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David Lefebvre

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Lycée agricole d’Obernai-Erstein

Le Covid-19 n’entache pas le dynamisme et le succès des formations agricoles

Vie professionnelle

Publié le 03/09/2020

« Ces centres qui croisent formation générale, spécialisée, apprentissage, formation continue, c’est l’idéal, c’est ce qu’il faut faire », estime Jean Rottner, président de la région Grand Est. « Avec le CFA (Centre de formation pour apprentis) et le centre de formation continue, des apprentis adultes, on a des classes mixtes. Le même brassage s’effectue au self, à l’internat entre les lycéens », en convient le proviseur de l’établissement Thierry Girodot. Ce melting-pot participe à l’abolition d'« un sentiment de hiérarchie entre les voies de formation générale, les CAP, l’apprentissage, les bac pro. L’alchimie n’est pas facile, mais cette communauté éducative fonctionne relativement bien, génère des idées, enrichit les pratiques pédagogiques », ajoute le proviseur Girodot. Bref, participe à lutter contre les segmentations sociales et sociétales.

 

 

 

La rentrée à l’EPL (établissement public local) d’Obernai s’est effectuée sous l’œil averti de la préfète de Région Josiane Chevalier, du président de la Région Grand Est Jean Rottner, de Patrick Bastian, élu régional délégué à l’agriculture, d’Élisabeth Laporte, rectrice de l’académie de Strasbourg, d’Anne Bossy, directrice régionale de l’alimentation, l’agriculture et la forêt, de Denis Ramspacher et Christian Schott, les représentants de l’agriculture qui siègent également au conseil d’administration du lycée agricole. Ils ont été accueillis par le proviseur Thierry Girodot et son équipe enseignante pour un tour d’horizon sur la formation agricole.

Outre la présentation d’usage de l’éventail des formations aux métiers de l’agriculture, ce sont les risques de fractures pédagogiques consécutifs à la période de confinement liée au Covid-19 qui ont occupé les dialogues entre les enseignants et les représentants politiques et de l’État. Les projets agroécologiques de la ferme du lycée en houblon bio, la méthanisation, l’optimisation du cycle carbone à des fins énergétiques et de fertilité ont complété les sujets abordés.

Mille apprenants

« On gère environ 1 000 apprenants, dont 560 lycéens, 400 apprentis, une centaine de stagiaires en formation continue diplômante, introduit le proviseur. Notre offre de formation est majoritairement professionnelle, mais avec la possibilité de suivre un bac général orienté sur les disciplines scientifiques, un bac technologique spécifique aux métiers des sciences et techniques de l’agronomie et du vivant, les bac pro de l’agriculture (machinisme, service aux personnes, cheval, commercialisation, eau, horticulture, aménagement paysager…). Ça paraît pléthorique, mais c’est à l’image de l’agriculture alsacienne particulièrement diversifiée, les qualifications vont jusqu’à la licence pro. »

L’une des raisons du succès du centre de formation agricole d’Obernai-Erstein, c’est son environnement qui fait que « après trois semaines, chacun se connaît, poursuit le proviseur. C’est un lycée relativement petit avec des classes comprenant 25 à 30 élèves, soit un environnement éducatif similaire à un collège. On a une approche assez familiale de la gestion de l’élève. »

 

[#Rentrée2020]
Visite du Lycée agricole d'#Obernai : échanges avec les équipes éducatives et les élèves en ce jour de #rentrée
➡️ Protocole sanitaire pour assurer la bonne continuité pédagogique dans le contexte de l'épidémie #Covid19
➡️ Soutien au monde agricole pic.twitter.com/6TPuYBt7cC

— Région Grand Est (@regiongrandest) September 1, 2020

 

Conséquence, l’EPL affiche de bons taux de réussite : 90 à 95 % au bac, 80 à 90 % en BTS. « Quand on rentre en seconde, théoriquement on a donc toutes les chances d’obtenir ses diplômes. » L’EPL d’Obernai-Erstein recrute à 80 voire 90 % des étudiants alsaciens. Son internat comprend 330 places, dont 200 lycéens et 130 apprentis internes. « On manque de place », commente le proviseur, qui souligne également qu’il y a un « internat d’excellence à Erstein » où quelques chambres sont encore disponibles. 23 % des effectifs sont des fils et filles d’agriculteurs, c’est deux fois plus que la moyenne nationale dans les lycées agricoles, précise encore le proviseur. « Beaucoup viennent pour cet environnement, mais sont également attirés par les sciences du vivant, l’eau, l’environnement, et pour les métiers para-agricoles. »

Un « moteur de recherche » humain

Dans la mouvance pédagogique visant à tenir davantage compte des individualités, l’EPL d’Obernai a créé une Centre pour apprendre autrement (C2A). Présenté par Nicole Guyot, professeure de lettres modernes, Christine Muller responsable informatique, Laëtitia Jendry, formatrice en aménagement paysager, ce « centre de ressources » facilite l’individualisation des formations pour la formation continue et l’apprentissage. « Avec le télé-enseignement et l’enseignement de soutien aux lycéens, tout le monde l’utilise. « Exit la craie et le tableau noir », ici on trouve de l’aide avec en permanence un animateur qui, tel « un moteur de recherche » permet à chacun de disposer de méthodes, d’outils, de documents, de jeux pour l’acquisition de connaissances. Concrètement, l’animateur est en lien avec les documentalistes du CDI et les enseignants. « Mais il faut que les élèves ouvrent spontanément la porte. Notre idéal serait d’abattre les murs, de lever les verrous. Ce centre est accessible pendant et hors des cours. »

