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David Lefebvre

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VitiVina

Un réseau de 110 stations météo dans le vignoble

Vigne

Publié le 12/05/2020

Les signes avant-coureurs des attaques de maladie de la vigne, principalement l’oïdium et le mildiou, sont parfois difficiles à détecter pour intervenir à temps. 2016, avec de violentes attaques de mildiou sur grappes, avait été un cas d’école en la matière. Pour se faire aider dans ses décisions d’intervention de traitement raisonné en fonction du risque de maladie, le viticulteur peut s’appuyer sur des données météorologiques localisées, couplées à des modèles d’évaluation des risques.

VivaVina, la filiale appro viticulture du Comptoir agricole, vient de couvrir pratiquement tout le vignoble d’Alsace d’un réseau de 110 stations météo connectées, disposées du nord au sud du vignoble. 55 stations mesurent la durée d’humectation du feuillage et 55 autres, la pluviométrie, la température et l’hygrométrie de l’air.

« J’ai testé plusieurs stations, j’ai opté pour la station Sencrop. Localisée par une puce GPS, elle dispose d’un traqueur, et elle est à code d’activation unique. À durée de vie limitée à cinq ans, c’est du bon matériel et l’application est bien faite », estime Philippe Kuntzmann, responsable technique de VitiVina.

La cohérence du couple paramètres-modèle

Mais c’est surtout le couple station et type de modèle d’évaluation du risque maladie qui a guidé son choix. Il existe deux types de modèle d’évaluation : l’un, mathématique tenant compte de l’hygrométrie, les températures, la pluviométrie, et l’autre est un modèle biologique. « Nous misons sur la cohérence type de paramètres/modèle. Et notre préférence va pour un modèle biologique, il colle plus à la réalité que les modèles statistiques, mais il faut l’humectation du feuillage », explique Philippe Kuntzmann. Viti Météo, le modèle biologique retenu est utilisé par les unités d’expérimentation de Fribourg en Allemagne, Changins et Wadenswill en Suisse. Il s’appuie notamment sur la durée d’humectation des feuilles, d’où le choix de la station Sencrop. Posées dans l’axe d’un rang pour ne pas gêner les travaux mécanisés, les deux stations se décomposent en une partie pluviomètre, thermomètre, humidité de l’air, fixée sur mât et une partie capteur d’humectation du feuillage, ce dernier étant disposé dans le plan de palissage, le tout fixé sur un piquet de palissage.

Mildiou, oïdium, black rot, bois noir

« On a décidé de ne pas mesurer la vitesse du vent qui est généralement déjà bien renseignée sur les sites de météo locale. Nous nous sommes concentrés sur l’humectation, un paramètre important pour le risque de maladies comme l’oïdium, le mildiou. » Mais pas que… Ces stations vont pouvoir aider le vigneron dans différentes tâches, par exemple, décider d’aller vendanger ou organiser d’autres chantiers. Avec l’évolution de la physionomie des exploitations aujourd’hui et des parcelles se situant parfois (voire souvent) à plusieurs dizaines de kilomètres, il suffira au viticulteur de consulter l’appli Sencrop pour décider ou pas de l’intervention viticole. Le couple station-modèle renseignera d’ailleurs sur d’autres risques de maladies comme le black rot, les agents de l’acariose et, même, le risque de diffusion du vecteur du bois noir (fulgore), avec comme conseil de ne pas faucher les talus et disperser le vecteur.

Sur abonnement

L’appli Sencrop est rendue particulièrement conviviale et efficace en information. On y trouve les données en temps réel, les historiques, les alertes, les données météo générales et le réseau de stations cartographié interactif.

Les données seront proposées sur abonnement, à qui le souhaitera en deux offres : une première offre découverte à 120€/an qui donne accès à deux stations, une offre pro à 190€/an qui donne accès à 20 stations au choix. « Nous avons juste répercuté le prix public du fournisseur, additionné de l’investissement à venir dans une extension du réseau de stations et leur renouvellement », justifie Philippe Kuntzmann. Pour l’heure, avec Sylvain Boulet, son associé, VitiVina ajuste le modèle et réfléchit à l’accompagnement technique, notamment en matière d’analyse de risques. Pour la saison 2021, VitiVina devrait donc être en mesure de diffuser des messages de risques maladie qui colleront davantage encore à la réalité du terrain.

