer tout en haut des échafaudages car l’objectif est double : remédier à un éventuel déficit de précipitation, et rafraîchir l’air ambiant », pointe Véronique Stangret. Le système a déjà fonctionné l’année dernière, en août, et « l’effet sur la température ambiante a été très net », rapporte Véronique Stangret. Pour le chiffrer, les parcelles sont équipées de thermomètres et d’hygromètres qui enregistreront la température et l’humidité dans l’air et dans le sol, à différentes profondeurs. Les données obtenues dans cette houblonnière seront comparées à celles d’une houblonnière traditionnelle témoin et à celle de la houblonnière de rupture (lire plus loin). « Nous allons également enregistrer le suivi sanitaire du houblon », indique Véronique Stangret, qui précise que, à terme, l’objectif est de développer un modèle qui permette de piloter cette irrigation de manière optimale.

D’un point de vue technique, l’eau provient d’un forage dans la nappe et, est amenée jusqu’à la houblonnière au moyen de tuyaux et d’une pompe, dont le régime varie, afin de rester à une pression de 3,5 bars. Les gaines sont équipées de goutteurs tous les 50 cm, dont l’eau s’écoule avec un débit de 2 l/h, soit une consommation de quelque 60 m3/h pour irriguer les 8 ha de Valff. Comme les autres systèmes d’irrigation, celui-ci a un coût, que Freddy Merckling estime à 9 000 €/ha, matériel et pose compris. Et qu’il s’agit de mettre en regard de l’assurance d’avoir un rendement d’au moins 1 t de cônes par hectare, nécessaire à l’équilibre économique en bio. Pour l’instant, la pompe est alimentée au fioul. Mais, après s’être fait voler le carburant trois fois, un devis pour électrifier le puits a été demandé. « L’électricité présente aussi l’avantage d’être plus facile à automatiser », pointe Freddy Merkling. Un atout non négligeable alors que les expérimentations sur l’irrigation vont s’intensifier !

Une rupture en douceur

À quelques centaines de mètres de cette première houblonnière, nichée contre une haie, se trouve la houblonnière de rupture. Celle-ci a pour objectif de pousser encore plus loin les investigations, afin de trouver des solutions efficaces et pérennes, face au changement climatique. Pour ce faire, la houblonnière est divisée en plusieurs blocs. La partie dite « high-tech », a pour vocation d’identifier des solutions rapides, face au changement climatique qui s’emballe. La partie « low tech » vise à proposer des solutions à plus long terme, en reproduisant l’écosystème naturel du houblon.

Dans la partie « high-tech », plantée avec la variété Elixir, une zone sera irriguée au goutte-à-goutte, au moyen de gaines placées à 6 m de haut. À côté, le houblon sera irrigué de la même manière mais sera aussi, en plus, couvert de filets paragrêles qui, outre leur fonction protectrice contre les grêlons, ont pour objectif d’ombrager et de conserver de l’humidité dans la houblonnière. Une autre zone ne sera pas irriguée mais uniquement couverte par des filets paragrêle. Enfin, un dernier bloc restera vierge de tout dispositif pour servir de témoin.

Dans la partie « low tech », ces dispositifs techniques sont remplacés par des arbres, afin de reproduire l’écosystème naturel du houblon, soit celui d’une liane qui pousse sur les supports qu’elle trouve dans son environnement, donc, souvent, des arbres. « Des arbres, arbustes et arbrisseaux ont été plantés, entre une ligne de poteaux sur deux. Les arbres seront conduits, afin de ne pas dépasser 4 à 5 m de haut. Les saules, par exemple, seront tétarisés », décrit Véronique Stangret. L’objectif est de vérifier l’hypothèse que cette végétation apporte de l’ombre, dans les houblonnières, mais aussi de l’humidité, en officiant comme une pompe à eau, en allant puiser naturellement de l’eau en profondeur et en la relâchant en surface. Cette partie a été plantée avec différentes variétés pour, aussi, déterminer s’il y en a qui réagissent mieux que d’autres à la cohabitation avec un étage arboré.

Sur les pourtours de la houblonnière de rupture, d’autres arbres et arbustes ont été plantés, pour compléter la haie préexistante. Là aussi, les objectifs sont de réguler la température et l’hygrométrie. Mais aussi de faire office de brise-vent, qui contribue à assécher les sols, et de produire du carbone sur site. L’entretien des haies générera des plaquettes de bois, qui retourneront au sol via le compost, afin d’augmenter sa teneur en matière organique. Car, avec les argiles, la matière organique constitue la deuxième matrice capable de retenir l’eau dans le sol. Augmenter sa teneur dans le sol constitue donc un levier majeur dans l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Mais il faut aller vite, car l’entreprise prend du temps. À Obernai, 3,3 km de haies ont été plantés à cette fin.

