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David Lefebvre

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Dominique Potier, député de Meurthe-et-Moselle

Réforme foncière : « Recréer du droit plutôt que de laisser faire »

Vie professionnelle

Publié le 15/07/2020

« Il faut recréer du droit plutôt que de laisser faire. Ce n’est pas l’intérêt qui va nous guider mais la question morale », déclare Dominique Potier, rapporteur à l’Assemblée nationale sur la question foncière.

Nos choix ont des conséquences mondiales

La question foncière est éminemment internationale et touche à des sujets transversaux tels que le climat, la biodiversité… « Je prétends que nos choix sur le foncier ici en France ont des conséquences, par exemple, sur la culture du mil en Afrique subsaharienne. Or une baisse de 10 % de production de mil, ce sont 50 millions de migrants potentiels. De même, les choix politiques faits en Australie ont des conséquences ici en France, par exemple sur nos dates de récolte du raisin ou de la mirabelle. Le Giec nous dit que le sol et l’agriculture représentent 15 à 25 % de la solution au dérèglement climatique. Une bonne agriculture, c’est une agriculture qui stocke du carbone. »

Le partage des terres : une question de survie

Benoît Grimomprez, docteur en droit, développe l’idée qu’il n’y a pas de bonne santé chez l’homme s’il n’y a pas de santé chez l’animal, et que la santé des animaux est dépendante de celle des plantes. Et au bout, que la santé des plantes dépend de celle des sols. « Ceux qui combattent les épidémies, savent qu’il faut travailler sur l’ensemble des écosystèmes », expose-t-il. « C’est un message humaniste, observe Dominique Potier. C’est-à-dire qu’il faut remettre l’humain au centre et nous souvenir cependant que la santé de l’homme dépend de celle du sol. »

Or, poursuit Dominique Potier, nos choix socioéconomiques de partage des terres ont des conséquences directes sur la qualité des sols, sur la biodiversité, leur teneur en matière organique, sur leur capacité de résilience, leur capacité à jouer un rôle sur la production alimentaire. « Plus on partage les terres, plus il y a d’hommes pour cultiver la terre et plus elle est saine, soutient-il. Les hommes sont le premier facteur de prospérité écologique des sols. Les modèles à taille humaine sont objectivement au service de la planète, aujourd’hui, si on considère la question climatique et la santé. On peut penser que celui qui agrandit sa ferme va être plus riche. Mais ramené à l’échelle d’un territoire, dans un monde fini, avec des ressources limitées, l’extension - par les modes de changement de pratiques agronomiques qui en découlent - provoque un appauvrissement écologique des sols et un appauvrissement social qui ont des conséquences sur l’ensemble de la capacité de la génération suivante à survivre. »

Il y a, selon Dominique Potier, un devoir de partage pour laisser les jeunes entreprendre. « C’est une question non seulement de morale, mais aussi de survie. Partout où il y a partage des terres - la première ressource économique - il y a des sociétés démocratiques et prospères. Et partout où il y a accaparement de terres, il y a des sociétés fracturées, duales et avec de la pauvreté. »

Redéfinir le métier de paysan, rétablir l’égalité de droit

« La pierre angulaire de toute politique foncière, c’est la définition de l’actif agricole. » Juridiquement, « le paysan est celui qui vit, décide, travaille et possède une partie de son exploitation ». Toute autre définition ouvre la voie à une dérégulation complète du métier. Ce sujet est difficile à cerner reconnaît Dominique Potier, mais philosophiquement, c’est la ligne qu’il faut retenir. Un tiers des exploitants partira en retraite d’ici cinq ans ; l’idée, c’est d’être au rendez-vous de cette relève générationnelle, de redéfinir ce qu’est le paysan et instaurer une régulation.

Deuxième proposition : il s’agit de rétablir l’égalité de droit, pour le contrôle des cessions de parts sociales. Tandis que le capitalisme coopératif est sanctionné à travers les droits de mutation, le capitalisme des parts sociales lui, échappe à ces mêmes droits de mutation. « Je privilégierais la voie constitutionnelle pour une remise à niveau radicale. » Selon le député, la Safer et la profession agricole, pour leur part, opteraient plutôt pour un contrôle des prises de participations sociétaires par des personnes au sein des sociétés détenant du foncier. Ce qui éviterait une réforme constitutionnelle.

La question des instruments de régulation

Benoit Grimonprez, l’école de Poitiers (dont l’université est spécialisée en droit rural) et d’autres estiment qu’il faut créer une autorité foncière, non pas à la manière du fonctionnement d’une agence, mais d’une autorité indépendante ; soit l’équivalent juridique de l’autorité de la concurrence, ou d’une autorité sanitaire. C’est-à-dire qu’il s’agirait de doter cette autorité des moyens pour résister aux pressions qui visent in fine à s’approprier le foncier. « L’idée-force, c’est de moderniser les instruments de régulation foncière et de renforcer la puissance publique. L’autorité de régulation doit donc être autonome et dotée de moyens financiers. » La question de sa gouvernance par l’État, avec ou sans la profession, fait débat et Dominique Potier ne se prononce pas dessus.

La quatrième proposition porte sur la création d’un livret vert qui financerait la transition agroécologique et la relève générationnelle. « L’idée, c’est de donner la possibilité à chaque actif qui s’installe d’être en capacité d’acheter le foncier à un prix maîtrisé, soit a minima 50 % de son exploitation, ceci pour favoriser un capitalisme familial », qui est, selon le député, « la meilleure résistance au capitalisme spéculatif ». En dix ans, la ferme moyenne française est passée de 52 à 62 ha, et il n’y a pas 50 % des surfaces actuelles en faire valoir direct. Il s’agirait donc de redonner à chaque actif la capacité à redevenir propriétaire.

Des outils pour résister aux spéculations

Globalement, les propositions visent à favoriser les solutions foncières qui résistent aux spéculations : par exemple, l’association citoyenne Terre de lien, qui permet à des collectifs citoyens de favoriser l’accession au foncier pour des paysans. Dominique Potier cite également des fonds d’investissement transitoires qui aident au portage pour des jeunes agriculteurs.

Le statut du fermage en danger

Autre proposition : redonner ses lettres de noblesse au statut du fermage. Il crée un rapport d’égalité entre le preneur et le bailleur. « Le statut du fermage a donc une vertu écologique, observe Dominique Potier, car il projette la gestion des terres sur le long terme. Or cet instrument de régulation qu’est le statut du fermage est aujourd’hui en danger. Une mission parlementaire vise à le remettre en cause. Elle agit sous la pression de lobbies très actifs car énormément de gens rêvent de se faire de l’argent sur le dos du foncier. Des mouvements spéculatifs très puissants sont prêts à déstabiliser la loi. »

NDLR : le 22 janvier 2020, une commission des lois de l’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur le régime juridique des baux ruraux, conduite par Jean Terlier, député LREM du Tarn, et Antoine Savignat (LR, Val d’Oise) désignés co-rapporteurs. Le statut du fermage limite la disponibilité de l’actif foncier. Ils préconisent plutôt d’ouvrir cette disponibilité.

