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David Lefebvre

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CIVA : Quatrième contrôle de maturité

Une acidité remarquable et une maturité plutôt lente

Vigne

Publié le 24/09/2019

Le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace a mis en ligne les données analytiques de maturité du quatrième contrôle qui s’est déroulé les 15 et 16 septembre. Les quatre points de contrôle permettent désormais de mieux visualiser ce millésime.

La maturité des rieslings adopte désormais un comportement plus conforme à la saison. Dans l’ensemble, ils titrent entre 10 et 11,5° d’alcool potentiel avec un pH « vif » autour de 3,0, et avec encore pas mal d’acide malique, entre 2 et 4 g/l, ce qui laisse augurer d’un grand millésime pour ce cépage.

Du nord au sud du vignoble, la maturité des gewurztraminers apparaît homogène autour de 13° de TAP (titre alcoométrique potentiel), ceux des zones de Piémont du Bas-Rhin ayant connu la sécheresse ont un demi point de plus. Côté acidité, les pH oscillent autour de 3,4-3,5, avec une teneur résiduelle en malique située entre 2 et 4 g/l, là aussi de bon augure pour le potentiel final.

Les surprises de ce millésime viennent des pinots gris, beaucoup plus hétérogènes avec des parcelles à 11° (Rouffach, Saint Hippolyte, Kientzheim, Rodern) et d’autres à 13° ou plus (Rosheim, Eichhoffen). Globalement, les pH autour de 3,2 - 3,3 traduisent une acidité très honorable, quelles que soient les conditions hydriques. Titrant entre 12° et 13° d’alcool potentiel, les pinots noirs présentent également de beaux pH acides et des teneurs en malique résiduel plutôt élevées au-dessus de 3g/l.

De Marlenheim à Wettolsheim, les sylvaners titrent entre 11° et 13° : Heiligenstein et Mittelbergheim sont autour de 13°. Les pH autour de 3,1 font étalage d’une acidité remarquable, laissant envisager un très grand millésime pour ce cépage.

Les teneurs en malique plutôt élevées constatées semblent indiquer que la maturité phénolique des raisins blancs n’a pas encore atteint son optimum. Aux vendangeoirs, de nombreux vignerons observent d’ailleurs que l’écoulement est encore difficile et que les matières sont pulpeuses. C’est désormais l’état sanitaire qui va conditionner la récolte.

Kronenbourg à Obernai fête ses 50 ans

La brasserie va encore diversifier sa gamme

Pratique

Publié le 23/09/2019

Grimbergen, 1664, Tourtel ne sont qu’une petite partie des bières de marque emblématique brassées par Kronenbourg à Obernai, filiale du groupe danois Carlsberg. Une cinquantaine de bières différentes sont élaborées à partir de 15 brassages différents. Une pléthore d’offres appelée à se diversifier encore. Car la consommation de bière progresse, mais la demande se diversifie sous l’impulsion du succès des « bières craft (issues des microbrasseries, ndlr), ce qui génère de nouveaux goûts, de nouvelles tendances », explique Stéphane Munch, directeur du site.

Conséquence, Kronenbourg doit étendre et « renouveler » sa gamme. Or, « nous venons d’une production de masse, type lager ou Kronenbourg », poursuit Stéphane Munch. C’est donc un véritable défi industriel qui est posé à la brasserie d’Obernai qui élabore, bon an mal an, 7 millions d’hectolitres (Mhl) de bière, soit sept fois l’équivalent d’une production annuelle du vignoble alsacien. Encore qu’au sens de la définition juridique américaine posée par la Brewers association, la brasserie Kronenbourg pourraient entrer dans le cadre des craft beer. L’enjeu est d’adapter les salles de brassage et de fermentation, ainsi que les lignes de conditionnement-packaging, à cette nouvelle donne du marché de la bière. Et de transformer une brasserie de bières de masse en une brasserie de bières craft.

Une adaptation permanente

Depuis que Kronenbourg a migré de son site historique, à Cronenbourg, vers Obernai en 1969, la brasserie n’a en réalité jamais cessé de s’adapter aux évolutions consuméristes.

En 2015, par exemple, l'entreprise a lancé Tourtel twist. 300 000 hl de ces Tourtel sans alcool, et aromatisées, sont brassés. La réussite est « incrémentale. Chaque nouvelle Tourtel aromatique lancée ne cannibalise pas le marché existant », précise Stéphane Munch.

