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David Lefebvre

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Colloque InvaProtect. L’enroulement viral de la vigne

De nombreuses questions en attente de réponse

Vigne

Publié le 25/12/2017

La maladie de l’enroulement viral de la vigne affecte tous les cépages, mais les symptômes sont beaucoup plus visibles sur cépages rouges que sur blancs, introduit Étienne Herrbach, de l’Inra de Colmar. Les conséquences sont une réduction de croissance, une sensibilité accrue aux stress environnementaux et, ce qui est bien observable, les feuilles recourbées sur leur face inférieure, ce qui donne le nom aux virus « Grapevine Leafroll – associated virus »…

Trois espèces de ce virus sont identifiées dans nos régions : GLRaV 1, 2 et 3. Et quatre espèces de vecteurs que sont deux cochenilles dites farineuses à cause de leur aspect, la bohémienne Heliococcus bohemicus, et celle du platane ou du pommier, Phenacoccus aceris ; ainsi que deux cochenilles à coques, la lécanine du cornouiller, Parthenolecanium corni, et la cochenille floconneuse de la vigne, Pulvinaria vitis.

Une progression en ordre dispersé

Des études spatio-temporelles de l’évolution de la maladie sur des parcelles permettent de visualiser différents cas de progression, plus ou moins dispersée, contenue pendant six années, progressive, mais aussi invasive en quelques années. Ce qui interroge les scientifiques…

De quelques pourcents de pieds virosés, une parcelle de Bonzon en Bourgogne présente plus de 70 % de pieds atteints la cinquième année, en présence de la cochenille du platane. Dans une autre parcelle bourguignonne étudiée, la maladie ne s’est pas propagée pendant plusieurs années, sans doute faute du bon vecteur. Quant aux études en Allemagne dans le Palatinat et dans la région de la Nahe, ce qui frappe, c’est la dispersion spatiale diverse de la maladie. À partir d’un seul pied virosé en 2015, on retrouve 25 pieds en 2017, totalement aléatoirement répartis dans une parcelle de 735 pieds…

Dans le cadre d’InvaProtect, les scientifiques et les conseillers remplissent d’abord un rôle d’avertissement et de pédagogie auprès du public vigneron sur la symptomatologie de cette maladie. Un dépliant a donc été édité à cette fin. Il est disponible sur le site de la Fredon*. Selon un questionnaire diffusé en Alsace (avec 75 réponses), 89 % des vignerons savent de quoi il s’agit quand on leur parle de cochenille et disent l’avoir déjà observée. Et 62 % disent connaître la maladie de l’enroulement. Globalement, s’ils identifient bien les cochenilles, la maladie induite de l’enroulement l’est en réalité beaucoup moins et, surtout, le lien entre les deux est méconnu. Il ressort également que la profession est demandeuse de plus amples informations.

Attention à l’effet insecticide des fongicides

Les enquêtes de terrain indiquent qu’il y a nécessité de mieux cerner cette maladie. Et qu’elle pose de réels problèmes de production aux dires des vignerons sondés. Une autre enquête repose sur des analyses de bois dans les différents vignobles des vallées rhénane et mosellane. Sur 305 échantillons de bois issus de 29 vignobles, 24 vignobles se sont avérés positifs à un des virus, soit une maladie présente dans 82 % des vignobles rhénans et mosellans.

Mais il y a lieu également pour les scientifiques de mieux comprendre les mécanismes de propagation, d’affiner davantage la répartition spatiale des différentes cochenilles vectrices, de mieux cerner la biologie de la transmission, et enfin de comprendre les paramètres de l’évolution de la maladie.

Christoph Hoffmann, du Julius Kühn Institut à Siebeldingen, s’interroge sur les facteurs de recrudescence de l’enroulement. Par exemple, l’évolution des usages de produits phytosanitaires sous l’effet de la réglementation ne serait-elle pas en cause ? Ou encore l’effet insecticide induit par des fongicides sur la faune auxiliaire régulatrice des cochenilles ? « La régulation naturelle des populations de cochenilles s’effectue normalement bien. Où l’équilibre du système est-il perturbé ? », questionne Christoph Hoffmann. On connaît pas moins de neuf ennemis naturels de la lécanine du cornouiller, à tous les stades de son développement, œuf, larve ou adulte. Les études en cours préciseront l’efficacité des insecticides ainsi que les désordres qu’ils peuvent causer sur la faune auxiliaire, susceptible de réguler les populations de cochenilles.