 

 

Pendant le confinement

L’Opaba contribue à la logistique des ventes de vins bio

Vigne

Publié le 09/05/2020

Ce qui arrive aux vignerons bios d’Alsace reflète un cas complexe. « La situation est la suivante : les vignerons qui travaillent traditionnellement avec la restauration sont fortement impactés, ceux qui travaillent avec la grande distribution le sont également. Et, de leur côté, les clients particuliers n’osent plus trop se déplacer pour venir au caveau retirer du vin », décrit Martine Becker, la présidente du groupe vin à l’Opaba. « Or les vignerons bio, tout particulièrement, font toujours beaucoup de départs caves. » Selon les chiffres communiqués, s’il se vend désormais moins de 15 % des vins d’Alsace au caveau, chez les vignerons bio, le chiffre d’affaires est resté élevé, de l’ordre de 40 % réalisé pour certains vignerons. S’ajoutent à cette situation des week-ends à gros chiffre d’affaires (Pâques, le 1er mai, et l’Ascension) qui ont été complètement « off », « sans compter les suppressions de salon », ajoute Martine Becker.

 

 

Devant cette situation d’un confinement quasi martial, pour reprendre les propos présidentiels, les vignerons n’avaient que peu d’échappatoires et ont dû se réinventer pour arriver à distribuer leurs vins. « En conseil d’administration de l’Opaba, nous en avons débattu. La suppression des marchés a reporté les achats. Les asperges : il faut chercher pour les trouver. Quant au muscat, c’est très compliqué de le mettre en marché », explique Martine Becker. Les vignerons ont compté sur le fait que les consommateurs vivent et épuisent leurs réserves (pour ceux qui ont toujours l’habitude de conserver du vin en cave), et reviennent s’approvisionner une fois le confinement terminé.

En attendant, l’Opaba s’est donc proposée de servir d’intermédiaire, avec une vitrine d’achat, et, de proposer des points de retrait des vins dans les deux antennes de Schiltigheim et de Colmar, et d’autres point de retraits. Une trentaine de vignerons bio du Bas-Rhin et du Haut Rhin proposent chacun quatre vins sur une offre regroupée avec les prix affichés. Les commandes sont centralisées à l’Opaba. L’offre est diffusée sur les réseaux, Facebook, Bio Grand Est. « On va mutualiser notre offre et le transport. C’est à nous de constituer notre réseau et notre logistique en amont, et il nous reste encore à affiner la logistique en aval, ajoute Martine Becker. Pour l’heure, nous offrons les transports. »

 

 

Au final, l’opération semble prendre forme. « Il y a plus d’inscrits pour les achats de vin, d’ores et déjà, que sur nos salons des vins bios d’Alsace, ce qui nous incite à une certaine remise en cause », fait observer Martine Becker.

L’après Covid-19 pour le vignoble d’Alsace

Adapter l’offre aux variations structurelles et conjoncturelles du marché du vin

Vigne

Publié le 04/05/2020

Deux faits majeurs ont animé la filière des vins d’Alsace pendant la période de confinement liée à l’épidémie de Covid-19. En aval, le marché des vins a connu pendant cette période d’importants bouleversements conjoncturels. Et en amont, le débat sur la question des rendements 2020 a été animé entre les opérateurs.

Les premiers indicateurs économiques de ventes de vins pendant la période de confinement - réglementairement très favorable à la vente en GMS puisque les CHR ont été fermés - indiquent une modification profonde de l’acte de consommation du vin. D’une consommation festive et occasionnelle, le vin est soudainement redevenu un « aliment » de consommation courante au sein des familles. Une mauvaise nouvelle pour les cassandres prohibitionnistes et hygiénistes, une bonne nouvelle pour les gastronomes, les adeptes du bien vivre et du bon vivre.

Autre conséquence du confinement, les ventes d’effervescents ont chuté lourdement, tandis que les ventes de vins de consommation courante et conditionnés en grands volumes ont connu un joli succès. Du fait de la fermeture administrative des restaurants, bars à vins, cavistes, les ventes de vins haut de gamme ont été réduites à la portion congrue. Tout au plus, quelques ventes et livraisons à domicile ont-elles permis d’écouler quelques volumes, mais rien de bien significatif sur la masse globale du marché des vins.

Explosion des ventes en bag-in-box

La filière des vins d’Alsace a donc été confrontée à un bouleversement conjoncturel du marché du vin, caractérisé par l’explosion des ventes de vins en bag-in-box (BIB), et des vins d’IGP par le seul réseau de distribution qui était globalement possible : la GMS.