Les représentants ont également écouté les enseignants et des étudiants pour relater les conditions de continuité des enseignements pendant le confinement et jusqu’à juin. Du côté du CFPPA, étudiants-apprentis et enseignants étaient déjà rodés aux techniques de formation à distance grâce à leur plateforme développée depuis deux ans déjà. « Les stagiaires n’étaient pas déboussolés par le mailing, et les visioconférences. » C’est plutôt du côté du CFA que la « machinerie a été lourde pour créer des outils, les découvrir. » Finalement, « le lien a continué au prix de beaucoup de sueur ». Côté lycée et enseignement général, le dispositif 4.0 qui consiste à doter tous les lycéens du Grand Est d’un ordinateur, s’est avéré judicieux pour préserver la continuité pédagogique. Problème, la plateforme Monbureaunumérique a bugué, et parmi la pléthore d’autres canaux numériques, Skype, Zoom, email…, « il a fallu un mois pour trouver le rythme ». Et c’est finalement la plateforme de l’EPL qui a été le recours le plus utilisé. Mais les enseignants craignent des décrochages d’étudiant : « Il a fallu faire preuve d’autonomie », indique une étudiante. Tandis que certains élèves, dans des zones mal desservies subissent la fracture numérique. Au final, « rien ne remplace le lien direct en pédagogie en lycée, surtout là où certains élèves sont en difficulté, souligne la professeure Nicole Guyot. L’essentiel a été l’adaptation à la situation de crise, avec des expériences pédagogiques fantastiques. »

Un été sans Foire aux vins

Les 4 jours du vignoble - Nouveautés : traiter avec précision et agronomie

Vigne

Publié le 26/08/2020

Les 4 jours du vignoble, qui se tenaient il y a quelques semaines à Dambach-la-Ville, organisés par Niess Agriculture - Groupe Ackermann, la Maison Hauller - Cave du tonnelier et H & M Gerber, avaient l’allure d’une petite foire aux vins. Quelques nouveautés ont retenu notre attention.

Réseau de stations Sencrop et pulvé Berthoud

CAC Ampélys a fait le choix d’accompagner le maximum de manifestations du vignoble cet été en absence de la Foire aux vins de Colmar. L’équipe d’Emmanuel Kippelen était donc à pied d’œuvre du 23 au 26 juillet sur la zone artisanale de Dambach-la-Ville avec l’ensemble de ses conseillers vigne. CAC Ampélys présentait son réseau de stations Sencrop : « Nous avions développé un premier réseau en 2019, le prestataire a hélas périclité. Sencrop nous a finalement permis de pérenniser le service. Nous aurions souhaité mutualiser l’usage des stations et partager en réseau les données, les abonnements étant à la charge des clients », explique Emmanuel Kippelen.

Le réseau de stations Sencrop renseigne finement sur les données météo locales, précipitations, température anémométrie. « C’est un outil d’aide à la qualité de pulvérisation. Il se justifie d’autant plus que nous nous orientons clairement vers des traitements alternatifs basés sur des produits de contacts notamment », explique Emmanuel Kippelen. CAC Ampélys propose 15 jours d’essais gratuits.

Toujours dans le domaine des traitements, Niess Agriculture - Groupe Ackermann exposait un pulvé Berthoud équipé du système Speedair et du système CG de traitement face par face. Berthoud a travaillé particulièrement sur la ventilation « qui allie puissance, rendement et faible niveau sonore », tandis que les rampes CG assurent une pulvérisation portée Air Drive par un flux d’air, de telle sorte qu’il encadre le pinceau de jet. Conséquence, il n’y a pas de dérive et le pulvé est homologué ZNT (zone de non-traitement). Les rampes se relèvent en bout et rang et il n’y a pas d’encombrement pour la maniabilité.

Réalisations H & M Gerber

Hubert et Maurice Gerber étaient les troisièmes organisateurs de ce mini-salon. Ce sont aussi les nouveaux venus sur cette zone artisanale de Dambach-la-Ville définitivement dévolue à la vitiviniculture. Hubert et Maurice ont prévu une grande surface. Durant ces quatre journées, ils ont accueilli un marché des producteurs du terroir et de la restauration. Dans l’enceinte, Maurice Gerber, véritable orfèvre de la métallerie, présentait ses réalisations, des portes, des rampes, des escaliers, quand il ne se consacre pas à l’assemblage de ses rolofacas, de ses semoirs Ecosean ou de sa dernière conception, un châssis porte-outils, cavaillonneuses, décavaillonneuses, rollhacker et/ou étoile Kress, l’hydraulique du système indépendante de chaque côté permettant de travailler en dévers.

 

 

Lire aussi : Les 4 jours du vignoble à Dambach-la-Ville : 1 200 entrées pour une première, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Union des vignerons d’Alsace (Univa)

Aborder les mutations avec humanité

Vigne

Publié le 10/08/2020

La réunion prévendanges de l’Univa se tenait aux Tanzmatten à Sélestat vendredi 31 juillet. Près de 400 viticulteurs, apporteurs de raisin à la maison Arthur Metz, sont venus entendre les consignes avant vendanges et bien sûr discuter volumes et prix du raisin. Prenant sa casquette de vice-président du Civa, Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz, a présenté l’analyse des chiffres de la filière sur la base du même document présenté en assemblée générale de l’Ava. Ce qui a fait dire à Christian Kohser, président de l’Univa : « Nos prévisions de récolte sont à 70 hl/ha, nos ventes sont à 59,4 hl/ha (crémants inclus, N.D.L.R.), inévitablement il faut arriver à concilier les deux. La baisse des rendements est inévitable. » Une double peine puisque les cours du raisin baissent également, déplore-t-il. Néanmoins, « avoir des rendements en cohérence avec ce qu’on commercialise est essentiel. Et plus vite on sera en cohérence, plus vite on aura le potentiel de rebondir. » 59,4 hl/ha répète Christian Kohser : « Si tout le monde en avait conscience, ce serait une bonne chose. »

Selon les projections de rendements, moins la distillation (45 000 hl), moins les ventes, les stocks en décembre devraient osciller autour de 1,5-1,6 Mhl (million d’hectolitres) pour les vins tranquilles et 850 000 Mhl pour le crémant, soit l’équivalent de deux à trois années de vente selon les types de vins d’Alsace. « Il faut s’interroger sur le poids de nos stocks afin qu’il ne pèse pas trop sur les cours », pose Serge Fleischer.

