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David Lefebvre

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Inauguration du domaine de l’Envol à Ingersheim

Écologie, émotion et personnalité

Vigne

Publié le 14/07/2018

« C’est plus qu’un métier que nous avons choisi, c’est un état d’esprit, un projet de vie. » La famille Hirsinger, Bernard, Manuela, Daniel et Catherine, et Raphaël Marchal, avaient la gorge un peu serrée le 29 juin dernier, lorsque chacun a pris la parole pour conter son parcours et expliquer ses motivations. C’était l’inauguration du Domaine de l’Envol, tout nouveau domaine récoltant-manipulant d’une vingtaine d’hectares à Ingersheim. Nombre d’amis et de personnalités y prenaient part. Parmi ces dernières, le député Jacques Cattin, le maire d’Ingersheim Mathieu Thomann, le père Albert, curé de la communauté de paroisses, les ambassadrices du vignoble, leurs majestés Marie Grund et Clémence Bléger.

L’histoire du Domaine de l’Envol débute en août 2016, quand la famille Hirsinger et Raphaël Marchal se lancent dans l’autoconstruction des bâtiments de vinification, conditionnement et vente des vins. Des bâtiments aux performances environnementales remarquables car l’une des principales valeurs qui unit la famille : c’est l’écologie. « La biodynamie c’est aussi un esprit de partage du travail et des richesses de la terre. N’oublions jamais que la terre que nous travaillons est un don de Dieu et qu’on doit la transmettre intacte aux générations suivantes, mais aussi que le vin est source de joie, de partage et de fête », ont souligné Bernard et Manuela Hirsinger, sensibilisés aux questions environnementales depuis 1989. Et aidés dans leur conversion bio par leur voisin vigneron Vincent Fleith.

Le groupe familial ne manque pas de ressources et de motivations. Ses vins s’inscrivent dans la tendance de modernité initiée par la nouvelle génération de jeunes vignerons alsaciens : « Nous souhaitons que nos vins soient singuliers, des vins d’Alsace avec une forte personnalité, soutenue par un savoir-faire, mais osant aussi l’innovation », a expliqué Catherine Hirsinger. Dont les propos resituent aussi le vin dans sa dimension émotionnelle : « Le vin est un trait d’union entre la terre et l’esprit, il parle à nos cœurs, à nos goûts, à nos souvenirs et à nos rêves ». Une vision qui a en tout cas été comprise du jury du concours national « Vignerons et terroirs d’avenir », organisé par Advini et SupAgro Montpellier, puisque Daniel et Catherine Hirsinger et Raphaël Marchal ont obtenu la deuxième place.

Armbruster vignes à Saint-Hippolyte

Une « nocturne du pro » réussie et conviviale

Vie professionnelle

Publié le 13/07/2018

Alors que la phase végétative de la vigne bat son plein, les viticulteurs sont heureux de se retrouver l’espace d’une soirée chez leur distributeur préféré pour faire le point, discuter technique, voir où en est l’état sanitaire en différentes zones du vignoble. Ça tombe bien, les établissements Armbruster Vignes proposaient leur nocturne du pro, le 29 juin dernier, en soirée donc, sur leur site d’appro à Saint Hippolyte. Soirée à laquelle était conviée la Chambre d’agriculture et son Labo Vert, dont les techniciens ont présenté des échantillons des différents problèmes de maladies ou carences rencontrés dans le vignoble alsacien… Très formateur ! Une soirée où étaient également invités de nombreux exposants et fournisseurs de la viticulture, qui ont fait part des propositions actuellement en vogue dans la viticulture alsacienne.

Chez Nufarm, Prev-Am est un produit de biocontrôle fongicide et insecticide (pas d’homologation en viticulture, uniquement en maraîchage. Autre nom commercial : Limocide) à base d’extraits d’écorces d’orange, très efficace selon les technico-commerciaux pour « sécher une attaque de mildiou et d’oïdium » et bloquer la sporulation… Un mildiou qui cette année fait débat dans le vignoble, avec ses contaminations silencieuses et à retard de rot brun suite aux pluies diluviennes des 12 et 13 juin derniers. Prev-Am s’utilise à une certaine concentration, d’où une adaptation de la quantité en fonction des volumes d’eau de traitement à l’hectare.

