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Bérengère de Butler

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Voyage d’étude « Eau et agriculture de montagne » à la ferme du Krameterhof en Autriche

Épisode 3 : Les mains dans la boue

Technique

Publié le 03/11/2022


« Créer un bassin n’est pas toujours la meilleure solution pour retenir l’eau », pose Oliver Krische, hydrogéologue et membre du bureau d’études Holzer Permaculture Solutions, pourtant spécialisé dans l’aménagement de bassins d’assez grandes dimensions (leur plus grande réalisation, en Espagne, fait 4,7 ha). Il embraie sur les différentes formes de stockage de l’eau, à commencer par… la neige ! Lorsque l’eau de pluie arrive au sol, une manière de limiter son évaporation et son ruissellement est de mulcher le sol. La présence de végétaux vivants diminue l’évaporation, mais, d’un autre côté, les plantes évapotranspirent l’eau. « La combinaison du mulch et des végétaux crée un petit cycle de l’eau qui tend déjà à retenir l’eau dans ce système », décrit Oliver Krische, schémas à l’appui. Autre forme de rétention d’eau, la condensation, liée au relief si petit soit-il, du mulch, aux taillis, aux bosses et creux du terrain. Et puis il y a les racines des plantes, qui favorisent l’infiltration d’une eau qui peut être rapidement remobilisée par les plantes. Un levier qui peut être largement influencé par la quantité de racines et leur diversité. La présence de végétaux a encore un autre effet, celui d’aboutir à la formation d’humus, capable de retenir de l’eau. En tout cas, plus une surface est végétalisée, moins il y a d’écoulement superficiel et plus il y a d’infiltration.

Pour retenir l’eau qui s’écoule en surface, et qui est donc perdue pour les usages agricoles, la première solution, c’est la baissière, qui correspond à une accentuation de creux et de bosses naturels du terrain. « Végétaliser la butte créée permet de la stabiliser, de valoriser l’eau retenue, et d’en restituer par condensation », souligne Oliver Krische. Autre piste : « Mettre en place des zones boisées dans les prairies, afin de profiter de leur pouvoir d’infiltration. »

Chemins et terrasses

Les solutions plus radicales font intervenir du terrassement. Par exemple, créer des successions de chemins et des terrasses, avec des fossés en bordure de chemins pour retenir l’eau, les terrasses pouvant en outre accueillir des baissières ou des étangs. Selon les configurations, il est possible de concevoir des chemins bombés, des chemins contre pentés… L’idée étant que l’eau recueillie dans les fossés qui bordent les chemins aille alimenter ensuite une succession de bassins qui ralentissent le ruissellement de l’eau. Et à partir desquels on peut amener l’eau où on en a besoin. La pente de la terrasse peut être dirigée vers l’extérieur, l’eau s’écoulera alors vers la pente, ou vers l’intérieur, l’eau s’écoulera alors vers la montagne pour s’y infiltrer, à moins d’imperméabiliser un fossé, ce qui créera un biotope humide. « Le fossé peut aussi être rempli de cailloux et fermé afin de limiter l’évaporation. »

Créer un étang, les précautions d’usage

Autre solution, l’étang, ou plutôt le réseau d’étangs. Mais avant de se lancer dans la construction d’un tel ouvrage, il convient de se poser quelques questions préliminaires : quelle est la quantité d’eau disponible ? Quelle est sa nature (source, drainage, ruissellement…) ? Arrive-t-elle de manière permanente ou ponctuelle ? Quelle est la nature du sous-sol ? Une fois ces éléments connus, il faut trouver le bon emplacement. « Tout dépend d’où on a besoin d’eau, et d’où elle est disponible, ou accessible », pointe Josef Holzer, qui résume les caractéristiques du site idéal : stabilisé, avec suffisamment de terre, composée en majorité de particules fines types argiles et limons, et pas trop humide. Ce qui suggère de ne pas céder à l’instinct naturel de vouloir placer un étang dans une zone naturellement humide. « Ce sont souvent des zones soumises à réglementation. Et puis pour créer un étang il faut pouvoir compacter la terre. Donc, mieux vaut construire l’étang dans le sec et attirer l’eau dedans. » Il faut également tenir compte de la topographie, des infrastructures en place, chercher à bouger le moins de terre possible, et penser que les digues pourront servir de chemins. « Un étang s’intègre et se planifie », indique Josef Holzer. Mais si « c’est important d’avoir planifié l’ensemble des travaux », ça l’est aussi de « laisser de la place à l’improvisation et à la créativité pour les détails, en fonction de ce qu’on trouve sur place ».

Une fois le site identifié, il s’agit de s’assurer que c’est le bon ! Pour cela, il convient de retirer l’horizon superficiel et de le conserver précieusement, car il servira plus tard. « Il faut donc penser à avoir un espace de stockage suffisant pour cet horizon à proximité du chantier. » Ensuite, il faut sonder le sous-sol en creusant plusieurs trous de 2 voire 3 mètres de profondeur, soit au-delà de la profondeur du futur bassin. L’objectif est de pouvoir identifier la nature des matériaux qui composent le sol et le sous-sol. En effet, certains matériaux se compactent (limons…), d’autres non (boue…). «Les différences sont parfois très fines et il faut les connaître avec précision pour déterminer s’il sera possible d’étanchéifier correctement l’ouvrage. Il faut aussi connaître l’hygrométrie du sol, car la teneur en eau des matériaux va aussi influencer leur capacité à être compactés : s’ils sont gorgés d’eau, c’est compliqué, mais il faut une certaine quantité d’eau pour pouvoir agglomérer les couches entre elles. En plus, la quantité d’eau dans le sol varie chaque année et au cours de l’année, d’où l’importance d’effectuer les travaux au bon moment : plutôt au printemps ou à l’automne, selon la pluviométrie de l’hiver. » La quantité d’eau contenue dans les matériaux peut être déterminée de manière empirique : si la terre colle aux bottes, il y a trop d’eau, si les bottes restent propres, la quantité d’eau est correcte. « Si on ne dispose pas de bons matériaux sur place, mieux vaut en chercher ailleurs et trouver une autre utilité à ce qui a été excavé. Sachant qu’il vaut toujours mieux utiliser du matériel local pour réduire les coûts. »

Une digue solide à la base

Une fois ces précautions prises, et si la nature du terrain le permet, place à la construction ! La première étape consiste donc à décaper et réserver l’horizon superficiel. Puis il s’agit de définir un pied de digue, en lui appliquant une pente vers l’intérieur. Astuce : le délimiter avec des piquets. Ce pied doit être suffisamment large, et composé de matériaux portants. Concrètement, il s’agit de prélever des matériaux en amont, et de les tasser en aval, sur le pied de la digue, au fur et à mesure. « C’est primordial de procéder couche par couche, c’est-à-dire de déposer une quantité de matière modérée, de la damer, et de procéder ainsi jusqu’à la hauteur de digue désirée, qui est fonction de la pente », explique Oliver Krische. En effet, si la digue n’est pas bien damée et donc étanchéifiée, de l’eau peut s’y infiltrer et créer une lentille d’eau sur la digue, ce qui limitera d’autant la hauteur d’eau maximale du bassin. Idem s’il reste de l’humus sous le pied de la digue : de l’eau peut finir par s’infiltrer et s’écouler par là, déstabilisant l’ensemble de l’ouvrage.