Prix et paiements

« Mon patron (J. Helfrich, groupe LGCF, N.D.L.R.) a mis un point d’honneur à payer en temps et en heure d’abord les vignerons et à respecter nos engagements contractuels, partout dans le groupe », continue-t-il, ce qui a occasionné de « la gymnastique comptable ». D’autant que le groupe Grands chais, très exportateur, « subit le Covid-19 à travers la planète… », après avoir subi les taxations Trump.

« On n’est pas toujours dans les meilleurs prix, admet Serge Fleischer, même si on n’a pas à rougir, mais on respecte nos engagements. » Ainsi, l’intégralité de la récolte 2019 sera payée pour le 25 septembre, précise Christian Kohser. Cependant, « le décrochement du vrac (qui pèse sur l’indexation de prix des raisins, N.D.L.R.) a été violent, on est revenu aux prix de 2011 », concède Serge Fleischer. L’effort à fournir pour les producteurs sera d’autant plus fort… « Mais je ne supporte pas d’entendre que de passer de 80 hl/ha à 65 hl amputerait le revenu de 25 %. » Ces dernières années, rarement la moyenne de rendements du vignoble a atteint 80 hl/ha, soutient le directeur d’Arthur Metz. De fait, le rendement moyen alsacien de 2019 (crémant inclus) est de 66,1 hl/ha. Et donc, « si on passe à 60 hl, l’effort est de 10 %. C’est vrai que quelques dizaines de viticulteurs sont à 80 hl/ha, mais le rendement collectif, ce n’est pas ça », et « heureusement qu’une partie des vignerons font des rendements mesurés. Si nous étions tous à 80 hl/ha, nous aurions 1,250 Mhl de récolte par an pour des ventes à 930 000 mhl (milliers d’hectolitres). Et notre situation de surstocks serait autrement plus dramatique. »

La hantise du cluster

« Le pire pour ces vendanges serait la découverte d’un cas de Covid-19 avec à la clef la fermeture administrative de site de production et mesures d’isolation pour raisons sanitaires. Ça mettrait en péril notre entreprise », souligne Serge Fleischer. Les précautions pour éviter le virus seront donc drastiques. Le vendangeoir sera strictement fermé au public, seul l’apporteur de raisin pénétrera dans l’enceinte avec masque et visière dans un parcours balisé à sens unique. À la vigne également, les vignerons de l’Univa devront respecter des règles sanitaires de manière à éviter les contacts. Exemples : le même sécateur et seau pour toutes les vendanges, distanciation aux repas et dans les vignes, désinfection des mains… Une réflexion est en cours afin que les bottiches ne soient pas vectrices potentielles.

Un été sans Foire aux vins

Les 4 jours du vignoble à Dambach-la-Ville : 1 200 entrées pour une première

Vigne

Publié le 04/08/2020

Gros succès pour une première à Dambach-la-Ville où les acteurs de la zone artisanale « viticole » se sont associés pour organiser Les 4 jours du vignoble. L’événement a vu défiler plus de 1 200 vignerons, le tout dans une ambiance Covid-19 (circuits uniques, masques, distances…) et une volonté de préserver ce qui pouvait l’être pour entretenir un esprit Foire aux vins. Satisfaction pleine et entière, donc, pour Hubert et Maurice Gerber, les métalliers du vignoble, la famille Hauller - Cave du Tonnelier qui inaugurait de nouveaux locaux, et Niess Agriculture - Groupe Ackermann depuis qu’elle partage sa nouvelle destinée avec la fratrie mosellane. Rencontre avec les trois acteurs moteurs de cette foire.

Ludovic Hauller : « Investir de manière réfléchie dans l’habillage »

Ludovic Hauller est associé à la SCEA et à la SARL familiales. Le domaine compte 38 ha en conversion bio, et il achète, bon an mal an, 10 ha en raisin. Avec de l’achat de vrac, il met en marché entre 300 000 et 400 000 bouteilles par an. Au total, le domaine compte une douzaine de collaborateurs, dont trois commerciaux, « chacun spécialisé sur ses circuits de distribution », précise Ludovic. 85 % des volumes sont commercialisés en France. Et sur l’Hexagone, 70 % des vins sont destinés à la GMS et 30 % en CHR. « Ce qui nous caractérise, c’est d’être à l’écoute du marché. Nous portons une attention particulière au contenu bien sûr, mais également au contenant. Par exemple, avec des bouteilles bouchées verre au Vinolok. Nous misons sur la modernité du conditionnement, comme pour notre collection Héritage où les consommateurs peuvent conserver nos bouteilles sérigraphiées ».

Titulaire d’un DUT, d’une licence, d’un master à Dijon - « ce qui m’a ouvert de belles opportunités de visites de domaines réputés inaccessibles » -, Ludovic Hauller dit porter une attention toute particulière au prix de revient des bouteilles : « C’est un calcul précis ! Sur les gros marchés, quelques centimes font la différence, le prix psychologique se calcule, il faut intégrer la qualité de la capsule, de la bouteille, du bouchon. L’idée, c’est d’investir de manière réfléchie. »

 

 

Premiers contacts entre la fratrie Ackermann et la viticulture alsacienne

« On a signé le 28 janvier avec Niess-Agri, nous n’avons que peu ou pas été impactés par le Covid-19. Ça nous a surtout compliqué dans le travail d’équipe, d’où la naissance de cette foire. On voulait rencontrer nos clients, nos fournisseurs. Ce n’est pas parfait mais nous nous sommes bien débrouillés, avec 1 200 entrées », explique Gilles Ackermann.

