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David Lefebvre

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Rendements

1 028 000 hl produits en 2019, vers les 75 hl/ha en 2020

Vigne

Publié le 23/01/2020

Selon notre confrère de Vitisphère, la récolte du millésime 2019 s’élève officiellement à 1 028 000 hl. Après une récolte 2018 de 1 180 568 hl, le millésime 2019 s’annonce donc comme excédentaire eu égard à la capacité de mise en marché annuelle des vins d’Alsace. Il s’était vendu 907 000 hl de vins d’Alsace en janvier 2019. La capacité de mise en marché a augmenté de 20 000 hl pour passer à 928 000 hl en novembre 2019. Soit un excédent structurel de près de 300 000 hl sur deux années cumulées.

Dans ces conditions, la filière des vins d’Alsace doit revoir ses quotas de production à la baisse. Historiquement, ces quotas d’appellation oscillaient autour de 80 hl/ha. Il n’y a pas si longtemps, en 2016, le vignoble s’était même octroyé 83 hl/ha. Ramené à l’échelle de la parcelle, le rendement autorisé en Alsace pouvait cependant en réalité osciller entre 50 hl/ha pour des grands crus et jusqu’à 100 hl/ha pour du pinot blanc AOC Cépage grâce au mécanisme compensatoire des « butoirs ». Ces rendements butoirs permettent de produire plus sur une parcelle à condition de produire moins sur une autre parcelle et que la moyenne du déclarant de récolte ne dépasse pas le quota des 80 hl/ha. Le surplus étant toutefois destiné à de l’edelzwicker. Mais quels que soient les mécanismes d’ajustement, au final, l’équation capacité de mise en marché/volume total de production reste à résoudre.

On se souvient que le débat durant les vendanges 2019 a été particulièrement âpre au sein des familles professionnelles du vignoble. Et si les rendements ont été maintenus in extremis à 80 hl/ha pour les AOC Cépage, les autres régions viticoles françaises, via le Comité vins de l’Inao, ont enjoint l’Ava à faire dès ce mois de janvier une proposition de baisse de rendement pour le millésime 2020.

Les trois familles professionnelles du vignoble, représentées par le GPNVA (Groupement des producteurs négociants en vins d’Alsace), la FCVA (Fédération des caves coopératives vinicoles d’Alsace) et le Synvira (Syndicats des vignerons récoltants indépendants d’Alsace), devaient donc se mettre autour de la table pour s’accorder sur un diagnostic et des solutions. Au final, le Conseil d’administration de l’Ava s’est accordé sur un rendement moyen d’exploitation à 75 hl/ha pour les AOC Cépages, excepté pour les pinots gris et les gewurztraminers ramenés à 70 hl/ha + 5 hl de VCI (ce volume compensatoire individuel permet de stocker du vin mais il n’est pas commercialisable).

La décision devra encore être entérinée par l’Assemblée de l’Ava et le Comité régional de l’Inao en mars prochain. En l’état donc, si les volumes oscillent autour de 75 hl/ha et si la capacité de mise en marché n’évolue pas favorablement, la problématique des excédents restera pleine et entière.

 

Lire aussi : « Vers une prise en compte des volumes commercialisés », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« Ce sera « 80 hl/ha pour calmer le jeu » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Association Vignes vivantes

Agroforesterie, vitiforesterie comme modèle résilient

Vigne

Publié le 17/01/2020

L’agroforesterie fait beaucoup parler à l’heure du réchauffement climatique et de la recherche de solutions permettant de lutter contre des violentes canicules et des sécheresses tout aussi brutales. Sujette aux aléas climatiques, la viticulture se sent concernée au premier chef par la ré-implantation d’arbres, d’autant que la vigne est une liane et qu’elle est donc parfaitement équipée pour cohabiter avec des arbres. Plusieurs vignerons expérimentent la vitiforesterie en Alsace, au premier rang desquels, « l’historique » André Durrmann à Andlau qui a planté des arbres parmi des vignes en lyre, ou le jeune vigneron Sébastien Schwach à Ribeauvillé qui laisse naturellement des arbres recoloniser ses parcelles.

Mais l’invité de la soirée Vignes vivantes, dans une salle du Civa archi-comble, c’était Alain Canet. Cet agronome nous vient du Gers où il a fondé Arbres et paysages 32, et où il expérimente des modèles vitiforestiers dans des vignes gasconnes. Elles sont en IGP, et donc beaucoup moins contraintes par les cahiers des charges d’appellation, comme chez Noël Lassus.

Très illustré par des photos, son propos a débuté par une présentation de différents systèmes agroforestiers dans le monde, pour finalement se rendre compte que ce n’est pas un modèle anecdotique. Il est amplement répandu, entre les subéraies méditerranéennes où cohabitent des cochons de pata negra (pour produire du jambon à 100 €/kg) nourris aux glands de chêne-liège, et les modèles sahéliens, où les arbres sont une exigence pour endiguer la progression du désert.

Quel est le sens de la fertilité des arbres ?

Alain Canet montre une photo de gland de chêne et sa jeune pousse déjà enracinée dans un morceau de bois en décomposition. En quoi les tanins du bois seraient le support fertile de ce jeune chêne ? « La lignine, répond Alain Canet, c’est la base de toute fertilité », reprenant ainsi les propos, déjà exposés dans ce journal, de Konrad Schreiber. C’est normal : les deux font partie du groupe « Pour une agriculture du vivant » qui anime actuellement la toilosphère… Il y a cependant un hiatus, car à Vignes vivantes, sous les conseils du pédogéologue Yves Hérody, on enseigne qu’il vaut mieux retirer les bois de vigne des sols acides particulièrement. « Je vous affirme qu’un sol a besoin de 20 t de MS/ha/an, sinon ça se casse la gueule (sic) » affirme Alain Canet, qui enfonce le clou avec le compost, tout aussi néfaste, selon lui, à l’autofertilité des sols - mais c’est un autre débat que nous traiterons.