Les bières craft, comme les IPA (India Pale Ale), orientent cependant les tendances de goût vers davantage d’amertume. Une bonne nouvelle pour les houblonniers d’Alsace qui diversifient eux aussi leurs variétés de houblon. Kronenbourg s’apprêterait donc à lancer des bières de plus en plus amères. L’amertume est conférée au brassage, par le houblonnage à cru ou par infusion, ou encore par extraction vapeur des amérisants du houblon. Depuis 2013, le groupe Carslberg a implanté à Obernai son unité Recherche et développement, qui lui permet de développer jusqu’au stade préindustriel toutes les nouvelles bières, des tests gustatifs de nouvelles recettes au stress-test du packaging des produits finis et palettisés.

Si les goûts changent, l’évolution des modes de consommations (nomade, hors domicile, festifs, etc.) suppose aussi de nouveaux packagings. L’actuel site comporte 11 lignes de conditionnement : 2 de fûts (1,2 Mhl), 2 de boîtes-canettes (1,2 Mhl), 1 de bouteilles consignées et 7 lignes de bouteilles en verre (4 à 4,5 Mhl). D'ici 2021, une douzième ligne d’une capacité de 600 000 hl et 60 000 bouteilles à l’heure entrera en service. « Elle va permettre de moderniser les autres lignes sans rupture de production », indique Stéphane Munch, et d’accroître la flexibilité de conditionnement. Le montant de cet investissement est de 40 millions d’euros (M€).

Le groupe Carlsberg annonce un autre investissement de 40 M€, affecté à la modernisation d’autres lignes, notamment à l’abandon des filtrations sur terre de diatomées pour du tangentiel. Et un de 20 M€ pour les conditions de travail et le développement durable. Mais au final, l’investissement ne devrait générer qu’une vingtaine d’embauches.

Vu sur le net

Journée des vins bios d’Alsace

La bio, un outil pour singulariser les vins

Vigne

Publié le 19/09/2019

Pour leur 16e rendez-vous annuel, coordonné par l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), les vignerons bios d’Alsace ont proposé une nouvelle formule qui change sensiblement de la traditionnelle présentation dans les locaux de la confrérie Saint-Étienne, ou de la toute première présentation au Pavillon Joséphine à Strasbourg. Rendez-vous a été donné dans la commune de Traenheim qui a accueilli l’événement comme une grande fête locale. La météo capricieuse n’a pas découragé les aficionados des vins bios, puisque 300 repas ont été distribués, sans compter les nombreux inscrits aux dégustations et visites. Dans un rayon d’une centaine de mètres, au centre de Traenheim, quatre domaines bios ou en conversion ont ouvert leur cour à la manifestation : Frédéric Mochel, Charles Muller, Cyrille Meyer et le domaine Fischbach (Jean Dreyfuss).

Au programme, un sentier viticole avec une présentation des services écosystémiques de différents éléments de biodiversité viticole, avec Marc Keller de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) : « Le vignoble est un milieu plutôt artificiel, souligne le naturaliste. Mais vous observez que la biodiversité y trouve plutôt son compte, sous certaines conditions. » Laisser un arbre, un arbre mort, une mare aux endroits de collecte des eaux pluviales, un bosquet, un roncier, un muret : l’idée du sentier, parsemé d'affiches explicatives, consiste à expliquer qu’il est possible de conjuguer biodiversité et viticulture. « On pourrait penser que ces milieux naturels sont perdus pour l’AOC, mais en réalité ils rendent un service écosystémique au vigneron », explique Marc Keller. Bruno Schloegel, vigneron à Wolxheim, qui commentait le sentier, va même plus loin en installant la biodiversité au cœur même de son vignoble, une proposition qui pour l’heure suscite beaucoup de questionnements et porte à réflexion. Au bout du sentier, les visiteurs étaient invités à déguster quelques préparations apéritives à base de plantes de Corinne Diemunsch, herboriste et vigneronne à Balbronn.

Cette édition a aussi proposé des dégustations de vins d’une vingtaine de metteurs en marché, un parcours gastronomique, un concert et deux dégustations avec le journaliste Pierre Guigui, auteur et organisateur de concours de vins bios. Le tout assuré par les vignerons, l’ensemble des conseillers de l’Opaba et la municipalité de Traenheim, qui avait pour l’occasion réservé sa rue principale à l’événement.