À noter que la digue n’a pas forcément besoin d’être haute pour que le bassin soit profond, sa hauteur est fonction de la pente. Par contre, plus elle est large, plus l’ouvrage sera stable. Une fois la digue constituée, l’étape suivante consiste à étanchéifier le fond du bassin, toujours avec le même processus de damage de matériaux par couche, sur au moins 50 cm, précise Oliver Krische. Les bassins n’étant pas étanchéifiés par du liner mais par des sédiments, ils ne sont jamais complètement étanches. L’objectif est que l’infiltration soit très lente. Pour remplir les bassins, les experts conseillent d’ailleurs d’utiliser une eau chargée en sédiments qui vont venir se déposer dans les pores et les colmater. Le fond du bassin peut avoir toutes sortes de formes, mais environ un quart doit être une surface plane toujours immergée, afin que s’y mette en place un écosystème pérenne.

L’ouvrage idéal est invisible

Quel que soit le type de bassin construit, il doit être équipé d’au moins un tuyau destiné à évacuer le trop-plein, d’un diamètre de 160 mm minimum, davantage selon les écoulements prévus. L’idéal est de le positionner là où la digue s’amenuise. Pour éviter que de l’eau ne s’infiltre le long du tuyau, ce qui peut conduire à la détérioration de la digue, Oliver Krische préconise de l’enduire de bandes mélangées à du plâtre et de la colle à carrelage sur toute sa longueur. Il faut aussi prévoir son emplacement dès le début de l’érection de la digue, et laisser une coupe dans le talus où il sera positionné.

Viennent enfin les finitions, qui permettent de réutiliser la couche d’humus pour habiller la digue, les remblais, y implanter des végétaux… Mais attention : jamais d’arbres sur la digue, qui peut par contre être pâturée. Il est possible d’installer une île dans le bassin, avec des cailloux recouverts d’humus et de compost. « Cela permet de cultiver des légumes dessus : l’eau remonte par capillarité dans l’humus, et les racines descendent dans les cailloux », décrit Josef Holzer, pour qui un bon ouvrage doit se fondre dans le paysage.

Symposium du houblon

Une plante aux mille facettes

Cultures

Publié le 31/10/2022


La filière du houblon est petite, mais foisonnante. Il y a quelques années encore, elle portait bien son qualificatif de culture « mineure ». Mais aujourd’hui, elle est capable de rassembler 130 personnes pour deux journées d’interventions scientifiques, de brainstorming, de prises d’engagements et de position. En effet, la culture du houblon a bénéficié de l’essor des microbrasseries et des bières craft. Des néohoublonniers se sont mis à cultiver du houblon hors des régions historiques, drainant avec eux de nouveaux besoins, tant en termes de matériels que de connaissances. Dans le sillage de l’essor de la production houblonnière sont donc nées des entreprises, comme Hopen terre de houblon, des associations comme Houblons de France (lire en encadrés)…

Quant à elle, l’interprofession, créée en 2020, a vocation à organiser la filière, à optimiser ce vent de renouveau en coordonnant les actions, en partageant les initiatives. C’était justement l’objet de ce symposium, ou réunion de spécialistes. En effet, outre un programme riche et dense, il a été l’occasion de réunir en un même espace-temps les divers membres de la grande famille du houblon. Une famille qui ressemble à tant d’autres, avec des aînés et des plus jeunes, des personnalités et des caractères différents, mais qui œuvrent tous à valoriser une culture et des savoir-faire.

De la bière à la pharmacopée, humaine et végétale

La première journée de ce symposium, dédiée à la recherche scientifique, a mis en lumière les multiples facettes du houblon. Josef Patzak, expert en houblon en provenance de République tchèque, a ouvert le bal avec une intervention sur les voies de biosynthèse de différents composés et leur régulation dans les glandes à lupuline. Ces polyphénols, terpènes et autres acides alpha, fabriqués à partir des sucres issus du processus de photosynthèse, sont notamment responsables de l’amertume que le houblon apporte à la bière. Retenons avec humilité que ces chemins sont compliqués et très interconnectés. « Ils font intervenir tout un tas d’enzymes dont l’expression est influencée par différents facteurs comme les stress biotiques », précise Josef Patzak.

Tous ces métabolites sont encore méconnus. Et il y a fort à parier qu’ils peuvent trouver bien d’autres valorisations que la brasserie. C’est le thème de recherche de Céline Rivière, maître de conférences en pharmacognosie à la faculté de Lille. En médecine notamment, « les propriétés anti-stress et sédatives du houblon sont reconnues ». Mais des propriétés oestrogéniques, antioxydantes, anti-inflammatoires lui sont également attribuées. Il protégerait du diabète de type 2, des maladies cardiovasculaires… L’activité antimicrobienne du houblon a fait l’objet d’une thèse qui a permis de la démontrer. « Le xanthohumol, notamment, permet de réduire les doses d’antibiotiques de synthèse. » D’autres travaux ont permis de démontrer que l’application d’extraits de cônes de houblon permet de diminuer les doses de fongicides de synthèse dans le cadre de la lutte contre la septoriose du blé. D’autres encore consistent à caractériser les profils aromatiques des houblons sauvages, qui s’avèrent être des trésors de flaveurs. L’analyse de ces composés a permis d’en identifier 107, dont certains originaux. Les travaux se poursuivent avec l’exploration de l’effet du terroir sur les profils aromatiques des houblons, l’utilisation des métabolites du houblon pour contrôler ses propres ravageurs dans le cadre de stratégies de biocontrôle…

Des lianes aux fibres

Le houblon, ce ne sont pas que des cônes, ce sont aussi des lianes, particulièrement hautes et résistantes, qui ne sont pour l’instant valorisées que via leur valeur fertilisante, puisqu’elles sont broyées et restituées au sol après la récolte. Nicolas Brosse, chercheur à l’Université de Lorraine, s’intéresse à la valorisation de ces fibres, qui pourraient constituer une ressource pour l’industrie textile, la fabrication de composites… Une ressource d’autant plus vertueuse que les impacts des deux principales fibres utilisées actuellement (synthétiques et issues du coton) sont déplorables.

La première étape de ce travail de recherche a été d’identifier la meilleure manière d’extraire les fibres longues, collées entre elles par une sorte de gomme, pour obtenir des fibres techniques. Différentes techniques ont été comparées : le rouissage (faisant intervenir de l’eau et des micro-organismes), un traitement chimique à la soude et à l’eau oxygénée, un traitement innovant, à base de décompression explosive à la vapeur d’eau dans un réacteur pressurisé qui engendre une fracturation de la matière. C’est d’ailleurs ce dernier traitement qui a donné les résultats les plus prometteurs. Les fibres de houblon obtenues présentent des caractéristiques techniques proches de celles du chanvre, bien qu’un peu plus courtes.