Les photos s’enchaînent de céréaliers qui se lancent dans l’agroforesterie, comme Christian Abadie. Ce maïssiculteur réalise 200 qtx/ha en maïs sur des boulbènes des Pyrénées. Alors pourquoi les agriculteurs devraient-ils planter des arbres, interroge-t-il ? Les réponses fusent : « sécheresse, climat, monoculture, sociétal, image, santé, énergies fossiles, dégénérescence de la vigne, pollution, tassement, érosion, baisse de productivité, chimie, mal-être, biodiversité, coûts de production ». Mais surtout pour la recherche de fertilité par l’intermédiaire de la lignine. « Le geste premier du sol c’est de produire par procuration de la lignine », qui peut d’ailleurs être obtenue en roulant les couverts à un stade avancé de sols couverts en permanence. Ensuite les arbres peuvent procurer du BRF, le bois raméal fragmenté issu donc des jeunes pousses de l’année sur l’arbre. « Le BRF agit comme effet starter, il se pose à l’automne. »

Un projet de société, tout autant que de parcelle

En réalité poursuit Alain Canet, l’agroforesterie ne consiste pas seulement (et pas toujours) à planter des arbres dans les parcelles exploitées et cultivées. L’agroforesterie, c’est aussi et surtout un paysage cultivé où l’arbre retrouve toute sa place dans tous les espaces possibles et joue un rôle fonctionnel sur l’activité agricole. Il faut donc imaginer un paysage où se côtoient des ripisylves le long des ruisseaux, des arbres isolés dans les prés, des vergers, des haies autour des parcelles et le long des chemins, avec parfois des trognes, etc. Et imaginer ce paysage où les arbres sont interconnectés pour former des corridors, des interconnexions facilitant la circulation des animaux et de la faune plus globalement. Un projet agroforestier devrait donc se concevoir collectivement, à l’échelle d’un bassin-versant, d’une colline, d’un ban viticole. « En somme, c’est un projet de société », résume Alain Canet, qui éviterait à l’agriculture d’être taxée de tous les maux dont on l’accuse…

Trogne et mécanisation

S’agissant plus précisément de son rôle fonctionnel en vitiforesterie, « l’arbre devient un maillon dans une chaîne de production ». Par exemple, en agissant directement sur « la thermodynamique du climat. Au-dessus de la vigne, il tranquillise les masses d’airs », limitant ainsi l’assèchement. Par son apport annuel de lignines dans les feuilles, l’arbre évite d’avoir à fertiliser, et constitue un outil de « fertilité in situ ». Et si l’arbre encombre l’espace pour la mécanisation, il y a la solution du tétard (ou de la trogne), c’est-à-dire de l’arbre étêté, « sauf avec les fruitiers et les rosacés qui ne le supportent pas bien ». Ça permet de concilier l’agroforesterie et les engins agricoles. « La trogne, explique Alain Canet, dégrade 40 % de sa masse racinaire qu’elle crée annuellement, c’est autant d’injections de carbone dans le sol ». Une solution selon l’agronome car, « dans les sols de notre Hexagone, nous ne stockons pas la moitié du carbone que nous devrions stocker », pour faire face aux exigences climatiques. Sans compter que les trognes sont de remarquables pourvoyeuses de biodiversité en abritant par exemple des chauves-souris et autres oiseaux cavernicoles, utiles à la vigne.

Alain Canet et son bureau d’étude ont procédé à des expériences et des comparaisons de cultures en système agroforestier. Les profils racinaires montrent que l’arbre s’adapte et réétage son système racinaire plus profondément quand il rencontre un système de cultures en place. Car l’arbre « n’est pas fait pour pousser dans l’herbe, il n’est pas concurrent, donc il plonge obligatoirement, il est donc en adéquation avec le couvert. Conjugué aux blés par exemple, « l’épiaison arrive quand l’arbre commence à débourrer ».

 

Affaire Albrecht

Plus de questions que de réponses

Vigne

Publié le 16/01/2020

Retour sur 7 années de procédures dans l’affaire Albrecht qui continue de secouer la filière des vins d’Alsace. Rappelons quelques faits : deux suicides, de nombreux burn-out, tentatives de suicides, internements et dépressions parmi la profession vigneronne alsacienne, 140 vignerons restés impayés de leur récolte, et 14 M€ (millions d’euros) de passifs dont 7 M€ concernent des dettes sur une activité d’achat de raisin ou de vin en vrac.

Depuis 2003, la SA Domaine Lucien Albrecht à Orschwihr connaissait des difficultés de trésorerie. Dès 2003, elle se lance dans l’achat-revente de vins en vrac : 1,6 M€ de chiffre d’affaires en 2003 et jusqu’à 9,7 M€ en 2011 pour cette seule activité, soit l’équivalent pour cette année 2011 de près de 40 000 hl qui ont transité sur le papier par la SA Albrecht. Or la capacité de cuverie n'était que de 3 000 hl. L'achat-revente, « structurellement déficitaire », a entraîné une perte sèche de 700 k€ (milliers d’euros) en 2010 et de 1,20 M€ en 2011. Et une perte globale évaluée « entre 4 et 5 M€ ».

Les difficultés des vins d’Alsace d’entrée de gamme

Ces difficultés sur le marché du vrac reflétaient en réalité déjà les premiers signes annonciateurs des difficultés de filière des vins d’Alsace. Elle éprouvait de grandes difficultés à positionner ses vins d'appellation sur les marchés d’entrée de gamme, essentiellement approvisionnés par le marché du vrac. Sur les 150 000 à 200 000 hl de transactions annuelles de vins en vrac dans la filière, jusqu’à près de 40 000 hl annuellement sont passés par la SA Albrecht.

À partir de 2006, les avances en trésorerie d’opérateurs alsaciens pour que la SA réalise ses achats sont allées crescendo : 81 k€ en 2006, 680 k€ en 2007 et jusqu’à 2,16 M€ d’avances en 2011. Avec principalement, mais pas que, deux opérateurs en vins d’Alsace qui avançaient des fonds. De source confidentielle, en 2010 et 2011, les transactions concernaient surtout la maison Biecher et la Sica Réal, filiale de Bestheim, pour plusieurs millions d'euros de vrac. Selon les analystes comptables, la SA Domaine Lucien Albrecht aurait dû déposer le bilan en 2006 après deux années de situation financière déséquilibrée. Pour poursuivre son activité d’achat-revente et disposer de fonds à cette fin, la SA Albrecht encaissait des avances clients sur des commandes de vins, ce qui lui évitait d’avoir recours aux banques. D’autre part, les bilans comptables ont été maintenus dans le positif grâce à des opérations de recapitalisation pour plus de 2,20 M€ à partir des fonds personnels de Jean Albrecht, qui ne se serait donc pas enrichi,  a notamment souligné la procureure de la République, lors du procès en correctionnelle.