Dès lors, dans les rangs de la viticulture alsacienne, nombre d’acteurs militent pour une plus grande adaptabilité de la filière aux évolutions du marché du vin, appelé à devenir de plus en plus variable, incertain, soudain et exposé aux aléas économiques, sociaux, sanitaires, politiques, géopolitiques… Au premier rang desquels Pierre-Olivier Baffrey, président de Bestheim et des Caves vinicoles d’Alsace. Plus que la question prégnante des rendements 2020, il plaide pour une forme de mixité de l’offre dans l’appellation, où les différents opérateurs, évoluant sur différents marchés et différents segments, de qualité et de prix, s’acceptent, vivent en bonne intelligence, dans une filière politiquement stable. Et équitablement représentée, ajoutent de leur côté les Vignerons indépendants d’Alsace. « Ce qui compte, c’est le chiffre d’affaires global de la filière. Le prix moyen de la bouteille est un aspect. Si on organise la rareté pour augmenter le prix moyen des bouteilles, mais que cela se traduit par une baisse globale du chiffre d’affaires de la filière, ce n’est pas bon pour l’ensemble de la filière des vins d’Alsace », argumente-t-il.

Marc Rinaldi, fondateur du domaine Kirrenbourg, membre de la famille des domaines négociants en vins d’Alsace, a rédigé un mail adressé à plusieurs opérateurs de la filière, intitulé « moins mais mieux », qui explique que le problème des surstocks est en train de dégrader l’image et le prix du vin d’Alsace. Et ce, dans l’ensemble des segments de gamme. « La trilogie qualité - prix - notoriété ne doit pas s’appliquer seulement aux 10 % de la production vendue au-dessus de 8 € HT la bouteille, mais aux 60 % du volume vendu en dessous de 4 € HT la bouteille », fait-il observer.

Serge Fleischer, directeur pôle Alsace-Jura-Loire-Drôme du groupe Les grands chais de France, milite pour une mise en adéquation de l’offre des vins d’Alsace à la demande. Tant d’ailleurs au plan des volumes que des types de vins par un « assouplissement éventuel d’autres règles, comme sur les BIB, le type de contenant, leur forme », mais avec « une définition stricte du type du produit (sec, moelleux…) ». Afin que le consommateur sache ce qu’il achète.

D’autres directeurs de structures préconisent une liberté de choix individuel sur les rendements, puisqu’ils en assument les conséquences économiques au sein de leurs entreprises. Ils recommandent surtout « d’investir dans le marketing, l’innovation, le digital, l’écoresponsabilité… ».

La mixité des indications géographiques au cœur du débat

Ce débat sur les rendements avait eu lieu en novembre dernier. Il avait mis en évidence une ligne de fracture dissimulée dans le vignoble, derrière l’apparente opposition entre les adeptes de rendements libres et ceux qui demandent une diminution. En réalité, c’était la question de la mixité des indications géographiques (AOP/IGP/VSIG) au sein de la filière qui était en jeu. Car, à ce jour, il n’est plus sûr que le passage en IGP serait vécu comme un déclassement par rapport à l’AOP, avec une régression de la valeur du foncier, mais plutôt comme une liberté offerte à l’élaboration de nouveaux vins, avec de nouveaux contenants plus innovants.

Faute de réforme, le vignoble ne dispose pas pour l’heure d’un véritable plan stratégique pour développer une filière de vins contemporains, de grande buvabilité, pour la consommation courante avec une bonne valeur ajoutée, dans de nouvelles formes de conditionnement, des vins qui répondent aux nouvelles attentes sociétales : santé, environnement, accessibilité, éthique.

Le plan Alsace 2030 est en route. Mais l’horizon 2030 semble loin face à l’urgence de la réforme. À court terme, la question du blocage de la mise en marché apparaît comme une solution inéluctable, au même titre que la distillation interprofessionnelle et les mesures de rendement. Un consensus serait en train de se dessiner.

 

Lire aussi : Retour à la tradition de la consommation courante, le BIB grand vainqueur du confinement, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Évolution des ventes de vins pendant le confinement

Retour à la tradition de la consommation courante, le BIB grand vainqueur du confinement

Vigne

Publié le 27/04/2020

Baisse des ventes en linéaires d’hypermarché, explosion des ventes en drive et en e-commerce, recul des ventes de bulles, mais explosion des ventes de vins de consommation plus courante, les IGP et les bag in box : le confinement nous réserve des évolutions, somme toute peu surprenantes, inquiétantes en certains aspects pour l’équilibre économique des filières viticoles, mais rassurantes également sur l’avenir du vin en tant que pilier identitaire de la consommation à la française. Forcément, comme dans le reste de l’alimentaire, les gros volumes ont tiré leur épingle en début de confinement. Par son aspect non périssable, le vin a une carte à jouer.