Le bois du houblon, situé sous les fibres, a également fait l’objet de tests : il a été explosé à la vapeur afin d’y relocaliser de la lignine, ce qui a permis de rendre les fibres autocollantes et de fabriquer un panneau sans produits chimiques, ce qui assure une fin de vie et un recyclage plus simple que les panneaux de bois classiques, riches en colles de synthèse. Pour ne rien gâcher, ce composite présente « des propriétés mécaniques intéressantes », pointe Nicolas Brosse.

Face au changement climatique

Au cours de ce symposium, le changement climatique est revenu comme un leitmotiv. Il apparaît comme un facteur disruptif majeur pour les années à venir. Le houblon étant une culture pérenne, les houblonniers doivent adapter leurs pratiques dès à présent. C’est pourquoi le lycée agricole d’Obernai, pionnier de la production du houblon bio, met en place une houblonnière de rupture, destinée à tester des solutions innovantes. Se rapprocher de l’écosystème naturel du houblon, à savoir la ripisylve. Faire évoluer les structures des houblonnières qui représentent des investissements lourds. Étudier l’impact de l’implantation d’arbres dans les houblonnières, qui peuvent participer à la formation d’un microclimat favorable, aller capter de l’eau et des nutriments en profondeur via les mycorhizes. Faire pâturer l’inter-rang par des moutons, ce qui suggère aussi de trouver des alternatives au cuivre. Installer des filets paragrêles à 8 m de haut dans les houblonnières pour les protéger de la grêle et du rayonnement lumineux. Tester un système d’irrigation par goutte à goutte dans l’échafaudage, à 6 m du sol, pour irriguer et rafraîchir l’atmosphère. Soit, en tout, un laboratoire géant de 2,3 ha, qui va sortir de terre durant ce mois de novembre.

 

 

Voyage d’étude « Eau et agriculture de montagne » à la ferme du Krameterhof en Autriche

Épisode 2 : La permaculture en pratique

Technique

Publié le 27/10/2022


Après la théorie, place à la visite. Au niveau du siège de l’exploitation, Josef Holzer donne le ton du reste de la visite. « Partout, nous combinons plusieurs utilisations de l’espace. Vous verrez donc beaucoup d’arbres fruitiers, et des pins, que nous considérons comme des fruitiers. » En effet, leurs épines sont récoltées et vendues pour en extraire de l’huile essentielle, tout comme les pommes, dont les extraits peuvent entrer dans la composition d’huiles, marmelades, vinaigres, jus, eaux-de-vie… Mais pas n’importe quelles pommes : il s’agit des fruits du pin cembro, qui après récolte, sont mis sous vide, congelés et vendus à… 1 € la pomme de pin ! « Alors que les arbres poussent sans que ça ne nous coûte rien », enfonce Josef Holzer.

Josef Holzer guide les visiteurs encore sous le choc de cette première révélation vers un outil monté sur chenilles : c’est sa moissonneuse-batteuse. Elle vient du Japon. Elle est conçue pour récolter le riz dans les rizières, mais elle est aussi particulièrement adaptée aux toutes petites parcelles du Krameterhof. Ici, elle récolte des céréales (seigle, épeautre, triticale…), essentielles à la rotation, mais aussi du pavot, des légumineuses, du sarrasin, et les semences que la ferme multiplie, comme des carottes cœur de bœuf, énormes et adaptées aux semis tardifs. « On commence à trouver ces machines en Italie, en Allemagne. C’est pratique pour récolter entre les arbres, entre les vignes », indique l’agriculteur. Il a payé la sienne 6 000 €, dans le cadre d’un réseau d’agriculteurs qui fonctionne sur un principe d’entraide et de solidarité, car le service après-vente est un peu loin, rigole Josef Holzer.

Produire le plus possible avec le moins possible

Face au premier étang rencontré, Josef Holzer plante le décor : l’étang produit des poissons, l’herbe autour est pâturée, les fruits et le bois des arbres sont récoltés. Cet étang est le dernier d’un groupe de sept, qui « travaillent ensemble ». Ils sont disposés pour recueillir un maximum d’eau de ruissellement. Et c’est le cas de chaque groupe d’étang, qui correspond chacun à un bassin-versant, afin de maximiser leur efficacité. « L’objectif est de capter l’eau qui ruisselle sur les pentes vers les étangs, pour qu’elle s’y infiltre doucement. » Cet étang est alimenté par d’autres, situés plus haut, et dont l’eau s’écoule graduellement. Pour les positionner, il s’agit de prendre en compte la nature des terrains environnants, les chemins préférentiels de l’eau… Au Krameterhof, plusieurs types de retenues d’eau se côtoient. Les étangs « profonds » affichent une profondeur de 2 à 3 m. Ils sont tous équipés d’un système de tuyaux qui permet de réguler leur hauteur d’eau en laissant s’écouler le trop-plein, d’un système qui permet de les vider, et d’un évacuateur de crise. « Il y a donc trois évacuateurs : de fond, de crise et de trop-plein », résume Josef Holzer. Ces étangs sont destinés à la production de poissons, qui sont « pêchés » en vidant les étangs une fois par an ou tous les deux ans. Josef Holzer les décrit comme « un pâturage », ou « une surface exploitée ». Trois types de poissons s’y côtoient : des herbivores, des omnivores et des prédateurs piscivores. « Ils doivent tous trouver de la nourriture, donc il est important de respecter un chargement qui permette d’atteindre un équilibre. » Les herbivores sont nourris en été avec un godet d’herbe par jour. Les omnivores se nourrissent essentiellement de la faune et de la flore lacustres. Les poissons prédateurs régulent les maladies en consommant leurs congénères malades. « Dans les étangs comme dans les pâtures, le chargement est plus important qu’à l’état naturel. Cela ne fonctionne que parce qu’il y a de l’affouragement, du pâturage tournant… » Dans les étangs, pour savoir si le chargement est correct, un bon indicateur est la vie du sol, et notamment la population d’écrevisses à pattes rouges qui, en se nourrissant des détritus, nettoient les bassins, et dont Josef Holzer fait également commerce.

Une digue plus loin se situe un autre bassin, à zone plate, destiné à la reproduction des poissons et à la culture de plantes aquatiques. « Les poissons pondent dans l’eau chaude située sur la butte, où poussent les herbes aquatiques. Les jeunes poissons y sont à l’abri des prédateurs et trouvent de la nourriture », décrit Josef Holzer. Comme les autres, ces étangs sont aussi des réserves d’eau de ruissellement. Enrichie en nutriments, elle est particulièrement propice à l’irrigation, notamment des serres. Certains étangs sont équipés de turbines qui permettent de produire de l’électricité. D’autres accueillent des canards. D’autres encore des plantes médicinales… « Nos plus vieux bassins ont 60 ans », conclut Josef Holzer.

La visite se poursuit, de terrasses en terrasses. « Le principal frein à la production, ici, c’est l’eau », pointe Josef Horzel. Les terrasses ont donc pour rôle de faciliter la mécanisation des interventions, mais aussi de faire en sorte que l’eau s’infiltre mieux, en réduisant sa vitesse de ruissellement. Elles réduisent aussi l’exposition du sol au rayonnement lumineux. En outre, chaque terrasse est ombragée par des fruitiers au sud. Une terrasse contient toujours au moins une culture à forte valeur ajoutée, que ce soient des légumes, des fruits ou des plantes médicinales. Les pentes, elles, sont consacrées au pâturage, aux taillis d’arbres, dont le bois broyé sert de paillage pour les animaux, le tout étant ensuite composté.