Toujours sur le stand Nufarm, l’hydroxyde de cuivre Champ Flo, homologué en agriculture biologique, extrêmement étalant et résistant au lessivage, était aussi un outil fort à propos cette année, grâce à son efficacité contre les contaminations de mildiou par les pluies d’orage. Nufarm propose par ailleurs un cuivre tribasique à action préventive grâce à un dépôt résistant sur la feuille qui s’active avec l’eau de pluie.

Les techniciens Armbruster font le choix de solutions avant tout efficaces et les plus respectueuses de l’environnement, quand l’efficacité est au rendez-vous. Comme certains viticulteurs sont aussi maïsiculteurs ou céréaliers, était aussi proposée cette année pour le maïs, une mycorhize du genre glomus : le BioXfert. Deux racines de maïs étaient présentées, l’une mycorhizée, l’autre pas. Avec davantage de développement pour la première.

Outil d’aide à la décision

Bayer présentait Movida, un outil d’aide à la décision développé par la start-up toulousaine ITK et exploité par Bayer. Cet outil informatique, qui peut s’avérer précieux dans des années comme 2018, évalue la pression mildiou et oïdium. Il s’appuie sur les données météorologiques de Colmar et Strasbourg, d’un réseau de sept stations météo Armbruster, et sur la phénologie que le technicien modifie à la marge pour la caler à la réalité de la phase végétative d’une vallée à l’autre. Movida existe depuis six ans, mais son usage en est à ses balbutiements. Sa fiabilité est dépendante des informations qu’il collecte, c’est pourquoi l’équipe Armbruster Vignes continue d’investir dans des stations météo pour l'affiner.

Movida indique les contaminations primaires de mildiou correspondant à la libération des oospores suite à des pluies, et les repiquages, qui donneront des sorties de taches. Il intègre des programmes de traitements et permet d'anticiper les fins de rémanence, donc les périodes à risques. La finalité de cet outil est de positionner au mieux les traitements, tout en respectant la législation française et le stade phénologique de la plante. Des sessions de formations et de prise en main sont prévues par le service technique d’Armbruster Vignes.

Vers de grappe

Situation plutôt rassurante

Vigne

Publié le 13/07/2018

Certaines cultures ont leur foreuse, d’autres ont leur mineuse. La vigne, elle, a ses tordeuses, la cochylis et l’eudémis, des papillons dont l’œuf est discret mais reconnaissable sur la baie de raisin comme une petite lentille translucide de moins de 1 mm de diamètre qui devient orangée en vieillissant. Petit à petit, l’embryon de la larve, caractéristique avec sa tête noire pour la cochylis, apparaît. Et c’est la future larve qui, après hivernation, va agglomérer des boutons floraux. Les papillons s’envolent et déposent les fameux œufs sur les baies. En 20 à 25 jours, cela va donner la larve.

Donc on se résume : un premier vol de papillon en mai-juin, ponte sur les baies, 8 à 15 jours d’incubation, 20 à 25 jours de développement larvaire et un vol de deuxième génération, et éventuellement une troisième génération de vol pour l’eudémis…

Les services techniques ont ainsi plusieurs moyens d’apprécier le niveau de pression en tordeuses : le comptage des glomérules fin mai, le piégeage des vols de deuxième génération fin juin, le comptage des œufs sur baies et/ou les perforations des baies. Le réseau d’observation en Alsace compte 56 parcelles en 2018.

Fin mai, le Bulletin de santé du végétal® (BSV) faisait état de très peu de comptages de glomérules. Au 25 juin, les vols étaient toujours « timides » sur la seconde génération, « voire toujours inexistants ». Et la tournée d’observation des pontes permettait de conclure que la pression était « encore faible ». Enfin, le BSV® du 6 juillet confirme le faible niveau de pression, un faible niveau d’attaque.

État sanitaire

Rot gris ou brun, le mildiou sur grappe de pinots s’invite

Vigne

Publié le 05/07/2018

Dans un premier temps, les taches sur les baies faisaient penser à de l’échaudage, mais l’évolution plutôt foudroyante des baies ne laisse plus aucun doute : très rapidement, la baie se momifie jusqu’à complètement sécher. Le rot brun s’invite dans le vignoble. L’idée est de comprendre quand et comment se déroulent les contaminations.