Restaurant Julien Binz à Ammerschwihr

Les quadratures gastronomiques

Pratique

Publié le 23/12/2017

C’est un chef perfectionniste. Ses pairs disent de lui qu’il est un stakhanoviste du piano, il dit en tout cas aimer magnifier la matière vivante. Chef de partie chez Antoine Westermann, puis second de Marc Haeberlin, Julien Binz peut enfin s’adonner à sa créativité avec la précision d’un horloger. Sa signature ? Réaliser d’improbables quadratures gastronomiques comme ce filet de bar accompagné d’un jaune d’œuf enfermé dans des feuilles d’épinards pour satisfaire la pointe ferrugineuse d’un riesling de schistes du Rheingau d’Eva Fricke.

« Je propose une cuisine traditionnelle évolutive », explique le chef, qui apprécie de cuisiner à l’huile d’olive, par exemple avec des pointes de gingembre, citronnelle, des goûts vifs et frais. « Il faut de la mâche, de la souplesse, de la douceur. J’aime le produit vrai, non dénaturé, travailler sur les acidités, la fraîcheur, les textures, les couleurs », en témoigne sa « noix de saint jacques, sur palet de riz croustillant, chutney d’ananas, sauce crustacés thaï, émulsion citron vert - coco »…

À peine a-t-il été fondé avec sa compagne Sandrine Kauffer, que le restaurant a obtenu début 2017 une première reconnaissance par une étoile au guide Michelin. Et c’est à Ammerschwihr ! Un retour aux sources pour cette étoile montante mais déjà bien couronnée de la gastronomie alsacienne.

« Première rencontre, première claque »

Car l’histoire du chef Julien Binz a commencé juste en face, chez Philippe Gaertner, aux Armes de France. Après un BEP et un stage en forme de révélation dans un 2 étoiles à Grenade sur Adour - le restaurant Pain, Adour et Fantaisie, du chef étoilé Didier Oudill -, il poursuit en bac pro, mais ne termine même pas son cursus : « Je voulais sortir de la blanquette et du rôti ». Il rejoint illico le chef d’Ammerschwihr : « Première rencontre, première claque », lance-t-il.

Une année après, Philippe Gaertner le recommande à Antoine Westermann à Strasbourg. Il restera cinq années au Buerehiesel durant lesquelles ce sera « une remise en question quotidienne et de la rigueur. On fait et refait jusqu’à ce que ce soit bien fait. » L’appel du service national vient interrompre ce curriculum vitæ prometteur, mais il est affecté comme chef au mess du palais du Gouverneur. Jusqu’à 4 mois de la quille, où d’impénétrables voies gustatives en très haut lieu viennent interrompre son service national, afin qu’il puisse intégrer l’équipe de Paul Haeberlin. « J’avais envoyé un CV, j’ai d’abord essuyé un refus. Subitement, il a fallu que je me présente un lundi à « L’Auberge ». Tous les papiers étaient prêts pour sortir… » À Illhaeusern, il découvre « une tout autre ambiance, une équipe et une maison familiale »… D’abord commis, il finira au terme de cinq années bras droit du chef triple étoilé avant d’aspirer à de nouvelles responsabilités : « Je cherchais une place de chef ».

Après s’être essayé dans une brasserie, il s’installe à L’Auberge d’Artzenheim où il propose la cuisine de terroir qu’il affectionne. « Mais je n’avais pas d’assise financière pour reprendre l’affaire ». Marqués par leur limite d’âge, ses tenanciers s’arrêtent. On le retrouve au château d’Isenbourg à Rouffach où il peut parfaire sa notion des chiffres et des ratios, puis il se consacre à un projet d’hôtel de luxe sur le mont Scharrach à Scharrachbergheim qui ne verra jamais le jour, il s’est installé ensuite plus durablement comme chef du Rendez-vous de chasse - le Bristol à Colmar aux côtés de Richard Riehm où il récupère une étoile Michelin, et assure un intérim au Relais de la Poste à La Wantzenau.

