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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Coopérative Solibio

« Notre atout, c'est la fraîcheur »

Pratique

Publié le 15/02/2021

Créée en 2008 à l’initiative des producteurs bio « historiques » et de l’Opaba, avec le soutien de la Région Alsace, Solibio avait pour mission première d’approvisionner la RHD (restauration hors domicile) en produits bios, en particuliers les cantines des lycées. En 2014, la coopérative a élargi son activité à la distribution spécialisée (magasins bios). « Cela a été une source de croissance très importante ces dernières années, relève Mathieu Bon, directeur de Solibio. Depuis 2018, nous sentons une forte accélération de la demande en produits bios et locaux de la part de la distribution. Et cette accélération se ressent aussi actuellement sur la RHD : avec la loi Egalim, tous les établissements publics sont tenus d’atteindre 20 % de produits bios en valeur dans leur approvisionnement ».

Solibio fournit une grande variété de produits à la restauration hors domicile : les fruits et légumes - qui sont le cœur de métier de la coopérative - mais aussi le pain, les viandes, et des produits complémentaires tels que le riz, les pâtes ou les légumineuses. « Nous travaillons avec les maraîchers bios alsaciens, avec deux boulangers - un Bas-Rhinois et un Haut-Rhinois -, un boucher vosgien qui se fournit en viandes d’Alsace et de Lorraine. Les autres produits ne sont pas forcément d’origine locale », détaille Mathieu Bon. Pour les distributeurs spécialisés, l’activité de Solibio est davantage concentrée sur les fruits et légumes. « En Alsace, le bio est bien développé et il y a une vraie propension à consommer local », observe le responsable de Solibio. Suivant cette tendance, les distributeurs bios n’hésitent plus à s’approvisionner en Alsace, et s’appuient sur les produits frais pour développer leur clientèle et leur chiffre d’affaires. Une tendance qui profite aussi à Solibio : la coopérative dépasse les 2 millions d’euros de chiffre d’affaires depuis deux ans.

L’atout de la fraîcheur

« Notre atout, c’est la fraîcheur, souligne Mathieu Bon. Nous avons une logistique en flux tendu, avec très peu de stock. » Solibio attend les commandes de ses clients pour passer commande auprès des producteurs. Ainsi les marchandises ressortent-elles très rapidement des entrepôts, ce qui minimise les pertes. « C’est ce principe qui garantit à nos clients, et aux clients finaux, une marchandise extra-fraîche : les poireaux sont sortis du champ la veille, les salades sont coupées au dernier moment… » Solibio s’appuie sur la Sapam, grossiste en fruits et légumes sur l’est de la France, membre de la coopérative depuis quelques années, pour optimiser les flux de marchandises. « Les camions de la Sapam livrent nos clients partout en Alsace. Au retour de leurs tournées, ils passent chez certains de nos producteurs, ce qui permet de réduire le nombre de véhicules sur la route. » La Sapam ayant une activité importante sur l’ensemble du territoire alsacien, cette mutualisation fonctionne bien, estime le directeur de Solibio.

Boosté par une conjoncture favorable, Solibio a désormais des projets d’expansion. « Courant 2021, nous allons déménager à l’intérieur du marché gare car nous sommes trop à l’étroit dans nos locaux actuels, annonce Mathieu Bon. Nous allons multiplier par cinq l’espace de stockage, ce qui nous permettra de développer l’activité avec certains de nos clients et d’offrir une meilleure qualité de service. » Solibio entend conserver un fonctionnement en flux tendus pour les produits frais, mais sera en mesure de faire plus de stock sur les produits qui se conservent.

Des prix cohérents avec les coûts de production

Pour son approvisionnement, la coopérative ne rencontre pas de souci particulier, à l’exception de certains produits, comme les produits laitiers. « Cela fait six mois que je recherche activement un fournisseur. La difficulté, c’est de trouver quelqu’un qui produit des volumes suffisants. Nous avons moins de souci avec les légumes car nos producteurs historiques ont étendu leurs surfaces et nous pouvons aussi compter sur des structures plus petites qui se sont récemment converties. Nous avons ainsi pu fournir 50 tonnes supplémentaires assez facilement cette année à de nouveaux clients. »

Chez Solibio, les producteurs décident de leur prix, précise encore Mathieu Bon, qui prône « une rémunération équitable » en contrepartie de standards de production plus élevés. « Nous avons nos producteurs au téléphone au minimum deux fois par semaine pour connaître leurs produits et leurs prix. Ceux-ci sont cohérents avec leurs coûts de production », indique le directeur de la coopérative. Les coûts étant plus élevés que ceux d’autres régions de production, les prix de vente des produits bio d’Alsace sont à l’avenant. « Nous sommes parfois mis en concurrence avec des produits bios venant d’ailleurs. Alors il faut expliquer : qu’ici, la mâche est récoltée à la main, alors que dans la région nantaise, elle l’est à la machine. Heureusement, nous avons la chance d’avoir des clients qui privilégient les produits locaux. »

Epluchleg à Geudertheim

La pomme de terre, c’est leur rayon

Pratique

Publié le 08/02/2021

Longtemps spécialisée dans le négoce de pommes de terre, la famille Hamm s’est lancée dans la quatrième gamme en 1988. Le négoce était en perte de vitesse et l’idée de proposer des pommes de terre épluchées est apparue comme un bon moyen de rebondir. « Nous avons démarré la quatrième gamme grâce aux hôpitaux de Strasbourg, se remémore Martine Hamm. Ils nous ont promis de travailler avec nous, cela nous a donné le courage d’investir. »

L’entreprise, qui se trouve alors dans le village de Geudertheim, se développe. En 2012, elle en sort pour emménager dans la zone artisanale située entre Hoerdt et Geudertheim. « Nous avons un peu modifié la ligne de production, rajouté des éplucheurs, une machine à calibrer, puis un trieur optique qui permet d’écarter les pommes de terre qui ne sont pas bien épluchées. Suite à la demande de nos clients, nous avons investi dans des machines de découpe pour faire des lamelles pour le baeckeoffe, des pommes de terre râpées pour faire des galettes, des petits cubes pour les saucisses de pommes de terre », énumère Martine Hamm. La dernière innovation en date, ce sont les frites fraîches. Epluchleg en a démarré la production pour un grossiste et espère bien la développer avec les restaurateurs, dès que la situation sanitaire permettra la réouverture de leurs établissements.