Depuis le début de l’année, le chiffre d’affaires des vins au plan hexagonal n’était clairement pas orienté à la hausse. Après un mois de janvier en baisse, les alsaces sont allés à contre-courant de cette tendance en février. Les ventes étaient reparties y compris pour les vins tranquilles avec un certain brio : + 9,6 % en métropole pour les vins tranquilles comparé à février 2019 et +1 % sur 12 mois, en volumes. Les crémants continuaient sur leur lancée.

Mais voilà, en semaine 13, soit du 23 au 29 mars, soit en 2e semaine de confinement, le chiffre d’affaires des vins tranquilles plus les effervescents en hyper, super et grandes surfaces a plongé de 9,4 %. En réalité, ce sont les hypermarchés qui ont décroché, les ventes en supermarché ont préservé leur CA sur le mois de mars. Sans surprise, l’e-commerce des grandes surfaces a vu son CA exploser de 73 %. De même les proxi et supérettes ont vu leur CA gagner plus de 15 %.

La deuxième semaine de confinement nous renseigne également sur les évolutions des différents types de vins. Le CA des effervescents recule de plus de 15 points. Clairement, l’ambiance n’était pas à la fête… Mais dans ce recul, les « bulles » de marques de distributeurs ont gagné 4 points de part de marché. Parmi les effervescents, on note le fort recul des champagnes avec -36 % de CA et de -26 % pour les effervescents d’AOP. Dans ce concert, le chiffre d’affaires des ventes de crémants de France en hyper et supermarché a accusé le plus fort recul : -41 % en première semaine de confinement et -55 % en deuxième semaine. On notera que la percée significative des proseccos au cours des deux premières semaines de mars, avant la crise donc, avec un CA à +36 %, a été stoppée nette au cours de la deuxième quinzaine de mars (-14 %).

Côté vins tranquilles, les ventes en BIB explosent en semaine 12 et 13 de +47 %, particulièrement les BIB de bio avec +75 %. Parmi les vins en BIB, les IGP tirent leur épingle avec +10 %.

Appellations, bio et marques distributeur : des conséquences diverses

Parmi les appellations, les alsaces sont les vins tranquilles dont le chiffre d’affaires est celui qui baisse le plus en hyper/supermarché et proxi sur les deux semaines de confinement avec -17 %. Mais ramené sur un an, le vignoble alsacien est la seule AOP dont le chiffre d’affaires avait progressé (avec les beaujolais et les ligériens). Confirmant ainsi les propos volontaristes du Civa. Provence, Languedoc, Roussillon, Bordeaux, Rhône étaient en baisse. La position du Beaujolais mérite d’être soulignée car même durant les deux semaines de confinement, le CA bondit de 5 %. En lien probablement avec l’offre en BIB de cette appellation.

L’autre tendance de fond pendant ces deux premières semaines de confinement sur ces réseaux de distribution hyper/super est la forte progression des vins sous MDD (marque de distributeur), sans doute liées aux inquiétudes générées sur le pouvoir d’achat. Mais pas que… Les vins bios aussi ont connu un bond spectaculaire de leur CA sur le mois de mars +8,8 %. Sur 12 mois, leur croissance était déjà exceptionnelle : +47 % pour les VSIG, +9 % pour les bordeaux, +8 % pour les rhodaniens. Mais ce sont principalement les vins bios conditionnés en BIB et les MDD bios qui progressent.

Vignerons indépendants d’Alsace

Redoubler de créativité commerciale

Vigne

Publié le 13/04/2020

Depuis le début du Covid-19, les ventes à la ferme (en mode drive) explosent. Hélas, les vignerons indépendants, adeptes de la vente au caveau, ne peuvent surfer sur cette tendance lourde de la consommation « car il est impossible de recevoir du public », rappelle Alain Renou du Synvira dans son « flash info Covid-19 » hebdomadaire. Même si le caveau de vente peut rester ouvert, souligne notamment la rubrique FAQ (foire aux questions) de chambres-agriculture.fr. Conséquence, de nombreux vignerons redoublent d’imagination pour préserver la consommation à domicile. Ils ont pris des initiatives, annoncé la poursuite de leur activité commerciale sur les réseaux sociaux, avec possibilité de commande par Internet, livraison à domicile ou retrait en drive improvisé, vente et livraison à domicile et organisation de tournées… Les cavistes, eux aussi, font preuve d’imagination. À Sélestat, un caviste s’est associé à un brasseur pour optimiser les livraisons.