« Je fais les choses comme elles me font plaisir »

Le changement de propriétaire du Bristol, avec l’arrivée de Jean-Pascal Scharf, signe pour lui le besoin d’ouvrir de nouveaux horizons plus personnels. Et c’est donc à Ammerschwihr, anciennement L’Arbre vert, que le couple a trouvé chaussure à son pied : « On s’y est tout de suite senti bien ». Mais un imprévu administratif l’oblige à se conformer aux normes les plus actuelles. Après de lourds travaux, le restaurant ouvre le 16 décembre 2015. Pour la carte des vins, il s’est adjoint les services de Pascal Leonetti, dont les choix viniques exigeants font régulièrement l’objet de soirées dites « harmonie » : « Dans ce cas, avec Pascal, on identifie les typicités et on compose le plat autour. » Mais Julien Binz mise également sur des incontournables comme ses « médaillons de homard, ravioles d’épinard, bouillon de gruyère ». Homard et gruyère : là encore un style gastronomique en forme de quadrature ! « Je fais les choses comme elles me font plaisir. Mes créations se nourrissent des goûts de saison, d’expériences personnelles ou de réminiscences. » Aux cuisines, l’ambiance avec ses quatre mousquetaires Alexandre, Maelig, Éli et Olivier, est des plus concentrées…

Pour Julien Binz, l’histoire continue de s’écrire avec des étoiles dans la tête. Reconnu par une première étoile, le chef compte bien être un jour consacré. Avec Sandrine Kauffer, journaliste spécialisée dans la restauration avec son journal des Nouvelles gastronomiques, qui dispose d’une tour d’observation avec vue imprenable sur la gastronomie française, le couple peut raisonnablement nourrir des ambitions pour surprendre les papilles par d’incroyables accords.

Colloque InvaProtect

Quatre bioagresseurs sous haute surveillance

Cultures

Publié le 15/12/2017

Ce colloque consistait à restituer les connaissances actualisées sur des « bioagresseurs » potentiellement destructeurs de cultures et les moyens de défense, grâce à un programme de recherche transfrontalier appelé InvaProtect. Engagé il y a deux ans suite aux fameuses invasions de drosophiles suzukii, ce programme de recherche intègre de nombreux spécialistes français, allemands et suisses.

Nous reviendrons ultérieurement sur différents sujets abordés lors de cette journée et présentons d’abord quatre espèces invasives, potentiellement dangereuses pour les cultures, identifiées dans le fossé rhénan, autour du lac de Constance et le Rhin supérieur. Parmi les facteurs responsables de leur présence : le changement climatique et le commerce mondial. Elles font l’objet d’avertissements, de prédictions et de recommandations pour le contrôle.

D’origine asiatique, la punaise diabolique (Halyomorpha halys), présente autour du lac de Constance et dans le fossé rhénan, semble inquiéter par sa dynamique de propagation et cause des dégâts sérieux en arboriculture. On la retrouve sur des cultures légumières - comme la tomate - forestières, ornementales, maïs, soja, plantes fructifères - comme le poirier - ainsi que la vigne.

Autre espèce invasive, la cicadelle pruineuse (Metcalfa pruinosa) est présente dans tout le Rhin supérieur et possède plus de 300 plantes hôtes, dont l’ortie, la vigne… Préférant les habitats semi-ombragés, « des dégâts viticoles sont attendus dans les années à venir », estiment les observateurs, mais il n’y a pas de dégâts pour l’heure. Si pour cette cicadelle des parasites ont été trouvés, la punaise diabolique n’a pas d’antagoniste local !

Quant à la cochenille blanche du mûrier (Pseudaulacaspis pentagona), elle s’attaque aux pêchers, aux mûriers, à certaines variétés de cerisiers. On lui connaît deux larves antagonistes : Encarsia et Aphytis. En raison de son potentiel de propagation, il est conseillé d’agir rapidement dès les premières attaques identifiées, en coupant et incinérant les parties des arbres infestées.

Enfin, la cochenille rouge du poirier (Epidiaspis leperii) est bien installée. Si les dégâts sont pour l’heure limités en arboriculture en France, il est cependant conseillé d’incinérer les bois touchés. Très dissimulée, elle est difficile à identifier. L’insecte s’attaque à pas mal d’arbres fruitiers, poiriers, mirabelliers, quetschiers et même des pins. La lutte est basée sur l’arrachage et l’incinération des bois. On connaît deux prédateurs auxiliaires contre cette cochenille, les cécidomyies et les coccinelles, et un lépidoptère parasite.