 

 

Des contrats avec les producteurs

Epluchleg écoule ses produits auprès des traiteurs, des distributeurs de fruits et légumes (Sapam, Terre Azur, Schott), des collectivités et des restaurateurs. Pour garantir ses approvisionnements, l’entreprise contractualise avec des agriculteurs du secteur depuis une dizaine d’années. Elle leur achète toute leur récolte, même en cas de surproduction, à un prix garanti. « Il n’y a pas de surprise. On connaît le prix au départ », indique Martine Hamm. Les cinq producteurs de pommes de terre concernés plantent les variétés demandées par Epluchleg et les cultivent selon le cahier des charges propre à l’entreprise. Ils les récoltent et les stockent à la ferme. « C’est comme cela qu’on peut faire du 100 % local toute l’année. Il y a encore quelques années, on n’utilisait de la pomme de terre alsacienne que d’août à décembre car les producteurs n’avaient pas les capacités de stockage suffisantes. Aujourd’hui, tout le monde est équipé ».

À la demande de ses clients, l’entreprise a ajouté d’autres légumes à sa gamme : carottes, céleris, poireaux notamment. Comme pour les pommes de terre, elle travaille avec des producteurs des environs. Si les carottes et les céleris n’ont pas demandé d’investissement particulier - ils s’épluchent avec la même machine que les pommes de terre - la famille Hamm a acquis une chaîne spécifique pour le poireau : celui-ci est lavé, émincé et ensaché pour être directement utilisé par les clients.

 

L’Alsace dans vos assiettes ?

Publiée par Epluch LEG sur Lundi 24 septembre 2018

 

L’oignon à l’étude

Comme beaucoup d’entreprises dont le sort est lié à celui de la restauration, Epluchleg a enregistré une baisse significative de son chiffre d’affaires en 2020, du fait de la crise sanitaire. Georges et Martine Hamm, qui ont transmis les rênes de l’entreprise à leur gendre Franck et à leurs deux filles, Odette et Élodie, observent la conjoncture d’un œil prudent. Continuer à se diversifier semble essentiel : la frite fraîche d’Alsace, conditionnée crue en sachets de 5 kg avec une DLC (date limite de consommation) de 12 jours est une piste prometteuse, comme en témoigne le bon accueil qui lui a été réservé jusqu’ici. Epluchleg, qui fait par ailleurs de l’achat-revente d’oignons, réfléchit également à l’épluchage et l’éminçage des oignons. Cela nécessiterait d’investir dans une nouvelle machine, relève Martine Hamm, mais la demande est là.

Aller plus loin dans le circuit court, en livrant directement les restaurateurs n’est en revanche pas dans les projets d’Epluchleg. « Nous ne pouvons pas livrer des petites quantités, ce ne serait pas rentable car nous ne pourrions pas répercuter notre marge. C’est pourquoi nous travaillons avec les distributeurs, qui ont une logistique plus adaptée. Cela n’empêche pas certains traiteurs et restaurateurs de venir s’approvisionner directement chez nous, sans intermédiaire. »

 

 

 

 

Cave des hospices de Strasbourg

Une sélection en trois temps

Vigne

Publié le 07/02/2021

Habituellement, la sélection des vins admis à séjourner dans la cave des hospices de Strasbourg réunit une centaine de personnes, dont les membres de la société civile d’intérêt collectif agricole (Sica) et leurs invités. Cette année, pas question de rassembler 100 personnes sur un même site. En raison des contraintes liées à la crise sanitaire, la dégustation a été scindée en trois séances distinctes. La première a eu lieu le 20 janvier à la cave des hospices de Strasbourg, les suivantes à Dambach-la-Ville et à Vœgtlinshoffen, les 21 et 22 janvier. L’objectif de ces séances, a rappelé Xavier Muller, président de la Sica Chais des hospices de Strasbourg depuis quelques mois, était de choisir les vins les plus aptes à un élevage en tonneau. À charge pour les dégustateurs d’apprécier le potentiel d’évolution de ces « bébés vins » non filtrés susceptibles de passer six mois sur lies, bien à l’abri sous les voûtes de la cave historique. « Fin février, la cave doit être pleine », a signalé Xavier Muller, précisant que des dates de vendanges toujours plus précoces obligent à réaliser la mise en bouteilles en juillet. Deux séances sont d’ores et déjà programmées début et fin juillet pour mettre en bouteilles les 762 hl du millésime 2020, provenant de 19 maisons différentes.

Des tonneaux sont libres

Cette année, les volumes sont moins importants que l’an passé, en raison du départ à la retraite d’un vigneron et du retrait de deux maisons de vins, la maison Klipfel, à Barr, et la coopérative Wolfberger. Ces défections libèrent plusieurs tonneaux, soit un peu plus de 200 hl sur les 1 200 hl de capacité de la cave. D’où l’appel lancé par Xavier Muller aux participants présents : « Si vous connaissez des vignerons intéressés pour élever des vins dans ce magnifique endroit, n’hésitez pas à nous les adresser. » L’entrée de nouveaux adhérents se fait par cooptation. À ce jour, la cave des hospices de Strasbourg héberge des vins de toutes les familles professionnelles (vignerons indépendants, négoce, coopération). « C’est un lieu magique qui rassemble la totalité du vignoble, de Cleebourg jusqu’à Thann », se réjouit le président de la Sica, qui met en avant la richesse des échanges au sein de ce collectif, que ce soit lors des dégustations ou des événements liés à la promotion des vins.