« Entre Niess et Ackermann, nous avons une histoire similaire. D’abord en tant que créateur de matériel, de concepteur de batteuse, nous sommes ensuite devenus concessionnaires. Ackermann est distributeur en Moselle. Nous sommes basés entre Nancy et Metz, dans une zone de grandes cultures (blé, orge, colza) et d’élevage. Forcément, pour la maison Ackermann, l’arrivée à Dambach-la-Ville signifie une diversification importante avec la viticulture et l’œnologie. Qui s’ajoute donc aux machines à traire GEA, et à l’importation de matériels APV, Triollet, Fella, bien connus en élevage. La fratrie Ackermann a pris soin de bien préserver l’identité Niess, d’autant que ce métier des services en machinisme s’appuie essentiellement sur « les compétences des hommes », insiste M. Ackermann.

« Par la Holding nous avons repris intégralement Niess, pour former le Niess Agriculture - Groupe Ackermann, cela nous permet de concentrer la direction, l’administration, les achats et trois entités, Niess Agri, Niess MAE, Ackermann, soit au total huit sites, 110 salariés, un CA de 35 millions d’euros. » L’occasion pour la famille Ackermann de poser un regard néophyte sur une filière des vins d’Alsace en mutation : « La période compliquée va impliquer des restructurations. Nous l’avons connu dans l’élevage, ça fait partie des cycles de vie des filières. La Covid-19 a sans doute accéléré les problématiques et nous accompagnerons le changement. On se place en tant qu’apporteurs de solutions et nous misons sur la compétence de nos hommes. »

 

 

 

 

Un été sans Foire aux vins

Les difficultés de la filière des vins d’Alsace analysées par le premier financeur de la viticulture

Vigne

Publié le 03/08/2020

À quelques semaines de son départ pour de nouvelles fonctions dans les Côtes-du-Rhône, Pierre Fort, directeur général du CAAV, a confié son analyse de la situation du vignoble alsacien. Il regrette les circonstances de ce départ sans la traditionnelle conférence du CAAV de la Foire aux vins : « Un moment de partage et de retrouvailles où la profession oublie ses dissensions ».

En tant que premier financeur de la viticulture alsacienne, le CAAV est un observateur privilégié de la situation. Le scan de la filière est généraliste, secret bancaire oblige… Néanmoins, précis et fondé sur des données financières intangibles. Bien sûr, les acteurs du CAAV n’interfèrent pas dans les débats de politique professionnelle mais leurs analyses des exploitations viticoles dynamiques et en bonne santé et de celles en difficulté, renseignent inéluctablement sur d’éventuelles solutions face aux crises structurelles et conjoncturelles.

Quel est votre sentiment sur la situation de la filière des vins d’Alsace ?

Pierre Fort : « Le contexte général est compliqué pour la viticulture et affecte tous les vignobles. La crise du Covid-19 va certainement peser plus lourdement que celle de 2008. Et nous constatons que les ventes ont reculé pendant la période Covid-19, et reculeront sûrement sur l’ensemble de l’année.

À l’échelle du vignoble, nous observons des coopératives qui savent faire de très belles choses à des prix adaptés. Et nous avons également des vignerons classés parmi les meilleurs du monde. L’enjeu, c’est l’intermédiaire qui subit des prix tirés vers le bas alors que son prix de revient reste au niveau intermédiaire. »

Pouvez-vous nous présenter un état de la situation des exploitations viticoles alsaciennes ?

« Ne soyons pas dans le catastrophisme. Entre 50 % et 60 % des exploitations sont solides, rentables et en capacité de faire face aux difficultés temporaires du Covid-19. Beaucoup donc vont structurellement bien. Oui, le marché est un peu déprimé. Un certain nombre d’acteurs sont en difficulté. À ce jour, les entreprises en grande difficulté représentent moins de 10 %. Un tiers est dans une situation plus moyenne et peut avoir des tensions sur leur trésorerie. Sur ce point, il y a un vrai sujet d’accompagnement afin qu’elles ne viennent pas grossir les rangs des 10 % d’entreprises qui avaient des difficultés avant le Covid-19. »

Quelle est, selon vous, la raison de ces difficultés ?

« Les difficultés sont souvent de plusieurs natures. Le chef d’exploitation doit répondre à la fois à des enjeux techniques, commerciaux et de gestion. Il n’y a pas un modèle qui réussit mieux qu’un autre. Les entreprises qui réussissent ont en commun de bien connaître leur prix de revient. C’est une donnée fondamentale. Que ce soit pour du vin haut de gamme ou pour du cœur de gamme, il est important de le connaître et d’organiser ses débouchés. Ça signifie que ceux qui s’en sortent, sont ceux qui sont en capacité de valoriser leur production. Cependant, il n’y a pas que la niche des vins de terroir et des Grands crus, très importante et à laquelle nous croyons beaucoup, il y a aussi des solutions pour les crémants et les vins d’entrée de gamme. Mais il y a des entreprises ailleurs capables de produire moins cher. Conjoncturellement, les entreprises les plus en difficultés sont celles qui produisent du vrac. Si on n’a pas sécurisé son accès au marché, on est en difficulté. »

Confronté à un manque de rentabilité, quelles sont pour vous les solutions ?