Malgré l’explosion du total chiffre d’affaires de la SA, passant de 3,80 M€ en 2003 à 13,40 M€ en 2011, les difficultés n’ont cessé de s’accroître. Dans les années qui ont précédé son dépôt de bilan, la SA Albrecht se serait livrée à de multiples opérations comptables visant à masquer la réalité de sa situation. Citons notamment des stocks surévalués, une opération de cession d’immobilisations du matériel enregistrée dans le bilan comptable et qui n’a jamais été suivie d’effet, ou encore en 2011, une différence de plus de 5 000 hl sur les stocks entre le bilan comptable et la réalité du stock physique.

La lenteur et ses conséquences

La SA Domaine Lucien Albrecht est mise en redressement le 11 septembre 2012. David Koch est désigné comme mandataire judiciaire et Nathalie Guyomard comme administrateur judiciaire. L’ouverture de l’enquête judiciaire par la gendarmerie débute en janvier 2013. L’administrateur judiciaire publie son rapport le 20 février 2013. Il révèle la réalité comptable de la faillite. La SA est mise en liquidation le 26 février 2013. La mise en examen de Jean Albrecht n’intervient que le 4 août 2015 par le juge Assal (soit 2 ans et demi après l’ouverture de l’enquête). Le procès initialement prévu les 4, 5 et 6 mars 2019 (soit pratiquement 4 ans après la mise en examen), est reporté aux 4 et 5 novembre 2019. Parallèlement, un expert M. Moncorgé a été désigné le 24 mars 2014 par le TGI de Colmar afin d’examiner plus en détails la comptabilité de la SA Albrecht, le rôle des professionnels du chiffre et leurs manquements déontologiques, de donner un avis sur les achats et revente à perte, évaluer à quelle date la faillite était en réalité constituée.

Alors que son rapport définitif devait être déposé le 30 novembre 2017, M. Moncorgé a publié un premier pré-rapport le 27 décembre 2016, jugé insuffisant par les parties civiles. Aux termes d'une longue bataille judiciaire menée par un collectif de défense des victimes contre les avocats de Jean Albrecht, le grand livre comptable est enfin remis à l'expert Moncorgé, qui publie un second rapport le 5 novembre 2019, soit le jour même du procès en correctionnelle. La publication tardive de cette expertise comptable, qui constitue une pièce maîtresse du dossier, a obligé le juge instructeur à disjoindre l’instruction et le procès, pour ne traiter que les questions d’incohérences entre le stock physique et le bilan, de chèques en bois (22 en tout pour 590 k€) et de fausses écritures comptables.

La contribution à la faillite des achats et reventes à perte avec les avances de trésorerie qui ont retardé l’échéance de la procédure de redressement puis de la faillite, ce que la Justice résume par l'expression « banqueroute par emploi de moyens ruineux », pourrait quant à elle être jugée ultérieurement. Cette disjonction de dossier, le 10 avril 2018, a entraîné de fait une concentration de l’essentiel des débats du procès en correctionnelle sur la responsabilité des professionnels du chiffre, au grand dam des parties civiles.

Le cas Jean Albrecht

Jean Albrecht a connu une première période dépressive en 2012. Il confiait à la presse locale qu'il se considérait victime d’escroquerie de la part de Bestheim (via sa filiale Sica Réal). Des « propos réitérés devant la presse locale et publiés (L’Alsace, 11 décembre 2012, Olivier Brégeard ; DNA, 11 décembre 2012, Valérie Koelbel). En outre, il ajoutait : « des professionnels de la région et de l’AVA, […] ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas ce qui se tramait du côté d’Orschwihr. » Est venu ensuite le temps de la défense active, notamment lors de la vente aux enchères de différents matériels de son entreprise (4 juillet 2013). Une période où les filles du vigneron déchu ont publié les statuts d’une nouvelle structure. S’en est suivie la période amnésique, jusqu’au procès de novembre dernier où, à l’exception des chèques en bois, il a fait montre d’un oubli total concernant les faux bilans, les erreurs de stocks pour plus de 6 000 hl.

Des coupables idéaux

À la grande surprise des victimes, Agnès Robine, représentante du ministère public a requis 3 ans de prison avec sursis, une amende de 10 000 €. Et, il devra en outre indemniser ses victimes, « à hauteur de ses facultés ». Jean Albrecht, « victime de sa notoriété », selon les propos du procureur, est supposé insolvable, sans qu’on ait vérifié dans quelles conditions s’est constituée son insolvabilité. (À l’exception des opérations de recapitalisations de sa société).

Coupables idéaux, les professionnels du chiffre se sont vus infliger un réquisitoire à charge : 2 ans de prison avec sursis et 20 000 € d’amendes pour le commissaire aux comptes. Et pour l’expert-comptable : 50 000 € d’amendes pour la société de comptabilité.

Devant le tribunal correctionnel, et son président Jean-Baptiste Poli, les professionnels du chiffre ont reconnu de graves erreurs, mais ont contesté toute intention de les commettre, estimant qu'ils n'ont rien à faire devant un tribunal correctionnel. La stratégie des avocats des commissaires aux comptes et de l’expert-comptable a cependant consisté à disculper leurs clients sans accabler Jean Albrecht. Quant à l’avocat de Jean Albrecht, excepté les émissions de chèques malgré les injonctions bancaires, il a tenté de démontrer que les stocks étaient bien constitués grâce à un dépôt de vin supplémentaire à Voeglinshoffen.