À Ernolsheim- lès-Saverne

Perrine et son magasin

Vie professionnelle

Publié le 28/04/2023


En bio depuis 1999, l’EARL Ludwig pratique la vente directe de ses produits carnés depuis un certain temps, sous forme de colis. La création du magasin de vente directe est le fruit de l’installation de Perrine Ludwig sur la ferme familiale, en 2021. « Mon objectif était de vendre 100 % de notre production en direct », indique la jeune femme. Un objectif en passe d’être atteint avec l’ouverture du point de vente, qui permet d’augmenter la part du volume qui part en filière courte. Il faut dire que le magasin de Perrine Ludwig a de quoi attirer le chaland : niché dans la verdure, bardé de bois, il s’intègre dans le cadre verdoyant d’Ernolsheim-lès-Saverne. Situé au bord de la route qui devient l’artère principale du village, il dispose de places de stationnement facilement accessibles. Dans le local de vente, Perrine Ludwig a soigné la déco, et choisi avec soin les produits partenaires. Les fruits et les jus de fruits sont issus des arbres haute-tige qui parsèment les 164 ha de prairie (pour 169 ha de SAU) de la ferme. Il y a aussi du miel d’apiculteurs d’Ernolsheim-lès-Saverne et de Romanswiller, des produits de la minoterie Burggraf Becker, des condiments des Jardins du Rottweg à Mertzwiller, des yaourts de la ferme Tiergarten à Bouxwiller, des fromages des Trésors de Célestine à Bubach, du vin du domaine Fleck à Soultzmat…

Si cosy et gourmand soit-il, le local de vente n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car, derrière lui, se situe dans le sens de la marche en avant dicté par les normes sanitaires : un vestiaire, une salle de transformation, deux chambres froides, une pour la viande brute, une pour les produits transformés, un local de stockage, et une plonge. Dans cet outil de travail flambant neuf, Perrine, son père Jean-Michel et sa mère Lydie, s’activent, avec l’aide d’un boucher, pour découper et transformer la viande bovine, ovine et les poulets de chair bio produits par leurs soins. Perrine n’oublie pas de citer son époux, Christophe, et sa sœur, Marion, qui œuvrent aussi à la bonne marche de l’affaire familiale. Au final, les consommateurs trouvent un étal garni de morceaux de viande brute, mais aussi de transformations froides (merguez, saucisses à frire, poitrine de veau farcie…) Et des poulets. Il y a même de la « préparation de viande hachée », à ne pas confondre avec de la « viande hachée », « parce que je mets du sel dedans, pour la conservation, du coup il faut bien faire la distinction », précise Perrine Ludwig, qui vend aussi des steaks hachés et de la viande hachée, mais « ces produits sont fabriqués et surgelés par l’abattoir, et je les vends surgelés », précise-t-elle encore.

Y aller

Pour découvrir le magasin et la ferme de Perrine Ludwig et sa famille, rendez-vous  les trois premiers week-ends de chaque mois, les vendredis de 16 h 30 à 19 h 30, et les samedis de 9 h 30 à 12 h 30. Et, pour en savoir plus sur la ferme Ludwig, ses pratiques et productions, retrouvez un article plus complet dans le supplément Cultivar Élevage du mois de mai.

 

 

Association Bleu Vert Vosges

Des bras, de l’eau, de l’assurance

Cultures

Publié le 03/04/2023


Ils sont une quarantaine, ont en moyenne 46 ans, cultivent chacun quelque 2,5 ha de SAU, dont ils tirent un chiffre d’affaires moyen de 76 300 € par exploitation. Ils contribuent à la dynamique et à l’attrait touristique du massif des Vosges : ce sont les producteurs de plantes et de petits fruits du massif. Réunis en assemblée générale, ils ont, en présence d’Olivier Braud, commissaire à l’aménagement du Massif des Vosges, de Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) et d’Alice Morel, présidente de l’Association du massif vosgien (AMV), évoqué les problématiques qui pèsent sur la pérennité de leur activité.

Renouvellement des générations : encourager les porteurs de projets

La première problématique est celle du renouvellement des générations. Devant une assemblée constituée de nombreuses têtes grisonnantes, mais aussi de quelques jeunes, Jean Vogel, producteur de petits fruits à Saales, a souligné : « Il y a de plus en plus de jeunes, ou de personnes en reconversion professionnelle, qui veulent s’installer en production de petits fruits, souvent en diversification, sur moins de 10 ha, et ce sont souvent des néoruraux, donc avec des problématiques d’accès au foncier particulières. » Un constat que partage Marie Balthazar, coordinatrice de Terre de liens en Alsace : « Les porteurs de projets hors cadre familial sont devenus majoritaires. Mais, concrètement, ils représentent moins de 15 % des exploitations. » Un écart qui, selon elle, serait lié à « un système peu accueillant et encourageant ». Elle parle même de « plan social qui ne dit pas son nom », dont l’aboutissement sera « une agriculture sans paysans ». Pour aider les jeunes qui ont des difficultés d’accès au foncier à se lancer, Terre de liens soutient la création d’Associations foncières pastorales (AFP), qui peuvent aboutir à une installation. Elle évoque aussi la possibilité de créer des fermes relais agricoles, à l’image de celles qui fonctionnent dans la vallée de la Bruche (une collectivité achète tout ou partie des terres, des bâtiments et du logement qu’elle loue à un agriculteur volontaire pour s’installer sur le site), et qui peuvent servir de tremplin à une installation individuelle dans un second temps. Alice Morel précise que ces structures requièrent des financements importants.