Colloque InvaProtect

Sharka, mauvais karma…

Cultures

Publié le 14/12/2017

Identifiée dans les années 1910 en Bulgarie, la sharka est un virus endémique, pour lequel le seul moyen de lutte efficace réside dans l’utilisation de variétés tolérantes de fruitiers. L’alerte a été déclenchée en Alsace en 1985. D’abord introduit par des plants contaminés, le virus a ensuite été éradiqué, puis réintroduit. Il est désormais bien présent avec des foyers dans tous les secteurs de production de quetsches : Obernai et Westhoffen en 2011, Thanvillé et Marckolsheim en 2013, Hindisheim et Wissembourg en 2014, Kriegsheim et Altwiller en 2015, etc. Idem pour le Haut-Rhin, avec une forte répartition spatiale et temporelle, et à un degré plus inquiétant sur le plateau lorrain. La maladie est identifiée souvent sur prunes, quetsches, amandiers, plus rarement sur mirabelliers, jamais sur cerisier. Mais le virus s’y serait attaqué en Russie.

On dénombre neuf souches variantes du Plum pox virus, dont l’agressivité de certaines est à craindre. Le vecteur de ce virus est le puceron vert du pêcher, notamment. La sharka est classée parasite de quarantaine. La détection d’un foyer engendre des mesures coercitives de lutte dans un rayon de 1 km. Si plus de 10 % des arbres sont touchés, la destruction du verger doit être totale. En 2017, sur 19 000 arbres contrôlés, 120 individus ont été détectés positifs. La maladie peut encore être contrôlée grâce à une surveillance rapprochée.

L’usage de variétés de prunus tolérantes pour contourner la maladie pose néanmoins le problème des risques potentiels de dissémination qu’elles présentent en tant que porteurs sains. Ce qui impose une rigueur sanitaire sur la circulation des bois de greffon et de porte-greffe.

Le virus est détectable par indexage, mais depuis, les techniques ont permis d’améliorer la rapidité de la réponse avec le test Elisa, puis la PCR et désormais le Flashkit© qui consiste in situ à tremper une bandelette dans des végétaux broyés, ce qui donne une réaction colorimétrique. Sûr et facile d’usage, ce kit est en outre peu onéreux.

Pour l’avenir de la lutte, il faudra néanmoins compter avec les nouvelles variétés tolérantes. Si l’abricotier possède des réserves génétiques dans le compartiment sauvage, il n’en est pas de même pour le pêcher. Les études portent actuellement sur la modélisation géographique des souches virales pour mieux piloter la prospection. Et il s’agit de voir si le mirabellier, pour l’instant épargné, n’est pas un porteur asymptomatique. Enfin, l’usage du Flashkit avant plantation sur racines est un autre aspect des études en cours pour prévenir l’expansion de la maladie.

Salon Agriculture de demain, les 30 et 31 mai 2018

Vente directe et fertilisation au programme

Pratique

Publié le 30/11/2017

Coorganisé par la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, Alsace Bio et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace, la manifestation constituée d’ateliers, démonstrations, expositions et conférences, se veut tournée vers les technologies agronomiques d’avenir et souhaite « concilier les exigences de productivité, de compétitivité et les enjeux économiques, sociaux et environnementaux ». À la manière du salon Tech & Bio à Valence qui attire aujourd’hui des milliers d’agriculteurs. Pour cette édition, les agriculteurs pourront trouver des solutions pratiques à leurs projets d’émancipation économique au village de la vente directe.

Le thème retenu cette année est la fertilisation. Un sujet qui sera scruté sous toutes ses formes, puisque la ferme du lycée agricole se transformera pour l’occasion en une plateforme de démonstration de matériels et d’essais agronomiques. Avec à chaque fois, les partenaires techniques qui présenteront des résultats, des solutions novatrices, comme une unité mobile de fabrication de biochar (ou terra preta), ce fameux charbon de bois qui, associé à des amendements organiques, constitue une véritable révolution de pensée agronomique.