S’associer avec un fermier pour du dépôt-vente de vin

Il est néanmoins possible de faire preuve d’une grande créativité commerciale en cette période si particulière du confinement. Dans sa rubrique Foire aux questions, l’APCA (Chambres d'agriculture France) rappelle qu’il est possible de « créer un point de livraison éphémère sur la voie publique ». Un vigneron pourrait donc accueillir un point de livraison éphémère. Nombre de caveaux de vignerons constituent d’ailleurs des points de retrait de paniers AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) car « les ventes en AMAP peuvent également se poursuivre ». Et réciproquement, des vignerons peuvent s’associer à des fermes pour du dépôt-vente de vin car il est possible de se regrouper pour de la vente directe. Mais les autorités semblent extrêmement sourcilleuses à toute éventualité de regroupement.

C’est l’époque des asperges et bientôt des fraises. Hélas, « les cueillettes ouvertes ou libres ne sont pas autorisées en raison de l’interdiction de rassemblement et des mesures de confinement », en revanche, « la vente directe de fruits récoltés par les exploitants et les salariés est, elle, autorisée, dans le magasin de vente à la ferme ». D’une manière générale, les points de vente à la ferme ou en collectif entrent dans la catégorie « Autres commerces de détail alimentaires et magasins spécialisés », et font donc partie des commerces qui peuvent rester ouverts.

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace

Aller à l’essentiel pour l’entreprise

Vigne

Publié le 08/04/2020

En cette période de confinement, les vignerons se plaignent de recevoir « des montagnes d'e-mails », qui mériteraient synthèse et éclaircissement, « pour gagner en efficacité et clarté ». Ce à quoi s’efforce l’équipe du Synvira dans sa note hebdomadaire « flash infos Covid-19 ». Ce flash infos permet de soulager les vignerons de ces lectures quotidiennes de trop nombreux e-mails, qui surchargent les boîtes, spoliatrices de temps au vu de la quantité de spams à trier ; d'autant plus qu'elles sont ressenties comme anxiogènes.

Une partie intitulée « mesures sanitaires au travail » renvoie aux fiches éditées par la MSA sur les gestes barrières, l’organisation du travail et l’organisation des espaces communs, vestiaires, sanitaires, salle de pause…

La deuxième partie du flash infos concerne les différentes aides. En premier, souligne Alain Renou, directeur du Synvira, il est important de négocier une trésorerie avec son banquier en ce moment, et évaluant deux à trois mois de sorties de fonds, sans rentrées. À ce titre, il est rappelé que l’État a garanti à hauteur de 300 milliards les lignes de trésorerie bancaires. « Il est donc possible de contracter un emprunt auprès de sa banque habituelle, garanti par l’État, pour soutenir sa trésorerie », explique la note du Synvira, qui donne tous les liens nécessaires.

En attendant, il faut également identifier toutes les sorties de fonds qui peuvent être reportées : délais de paiements, échéances sociales et fiscales, voire des remises d’impôts directs. Et pour les plus en difficulté, les reports des échéances d’eau, d’électricité, de gaz, les loyers… Le site economie.gouv.fr, qui reprend neuf mesures de soutien, dont celles précitées, dédie une rubrique à la médiation au service des TPME. Auxquelles il faut ajouter le chômage partiel, le rééchelonnement des crédits bancaires, ou encore « l’appui au traitement d’un conflit avec des clients ou fournisseurs par le Médiateur des entreprises ».

Sur les cotisations sociales, on rappellera que le paiement des cotisations, dont l’échéance était fixée entre le 12 mars et le 31 mars, est reporté sans pénalités, pour les exploitants et chefs d’entreprise.

Au niveau des rentrées de fonds, la note du Synvira rappelle qu’il est possible d’activer des remboursements de crédits d’impôts sur les sociétés restituables en 2020, de même s’agissant de crédits TVA remboursables. Et, en cas de difficultés, la remise d’impôts directs peut être consentie.