À l’échelle des intercommunalités

Autre proposition : protéger la terre. « 55 000 hectares de terres arables sont artificialisés chaque année. » Chaque communauté de communes connaît ses surfaces commerciales à l’hectare près, elle ne connaît pas ses hectares agricoles. « Il faudrait que dans les bilans des intercommunalités apparaissent les surfaces de terres agricoles comme un capital naturel de long terme. » Ceci afin que chacun puisse se représenter son bien commun agricole, et puisse aller vers une neutralité en termes de dégradation des terres artificialisées. Pour le député, il s’agit donc de reconsidérer les terres agricoles « comme un capital agricole naturel de long terme, un patrimoine de la nation », au même titre que l’eau, les littoraux ou d’autres biens naturels…

L’idée à l’échelle d’une intercommunalité serait de créer, sur le principe des PLU, « des zones agricoles protégées en droit de façon définitive ».

Cette mesure ne demande que du courage politique tout comme celle qui consisterait à taxer la spéculation fondée sur les changements d’affectation de valeur des terres lorsqu’elles deviennent constructibles : « Il y aurait moins d’intérêts à ce qu’elles soient urbanisées, ou urbanisables. En fait, on a les instruments, il suffit de les activer. »

Mais l’idée la plus « novatrice », selon Dominique Potier, consisterait à mettre « le territoire au centre des décisions s’agissant des orientations agricoles et de la destination des terres agricoles. Cela suppose que les élus locaux deviennent codécideurs des orientations de l’agriculture à l’échelle d’un territoire de Scot (Schéma de cohérence territoriale) », poursuit-il. Une solution face à la problématique « de mondes qui ne se comprennent plus aujourd’hui. » Ce qui aurait pour vertu de responsabiliser les élus locaux quand ils décident d’artificialiser des terres.

 

Double récolte

Quand les dérobés ou intercultures deviennent des cultures à part entière

Cultures

Publié le 13/07/2020

À Mundolsheim, Pierre Ehrhardt, agriculteur « historique » des semis directs, vient de lancer une série d’essais en partenariat avec la Chambre d’agriculture et Pierre-Yves Dubois qui commercialise des semences pour cultures à méthaniser. La parcelle de 50 ares a été découpée en deux types d’essais : des semis directs sur éteule d’orge, l’autre essai étant un semis sur terre travaillée.

L’objectif est de tenter des cultures en Cive (Culture intermédiaire à valorisation énergétique), donc du sorgho, des mélanges à base de sorgho/nyger/tournesol, et des variétés de maïs précoce, indice 180. « Le principe, c’est de réussir trois récoltes en deux ans en non travail du sol et il y a vraiment un gros développement pour le semis direct », commente Pierre Ehrhardt. « L’idée, c’est de semer le plus vite possible après la récolte, pour profiter des humidités résiduelles. En l’occurrence, l’orge a été récoltée le 25 juin, et les semis se déroulent six jours après, soit le 1er juillet. Les 7-8 mm d’eau tombés entre temps ont entretenu la fraîcheur de la terre. »

Pour viser une seconde récolte, la date de semis est essentielle, exclusivement tout début juillet. Car il s’agit de tenir compte aussi de l’horloge biologique de la plante réglée sur une photopériode (rapport durée jour/nuit). Un impératif, sinon la plante lève bien mais elle dépérit inexorablement. Pour gagner quelques jours supplémentaires, « un agriculteur suisse sème avant même de récupérer la paille. Il l’andaine, sème en direct, la presse et l’enlève après les semis. Ceci pour lui laisser le temps de sécher, mais ne pas entraver l’objectif d’une deuxième récolte », raconte Pierre Ehrhardt.

Pour réaliser les semis à Mundolsheim, Pierre Ehrhardt a fait à appel à l’ETA Heim d’Hilsenheim qui, avec son semoir Tempo Väderstad, peut enregistrer et géoréférencer l’essai. Rémy Heim, le dirigeant de l'exploitation, très sollicité en ce moment pour semer en direct des cultures récoltées cet automne sur éteules d’orge, tente cette semaine également une seconde récolte de maïs indice 120 après blé.

Sur cette parcelle d’essai, « la paille d’orge n’a pas été prélevée. L’orge de brasserie de variété Étincelle, a été fauchée le plus haut possible. Elle n’a pas eu de raccourcisseur, pas d’antigraminée, il a juste été apporté 80 unités d’azote, un antidycot et un fongicide demi-dose contre la rhyncosporiose à la sortie des barbes », précise Pierre Ehrhardt. L’idée de la fauche haute est de préserver l’humidité résiduelle de manière à réussir la levée de la culture suivante. « Nous espérons qu’il n’y aura pas de gel en septembre pour le maïs, tournesol, nyger. Il s’agit d’aller le plus loin possible »…

Un débouché possible : la méthanisation

Alors quelles opportunités ou perspectives offrent cette seconde récolte ? Si l’arrière-saison se présente sous les meilleurs auspices, les agriculteurs peuvent espérer une récolte en grains. Si la maturité reste limite, « je propose en partenariat avec des éleveurs de récolter sur pied en ensilage, enrubannage ou en maïs grain humide », explique pour sa part Christophe Haas, jeune agriculteur céréalier du nord du département, en non labour depuis quinze ans, en semis direct depuis 2013. Il réussit également sur sorgho après orge.

Mais si d’aventure les conditions automnales s’avéraient plus défavorables, la solution de la méthanisation offre de ce point de vue de nouvelles résiliences à la céréaliculture. Car viser une deuxième récolte est néanmoins risqué. Grâce à la méthanisation, la biomasse trouve une issue quelle que soit sa maturité. « Si je fais 50 q, mes frais seront couverts. » Sont inclus dedans, la prestation de semis, les semences et 60 unités d’ammonitrates. « On verra ensuite, s’il faut désherber ou pas ». « Du point de vue environnement et en directive nitrates, je suis déjà assez couvert en SIE (surface d’intérêt écologique) », précise Pierre Ehrhardt.

Une fois cette deuxième culture récoltée, Pierre Ehrhardt implantera toujours en semis direct un couvert d’automne seigle/légumineuse : « Selon le prix des semences, je vise 40 €/ha », pour préparer un maïs au printemps suivant.