Le feuillage apparaissait d’ailleurs étonnamment « propre » en ce début juillet, eu égard aux pluies contaminatrices mais surtout dévastatrices des orages de juin. Le rot brun nous rappelle que le mildiou peut être extrêmement sournois, avec une progression tissulaire aussi dissimulée et silencieuse que ses symptômes sont foudroyants. Le caractère très dissimulé de la contamination-progression de la maladie porte d’ailleurs un nouveau coup au dogme de la protection raisonnée en fonction de l’observation de l’apparition des premiers symptômes. Et ce d’autant que les modèles mathématiques d’épidémiologie n’ont pas permis non plus cette année d’anticiper… Il est cependant bien spécifié que la contamination primaire donne des taches d’huile sur feuilles mais aussi du rot gris sur grappe. Pourquoi cette année y a-t-il finalement plus d’expression en rot gris qu’en tache d’huile ? Une réflexion scientifique sur les écimages trop hâtifs et la physiologie de la plante serait intéressante.

La leçon des millésimes

Ce fameux mildiou a opéré un sérieux éclaircissage sur les pinots du centre Alsace. C’est encore plus sérieux sur les pinots de Lorraine. Mais le vignoble alsacien est tout de même épargné comparé au Roussillon, dont la situation s’apparente à 2016 en Alsace…

Comme en 2016, les viticulteurs se « font doubler » par la qualité sanitaire du feuillage sans songer que la maladie s’installe dans sa première phase à la faveur de pluies contaminatrices, et qu’elle n’apparaîtra que dans une vingtaine de jours ou plus. Il faut relire de ce point de vue le livre de Joseph Capus sur le mildiou de la vigne écrit à une époque (1920-1930), où les vignerons n’avaient pas de solutions de rattrapage et de produits curatifs. Ils avaient alors développé un sens de l’observation et des notations minutieuses, de manière à bien retenir la leçon des millésimes. Une traçabilité moins administrative et plus de terrain, en quelque sorte…

Les avis divergent toujours sur la date de première intervention du traitement : le problème étant que les anciens et leur sens de l’observation ne sont plus là pour se quereller avec les modernes et leurs produits curatifs. Joseph Capus a tout de même légué au débat son livre en ligne sur internet, où il préconise d’intervenir 26 jours avant l’apparition de la première tâche, soit d’intervenir sur la contamination primaire. Un livre écrit à une époque cependant où il n’y avait que le cuivre sulfate. Quant aux planches sur la biologie et le cycle du mildiou, largement publiées, on ne peut y lire que le délai d’incubation secondaire de « 5 à 12 jours », ce qui n’incite pas tout à fait à traiter plus en amont…

Après ce mildiou, le vignoble n’en aura pas tout à fait terminé avec les maladies : des vers de grappe sont signalés en certaines zones… une équation assez délicate étant donné l’abondance des grappes. La qualité de la maturité sera également dépendante de la météo avec des risques d’éclatement des baies. La pousse végétative rapide fragilise les tissus. Et, là aussi, des solutions fertilisantes pour durcir les tissus des végétaux mériteraient toute l’attention des sciences agronomiques.

Origine et accumulation des sucres

2018 est marquée par une phénologie très particulière

Vigne

Publié le 29/06/2018

Côté phénologie pour le riesling, la mi-débourrement était observée le 21 avril à Obernai. Et la mi-floraison le 27 mai pour Colmar Hardt, le 30 mai à Obernai, et le 3 juin à Ergersheim. Les prévisions de mi-véraison oscillent entre le 27 juillet et le 9 août. À la station de Bergheim où l’on a accès à l’historique des données, toujours pour le riesling, la mi-floraison s’est située autour du 29 mai. C’est la troisième mi-floraison la plus précoce après 2011 (le 26 mai) et 2007, (le 24 mai). À Bergheim, la mi-véraison serait aussi atteinte entre le 27 juillet et le 9 août. Rappelons que ce stade était atteint le 3 août en 2011 et en 2003, et le 1er août en 2007.