Affirmer sa personnalité

Avec ses 3 000 hectares, ses 357 viticulteurs engagés, soit 19 % du vignoble alsacien, la viticulture bio recrute. Les motivations sont variées : environnement, qualité de maturité des vins, souci de répondre à la demande sociétale… Mais lors de ses deux conférences, Pierre Guigui a défendu l’idée que la viticulture bio, avec son pendant, la vinification en vins naturels, est aussi un outil destiné à singulariser les vins, à affirmer sa personnalité, quitte à s’écarter des typicités gustatives et olfactives classiques des appellations - cépages alsaciens. La première heure était consacrée à la dégustation à l’aveugle de vins bios. Pour l'auteur, il ne fait aucun doute que la viticulture biologique améliore la qualité des vins : « Au concours mondial des vins de Bruxelles, en dégustation à l’aveugle qui mélange indistinctement les vins bios et conventionnels, 11 % des vins conventionnels sont médaillés, et c’est 30 % pour les bios. »

L’atelier intitulé « Dégustation découverte de la diversité des vins bios, vins de terroir, vins nature, vins de macération » a fait salle comble, preuve d’une attente forte vis-à-vis de vins qui sortent du classicisme alsacien. « Les vins nature ou de terroir, ce sont deux univers de pensée différents. Ce qui est intéressant en Alsace, c’est qu’il y a pluralité entre des vignerons très classiques, les vins de terroirs, de cépage. » Précision : en nature, en principe rien n’est autorisé en additif œnologique, mais « en fin de compte il n’y a pour l’heure aucune définition légale de la mention nature. » Selon Pierre Guigui, le succès des vins naturels tient au fait qu’ils sont en général « recalés par l’académisme ». Une mention spéciale de la salle a été donnée à un vin, un assemblage de deux macérations de pinot gris et de gewurztraminer, de Sylvie Spielmann : le vin a emporté la quasi-unanimité. De nouveaux identifiants gustatifs apparaissent dans ce type de dégustation, autres que l’acidité, la sucrosité ou les arômes : l’amertume, la salinité, la texture. Une dégustation d’une même cuvée, toujours à l’aveugle par la salle composée d’amateurs plus ou moins éclairés, l’une sulfitée et l’autre non sulfitée du domaine Clément Lissner, a mis en évidence l’effet durcissement contraction du vin par le soufre.

Dégustation en vidéo

Association des viticulteurs d'Alsace

Le vignoble alsacien prêt à remonter la pente

Vigne

Publié le 05/09/2019

Les vendanges de crémant ont été fixées le 4 septembre pour les crémants, le 12 pour les AOP cépages, le 27 pour les VT et SGN. Pourtant, le premier contrôle de maturité du 22 août laissait sous-entendre un millésime plus tardif. Mais les chaleurs de ces derniers jours en ont décidé autrement, et jamais le vignoble n’a connu une telle rapidité de montée en sucres, et corrélativement dans le processus de maturation, une telle baisse d’acidité en si peu de jours. « Heureusement on est parti de très haut », souligne Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). Les niveaux d’acidité sont bons, l’état sanitaire également.

On s’acheminerait vers une récolte « peu abondante » de 980 000 hectolitres, mais « très qualitative ». Une qualité que l’on doit à la série de pluies de juillet et d’août qui a permis d’« éviter les blocages et stress hydriques ». Une fois n’est pas coutume, observe Jérôme Bauer, ce sont les vignobles septentrionaux de l’Alsace qui, cette année, ont plutôt manqué de pluie, la partie centrale et méridionale ayant connu une belle pluviométrie. À noter également que le pinot noir devrait se présenter sous les meilleurs auspices, selon les analyses de polyphénols. Quant au gewurztraminer, au comportement assez bisannuel, on s’acheminerait vers 35 hl/ha de moyenne.

Une majorité simple au Crinao

C’est sur la définition des conditions de production du millésime que le vignoble a rencontré quelques difficultés à s’entendre. Lundi matin, l’assemblée générale de l’AVA avait à voter ses conditions de production. Une large majorité s’est prononcée pour le maintien des rendements à 80 hl/ha. Traditionnellement, ce vote est entériné dans l’après-midi par le Crinao, instance décisionnelle régionale de l’Inao. Au conseil, sur 28 voix, la production en détient 14, le négoce 8 et l’administration 6. Par souci de ne pas interférer sur les débats internes à la filière, cette dernière s’abstient et le négoce a cette année décidé de voter 70 hl/ha. Donc au final, aucune majorité absolue n’a pas pu être dégagée. Selon Jérôme Bauer, « on serait en situation de majorité simple ». Rendez-vous était donné le 5 septembre, puis en novembre pour la décision finale à l’Inao à Paris.

Mais Jérôme Bauer fustige en quelque sorte la position du négoce : « Une baisse du prix du raisin, ajoutée à la baisse des volumes, constituerait une double peine pour les producteurs ».

Le 80 hl/ha l’emporte

Cette difficulté de vote tient à « la situation économique inquiétante du vignoble ». Les discussions ont été « assez longues sur l’avenir à moyen long terme », mais courtoises. Dans l’immédiat, « c’est donc le statu quo des conditions de production qui a été adopté à une très large majorité », et donc 80 hl/ha. Le 9 septembre, les différentes structures de la filière (AVA, Civa, GPNVA, FCVA, Synvira et JA, et vendeurs de raisins) se réuniront pour « construire une méthode afin de préparer l’avenir du vignoble ».