Marcel Edel, collectionneur de vieux tracteurs

Un musée en héritage

Pratique

Publié le 12/07/2020

Dans la zone artisanale sud d’Obernai, le long de la rocade, discrètement en retrait, un hangar avec une grande baie vitrée laisse apparaître de vieux tracteurs. Une vingtaine en tout. Certains sont abrités dans un hall d’exposition en vitrine, d’autres sont alignés devant… On devine que cette devanture étonnante dissimule une entreprise de mécanique, et pourtant rien n’indique au passant ce qu’elle cache réellement.

Le hangar abrite la société Edel, l’un des spécialistes français de la pièce de rechange et de la pièce d’usure pour tracteur, poids lourd et véhicule utilitaire. Des pièces « de qualité constructeur » : embrayages agricoles, pour poids lourds et engins de travaux publics… Une dizaine de salariés réceptionnent, téléconseillent, expédient dans toute la France des alternateurs, démarreurs et autres pompes hydrauliques.

L’affaire est aujourd’hui gérée par Catherine et Laurent Edel. C’est leur père Marcel qui est à l’origine de l’entreprise en 1969. Après avoir vendu des tracteurs dans sa prime jeunesse, il a fondé Emma à Krautergersheim près d’Obernai, une entreprise de maintenance en mécanique. Puis en 1969, il se lance dans la distribution de pièces. « Notre père était un entrepreneur passionné. En bon connaisseur du secteur du machinisme agricole, il a vu qu’il y avait un marché dans la distribution des pièces d’usure et de rechange en s’appuyant sur l’Allemagne pour se fournir et distribuer dans l’Hexagone », raconte Catherine Edel.

Une réputation de collectionneur

Très vite, Marcel Edel acquiert une réputation de collectionneur de tracteurs dans le milieu du machinisme. Sa position de fournisseur-distributeur de pièces pour tracteur lui donne l’occasion de repérer tous les vieux coucous qui traînent dans le Grand Est et de les sauver de la casse. Comme ce tracteur Somua de 1913 récupéré in extremis dans une casse à Saverne : « Il était sur le tas de ferraille. » Véritable pièce de musée, unique avec sa scie, ce tracteur forestier était fabriqué dans les usines De Dietrich pour la Société d’outillage mécanique et d’usinage d’artillerie (Somua).

Comme tous les passionnés, Marcel Edel n’a cessé d’accumuler des vieux tracteurs et de consacrer sa vie à leur restauration. « Il y passait ses samedis. Et à raison de deux à trois tracteurs restaurés par an, il y en a eu beaucoup, il y en a eu partout », racontent Catherine et Laurent. Alors en 2003, quand il s’est agi de construire dans la zone artisanale, pas question pour les enfants de se séparer de la collection paternelle. Se consacrant pour leur part au développement de l’entreprise, ils ont néanmoins réservé un hall d’exposition à la fabuleuse collection.

Un gage de crédibilité

« C’est à la fois notre identité d’entreprise, car nous sommes dans la pièce de tracteur. C’est aussi un message d’engagement sur la qualité de nos services, notre capacité à répondre à des demandes spécifiques, comme les re-garnitures d’embrayage, notre cœur de métier. Tous les connaisseurs savent qu’ils peuvent disposer de conseils éclairés. »

La collection Edel comprend 25 tracteurs, certains bien sûr plus rares que d’autres : on y trouve trois tracteurs Porsche, un Farmall McCormick-Deering de 1929 « dans son jus », récupéré en 1971, un classique Lanz Bulldog de 1937, un étonnant Fordson de 1946 arrivé avec le plan Marshall, équipé de roues à chenilles de half-track, « introuvable aujourd’hui », ou encore un « petit gris » Ferguson de 1929. « Des gens viennent nous proposer des sommes sympathiques », témoigne Catherine. Mais rien n’y fait…

Les enfants de Marcel avouent leur attachement sentimental. Le musée Edel n’est pas ouvert au grand public, « cela supposerait une mise en conformité avec la réglementation », explique Catherine Edel, par ailleurs très impliquée dans la vie publique. « Par contre, nous accueillons très volontiers des passionnés de mécanique, des petits groupes. »

Lancement du Cercle Gustave Burger

Organiser la pluralité des vins d’Alsace

Vigne

Publié le 01/07/2020

Depuis 18 mois, le laboratoire d’idée Gustave Burger se réunit avec le souci d’intégrer en son sein « toutes les sensibilités des viticulteurs ». Motivés par « le refus de voir s’installer le découragement, le doute et la désunion », ils ont entrepris de se poser en force de réflexion et de proposition pour la viticulture. La naissance de ce cercle, durant l’été 2019, a pour objectif de faire un réel état des lieux de la viticulture et proposer une vision à long terme.

27 M€ de pertes sèches pour la filière

Le vigneron Marc Rinaldi, membre du Cercle Burger, précise : « Nous avons grosso modo produit 150 000 hl d’excédents de vins tranquilles en moyenne sur ces cinq dernières années. D’où la chute du vrac. Parallèlement, certains de nos opérateurs vendent sous marques distributeur - qui appartiennent donc aux distributeurs. Ces distributeurs qui peuvent aller chercher du riesling, gewurztraminer, pinot gris ailleurs qu’en Alsace, mais continuer de les vendre sous la même marque, créée grâce à l’Alsace… » Il s’alarme également de la paupérisation du vignoble, caractérisée notamment par la distillation de crise. Cela représenterait 27 millions d’euros (M€) de pertes sèches pour la filière si elle venait à distiller 150 mhl (milliers d’hl) à 78 cts€/l.

Durant une année, le cercle Burger a organisé une dizaine de réunions qui ont vu prendre place autour de la table, tour à tour, les anciens présidents du vignoble, des représentants des familles professionnelles, la coopération, le négoce, les vignerons indépendants. Objectif : formuler des propositions pour la filière viticole alsacienne. Le cercle a finalement remis un rapport à l’Ava.