« Deux solutions s’offrent à l’exploitant, soit il s’organise pour avoir un prix de revient en cohérence avec la qualité vendue, soit il trouve des débouchés contractualisés complémentaires. Le chemin est clair, son exécution peut être compliquée mais notre terroir le permet et des entreprises ont fait ce chemin. D’ailleurs, une même entreprise peut suivre les deux chemins parallèlement. Ce qui me donne espoir, c’est qu’il y a, en Alsace, des acteurs qui ont la capacité pour le faire. N’excluons pas une famille plus qu’une autre, il y a de la place pour l’ensemble des acteurs de la viticulture alsacienne. En tout état de cause, la solution ne peut en aucun cas s’inscrire dans une perspective de banalisation du produit, de recherche de volumes et d’attaque par le prix. »

Est-ce à dire que le modèle productiviste, avec comme seule variable la productivité, est condamné ?

« En parallèle de la baisse de consommation par habitant, on consomme de meilleure qualité. Ça rejoint une problématique du vignoble alsacien. Il y a une confrontation mondiale, et nous ne la gagnerons pas uniquement sur le prix, et de volume. Si on ne se positionne que sur l’élaboration d’un vin de cépage et d’en vendre beaucoup, je pense qu’on sera confronté de plus en plus à des concurrents en capacité de faire d’aussi gros volumes et moins chers que nous.

Certes, il y a eu de très bonnes années pour ceux qui produisent bien et pas trop cher. Le regret qu’on peut avoir, c’est qu’on en oublie le travail de fond à conduire si on ne veut pas se retrouver en corner, sur la base d’une confusion avec des vins à prix tirés vers le bas. Il y a de la place pour tous, pour les grands vins qui tirent l’appellation, et pour les vins des grands metteurs en marché, des négociants et des caves coopératives, dont les réseaux de commercialisation, l’appareil de production et les efforts en marketing permettent que le producteur s’y retrouve. Et sur ce plan, nous observons que depuis 2017, certains s’en sont très bien sortis. »

Reste donc la question des entreprises en grandes difficultés. Quelle est votre politique d’accompagnement au CAAV ?

« On a des cas d’excellents vignerons, mais en difficulté sur l’aspect commercial, la mise en marché, ainsi que des problèmes de débouchés, avec quelquefois du vrac non contractualisé. Et puis, il y a des cas plus compliqués d’entreprises en difficulté déjà avant le Covid-19, avec peu d’issues. Comment accompagner alors une reconversion ? C’est très dur. On touche à la question humaine. Fondamentalement, il n’y a pas de jugement de notre part. Notre volonté, c’est d’aider le vigneron à s’en sortir. Il est souvent difficile de faire face seul à ces difficultés car le message du banquier n’est pas toujours audible. Il faut une action concertée avec le centre de gestion et la profession, pour qu’il y ait une prise de conscience et un accompagnement. S’il y a cette prise de conscience, alors nous cherchons des solutions, soit pour passer le cap difficile et nécessaire pour sortir par le haut, soit pour une reconversion. On accompagne le client pour aborder la question de la technicité et le rendre attentif à produire à des prix raisonnables et/ou à la commercialisation.

Nous pensons que le vignoble alsacien a des atouts, son œnotourisme, et qu’il y a une consommation locale. À l’export, il y a aussi un attrait certain pour les vins d’Alsace. Mais il faut toujours garder à l’esprit de ne pas produire plus que ce qu’on est en capacité de vendre, ni à n’importe quel prix. »

Pensez-vous qu’il y a une dévalorisation du foncier viticole ? Quel est l’impact sur les bilans ?

« Nous ne sommes pas dans une spirale infernale au motif que quelques vignerons se sont débarrassés de parcelles. La réalité, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de transactions foncières. Il faut donc relativiser. Il y a un aspect virtuel tant que la vente n’est pas réalisée. Donc à la lueur d’une ou deux ventes, oui il y a dévalorisation, mais je pense que le vignoble a une situation potentielle de valorisation au regard de différentes données telles que le réchauffement climatique, au regard de certaines belles valorisations de vins de terroir, au regard du développement qualitatif du vignoble avec beaucoup de bio. Fondamentalement, il n’y a aucune raison que le foncier baisse. Qu’il y ait certaines parcelles ici ou là peu entretenues, pas très bien situées, vendues à bas prix, c’est possible mais ce n’est honnêtement pas une situation représentative. »

Vous aviez alerté avec Philippe Chapuis de l’Observatoire économique des filières de Crédit Agricole SA, en 2017, sur la nécessité de la cohérence de l’offre en vins d’Alsace…

« Il y aura toujours du vin en GMS, il vaut mieux que ce soit des vins bien produits, pas trop chers à la production, pour que chacun s’y retrouve. Et, en même temps, il faut davantage de vins d’Alsace représentatifs des terroirs, sur les tables en CHR, à l’export, sur internet. Si on vend un riesling de cru et pas générique, on a un potentiel de valorisation important. Nous avons vocation à accompagner toutes les familles professionnelles et chacune peut apporter à l’autre. On voit aussi que dans un contexte compliqué, y compris la Champagne, personne n’est épargné par les questions de rendements.

Nous estimons que le Civa, par ses campagnes de communication, a bien engagé un chantier pour positionner correctement les vins d’Alsace par rapport aux autres vins français. Il faut cependant qu’il y ait du vin disponible là où l’effort de communication est porté. »

 

Lire aussi : Vignes en forme et marché en berne, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Communiquer pour répondre à la crise, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Adapter l’offre aux variations structurelles et conjoncturelles du marché du vin, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

De nouveaux arguments de vente pour les vins d’Alsace, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Journées de démonstration pilotées par la Serma - Fendt