Des animaux adaptés à leur milieu

La première terrasse accueille des cochons noirs des Alpes. Avant la suivante, Josef Holzer signale les highlands qui entretiennent les friches, des arbres qui ont été coupés et qui recèpent. Au détour d’un chemin : un logement typique en bois « pour la famille et les stagiaires ». À sa porte, un poulailler mobile. Quelques mètres plus haut, des moutons Southdown, une race anglaise qui a la particularité de ne pas s’attaquer aux écorces des arbres. À l’étage au-dessus, des oies paissent entre des andains de compost, composés de bois broyé. Josef Holzer décrit : le bois est composté trois ans. Au début, il est retourné, pour favoriser une montée en température nécessaire à son hygiénisation. Puis il est couvert de géotextile pour laisser travailler les vers de terre, et il sert de substrat à la culture de cucurbitacées, dont les plants sont insérés dans le géotextile à l’aide de trous garnis de laine de mouton. Après la récolte des courges, les oies profitent de ce qui reste de cette culture qui ne nécessite quasiment ni eau ni entretien. Vient une terrasse où carottes, panais et oignons côtoient des arbres fruitiers. Puis une autre de choux (rave, pointu, rouge, de Bruxelles…). Une autre de pommes de terre, destinées à nourrir les cochons, les carpes, les volailles. Particularités de toutes ces surfaces en légumes : elles sont toutes mulchées. Objectif : éviter de laisser le sol nu entre les rangs, repousser au maximum le recours à l’irrigation. « Il n’y a qu’au printemps que les parcelles ne sont pas mulchées, pour favoriser le réchauffement du sol. » Pour remplir ces objectifs, Josef Horzel utilise comme mulch de la fauche de prairie, qui se dégradera régulièrement sans créer de faim d’azote.

Encore un peu plus haut, une parcelle de topinambours est destinée à la fabrication d’alcool. Mais, surtout, « c’est un spa pour les volailles », rigole Josef Holzer. Après les avoir mises à contribution pour nettoyer les parcelles de légumes, elles sont mises au repos dans le topinambour. En effet, si elles trouvent le couvert dans les parcelles de légumes, elles n’y trouvent pas le gîte, ce qui peut les stresser.

À l’arrivée au sommet du Krameterhof, c’est le clou de la visite : deux étangs scintillent dans l’air du soir, deux chevaux dévalent la pente à la rencontre des visiteurs. Ce sont des freibergers (Franches-Montagnes en français), une race de chevaux de travail montagnards d’origine suisse. Qui sont là essentiellement… pour le plaisir.

Avec Mon Farméos du Comptoir agricole

Une moisson d’informations à portée de clics

Pratique

Publié le 05/10/2022


Agriculteur à Roeschwoog au sein de l’EARL éponyme, Ritchie Folmer produit du blé, du colza, du soja, du tournesol, du maïs et du maïs semences ainsi que des légumes sur 142 ha de SAU. Il utilise Mon Farméos depuis sa création cet été. L’outil comporte trois volets. L’un est dédié aux approvisionnements, l’autre aux livraisons de céréales et le dernier à la comptabilité. Ce dernier lui est particulièrement utile : « C’est là que je vois toutes les factures et versements en cours et à venir. Cela me permet par exemple d’anticiper une dépense et donc de provisionner mon compte en conséquence. Ou encore de vérifier que les versements générés par les ventes des céréales arrivent bien sur mon compte, tout comme les compléments de prix en cours d’année. Cela donne de la visibilité, me permet de se projeter. C’est un peu de charge mentale en moins, ce qui est toujours appréciable. Et puis si jamais une facture est perdue, il est possible d’en générer facilement un PDF », décrit Ritchie Folmer. Il apprécie aussi beaucoup les fonctionnalités du volet céréales. « Lors des moissons, nos livraisons sont suivies en temps réel. Tout est noté, le tonnage, l’humidité… Et c’est très visuel grâce à des graphiques bien conçus avec un code couleur pour chaque culture. Cela permet par exemple de faire des calculs de rendements. Et puis, comme chaque livraison est enregistrée et tracée, il n’est plus nécessaire de conserver le ticket qu’on reçoit à chaque livraison, c’est beaucoup plus pratique. » Ritchie Folmer apprécie aussi de pouvoir suivre la valorisation de sa production : « On peut voir ce qui est déjà valorisé et ce qui ne l’est pas encore. C’est intéressant d’avoir une visibilité sur ce que devient notre travail ». Gabriel Diemert, responsable du service Développement informatique au Comptoir agricole, précise : « En fonction des contrats financiers qui nous lient, les agriculteurs peuvent consulter l’ensemble des affectations. En effet, si la plupart des agriculteurs nous chargent de commercialiser leur production, certains nous sollicitent pour stocker leurs céréales chez nous. Ceux-là peuvent voir l’état de leur stock dans nos silos, et le nombre de jours de stockage facturés. Il y a d’autres agriculteurs qui ne vendent leurs céréales que bien plus tard après l’apport. Pour eux aussi, c’est intéressant de voir l’état de leurs stocks ». Du côté des approvisionnements, Ritchie Folmer apprécie de pouvoir avoir, à un instant t, une image de l’état de ses commandes et notamment du restant à enlever. « Dans cet onglet, les agriculteurs ont aussi accès à l’évolution du coût moyen des produits. Ce qui leur permet d’anticiper le prix moyen qui leur sera facturé. Le fait d’avoir une visibilité simplifiée sur l’état des commandes permet aussi de savoir si un agriculteur a retiré plus ou moins d’intrant que ce qu’il avait commandé, et donc dans quel sens sa situation sera régularisée », précise Gabriel Diemert. « Cela me permet aussi de comparer avec l’année n-1 », indique l’agriculteur, qui souligne aussi l’ergonomie de Mon Farméos, basée sur des menus déroulants fonctionnels et bien pensés.

Un outil facile à prendre en main

Technico-commercial au Comptoir agricole dans le secteur de Thal-Drulingen depuis 7 ans, Lionel Freund est né en 1994. Autant dire qu’il a grandit avec les outils informatiques, qu'il maîtrise donc assez bien. « Farméos est un logiciel très bien fait, avec une interface moderne, très facile à prendre en main », estime-t-il. Pour lui comme pour les autres techniciens du Comptoir agricole, Farméos est un outil de travail quotidien : « Nous l’utilisons tous les jours. Il nous permet d’être plus efficients, plus rapide. Nous sommes capables de retrouver rapidement toutes sortes d’informations comme les enlèvements, les factures, la liste des encours, et notamment combien d’engrais a été commandé par un adhérent et combien il lui en reste à venir chercher ». Le volet consacré aux céréales apporte de nouvelles fonctionnalités (lire aussi en encadré). « C’est un service très apprécié car les agriculteurs voient quasiment en direct ce qu’ils ont apporté. À peine une benne est-elle déposée que l’agriculteur peut savoir ce qu’elle contenait en termes de poids et d’humidité. Cela lui permet de suivre sa collecte au gré des parcelles qui sont récoltées. Le risque de perdre des tickets est écarté alors que c’est un incident de parcours assez fréquent pendant des moissons, comme plusieurs personnes interviennent en même temps », détaille Lionel Freund. À noter que les agriculteurs qui le souhaitent peuvent même recevoir une notification en temps réel par SMS lorsqu’une benne est livrée. Au-delà de la traçabilité et de la collecte des informations sur la quantité, l’humidité, l’agriculteur a une visibilité sur l’heure de livraison de la benne, donc une idée de quand elle sera de retour au champ, pratique pour gérer les chantiers de récolte qui mobilisent plusieurs intervenants !