Au final, les parties civiles ont le sentiment d’une justice inachevée, d’autant qu’aucun autre des nombreux témoins - pourtant souvent cités dans les débats - n’a été auditionné durant ce procès pour faire toute la lumière sur ce dossier. Quant aux 7 M€ de vins en vrac restés impayés, ils ont peut-être été dilués dans les pertes occasionnées par des batailles fratricides entre opérateurs alsaciens.

 

A voir, une vidéo d'Ilona tournée en 2017. L’AVA (association de viticulteurs d’Alsace) invitait les viticulteurs victimes dans l’affaire Albrecht, ainsi que leurs confrères solidaires, à venir manifester le mardi matin 23 août 2017.

 

A lire aussi : « Plus de 300 viticulteurs dans les rues de Colmar », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« La confédération paysanne dénonce « une justice orientée » » ; 

« Des vendanges amicales pour le nouveau préfet du Haut-Rhin », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« Les vendanges dès le 12 septembre », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« Jérôme Bauer a rencontré le juge d'instruction », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin

« Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« C'est lent, beaucoup trop lent ».

Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa)

Les vins d’Alsace bios à l’Aedaen Gallery à Strasbourg

Vigne

Publié le 11/01/2020

Raphaël Charpentié, le galeriste de l’Aedaen Gallery, située au cœur de la Petite France à Strasbourg, aime « les choses qui sont porteuses de sens ». Très sollicité pour exposer des toiles, il choisit toujours des artistes dont le message fort est retranscrit dans l’œuvre. « Pour les vins, c’est pareil ! » Ne se disant qu’amateur, bien que son grand-père, Girondin, ait présenté une thèse sur la pourriture noble, il apprécie de dénicher des vins de grande buvabilité et n’hésite pas à prendre sa voiture pour se rendre chez le vigneron. Dans la droite ligne de ses choix artistiques, ses descripteurs de dégustation notés sur son carnet du Civa, sortent de l’ordinaire : « un vin rieur » pour le muscat macération Mittelweg de Vincent Gross, « un vin poétique » pour le riesling Pfersigberg 2014 Albert Hertz.

L’Aedaen Gallery, c’est en lieu brut de décoffrage, genre friche industrielle, où le tout Strasbourg branché aime à se retrouver. Ce lundi 9 décembre, c’est le Civa qui avait investi les lieux avec onze maisons de vins d’Alsace sélectionnées par tirage au sort. Leur dénominateur commun, tout trouvé pour cette clientèle de centre-ville : les vins bios et biodynamiques. Rester cohérent face au marché, pas d’ingérence politique dans le marketing et de l’efficience : c’est le leitmotiv de la nouvelle équipe du Civa. Résultat, à 19 h, la galerie Aedaen était bondée. Le Civa, en lien avec l’agence Rouge Granit, est passé par le blog Pokaa, pour faire venir le monde. C’est dans ce même type d’événement, mais à Lille, que Philippe Bouvet, le directeur marketing, et son équipe ont rencontré des opérateurs clef du marché de la distribution en vin, afin de présenter la nouvelle stratégie marketing « catégoriel ». En résumé, l’action marketing et les messages des vins d’Alsace sont désormais adaptés au public cible.

 

Le nouveau marketing du Civa

Sans tabou…

Vigne

Publié le 09/12/2019

La finalité, explique Philippe Bouvet, directeur marketing, « c’est la pérennité du vignoble, et de laisser une trace dans le cœur de nos consommateurs, de nos distributeurs ». Il invite donc le vignoble à s’approprier le discours porté par la nouvelle campagne. Quelques grands principes de base guident la nouvelle stratégie.

La reconquête des vins d’Alsace vise d’abord le marché national pour « être bon à domicile ». « Si on n’est pas fichu de déplacer Millésimes Alsace de Colmar à Strasbourg, arrêtons de dire qu’on a de l’ambition », glisse un brin agacé Philippe Bouvet. La nouvelle stratégie vise à « élargir la clientèle des vins d’Alsace ». Car l’analyse du marché met en évidence qu’il y a « beaucoup plus de gens qui n’achètent pas de vins d’Alsace que des gens qui en achètent ». Et pour rendre plus visible les vins d’Alsace, l’objectif est « d’élargir notre prise de parole et la portée de nos actions auprès de ceux qui nous font vivre, nos clients », explique le directeur. Or, « pour l’image et la visibilité des vins d’Alsace, le recrutement de nouveaux consommateurs, et pour les volumes à mettre en marché sans les opposer à la valeur », il y a certains « clients clés », comme les acheteurs de la GD ou de centrales d’approvisionnement. Le service marketing a entrepris de tous les rencontrer. « On a entendu : « ça y est le Civa va travailler pour la GD ! » Mais 87 % des consommateurs de vins d’Alsace en France achètent en GD, dont 30 % exclusivement en GD ! Qu’on aime ou n’aime pas la GD, il faut y être. C’est un peu comme aimer ou ne pas aimer la pluie. »

Discours catégoriel

Auprès de ces acteurs importants, « les grands comptes », le service marketing tient un discours catégoriel. Philippe Bouvet s’en explique : auparavant le client était en dehors du cadre de travail interprofessionnel, « les choses étaient gérées ponctuellement ou par opportunité ». Là, il est replacé au cœur du quotidien des entreprises. « On intègre les clients dans notre stratégie, notre base de données, dans nos discours, nos actions de promotion, dans nos rendez-vous. Avec comme objectif de gagner en position, en image, en vente et en influence. »

Mais l’humilité, poursuit Philippe Bouvet, impose d’avoir à l’esprit que les acheteurs « ne se lèvent pas tous les matins en pensant vin d’Alsace »… Car un acheteur chez France Boissons, Leclerc ou autres, gère « le total boisson », une catégorie qui pèse 23 Md€ dans l’univers de la GD. « Éventuellement, il gère la catégorie des boissons alcoolisées. » Et peut-être même, à un degré encore plus spécifique, la catégorie des effervescents… Mais « autant dire que les vins d’Alsace sont très loin de leur priorité » et représentent une petite partie de leur périmètre. Donc il faut se mettre en empathie, se mettre à la place de ces acheteurs avec sincérité et de manière professionnelle.