La question de l’avenir à long terme a quelque peu été délaissée ces dernières années, reconnaît Jérôme Bauer. Or, il s’agirait pour les vins d’Alsace de connaître leur positionnement sur les marchés du vin entre des entrées de gamme et vins super-premium (4 - 6 - 8 ou 10 €) et les moyens mis en œuvre pour clarifier ces positions.

Des signaux « de destruction de valeur ajoutée »

À cette heure, selon Jérôme Bauer et sans présager de l’avenir, « il n’y a pas de baisse de revenu des vignerons », mais il y a des signaux « de destruction de valeur ajoutée ». Au premier rang desquels, le marché du vrac « qui s’est effondré » en volumes transactés et en prix et toutes les indexations qui en découlent, pointe le président de l’AVA. Il lui paraît anormal que moins de 20 % de la production pèse sur les prix des 80 % restants et sur le prix du raisin. La situation serait la suivante : la coopération affiche un maintien des prix et certaines entreprises du négoce affichent des baisses de 20 % de leur prix du raisin, notamment pour le pinot gris et le gewurztraminer. Donc des baisses significatives du revenu sont à attendre. La coopération affiche clairement sa « volonté politique » de préserver les revenus, indique Pierre-Olivier Baffrey, représentant les coopérateurs, « mais ce sera clairement au détriment du résultat de nos entreprises ». Sans compter que certaines coopératives écoulent aussi des parties significatives de leur production sur le marché du vrac. Pour l’AVA, le vignoble souffrirait d’un manque d’investissement commercial. Mais la conjoncture qui affecte également le Bordelais et la Champagne, n’est pas favorable. Cependant, « nous devrions être en capacité de vendre le million d’hectos », estime Jérôme Bauer, rappelant que les alsaces tranquilles ne représentent qu’un marché de niche.

Imaginer l’avenir

Le vignoble doit donc imaginer d’autres avenirs. Mais il doit pour l’heure trouver une méthode pour que les acteurs de la filière arrivent à se concerter, à conjuguer les courants réformateurs et conservateurs, ceux qui veulent libérer les contraintes des AOC alsace cépage (BIB, irrigation, bi-tri-cépage, des outils de lissage des volumes, voire la mise d’origine) et ceux qui veulent encadrer davantage pour premiumiser les vins de coteaux et de terroir.

Évolution de la maturité du millésime 2019

Dans la lignée de 2013 et 2010... pour l'instant

Vigne

Publié le 31/08/2019

L’évaluation des maturités, effectuée par les services techniques du vignoble (Inra, Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, Association des viticulteurs d'Alsace, Chambre d’agriculture d’Alsace, Institut français de la vigne et du vin) et publiée par le Civa sur vinsalsace.pro, livre une première indication du millésime 2019. Si la phénologie (état d’avancée de la véraison) laisse entrevoir une année « normale » en précocité de maturité, comme l’indique le Bulletin de santé du végétal n° 14, à partir d’une cinquantaine de parcelles observées, les premières données techniques de sucres accumulés et d’acidité font apparaître des teneurs indiquant un millésime plus tardif que 2018, 2017 et 2015, et similaire à 2013 et 2010. Ceci, sans tenir compte du réchauffement climatique…

Les prélèvements se sont déroulés le 22 août. Ils tablent sur 70 parcelles de référence du nord au sud du vignoble et se cantonnent pour l’heure aux cépages les plus précoces : les pinots noirs, gris, chardonnay et l’auxerrois (pour le réseau des partenaires). Et sur les parcelles du réseau « maturité Civa ». Les données sont en ligne sur vinsalsace.pro, avec comme chaque année un tableur permettant de visualiser des courbes de maturité comparatives entre millésimes (voir le graphique ci dessus).

Par extrapolation linéaire, on constate que les données de teneur en sucres déjà accumulés et en acidité totale se situent dans la lignée de 2013. C’est donc un millésime qui ne devrait pas surprendre par une maturité précipitée, notamment pour les crémants. Reste que le vignoble a connu, du nord au sud, des précipitations bien différentes cette année, avec une région de Colmar copieusement arrosée (100 à 200 mm) et un bilan hydrique favorable à la fin juillet. Le Piémont bas-rhinois, lui, accuse jusqu’à 90 % de déficit hydrique sur 60 jours à cette même date. Quelques dizaines de millimètres de pluies salvatrices sont venus ensuite combler cette sécheresse. Certaines zones ont cependant connu d’importantes brûlures de baies, désormais partiellement ou totalement momifiées.