Pour le gewurztraminer, la mi-véraison oscillerait entre le 21 juillet et 3 août. En 2003, la mi-véraison du gewurztraminer à Bergheim était le 24 juillet. L’ensemble de ces données est disponible sur le site du Civa, partie professionnelle.

Bref ! le millésime 2018 peut d’ores et déjà être considéré comme précoce. Ce qui met les opérateurs en alerte dès la mi-août. Si toutefois les réserves hydriques restent suffisantes pour accumuler les sucres. Car il faudra de l’eau étant donné l’important potentiel de vendanges lié aux nombreuses inflorescences…

Côté maladies, les vignerons pourront encore assister à un Labo vert à la cave de Cleebourg (67) le mercredi 4 juillet à 18 h. Sur mildiou et oïdium, le dernier bulletin de santé du végétal (BSV) se veut rassurant « Les pluies de la semaine dernière n’ont donc pas généré de fortes attaques. Plus aucun cycle n’est en cours. » De même pour l’oïdium : « L’état sanitaire est tout à fait satisfaisant, avec toujours, plus de 95 % des parcelles indemnes. » Le réseau Facebook de viticulteurs « Combien il a plu de mm » montre aussi qu’il a pu y avoir des pluies de début juin contaminatrices avec certaines parcelles bien tachetées en mildiou sur les feuilles. Rien à voir cependant avec ce qui s’est passé dans l’Hérault. La vigilance est de mise pour le mildiou mosaïque.

Écimage lors de la pose du second fil de palissage

« Le problème cette année avec cette pousse rapide, c’est que les vignerons qui ont coutume d’écimer en même temps que la pose du deuxième fil de palissage, ont coupé beaucoup trop tôt les cimes », fait observer un vigneron.

Les feuilles sont le siège de la photosynthèse, là où s’effectue la production de sucres et de métabolites organiques nécessaires dans un premier temps à la croissance de la plante. Or la vendange 2018 s’annonce généreuse : il va falloir du sucre à la vigne pour remplir tous ses raisins et suffisamment d’eau pour le transporter et l’accumuler. Dès lors mieux vaut ne pas priver trop tôt la vigne de « ses capteurs photosynthétiques » et qu’il y ait au sol de la réserve hydrique…

On distingue trois périodes principales durant le cycle végétatif de la vigne, où les flux de métabolites photosynthétiques diffèrent. Cela explique pourquoi l’écimage de l’apex et le rognage des deux plans de palissage peuvent devenir préjudiciables à la physiologie de la vigne et à l’accomplissement de la maturité.

Du débourrement à la floraison, la croissance végétative s’effectue sur les réserves de la vigne.

À partir de la floraison, les excès de sucres photosynthétisés dans les premières feuilles adultes et donc basales, migrent vers les organes en croissance : les jeunes feuilles apicales, les inflorescences (qui, à ce stade post-floraison, n’accumulent pas encore de sucres) et les radicelles.

Après la floraison, et à mesure que les feuilles deviennent adultes, progressivement les métabolites photosynthétisés migrent dans les parties vivaces de la plante entière (bois, bras, tronc et racines). L’arrêt de croissance marque normalement le signal du stockage des sucres dans les différentes parties accumulatrices, bois et raisins.

Orschwihr

Grand succès pour la journée de traction animale

Vigne

Publié le 25/04/2018

Samedi 14 avril, près de la chapelle du Bollenberg, la 4e journée de la traction animale en Alsace a été couronnée d’un franc succès. Le public est venu nombreux de toute l’Alsace viticole et même d’outre-Rhin pour assister à cette manifestation. Organisée à l’initiative de Boris Kachelhoffer et d’Hubert Hausherr, elle s’est déroulée dans les vignes du domaine Valentin Zusslin. Jean-Paul et Marie Zusslin représentent la 13e génération de vignerons de cette exploitation dont la création remonte à 1691.

Cette journée fut d’autant plus marquante que les organisateurs avaient prévu une exposition de différents matériels utilisés en traction animale. Mais l’attrait principal fut la démonstration réalisée par des vignerons et des prestataires qui veulent recréer dans les entreprises des relations sensibles entre le végétal, l’homme et l’animal. Leur but fut parfaitement atteint même si le sol était humide.