Réinventer le marché du vin

Cette « vraie relation » engagée par le Civa avec ces clients acheteurs donne « des retours, voire des engagements extrêmement positifs » et témoigne d’un accueil très favorable du terrain. « Une fois que le client est remis au cœur du sujet, on lui explique que la filière se réinvente, c’est le concept Alsace Rocks. […] Notre rôle, c’est de réinventer le marché du vin, s’inspirer des racines du succès de la bière, le succès des bières craft*. » Et s’inspirer des nouvelles tendances de consommation plus conviviale, plus fraîche, plus accessible… « Ça va marcher, mais il n’y a pas de miracle », prévient Philippe Bouvet. « On rabâche que les vins blancs se portent mieux, notamment les vins secs », et que les vins d’Alsace sont élaborés dans le respect de la biodiversité, de l’Homme. Bref, ce sont des vins qui ont du relief, du sens, et de l’authenticité. Et les vins d’Alsace sont « au carrefour des tendances ». Concrètement en chiffres, les vins d’Alsace ont actuellement des parts de marché supérieures au pourcentage de part de linéaires qui leur sont dédiés. Et il s’agit pour le service marketing de convaincre les acheteurs qu’il y a dans toutes les régions de France un potentiel de croissance en vins d’Alsace, pour peu qu’ils figurent en linéaire dans des proportions significatives et en lien avec leur potentiel : + 3 % de ventes en GD en Loire, et +2,5 % en Aquitaine, par exemple.

Ne plus se disperser

À l’export, le Civa n’entend plus disperser ses billes… « Ce n’est pas notre argent, c’est l’argent du vigneron. Ce serait faire un affront que de dépenser sans compter. Il y a des choses à optimiser », concède Philippe Bouvet. Il souhaite travailler à « budget contraint, pour stimuler la créativité ». Il appelle à redéfinir la ventilation des budgets vers « des actions plus orientées sur le business, des salons ou des actions d’image beaucoup plus en ligne avec notre positionnement ». D’où des « exigences accrues et un challenge beaucoup plus fort vis-à-vis des agences. On n’est pas là pour faire vivre des partenaires agences. On veut que l’argent dépensé soit visible par le consommateur », résume-t-il.

Les nouveaux budgets consacrés à la promotion à l’export diminuent donc significativement. Trois types de marché sont distingués : « Les gros volumes comme le Benelux et l’Allemagne, les bonnes valorisations – US, UK, Japon, Italie – avec des budgets sacralisés, et les marchés médians comme les pays scandinaves. Les arbitrages budgétaires imposent de se concentrer sur ce qui créé de la valeur. »

Enfin, plusieurs actions nouvelles ont été annoncées : un nouveau magazine à destination de 1 600 cavistes et restaurateurs ; un wine-truck sera mis à disposition de la profession ; un focus promotionnel lors du nouvel an chinois. Enfin, le salon Millésimes Alsace à Strasbourg devrait contribuer à renforcer la visibilité des vins d’Alsace.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Un budget 2020 « volontariste, ambitieux et structurant »

Vigne

Publié le 03/12/2019

Quand il décrit les soucis de la filière des vins d’Alsace, Didier Pettermann emploie déjà l’imparfait. C’est que l’interprofession alsacienne veut se projeter dans l’avenir, « tourner la page des tensions » qui ont émaillé le débat des rendements pendant ces vendanges. Et pour 2020, il table sur 980 000 hl de CVO (contributions à l’interprofession dont l’assiette repose sur les volumes vendus). Tandis que les ventes 2019 devraient se situer autour de 935 000 hl. Le budget 2020 du Civa est donc « volontariste », car les derniers indicateurs de septembre (+3% depuis janvier) et d’octobre (+2,8%) témoignent d’une reprise sensible des ventes, spécifique au vignoble alsacien et à contre-tendance de toutes les appellations. Reste à considérer la valorisation : Gilles Neusch, directeur du Civa, ne fait pas mystère que le chiffre d’affaires de la filière serait un indicateur plus pertinent que la seule prise en compte des évolutions de volumes.

Mais il s’agit de réfléchir à moyen long terme, de « partager un état des lieux, réunir les compétences, définir ce que sera le vignoble à l’horizon 2030, dans une analyse objective », observe Didier Pettermann. « Les directeurs des OPA devraient prochainement rendre leur copie. » Pour 2020, les rendements maxima d’appellation prendront en compte « les capacités d’absorption du marché ». Et c’est un changement culturel profond dans l’histoire de l’appellation des vins d’Alsace, habituée à des rendements fixes.

De son côté, le Civa, avec ses 30 salariés, entend garder « la tête au-dessus du niveau de flottaison », dans une « super ambiance, l’envie de challenger, et de bouger les lignes », décrit Didier Pettermann. Ainsi, Millésimes Alsace change de capitale, en migrant de Colmar vers Strasbourg les 16 et 17 juin prochains, et s’annonce détonnant. Pour la première fois, le service marketing du Civa est allé à la rencontre « des acteurs de la GD » (lire ci-dessous). Plus globalement, le Civa fonctionne désormais dans une « logique de conseils aux entreprises ».

La nouvelle DRM dématérialisée avec une déclaration des flux de vins par cépage, difficilement acceptée par les petits opérateurs, constitue néanmoins « un outil de pilotage […] qui permet de suivre les ventes par cépage quasiment en temps réel ».

La Commission technique du vignoble, présidée par Yvan Engel, donne plus de visibilité aux partenaires institutionnels sur les projets de R & D. En œnotourisme, au vu de la complexité et de la multiplicité des acteurs, la Civa va conduire « une politique de conventionnement ». Le vignoble doit être partie prenante dans l’ensemble des valeurs ajoutées générées, car « sans les viticulteurs, il n’y aurait pas d’œnotourisme », rappelle Didier Pettermann. Si le projet de la Cité (internationale) des vins d’Alsace n’était pas à l’ordre du jour, l’étude de faisabilité sur différents sites potentiels avance, assure le président. « Nous faisons en sorte qu’il y ait des points de convergence entre les 850 entreprises et de rassembler derrière les 3 700 vignerons », a conclu Didier Pettermann.