Présent à la dégustation de sélection, Michaël Galy, directeur général des hôpitaux universitaires de Strasbourg, a fait part de son attachement à ce « lieu chargé d’histoire » qu’est la cave des hospices de Strasbourg. Celle-ci est très connue du monde hospitalier, comme celles des hôpitaux de Dijon et de Lyon. Précédemment en poste dans d’autres régions viticoles, Michaël Galy, qui a pris ses fonctions en septembre dernier, sera attentif à ce que « cette cave, qui rend service aux viticulteurs, continue à produire une part de rêve », a-t-il promis.

Stratégie

Un pied dans le bio, l’autre dans le conventionnel

Cultures

Publié le 29/01/2021

Originaire de Bischoffsheim, près d’Obernai, Arthur Rieffel reprend l’exploitation céréalière de son oncle et de sa tante, Jean-Jacques et Michelle Herrmann début 2013. L’EARL du Moulin est située à Beinheim, dans le nord-est du Bas-Rhin. Il s’installe seul après un BTS Acse (Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) passé en Normandie. Eux prennent leur retraite « tout en continuant à donner un coup de main pendant deux ans. » Le jeune agriculteur se retrouve à la tête d’une exploitation « purement céréalière » de 140 ha avec un parcellaire regroupé dans un rayon de 1,5 km autour du village. Un système maïs-blé partiellement irrigué qui a l’avantage d’être « très simple » à conduire, mais qu’il fait progressivement évoluer en y introduisant de nouvelles cultures : du colza et des betteraves (jusqu’en 2019 pour ces dernières). Parallèlement, il construit 400 mètres de cribs, en deux tranches de travaux en 2015 et 2017. De quoi stocker et sécher lui-même ses 1 000 t de maïs sans investir dans un séchoir, qui le rendrait tributaire des fluctuations du prix de l’énergie. « J’ai un collègue qui fait du cribs à Roppenheim. On a décidé de mutualiser les chantiers, le matériel, c’est ce qui m’a permis de me lancer. L’objectif était de réduire les frais de séchage, car c’est le premier poste de charges sur la ferme, et de maintenir la rentabilité du maïs. » Objectif rempli puisqu’il conduit, selon ses calculs, à un gain de marge brute de 200 €/ha. Dans le même temps, Arthur développe l’irrigation : il s’agit de sécuriser le rendement du maïs, qui occupe alors 75 % de ses surfaces et représente sa première source de chiffre d’affaires. Il dispose aujourd’hui de trois enrouleurs et d’un pivot qui lui permettent d’irriguer efficacement la quasi-totalité de ses surfaces en maïs.

Le jeune agriculteur ne se contente pas de revoir l’assolement et de mettre à niveau les moyens techniques : ses stages de lycée et de BTS l’ont conduit dans des exploitations pratiquant le non-labour. Intéressé par cette technique, il décide de l’appliquer chez lui, espérant au passage limiter son temps de travail. « J’ai arrêté de labourer toutes mes surfaces pendant quatre ans. Mais dans un système à dominante de monoculture de maïs irrigué, le non-labour pose des problèmes de structure du sol et surtout de salissement des parcelles », constate Arthur. Ne parvenant pas à maîtriser la prolifération des graminées, il choisit de « repartir sur des bases saines » en labourant à nouveau ses terres à l’automne 2020, bien décidé à retenter l’expérience en mettant, cette fois, toutes les chances de son côté. « La manière dont je m’y suis pris n’était pas la bonne », analyse-t-il. À l’avenir, il envisage d’intercaler des couverts entre deux maïs. La récolte du maïs cribs étant précoce, il a bon espoir d’arriver à les semer dans de bonnes conditions pour permettre une installation satisfaisante à l’automne. « Je vais faire un essai, voir quelles sont les conséquences sur la réserve en eau et sur l’implantation du maïs au printemps ».

Un scénario parmi les trois

Ayant déployé tous les moyens pour maintenir la rentabilité du maïs irrigué, Arthur se penche sur le sort des 43 ha restants, des terres séchantes et non irrigables. « Il fallait trouver le moyen de faire de la marge sur ces terres au potentiel très variable, limité par la réserve en eau. Quand on fait 60 q en blé ou 60-70 q en maïs, il ne reste rien », justifie le jeune céréalier, qui imagine convertir ces surfaces en bio pour mieux valoriser les cultures qui y sont implantées. Une possibilité qu’il étudie avec l’aide de la Chambre d’agriculture Alsace. Chiffres à l’appui, Benoît Gassmann, conseiller grandes cultures, compare ce scénario avec le maintien de l’ensemble des surfaces en agriculture conventionnelle et la conversion totale à l’agriculture biologique. « Parmi ces trois scénarios, j’ai choisi la solution mixte, c’est-à-dire le passage en bio des 43 ha à faible potentiel, car dans mon cas, avec un maïs à bonne valeur ajoutée, c’est la solution qui offre la meilleure marge », décrit Arthur. La baisse de rendement attendue sur le blé - il table sur 35 q à l’issue de la conversion contre une soixantaine de quintaux jusqu’ici - devrait être largement compensée par des prix en moyenne trois fois plus élevés qu’en conventionnel, de l’ordre de 400 à 450 € la tonne. Le temps de travail et l’éventuelle coïncidence des périodes de pointe, qui sont souvent vues comme des freins à la conversion, ont également été étudiés. « Il devrait y avoir plus de travail en été, au moment de l’irrigation du maïs et de la récolte des céréales, prévoit le jeune céréalier. Mais au printemps et à l’automne, cela ne devrait pas fondamentalement changer. » Sur les surfaces désormais dédiées au bio, Arthur a semé cet automne du blé, du triticale et du seigle, ainsi que du colza. Il implantera aussi du soja ce printemps.