À l’heure du repas, les participants ont vécu un grand moment d’échanges et de convivialité. Puis Pascal Gilles, équithérapeute, a animé l’après-midi par une présentation enrichissante sur le chuchotement.

Clinique Électro Diesel

Le Vitrac en démonstration au domaine Lorentz à Bergheim

Technique

Publié le 23/04/2018

D’un gabarit plutôt de tondeuse autotractée, le Vitrac s’inscrit dans un nouveau concept de tracteurs viticoles articulés, à très bas centre de gravité et pneus basse pression, plutôt légers, de l’ordre de 750 kg ! De quoi laisser respirer les sols et augmenter le garde-manger pour les vignes. Le principe séduit et intéresse les vignerons. Pour preuve, l’exemple d’Étienne Goettelmann à Châtenois avec son Lederer pour traiter. Avec le Vitrac, on est sur un tracteur développé par un consortium de dix vignerons du sud Tyrol et qui répond donc précisément aux contraintes des vignes étroites (à partir de 80 cm d’écartement) et en pente, des viticultures à haute valeur ajoutée. C’est Clinique Électro Diesel à Sélestat qui a décroché la carte, réputée avec son atelier de maintenance performant.

Le Vitrac est propulsé par un moteur Kohler 4 cylindres de 32 ch. L’ensemble répond à toutes les normes UE. Doté d’une transmission hydrostatique à variation continue jusqu’à 11 km/h, le Vitrac se pilote au Joystic, l’autre Joystic servant aux outils puisque ce tracteur embarque 4 double-effets. Avec un triangle trois points, on peut l’atteler à la plupart des outils broyeurs, épampreuse, mât, rogneuse, faucheuse satellites, animés par hydraulique. Tout un matériel spécifique est aussi conçu par Vitrac : un pulvérisateur, un semoir de semis directs, des tondobroyeuses, dumper… Notons que le Vitrac est équipé de quatre freins à ressort, un dans chaque roue arrière, assurant un arrêt quand le joystick de commande est relâché, quand le poste de conduite est abandonné ou quand le moteur diesel est à l’arrêt. D’une longueur de 2,25 m, le Vitrac tourne sans manœuvre pour engager des rangées de 1,30 m d’écartement. Enfin, il faut compter 40 000 à 55 000 €, selon les options, pour ce tracteur promis à un bel avenir.

Diplôme « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle »

L’Université de Strasbourg s’engage sans retenue et affiche des ambitions

Vigne

Publié le 08/04/2018

Il a fallu à Frédéric Créplet, l’un des artisans, et à l’Université de Strasbourg beaucoup d’huile à mettre dans les rouages, à défaut d’eau dans le vin, pour rassembler autour d’un même projet de formation des « porteurs de savoirs académiques et de savoirs empiriques et intuitifs ». Ils seront au cœur de la formation de ce nouveau diplôme universitaire (DU) « Vers le terroir viticole par la dégustation géo-sensorielle ».

Au cœur de l’expérience et de la critique académique

Cette formation dispensée à la faculté de géographie de Strasbourg débutera le 11 juin 2018. Elle est parrainée par le célèbre vigneron bourguignon Aubert de Villaine et par Dominique Loiseau, présidente du groupe d’hostellerie et restauration Bernard Loiseau.

De cette dialectique entre « les exigences académiques et le prophétisme viticole, naîtra une connaissance », se persuade Michel Deneken. Et de cette « conjuration de gens qui ne sont pas d’accord », une sorte de « mélange d’intuition, d’empirisme et de sciences académiques ». Le président de l’Université de Strasbourg (Unistra) en espère une « tension féconde qui permettra aux étudiants qui vont se lancer d’être au cœur de l’expérience et de la critique académique ».