Rendements d’appellation pour 2020

Vers une prise en compte des volumes commercialisés

Vigne

Publié le 25/11/2019

Après une récolte pleine en 2016 et supérieure à sa capacité de mise en marché, le vignoble alsacien a récolté 1,180 Mhl (millions d’hectolitres) en 2018 pour 909 000 hl au 31 décembre 2018 de volumes vendus, soit 200 000 hl d’excédents. Devraient encore s’ajouter quelque 100 000 hl d’excédents pour 2019, avec un volume de production estimé selon Agreste à 1,02 Mhl pour une capacité de mise en marché qui n’a guère progressé. Elle était de 918 000 hl en août 2019.

À la veille des vendanges, des dissensions sont apparues entre les familles professionnelles du vignoble sur la fixation des rendements d’appellation. Le comité vins de l’Inao avait alors préconisé le 5 septembre dernier de présenter, pour la réunion du comité en novembre, un plan pour 2020 et avait enjoint le vignoble à trouver des solutions à ses excédents de production.

La perspective d’une réduction des rendements d’appellation a crispé le débat en septembre dernier, compte tenu des différences de performance commerciale selon les opérateurs du vignoble. Mais les conditions du débat ont pris pour cible des représentants de l’Inao. Le dernier comité vins, qui s’est tenu la semaine dernière, a été l’occasion pour l’Inao d’une mise au point à l'égard du vignoble alsacien. « Il n’est pas acceptable que des membres du comité national, quels qu’ils soient, d’où ils viennent, puissent être menacés par rapport aux prises de paroles et positions qu’ils peuvent prendre dans le cadre des travaux et discussions du comité national », a rappelé Christian Paly, le président du Comité Vins, considérant que cette situation « n’est pas humainement et intellectuellement tolérable ». Le risque, a-t-il poursuivi, est que « cela pourrait tout simplement remettre en cause le bon fonctionnement du comité national ou des comités régionaux ainsi que la totale liberté de parole ».

Le vignoble alsacien face à un « problème structurel »

Le vignoble doit en l’état faire des propositions pour le 23 janvier prochain. L’idée serait d’ajuster « au mieux la production à la commercialisation », avec la « mise en œuvre d’un outil d’aide à la décision du rendement pour la récolte 2020 à partir d’indicateurs économiques que sont la production, la commercialisation et les stocks par cépages ».

Concrètement, un ajustement des maxima de production d’appellation à la capacité de mise en marché, sans autre prise en compte de paramètre, abaisserait globalement les rendements à 60 hl/ha pour les AOC cépage. Une déclinaison plus fine par cépage et une prise en compte de stock de vieillissement qualitatif atténueraient sans doute cette baisse drastique.

À plus long terme, Christian Paly a estimé que le vignoble alsacien « ne se trouve pas uniquement face à un problème économique conjoncturel mais qu’il s’agissait d’un problème très structurel ». Il ne s’agirait donc pas de réduire le débat à la seule question « des rendements ou de la gouvernance ». Néanmoins pour 2019, ce sera le « statu quo sur les demandes de rendements, hormis sur la possibilité de constituer un VCI sur l’appellation régionale ».

Phytosanitaires

Les fongicides SDHI sous surveillance rapprochée

Cultures

Publié le 15/11/2019

Les SDHI (inhibiteurs de la succinate déshydrogénase) sont une classe de 11 familles de substances fongicides. Elles portent le nom chimique de SDHI/Boscalid, flupyram, flutolanil, fluxapyroxade, bixafen ou mépronil. Ces substances utilisées depuis 40 ans permettent notamment de maîtriser les maladies fongiques de fin de cycle, de manière curative, dans l’ensemble des productions végétales, comme le botrytis de la vigne ou la moniliose de la pomme. Le mode d’action des SDHI consiste à inhiber l’enzyme SDH-succinate déshydrogénase impliquée dans la production d’ATP, une molécule qui intervient dans la chaîne respiratoire des cellules des champignons.

Selon des données publiées par l’Union des Industries de Protection des Plantes, les fongicides de la famille des SDHI « représentent seulement 2 % des tonnages de fongicides vendus en France selon les derniers chiffres de 2018 ».

Dans leur publication scientifique du 29 mars 2018, un groupe de généticiens de l’unité de recherche de l’Hôpital Robert Debré – Inserm à Paris soulèvent plusieurs questions. Ils estiment que le mode d’action des SDHI n’est pas assez spécifique des champignons et concerne en réalité tous les métabolismes de respiration cellulaire eucaryote (avec noyau cellulaire) impliquant l’enzyme SDH. Ils dénoncent le manque de spécificité des SDHI et les risques d’effets collatéraux sur des organismes non-cible. Plus précisément, Pierre Rustin, directeur de recherches au CNRS, généticien et spécialiste des maladies mitochondriales - liées aux troubles de la chaîne respiratoire des mitochondries -, a identifié 22 espèces qui ont beaucoup de similitudes dans leur métabolisme respiratoire. Elles sont sensibles dans des proportions variables aux SDHI. Mais, il se trouve que des individus dans la population présentent naturellement des déficiences de métabolismes liés à cette enzyme SDH, « causant des troubles neurologiques graves ». Ils pourraient exprimer « une sursensibilité » à des résidus de SDHI.

Les chercheurs s’inquiètent notamment des conséquences épigénétiques liées au blocage de l’enzyme SDH. Cela peut « entraîner à long terme, un changement de la structure de notre ADN et provoquer la survenue de cancers. » Sur ce point, les chercheurs remettent en cause les protocoles d’évaluation toxicologique, car « contrairement aux mutations génétiques plus généralement associées aux substances cancérogènes, ces changements structuraux d’ADN ne sont pas détectés, ni testés ».

Le 16 avril 2018, ils alertent sur les risques potentiels liés à l’usage des SDHI dans la presse grand public. L’Anses décide le 24 mai 2018 d’évaluer « le signal concernant la toxicité des SDHI ». Le 14 juin 2018, les scientifiques auteurs de la publication sont auditionnés par un groupe d’expertise collective d’urgence.