Commerce

Cultiver du lien avant de faire du chiffre

Vigne

Publié le 18/01/2021

17 h 30, en ce deuxième jeudi du mois de décembre, la cour du domaine Schoenheitz est plongée dans l’obscurité mais à l’intérieur du caveau, les préparatifs vont bon train. Martine Leray et sa fille Charlotte, du restaurant la Nouvelle auberge à Wihr-au-Val, dressent les assiettes derrière le comptoir. Quentin Gachon, webmaster à l’office de tourisme de la vallée de Munster, installe sa caméra sur un pied et procède aux derniers réglages. L’objectif est dirigé vers la table en bois rectangulaire où sont disposés verres, couverts et serviettes décorées. Une couronne de l’Avent faite de brindilles et de pommes de pin est posée au centre de la table. « On enlève la couronne pour le micro ? », demande Adrien Schoenheitz. Pour cette deuxième dégustation organisée au domaine et retransmise en direct sur Facebook, le vigneron a sélectionné quatre vins. « Si on en met plus, on dépasse la demi-heure », avec le risque de voir l’audience du live s’effriter en cours de route. Faire du chiffre n’est pourtant pas l’objectif premier de cette dégustation filmée : « Il est plutôt de faire du lien, de se faire plaisir et de remplacer les événements qu’on aurait dû avoir s’il n’y avait pas eu le confinement », précisent Adrien Schoenheitz et Aude Olive, chargée de communication du domaine.

Tandis que Martine pose les mini-kougelhopfs sur la table, Clément, le compagnon de Charlotte, s’installe sur un banc à l’écart : il doit veiller au respect du temps, d’un geste de la main. Rendez-vous a été donné aux abonnés Facebook à 18 h. Charlotte, Adrien et Martine prennent place à table. « On a Jean Castex en face de nous ce soir », prévient Aude. Allusion au Premier ministre qui intervient au même moment à la télévision pour présenter l’évolution des mesures de confinement. « Restez orientés vers moi tout en discutant », rappelle Quentin. Chacun prend la parole à tour de rôle pour un test son et le tournage commence. « Bonsoir à tous nos abonnés Facebook. Nous sommes réunis avec Martine et Charlotte Leray, au domaine Schoenheitz, pour un apéritif étoilé autour des accords mets-vins, commence Aude. Avec des vins du domaine Schoenheitz et des mets gastronomiques de la Nouvelle auberge, pour une soirée 100 % Wihr-au-Val, dans la vallée de Munster. »

Dans le prolongement du premier confinement, le domaine Schoenheitz avait déjà réalisé une série de vidéos postées sur sa page Facebook. Adrien, debout face à la caméra, y présentait quelques-unes des productions du domaine, un verre à la main. Décrire ses vins en 1 à 1 min 30 tout en sachant qu’on peut recommencer la prise ou couper au montage est une chose. Tenir 30 minutes en échangeant à quatre sur des accords mets-vins en est une autre. Il faut interagir avec ses compagnons de table en toute convivialité, « sans se louper » ni monopoliser la parole. Les images étant diffusées en direct sur le réseau social, il n’y a pas de rattrapage possible.

Quelques arômes tertiaires et une jolie complexité

Adrien présente le crémant millésime 2013 du domaine qui a été dégorgé deux semaines plus tôt. Élaboré à partir de pinot auxerrois, il a passé 6,5 ans sur lattes. « C’est un crémant brut avec zéro sucre », précise le vigneron qui débouche la bouteille en apportant des précisions sur le millésime 2013. Il est servi avec un petit kougelhopf salé aux noix et au lard de la vallée. Le crémant apporte « quelques arômes tertiaires et une jolie complexité qui lui permet de tenir face aux noix et au lard », commente Charlotte. Elle apprécie « son côté frais qui réveille les papilles en début de repas ». Martine trouve qu’il irait aussi très bien avec une entrée froide de poisson. « Et pour ceux qui n’aiment pas les bulles ? », relance Aude. Martine suggère un pinot blanc qui apporterait un peu plus de rondeur ; Charlotte, un pinot gris issu du lieu-dit Linsenberg, dont le côté fumé pourrait s’accorder avec le lard du kougelhopf.

Passées les premières minutes de direct, tout le monde a oublié la caméra. À commencer par Adrien, qui ne s’est pas spécialement préparé pour cette dégustation : « Au domaine, je m’occupe des clients professionnels, des restaurateurs et des clients export. Il m’arrive d’accueillir des clients au caveau, j’ai l’habitude d’expliquer la partie technique. » Charlotte, qui a intégré la Nouvelle auberge en tant que sommelière au printemps dernier, a passé une matinée au domaine pour préparer la dégustation et discuter des accords mets-vins avec le vigneron. Martine a consciencieusement fait des fiches, qu’elles ont relues quelques heures auparavant. Elle apprécie les vins de la famille Schoenheitz, qui figurent sur la carte du restaurant depuis 25 ans, et n’a aucun mal à rebondir quand Aude lui demande une alternative au vin proposé ou une astuce de cuisine.

Tandis que Quentin alterne plans larges et plans serrés pour dynamiser la présentation, les accords mets-vins s’enchaînent : la cuvée Audace 2017, un riesling provenant du Linsenberg, apporte sa vivacité au saumon fumé maison de la Nouvelle auberge, chantilly d’huîtres et pain au sarrasin. Un pinot noir Val Saint Grégoire 2018 se marie avec une mousse de betteraves tandis qu’un riesling 2013 élaboré à partir de raisins passerillés trouve à s’accorder avec le foie gras. Du rouge, du blanc, des bulles, résume Aude, qui clôt la dégustation en invitant à découvrir la « très belle vallée de Munster » et le village de Wihr-au-Val.