Mais au-delà, avec son unité de méthanisation, sa station de compostage, sa diversité de cultures, le Verger expérimental d’Alsace à proximité et les plateformes agronomiques d’essais, le site d’Obernai ne manquera pas d’intérêts. Les visiteurs y trouveront des ateliers de diagnostics, de méthodes d’analyses des sols, de comparaison de méthodes et techniques de fertilisation et des solutions pour améliorer la fertilité de ses parcelles. Et plus globalement, apprendront comment mieux cerner la compréhension des paramètres qui font qu’une parcelle est plus résiliente face aux agressions climatiques : érosion, toxicité aluminique, battance des sols, sécheresse de surface, fuites de nutriments minéraux, pertes organiques et humiques, etc.

Agriculteurs et professionnels de l’agriculture pourront se faire une idée objective et avoir une vision globale des technologies et pratiques agricoles d’avant-garde ou alternatives.

Démonstration de drones à usage agricole en Suisse

Une « drone » de révolution se prépare

Technique

Publié le 30/11/2017

Identifier un pommier malade dans un verger, un pied de vigne flavescents, ou la tache d’infestation de pucerons d’une orge. Puis aller dans la parcelle traiter le sujet avec une précision chirurgicale. Le tout réalisé par des drones télépilotés à distance ou programmés en avance : les technologies n’ont jamais été aussi proches de ce scénario. En Suisse, comme les tracteurs, les drones feront partie du paysage agricole.

Le fabricant chinois DJI - qui revendique 70 % du marché des drones de loisir et à usage pro - et l’École suisse de pilotage de drones avaient donné rendez-vous dans un domaine viticole près de Vevey au bord du lac Léman, pour présenter l’état d’avancée des technologies et proposer une démonstration du drone Agras MG1 utilisé pour le traitement phytosanitaire ciblé des cultures. Une démonstration en Suisse, parce que la législation permet actuellement à tout un chacun de piloter un drone de moins de 30 kg, tandis qu’en France, la réglementation sur l’usage des aéronefs est beaucoup plus contraignante*.

D’ores et déjà, les applications agricoles du drone sont multiples mais vont se développer. Couplé à des caméras spectrales, le drone peut par exemple aller traiter une zone qu’il a identifiée comme malade ou/et attaquée par un ravageur. Un scénario extrêmement élégant au plan agroenvironnemental. Et les Suisses l’ont bien identifié…

À l’école de Changins, Dorothéa Noil teste trois drones. Pour apprécier par exemple la vigueur des parcelles de vignes : « Les données sont bien corrélées avec la pesée des bois de taille », confirme la chercheuse. Ou bien pour mesurer le volume de perte des terres érodées en grandes cultures. Ou, actuellement, pour détecter la maladie de la flavescence dorée des vignes, grâce à un capteur hyperspectral qui détecte les pieds atteints, plusieurs mois avant qu’ils n’expriment les premiers symptômes. En effet, la présence du phytoplasme provoque une signature spectrale des feuilles, invisible à l’œil nu, mais visible sous certaines longueurs d’onde lumineuse que des caméras dites hyperspectrales peuvent révéler.

Moins dépendants de la météo que les satellites, les drones confèrent en outre une résolution spatiale supérieure aux images satellites. Ils peuvent embarquer différents capteurs dans le proche infrarouge ou multispectral. Mais pour Philippe Vayssac, expert en logiciel de traitement d’images par drone chez Groupama, il est techniquement envisageable aujourd’hui d’avoir des drones qui détectent les prémices d’une maladie, puis d’aller traiter la zone touchée : « C’est surtout sur l’interprétation et l’exploitation des données qu’il y a nécessité de travailler », confirme Frédéric Gex, qui a fondé l’École suisse de pilotage de drones.

 

Chez Corinne Diemunsch à Balbronn

Soigner la vigne par les plantes

Vigne

Publié le 17/11/2017

L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) proposait une journée de rencontre avec Corinne Diemunsch qui soigne ses vignes par les plantes et qui a fait de la production de plantes séchées pour le soin de la vigne et des cultures, sa deuxième activité. Un événement auquel tous les vignerons du Grand Est étaient conviés. Nul n’est prophète en son pays, ce dicton n’a jamais résonné aussi fort, jeudi 8 novembre vu l’intérêt suscité par cette formation auprès des vignerons lorrains, qui sont venus en force en Alsace : 18 participants sur les 25 présents.