Un enjeu de civilisation

Une méthode dialectique qui a fait ses preuves et réussit finalement très bien à l’Unistra, car c’est sur ce terreau universel, « sur cet humus », que grandissent les talents : « Nous avons actuellement quatre prix Nobel en état de marche », rappelle le président. Qui entend bien, s’agissant de la vigne, du vin et de la table, « ne pas céder aux injonctions de la bien-pensance. C’est un enjeu de civilisation où la vigne est aux avant-postes. »

À l’origine de ce DU, il y a l’initiative des deux vignerons, Jean-Michel Deiss et Étienne Sipp, qui cherchaient à faire en sorte qu’une formation diplômante « puisse tirer la viticulture vers le haut ». Et à « sortir de cette impasse » où les vignerons, jeunes et moins jeunes, ne se sentent pas concernés par « la grande viticulture car elle ne s’adresse qu’à un tout petit nombre d’amateurs éclairés qui parlent un langage obscur, hermétique, abscons ».

Le corpus d’une viticulture de terroir « n’est pas une recette de cuisine », explique Jean-Michel Deiss, mais « si au moins cela mettait l’étudiant sur le chemin du doute avec un peu de lumière au bout… » Et en ce sens, « l’université est un endroit ouvert où chacun va grandir ». Par son autorité, « l’université donne quelques perspectives dans la durée » à ce diplôme universitaire qui « s’inscrit dans l’histoire », conformément aux engagements pris par Michel Deneken.

Grâce à ses compétences, c’est finalement la faculté de géographie et d’aménagement de Strasbourg qui a été jugée la plus légitime pour dispenser les cours de ce DU, « car un terroir, c’est un espace, un objet géographique, qui se différencie des autres espaces par des caractères et des limites, explique Dominique Schwartz, enseignant en pédologie. Et parmi les caractères qui individualisent le terroir - le climat, les roches, l’exposition, la topographie - on est typiquement dans la géographie, et à Strasbourg nous avons toutes les compétences. »

Dimension physique et métaphysique du lieu

Mais au-delà de ces facteurs physiques, il y a la dimension métaphysique du lieu, ajoute Jean-Michel Deiss : « Notre siècle est impacté par l’idée de performance. Comment un vigneron peut-il faire en sorte que ses raisins plaident en faveur du lieu ? Dans quel cadre peut-il agir pour que la plante raconte son lieu dans sa dimension physique ? », interroge le vigneron de Bergheim. Et sa dimension métaphysique également ? « On demande aussi à la vigne de transmettre tout ce que son vigneron porte en lui, sa langue, sa culture, ses envies, ses révoltes, son investissement humain et son appartenance à un espace. »

Transmettre et restituer par la dégustation : « Comment décrypter le signal du lieu ? » Sur ce point, Jean-Michel Deiss, Jacky Rigaux, enseignant de l’Université de Bourgogne, et le neurophysiologiste Gabriel Lepousez comptent bien s’appuyer sur la dégustation géo-sensorielle, dont les bases n’en sont qu’aux balbutiements. Plutôt que d’identifier des arômes et autres perceptions sensorielles chimiques (goût, odorat) pour lesquels il ne peut y avoir de consensus, la dégustation géo-sensorielle s’appuie sur la description des perceptions physiques en bouche, et sur lesquelles il y a des perceptions et un langage communs.

ŒnoFrance Sofralab

La prestation crémant monte en pression

Vigne

Publié le 07/04/2018

Lancé il y a trois ans par l’œnologue Nicolas François, d’ŒnoFrance Sofralab, le site d’élaboration des crémants en prestation et à façon, rue Denis Papin à Colmar, est désormais très opérationnel. « Nous récupérons les vins tranquilles stabilisés à froid. On va chercher le vin, il est filtré sur tangentiel, puis tiré et stocké. » Après la prise de mousse, les bouteilles sont mises à remuer, avant l’ultime étape du dégorgement qui sacrera le vin en crémant d’Alsace. Le lot est alors restitué à son vigneron propriétaire qui n’a plus qu’à étiqueter les flacons.

ŒnoFrance Sofralab assure désormais la prestation pour 25 vignerons. Et en 2018, pas moins de 120 000 cols sortiront de ce site de prestation d’élaboration pour les vignerons. C’était 17 vignerons en 2017 ; 2 en 2016. Le récent doublement des racks de remuage de 4 à 8 palettes confirme « la montée en pression » et le succès de la prestation auprès des vignerons.