Pas de risque sanitaire démontré

Finalement, le 14 janvier 2019, l’Anses concluait à « l’absence d’alerte sanitaire pouvant conduire au retrait des autorisations de mise sur le marché de ces fongicides ». D’abord les LMR (limites maximales de résidus) sont très rarement dépassées. Et aucune « incidence de cancers spécifiques associée au déficit de SDH n’est observée chez l’homme non porteur de la mutation ». Le directeur de l’Anses précise : « Les données de la littérature scientifique ainsi que celles exigées dans les dossiers d’AMM ne permettent pas aujourd’hui de démontrer un risque sanitaire pour les populations potentiellement exposées. Nous n’avons pas d’éléments suffisants pour retirer immédiatement ces produits du marché. » De même, la grande étude épidémiologique Agrican, conduite en France sur 180 000 agriculteurs, n’a montré aucun signal lié à l’usage des SDHI.

Le 17 septembre 2019, devant l’Assemblée Nationale, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a assuré que l’Anses « poursuit ses investigations et approfondit ses recherches épidémiologiques ». Enfin, le 7 novembre dernier, l’étude est finalement publiée dans la revue scientifique Plos One, ce qui relance l’écho médiatique porté à cette affaire.

Champagne

Viteff, un salon en effervescence

Vigne

Publié le 08/11/2019

La filière des vins de Champagne rencontre des difficultés. Elle vient de repasser sous la barre symbolique des 300 millions de cols de capacité de mise en marché. Sur le marché français, les ventes en GD sur les 6 premiers mois de l’année, accusent une baisse de 15 à 16 %. Mais « le dynamisme commercial du champagne reste d’actualité sur les pays tiers », notamment en Corée du Sud, au Japon, aux États-Unis, a indiqué Jean-Marie Barrillère, le président de l’Union des maisons de champagne, en marge du Viteff. Le recul sur le premier semestre 2019 est de 3,1 %. Le marché européen des champagnes s’est quant à lui raffermi de 3,8 %, tandis que le marché français a reculé de 6 %, et de 4,2 % pour les pays tiers.

Dans ce contexte, comme en Alsace, le débat des rendements a sévi en Champagne. Fixés à 10 200 kg/ha, les vignerons ont rappelé que leur seuil de rentabilité économique est évalué à 11 000 kg/ha. Car le loyer du foncier en Champagne est en rapport avec son prix. Toujours exorbitant.

400 exploitations HVE

C’est dans ce contexte que se tenait, du 15 au 18 octobre dernier, le Viteff à Épernay, salon biennal des techniques de champagnisation. Un salon malgré tout très orienté nouvelles technologies, avec en ligne de mire les exigences environnementales posées à la profession champenoise. La feuille de route est assez précise puisqu’elle vise la suppression des herbicides dans un horizon proche. Pour l’heure, 400 exploitations sont certifiées Haute valeur environnementale et 300 sont labellisées Viticulture durable en Champagne, la certification du CIVC.

L’interprofession champenoise engage par ailleurs un programme de création hybride de vigne résistante à base de gouais, d’arbane et de petit meslier, des cépages ancestraux, qui côtoyaient aussi il y a fort longtemps sur les terres champenoises des cépages rhénans, tel que le gewurztraminer. Les innovations primées au Viteff s’inscrivent dans ces tendances. Le robot viticole Bakus de la société Vitibot, 100 % électrique et 100 % autonome a reçu la médaille d’or. Cette start-up de Châlons-en-Champagne présentait un chenillard 100 % électrique et autonome.

 

 

Bouchons sans TCA et muselet à trois pattes

En œnologie, la société OenoConcept a été primée pour Remulab, un dispositif qui permet la visualisation du déplacement et du comportement du dépôt dans la bouteille durant tout le cycle de remuage, ce qui permet d’adapter les programmes de remuage en conséquence.

Du côté des produits de conditionnement et d’emballage, LBM Industries, également primé, propose une encaisseuse de bouteilles couchées multiformat avec orientation des bouteilles dans le carton et mise en place d’une feuille de protection anti-abrasion pour l’habillage. La société Amorim a profité de cet Viteff pour lancer son bouchon NDTech-vins effervescents, garantissant chaque bouchon sniffé par un nez électronique, avec un taux de TCA non détectable.

Enfin, dans la catégorie marketing, services innovants et stratégies de vente nouvelles, la société EOS a mis au point un dispositif qui harmonise la taille des têtes de bouchons et celles des bagues pour jéroboam. Enfin, le jury de l’innovation du Viteff a décerné son Coup de cœur à la Maison Melan Moutet pour son muselet YO « à trois pattes » au lieu de 4 ordinairement, ce qui améliore globalement les aménités environnementales des muselets.

En termes de chiffres, cette 15e édition s’est soldée par 22 500 visiteurs, un bon millésime.

Manifestation de vignerons coopérateurs à Scherwiller

Ce sera « 80 hl/ha pour calmer le jeu »

Vigne

Publié le 27/09/2019

Fait unique dans l’histoire du vignoble, les trois anciens présidents de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), Marcel Blanck, Raymond Baltenweck et Gérard Boesch, ainsi que Guy Mersiol, sont venus en renfort de Jérôme Bauer pour expliquer les fondamentaux de l’appellation et le rôle de ses mandataires à l’Inao, désignés par arrêté ministériel. Olivier Sohler, maire de Scherwiller, craignant quelques débordements, avait demandé un service d’ordre. Plusieurs gendarmeries du Piémont se tenaient en alerte et trois gendarmes étaient postés devant la salle municipale. Car la manifestation informelle des vignerons coopérateurs devait initialement se tenir devant le domaine Achillée, l’exploitation d’Yves Dietrich et de ses deux fils, membre du Comité vins de l’Inao.

Le contexte : il est de tradition calendaire que les rendements d’appellation soient entérinés par le Comité vins de l’Inao vers le 15 novembre, après une première prise de connaissance lors d’un comité en septembre. Yves Dietrich, vigneron du domaine Achillée à Scherwiller, est membre de ce Comité ; il a été nommé par arrêté ministériel, en qualité de personne qualifiée, tout comme Étienne Arnaud Dopff, en tant que représentant professionnel du négoce. Le 5 septembre, le Comité vins a appelé la viticulture alsacienne à revoir sa proposition de rendements 2019 à 80 hl/ha, votée en assemblée générale de l’AVA.