Après la présentation des installations, le séchoir et la pièce de stockage, des locaux bien ventilés mais plutôt sombres pour préserver les propriétés des plantes séchées, les vignerons avaient rendez-vous à la cave du Roi Dagobert, pour deux heures d’introduction à l’usage des plantes. Un propos de Corinne Diemunsch, inspiré par le formateur Éric Petiot, qui s’est voulu très modéré. Ces préparations peu préoccupantes tombent sous le coup d’une législation contraignante sur la communication des pratiques phytosanitaires alternatives aux produits de synthèse. « Je peux commercialiser des plantes, mais je ne peux pas vendre des préparations et en revendiquer des effets, faute d’AMM (autorisation de mise en marché). » Pour les usages, il existe une bibliographie abondante…

Pour être efficace, la phytothérapie des vignes s’inscrit dans une approche viticole globale. Les méthodes sont douces et peu agressives pour la terre et la plante : les vignes sont taillées en Guyot-Poussard de manière à ce que les mutilations de la taille entravent au minimum les flux de sève. La fertilisation vise à nourrir la vie microbienne des sols, mais pas à perfuser les vignes d’azote minéral. Corinne Diemunsch applique par exemple des oligoéléments et du saccharose. Et s’agissant des travaux des sols, selon l’approche de la trophobiose de Francis Chaboussou, il n’y a pas de remuage de la terre après la mi-juillet pour ne pas provoquer de minéralisation des sols. Et d’une manière générale, elle n’utilise pas d’outils de travail des sols à dents animées telles que la herse rotative et la fraise.

« J’aime bien varier les plantes »

Corinne Diemunsch centre la protection de sa vigne autour du cuivre, avec un premier traitement à la très très faible dose de 50 g/ha en Cu métal dès le stade 2 feuilles, et du soufre Thiovit. « Mes plantes « premiers secours » sont l’ortie, la consoude, la prêle, la fougère et l’achillée. » Les traitements s’appliquent autant au sol que sur la plante. Le bouillon moléculaire élaboré à partir de décoction ou d’infusion « est reconnu par la plante, et est donc très assimilable ». Ces applications de plantes exercent « un effet nutritif, SDN, biostimulant ou phytostimulant, et créent une atmosphère défavorable à l’implantation des maladies. Les plantes que j’utilise sont l’ortie, la reine-des-prés, la prêle, l’origan, la consoude, la tanaisie. » Et contre les insectes, la tanaisie, la lavande, la menthe, l’absinthe, la rue, la santoline, et la fougère sont appliquées pour leur effet insectifuge : « J’aime bien varier les plantes et apporter des éléments différents, des phénols différents. »

 

 

 

Un nouveau constructeur de tracteur vigneron

Guillet ressuscite le JDS, un tracteur vigneron de légende

Vigne

Publié le 10/11/2017

Le retour de l’emblématique tracteur JDS est né de la rencontre entre l’industriel de la chaudronnerie, Fabien Guillet, et Louis Dromson, le concepteur du châssis de ce tracteur vigneron, le plus court et le plus bas sur pattes du marché. Les feu Établissements Dromson avaient réussi, grâce au châssis unique et génial du JDS, la difficile équation étroitesse - 1,05 mètre de large - et stabilité extraordinaire. Le tout doté d’un moteur John Deere, assez puissant et nerveux pour se sortir des passes délicates dans les pentes les plus raides des vignobles. Seul tracteur vigneron équipé de ce moteur, le JDS avait ses vignerons inconditionnels. Jusqu’à cette fatidique année 2008 où les ateliers de montage Dromson ont cessé leur activité.

Des soudeurs compagnons du devoir

« Écoutes, il y a un parc d’environ 800 tracteurs qui tournent. C’est dommage de laisser tomber ! », lui dit un jour Louis Dromson. L’Alsacien Fabien Guillet et ses équipes de soudeurs à façon, dont certains sont compagnons du devoir, sont des adeptes des défis industriels « made in France » dans leurs réalisations chaudronnières. Capables de répondre à des demandes plus extraordinaires les unes que les autres, comme des charpentes pour la Tour Eiffel, ou des échafaudages scéniques pour les concerts de Johnny Haliday. L’industriel de Duppigheim en Alsace (100 salariés, 13 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires) envisage alors de re-fabriquer ce tracteur de légende à l’heure où bon nombre de constructeurs outre-Rhin comme Holder, Sauerburger ou Bergmeister, arrêtent cette activité.