Un bon potentiel de maturation

Les données du réseau de maturité des partenaires, également en ligne sur vinsalsace.pro, apportent des éléments plus détaillés et par commune viticole de l’état d’avancée de la maturité. Pour 8° d’alcool potentiel acquis, tous les pH (ou presque) sont inférieurs à 3, ce qui signifie globalement que le millésime ne devrait pas manquer d’acidité. À ce stade, les cépages précités affichent entre 7,5 et 9 g/l d’acide tartrique et entre 6 et 15 g/l d’acide malique. Néanmoins, quelques parcelles ont déjà « décroché » en malique avec moins de 5 ou 6 g/l, signifiant un stress hydrique et probablement peu de capacité désormais à accumuler des sucres. Mais celles-ci sont plutôt rares sur les 70 parcelles évaluées. Toujours à ce stade des 8° d’alcool potentiel, la belle teneur en malique permet d’entrevoir un bon potentiel de maturation. Le malique constituant une réserve énergétique pour accumuler les sucres.

Sur la situation sanitaire, le BSV n° 14 rédigé par la CAA et la Fredon, constitue une précieuse source d’informations. Les zones copieusement arrosées du Centre Alsace peuvent présenter des foyers de botrytis initiés par un éclatement de baies. Pour l’heure, aucune ponte de drosophile n’est signalée. On retient donc que le millésime se présente plutôt bien à la faveur de volumes de récolte plutôt faibles.

Baehrel Agri

270 m2 et deux chapiteaux

Technique

Publié le 30/07/2019

Chez Baehrel Agri à Marlenheim, Flavien Collier, Aurélien Deckel et Alexandre Gross ont souhaité ne pas surcharger de matériel leur stand qui disposera par ailleurs d’un vaste espace. Au programme surtout, le tout dernier tracteur vigneron Massey Ferguson MF 3 700 avec son nouvel accoudoir et levier multifonction qui commande quatre prises hydrauliques. Avec son pont avant suspendu, sa boîte 24 X 12 vitesses et ses changements de rapport sous charge par commande électro-hydraulique, ce tracteur procure une conduite particulièrement confortable.

Le stand Baehrel sera aussi l’endroit où découvrir le pulvé Friuli Drift Recovery, prix de l'innovation 2019. En matériel de travail sur et sous le rang, Baehrel Agri propose la gamme Braun, un classique en viticulture avec des châssis, interceps, semoirs, herses, bien pensés, pratiques et efficaces. En matière de gestion des travaux en vert, Baehrel Agri fait confiance à Ero. Seront présentées l’effeuilleuse pneumatique à jet pulsé, une rogneuse et une prétailleuse.

Enfin, pour la récolte, la marque Grégoire présentera la vendangeuse traînée G3.220, qui se conduit comme une automotrice, au vu de son guidage automatique par palpeur, tandis que toute la machine est contrôlable depuis un écran tactile et un joystick avec mémorisation des fonctions. La pression exercée sur les écailles de récupération qui entourent le cep de vigne est ajustable automatiquement par voie pneumatique. Par ailleurs, la tension des convoyeurs de raisin est également automatique. Grégoire a également revu la passerelle pour une meilleure accessibilité, tandis que les graisseurs sont centralisés. La tête de récolte espacée de 65 cm permet aussi une bonne accessibilité. À noter que les nouvelles Grégoire voient leurs secoueurs allongés, d’où une qualité de récolte améliorée, tout en accentuant les performances.

7e édition du prix de l’innovation

Friuli Sprayers, un pulvé pensé pour l’environnement

Technique

Publié le 25/07/2019

Le Drift Recovery VVER de Friuli-Sprayers remporte l’édition 2019 du prix de l’innovation de la foire aux vins. Présenté par les établissements Baehrel Agri et Viti à Marlenheim, il permet d'importantes économies de produit.

Concevant depuis 50 ans des pulvés, la maison italienne Friuli Sprayers a mis la barre très haut avec la gamme Drift Recovery, qui arrive régulièrement en tête des tests sur la qualité de traitement et de confinement. Avec ces pulvés remarquables par leurs panneaux face par face en inox, Carlo Viviani, de la maison Friuli, souligne la qualité des matériaux. Mais au-delà, Friuli a recherché à travers le Drift Recovery VVER un confinement optimal en combinant les panneaux récupérateurs et flux d’air tangentiel. Ces panneaux très particuliers arrêtent les gouttes mais pas l’air. Le panneau externe est oscillant.