S’agissant des impôts indirects, les obligations déclaratives (DRM) restent inchangées, ainsi que les obligations de paiement de la fiscalité.

 

Sur les marchés alsaciens

Les petits marchés maintenus sur dérogation

Pratique

Publié le 04/04/2020

Samedi 28 mars, une dizaine d’étals est installée dans le centre-ville de Barr. Poissons, pains, fruits et légumes, fromages, charcuterie… les commerçants ont tous reçu des consignes sanitaires des services municipaux et, en premier lieu, le maintien d’une certaine distance entre l’étal et le client. Les trois entrées du marché sont contrôlées par les services municipaux et la police. Visiblement, les commerçants espèrent reprendre une activité plus soutenue.

Mardi 24 mars, le Premier ministre prend la décision de fermer les marchés locaux. Mais jeudi 26 mars, la négociation d’un protocole sanitaire entre les syndicats agricoles, la Fédération nationale des syndicats des commerçants des marchés de France et les ministères concernés (Économie, Agriculture, Santé) a pour objectif de rouvrir et « d’apporter sur ces marchés, ouverts ou fermés, une sécurisation maximale des personnes et de lutter contre la propagation du virus Covid-19 », indique un communiqué de la FNSEA. Validé par le Gouvernement, le protocole conciliant « sécurité sanitaire et approvisionnement de la population en produits frais », permet « aux préfets et aux maires d’accorder les autorisations d’ouverture des marchés alimentaires qui répondent à un besoin d’approvisionnement de la population, en leur donnant la capacité de vérifier si les conditions de leur organisation sont propres à garantir la santé des personnes », ajoute le communiqué. C’est donc le cas à Barr.

 

 

Mardi 31 mars, sur le plan national, la réouverture d’un quart des 10 000 marchés alimentaires de France est annoncée, sous dérogation et sous conditions sanitaires strictes, surtout dans des bourgs de taille petite à moyenne, afin de faciliter l’écoulement des denrées périssables. S’agissant des marchés des grandes villes du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la préfète Josiane Chevalier décide néanmoins de maintenir l’interdiction, étant donné la dégradation de la situation sanitaire.

 

 

La poursuite des marchés dans les petites bourgades continue de faire débat sur les réseaux sociaux avec d’un côté les médecins et pharmaciens opposés au maintien, estimant que c’est « un mauvais signal », et de l’autre, des internautes considérant que le danger n’est pas plus important sur un marché de plein air qu’en supermarché. Face à ce dilemme, les maires des bourgades ont pris leurs responsabilités. Certains ont maintenu des marchés au strict essentiel, en insistant sur le respect des gestes barrières.

Gelées

La viticulture sur les dents

Vigne

Publié le 03/04/2020

« Incursion hivernale amorcée ce dimanche par le nord. […] Froid renforcé par la bise de nord-est. […] Neige à très basse altitude voire en plaine entre Massif central et Sud-Ouest (saupoudrage). […] Gelées matinales sur un large tiers nord-est. » En ce début d’avril, le froid n’a pas dit son dernier mot. Un froid glacial qui s’est abattu sur la moitié Nord du pays, avec des températures ressenties comprises entre -5 et -8 °C. Les gelées se sont également invitées « jusqu’en plaine dans le Sud-Ouest et à Bordeaux », ont titré les sites de météo le week-end dernier.

Avec des températures pouvant atteindre les -2 et -3 °C localement et un vent de nord-est qui a renforcé la sensation de froid tout en limitant la baisse des températures près du sol, des dégâts de gel sont à déplorer dans le Sud-Est, la Drôme, dans le Gard, avec de 30 à 100 % de bourgeons gelés. « Le coup de grâce pour certains vignerons… Alors qu’avec la crise sanitaire, l’activité de vente est à l’arrêt », témoigne un vigneron du Gard pour notre confrère de la revue Viti. Avec -5,7 °C, les IGP du Var déplorent également d’importants dégâts là où la vigne avait une dizaine de jours d’avance : 100 % autour d’Arles, 40 % au pied de la montagne Sainte-Victoire.

Dans l’Ouest, « la vigne a dix jours d’avance, notamment sur Quincy et Reuilly », indique aussi François Dal, du Sicavac dans le quotidien Le Berry Républicain. Et ce, à cause des températures douces des mois de janvier et de février. À la date de mardi 30 mars, aucun dégât n’était cependant à déplorer plus à l’Ouest, en Muscadet et vignoble nantais, témoigne Ingrid Morice, spécialiste assurances au Crédit Mutuel Loire-Atlantique. Plus vers l’Est, à Montlouis, les vignerons étaient sur le pied de guerre avec un froid annoncé pour ce jeudi.