Consultable sur ordinateur ou via une application dédiée sur smartphone, Farméos rend donc toutes sortes de services aux adhérents du Comptoir agricole. Mais, précise Lionel Freund, Farméos n’a pas vocation à remplacer les techniciens. Ainsi, il n’est pas possible de passer des commandes d’intrants directement depuis Farméos. Cela relève toujours de la compétence des techniciens. « Notre rôle de conseil et d’appui technique est important pour que les pratiques soient adaptées aux territoires », souligne Lionel Freund.

À ce jour 500 apporteurs de céréales sur les quelque 3 000 que compte la coopérative profitent des fonctionnalités de Mon Farméos. Pour y accéder, rendez-vous sur comptoir.coop, l’intranet de la coopérative, puis suivre les onglets Économie, Mes Comptes et enfin Mon Farméos, où chaque adhérent peut créer gratuitement un compte en utilisant son numéro d’adhérent comme identifiant. En général, dès le lendemain de l’inscription, le compte est actif.

Comptoir agricole

La bonne dose d’azote au bon endroit avec Farmstar

Technique

Publié le 04/10/2022


Développé par Airbus et Arvalis, Farmstar est un OAD qui permet de piloter la fertilisation azotée du blé, de l’orge, du triticale et du colza. Il repose notamment sur la prise d’images satellites qui permettent de mesurer la quantité de biomasse et l’indice de chlorophylle, deux indicateurs qui aboutissent à une estimation de la quantité d’azote dont la culture a besoin à un instant t. Et donc d’apporter la bonne dose d’azote au bon endroit, sans sur ni sous fertilisation. Une théorie que Valentin Gertz, technicien au Comptoir agricole, module : « Farmstar est un outil. Il faut garder un œil critique sur les résultats, et s’en servir comme base de réflexion. En effet, si les résultats donnent une bonne image de la réalité à un temps t, avec des données fiables, ils ne prennent pas en compte l’historique des pratiques ». Ainsi, à force d’utiliser Farmstar, les techniciens du Comptoir agricole se sont rendu compte que, en Alsace, huit années sur dix, il ne pleut pas du 15 mars au 15 avril, ce qui englobe le stade épis 1 cm, généralement atteint fin mars, où les besoins en azote du blé sont importants, et où les agriculteurs effectuent donc un apport d’azote. Or, sans pluie, cet apport n’est pas bien valorisé. « Aussi, lorsque les images satellites arrivent fin avril, elles suggèrent une sous fertilisation, alors que la réalité correspond à une dose d’azote mal valorisée, pointe Valentin Gertz. Ce constat nous a d’ailleurs permis d’affiner nos préconisations en matière de fertilisation azotée de manière à prendre en compte ce risque de manque de précipitation. Nous incitons les agriculteurs à avancer cet apport d’azote, afin de maximiser la probabilité d’avoir une pluie valorisante derrière ».

 

 

Valentin Gertz estime qu’en Alsace, les agriculteurs ont plutôt tendance à sous-fertiliser. « Farmstar va donc déclencher des apports de doses d’azote plus élevées qui vont permettre de maximiser le potentiel de rendement ». En outre, Farmstar permet de mieux prendre en compte les reliquats azotés, surtout lorsqu’ils sont élevés, ce qui devrait être le cas cette année. À noter que l’utilisation de Farmstar requiert de fractionner la dose totale d’azote à apporter en trois apports, car c’est surtout sur le 3e apport que la dose est ajustée, potentiellement jusqu’à l’impasse totale.

Vers une fertilisation en temps réel

À l’heure actuelle, en Alsace, quelque 150 adhérents du Comptoir agricole utilisent Farmstar sur environ 2 000 ha. L’idée que cet outil est réservé aux agriculteurs qui disposent de matériels performants, et notamment d’un épandeur d’engrais à modulation automatique persiste, alors qu’en fait ce n’est pas obligatoire. En effet, Farmstar édite aussi des cartes de modulation manuelle quand c’est possible (lire aussi en encadré). Le Comptoir agricole propose deux formules, une « réglementaire » et économique, qui donne accès aux fonctionnalités de base. Et une formule « agronomique », plus onéreuse, qui donne accès à des fonctionnalités plus poussées pour les agriculteurs les plus techniques.

Un nouveau modèle de gestion de la fertilisation azotée, baptisée CHN, est en cours de développement par Arvalis. Il intègre à la fois des données sur les besoins des cultures et les conditions climatiques. Avec ce nouveau modèle, la fertilisation azotée sera pilotée en temps réel, ce qui nécessite plus de trois apports à des doses réduites d’azote, de fin tallage à épiaison. « L’utilisation de cet outil va demander du temps, de suivi des données, de réalisation des apports, de renseignement des pratiques tant en matière de fertilisation que d’irrigation, mais il permet de lever les biais d’origine climatique, et de mieux intégrer les données météorologiques. Ainsi, si aucune précipitation n’est prévue, le modèle ne déclenchera pas d’apport d’azote, même si la culture en a besoin », décrit Valentin Gertz.

 

 

Inauguration du plus grand show de fruits et légumes de France

Une belle brochette d’officiels

Pratique

Publié le 03/10/2022


Vendredi 23 septembre à 16 h, les derniers élèves quittent le site du plus grand show de fruits et légumes de France, en rang deux par deux, gilets fluorescents sur le dos, et cerveaux bien remplis d’informations de première fraîcheur sur les fruits et légumes. Ils sont remplacés par un gratin d’officiels. Face à un parterre attentif, Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), sert l’apéritif en saluant toutes les personnalités présentes, en détaillant le programme des festivités, et en remerciant tous ceux qui se sont engagés pour faire de cet événement une réussite. Pour les hors-d’œuvre, place à Thibaud Philippe, maire d’Illkirch-Graffenstaden, qui a souligné que le terrain qui accueille le show a failli être bâti mais qu’entre-temps « il y a eu un changement de paradigme », et que « sa vocation nourricière au bénéfice des habitants a finalement été préservée ». Doris Élisabeth Ternoy, conseillère eurométropolitaine en charge de la politique agricole métropolitaine et des circuits courts, a poursuivi avec le potage, soulignant que l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) a à cœur d’accélérer la transition de sa politique agricole, en partenariat avec le monde agricole. Elle a salué un événement qui permet de « donner une information éclairée sur la consommation de produits locaux, bio et de saison ». Elle a rappelé la place de l’agriculture dans l’EMS - 435 entreprises, un tiers du territoire - et les défis que la municipalité entend relever : « développer une agriculture nourricière sur ses terres afin de fournir une alimentation locale et de qualité à ses habitants, ce qui passe par la préservation des espèces agricoles et une attention particulière portée aux jeunes afin de leur donner envie d’aller vers les métiers de l’agriculture. »