 

 

Ce pulvé travaille à la vitesse de 6 - 8 - 10 km/h. Certains modèles disposent d’un groupe hydraulique autonome. Le châssis est articulé. Résultat : 6 m de tournières lui suffisent d’autant que les panneaux hydrauliques se rétractent automatiquement en bout de rang. Chaque rangée est aspergée par sept doubles jets. Il ne s’agit d’ailleurs pas que de simples panneaux, mais de collecteurs d’air avec diffuseurs orientables, et séparateurs de gouttes selon le brevet Friuli, pour la récupération du produit. Chaque panneau est équipé d’un bac à récupération à renversement pour un nettoyage rapide.

L’intensité de ventilation est ajustable de 50 à 110 bars pour être adaptée en cours de saison à la quantité de feuillage. Les produits récupérés sont renvoyés après deux étages de filtration dans la cuve.

Le Friuli Drift Recovery dispose en outre d’un ordinateur de bord Spray control MRP2 à cinq programmes de travail, que l’opérateur peut enregistrer et rappeler. Outre les paramètres classiques de pulvérisation (pression, débit), il permet également de programmer l’ouverture et la fermeture des rampes automatiquement, ainsi que l’essieu arrière, car celui-ci est amovible et se lève lors des tournières. En effet, Friuli a également pensé au tassement des sols avec un châssis double essieux.

Côté citernes et réservoirs, la principale cuve dispose d’une capacité de 660 l en polyéthylène à plans inclinés pour une vidange totale. Une réserve supplémentaire de 60 l est montée pour le lavage du circuit, ainsi qu’un réservoir lave-mains de 15 litres. Ce pulvé dispose d’un système automatique de vidange des circuits, d’un système d’agitation multi-volumes et d’un dispositif aspirateur de produits chimiques.

En options : des buses antidérive, une connexion GPS avec antenne pour la viticulture de précision, un kit de lavage des bidons, un spring clair dans la cuve pour lavage intensif, et des rampes de leds pour le travail nocturne.

Le Drift recovery VVER est donc équipé de tout ce qui est possible actuellement pour une pulvérisation la plus environnementale qui soit. Un vigneron s’est équipé en Alsace : Xavier Muller à Marlenheim. Et une centaine en France.

Conseil interprofessionnel des Vins d'Alsace

Si tu ne vas pas dans le vignoble, le vignoble viendra à toi…

Vigne

Publié le 25/07/2019

Où en est à ce stade le projet de Cité internationale des vins d’Alsace ?

Didier Pettermann et Gilles Neusch : Nous avons repéré un lieu magique. Avant toute démarche, nous devons en discuter avec le Conseil de direction. La Bourgogne, le Jura, Bordeaux ont leur cité ou projet de cité. Nous, nous souhaitons un concept sensiblement différent. Ce ne sera pas une simple vitrine, mais une cité que chaque entreprise pourra s’approprier, et où toutes les familles professionnelles sont représentées. Il s’agira de redonner plus de liant. Nous souhaitons également un concept nouveau sur la découverte des vins d’Alsace avec une salle de dégustation géosensorielle. Il y aura un espace dédié aux réunions professionnelles des vignerons. Mais aussi et surtout, cette cité sera un outil dédié au business autour des vins d’Alsace, avec un pôle culinaire très fonctionnel et professionnel. Et avec également un magasin du Civa transformé en boutique.

Et le projet de maison des vins d’Alsace à Strasbourg ?

Strasbourg est intégré dans le label Vignoble & Découverte, alors que la première vigne se situe à 18 km. Nous souhaitons donc faire démarrer la Route des vins d’Alsace à Strasbourg. Le constat aujourd’hui est que de nombreux touristes visitent Strasbourg sans même visiter le vignoble. Il faut donc faire venir le vignoble à Strasbourg.

Dans ce projet, l’interprofession s’associe à des investisseurs privés. Leur leitmotiv, c’est d’avoir identifié un potentiel inexploité autour des vins d’Alsace. La première phase de ce projet, financée par le privé mais en respect des doléances interprofessionnelles, devrait être effective fin 2019. Le lieu, situé dans Strasbourg hypercentre, entre la gare et la cathédrale, piétonnisé et végétalisé, pourrait vraiment donner l’impression que l’on se situe dans le vignoble. D’un côté, les financeurs détiendront les murs, de l’autre, nous apportons le contenu. Pour cela, nous ambitionnons de proposer une rencontre possible et connectée avec tous les 850 metteurs en marché. Ils pourront également être présents dans cette maison des vins d’Alsace. Ils auront un caviste à disposition. À l’étage, une salle de formation-dégustation sera à disposition de toutes les entreprises. L’idée de cette maison, c’est également de reprendre la main sur le marché local en Alsace. En résumé, on apporte du business qui ne va pas coûter cher au vignoble.