 

 

Stratégie

« Je veux consacrer plus de temps à mes clients »

Vigne

Publié le 13/01/2021

Au plus fort de son activité, Xavier Muller cultive 26 ha de vignes, dont il vend les raisins à une maison de négoce. « Quelque chose me manquait. Je sentais que je n’allais pas au bout de mon métier », explique le vigneron de Marlenheim. En 2002, il acquiert un ancien moulin sur l’île de la Thomanns Muehle, au bord de la Mossig. Tout en continuant à vendre une partie de sa production sous forme de vrac ou de raisins, il élabore et commercialise ses propres vins. En 2014, son fils aîné, Franck, s’installe à son compte : il lui cède 7 ha. En 2019, nouveau virage : Xavier se défait de 8 ha en location pour se recentrer sur les 11 ha restants. « C’était la dernière limite pour trouver des repreneurs. Aujourd’hui, il est difficile de louer quand on ne sait pas quoi faire du raisin. Ce que le vignoble vit aujourd’hui, on le sentait venir », indique le vigneron. En tant que vendeur de raisins, il connaît bien la stratégie des grands metteurs en marché, qui n’achètent que ce qu’ils peuvent vendre. S’il a réduit sa surface de 8 ha, ce n’est pas parce qu’il souhaite vivre mieux, assure-t-il, mais « pour mieux m’occuper de ce que j’ai et développer la vente en bouteilles. Je veux consacrer plus de temps à mes clients, sans avoir éternellement le nez dans le guidon », dit Xavier, aujourd’hui âgé de 56 ans. Il dirige le domaine avec l’aide de son fils cadet, Pierre, en charge de la partie commerciale, de son épouse, de sa nièce et d’un apprenti.

S’il ne vend pour l’instant qu’aux particuliers, Xavier Muller ne veut se fermer aucune porte : d’où le choix de conduire ses 11 ha selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), très prisé de la grande distribution. Pour autant, il n’opte pas pour le bio, préférant tester différentes techniques sur son domaine plutôt que d’adopter un modèle tête baissée. À la recherche d’une vigne « équilibrée », il utilise très peu d’engrais et depuis quatre ans, il sème du seigle un rang sur deux sur l’ensemble de ses surfaces pour conserver l’humidité du sol. « Nos vignes en coteaux sont très vite en manque d’eau », argumente-t-il. Il estime qu’une vigne qui n’a pas été stressée, ni conduite pour produire le maximum donne un raisin sain, apte à la vinification. Xavier s’efforce de travailler le sol « quand c’est utile » et n’utilise plus de désherbant qu’à faible dose. Il suit de près les essais de son fils aîné, qui a acheté l’an dernier une charrue pour travailler sous le rang. Suite à une formation à la méthode Simonit & Sirch, Franck l’a également sensibilisé aux avantages d’une taille vers l’extérieur du pied, telle qu’il l’avait vue pratiquer sur les arbres fruitiers. En évitant les plaies de taille et les entassements de végétation, Xavier peut se passer d’anti-botrytis depuis quelques années. En plus du soufre et du cuivre, il ne s’interdit pas d’autres produits en fonction de la situation sanitaire.

300 camping-cars à l’année

Les raisins récoltés manuellement sont légèrement macérés et pressurés entiers par cycles de 4 à 8 heures, en fonction de leur état sanitaire. En cave, le vigneron limite le recours aux intrants. Il vinifie toutes ses cuvées à l’identique, sous le contrôle de l’œnologue Paul Borja, qui le conseille depuis qu’il s’est lancé dans la bouteille. Il utilise des levures sélectionnées pour assurer un départ en fermentation sous 48 h. Compte tenu du volume vinifié, de 200 à 250 hl en moyenne, il n’a pas la possibilité de faire des cuvées différentes d’un même cépage, ce qui n’incite pas à prendre des risques. « Si je loupe ma cuvée de riesling ou de gewurztraminer, tout est loupé », dit-il. Pour la même raison, il sulfite ses moûts. Il élève ensuite ses vins sur lies fines.

Pour écouler ses 30 000 bouteilles, Xavier mise notamment sur la vente au caveau. D’avril à octobre, hormis en 2020 à cause du Covid, il reçoit 300 camping-cars sur son domaine. Il accueille aussi des bus, propose des dégustations, des visites du vignoble au printemps et en été, et reçoit des « vendangeurs d’un jour » au moment de la récolte. « C’est le touriste qui nous fait vivre », dit-il. Cette politique d’accueil et de fidélisation de la clientèle lui a permis de sauver la fin de l’année 2020, avec des ventes sur novembre-décembre comparables à celles de l’année précédente. Les vins du domaine sont également vendus via la Ruche qui dit oui de Marlenheim - le domaine accueille les distributions chaque mercredi -, à la cave des Hospices de Strasbourg, où le vigneron élève deux cuvées, et au magasin de producteurs la Nouvelle Douane à Strasbourg, où Xavier assure une permanence par roulement avec quatre autres viticulteurs. La situation du domaine, au cœur de 8 ha de prairies mais pas très éloigné de la ville, laisse entrevoir d’autres possibilités, comme l’aménagement de gîtes, de chambres d’hôtes ou d’une salle de réception à l’étage. Des projets qu’il appartiendra à son fils Pierre, de développer, seul ou avec un investisseur.