Autres pistes à creuser : les espaces délaissés, les friches forestières, les agis d’épicéas qui dépérissent et qui gagneraient à être remis en culture. Jean Vogel suggère encore : « Quand du foncier se libère, il n’y a pas forcément de projets en face à ce moment-là. Mais il pourrait y en avoir un plus tard. Dès lors, ne pourrait-on pas créer une réserve foncière ? » Une idée qui séduit Joseph Weissbart, directeur de Bio en Grand Est : « Quand 40 ha sont cédés, on pourrait identifier 4 ha pour un futur producteur de petits fruits. » Quant à Stéphane David, conseiller à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), il constate : « Le problème c’est qu’avec les aléas climatiques qui s’enchaînent et qui font baisser les rendements, les exploitations agricoles de montagne peinent à être autonomes en fourrage. Cela laisse peu de place aux petits projets. » Marie Balthazar enchaîne : « Aujourd’hui, le discours ambiant c’est de dire qu’il n’y a pas de foncier en Alsace. Certes, il est rare et cher. Mais ce discours décourage les porteurs de projets. Mieux vaudrait proposer des solutions pour limiter l’endettement, faciliter l’accès au portage… D’autant que les projets portant sur la production de plantes et de petits fruits sont souvent viables sur de petites surfaces. » Olivier Braud reconnaît que l’accès au foncier est un problème : « Il convient aussi de travailler sur les documents d’urbanisme, qui ont tendance à repousser les agriculteurs sur des terres moins fertiles. Le Plan paysage peut servir d’outil. »

Assurer face au changement climatique

Autre problématique : le changement climatique. En effet, les agriculteurs, et notamment les producteurs de cultures pérennes, en sont les premières victimes. D’autant plus dans les Vosges, territoire qui se caractérise par des sols sableux, sans grande capacité de rétention en eau. Résultats : « On ne peut plus planter comme il y a 40 ans, car le climat n’est plus si rude. Dans les parcelles qui ont été plantées plein sud, on ne récolte plus rien », constate Jean Vogel, qui suggère que les terres adaptées à la production de petits fruits soient fléchées en priorité vers les porteurs de projets dans cette production par la Safer.

Pour faire face aux aléas climatiques, une solution est l’assurance récolte. Mais le système actuel « exclut les petits producteurs. Et, comme il n’y a plus de calamités agricoles, c’est la mort certaine. Car désormais, les aléas, c’est tous les ans, que ce soit la grêle, le gel ou la sécheresse », décrit Jean Vogel, pour qui « la mutualisation des risques agricoles doit aller au-delà du secteur agricole, sans quoi les petits producteurs n’auront pas les moyens de se prémunir ».

Des demandes et de l’espoir

Face à ces défis, et comme leur activité contribue aussi bien à la résilience alimentaire du territoire qu’à son attractivité touristique, les membres de l’association ont formulé plusieurs demandes : l’embauche d’un technicien, la sollicitation des élus locaux pour faire remonter la problématique assurantielle au niveau national, une réunion pilotée par la CEA entre la CAA, la Safer et Terres de lien pour avancer sur la problématique de l’accès au foncier.

Enfin, aussi nombreux soient-ils, ces défis ne doivent pas occulter les lueurs d’espoir : des jeunes cherchent à s’installer et la demande pour ces produits reste soutenue. Les membres de l’association reçoivent parfois des demandes d’industriels pour des gros volumes. Si gros qu’ils ne sont pas toujours en capacité de les fournir. Mais la perspective d’avoir des débouchés est porteuse d’espoir.

Syndicat de la race simmental française d’Alsace

La génétique en marche

Élevage

Publié le 03/04/2023


En 10 ans, la simmental a séduit 500 nouveaux cheptels. Dans le détail, le nombre de femelles a fortement progressé depuis 2010, puis s’est stabilisé. Cela traduit l’arrêt de la production laitière par de grands troupeaux. Mais le nombre de cheptels en simmental, lui, continue de progresser, qui plus est partout en France. Un succès qui s’explique par les bonnes performances de la race : 6 750 kg de lait en moyenne, et toujours en forte progression (+ 700 kg en quatre ans), mais aussi 40,6 de taux protéique (TP) et 34 de taux butyreux (TB), un intervalle vêlage-vêlage (IVV) inférieur à 400 jours, ce qui traduit sa très bonne fertilité. Et surtout, ces bonnes qualités laitières sont doublées de bonnes performances bouchères : les taurillons affichent une moyenne de 391 kg de poids de carcasse en un temps d’engraissement limité. Quant aux vaches de réforme, la moyenne est à 362 kg de carcasse, avec un maximum à plus de 640 kg, « ce qui fait un beau chèque », commente Hervé Vignon, directeur de Simmental France.

Ajoutons à cela sa résistante naturelle aux mammites, sa bonne longévité, le faible niveau de consanguinité du cheptel (moins de 2 % contre plus de 5 % pour les autres races laitières), le fait qu’il y ait des taureaux à la fois sans corne et avec un niveau génétique de premier plan, et on comprendra l’intérêt des éleveurs pour cette race. Pas forcément en pur d’ailleurs, puisque certains l’utilisent en croisement sur le troupeau. Ce que traduisent les données sur les inséminations artificielles, qui progressent, et notamment sur les autres races : + 67 % en cinq ans. Une pratique qui permet de bénéficier de l’effet d’heterosis : « Par exemple dans un croisement entre une simmental et une holstein, en F1, on bénéficiera des atouts des deux races. Mais en F2, F3, il faudra mettre des taureaux très laitiers pour fixer le lait et sécuriser le potentiel laitier », précise Hervé Vignon.