Le conseil d’administration (CA) de l’Ava avait « reçu ce cercle de réflexion de façon courtoise et sereine » et avait « dégagé trois axes principaux ». La première proposition : une « hiérarchisation à la bourguignonne » (grands crus, premiers, crus, lieux-dits et communales) qui n’a finalement pas été retenue par l’Ava, « notamment au regard des éclairages fournis par l’Inao ». « Nous pensons que l’attribut de base des AOP, c’est le village, tout comme la Bourgogne, mais également les Côtes-Du-Rhône (Châteauneuf du pape, Gigondas…), les Bordeaux (Saint-Émilion, Pauillac…) et également l’Allemagne, à l’intérieur desquels s’organisent des crus, voire des grands crus », répond le Cercle Burger. « Or, en Alsace, nos grands crus ne sont pas rattachés à une appellation communale. Cela fait perdre l’organisation hiérarchique et les possibilités de replis. »

Un autre modèle hiérarchique

Exit donc cette organisation sur une base communale pour le CA de l’Ava qui a « validé à l’unanimité » un autre « modèle de hiérarchisation actuellement soumis à l’Inao ». C’est pourtant ce modèle « communal » qui aujourd’hui a été admis du côté des vins de terroir allemand et explique au moins en partie son renouveau, expliquent Jean-Michel Deiss et Marc Rinaldi. Un modèle hiérarchique auquel s’ajoutent les 3 % de VDP, le premium des vins allemands, un sommet de pyramide qui fait également défaut à l’Alsace.

Deuxième axe identifié par l’Ava dans les propositions du Cercle Burger : la « non-utilisation du nom du cépage » pour les vins de lieu. Sur ce point, le CA a rappelé « que chacun est libre et qu’il n’est pas question d’apporter de restrictions à ce niveau ». Mais le Cercle Burger rappelle juste que la mention du cépage est un attribut depuis 2008 des VSIG, dont le coût de production est moitié moindre de celui des vins d’Alsace.

Une troisième proposition identifiée, selon l’Ava, concerne « les éléments de commercialisation », soit le bi et tri-cépage et la possibilité d’assembler à hauteur de 85 %, 15 % des cuvées. Avait également été évoquée la possibilité d’abandonner la mise d’origine, puisque le cahier des charges des AOC Alsace oblige à embouteiller les vins dans l’une des 119 communes viticoles qui composent le vignoble. Sur ce point, « le CA de l’Ava a réaffirmé sa réticence ».

Pousser les murs

« On est favorable à pousser les murs, car beaucoup d’opérateurs le demandent, mais nous ne portons pas les projets d’ouverture vers des IGP ou des VSIG », précise Jean-Claude Rieflé. C’est néanmoins la question de la mixité de la filière des vins d’Alsace qui est au cœur des réflexions : la filière des vins d’Alsace doit-elle admettre des VSIG et des IGP en son sein ?

« Il n’y a pas deux viticultures, il y a une viticulture qui chemine parallèlement, ce qui suppose une clarification des segments au sein de l’appellation », justifie Jean-Claude Rieflé. Le fait est que, selon le cercle, devant la crise de la mévente, « le vignoble n’a pas d’objectifs, pas d’orientation et pas de véritable projet de hiérarchisation. Nous proposons d’organiser l’offre alsacienne. Notre analyse est qu’il y a différentes productions avec des objectifs très différents. Certaines entreprises sont techniquement très performantes, d’autres sont plutôt artisanales avec des vins très particuliers. Et il s’agit d’organiser tout cela dans une offre cohérente. Le marché mondial est organisé en trois niveaux, les VSIG totalement libéralisés adaptés au nouveau monde dont l’objectif est la rentabilité, les IGP qui protègent un savoir-faire, et les AOP où l’identité provient du lieu ».

Le droit à l’expression de la sensibilité personnelle

L’idée générale du Cercle est de revenir à une viticulture « compétitive » et « qui remet de l’identité dans les bouteilles ». Avec surtout une ouverture aux vins contemporains, « un droit à l’expression personnelle, à la sensibilité individuelle », dans un cahier des charges « ouvert où l’humain est essentiel ». « Il ne s’agit pas de confondre unité et uniformité », ajoute Jean-François Otter. « Notre seul salut, c’est la valeur ajoutée, et elle passe par la valorisation de l’originalité de nos personnalités. » D’ailleurs, estime Jean-Pierre Frick, les jeunes générations recherchent de l’émotion par la surprise. « Les gens se détournent des vins normés et cherchent à vivre une aventure ».

Siegwald à Logelbach devient Viti’Wald

Des concepteurs de « moutons à cinq pattes »

Vigne

Publié le 27/06/2020

Jacky Siegwald avait à l’origine développé son atelier de mécanique à Logelbach, près de Colmar, pour les exploitants forestiers. La viticulture qui demande énormément de réalisations spécifiques pour le travail des vignes a pris une importance croissante. D’où l’enseigne rebaptisée dans une tonalité plus vigneronne… Et aujourd’hui, les ateliers Viti’Wald sont particulièrement sollicités : « On nous demande souvent le mouton à cinq pattes », confirme Bruno Marchal qui a repris la gérance en 2017, après 20 ans d’ancienneté, Jacky Siegwald faisant valoir ses droits à la retraite.

L’entreprise compte douze collaborateurs et, parmi eux, quatre soudeurs et trois mécaniciens, mais tous concepteurs. Bref, des spécialistes des métiers de l’acier. De l’atelier de Logelbach, il sort par exemple des outils spécifiques commandés par Ero, le constructeur allemand, comme les effeuilleuses pneumatiques, dont Jacky Siegwald avait été un développeur. Mais on y fabrique également un chenillard enjambeur qui connaît un certain succès en Champagne. On y réalise également des cadres porte-outils, tant pour vignes larges qu’étroites, des enfonce-pieux, des mâts pour palisseuse et prétailleuse. La société Viti’Wald est également concessionnaire pour les tracteurs Ferrari, le chenillard Camisa, les poudreuses et pulvérisateurs Hervé, la palisseuse DMP, Ero, et Stihl, Echo, Husqvarna pour les espaces verts. Ils proposent également de quoi protéger le travailleur avec la marque d’habillement Pfanner.

 

 

Mais le dernier outil actuellement en démonstration proposé par Nicolas Stephan, le commercial de la maison, c’est un portique enjambeur du constructeur autrichien Sattler-mb, permettant l’entretien sous le rang face par face. En matière de travail du rang face par face, plusieurs modèles existent sur le marché. Ils sont généralement traînés et mettent en œuvre une hydraulique assez poussée. Là, le concepteur autrichien Sattler nous propose un portique à installer à l’avant du tracteur. Il est semi-porté pour un terrage précis des outils. Le cadre peut admettre de part et d’autre des bineuses. L’hydraulique ne sert qu’au centrage de la machine et à son adaptation au dévers. La rigidité de l’ensemble est obtenue grâce à un astucieux système de soulagement des contraintes par effacement hydraulique d’un des montants. Le portique Sattler est actuellement en démonstration et semble séduire de nombreux viticulteurs par sa simplicité et son efficacité de précision de travail. « J’apprécie de travailler avec un outil devant le tracteur. J’arrive à travailler 3 ha/jour », indique le chauffeur Jean-Marie Cattin, vigneron à Vœgtlinshoffen.