Un vignoble qui a eu plaisir à se retrouver

Vigne

Publié le 28/07/2020

Avec le Covid-19, la distanciation physique, le vignoble éprouve le besoin de se retrouver pour discuter, causer… Privé de Foire aux vins d’Alsace cette année, il lui faut trouver de nouveaux lieux de rassemblement. La Serma-Fendt lui a offert cette occasion la semaine dernière, avec trois événements à Molsheim, Barr et Wintzenheim. Trois rendez-vous choisis non pas par hasard, mais en concertation avec les partenaires du concessionnaire Fendt en Alsace : la maison Ostermann à Traenheim, Léon Durrmann à Andlau et la Serma qui diffuse elle-même Fendt dans le Haut-Rhin. Ces trois jours ont aussi bien évidemment pour objectif de relancer « le courant d’affaires ». Freddy Jung, directeur de la Serma-Fendt ne s’en cache pas, même s’il y a déjà beaucoup, beaucoup, de tracteurs Fendt dans les vignes alsaciennes…

Une mini-foire au vignoble

Les trois événements qui se tenaient les 15, 16 et 17 juillet, ont attiré beaucoup de monde, de l’ordre de 200 viticulteurs par démonstration, selon les organisateurs. Il faut dire que les nouveautés et l’offre présentées avaient l’allure d’une mini-foire au vignoble, avec un stand CAC Ampélys, animé par toute l’équipe vigne d’Emmanuel Kippelen et de nombreux matériels. C’est Guillaume Ostermann, partenaire de la Serma, qui a passé en revue le matériel.

Étaient donc présentés : une rogneuse Ero Moduline, relativement classique ; de même, un pulvérisateur traîné Vicar de 600 litres, apprécié du vignoble ; une effeuilleuse pneumatique traînée Ero, sous brevet de Jacky Siegwald, « elle fonctionne très bien aux vendanges et en saison », précise Guillaume Ostermann ; une effeuilleuse Binger/Ero à rouleaux, le modèle a été amélioré il y a deux ans, notamment avec un carter facilitant le nettoyage. Présentée également, une palisseuse à bandes Provitis, avec ses agrafes ferrailles par rouleau de 5 000. On ne défend plus l’intérêt de ces palisseuses qui causent très peu de casse dans le plan de palissage, même à des vitesses importantes.

Le matériel Braun était très présent, en particulier un châssis à écartement variable et disques émotteurs sur toute la largeur. Bien sûr, les tracteurs Fendt que l’on ne présente plus, étaient équipés de capteurs ultrasons selon le système d’autoguidage Reichhardt.

La véritable nouveauté proposée en démo vient de chez Braun pour un équipement spécifique Fendt. Il s’agit d’un capteur laser qui guide le tracteur et ses outils. La nouveauté réside dans un guidage intégral qui assure un confort de conduite exceptionnel. Au final, « le tracteur n’a pas besoin d’être parfaitement centré dans l’inter-rang, les outils intercep corrigent et en plus s’adaptent à la hauteur. De plus, le système contrôle également l’écartement variable d’une faucheuse », ajoute Guillaume Ostermann. Présenté en prototype il y a deux ans, ce système VPA de gestion autonome du tracteur et de ses outils, commence à intéresser les vignerons. Ici, l’intercep auto guidé est monté entre les deux essieux pour laisser place derrière à la faucheuse.

Formations et conférences

Sur le stand CAC Ampélys, Emmanuel Kippelen présentait l’offre de services, et en particulier les cours de taille poussard proposés par Florent Motz qui a suivi l’enseignement de François Dal. « Dans la situation actuelle, nous avons l’ambition d’être réactif et proactif », souligne Emmanuel Kippelen. Conséquence, CAC Ampélys amplifie son offre de formation et de conférences. S’ajoutant à une carte de solutions pour la vigne en gardant toujours comme objectif de prendre le plus possible en compte les considérations environnementales, comme avec le couvert végétal Melliviti.

Au terme de ces trois journées, la Serma-Fendt ne pouvait que se féliciter de la réussite de l’événement.

 

 

 

Lire aussi : Le travail du sol autoguidé en démonstration, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Économie du vignoble

Quelle stratégie face à la déconsommation ?

Vigne

Publié le 24/07/2020

Le vignoble connaît « une crise structurelle depuis 10 ans », a introduit Jérôme Bauer, président de l’Ava lors de l’assemblée générale. Cette crise, c’est la déconsommation du vin qui affecte tous les vignobles. Gilles Neusch, directeur du Civa, a présenté un tableau qui chiffre cette décroissance structurelle des ventes de vins tranquilles alsaciens entre 2013 et 2018 à 140 mhl (milliers d’hectolitres) pour atteindre 635 mhl en 2018. 2019 est marquée par un léger rebond de 1 %, suite une amélioration des parts de marchés en GD (grande distribution)/GMS (grandes et moyennes surfaces), et du taux de présence en CHR (cafés hôtels restaurants).

Parallèlement, une partie du vignoble a continué à produire librement avec un rendement autorisé à 80 hl/ha, et même 83 hl/ha en 2016-2017, et ce ne sont que quelques millésimes de faible rendement agronomique (réellement réalisé) qui ont finalement atténué l’augmentation des stocks, hétérogènes donc. Pour se représenter l’importance du surstock, Gilles Neusch a chiffré des moyennes en équivalent « mois de ventes » et par typologie de taille d’entreprises : 53 mois de stocks pour les entreprises de moins de 400 hl, 34 mois pour les entreprises de taille 400 à 5 000 hl et 25 mois pour les plus de 5 000 hl. Néanmoins, une partie du stock, notamment dans les petites entreprises n’est pas que le fait de méventes, mais résulte aussi d’une stratégie choisie de vins de garde.

Si le vignoble table sur 70 hl/ha, il récolterait 1,1 Mhl (million d’hectolitres), toutes AOC confondues. En parallèle, si les ventes ne venaient à chuter que de 8 % en raison du Covid-19 (hypothèse basse), les stocks de vins tranquilles passeraient à 32 mois d’équivalent de ventes, toutes entreprises confondues.