Denis Nass, président de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a envoyé l’entrée froide : « Les fruits et légumes constituent des richesses et des atouts pour le territoire et les consommateurs. Ils contribuent à l’économie locale, à la diversité des paysages, à l’emploi local… » Il a rappelé les difficultés à travailler avec le vivant, d’autant plus à l’heure du changement climatique : « L’accès à l’eau est une nécessité. La grêle peut détruire le travail d’une année… » Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA), poursuit avec l’entrée chaude, avançant que la CEA contribue à la valorisation « fondamentale du métier d’agriculteur, alors que la garantie de l’accès aux terres nourricières n’est pas acquise et que l’augmentation du coût de l’énergie met en péril des exploitations… » Il s’est félicité de la bonne dynamique des marques régionales, soulignant que l’Alsace est un territoire où la consommation locale est particulièrement bien ancrée.

Une interprofession modèle

Philippe Mangin, vice-président de la Région Grand Est, poursuit la valse. En sa qualité de premier plat, il a salué « la force de l’interprofession, créée il y a 18 ans, un modèle d’organisation qui regroupe tous les maillons de la filière, des producteurs à la distribution, et qui constitue une vraie réussite ». En effet, si Egalim 1 et 2 étaient nécessaires, « le législateur ne pourra pas tout faire, et rien ne remplace l’organisation d’une filière », estime le responsable régional de l’agriculture, de la bioéconomie, de la viticulture et de la forêt, qui souhaite donc que le modèle de l’Ifla soit étendu à d’autres filières. Anne Sander enchaîne en proposant un second plat, aux saveurs européennes. Elle a rappelé que les fruits et légumes occupent une place à part dans la politique agricole européenne. Elle a mis en avant le programme européen « Fruits et légumes à l’école », regrettant qu’en France il soit devenu « une usine à gaz ». La députée européenne a également plaidé pour une transition agricole progressive, intelligente, et soutenue par des investissements à la hauteur des défis et des enjeux.

Les partenaires de l’Ifla tombent à pic pour alléger un peu le menu. Camille Sedira, nouvelle Miss Alsace, et égérie des fruits et légumes d’Alsace, s’est dite ravie de représenter la région et notamment les fruits et légumes d’Alsace. « J’ai à cœur de mettre en avant le fait que l’alimentation contribue à la santé et au bien être », a-t-elle déclaré. Le champion de paracyclisme Joseph Fritsch, a partagé tout son plaisir d’être associé à cet événement, et de pouvoir bénéficier du soutien de l’interprofession dans son projet de participer aux Jeux paralympiques à Paris en 2024. À l’image du plateau de fromages, la préfète de la région Grand Est, Josiane Chevalier, annonce le début de la fin des agapes. Impressionnée par la dimension du show, le défi logistique qu’il a représenté, elle a tenu à redire son admiration et son respect pour les agriculteurs, « meilleurs défenseurs de la nature ». Fabien Digel, directeur de l’Ifla, s’est emparé de la fonction d’entremets pour entraîner les petits farcis aux discours vers la visite du site. La « caravane gourmande », alias le food truck de la CEA, fait office de dessert. Le chapiteau européen, inauguré par Anne Sander, de fruits frais. En guise de café, une photo de groupe devant la pyramide de fruits et légumes. Et pour le digestif, censé faciliter la digestion, l’inauguration s’est terminée par des signatures de contrats de filières : pour la truffe d’automne, et pour la filière fruits et légumes.

Comptoir agricole

Maïs : entre espoirs et inquiétudes

Cultures

Publié le 03/10/2022


Chez KWS, Hervé Rigaud vante les qualités d’hypolito, « un inteligens en plus précoce », donc une variété rustique, avec un bon PMG et une tige solide qui autorise une fauche tardive. Il préconise de la semer à une densité comprise entre 85 000 à 95 000 grains/ha selon que la parcelle soit irrigable ou non.

Lidéa, une des deux marques issues du rapprochement d’Euralis et Caussade, propose notamment INDEM668, au gabarit court, au PMG élevé, au grain denté présentant une vitesse de dessiccation élevée. L’autre marque issue de ce rapprochement, Caussade semences pro, commercialise notamment expertize, une variété qui fait de gros épis, courts, avec un bon PMG et une bonne tenue de tige. Autre variété intéressante, anakin, également valorisable en fourrage.

LBS Seed a élaboré deux variétés qui sortent bien dans les essais. LBS 3759 se situe à la charnière des groupes G2 et G3, et LBS 4988 est un G4. Avec LBS 3759, c’est plutôt l’optimum économique que le rendement qui est visé, même si, avec un épi homogène et un bon PMG, son rendement est satisfaisant. LBS 4988 se caractérise par un bon gabarit, une bonne tenue de tige et un bon staygreen, le tout doublé d’une bonne programmation et d’un PMG intermédiaire.

Tolérance aux stress hydrique et thermique

Chez Dekalb, citons DKC5404 et sa belle vigueur au départ, DKC5182 et sa bonne programmation, DKC5016, particulièrement bien adaptée à la modulation des densités de semis intraparcellaires. DKC4728 se situe en fin de G3 avec un potentiel de G4 et une bonne vigueur au départ. Elle est adaptée aux semis précoces, et permet d’éviter que les périodes de fortes chaleurs ne correspondent aux périodes de sensibilité du maïs au stress thermique. DKC4416 est également intéressante car tolérante au stress hydrique, avec un bon potentiel, essentiellement lié au PMG. DKC4598 est le 4*4 de la série, avec un démarrage rapide, mais une dessiccation qui l’est moins.

Chez Semences de France, c’est williano qui est mise en avant, pour son bon potentiel, ses gros épis, et sa bonne valeur alimentaire en fourrage. Quant à bcool, elle est à la fois souple, rustique, et tolérante au stress hydrique.

Syngenta propose surtout des variétés précoces, dans les groupes G0 à G2. Parmi elles, citons SY enermax, pour la régularité de son rendement, contrairement à SB1830, qu’il s’agit de réserver aux terres à bons potentiels, tout comme SC3320.

Chez Pioneer, c’est la gamme aquamax qui est mise en avant. En effet, ces variétés sont particulièrement adaptées aux étés secs qui se profilent. Elles ont été sélectionnées pour faire du rendement même en situation de stress hydrique. Dans cette gamme, P0710 se caractérise par de gros grains sur une petite rafle, ce qui assure une dessiccation rapide en fin de cycle. Citons encore P9889, la variété passe-partout, et P9960, davantage destinée aux situations irriguées.