 

Viticulture de conservation des sols

Essai système potentiel RedOx réducteur, sans cuivre, sans soufre

Vigne

Publié le 14/06/2020

« Combien de fois ai-je entendu : il va droit dans le mur, ou bien que, quand tu as des herbes, c’est que tu ne travailles pas tes vignes. Il est vrai que le regard des voisins n’est pas toujours chose aisée », observe Alain Kuehn, vigneron sur 13 ha autour de Kaysersberg et Sigolsheim, et apporteur total de raisin à la coopérative Bestheim. Il s’est engagé dans la viticulture de conservation des sols. Aujourd’hui, le taux de matière organique de ses vignes avoisine 3,6 %, ce qui traduit le fait que ses sols se sont remis à séquestrer du carbone. Il poursuit sur ce chemin avec « la cellule nationale agronomique » La belle vigne, fondée par Konrad Schreiber, Anton et Angela Sidler. L’objectif est de partager et de développer les pratiques de vitiforesterie, de gestion technique de la couverture des sols, de fertilisation, de taille, et de « supprimer tous les produits phytos (y compris en AB) », est-il inscrit sur le site internet de présentation lbv-france.fr.

Pratiques RedOx réductrices optimales

Très inspiré par les conseils dispensés par les chercheurs, conseillers et conférenciers du groupe Ver de terre production - Olivier Husson sur la question du potentiel RedOx, Marc-André Sélosse et Hervé Covès sur les microbiotes -, Alain Kuehn a lancé cette année un essai grandeur nature sur trois parcelles, soit 50 ares de vigne au pied du Mambourg de Sigolsheim. L’idée qui gouverne l’essai est de se placer en conditions RedOx réductrices optimales. C’est un essai de système de culture qui englobe toute la gestion viticole et ne se limite pas aux seuls produits phytosanitaires. Le principe consiste donc à éviter ou, dans la mesure du possible, à limiter toutes les pratiques qui provoquent des stress oxydatifs. « Mon grand-père avait tendance à essuyer les plâtres, je crois que c’est aussi mon tempérament », commente-t-il avec humilité.

Pas de mutilation en vert

Les vignes sont taillées en Poussard de manière à ce que la taille respecte les flux de sève et que les plaies de taille soient les moins mutilantes possible. Côté sol, les couverts de vignes sont en semis direct de plantes diversifiées, ils sont roulés au rolofaca au stade ligneux pour stimuler l’autofertilité. Et, depuis cette année, sous le rang de ligne, Alain Kuehn passe également un rolofaca Boisselet monté sur intercep. Sauf cahier des charges spécifique imposé par la coopérative, les vignes ne sont plus effeuillées ni rognées. Elles seront tressées au-dessus du dernier fil de palissage de manière à éviter que les vrilles s’enroulent sur ce dernier fil. L’idée est ensuite de faciliter la prétaille et surtout la descente des bois l’hiver prochain. Sur le plan physiologique, l’idée d’éviter ou de repousser plus tard dans la saison les tailles en vert vise à limiter la mutilation de la plante. Car les cicatrisations occasionnées par les plaies en vert consomment des substances de défenses naturelles à un moment où la plante en a besoin pour lutter contre l’oïdium et le mildiou. Et en l’occurrence cette année, c’est l’oïdium qui exerce la pression phytosanitaire.

Des fertilisants adaptés, promoteurs de défenses naturelles

La recherche d’un potentiel RedOx réducteur passe également par le choix de fertilisants adaptés et qui évitent les processus oxydatifs. Idéalement, explique Olivier Husson, dans ses formations, il s’agit d’éviter les apports nitratés qui créent un choc oxydatif. Alain Kuehn a suivi le conseil de Konrad Schreiber d’opter pour des acides aminés purs. Ils présentent plusieurs avantages : ce sont des promoteurs de PGPR (Plant Growth Promoting Rhizobacteria), c’est-à-dire des rhizobactéries très favorables à la croissance des plantes et à leur phytoprotection. En outre, la fertilisation aux acides aminés présente l’intérêt pour toutes les cultures de shunter des processus métaboliques azotés très gourmands en eau en fournissant à la plante de l’azote assimilable mais organique.

Aucun fongicide

Côté phytosanitaire, les 50 ares de vigne n’ont, à ce stade, reçu aucun fongicide, ni même de cuivre ou de soufre. L’idée est donc d’éviter dans la mesure du possible toute molécule dont l’action fongicide est basée sur la suroxydation. Alain Kuehn ne s’interdit pas ultérieurement d’intervenir plus classiquement mais il s’agit, pour l’heure, de rester en cohérence, en recherchant la combinaison de processus réducteurs au sol, dans la gestion en vert de la vigne et dans la gestion phytosanitaire. À ce stade, les trois parcelles ne présentent aucune attaque de mildiou et une seule des trois présente quelques pointes d’attaque d’oïdium sur feuille, semble-t-il bien circonscrites par les défenses naturelles.

Dominique Potier, député et référent sur le foncier agricole

Le foncier agricole en proie aux spéculations

Vie professionnelle

Publié le 08/06/2020

Dominique Potier, ancien agriculteur et député socialiste de Meurthe-et-Moselle, dénonce les failles du système de régulation du foncier agricole, dans lesquelles s’engouffrent les spéculateurs. Par deux fois, l’élu a tenté des propositions de réforme foncière, retoquées par le Conseil constitutionnel. Mais les débats de la loi Egalim lui ont donné l’opportunité de remettre le sujet sur la table : « J’ai pris à bras-le-corps cette question du foncier. Je suis, je pense, le référent à l’Assemblée nationale sur ce dossier. J’ai d’ailleurs été interpellé par une série de plaintes du monde paysan. » Ces plaintes corroborent des informations d’autres députés, ce qui confirme aussi qu’un « grand désordre est en train de s’installer ». Avec Pierre Blanc, docteur en géopolitique, et Benoît Grimonprez, docteur en droit, il a publié en 2019 « La terre en commun, plaidoyer pour une justice foncière » aux éditions de la Fondation Jean Jaurès.