Décroissance hétérogène

S’agissant des prix constatés sur les contrats de raisin, l’année 2019 marque une nette baisse, les prix sont sensiblement équivalents à 2015-2016. Exemples : 1,55 €/kg pour le riesling contre 1,51 €/kg en 2016, 2,07 €/kg pour le gewurtz comme en 2016, 1,86 €/kg pour le pinot gris contre 1,91 €/kg en 2016.

Quant au vrac, les volumes transactés ont chuté : plus de 200 mhl en 2011-2012 à 72 mhl seulement en 2019. Les cours, en moyenne à 2,09 €/l, sont revenus à ceux de 2010 après avoir grimpé à plus de 3 €/l en 2015, année de petite récolte. Gilles Neusch a néanmoins cassé certains a priori, chiffres à l’appui. Certes, quelques cuvées sont bradées mais les volumes sont anecdotiques. De même, la décroissance n’affecte pas tout le vignoble, loin de là. Une majorité (55 %) d’entreprises qui met en marché le vin d’Alsace a connu en 2019 de la croissance. Et enfin, la crise du Covid-19 n’a pas affecté toutes les entreprises de la même façon. Les 22 opérateurs à plus de 5 000 hl sont impactés de -3,7 % de vente, quand les intermédiaires le sont à hauteur de -11,2 %, enfin les petites de moins de 400 hl subissent -9,7 %.

Pour conclure son intervention, Gilles Neusch a appelé lui aussi à une meilleure segmentation de l’offre, par une « hiérarchie qualitative des produits et des prix » pour « sortir du flou », à « en finir avec les oppositions de modèle », d’autant que le vignoble « au carrefour des tendances » dispose « d’avantages concurrentiels » et « qu’il y a de la place pour tous ».

Rendements 2020

Le Crinao contre la proposition de l'Ava de 70 hl/ha, suite au 18 août

Vigne

Publié le 23/07/2020

Une fois la proposition de rendement décidée en assemblée générale (AG) de l’Ava (lire encadré), celle-ci devait encore être acceptée par le Comité régional de l’Inao (Crinao). La réunion avait lieu vendredi 17 juillet dans la foulée de l’assemblée générale tenue la veille. Jérôme Bauer, président de l’Ava, avait laissé présager que la proposition finalement retenue par l’association des viticulteurs à 70 hl/ha ne serait pas retenue par le Crinao. « Je peux déjà vous dire avec assurance à 100 % que le négoce refusera les 70 hl. Et que le Synvira aussi probablement votera contre les 70 hl/ha. Quant à l’administration, a poursuivi Jérôme Bauer, je ne sais pas si elle s’abstiendra ou pas. Et donc le 70 hl/ha aura un vote défavorable. » À lui aussi de préciser à son assemblée que le Comité régional de l’Inao est composé de personnes qui « votent en âme et conscience » et non pas en tant qu’élus de la profession, leur nomination étant entérinée par le ministère de l’Agriculture.

 

 

Résultat historique

18 voix se sont prononcées défavorablement, c’est-à-dire contre la proposition de l’Ava à 70 hl/ha, et seulement cinq voix ont voté pour. Ainsi que l’avait prédit Jérôme Bauer, une grande majorité s’est prononcée défavorablement et, en particulier, l’administration : une première historique ! Traduisant un extrême isolement de la majorité de l’assemblée générale des producteurs de vins d’Alsace.

Quels signes l’administration a-t-elle voulu adresser au vignoble alsacien ? Interrogés, les représentants du ministère de l’Agriculture, à Colmar, n’ont pas voulu s’exprimer, renvoyant la question auprès des services de l’Inao. Juge-t-elle que la demande à 70 hl/ha est trop déraisonnable au regard des chiffres macroéconomiques de la filière ? Considère-t-elle qu’il n’est pas question de financer une distillation de crise avec des deniers publics si le vignoble devait encore surproduire ?

Si l’Ava ne trouvait pas à s’accorder sur un consensus avec le négoce et le Synvira, et, acceptable par l’administration et l’Inao, d’ici le 19 août, date du prochain Crinao, Jérôme Bauer a dit que « le scénario serait catastrophique avec à la clef un nouveau vote défavorable du Crinao ». Dans cette alternative, le président de l’Ava a assuré à son auditoire qu’il ne siégerait pas au prochain comité national de l’Inao en novembre, qui entérine les choix des appellations. Dans l’attente, Jérôme Bauer « ne désespère pas de trouver un accord »…

L’un des risques, pointe Francis Backert, président du Synvira, c’est de ne pas savoir quel volume devra être vendangé, et que le vignoble perde la souveraineté de ses décisions d’avenir. Rendez-vous le 18 août, date de la prochaine AG de l’Ava au Parc-Expo de Colmar.

 

Société Comin - Roll’n’Sem

L’Orbis arrive sur le marché

Vigne

Publié le 17/07/2020

Les rolofacas se développent en viticulture avec un certain succès. L’idée qui prévaut consiste à rouler l’herbe plutôt que de la faucher. Car la fauche stimule la pousse. Et dans un contexte de couvert avec cultures, l’effet du couvert stimulé par la fauche engendre un effet inverse de celui escompté : le couvert devient concurrentiel de la culture. Le rolofaca présente donc l’intérêt de freiner le couvert, mais le paillis qui en résulte suite aux pincements puis dessiccation des tiges forme un « chapeau en paille » protecteur des sols en été. Jusqu’à 20 degrés de différence de température sont observés entre un sol nu exposé au soleil et un sol sous paillis. Par sa simplicité de conception, le rolofaca est en outre un outil que l’on combine avec tous les travaux de printemps en vert.

Depuis vingt ans qu’elle est utilisée, la technique de roulage s’affine. L’idée qui ressort est qu’il s’agit de rouler les couverts une fois leur floraison accomplie et les tiges lignifiées. Ceci afin de former un support d’autofertilité puisque la lignine devient le siège du développement des micro-organismes fixateurs libres d’azote.