Traçabilité et garantie de l’origine

À l’origine, Nicolas François, qui a roulé sa bosse dans bon nombre de vignobles d’effervescents, a vu qu’il y avait de la demande pour une telle prestation, car certains vignerons n’ont ni le temps, ni la place, ni les moyens à consacrer à l’élaboration de quelques palettes de crémant. « Et pourtant, ça fait toujours bien d’ajouter à son offre un crémant. Et idéalement, c’est encore mieux quand ce crémant vient de ses propres vignes, de sa propre parcelle, dont on peut raconter l’histoire. »

Car ce que propose ici ŒnoFrance Sofralab, c’est la traçabilité et la garantie de l’origine de la cuve chez le vigneron à la bouteille finie prête à être étiquetée. De surcroît, c’est le vigneron qui décide du type d’élaboration, en bio, avec ou sans liqueur de dégorgement, ou autre. « L’œnologue n’intervient qu’en tant que conseil, assure Nicolas François. Nous ne sommes que des prestataires. »

De 2,10 à 2,40 €/col

La formule, qui est d’ailleurs déjà en service depuis longtemps dans le Val de Loire, a rapidement séduit les vignerons alsaciens. L’offre comprend la prestation de vinification et également l’ensemble des matières sèches, bouteilles, bidules, capsules, bouchons et muselets. Pour cette prestation, d’un coût variable selon les matières sèches, il faut compter entre 2,10 et 2,40 €/col « la bouteille rendue à habiller ». Car pour l’heure, les nouveaux prestataires n’envisagent pas l’étiquetage : « D’abord, nous considérons que c’est un autre métier. De plus, ça risque de considérablement compliquer les tâches administratives, notamment avec la gestion des capsules dont la mise en place s’annonce fastidieuse avec le service des Douanes », précise Nicolas François.

D’ailleurs, avant le lancement du projet, il a d’abord fallu clarifier toutes les procédures de déclarations douanières, car le vin qui transite par le site de Colmar, doit à tout instant pouvoir être tracé. C’est-à-dire qu’il est sorti des stocks chez le vigneron avec les volumes correspondants et il apparaît dans les registres du site d’élaboration. « Nous sommes considérés comme un négociant-élaborateur, explique Nicolas François. Le vin de base sort de la DRM (déclaration récapitulative mensuelle) du vigneron et apparaît sur la DRM du site. Et son transport est accompagné de DAE (document administratif électronique). » Fort heureusement, Nicolas François et ses équipes s’occupent de toutes les formalités administratives.

Un argument de plus qui risque rapidement de conduire ŒnoFrance Sofralab vers les 250 000 cols élaborés : « Après, nous devrons revoir la place disponible », conclut Nicolas François qui déploie un large sourire, serein pour l’avenir.

Un nouveau constructeur de tracteur vigneron

Premiers essais pour le JDS Guillet

Vigne

Publié le 12/03/2018

Avec son look plutôt dodu et rétro, le nouveau tracteur JDS-Guillet ne passe pas inaperçu dans les vignes. Réincarnation du JDS de Louis Dromson, d’une stabilité légendaire, ce tracteur est de nouveau disponible grâce à Fabien Guillet, un industriel de la serrurerie chaudronnerie basé à Duppigheim. Habitué à relever les défis industriels les plus audacieux. Et à concevoir des engins motorisés hautement normés. C’est cette expertise avec ses équipes de concepteurs et de soudeurs, dont nombre sont compagnons du devoir, qui l’a amené à relancer le JDS avec son « nerveux » moteur John Deere trois cylindres, adapté aux normes Stage IV, avec un filtre à particules.

Pour l’heure, trois prototypes sont construits, l’un pour les normes, et les deux autres sont à disposition des viticulteurs qui veulent l’essayer. L’engin pèse un peu plus de 2 t, son empattement avait été voulu le plus court du marché ; et son étroitesse de 104 cm, avait été pensée pour les vignes étroites.

S’il reste aux établissements Guillet quelques petits réglages de différentiel et d’embrayage à effectuer, le tracteur, attelé à un broyeur de sarments, a déjà montré toute sa capacité à grimper les coteaux de Westhalten et de Dorlisheim. Et un viticulteur d’Itterswiller a déjà retenu le premier modèle.

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