« Pas d’agroécologie sans justice foncière »

En pointe sur la question agroécologique avec Stéphane Le Foll, Dominique Potier estime qu’il ne peut y avoir de transition sans régulation du foncier, et « qu’il n’y a pas d’agroécologie sans justice foncière ». Seulement, « les ingénieurs du ministère n’en avaient pas l’intuition », explique-t-il. Et « si on ne régule pas le foncier, on va vers une agriculture dépendante de la phytopharmacie. On n’en serait pas là au niveau de l’agribashing si on avait anticipé dès 2013 », insiste-t-il. Au-delà, la question foncière est un sujet universel : « Le partage de la terre est la politique mère d’une société démocratique prospère. Il y a la dimension « sol-homme-santé » très actuelle. Le partage est au cœur de la prospérité. » Selon l’homme politique, nous serions donc engagés, depuis 2010, dans un grand mouvement libéral qui menace l’agriculture française et finalement toute la société.

 

 

Reprenons le fil de l’histoire

Dominique Potier s’inspire de Bertrand Hervieu, sociologue, historien de l’agriculture. La révolution française, c’est l’âge premier, la naissance de la politique foncière, avec le passage du servage à la propriété et l’émancipation du paysan. « Gambetta a dit : donnez des limites cadastrales aux paysans et ils défendront la patrie comme ils défendent leurs terres. » Ainsi « la paysannerie devient républicaine ».

Après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance, qui rassemble plusieurs tendances politiques, engage de grandes réformes pour préparer l’avenir. Le député François Tanguy-Prigent instaure des mécanismes de régulation foncière. Le statut du fermage et la Safer réaffirment la puissance publique. L’idée est de donner la primeur au travail et à l’entreprise par rapport au capital et à la rente. « Certains pourraient y voir une lecture marxiste, mais la réforme est d’esprit social libéral, commente Dominique Potier ; elle privilégie une génération d’entrepreneurs, dans la mouvance des Trente glorieuses où il fallait produire et moderniser l’agriculture. »

Le XXe siècle touche à sa fin. « Jusqu’à la fin des années 2000, tout va bien… Les fermes françaises connaissent un développement relativement harmonieux, dans le même ordre que l’économie française ». Certes, continue Dominique Potier, « chacun a à raconter une histoire de corruption, de cumul illégitime, mais globalement ce sont des exceptions, et les régulations jouent leurs rôles ».

C’est autour des années 2010, avec la mondialisation exacerbée, que la régulation se délite. Avec la crise des subprimes à partir de 2007, les fonds spéculatifs se reportent sur le foncier non bâti, portés par « l’idée d’une trajectoire tragique de 9 à 10 milliards d’habitants en 2050 ». Ce mouvement spéculatif est couplé à une autre tragédie : « Celle du changement climatique où des inondations et des sécheresses raréfient les terres arables. » Des rapports onusiens dénoncent l’accaparement de terres par des fonds spéculatifs de multinationales dans des pays qui n’ont pas d’État de droit, pas de cadastres, et qui pâtissent d’une forte corruption d’État : « Dans les sociétés paysannes et rurales, c’est la cause essentielle des misères et des violences, et ce, dans des proportions supérieures aux conséquences des guerres. »

 

 

Des impacts forts et symboliques

Certes, les investisseurs mondiaux restent aux portes de la France. On observe cependant des phénomènes frontaliers marginaux, liés à des marchés spécifiques comme celui de la pomme de terre, assez prospère, ou celui des semences non loin de l’Espagne. La Safer rappelle d’ailleurs que le marché international des terres ne représente qu’1 % des transactions foncières en France. On note cependant des impacts symboliques forts, d’acquisitions de terres agricoles ou de domaines viticoles pour le compte de Chinois.

C’est donc plutôt en interne que se joue la libéralisation à cause de failles dans les mécanismes de régulation par lesquelles s’engouffrent les spéculateurs. Un deuxième phénomène s’ajoute à cette dérégulation rampante et menaçante : le délitement du « syndicalisme de vigie ». Explication du député : « La figure du syndicaliste présent aux réunions de mairie pour veiller sur les hectares disponibles et qui renonçait personnellement à s’agrandir » a disparu dans ces années 2010. « La figure locale du syndicaliste exemplaire veillant sur le non-cumul de terres », a malheureusement cédé trop souvent la place au « responsable cumulard ». Des départements « très bien gérés » échappent à cette tendance. Dominique Potier cite le Maine-et-Loire, le Bas-Rhin, le Doubs… « Partout où il y a un syndicalisme militant, le prix du foncier est stable, il ne flambe pas et on y installe des jeunes. » Ailleurs, c’est-à-dire « dans 90 % des départements », déplore-t-il, « il y a démission de la veille syndicale pour des raisons multiples, et notamment l’affaiblissement de l’État et des directions départementales, ou encore du fait de la méconnaissance du territoire par les agents de l’État » car « l’expertise foncière n’a plus de moyens ».

 

 

L’État et la mission de veille de la profession affaiblis

Au final, « l’affaiblissement des deux régulateurs que sont l’État et la profession favorise des failles législatives », d’autant que certains acteurs ne manquent pas d’imagination pour contourner la loi. S’ajoute à ces démissions « une loi de simplification de 2008 qui a ouvert des vannes et fragilisé tout l’édifice du contrôle du marché foncier agricole. Depuis, en Île-de-France, une affaire sur deux échappe au contrôle public ». Dans le viseur du député : les marchés de la propriété, des actifs immobiliers, des fermages mais également des parts sociales qui transportent du foncier. « Tout ceci maquille la spéculation, avec de plus en plus souvent du travail à façon intégral. »

 

 

Pourtant, « le partage et la régulation du foncier sont au service d’une authentique liberté d’entreprise. Si on laisse des monopoles s’installer, il n’y a plus de liberté d’entreprise. Car on voit bien que des monopoles contrarient d’autres libertés d’entreprise tout aussi légitimes », justifie Dominique Potier. « Il est donc malsain, qu’au nom de la liberté de propriété et d’entreprise, des lois qui visent à réinstaurer la régulation pour les sociétés aient été censurées par le Conseil constitutionnel. Par deux fois, j’ai proposé une réforme de la Constitution sur le thème du bien commun et du bien équilibré, hélas retoquée par le Conseil constitutionnel. »

Alors, plutôt que de se heurter à la Constitution, avec la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale, le député a obtenu qu’une mission d’information reprenne le sujet dans son ampleur. À commencer par une cartographie de la dérive libérale du foncier en France.

Situation en amont et aval de la filière des vins d’Alsace

Vignes en forme et marché en berne

Vigne

Publié le 01/06/2020

La saison végétative a démarré par une « pousse importante, la sécheresse n’ayant pas freiné la croissance de la vigne », observe Hélène Bossan, conseillère à l’Adar du vignoble. Il a d’ores et déjà atteint le stade phénologique de la mi-floraison, pour les secteurs les plus précoces, ce qui nous achemine vraisemblablement vers un ban des vendanges en août. La parcelle de référence à Bergheim indique une mi-véraison probablement atteinte le 15 août. Ce qui place 2020 parmi les cinq années les plus précoces. « Normalement étalée sur deux semaines, la floraison semble remarquablement concentrée. » Sauf aléas climatiques, les vendanges débuteront en août.