Il n’y avait plus d’équivalent au JDS sur le marché

« Certains abandonnent sous l’effet de l’évolution normative et des faibles marges. Chez nous, le tracteur s’inscrira dans une production globale faite de fabrications ponctuelles et régulières. D’autant que nous avons le savoir-faire dans les engins motorisés » hautement normés. Si la production d’un tel tracteur colle à son projet d’entreprise, Fabien Guillet a aussi vu qu’il y a un marché à prendre. « Les vignerons se font peur dans les vignes et ça a été de pire en pire, car il n’y avait plus d’équivalent au JDS sur le marché », résume-t-il.

Centre de gravité surbaissé

Mais ressusciter le JDS n’a d’intérêt que si le nouveau tracteur conserve tous les ingrédients de sa réussite : outre ses dimensions courtes, son centre de gravité surbaissé et son moteur John Deere, une mécanique simple et fiable, sans ambages technologiques. Problème : entre 2008 et 2018, pour arriver aux normes Tier5, les moteurs se sont entourés d’un ensemble de nouveaux composants pour la dépollution des gaz (filtres catalyseurs) encombrants. « La conception a été un purgatoire ! », confie Fabien Guillet, pour loger tout sous le capot.

À l’heure où le vigneron doit plaire au grand public

Le capot : un sujet qui d’ailleurs prête à interrogation… Qu’on ne se méprenne pas sur le travail de l’industriel. Il a bien fait appel à un designer. Avec une ligne de signature plutôt rétro que futuriste, « les vignerons ne l’apprécient pas beaucoup pour l’instant », admet Fabien Guillet. Mais, à l’heure où les vignerons doivent plaire pour vendre leur vin, le look assumé de ce tracteur « est fait pour plaire au grand public », assure-t-il. D’ailleurs, « les couleurs seront déclinées selon le souhait des vignerons à l’identité du domaine viticole. Et nous conservons la marque JDS qui est la signature ». Ce JDS pourra également admettre une cabine catégorie 4, à l’atmosphère pressurisée et filtrée sur charbon.

Homologué en février prochain

« C’est un défi industriel. Nous ne sommes pas soutenus, mais je veux prouver que nous sommes capables de le faire. » Au plus fort, il sortait 100 JDS par an des usines Dromson. Fabien Guillet espère pour sa part en sortir 50 unités par an. « La vocation du JDS sera d’être fort en France pour être exportable, j’espère du soutien », réaffirme l’industriel, et « un certain chauvinisme, car c’est un produit à 70 % français, et à 90 % européen ».

Plateforme de partage d’idées et d’innovation

InVinoTech tisse sa toile dans le vignoble

Vigne

Publié le 09/11/2017

InVinoTech cherche actuellement à rassembler les forces vives du vignoble alsacien pour « mettre en place les nouveaux leviers de valorisation de la filière vitivinicole alsacienne par l’action, l’innovation et le numérique », explique la meneuse du projet Nadia Lelandais.

À la genèse du projet Fondé en mars 2017 par Nadia Lelandais, Thomas Cruzol, Coralie Haller, Mathieu Lasnevilloing, Arnaud Tarry et Catherine Mosser, il y a la volonté de créer « un écosystème d’apporteurs d’idées à la filière viticole ». « La méthode est extrêmement pragmatique. Elle consiste tout simplement à mettre de concert toutes les énergies de ce vignoble pour résoudre des problèmes quels qu’ils soient. »

 

Le groupe a depuis organisé cinq réunions dont la dernière avait lieu le 14 octobre dernier dans les locaux de l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Strasbourg où se déroulait un hackathon. Qu’est-ce ? Des développeurs dans différents domaines du design, informatique, robotique, commercial, etc.se réunissent l’espace de deux jours pour répondre à des problématiques posées.

La méthode pour accélérer le processus de création et d’invention est celle du TRIZ, acronyme russe qui signifie Théorie de Résolution de Problèmes d’Invention. Et qui se pratique à l’Insa sous l’impulsion de professeur tel que Denis Cavalucci, chercheur au (LGeco), Laboratoire de génie de la conception à l’Insa. Dont l’objet est de « faire évoluer les pratiques des ingénieurs d’un mode routinier vers un mode inventif ».