En Alsace, pour l’heure, ça passe tout juste grâce au stade de la vigne peu avancé. Néanmoins, pour les arboriculteurs, les arbres fruitiers à noyaux connaissent déjà d’importantes gelées comme pour les abricotiers. Sur le réseau Facebook « Combien de mm », Guillaume Barth, à Bennwihr, annonçait craindre pour ses cerisiers en fleur. La viticulture alsacienne était sur les dents à l’instar d’Antoine Barthelmé, à Wettolsheim, dans larvf.com, qui disait « craindre davantage le gel que le coronavirus ».

Station œnotechnique d’Alsace

La « prestation crémants » en plein essor

Vigne

Publié le 23/03/2020

Le club des fines bulles rassemble tous les vignerons qui font appel à la station œnotechnique d’Alsace pour l’élaboration de leurs crémants. Ils tenaient leur deuxième réunion le 4 mars au domaine Edmond Rentz à Zellenberg, l’occasion de fêter le succès de cette prestation de services œnologiques, dirigée par Nicolas François. Rappelons le concept : « Nous récupérons les vins tranquilles stabilisés à froid. On va chercher le vin, il est filtré sur tangentiel, puis tiré et stocké. » Après la prise de mousse, les bouteilles sont mises à remuer, avant l’ultime étape du dégorgement qui sacrera le vin en crémant d’Alsace. Le lot est alors restitué à son vigneron propriétaire qui n’a plus qu’à étiqueter les flacons. La prestation est réalisée au 23 rue Denis Papin à Colmar. Elle inclut également la traçabilité du vin et les obligations réglementaires déclaratives (Douanes, Ecocert, etc.). Nouveauté : le site s’est équipé d’un chantier de dégorgement doté du système de « jetting », un petit jet pulsé juste avant bouchage qui auto-inerte la bouteille durant cette phase sensible au choc oxydatif. Et depuis fin 2019, trois types de muselets sont disponibles : or, argent et estampillé « fines bulles ». Car le club des vignerons faisant appel à la prestation joue la carte de l’action groupée pour faire connaître ces crémants issus des raisins de chaque domaine et parfaitement maîtrisés dans l’élaboration selon la méthode traditionnelle.

Un grand millésime à vins de base

C’est Carole Lefebvre, œnologue de la « station », qui a rappelé les conditions du millésime. Selon ses propos, les vignerons doivent s’attendre à un « grand millésime à vins de base ». Explications : des raisins vendangés suffisamment tôt comme elle le souhaitait. On se souvient que Carole Lefebvre déplorait souvent des raisins vendangés trop tard, spécifiquement en Alsace, les vignerons se faisant surprendre par la rapidité de maturité, particulièrement ces dernières années. La quantité d’acide malique supérieure à 4 g/litre et de l’acide tartrique représentant plus des 2/3 de l’acidité totale, témoigne du potentiel de ce millésime. Un point à surveiller cependant, note l’œnologue, la teneur élevée en calcium qui peut ensuite causer des bouteilles gerbeuses. Carole Lefebvre et Dominique François ont souligné leur souci d’appliquer une règle de base de l’œnologie qualitative : que les traitements œnologiques soient appliqués le plus en amont possible du produit fini et donc le plus tôt possible et ce, afin d’exprimer le plus possible les qualités intrinsèques du raisin.

Les vignerons ont ensuite assisté à une série de conférences des œnologues de la station œnotechnique qui ont rappelé les grandes règles de base de la réussite de l’élaboration des crémants, comme, par exemple, le nombre de levures nécessaires pour une bonne prise de mousse, soit 4 millions à 6 millions de cellules par millilitres selon le pH, ou un dégazage maximum du vin de base avant tirage pour assurer la croissance des levures emprisonnées dans la bouteille.

Après cette séance studieuse, la station a proposé une dégustation de différents vins de base des différents crémants de France, une occasion unique de se situer qualitativement dans l’offre des crémants de France. Et finalement de se rassurer et de confirmer que le succès des crémants d’Alsace n’est pas anodin.