Dans le même esprit, nous serons présents à la foire de Châlons-en-Champagne, avec une dizaine de places pour des vignerons/metteurs en marché, modulables à la journée à coûts avantageux.

Où en est le projet de Millésime Alsace 2020 ?

Les vins d’Alsace vont investir la place de Strasbourg. Plusieurs événements d’envergure sont programmés, notamment au palais de la musique et des congrès. Tandis qu’un tram en circulation, entièrement paré aux couleurs des vins d’Alsace, sera un lieu de dégustation. Nous sommes également sur le projet de dégustations dans d’autres lieux insolites à Strasbourg comme le toit de la cathédrale. Et pour Colmar, nous travaillons avec Colmar Expo sur un salon des vins rhénans, dans un esprit d’ouverture.

Que peut faire le Civa pour le vignoble en matière d’œnotourisme ?

Nous ne concevons pas l’œnotourisme sans les vignerons. Nous devons nous réinventer et faire en sorte que tous les vignerons s’approprient l’œnotourisme. L’étude de faisabilité Unesco a mis en évidence un manque d’interconnexion de l’offre œnotouristique parallèlement à la désaffection des ventes au caveau. Il y a Trip advisor, Booking, etc. Qu’y a-t-il pour les vins d’Alsace ? Notre force, ce sont les réseaux sociaux, nous sommes le deuxième vignoble sur ce créneau. Il s’agit de se prendre en main. Et que le vignoble s’y retrouve quand son image, voire ses structures, ses paysages, sont exploités.

Enfin un petit mot de l’accompagnement technique du Civa sur le matériel végétal ?

Sur le plan technique, nous souhaitons une autonomie régionale totale en matériel végétal de greffons et de porte-greffe, clonal et massale. On veut garantir un plant 100 % Alsace et 100 % sain. Le sujet est complexe. On y croit. Il ne s’agit pas d’empiéter sur l’activité des pépiniéristes. On s’est retrouvé en situation d’insuffisance de matériel végétal avec des problèmes de traçabilité. Il s’agit de compenser les manques de production pour arriver à l’autonomie. Les vignes mère sont et seront plantées en fonction des besoins qui sont d’une trentaine d’hectares. Le vignoble en est à 11 ha.

Potentiel de vendange 2019

Autour du million d’hectolitres

Vigne

Publié le 19/07/2019

Au-delà des débats qui agitent le vignoble sur les limitations de rendements, les viticulteurs commencent à entrevoir ce que seront les rendements 2019. Selon toute vraisemblance et sauf aléas majeurs, le vignoble alsacien s’acheminerait vers le million d’hectolitres peu ou prou, 980 000 hl selon des estimations, basée sur le modèle de l’Inra. Par cépage, c’est le gewurztraminer qui accuserait la plus forte baisse à 35 hl/ha, le riesling à 65 hl/ha, le sylvaner à 76 hl/ha, le pinot blanc à 79 hl/ha.

Crédit Agricole

Le Club Viti pour accompagner une filière des vins d’Alsace en pleine mutation

Vigne

Publié le 11/07/2019

Matthieu Boraud et Katia Ebersold, quel est l’objectif de ce Club Viti ?

Nous nous sommes dit en interne que nous avions intérêt à jouer collectif et que nous avons de la valeur à générer en renforçant le lien entre les chargés de clientèle viticole et les experts. Sur le terrain, les conseillers restent les chefs d’orchestre et ils coordonnent l’intervention des spécialistes pour répondre aux besoins. Cela devrait se traduire par une augmentation de la qualité de notre offre de services. Le Club Viti, c’est aussi de la convivialité entre les chargés de clientèle et les experts, pour renforcer l’esprit collectif et la synergie avec des experts qui peuvent être géographiquement éloignés. En tant que financeur de sept acteurs de la viticulture sur dix, nous réaffirmons également à travers ce club notre rôle et notre soutien à la viticulture alsacienne. Quand on met 40 experts autour de la table, ça devient significatif.

 

Le Club Viti correspond-il à une évolution du marché des vins d’Alsace ?

Nous connaissons une croissance importante sur le marché de la viticulture. Il est en pleine transformation et, de fait, de nombreuses expertises doivent y être apportées. Cette évolution rend effectivement les demandes plus prégnantes, avec des besoins d’accompagnements spécifiques : l’export, la transmission, l’e-commerce. L’idée c’est d’étendre aux structures de plus petite dimension l’expertise qu’on apportait aux grands metteurs en marché. Par exemple, pour les vignerons qui se lancent à l’international, nous avons une experte dédiée qui se consacre à diagnostiquer leurs besoins, les accompagner sur les techniques de financement, sécuriser les transferts. Le « chargé viti » reste l’interlocuteur privilégié, c’est lui qui actionne toutes les expertises. Et c’est tout le sens de ce club de renforcer ces liens entre nos acteurs du marché de la viticulture.