Maison Lucien Doriath à Soultz-les-Bains

Être en phase avec l’animal

Élevage

Publié le 29/09/2022


Après avoir mené à bien des études scientifiques, Lucien Doriath était destiné à l’enseignement. Mais il a d’abord travaillé dans l’industrie agroalimentaire, plus précisément dans la filière volaille. Puis, il y a 35 ans, il a entamé une reconversion professionnelle. Lorsqu’il a annoncé à sa grand-mère son intention de se lancer dans l’élevage de canards gras, ce fut la surprise ! « Ma grand-mère gavait des oies à Drusenheim, une centaine par an. Elle avait acquis un sacré savoir-faire. Quand je lui ai demandé des conseils, elle s’est tue. Elle a réfléchi. Puis, après un long moment, elle m’a dit : « Si tu te mets en phase avec l’animal, alors tu réussiras à avoir des produits de qualité. » J’ai mis deux ans à comprendre ce qu’elle voulait dire par là. Mais elle avait parfaitement raison », raconte Lucien Doriath à la fin de la visite, lorsque les explications techniques cèdent le pas aux anecdotes.

Au début, face aux visiteurs, Lucien Doriath s’est montré prudent. Il a demandé à chacun (un couple dont monsieur cuisine régulièrement du foie gras, et des voisines venues en savoir plus sur ce qui se passe dans l’enceinte de l’entreprise), son état d’esprit vis-à-vis du gavage et du foie gras. C’est la curiosité qui domine. Aussi, Lucien Doriath se lance dans les explications, en commençant par des rappels de physiologie animale : « Les palmipèdes sont capables de stocker de l’énergie dans leur corps en vue des migrations. C’est un phénomène naturel que l’homme a poussé », introduit-il. Sans la main de l’homme, un foie peut atteindre quelque 200 g, le gavage permet d’aller jusqu’à plus de 500 g. Mais pour en arriver là, il faut « des athlètes au départ » et « il n’y a pas de retour en arrière possible, contrairement au phénomène naturel ».

Les canards ont la clim

Lucien Doriath explique ensuite ses choix d’entrepreneur. Pour la race d’abord. Alors que la plupart des élevages de canards gras utilisent des canards mulards (un hybride stérile issu du croisement de deux espèces de canard, particulièrement productif), il a fait le choix du canard de Barbarie. Il explique : « Ce canard donne une viande et un foie gras de meilleures qualités organoleptiques que le mulard. Mais, pour que l’élevage soit rentable, nous avons dû investir pour que les canards évoluent dans des conditions optimales. » Ainsi, ils sont gavés dans une salle climatisée. Les préserver des fluctuations thermiques saisonnières permet aussi de produire du foie gras toute l’année afin d’alimenter régulièrement le magasin de vente directe. Autre avantage du canard de Barbarie : tout l’animal est valorisable. Ainsi, pas moins d’une centaine de déclinaisons autour de la viande de canard sont élaborées dans les ateliers de la maison Doriath. À noter aussi que les femelles mulardes ne sont pas valorisées, alors que les canards de Barbarie femelles sont valorisées en cannes à rôtir.

Produits normalement en Vendée (lire aussi en page 2-3), les canetons sont ensuite élevés jusqu’à l’âge adulte par trois éleveurs situés en Alsace et à la frontière lorraine. « Ils ont chacun investi plusieurs milliers d’euros pour assurer de bonnes conditions d’élevage aux canards », souligne Lucien Doriath. À leur arrivée à Soultz-les-Bains, les canards sont pesés, car leur alimentation sera adaptée à leur poids de départ, au gré de trois phases : démarrage, croissance et finition. Les canards sont répartis par quinze dans des cages de 3 m sur 1 m, disposées dans deux salles de gavage. « Pour renouveler l’air en oxygène sans créer de courant d’air, un flux d’air traité à l’ozone circule dans les bâtiments. Les bactéries, les virus et les molécules responsables des odeurs sont ainsi détruits ». En phase de gavage, les canards sont nourris matin et soir avec du maïs toasté, broyé, et mélangé à de l’eau tiède. L’opération mobilise quatre personnes, à raison de six heures par jour. « L’opérateur s’assied sur un siège dans une cage. Il prend chaque canard entre ses jambes pour les gaver un à un avec une canule », décrit Lucien Doriath. Chaque semaine, le mercredi, 700 canards sont abattus. Le jeudi est consacré à l’élaboration du foie gras. Les jours suivants à la découpe et à la transformation du reste de la carcasse.

Des projets en attente

Lucien Doriath met un point d’honneur à valoriser tout ce que donnent les animaux : les fientes fertilisent des champs, les plumes sont vendues en Allemagne. À terme, Lucien Doriath et son fils Mickaël, qui reprend l’affaire, aimeraient agrandir le magasin et y vendre des oreillers et des couettes fabriqués avec les plumes de leurs canards. Mais avec la grippe aviaire et l’augmentation des prix, le projet est en stand-by. « Le prix de l’alimentation des canards est passé de 380 à 580 €/t, illustre Lucien Doriath. De notre côté, nous avons augmenté nos tarifs de 5 %, sans être sûrs que cela suffise à faire face. » L’avenir de l’affaire, qui emploie 25 salariés, dépendra donc aussi des consommateurs et de leurs priorités à budgets contraints.

Foire européenne de Strasbourg

Une transhumance au cœur de la ville

Élevage

Publié le 28/09/2022


Des clarines qui tintent dans les allées de la foire européenne de Strasbourg, voilà qui n’est pas commun. Les visiteurs de l’espace agricole ne boudent pas leur plaisir et dégainent leurs téléphones portables pour immortaliser l’arrivée des égéries de la race vosgienne. Vives et alertes, les deux laitières et les deux allaitantes suitées trottinent vers les boxes où elles passeront leur week-end en ville. En effet, la race vosgienne était mise à l’honneur tout le week-end, avec aussi la vente de produits issus de la race, comme le fromage cœur de massif, des munsters, des tomes et des produits carnés.

Agriculteur à Mittlach, dans la vallée de Munster, où il élève quelque 70 vosgiennes dont le lait est transformé en fromages et la viande en charcuterie, Florent Campello est aussi le président du Collectif des races locales de massif (Coram). C’est dire la passion qui l’anime pour cette race qui a bien failli disparaître durant la révolution verte. En effet, en apparence, la vosgienne n’est pas très productive : elle donne moins de lait qu’une holstein, moins de viande qu’une charolaise. Certes. Mais elle donne les deux. Et, surtout, elle produit même lorsque les conditions ne sont pas optimales. Elle est rustique. À l’image de son terroir, qu’elle est capable de valoriser comme aucune autre race bovine. Florent Campello a donc salué le travail de ceux qui ont continué à croire aux atouts de la race, tout en nuançant : « La vosgienne n’est pas encore sauvée. Son avenir passe désormais par les consommateurs. Car, par leurs choix alimentaires, ce sont eux qui orientent le modèle agricole de demain. La vosgienne ne sera donc jamais mieux valorisée que dans leurs assiettes. »

Pour ce faire, la race possède un atout, celui des circuits courts, qui sont particulièrement développés en montagne. Au départ, c’est une réponse à une contrainte. « Il y a dix ans, il n’y avait pas de ramassage de lait en montagne. La seule solution pour conserver le lait, c’était de le transformer en fromages », décrit Florent Campello. Et toujours, parce qu’en montagne on ne va pas au supermarché trois fois par semaine, le plus simple était de vendre les fromages en direct. « Les circuits courts, c’est quelque chose que la montagne vit. Sans ça, il n’y aurait pas d’agriculture de montagne. » Et ce serait dommage, car, à cette altitude, l’élevage est la meilleure solution pour entretenir des espaces ouverts. Pourquoi est-ce important ? Pour le tourisme certes, mais pas que. Les nombreux feux de forêt qui ont rapidement pris des proportions difficilement contrôlables, cet été, l’ont rappelé : les surfaces non entretenues sont plus propices à la propagation des flammes. « Contrairement aux idées reçues, la surface couverte par la forêt progresse en France. Il est donc d’autant plus légitime de reconnaître le rôle des éleveurs dans l’entretien des espaces ouverts, qui contiennent une biodiversité spécifique », campe le président de l’OS vosgienne.