Peu avant, Patrick Rentz, lui-même adepte de la prestation, a souhaité la bienvenue au groupe. Ce domaine de 27 ha certifié HVE, huit salariés, propose trois crémants : rosé, auxerrois-pinot blanc et prestige. Une activité en forte expansion, que permet la prestation de la station œnotechnique.

 

A lire aussi : La prestation crémant monte en pression

COVID-19

Viticulture : survivre économiquement

Vigne

Publié le 20/03/2020

« Toute la chaîne de production doit pouvoir être assurée ». Pour Jérôme Despey, président du Comité vin de FranceAgriMer, « la production et la distribution dans le secteur des vins doivent continuer », a-t-il indiqué chez nos confrères de Vitisphère. Cela concerne les travaux viticoles : la taille, le liage, la protection du végétal et l’accès aux fournitures agricoles. Dans la région, sur les devantures des dépôts de fournitures viticoles, comme celui de VitiVina à Andlau, il est inscrit : « Commande sur rendez-vous, réservé à la clientèle professionnelle ». De même, les concessionnaires sont autorisés à rester ouverts et l’activité de conseil agricole est maintenue, notamment les Bulletins de santé des végétaux. Jérôme Despey poursuit : à noter que les caveaux de vente de vin peuvent rester ouverts seulement pour l’activité de ventes de bouteilles. Il ne peut plus y avoir de dégustation donc, ni d’activité œnotouristique.

Ce mardi matin, les points de vente des grands opérateurs alsaciens, comme Arthur Metz à Marlenheim et tous les caveaux du réseau Grand chai de France, tout comme la cave du Roi Dagobert – Alliance Alsace à Traenheim, ou Wolfberger à Colmar et Eguisheim, avaient fermé. Néanmoins, les commandes par internet et sur réservation peuvent se poursuivre. En amont, l’appareil de production était toujours en activité, pour assurer, par exemple, la vente à domicile et les livraisons à la grande distribution, « tant qu’il y a des transporteurs », précise Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz.

À plus long terme, c’est toute la chaîne d’approvisionnement en matières sèches qui risque de poser problème en attendant que la machine économique redémarre : bouchons, cartons, verrerie…

Avec toutes les fermetures d’établissements de restauration, cantines collectives, c’est du côté du circuit RHD (restauration hors domicile) que l’économie a été complètement stoppée. L’arrêté du 16 mars précise : les « restaurants et débits de boissons ne peuvent plus accueillir du public jusqu’au 15 avril 2020 sauf pour leurs activités de livraison et de vente à emporter. Le « room service » des restaurants et bars d’hôtels et la restauration collective sous contrat ne peuvent également plus accueillir de public.

Le conseil d’administration du Syndicat des cavistes professionnels (SCP), par la voix de sa directrice Nathalie Viet, a rappelé pour sa part que « les cavistes sont considérés comme des commerces alimentaires. » Dans l’arrêté publié le 16 mars au JORF, « les établissements relevant de la catégorie M peuvent toutefois continuer à recevoir du public… » La catégorie M comprend notamment le « commerce de détail de boissons en magasin spécialisé ». « Dans l’attente de textes officiels précisant les conditions d’application de cette mesure, nous appelons pour l’instant chaque caviste à juger en fonction de sa responsabilité citoyenne et à ouvrir son magasin selon le contexte qui est le sien », indique le communiqué du SCP. Et, en Alsace, vu la pression virale, la plupart des cavistes ont fermé. « Il n’y a pas d’âme qui vive en ville. Ça m’a conforté dans mon choix d’avoir fermé », précise Philippe Catt de La raison du raisin à Sélestat.

De même, l’ensemble des établissements de restaurants et débits de boissons ne sont autorisés à maintenir leurs activités que pour la vente à emporter et par livraison. Ce qui est valable pour les cavistes possédant cette licence de vente à emporter. Dans ce contexte inédit et mouvant, poursuit le communiqué des cavistes professionnels, « la vente de vins en France reste un produit d’alimentation quotidien et un soutien moral et culturel important en ces périodes troublées ». Nathalie Viet invite « les cavistes à faire preuve de responsabilité, de tenir compte des consignes de distanciation ».

Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF), a d’ores et déjà demandé « sans tarder un véritable électrochoc pour soutenir les entreprises […] du secteur, des mesures d’accompagnement et de soutien qui doivent aller plus loin que le dégrèvement d’impôts directs, une année blanche de cotisations salariales et d’intérêts bancaires, à un report des annuités d’emprunts et à un soutien aux trésoreries.

 

 

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