Toutefois, dans certaines situations, le rolofaca ne s’avère pas suffisamment efficace en raison de graminées coriaces ou de biomasse trop importante. Denis Vicentini, agriculteur tarnais, et fondateur de la société Roll’n’Sem qui construit du matériel agricole, montre que le rolofaca utilisé en interrang de maïs sélectionne les graminées, et laisse le ray-grass en place. L’année suivante, la parcelle de maïs est envahie de ray-grass. Il a donc développé de nouvelles techniques de roulage où le principe du pincement est préservé mais où le roulage est plus agressif : le Roll’s et l’Orbis. Dans le Roll’s, le principe du « faca », c’est-à-dire des couteaux est conservé mais les rouleaux sont indépendants comme pour un konskilde, de manière à mieux épouser la surface d’un sol imparfaitement plan.

Un matériel adapté aux irrégularités de surface

Cependant, quand la biomasse devient plus conséquente, plus coriace au roulage et quand elle est susceptible de rester active malgré le roulage, Roll’n’sem propose l’Orbis. Le principe serait celui d’un cover crop avec deux rangées successives de disques d’inclinaison opposée, tel qu’on retrouve cette disposition dans un cover crop classique. Mais les disques ne sont pas tranchants. Le tranchant est remplacé par un faux plat légèrement crénelé. Les disques sont montés sur coutres indépendants pour bien épouser les irrégularités de surface et de planéité. Par conséquent, l’écrasement de l’herbe s’effectue sur toute la longueur de la tige et correspond à un léger défibrage plutôt qu’ à un pincement.

L’Orbis était en démonstration en Champagne chez Jules et Michel Beauchamp, viticulteurs à Janvry. Et c’est Jérôme Courgey de l’association Arbre et paysage en Champagne qui a présenté l’outil monté sur enjambeur… puisqu’on est en Champagne à 10 000 pieds/ha de densité. L’outil a donc fait étalage de ses possibilités pour devenir une alternative au rolofaca.

 

 

 

Confusion sexuelle

1 200 ha, quatre communes viticoles, 450 exploitations d’un seul tenant !

Vigne

Publié le 16/07/2020

Parmi les solutions de biocontrôle, la confusion sexuelle qui remplace les insecticides est réputée efficace si elle couvre des surfaces minimales de 5 ha et s’il n’y a pas de mitage, c’est-à-dire pas de parcelles non confusées parmi la zone confusée. Il faut donc fédérer les vignerons de sorte que tous sans exception adhèrent et acceptent de débourser un peu plus de 150 €/ha pour remplacer les insecticides.

On était habitué à voir dans le vignoble des îlots de parcelles de quelques dizaines à quelques centaines d’hectares confusés. Mais là, Aymé Dumas et ses équipes chez Armbruster ont réussi l’exploit d’emporter l’adhésion des communes de Beblenheim, Ribeauvillé, Zellenberg, Riquewihr, soit 1 200 ha de vignes. Ce qui a supposé au préalable « de faire de la pédagogie pour convaincre », puis l’organisation de la pose pendant le Covid-19. Et plus en amont, « un travail phénoménal, puisqu’il a fallu informatiser le parcellaire, identifier les parcelles arrachées, en plantation, les changements d’exploitation, cartographier, tenir compte des lisières, des bosquets, etc. », explique Aymé Dumas. À raison de 500 capsules/ha, cela fait 600 000 capsules posées. Les acteurs ont mis en place un système de drive, organisé la pose, envoyé les cartographies aux équipes de pose… le tout pendant le Covid-19.

 

 

« La confusion sexuelle c’est un projet de territoire, global, collectif, c’est donc difficile à mettre en œuvre. Mais avec la nouvelle génération, c’est possible », indique Daniel Klack, vigneron et maire de Riquewihr. « Nous avons envie d’aller de l’avant. Nous sommes les premiers concernés par les produits phytosanitaires. Les premiers qui ont envie de changer, c’est nous ! Ce qu’on déteste le plus c’est de traiter », rappelle le vigneron à qui veut bien l’entendre…

Un préalable pour diversifier le paysage viticole

Cet exploit est d’autant plus « louable », qu’il y a un effort financier à fournir et que la viticulture alsacienne vit des temps difficiles. « Mais ça ouvre le champ des possibles car s’il n’y a pas d’insecticide on peut envisager des jachères apicoles et mellifères, on peut reboiser… c’est un prérequis pour l’agroécologie », explique Daniel Klack qui appelle à poursuivre et étendre la zone confusée aux communes voisines. Johanna Villenave-Chasset, entomologiste du laboratoire Flor’Insectes, spécialiste des auxiliaires et qui travaille sur les agroécosystèmes, confirme que l’intérêt de la confusion sexuelle ne se limite pas à la seule lutte contre les tordeuses de la grappe. L’absence d’insecticide permet d’envisager une diversification du paysage propice aux abeilles. Elle explique : « Le paysage influence beaucoup la diversité des insectes. Insectes auxiliaires, larves de chrysopes, prédatrices généralistes des psylles, des pucerons, ou de la tordeuse, ont besoin de pollen. De même, les insectes parasitoïdes de chenilles se nourrissent de nectar. Il leur faut donc des fleurs et du paysage. »

 

 

La confusion sexuelle est l’une des solutions de biocontrôle qui actuellement donne le plus de gages de réussite. « Le biocontrôle représente 8 % du marché de la protection des cultures chez nous, indique Pascal Lacroix, responsable pôle agroécologie chez BASF. Ça demande du temps, de l’appropriation et un suivi beaucoup plus fin pour développer des solutions. Nous pensons que les biocontroles sont des produits complémentaires au conventionnel. Avec nos efforts en R&D, ils devraient représenter 15 % en 2025. »

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