Un millésime fécond à ce stade

Du côté du nombre d’inflorescences, qui donne un premier indicateur des potentiels de rendement du millésime, même si la route est encore très longue d’ici les vendanges, l’ensemble des vignerons constatent une année très généreuse. D’ici les vendanges, le millésime peut encore réserver de la coulure, de la sécheresse, de la grêle, des ravageurs. Mais en l’état, la vigne en Alsace s’annonce très féconde. « Les inflorescences sont importantes et belles, le printemps a été favorable, mais il faut attendre la fin de la floraison pour se prononcer », confirme Hélène Bossan.

Côté sanitaire, « globalement la situation est bonne, la météo est clémente jusqu’à présent ». S’agissant du mildiou, les deux pluies potentiellement contaminatrices le 11 mai et samedi dernier, n’ont engendré que très peu de taches, selon les observations à ce stade. Ce qui confirme une pression très faible.

Attention à l’oïdium

« C’est plutôt l’oïdium qui dicte la cadence cette année, précise Hélène Bossan. La situation est disparate avec des symptômes dans le Bas-Rhin. Et une intensité d’attaque parfois très forte sur l’un ou l’autre des pieds qui peuvent présenter des symptômes sur plusieurs étages des rameaux et sur inflorescences. » À la différence du mildiou sur inflorescence qui se traduit par des crosses, l’oïdium se caractérise par une couverture grisâtre. L’inflorescence sèche ensuite…

Concernant les autres ravageurs, le vol de la première génération d’eudémis est accompli, très peu de glomérules sont observés. Rien à signaler non plus pour les ravageurs secondaires. Cependant à cause des gelées, quelques parcelles ont eu à subir des dégâts : « Très localement, nous observons des gelées à 100 %, sur des parcelles à Balbronn, Traenheim et aussi dans le Haut-Rhin. »

Même si le chemin est encore long, tous les voyants de potentiel de volumes sont au vert dans le vignoble alsacien en amont de la filière.

Le « club des 5 000 » deux fois moins impacté par la baisse des ventes en avril

En aval, le Civa vient de publier les résultats de ventes du mois d’avril. Avec 36 000 hl en chiffre rond de volumes vendus sur ce mois, la chute des ventes est de 45,9 % comparé à avril 2019. Sur douze mois mobiles, la capacité de mise en marché passe fatalement sous la barre des 900 Mhl (milliers d’hl) à 885 Mhl. Les entreprises de moins de 5 000 hl sont particulièrement touchées avec -7 à -8 % de ventes sur douze mois. Les 22 opérateurs en vins d’Alsace qui commercialisent plus de 5 000 hl ne sont pratiquement pas affectés par la baisse à ce stade avec -0,39 % de baisse seulement, sur douze mois mobiles.

Et sur le seul mois d’avril, les pertes cumulées de ventes sont pratiquement deux fois plus élevées chez les entreprises de moins de 5 000 hl que celles de plus de 5 000 hl. Une raison principale explique cette situation : pendant deux mois, les grandes surfaces avaient pratiquement le monopole des ventes, tous les autres réseaux de distribution du vin ont été freinés ou carrément interdits de vente (restauration, cavistes, ventes au caveau…). De surcroît, les opérateurs de la grande distribution ont simplifié et « recentré leur offre sur le corps business », confirmait un opérateur dans nos colonnes la semaine dernière. Une note publiée le 15 avril par la Banque de France faisait ainsi état d’une hausse des ventes en supermarchés de +7,4 % et en hypermarchés de +1,7 %, au mois de mars 2020 par rapport à février 2020, tandis que les ventes du petit commerce de l’alimentaire étaient en forte baisse de -9,6 %.

-76 % pour les grands crus en avril

Globalement, si les ventes d’avril en métropole passent de 48 000 hl en 2019 à 21 000 hl en 2020, l’export semble avoir paradoxalement moins perdu en proportion : 18,7 Mhl en 2019 et 15 Mhl en 2020. Par catégorie, sur le seul mois d’avril, les alsaces tranquilles et les crémants accusent 55 % de baisse, comparé à avril 2019. Les grands crus sont plus impactés avec 76 % de baisse des ventes.

Pour parer à cette passe délicate, l’interprofession alsacienne fonde ses espoirs sur un plan de rebond, évalué à un million d’euros, selon des chiffres communiqués dans la presse spécialisée, et sur la reprise de la dynamique des ventes telle qu’elle avait été impulsée les mois précédents la crise, envers et contre une conjoncture globale défavorable à l’économie de la filière viticole orientée sur -3 %.

Le vignoble doit donc adapter des mesures, principalement une distillation de crise et les rendements pour le millésime 2020 : un débat particulièrement explosif.

Le « KeyKeg », bag-in-keg (ou conditionnement en BIK)

Un nouveau conditionnement des vins pour une consommation ludique et festive

Vigne

Publié le 26/05/2020

Certains opérateurs en vin souhaitent se positionner sur les marchés « ludiques » en plein essor, pour une consommation distrayante, détendue. Le profil gustatif de ces vins « ludiques » se distingue par leur buvabilité, leur fraîcheur, leur attrait basé sur des teneurs en CO2 natif qui peuvent être importantes pour la désaltération. Ces vins ont en commun avec les bières kraft d’avoir les mêmes lieux de consommation : les bars, les bars à vin, bars de restaurants, l’événementiel festif, les festivals culturels ou musicaux, l’événementiel des particuliers. Voire presque les mêmes modes de conditionnement que la bière. Les circuits et les modes de distribution se rapprochent d’ailleurs de ceux de la bière avec les canettes en alu, conditionnement pour la consommation nomade, ou encore les fûts jetables – recyclables ou en inox et consignés, et connectés à des systèmes de tireuse.

La demande est forte pour ces nouveaux modes de consommation. Et de nombreux vignerons y répondent déjà en préparant des cuvées spécifiques à consommer pour tel ou tel événement festif, ou pour telle ou telle demande de restaurateur. À titre d’exemple, à Traenhein, Nathan Muller, un jeune vigneron a lancé le spretzi, un vin de France à base de cépage gewurztraminer, fermenté en cuve close selon la méthode ancestrale. Le spretzi subit un transvasage isobarique depuis la cuve vers des fûts inox à bière de 20 litres. Les fûts de vins sont prêts à être clipsés sur les tireuses de bar. Nathan Muller vise le marché local des bars alsaciens dans une réflexion approfondie sur le bilan carbone, avec donc un système de reprise/échange/consigne. Après une série d’essais concluants, le vigneron s’apprêtait à augmenter significativement ce type de conditionnement, particulièrement avantageux sur le bilan carbone, car évitant l’équivalent de 26 bouteilles de verre.