Au niveau de l’évaluation génétique de la race, l’année 2022 a été riche en évolutions. L’indexation génomique mâle française a été officialisée. Désormais, grâce à une population de référence française suffisamment étoffée, toutes les étapes du processus se déroulent en France. Et comme il n’y a plus d’étape de conversion à faire entre le système allemand et français, ce qui pouvait induire des biais, les taureaux sont mieux indexés, d’autant plus que « nous avons accès aux performances des mères », souligne Hervé Vignon. Les six premiers taureaux génomiques indexés en France sont disponibles. Parmi eux figure Rêve, le local de l’étape, puisque ce taureau, d’ISU 143, est né en Alsace.

La deuxième évolution est le déploiement de la méthode d’évaluation single step, qui permet une meilleure prise en compte du progrès génétique et un gain de précision de l’index. Dans ce cadre, l’expression de certains caractères a été révisée, notamment les facilités de naissance (NAI) et de vêlage (VEL), qui étaient exprimés en pourcentage et qui sont désormais exprimées en base 100. « La moyenne étant située à 100, une note plus élevée traduit une facilité de vêlage, et une note plus faible un risque de vêlage difficile. Ainsi, les taureaux à génisses devront avoir une note supérieure à 110. »

Mieux indexer les valeurs bouchères

Hervé Vignon a annoncé d’autres évolutions à venir avec notamment la mise en place d’index pour les vaches de réforme. En effet, une étude de l’Institut de l’élevage (Idele) a montré que les poids de carcasse des simmental pourraient être encore plus importants. D’où l’intérêt de différencier les taureaux sur des index d’aptitude bouchère sur les vaches de réforme. Un index qui sera intégré dans celui d’aptitude bouchère du nouvel ISU, qui intégrera aussi des caractères fonctionnels et où certaines pondérations seront révisées, notamment le poids du TB.  « Il y aura un index d’aptitude bouchère pour les vaches de réforme, un autre pour les taurillons, et un synthétique, où celui des vaches de réforme aura plus de poids car tous les éleveurs en font, contrairement aux taurillons », précise Hervé Vignon, avant de commenter la liste des taureaux qui composent l’offre génétique en simmental. L’occasion pour lui de rappeler que les taureaux allemands ne sont pas améliorateurs en muscle par rapport aux français : « La génétique française est en avance sur ce poste. » Et qu’il est important de diversifier les souches.

Sophie Weidmann, responsable de l’équipe élevage à la Chambre d’agriculture Alsace, a commenté les résultats du contrôle laitier, qui révèlent une perte de production en lait et en taux, liée au contexte climatique et économique, mais pas plus que les autres races, qui sont toutes logées à la même enseigne. De manière plus positive : « La simmental vieillit bien, s’améliore en cellules et en IVV. » Le trophée de la meilleure carrière a été décerné au Gaec Bernhard, pour sa vache Mella, qui a produit 96 464 kg de lait au total. Le trophée de la meilleure moyenne est allé au Gaec Cousandier, avec 9 694 kg de lait à 7 %.

Projet Energiessen (Bas-Rhin)

L’énergie en circuit court

Technique

Publié le 28/03/2023


Agriculteur à la ferme du Jodie, à Steige dans le Bas-Rhin, David Lavigne produit de la viande de porc, de volaille et de bœuf, qu’il valorise en circuits courts, soit transformée dans son magasin de vente directe, soit en carcasse auprès d’un réseau de bouchers. Bientôt, il sera aussi producteur d’énergie photovoltaïque. Comme bon nombre d’agriculteurs qui valorisent les toitures de leurs bâtiments en y adjoignant des panneaux photovoltaïques. Sauf que David Lavigne va vendre son énergie en circuit court, à des consommateurs situés à une distance maximum de 20 km autour de son exploitation. Pour ce faire, la ferme va intégrer le projet d’autoconsommation collective Energiessen porté par la Communauté de communes de la vallée de Villé. « J’avais pour objectif d’autoproduire de l’énergie, pour diminuer ma facture d’électricité », raconte David Lavigne. Dans le cadre du PLUI, son permis de construire a été étudié par la Communauté de communes. C’est alors que Thierry Froehlicher, responsable du pôle Aménagement du territoire, lui a parlé du projet Energiessen. L’exploitant est interpellé : « En effet, en journée, je vais produire plus d’énergie que je n’en consomme. La perspective de la valoriser localement m’a séduit ».