Exemple de sujet qui pourrait être abordé : « Dans le cadre de la nouvelle organisation du Civa, des groupes de réflexion travaillent notamment sur l’identité de l’Alsace. L’ensemble de la viticulture alsacienne devrait être consultée sur cette réflexion d’identité des alsaces. Et les nouveaux outils d’aide à la décision devraient nous apporter des précisions sur le profil du consommateur de vins d’alsace en France et à l’étranger, et de demain. Mais notre gros challenge est de mettre en place un outil efficace permettant de mieux valoriser le vin d’Alsace. Et lui donner une image qui devrait être celle du plus grand vin blanc du monde. Il a été défini tout un ensemble de strates qui correspondent aux piliers différenciants du vin d’Alsace », explique Pierre Bernhard, président du Synvira.

« InVinoTech rassemble à ce jour plus de 25 acteurs dynamiques de tous horizons autour du monde du vin, interprofessions, représentations locales, avec la connaissance des acteurs du numérique, de l’industrie, de la recherche et de l’université, du marketing et du financement. Tous sont mobilisés et engagés pour inventer ensemble un meilleur futur de la filière vitivinicole. »

Rendez-vous est donné du 16 au 18 février à Colmar pour le hackathon du vignoble

Syndicat viticole, ville de Ribeauvillé, Chambre d’agriculture et Carola

Un projet collectif en faveur de la biodiversité

Vigne

Publié le 02/11/2017

Nichoirs, potences à rapaces, semis de couverts mellifères de plantes autochtones, hôtels à insectes pollinisateurs, réaménagement des murets et des lisières : c’est un vaste projet en faveur de la biodiversité qui est actuellement conduit sur le ban viticole de Ribeauvillé. Et pour ce faire, l’ensemble des groupes constitués et institutionnels s’associent : le syndicat viticole local, les sources Carola, la ville de Ribeauvillé et la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA).

« Nous avons choisi de mener à bien ce projet à Ribeauvillé car le groupe de viticulteurs y est très dynamique notamment avec la pose des capsules de confusion sexuelle », explique Frédéric Schwaerzler, technicien conseil à la CAA. Fait notoire, les décisions d’aménagement ont été définies conjointement avec les naturalistes de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et Bufo pour les mammifères, batraciens, reptiles, qui ont d’abord effectué un état des lieux. La présence du hibou grand-duc a notamment été identifiée.

Les abords des parcelles seront aménagés de divers nichoirs, potences à rapaces, posés avec naturalistes. Le projet intègre également des moyens donnés aux viticulteurs pour restaurer et entretenir les murs en pierre sèche du vignoble. Une formation assurée par le Parc des ballons sera proposée aux exploitants et salariés.

 

Des lisières de forêt réaménagées

Un sujet concerne aussi les lisières de forêts qui sont toujours des lieux de forte biodiversité, par exemple pour les oiseaux cavernicoles. Entre la vigne et la forêt, une bande de 50 mètres sur la zone de l’Altenholtz, va consister à ouvrir le paysage, tout en laissant les arbres remarquables et en replantant des essences locales.

Enfin, les sources Carola, qui envisagent de nouveaux captages, ont conduit une étude sur les abeilles, leur mortalité en lien avec la pression insecticide, le varroa mais également le bol alimentaire qui se fait rare à l’automne. D’où l’intérêt pour les viticulteurs et les apiculteurs de réintroduire des mélanges mellifères de plantes autochtones. Il a été fait appel à la maison de semences Nungesser à Erstein, qui depuis deux ans conduit un projet de ce type de semences, notamment avec le conservatoire des sites alsaciens et dans le cadre du projet Repère à Westhalten. « Le financement des semences est assuré aux trois quarts par la ville, Carola et le syndicat viticole », indique Frédéric Schwaerzler. Pour l’heure, cette facette du projet engage 16 viticulteurs. « L’idée est d’étendre ces semis à l’impluvium, mais le comportement des mélanges sera avant étudié, avec un suivi agronomique assuré par Chantal Rabolin et Christian Bockstaller de l’Inra ».

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