Pour la consommation de vin à la tireuse, il existe désormais un autre type de conditionnement : le « KeyKeg ». Ce fût, sorti sur le marché de l’emballage et conditionnement en 2013, est composé d’une double paroi, externe rigide et interne souple qui contient le liquide alimentaire. La pression est exercée entre les deux parois de telle sorte qu’elle s’applique sur la membrane interne souple, ce qui supprime tout contact avec l’air. La connexion au système de tirage est classique, adaptable à tous les systèmes de bar, ou bien avec une pompe pour les particuliers le « KeyKeg party pump. » Le vin entre ainsi dans le réseau de distribution et le marché classique des brasseries sans logistique et manutention spécifiques, autre que celle des bières puisqu’il est conditionné de la même manière que les bières dans les mêmes fûts. Un argument qui risque de séduire les restaurateurs dont les serveurs doivent manutentionner les bouteilles de vins depuis leurs caves, en particulier en période de rush.

 

 

À ce stade, 210 entreprises vinicoles ont conditionné du vin en « KeyKeg », selon OneCircle, entreprise familiale néerlandaise située à Den Helder, aux Pays-Bas, qui a mis au point la technologie bag-in-keg (BIK). Des opérateurs de tous les vignobles de France s’y sont mis. En Alsace, Julien Albertus y croit pour répondre aux formes contemporaines de consommation des vins. « La demande est très forte aux États-Unis, en Grande Bretagne… Il faut compter 10,90 € par keg », indique le vigneron qui a trouvé des débouchés pour des vins d’Alsace bios et naturels qui seront servis à la tireuse.

Côté environnemental, le bag in keg s’apparente aux filières de recyclage des bouteilles PET et plastique en polyéthylène. Un fût de 20 litres correspond à 26 bouteilles de 0,75 l en verre, étiquetées, cartonnées… On rappellera que, selon les études de l’IFV, le verre, le carton et le bouchage représentent environ la moitié du bilan carbone total d’une bouteille de vin.

 

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Un plan marketing de rebond pour la filière

Vigne

Publié le 25/05/2020

Dans l’urgence, pendant la crise du Covid-19, le Civa a dû « reconsidérer sa feuille de route », revoir et adapter sa stratégie marketing aux circonstances afin d’être en ordre de marche pour la reprise des activités. On connaissait le plan marketing du Civa basé sur une nouvelle démarche, dite catégorielle, « c’est-à-dire des actions visant à faire de l’Alsace le moteur incontournable pour réinventer le marché du vin », précise Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa.

 

 

Alors que l’économie globale du secteur vin était en « décroissance », les vins d’Alsace en janvier et février semblaient afficher une timide remontée des ventes à 932 Mhl de capacité de mise en marché contre 909 Mhl en 2019 ; avec quelques signes encourageants et surtout « 2019 enregistrait une hausse des volumes pour la première fois depuis cinq ans ». Selon les données de ventes en grande distribution (GD) notamment, en février, les alsaces blancs affichaient 4 points de plus que les autres vins tranquilles et les alsaces rouges étaient en progression de 5,7 %. Les crémants à +3,3 % se situaient bien au-dessus des ventes de l’ensemble des AOC effervescentes à +0,9 % et les champagnes à -21 %. Des signes encourageants qui confirment le besoin de pousser encore le « développement des gammes en profondeur et en largeur », analyse Philippe Bouvet. Pour préparer le terrain des opérateurs en vins d’Alsace, les équipes du Civa étaient allées à la rencontre de chaque acheteur de la GD, des grossistes, de cavistes franchisés… avec succès, semble-t-il, au vu des retours chiffrés et des témoignages. L’équipe marketing du Civa venait d’entamer le dossier du e-commerce, avec « 600 players » sur ce réseau de distribution. « Notre objectif était (et reste) de remettre le client au cœur de notre stratégie ».

Avec le Covid-19, la capacité de mise en marché est impactée de 40 000 hl, mais c’est une « bombe à retardement, prévient Gilles Neusch. La crise sera dure. » Toutefois, elle réactualise les aspirations au local, à la proximité, à l’essentiel. Et, de ce point de vue, les alsaces ont, semble-t-il, des cartes à jouer. L’argument selon lequel « les alsaces sont au carrefour des tendances » reste plus que jamais d’actualité : des vins faciles d’accès, frais, qui ont une forte empreinte environnementale positive mais des vins authentiques qui répondent aux aspirations fortes à revenir à l’essentiel. « Chacun peut incarner ces tendances. » Philippe Bouvet voit dans la crise « des opportunités nouvelles ». Mais attention, alerte-t-il, « il faut éviter d’avoir la bougeotte, se recentrer sur l’efficacité de son action commerciale, être attentif aux initiatives, s’inspirer des bonnes actions, rester fidèle aux piliers stratégiques. »

Mais, forcément, dans la situation actuelle, tout le travail engagé pour faire de Millésimes Alsace à Strasbourg un événement retentissant est reporté à 2021. De même, le salon Egast, qui voit défiler 30 000 professionnels de la restauration, est reporté en 2021. Le Civa y avait prévu un bar personnalisé « pour casser les idées reçues sur les vins d’Alsace ». C’est, de fait, également reporté, peut-être pour janvier. Mais l’idée reste et sera appliquée à deux autres salons professionnels de la restauration.

En attendant, le Civa a lancé une campagne d’affichage de grande ampleur, dans la presse locale et nationale, sur les réseaux sociaux. 87 % de la population francilienne devrait être impactée. « Il s’agit de s’inscrire dans le monde tel qu’il est, d’interpeller le plus grand nombre de consommateurs, de susciter des désirs responsables, de proposer des choix responsabilisants, de mettre en valeur le rôle que chacun peut jouer dans la vie des autres. » La campagne s’étalera jusqu’au 4e trimestre 2020. Fait nouveau, c’est une campagne co-construite avec la profession : chacun des opérateurs peut fournir sa photo et son slogan. Bien sûr, il y a des codes photo à respecter et le slogan doit tenir compte de la ligne marketing prescrite et du cadre juridique de la loi Évin, rappelle Thierry Fritsch. À notre connaissance, le Civa est la seule interprofession à avoir adapté si globalement sa stratégie marketing à la situation actuelle, pour préparer un plan en ordre de marche avant le déconfinement.

 

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