 

De quelles expertises vont bénéficier les clients ?

Pour la viticulture alsacienne, nous souhaitons mieux valoriser nos différentes expertises par exemple en e-commerce, en paiement à l’international. La transmission représente également un enjeu, puisque près de 50 % des viticulteurs ont plus de 55 ans. La règle c’est d’anticiper pour mieux régler les problèmes. Après une phase de diagnostic, nous cherchons avec les experts-comptables et les notaires locaux à accompagner très en amont le viticulteur, pour l’aider à prendre les bonnes décisions patrimoniales et d’optimisations fiscales. Plus c’est anticipé, mieux ça se passe. Nous sommes donc proactifs sur ce dossier.

 

En quoi la viticulture bénéficie-t-elle d’un accompagnement spécifique ?

Dans l’éventail des chargés de clientèle au Crédit Agricole, « les chargés viti » ont une proximité relationnelle avec leurs clients qui est extrêmement forte. D’ailleurs, nos effectifs ont une plus grande stabilité. Ces chargés viti ont tendance à considérer que ce sont leurs clients. Ils se battent pour eux. Par ailleurs, nos agences dans le vignoble sont plus typées viticulture.

 

Quelle est votre méthode pour que cet accompagnement soit en phase avec les attentes des vignerons et viticulteurs ?

La force du Crédit Agricole, sa différenciation, ce sont ses femmes et ses hommes qui connaissent les territoires et les clients. Et avec la force du réseau mutualiste, nous sommes encore plus en connexion avec le territoire et ses composantes. Dans les Caisses locales, nos chargés viti ont des échanges quasi quotidiens avec les élus. Le croisement de ces informations avec les organisations viticoles permet de valider la pertinence du ressenti de terrain. Par ailleurs, nous avons une double lecture locale et nationale avec notre Observatoire de la viticulture de Crédit Agricole SA. C’est cette confrontation permanente des informations entre le terrain et le national, qui nous permet de mieux comprendre les enjeux. Cette approche terrain nous a incités par exemple à mettre en place des solutions bancaires spécifiques de portage du stock. Le financement Moyen terme millésime 2018 a répondu aux attentes pour financer des besoins en fonds de roulement supplémentaires liés au supplément de récolte. De même pour les prêts fonciers, nous avons des solutions modulables dans la durée jusqu’à 25 ans. Nous déployons aussi un dispositif d’accompagnement pour les entreprises avec des trésoreries plus tendues : pause des annuités, réétalement du prêt moyen terme, prêt de consolidation. Après, il peut y avoir un accompagnement individualisé au cas par cas.

 

De quelle manière prenez-vous part aux débats et orientations professionnelles ?

On se donne des moyens pour rendre visible notre présence sur ce marché et mieux faire connaître notre savoir-faire, ce qui sera l’un des volets de ce Club Viti. On fait des choses bien, donc on s’organise pour le dire. On peut nourrir les débats professionnels, mais on ne porte pas la conclusion. Nous cherchons cependant à sensibiliser les vignerons sur des dossiers, comme la transmission. La Caisse régionale communique, organise des événements comme notre traditionnelle conférence lors de la foire aux vins d’Alsace*, et nous proposons des partenariats. En œnotourisme, nous sommes partenaires de la Chaire vin et tourisme de l’EM à Strasbourg. Autre exemple avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, où nous intervenons en journée export. Nous proposerons des réunions d’information sur l’e-commerce ou sur l’accompagnement pour se lancer à l’export.

 

Comment abordez-vous au Crédit Agricole la relation-client dans des situations difficiles, où l’humanité des banquiers peut être sujette à caution ?

Nous sommes une banque de proximité relationnelle avec des conseillers humains responsables en proximité. Dans les cas difficiles, leur rôle c’est aussi de trouver les mots pour le dire, de travailler sur le relationnel, sur l’accompagnement. Lorsqu’un projet d’investissement ne nous paraît pas « viable », nous avons le devoir d’alerter notre client. Ce n’est pas parce qu’on dit non à un projet qu’on met fin à une relation. On n’est pas là pour faire du crédit à tout prix. Le meilleur service rendu c’est d’avertir sur la rentabilité du projet. On dit oui et comment, ou on dit non et pourquoi il y a un risque de surendettement. Pour une solution de financement, nous misons sur l’humain, sur la rentabilité de l’exploitation et la qualité du projet.

 

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