Produits phytosanitaires
Moins, mieux et dans l’ordre !
Produits phytosanitaires
Technique
Publié le 06/05/2023
Pour limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, plusieurs solutions sont envisageables. La première est de ne plus en utiliser, ou moins. Par exemple en ayant recours au travail du sol mécanique pour remplacer les herbicides, en laissant davantage les sols couverts pour ne pas laisser de fenêtre d’installation aux adventices, en ne traitant que sur le rang… Des solutions qui fonctionnent, mais pas partout. Aussi est-il aussi nécessaire de traiter mieux. Dans ce domaine, il existe par exemple désormais tout un panel de buses, qui permettent de mieux répartir les produits phytosanitaires, de limiter leur dissémination par dérive, bref d’optimiser la pulvérisation. Encore faut-il réussir à choisir les buses les plus adaptées à chaque usage dans l’offre du marché. C’est pourquoi Arnaud Schleiffer, technico-commercial pour Syngenta en Alsace, présente l’application Optibuse qui compile l’ensemble des marques de buses, et permet de choisir les plus adaptées en renseignant le volume de bouillie, la vitesse d’avancement, l’écartement entre les buses… Gratuit, l’outil permet de trier les buses par marques et donc de choisir celles qui limitent au mieux la dérive dans les conditions d’utilisation de l’agriculteur. Pour bien faire, il s’agit aussi de « changer les buses tous les quatre ans », précise Arnaud Schleiffer.
Protéger l’environnement et les agriculteurs
Autre outil qui permet de traiter mieux : l’application Quali’Cible, un outil cartographique gratuit, qui fournit les conditions d’applications autorisées de différentes spécialités en fonction de la localisation des parcelles et de leur situation par rapport aux zones de captage. « Ces outils sont développés pour être utilisés, mais aussi pour démontrer que les fabricants de produits phytosanitaires élaborent des outils pour qu’ils soient bien utilisés », pointe Fabrice Bouchet, expert en agriculture durable chez Syngenta. Objectif : éviter l’interdiction de certains produits. Pour le S-metolachlore, la stratégie n’a pas suffi. Les agriculteurs ont jusqu’en 2025 pour finir leurs stocks. Ensuite, il faudra se passer de cette matière active herbicide. « Nous aurons d’autres solutions, assure Fabrice Bouchet. Mais elles seront aussi cherchées, donc trouvées. D’où l’intérêt de limiter la dérive, les doses, de cibler au plus près les traitements, car moins les produits vont au sol, mieux c’est. » Une nouvelle version de Quali’Cible est en cours d’élaboration. Elle comprendra d’autres zonages : Natura 2000, ZNT, où les buses anti-dérive sont d’ailleurs obligatoires.
Limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, c’est aussi lutter contre leur impact sur la santé des utilisateurs. C’est dans cet objectif que onze firmes se sont rassemblées pour élaborer un connecteur universel de bidons aux pulvérisateurs, baptisé Easyconnect, au tarif de 2 500 €. Pour l’instant, cette version est manuelle, c’est-à-dire que c’est à l’agriculteur de verser la quantité de chaque produit, une fois le bidon connecté, dans la cuve, à l’aide des graduations. Déjà une prochaine version, équipée d’un programmateur qui permettra de prélever automatiquement le volume voulu, est en cours d’élaboration. Autre atout d’Easyconnect : les bidons et les bouchons peuvent aller dans la même sache Adivalor pour être recyclés.
D’abord les ingrédients solides, puis liquides
Bien utiliser les produits phytosanitaires, c’est bien comprendre comment ils fonctionnent. Or, l’époque où les agriculteurs utilisaient des produits à large spectre, formulés pour garantir une efficacité maximale, est révolue. Aujourd’hui, il revient aux agriculteurs d’élaborer leur propre recette. Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole, a donc exposé le rôle des différents ingrédients dont disposent les agriculteurs. Mais d’abord, il a rappelé qu’un produit phytosanitaire doit être « efficace, sélectif, stable, sûr et facile d’utilisation ». Pour résoudre cette équation, les agriculteurs disposent des matières actives, qui sont efficaces sur leur cible, et d’adjuvants qui ont différentes fonctions : étaler, faire adhérer, faire pénétrer, humecter, empêcher le lessivage, limiter la dérive, assurer la qualité de la bouillie (pH et dureté de l’eau, éviter la formation de mousse…). L’adjuvantation dépend de nombreux facteurs, dont la météo : « Certains produits doivent pénétrer dans les feuilles pour agir, donc traverser la cuticule, dont l’épaisseur dépend de l’âge de la plante et des conditions météorologiques. Quand il fait chaud et sec, la plante se lignifie, la cuticule devient plus épaisse, et il faut donc d’autant mieux adjuvanter les matières actives », illustre Christian Lux. L’adjuvantation dépend aussi des espèces : « Les graminées notamment, sont peu mouillables, les gouttes coulent facilement. » À l’inverse, le maïs au printemps pousse très vite et sa cuticule est fine. Dès lors, l’utilisation d’huiles entraîne un risque de brûlures.
Après avoir livré quelques astuces d’expert pour être efficace mais pas trop agressif, Christian Lux passe au second point de son propos : l’ordre d’introduction des produits dans la cuve des pulvérisateurs. Car, comme en pâtisserie, cela a son importance ! Et là aussi, la première distinction se fait entre les produits secs (poudres, granulés) et les produits liquides, pouvant être à base d’huile ou d’eau. La pratique valant mieux que de longs discours, Christian Lux propose aux agriculteurs de donner l’ordre d’introduction des ingrédients de deux bouillies. Un exercice auquel les agriculteurs ont su répondre sans trop d’hésitations ni d’erreurs. Retenons que les adjuvants correcteurs de bouillie se mettent en premier (l’anti-mousse par exemple, afin d’éviter que la suite ne déborde), puis les ingrédients solides, puis les ingrédients liquides, d’abord ceux formulés dans l’eau puis ceux formulés dans l’huile, et enfin les adjuvants type huiles et mouillants. Enfin Christian Lux rappelle l’importance de bien nettoyer le pulvérisateur entre deux traitements différents, « surtout quand il y a du colza et/ou de la betterave dans l’assolement ».