Un territoire en quête de résilience

Le projet Energiessen est intimement lié à l’histoire et à la géographie de la vallée de Villé. « Nous sommes situés sur un territoire hybride, à le fois rural et péri urbain, puisque nous sommes sous l’influence de Sélestat, Colmar, Strasbourg et Saint-Dié », décrit Serge Janus, maire de Breitenau, et président de la Communauté de communes de la vallée de Villé. Mais la vallée garde de son passé de territoire montagnard enclavé un certain « réalisme rural », une volonté de « compter sur nous-même plutôt que sur les autres ». La résilience énergétique du territoire est donc dans les tuyaux depuis des lustres. « Il y a déjà eu pas mal d’idées évoquées, certaines ont été rangées dans des cartons, d’autres ont vu le jour, comme l’équipement solaire thermique qui alimente le centre aquatique Aquavallées de Bassemberg », décrit le président. L’autoconsommation fait partie de ces aspirations. « En 2010, un projet avec du photovoltaïque avait été écarté. La technologie n’était pas encore assez aboutie, et la réglementation trop contraignante. » Les acteurs locaux se sont alors tournés vers l’hydroélectricité. Mais cette idée capote également : le débit des cours d’eau n’est pas assez important, trop variable, et leur hauteur de chute n’est pas assez importante. Retour à la case photovoltaïque donc. « À ce moment-là, l’autoconsommation collective était réservée à l’échelle d’un producteur et un consommateur raccordés au même transformateur. Le montage des dossiers était compliqué et coûteux », rembobine Serge Janus. Mais les règles évoluent en même temps que les acteurs se creusent les méninges. Et lorsqu’une entreprise de la zone industrielle de Villé qui compte quatre transformateurs, envisage de couvrir la toiture d’un nouveau bâtiment de panneaux photovoltaïques, la possibilité de construire un noyau de production d’énergie à proximité d’un réseau existant émerge. Au final, ce bâtiment n’est jamais sorti de terre. Mais la réflexion engagée a impulsé les actions : les entreprises ont été sondées sur leur consommation et leur production d’énergie, ainsi que sur leur intérêt pour un projet d’autoconsommation collective. Sondage dont il est ressorti un vif intérêt pour la question, avant même la crise énergétique.

Une PMO pour coquille

De quoi booster les acteurs, qui se sont donc retroussé les manches. D’abord pour trouver la meilleure forme juridique pour encadrer le projet : ce sera une PMO, pour personne morale organisatrice, soit un modèle associatif de droit local, au sein duquel les ouvrages sont financés sur les fonds propres des entreprises, qui en restent propriétaires, ce qui facilite les amortissements. À tout moment, des membres peuvent intégrer ou quitter la PMO, « dont l’objectif n’est pas de faire du bénéfice mais de faciliter la création d’un maillage gagnant-gagnant », souligne Serge Janus. Actuellement, le noyau, ou premier cercle de la PMO, compte cinq entreprises et deux collectivités locales : Bürkert, Egelhof, Ejot, Super U, Sengler, la Ville de Villé et la Communauté de communes de la vallée de Villé. Les entreprises seront à la fois productrices et consommatrices d’énergie. La communauté de communes joue un rôle important : celui d’exutoire énergétique, le centre nautique absorbant le surplus d’énergie produite. À plus long terme, la station d’épuration, qui est « un autre gouffre énergétique », devrait aussi rejoindre le dispositif.

Pour monter le projet, les acteurs ont demandé et obtenu en février 2022 une dérogation du Ministère de la Transition écologique afin de faire sauter le verrou de la distance entre producteur et consommateur d’énergie. « La forme de la Vallée a été un atout puisque, dans le principe, une dizaine de kilomètres séparent Steige de Neubois les deux communes les plus en amont et en l’aval de la vallée. » Cette dérogation obtenue, les porteurs du projet ont communiqué auprès des acteurs locaux et le premier cercle, décrit plus haut, est en train de s’élargir à d’autres industriels, communes ainsi qu’à des agriculteurs. « Le troisième cercle sera l’ouverture au public », annonce Serge Janus. Or ces derniers seront surtout des consommateurs d’électricité, qui plus est avec des pics et des creux de consommation assez importants. « Pour faire face à ces importantes variations de consommation, il faudra à la fois un volume suffisant de consommateurs, et qu’ils soient équipés de compteurs connectés », pointe Serge Janus.

La crise énergétique a donné un coup d’accélérateur au projet. L’autoconsommation collective présente en effet des atouts par rapport à l’autoconsommation avec simple vente du surplus, notamment en termes tarifaires. En effet, le tarif de l’électricité est décidé au sein de la PMO, qui peut le faire évoluer, à l’inverse de la revente simple, où le producteur signe un contrat à un tarif fixe pour un certain nombre d’années, sachant que « le prix de l’électricité ne peut qu’augmenter », constate Serge Janus. En outre, les entreprises membres de la PMO doivent faire du bénéfice. Il y a donc tout intérêt à ce que le tarif de l’électricité pratiqué au sein de la PMO soit tamponné. « Le tarif de référence, qui sert de base à la négociation, est le tarif réglementé. L’objectif est d’aboutir à un tarif inférieur à ce tarif réglementé, et si possible légèrement supérieur au tarif de rachat en revente totale, pour être attractif à la fois pour les vendeurs et les consommateurs », explique-t-il.