Sans eau, pas d’herbe

Défendre l’élevage de montagne est d’autant plus important qu’il est en première ligne face au changement climatique : « Sur les cinq dernières années, nous avons été confrontés à quatre années de déficit hydrique estival », rapporte Florent Campello. Les éleveurs et le bétail subissent donc de plein fouet ces évolutions. Car, sans eau, l’herbe ne pousse pas. Et elle représente parfois 100 % de la ration des animaux. Les éleveurs n’ont, alors, pas d’autre choix que d’acheter du fourrage, ce qui, couplé à la baisse de la production de lait, met en péril l’équilibre économique déjà fragile de ces exploitations. En outre, si en plaine les agriculteurs peuvent compter sur la nappe et les rivières pour puiser de l’eau afin d’irriguer les cultures, en montagne c’est inenvisageable. « Notre ressource en eau ce sont les sources. » Une ressource qui s’écoule inexorablement vers l’aval.

Pour faire face au changement climatique, des solutions existent. Mais leur mise en œuvre exige des moyens et de la volonté. Le premier levier, que les éleveurs actionnent déjà, c’est la sélection génétique. « Avec l’OS, nous cherchons à identifier des familles qui se maintiennent mieux en condition difficile et à les démultiplier ». Les solutions seront aussi techniques : récupération des eaux pluviales issues des toitures dans des réserves ou à l’exutoire des bassins-versants, dans des petites bassines… La solidarité avec la plaine doit aussi être développée, pour pouvoir par exemple nourrir les bêtes avec du maïs ensilé en plaine, quand l’herbe ne pousse plus en montagne… Enfin, il faudra peut-être aussi développer l’élevage ovin… mais sans pour autant abandonner la vosgienne ! En tout cas, « des choix décisifs s’annoncent pour l’avenir de la race », conclut Florent Campello.

SAS Graines d’Alsace

L’année de l’envol

Cultures

Publié le 17/09/2022


Une fois semées, les Graines d’Alsace ont bien germé. Cédric Steinlé, agriculteur à Plobsheim, pionnier de la culture de lentille, pois chiche et quinoa en Alsace, est désormais associé avec quatre autres producteurs au sein de la SAS Graines d’Alsace : Olivier et Sébastien Hiss, Marc Hamm et Grégory Bapst, répartis sur les bans d’Eschau, Nordhouse et donc Plobsheim. Cette année, les cinq agriculteurs ont cultivé 10 ha de quinoa, 30 ha de lentilles et 12 ha de pois chiche, ce qui va permettre de commercialiser respectivement 12 t, 25 t et 15 t de chaque produit.

Avant d’en arriver là, il y a eu pas mal de tâtonnements. Cédric Steinlé rembobine le film. Une fois que l’idée de cultiver des légumineuses et du quinoa (qui n’est ni une légumineuse ni une céréale mais une pseudo-céréale) a germé dans son esprit, il lui a fallu trouver des semences, ce qui a constitué un premier défi. Il a réussi à trouver de quoi implanter un hectare de chaque culture, et les a conduites jusqu’à terme. Nous sommes en 2020. Et Cédric Steinlé est plutôt satisfait de sa récolte. Vient ensuite l’étape du tri. « C’est là que les ennuis ont commencé », se remémore-t-il. En effet, pour pouvoir commercialiser les graines à destination de l’alimentation humaine, il doit atteindre une propreté de 99,99 %. « Juste après la récolte, un premier tri est effectué, notamment pour enlever les matières vertes, et ainsi améliorer la conservation des grains. Puis, après stabilisation de la température, le tri doit être affiné avec un trieur optique ». Une étape que Cédric Steinlé confie à un prestataire de services, Biotopes, situé près de Langres (52). Au final, le tri ampute la production de près de… 40 %.

Objectif GMS

Rapidement, l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) entre en contact avec Cédric Steinlé, avec pour projet de développer la production, de manière à atteindre un volume suffisant pour alimenter les GMS. C’est ainsi que naît la SAS Graines d’Alsace. Mais, dès l’année suivante, les producteurs boivent la tasse. En effet, les excès d’humidité de 2021 ne réussissent pas à ces cultures. « Nous avons perdu pas mal d’argent », reconnaît Cédric Steinlé. Mais les associés savent que, quelle que soit la culture, il y aura toujours des bonnes et des mauvaises années. Donc, « avec le soutien du Crédit Agricole », ils persévèrent. Suite à cette année humide, leur principale difficulté a été de s’approvisionner en semences. Un défi qu’ils ont su relever, notamment en diversifiant les types de lentilles (verte, blonde, corail…) et qui leur sert de leçon : « Nous allons veiller à garder suffisamment de graines pour avoir ce qu’il nous faut pour les prochains semis ». En effet, « nous poursuivons l’objectif d’être autonomes », annonce le producteur. Pour le tri, il faudra attendre. Et sans doute encore plusieurs années, car l’investissement dans un trieur optique est très lourd.

Après la catastrophe de 2021, la récolte 2022 est à nouveau satisfaisante : « Tout est rentré, et bien au sec », respire Cédric Steinlé. Du coup, les cinq associés vont pouvoir passer à la vitesse supérieure en matière de communication et de commercialisation. Pour l’instant, leur production est surtout vendue dans leurs trois magasins de vente directe et chez quelques maraîchers partenaires. Mais la SAS vise d’autres débouchés. « Nous avons de bonnes pistes pour entrer en GMS. Un nouveau packaging pour ce débouché est d’ailleurs en cours d’élaboration », se félicite Cédric Steinlé.

Valoriser les issues de tri

Déjà d’autres projets sont en réflexion, comme la valorisation des issues de tri. Mais Cédric Steinlé, dont la devise pourrait être « hâte toi lentement », n’en dira pas plus. Il préfère constater : « Nous avons dû tout apprendre. Et nous apprenons encore. Nous menons des essais avec Planète Légumes pour mieux connaître les variétés, qui sont plus ou moins précoces. Certaines sont gélives, alors que les semis se font mi-mars. Nous travaillons aussi le désherbage. Et puis, si pour l’instant nous ne sommes pas embêtés par les ravageurs, nous ne sommes pas à l’abri de devoir un jour apprendre à lutter contre les bruches ». Mais à chaque jour suffit sa peine !

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