 

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Publiée par Domaine Xavier Muller - Marlenheim sur Mercredi 26 août 2020

 

Un partenariat signé pour six ans

Agglomération de Haguenau : pour une agriculture durable et performante

Vie professionnelle

Publié le 11/01/2021

Signée le 10 décembre dernier à l’EARL du Vieux Pré à Schirrhein, la convention de partenariat liant la communauté d’agglomération de Haguenau et la Chambre d’agriculture d’Alsace court jusqu’en 2026. Elle consacre l’intérêt déjà ancien porté à l’agriculture par les 36 communes qui composent la collectivité du nord de l’Alsace : en témoignent la concertation avec la profession agricole lors des opérations d’aménagement, l’engagement en faveur de la préservation des espaces agricoles ou le soutien à l’abattoir intercommunal de Haguenau. Dans son projet de territoire 2030 adopté en février 2018, la CAH avait prévu de fédérer les acteurs du territoire œuvrant au service des entreprises et de l’emploi, en particulier ceux du domaine agricole, via une démarche de partenariat.

La convention signée le 10 décembre avec la CAA vise à conforter la place des entreprises et filières agricoles dans le tissu économique local et d’en renforcer la compétitivité afin « de garantir aux agriculteurs une juste rémunération ». Elle a également pour objectifs d’assurer une offre de produits locaux de qualité accessible à l’ensemble de la population de l’agglomération et de promouvoir une agriculture répondant à de multiples enjeux : celui d’un développement « durable et équilibré » du territoire, la préservation de la qualité des paysages, de la nappe phréatique et de la biodiversité. Enfin, elle vise à garantir « une cohabitation harmonieuse entre les agriculteurs et les autres acteurs du territoire ». Les actions développées dans le cadre de la convention viendront en complémentarité des dispositifs existants, en particuliers ceux soutenus par l’Europe, l’État, la Région Grand Est et le département (le texte a été signé avant la création officielle de la Collectivité européenne d’Alsace).

Plusieurs axes de collaboration ont été définis : le premier porte sur la connaissance du territoire et de ses acteurs. Il s’agit de connaître plus finement les 322 exploitations du territoire, leur typologie, leur mode de production, et les filières dans lesquelles elles s’inscrivent, mais aussi de les localiser précisément grâce à une cartographie. La collaboration entre la CAH et la CAA permettra d’identifier leurs forces et leurs faiblesses, ainsi que les enjeux fonciers et environnementaux liés à leur activité. Des visites trimestrielles d’entreprises agricoles sont prévues associant les représentants des deux partenaires.

Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs

Le deuxième axe consiste à soutenir et développer l’économie agricole. À la fois en préservant le foncier agricole (près de 14 000 ha à ce jour), en intégrant les contraintes propres à cette activité dans l’aménagement de la voirie et en facilitant l’accès à la ressource en eau pour les cultures spéciales. La convention prévoit également de promouvoir les démarches d’innovation, de soutenir les opportunités liées à la transition énergétique et d’encourager la mutualisation des moyens en matière de production-transformation-commercialisation. L’appui à la constitution de filières et la mobilisation de la commande publique au profit des productions locales font partie des moyens envisagés. Le soutien à l’installation des jeunes agriculteurs figure en bonne place dans ce chapitre. La CAH et ses membres prévoient ainsi d’orienter les terres encore libres dont elles sont propriétaires vers des jeunes en phase d’installation.

Le développement d’une agriculture durable et en phase avec les attentes de la société constitue le troisième axe de cette convention. Les deux signataires se fixent pour objectif d’encourager les pratiques respectueuses de l’environnement (respect de la biodiversité, préservation de l’eau, lutte contre les coulées de boue, respect du bien-être animal). Les leviers utilisables sont nombreux : promotion des mesures agro-environnementales, soutien à la conversion à l’agriculture biologique et au développement des aires de lavage et de remplissage collectives. Pour encourager le développement des circuits courts, la CAH et la CAA étudieront notamment la faisabilité d’un dispositif d’accompagnement à la mise en place de points de vente collectifs et assureront la visibilité des productions locales sur les marchés.

La convention liant les deux partenaires prévoit - c’est là son dernier axe - de mettre en valeur l’excellence agricole sur le territoire de l’agglomération de Haguenau. Cela passera notamment par l’organisation d’événements rapprochant les agriculteurs et les habitants, en particulier les scolaires, par la mise en place de parcours découverte et par une signalétique permettant de rendre visible l’engagement des agriculteurs dans la préservation de l’environnement.

Nouveau commerce

Les épices qui font les rencontres

Pratique

Publié le 10/01/2021

C’est l’histoire d’une rencontre : celle d’Éric Colin, dirigeant du groupe Colin basé à Mittelhausen, dans le Bas-Rhin, fils et petit-fils de paysans, lui-même producteur de moutarde d’Alsace, et de Jean-François Hayer, gérant de commerces alimentaires depuis plus de trente ans et passionné de cuisine. Ils ont fait connaissance au printemps 2020, lorsque Jean-François Hayer, qui visitait le nouveau site de production du groupe Colin, est tombé en arrêt devant la collection d’épices de l’entreprise : 1 000 épices exposées sur un mur de 15 mètres de long. Le résultat de 25 années de « promenades » à travers le monde, à la rencontre des producteurs d’épices de tous les continents. Et l’une des facettes de l’entreprise de Mittelhausen, spécialisée dans les « ingrédients culinaires » à destination des industries agroalimentaires et des professionnels de la restauration.

Pourquoi ne pas mettre ces épices à la portée du grand public ? L’idée, formulée par Jean-François Hayer, a été reprise au vol par Éric Colin. Quelques mois ont suffi aux deux hommes pour trouver un emplacement, dans une rue piétonne au cœur de Strasbourg, et donner corps à ce projet. La boutique Georges Colin, qui tient son nom du père d’Éric Colin, un jeune homme de 78 ans, a ouvert ses portes début décembre. Ce ne sont pas les 1 000 épices de la collection initiale qui sont proposées à la vente, mais une sélection de 200 épices, mélanges d’épices, graines, piments, plantes aromatiques que les deux hommes ont choisies en fonction de leurs goûts respectifs. « On aurait pu mettre 50 poivres mais nous n’avons pas voulu être trop élitistes, indique Éric Colin. De toute façon, c’est une gamme qui est appelée à évoluer dans le temps. »

Safran d’Alsace et poivre de Kampot

Poivre rouge de Kampot, poivre long du Népal, piment cheveu d’ange, graines de fenugrec, cumin noir, baies de sumac, sésame blanc, aneth, coriandre, thym d’Alep… Rangées dans des boîtes cylindriques selon un code couleur propre à chaque famille de produits, les 200 références sont vendues en vrac dans des sachets en papier kraft refermables ou dans des boîtes métal réutilisables. Des mélanges d’épices et des sels épicés originaux complètent l’assortiment, ainsi que des coffrets cadeaux (épices à dessert, poivres d’exception, Noël en Alsace).