Changer de paradigme

Pour l’instant, les agriculteurs consomment relativement peu d’électricité, « de 10 à 15 % de leur production », estime Thierry Froehlicher. Sauf quand, comme David Lavigne, ils ont opté pour les circuits courts, qui impliquent de la transformation, donc des chambres froides, des fours et autres équipements fonctionnant à l’électricité. Alors la part d’autoconsommation augmente. En outre, devenir producteur d’électricité les incite à penser et à investir différemment. Ainsi, David Lavigne, qui va produire quelque 250 kWatt d’électricité, grâce à 1 350 m2 de panneaux photovoltaïques, envisage de profiter du tarif avantageux, dont il va bénéficier, pour investir à moyen terme dans une pailleuse électrique et, peut-être aussi, un valet de ferme électrique. Thierry Froehlicher cite encore la possibilité de recharge toutes sortes de petits équipements, comme des tronçonneuses, avec l’électricité produite à la ferme. Sans oublier qu’avec l’électricité, il est possible de produire de la chaleur. « Il y a des innovations tous les jours, donc le champ des possibles est très large. L’autoconsommation collective donne en tout cas davantage de certitudes sur les tarifs de l’énergie à l’avenir, et de résilience pour le territoire », souligne Thierry Froehlicher.

Avec la réalisation de deux ouvrages : des ombrières sur le parking du supermarché de l’enseigne Super U et une extension de toiture chez Bürkert, toutes deux couvertes de panneaux photovoltaïques, la PMO va atteindre une production d’1 Mwatt à l’été et 3 Mwatt dans 2 ans. « Notre ligne rouge, c’est la consommation de foncier », souligne Serge Janus, qui compte notamment sur les progrès techniques en matière de conception de panneaux photovoltaïques pour arriver à couvrir un maximum de surfaces existantes, sans artificialiser de terres.

Le pari de la résilience énergétique étant en passe d’être relevé, la Communauté de communes commence à travailler la question de la ressource en eau, avec pour objectifs de l’économiser, la mutualiser et désimperméabiliser des surfaces afin que l’eau qui tombe sur le territoire s’y infiltre.

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Cultures

Publié le 27/03/2023


On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.

 

 

Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ».

Cibler les larves, vérifier l’état des racines

Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet.

Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

Protection des utilisateurs de produits phytosanitaires

Pour limiter un danger, réduire les expositions

Technique

Publié le 27/03/2023


Premier principe de prévention : supprimer le risque. En matière d’exposition aux produits phytosanitaires, il s’agit d’éviter leur utilisation plutôt que d’essayer de s’en protéger. Les agriculteurs, principaux utilisateurs de produits phytosanitaires, et donc population particulièrement exposée à leurs effets délétères, y sont sensibilisés, notamment dans le cadre de l’obtention du Certiphyto. « La formation fait un focus sur les alternatives aux produits phytosanitaires, les seuils de nuisibilité acceptables… », indique Denis Litt, conseiller en prévention à la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace. Mais lorsque la situation sanitaire au champ impose des interventions, il s’agit d’évaluer le risque, et de prendre les mesures de protection qui s’imposent. La première concerne le choix du produit : « Il s’agit de faire un choix en fonction du tarif, de l’efficacité, mais aussi de la toxicité et de la facilité d’utilisation », pose Denis Litt. Les produits qui portent la mention CMR, pour cancérogènes, mutagènes, et toxiques pour la reproduction, sont à éviter autant que possible. Car une exposition régulière à leurs principes actifs, même à faible dose, augmente le risque de développer certaines pathologies graves. À terme, ils devraient d’ailleurs disparaître : « De plus en plus de revendeurs s’engagent à ne plus les proposer à la vente, certaines coopératives, notamment viticoles, et centrales d’achat, ne prennent plus les produits traités avec de telles substances… ».

Porter des EPI sans craindre la stigmatisation

La prévention des risques passe aussi par un stockage correct des produits, notamment pour éviter les confusions. Il s’agit aussi de respecter les conditions d’utilisation, tant en termes de doses, de conditions d’application, que de port d’Équipement de protection individuelle (EPI). Une recommandation de bon sens, mais qui se heurte à d’autres considérations. En effet le port d’EPI peut être « mal vu, ou mal assimilé par les consommateurs. Dans les esprits, un agriculteur qui porte un EPI passe du statut de jardinier à celui de pollueur », regrette Denis Litt. À tel point que certains agriculteurs, notamment ceux qui pratiquent la vente directe, préfèrent ne pas se protéger plutôt qu’avoir à se justifier d’utiliser des produits phytosanitaires, même si c’est avec parcimonie et pour protéger leurs cultures. Heureusement, des EPI plus passe-partout, qui ressemblent à des vêtements de travail ordinaire, mais spécifiques à l’exposition aux produits phytosanitaires ont été mis au point.

Des équipements qui ne sont pas des infaillibles

Le port d’EPI est notamment requis lors de la manipulation des produits phytosanitaires pour préparer la bouillie : combinaison déperlante, paire de gants, lunettes et tablier étanche, qu’il convient de laver ou de jeter tout de suite après leur utilisation, car ils entrent directement en contact avec les matières actives. Mais Denis Litt met en garde : « Ce ne sont ni des armures, ni des barrières. C’est une protection, mais ce n’est pas la meilleure. Donc ça ne sert à rien de se protéger avec un EPI, puis de manipuler les produits sans précaution. Tout comme ça ne sert à rien de porter le même EPI 24 h, ou de le réutiliser plusieurs fois sans l’avoir lavé entre deux opérations ». Les gants, par exemple, ont une durée d’efficacité exposés au produit d’une heure. Donc soit on ne les met qu’une fois, soit on les lave tout de suite après utilisation. Évidemment, il est également déconseillé de boire, manger, fumer, pendant toute la durée des opérations.