« Mon intervention a valeur d’alerte »

« Le vignoble doit réfléchir sur ses mises en marché, constituer des réserves, trouver des solutions. J’ai vu beaucoup de régions mettre en marché leurs vins trop rapidement et s’écrouler ensuite. C’est ce que je veux éviter. Mon intervention a valeur d’alerte. J’ai exprimé la situation difficile au Comité. Une vision à cinq ans est nécessaire », explique Yves Dietrich.

Certains vignerons n’ont semble-t-il pas compris pourquoi leur vote en assemblée générale de l’AVA pouvait ne pas être entériné par l’Inao. « À l’AVA, il y a eu un vote à 80 % pour 80 hl/ha. Alors à quoi cela sert-il de voter ? », lance un vigneron coopérateur. Explications de Gérard Boesch : « Ce n’est pas le conseil d’administration de l’AVA qui a proposé Yves Dietrich pour siéger au Comité national de l’Inao. Il n’est pas nommé en tant que représentant de l’Alsace, mais en tant que personnalité qualifiée. Quand bien même il le serait, poursuit Gérard Boesch, ce qui est le cas de Jérôme Bauer, les membres du Comité vins de l’Inao ne sont pas élus mais nommés intuitu personae (en fonction de la personne, ndlr). »

Mandat ministériel

Raymond Baltenweck enfonce le clou : « C’est l’État qui est propriétaire de la notion d’appellation contrôlée. Pourquoi ? Les vignobles tels que ceux de Chablis ou de la Champagne étaient victimes de contrefaçon. L’État a donc créé l’Inao et nous en a confié la gestion. Nous avons la mission de gérer. Ceux qui ont voté ont reçu un mandat du ministre, pas de vous. »

Pour Marcel Blanck : « Si vous abordez le problème de cette manière, vous risquez de perdre le respect des autres vignobles d’appellation et vous risquez le pire. » Car en réalité, rappellent les présidents, le vignoble alsacien a un rôle à jouer au niveau des appellations. « Nous sommes leaders en vins blancs et en crémants. Si nous périclitons, croyez-vous que la Loire, Limoux ou d’autres vont laisser faire ? », interroge Gérard Boesch. D’autres vignobles n’arrivant pas à résorber leurs excédents conjoncturels ont déjà été contraints à des distillations de crise. Et s’agissant des excédents structurels, contraints à des campagnes d’arrachage…

Reste que les manifestants ont exprimé avec maladresse (et de la colère parfois même répréhensible) de profondes inquiétudes sur leur avenir et leur revenu à l’hectare. « Nous voulons savoir où nous allons, comment nous y allons et avec quelles conséquences […] Il faut vendre ! Je suis choqué que la première solution proposée soit de baisser les rendements. »

Des investissements à couvrir

« On a réalisé des investissements, on doit se conformer à l’HVE. D’autres font du bio. Il nous faut du temps », explique un autre vigneron coopérateur. « Qui mieux que moi, qui ai été coopérateur pendant 25 ans, peut comprendre que votre revenu est dépendant du rendement », répond Yves Dietrich. « J’ai aussi compris qu’il y avait une certaine précarité au niveau de la coopération aussi », admet Jérôme Bauer. Cela dit, « on ne peut pas continuer à accumuler des vins qu’on ne sait pas vendre », poursuit-il. « Si nous restons dans ce marasme, il va y avoir une aspiration par le bas. On va tous en subir les conséquences, y compris la coopération. […] Si on entre dans une crise forte, il pourrait y avoir une déflation des terres et des loyers », prévient le président de l’AVA.

« Certains pensent que 950 000 hl sont le maximum commercialisable. Pour moi c’est un manque d’ambition », estime Jean Philippe Haag, vigneron coopérateur, vice-président de Wolfberger. Les arguments de part et d’autre s’enchaînent dans la soirée, souvent en forme de rejet mutuel de faute et sans véritable débat. Pierre Bernhard, président du Synvira, appelle d’emblée à sortir des discussions stériles. « Il ne s’agit pas de faire le procès de l’un ou l’autre. Il y a trop de vrac chez tout le monde, y compris dans des coopératives », tranche Jérôme Bauer. « Il ne sert à rien de stigmatiser les familles professionnelles et le rendement n’est pas la seule composante de votre revenu », rappelle-t-il. Le problème pourrait cependant avoir des conséquences sur le prix du kg de raisin. Déjà « le négoce applique une baisse ajoutée à de l’indexation négative ».

« Absence de discipline collective »

« En 25 ans, chaque fois qu’on a eu une grosse récolte et qu’on n’a pas réagi en serrant les rendements, on n’a pas eu de remontée de prix. Après 1982, on a mis 6 ans pour retrouver le prix de 1981. De même en 1994. Quand il y a trop de vins sur le marché, ce sont les acheteurs qui font les prix », rappelle Raymond Baltenweck qui déplore « l’absence de discipline collective ».

Mais des vignerons proposent d’autres pistes : « Nous avons des entreprises formatées aux 80 hl/ha, il faut le prendre en compte », estime Jean-Claude Rieflé. D’ailleurs, Jean-Philippe Haag appelle à « recruter de nouveaux consommateurs par des vins qui plaisent, des vins fruités, secs… » Et, « il y a en même temps une autre forme de viticulture. Unité ne veut pas dire uniformité. Il faut mener de front deux pistes, une viticulture libérale basée sur le cépage qui a toute sa raison d’être, et à côté une viticulture profitant de la hiérarchisation, avec une coexistence à l’intérieur de notre système d’appellation », estime Jean-Claude Rieflé, membre du cercle de réflexion Gustave Burger.

La soirée s’achève : « On n’est pas dans une situation facile. Il y a urgence à mener une réflexion », admet Jérôme Bauer. « Le débat pour ces vendanges 2019 est clos. La situation est sous une tension telle que le négoce a donné son accord pour le statut quo, sauf le VCI, pour calmer le jeu. Le président du Comité national m’a confirmé qu’il soutiendrait cette position. » Mais passé les vendanges, le vignoble devra « venir avec des propositions concrètes pour 2020, le 15 novembre prochain à l’Inao ».

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