30 % des produits proposés dans la boutique Georges Colin sont issus de la culture biologique et 5 à 6 % sont de provenance locale. Les deux entrepreneurs privilégient l’origine locale ou française quand elle est possible : c’est le cas pour le safran d’Alsace, l’amarante noire du Loiret, l’ail du Sud-Ouest ou le piment d’Espelette. Pour le reste, ils s’approvisionnent auprès de filières locales un peu partout dans le monde, la recherche du savoir-faire et de l’excellence leur servant de boussole. L’expérience acquise par Colin dans ce domaine depuis 25 ans est précieuse : l’entreprise a en effet contribué au développement de certaines filières, comme celle du poivre de Kampot, qui fait vivre à ce jour 25 agriculteurs cambodgiens.

À l’intérieur de la boutique, un atelier de mouture à façon permettra de répondre à des demandes particulières. Éric Colin et Jean-François Hayer souhaitent aussi développer le conseil. Ils envisagent de proposer des formations sur place, en lien avec des chefs. Ils ont également lancé, en parallèle, un site internet où l’on peut commander toute la gamme vendue à la boutique de Strasbourg.

 

Retour en septembre dernier lorsque j'ai assisté à la récolte du Safran chez un producteur en Alsace. ?? Attention, elle...

Publiée par Georges Colin sur Dimanche 27 décembre 2020

 

Cuma des irrigants de Batzendorf et environs

La pose des conduites est en cours

Cultures

Publié le 28/12/2020

Chaque mardi matin, depuis le 15 septembre, qu’il pleuve ou qu’il vente, une réunion de chantier se tient à la mairie de Batzendorf, village proche de Haguenau. Elle se prolonge généralement sur le terrain, à la gravière communale, point de départ du futur réseau d’irrigation qui ravitaillera en eau 21 exploitations à compter de la saison prochaine. Pascal Fuchs, président de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, et Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), font le point sur l’avancement des travaux avec le maître d’œuvre, Franck Falcou, du bureau d’études lyonnais CA Eau, spécialisé dans l’irrigation. Il s’agit de passer en revue les aspects techniques et financiers au fur et à mesure de la progression du chantier.

Le projet a mis du temps à se concrétiser. « On travaille dessus depuis 2017 », souligne Patrice Denis qui met en avant sa complexité réglementaire et la lourdeur inhérente à un projet collectif de cette dimension. Il consiste à pomper l’eau dans une gravière alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau, grâce à une station de pompage flottante. Celle-ci enverra l’eau dans une station de reprise alimentant les 19 kilomètres de réseau. La pose des canalisations est en cours : « L’entreprise Pontiggia pose le réseau principal. Il devrait être achevé avant Noël », précise Pascal Fuchs, présent pratiquement tous les jours sur le terrain. Pour les canalisations secondaires, ce sont les exploitants qui se chargent eux-mêmes de l’opération. La date limite est fixée au mois d’avril, de manière à pouvoir installer la station de pompage et commencer à irriguer les cultures qui en ont besoin fin avril-début mai.

Pas plus de 200 000 m3/an

Les 21 exploitants impliqués ont acheté un « droit d’eau » correspondant à leurs besoins. Le prélèvement total ne dépassera pas 200 000 m3/an, pour une ressource estimée à plus de 350 000 m3/an. « Le réseau comporte 17 bornes. Sur chaque sortie, on limitera la pression et le débit », précise Patrice Denis. Le principe étant qu’une seule machine fonctionne au même moment sur chaque borne, les agriculteurs devront s’arranger entre eux pour irriguer à tour de rôle. « Il n’y a pas eu de concertation au niveau de l’assolement mais, à l’avenir, en fonction du climat, l’assolement rentrera en ligne de compte », prévoit le conseiller irrigation.

Qu’ils produisent des asperges, du houblon, des petits fruits ou du maïs fourrage, les 21 membres de la Cuma ont tous besoin d’eau. « Nous sommes dans une zone d’agriculture diversifiée, avec des terres sableuses, très légères, qui ne retiennent pas l’eau », expose Pascal Fuchs. Arnaud Ohlmann, agriculteur à Ohlungen, cultive des pommes de terre, des pissenlits et s’est lancé cette année dans la patate douce, qu’il livre aux GMS. « J’ai commencé par 4 ha et je compte augmenter la surface l’an prochain car la demande est là », témoigne-t-il. Mais les patates douces, qui remplacent désormais le tabac dans son exploitation, « ont absolument besoin d’être irriguées. » Or, le Jägerbuchel, petit cours d’eau qui traverse Ohlungen, fournit de moins en moins d’eau.

Partant de ce constat, l’agriculteur a fait cette année un échange de parcelles avec un collègue pour pouvoir implanter la moitié de sa surface de patates douces à Obermodern, au bord de la Moder. Désormais, il attend avec beaucoup d’impatience la mise en service du réseau d’irrigation à partir de la gravière de Batzendorf.