Les filtres de catégorie 4 gagneraient à être généralisés

La plus longue durée d’exposition des agriculteurs aux produits phytosanitaires étant l’application du traitement, la meilleure protection est de travailler dans une cabine de tracteur équipée de filtres de catégorie 4. Un équipement qui est aujourd’hui une option, mais qui gagnerait à être proposé de série sur tous les tracteurs car « la prévention lors du traitement ne passe que par la cabine », insiste Denis Litt. En cas de panne ou de réglage à effectuer, il est aussi important d’avoir à disposition une combinaison propre et des gants jetables… Attention aussi à ne pas contaminer l’habitacle, par exemple en gardant sur soi les EPI utilisés lors de la préparation de la bouillie !

À la douche !

Enfin, malgré toutes ces précautions, le risque de contact avec les produits phytosanitaires n’est pas nul. Il est donc extrêmement recommandé de passer sous la douche après les avoir manipulés. « Ça fait partie du travail », insiste Denis Litt.

Cérémonie du Guide Michelin

Une pluie de retombées

Pratique

Publié le 20/03/2023


L’opération Michelin se termine. Pendant plusieurs jours, l’Alsace est devenue le centre du monde de la gastronomie. Avec en point d’orgue, la cérémonie de dévoilement du palmarès 2023 du Guide Michelin, qui s’est tenue le 6 mars. C’était un événement en soi. Mais, avant et après, près de 500 grands chefs étoilés venus de toute l’Europe, 150 journalistes, 50 agences de presse, ont visité l’Alsace, et en ont emporté un peu dans leurs valises, faisant d’eux autant d’ambassadeurs des produits et de la gastronomie locale. « Avec un milliard de vues dans le monde, cette cérémonie est une magnifique vitrine pour la gastronomie alsacienne », pointe Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), qui ne boude pas son plaisir d’avoir participé à un événement où « nous avions la tête dans les étoiles, mais les pieds bien sur terre ».

La cérémonie en elle-même a un impact : de nombreux gourmets ont été logés dans des hôtels, ont mangé dans des restaurants, et fait des emplettes en Alsace. Et certains ont fait durer leur séjour, pour encore plus d’immersion. À plus long terme, le Guide Michelin annonce une hausse de fréquentation de 8 à 10 % pour le territoire ayant accueilli la cérémonie l’année qui suit l’événement. Dans un contexte de « concurrence territoriale mondiale, la cérémonie du Guide Michelin, qui est une marque monde, est un événement très convoité », indique Jean-Luc Heimburger, président de la CCI. Frédéric Bierry rappelle que les industries agroalimentaires représentent 8 % du PIB alsacien, et que le secteur de la gastronomie y emploie 100 000 personnes, « qui vont bénéficier de la mise en avant de l’art de vivre à la française et à l’alsacienne ». À titre d’exemple, Nicolas Stamm, chef du restaurant La Fourchette des Ducs à Obernai et directeur de projet à la CEA, rapporte les propos de l’ambassadeur pour la gastronomie, Guillaume Gomez, qui a fait l’éloge des vins d’Alsace : « Il a dit que ce sont des vins exceptionnels, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur. »

Des étoiles plein l’Alsace

Même si l’Alsace n’a pas décroché de troisième étoile cette année, il y a davantage de restaurants étoilés sur le territoire à l’issue de la cérémonie. Nicolas Stamm souligne notamment l’obtention d’une étoile verte dans le centre-ville de Strasbourg, par le restaurant de : ja (en plus de sa première étoile) pour récompenser l’écoresponsabilité de l’établissement. En tout, pas moins de 150 établissements alsaciens sont repérés dans le Guide Michelin, que ce soit par des Bib gourmands ou des étoiles.

Susciter des vocations

Les présidents des Chambres consulaires insistent aussi sur l’impact de l’événement sur les jeunes engagés dans des formations aux métiers de l’hôtellerie et de la restauration qui ont pu y assister. De quoi créer des vocations, selon Jean-Luc Heimburger, qui plus est dans un secteur où l’ascenseur social fonctionne plutôt bien, puisqu’on peut passer « de CAP à étoilé ». À noter que la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur a contribué à revaloriser les salaires : « Avec 43 h de travail hebdomadaire, un commis de cuisine gagne 2 200 € nets par mois, plus les pourboires défiscalisés », rapporte Nicolas Stamm.

Un bilan financier à consolider

Le bilan financier de l’opération séduction n’est pas encore complètement ficelé. Mais les organisateurs mentionnent près de 170 000 € de mécénat, et 1 M€ de participation des entreprises alsaciennes sous forme de produits et services pour l’évènement. Les fruits et légumes d’Alsace ont, par exemple, ravitaillé les cuisines en fruits et légumes locaux, le Civa a apporté des vins d’Alsace… Le reste à charge pour la CEA s’élève à 380 830 €. À noter que le Palais de la musique et congrès (PMC), a été mis à disposition, mais que le coût technique, qui devait être pris en charge par la Ville de Strasbourg, incombe finalement à la CEA, rapporte Nicolas Stamm, qui a été la cheville ouvrière de l’événement. Soit une facture de 107 000 €.

L’agriculture à la base

Tous les présidents des Chambres consulaires ont souligné le rôle de l’agriculture dans cette grand-messe. « Pas de gastronomie sans produits agricoles », commente Frédéric Bierry. « La gastronomie, c’est l’agriculture, l’artisanat, l’industrie et les services. Elle représente tous les secteurs, sans les opposer. Mais à la base, il y a les agriculteurs, premiers maillons d’une formidable chaîne qui fait avancer l’Alsace », dit Jean-Luc Hoffmann, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Alsace. Évidemment, Denis Ramspacher, vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, ne peut qu’abonder - « pour que l’alimentation aille de la fourche à la fourchette, il faut des artisans, des industriels et des commerçants » - mais il profite aussi de l’occasion pour pointer quelques enjeux : « Actuellement, un poulet sur deux est importé. C’est dommage, car les producteurs français n’ont pas les mêmes standards ni les mêmes chartes de production. »

Il souligne l’avantage d’avoir des filières locales. Ainsi, la filière moutarde d’Alsace, avec Alelor, a permis d’avoir de la moutarde quand elle est devenue une denrée rare ! Par contre, la production de l’un des fleurons de la gastronomie alsacienne, le foie gras, a été dangereusement déstabilisée par la grippe aviaire. Grâce à « l’énergie collective, des canetons ont été trouvés », rapporte Nicolas Stamm, qui s’est engagé sur ce dossier. Mais il s’agit désormais de sécuriser la filière locale en diversifiant les sources d’approvisionnement, pourquoi pas outre Rhin. Denis Ramspacher glisse encore que des filières sont menacées par le manque de main-d’œuvre. Frédéric Bierry rebondit en disant que « la CEA est à l’écoute des réalités économiques, et agit en conséquence pour combler les trous dans la raquette afin de soutenir l’accès à une alimentation de proximité ». Et de citer en exemple le soutien de la collectivité à l’abattoir de Cernay.

Au final, l’ensemble des présidents n’ont qu’un regret : la Ville de Strasbourg et son édile ont brillé par leur absence. « Mme Barseghian nous montre une fois de plus qu’elle n’aime pas manger », tacle Jean-Luc Hoffmann. Et pour ce boucher charcutier alsacien, il s’agit là d’une « faute grave ».

 

 

À Mittelschaeffolsheim

Une houblonnière sort de terre

Technique

Publié le 20/03/2023


Mardi 7 mars était un grand jour pour Félix Meyer, agriculteur à Mittelshchaffolsheim. C’était en effet la première fois qu’il montait sa propre houblonnière depuis qu’il s’est installé sur l’exploitation familiale, spécialisée dans la production de houblon. La parcelle, qui occupe 1,8 ha était d’ores et déjà plantée avec du strisselspalt. Il s’agissait de construire l’échafaudage qui doit permettre aux lianes de se déployer en hauteur et d’atteindre la pleine production dès cette année, espère Félix Meyer, qui cultive donc désormais presque 21 ha de houblon.

Le chantier a mobilisé quelque 25 personnes : la famille, les amis, des collègues… Ceux qui possèdent des tracteurs sont venus avec, soit une quinzaine au total. Le chantier a donc été rondement mené, sous la houlette de Fabien Ginns, houblonnier à Mittelschaeffolsheim. En une matinée, tous les poteaux étaient rentrés dans leurs trous, reliés par les câbles qui permettent de faire tenir l’ensemble. La préparation du chantier a été plus longue. Il a fallu « une semaine à quatre personnes », estime Félix Meyer, pour disposer au sol les poteaux en bois (d’origine Suisse), les câbler entre eux (avec du matériel fabriqué en Allemagne), et creuser les trous devant les accueillir.

Un ballet savamment orchestré

Dès 8 h du matin, dans un froid mordant, et juste avant le retour de la pluie, les bâtisseurs du jour s’activent. La première étape est la plus longue et la plus ardue… Il faut monter la tête de la houblonnière, soit la première rangée, qui comporte plus de poteaux, qui ne sont en plus pas encore amarrés au sol. À ce moment-là, il n’y a pas encore assez de tracteurs pour lever tous les poteaux d’un coup, les constructeurs jouent donc à saute-mouton, pour les lever les uns après les autres. Cette première étape franchie, la suite semble presque un jeu d’enfant. Bien alignés, les tracteurs soulèvent et plantent les poteaux avec une belle synchronicité, sous la houlette de Fabien Ginns.

Un ballet auquel sont venus assister Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole, et Francis Heitz, commercial houblon au sein de la même coopérative, accompagnés de visiteurs belges, dont Lieven Van Hofstraeten, chef de production de la brasserie de l’abbaye de Westmalle. L’occasion pour eux, d’apprécier le savoir-faire des houblonniers alsaciens, mais aussi leur sens du travail collectif et de la convivialité, ces chantiers se déroulant toujours dans une très bonne ambiance.

 

 

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