Un revenu pour l’avenir

Florent Schneider, maraîcher à Wintershouse (1 ha d’asperges, 1 ha de cultures maraîchères diverses, 40 ares de framboises), n’est pas moins impatient. Ces dernières années, la sécheresse estivale a provoqué le dépérissement de ses cultures et une baisse de rendement difficile à supporter pour une petite exploitation comme la sienne, dont la production est vendue en direct à la ferme et sur les marchés. Jusqu’alors, il trouvait la parade en implantant les cultures maraîchères dans les « bonnes terres », situées de l’autre côté du village : celles-ci ayant une meilleure capacité de rétention d’eau, elles étaient moins affectées par la sécheresse. Mais la parade a ses limites : sur ces terres-là, à l’automne, la récolte s’avère souvent compliquée.

« Avec ce projet, on va pouvoir assurer un rendement », se réjouissent les deux agriculteurs. Arnaud Ohlmann, qui dispose de 35 ha de SAU, pense qu’il pourra également améliorer ses rotations en exploitant davantage les terres sablonneuses. À un peu plus long terme, les deux membres de la Cuma y voient un gage de pérennité pour les exploitations du secteur. « J’ai un fils de 15 ans qui étudie à Obernai. S’il veut reprendre, cela passe par un projet comme celui-là qui lui assure une récolte et un revenu », souligne Arnaud Ohlmann. Pascal Fuchs approuve : dans les 21 exploitations membres de la Cuma des irrigants de Batzendorf et environs, cinq installations sont susceptibles de se concrétiser grâce à la sécurité qu’offre l’irrigation.

Sangliers

Moins de dégâts qu’en 2019, mais tout de même

Pratique

Publié le 22/12/2020

Installé à Lingolsheim, en limite des bans de Geispolsheim et de Holtzheim, Laurent Fischer se trouve « dans un secteur très touché » par les dégâts de sangliers. « À Illkirch, c’est encore pire. Depuis que la réserve naturelle a été créée*, le tir est interdit. Et ce sera pareil dans la réserve de La Robertsau-La Wantzenau, qui vient d’être actée », prédit-il. Responsable du groupe chasse à la FDSEA du Bas-Rhin depuis 2012, il a vu la situation se détériorer d’année en année. « Il y a sept, huit ans, les dégâts concernaient essentiellement le maïs, dans le Ried nord et sud, et en Alsace Bossue. On comptabilisait entre 600 et 700 ha de dégâts par an. Quand on atteignait 1 000 ha, c’était un pic. Mais, depuis trois ans, c’est presque devenu la norme. Cette année, on est à 1 200 ha de dégâts », décrit-il, précisant que la situation est encore pire dans le Haut-Rhin et en Moselle (lire l'encadré).

En 2019, dans le Bas-Rhin, plus de la moitié des surfaces ravagées par les sangliers se concentraient sur les prairies. « Cette année, c’est plutôt le maïs qui est touché - les sangliers ont profité du confinement des chasseurs au moment des semis - et les dégâts sur blé augmentent, ce qui nous inquiète. » Les dégâts sur prairies restent à un niveau préoccupant, en particulier sur le massif vosgien, où le relief et la proximité de la forêt rendent les parcelles difficiles à protéger. « En plaine, on peut mettre des clôtures mais, en montagne, c’est beaucoup plus fastidieux et souvent inefficace », indique Laurent Fischer. Dans le Haut-Rhin, où plus de 1 600 ha ont été endommagés par les sangliers cette année, Alexandre Bosserelle, directeur du Fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers (Fids) mentionne une explosion des dégâts sur maïs en plaine et un recul sur prairies.

Travailler davantage avec les forestiers

Comment lutter contre ce fléau ? « Il faut qu’on travaille davantage avec les acteurs de la forêt, estime Laurent Fischer. On partage les mêmes problématiques de dégâts de gibier. Les sangliers se déplacent de la forêt aux champs. Il faut qu’on se mette d’accord sur les moyens à mettre en place, sur une stratégie cohérente qui préserve les cultures et la forêt. »

Face à la surpopulation de sangliers, il faut aussi pouvoir s’appuyer sur les chasseurs. « Il faudrait s’inspirer de ce qui se fait dans le Ried nord et sud, où les chasseurs sont très bien organisés », estime le responsable syndical, qui plaide pour des actions communes aux locataires de plusieurs lots de chasse qui permettraient une régulation à plus grande échelle. Autre proposition de Laurent Fischer : que les chasseurs, qui sont confrontés à un problème de renouvellement des générations, intègrent des jeunes chasseurs dans leurs rangs. « Tout le monde serait gagnant : le jeune, qui tire des sangliers et réduit les dégâts dans les cultures, et le chasseur qui allège sa facture. »

Opération « SOS dégâts »

Une idée que le Fids du Bas-Rhin cherche à promouvoir via la mise en relation de chasseurs volontaires et de locataires de chasse qui peinent à remplir leurs obligations de régulation. L’opération, baptisée « SOS dégâts », a démarré par un premier appel auprès des locataires de chasse, indique Pierre Criqui, président du Fids du Bas-Rhin. L’objectif est de parvenir à mobiliser suffisamment de chasseurs prêts à sortir la nuit pendant la période sensible des semis de maïs, au printemps.

Rappelons que 12 % du montant des locations de chasse sont versés au Fids pour indemniser les dégâts de sangliers. Si les dégâts explosent dans un secteur donné, celui-ci demande une rallonge aux locataires de chasse concernés, ce qui peut se traduire par des surcoûts de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Cela ne résout pourtant pas le problème des « chasses business » qui font du tort à l’agriculture en laissant pulluler le gibier. « Les communes doivent être beaucoup plus vigilantes dans l’attribution des lots de chasse, affirme Laurent Fischer. Aux prochaines adjudications, les tarifs ne seront plus du tout les mêmes : il y a de moins en moins de chasseurs et il est de plus en plus compliqué de chasser. Il y a des chances pour que les chasses où il y a beaucoup de dégâts ne trouvent pas preneur. Si les communes n’intègrent pas cela, ça va faire mal. »

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