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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Débat sur la nouvelle Pac

Convergence des aides : « On a déjà donné ! »

Vie professionnelle

Publié le 08/12/2020

Paul Fritsch, représentant la Coordination rurale, s’interroge sur le caractère « commun » de cette nouvelle Pac et appelle à une convergence des normes sanitaires et environnementales dans l’Union européenne. En revanche, il n’est pas question de convergence sur les aides pour Pascal Wittmann : « On a déjà donné et bien donné, lors des précédentes réformes », lance le président de la FDSEA du Haut-Rhin. « Plus on mettra de temps pour converger, mieux ce sera », estime son homologue bas-rhinois Franck Sander, rappelant qu’historiquement, les aides à l’hectare sont plus élevées en Alsace, en raison de l’importance de la diversification.

Pascal Wittmann se déclare également « farouchement opposé à la rotation à la parcelle » qui pénaliserait les éleveurs alsaciens et réduirait la part du maïs dans l’assolement à moins de 50 %. Ce choix constituerait une remise en cause de l’équilibre économique des petites structures, affirme le président de la FDSEA du Haut-Rhin. Tout se joue dans les mesures d’équivalence proposées. Thomas Obrecht rappelle qu’à la dernière réforme de la Pac, la certification maïs avait permis aux exploitations spécialisées de bénéficier de l’intégralité des aides Pac au titre du verdissement. Les mesures d’équivalence actuellement envisagées ne sont pas adaptées au contexte alsacien, estime l’élu haut-rhinois qui plaide pour « des propositions fortes et réalistes », comme l’intégration d’un pourcentage de cultures mellifères, le mulching renforcé ou la prise en compte du sous-semis dans le maïs de plantes captant l’azote.

Pour des éco-régimes accessibles à tous

La réforme de la Pac, dont l’un des enjeux est de préserver la souveraineté alimentaire de l’UE, doit allier enjeux climatiques et soutien à la compétitivité des exploitations, estime pour sa part Fabien Metz. Il plaide pour un premier pilier fort et un deuxième pilier permettant d’investir dans l’innovation. Les éco-régimes devraient y contribuer. Fabien Metz est favorable à un accompagnement dans la mise en œuvre d’actions qui répondent aux attentes de la société, mais il réclame en parallèle « une équité par rapport aux produits importés ». « Il est important qu’on puisse intégrer les spécificités de l’agriculture alsacienne dans la Pac 2023 et celles du maïs dans le plan stratégique national », juge encore l’élu bas-rhinois.

Franck Sander craint que la future Pac, à travers le deuxième pilier, n’ouvre la voie à des distorsions de concurrence entre régions et qu’elle ne favorise un modèle agricole plutôt qu’un autre. Il insiste pour que les éco-régimes soient accessibles à tous. « La Pac et les aides représentent la part la plus importante du revenu de l’agriculteur. Chaque fois qu’on y touche, on touche au revenu de l’agriculteur », rappelle-t-il. Il réclame « une vraie politique d’investissement » et regrette que la gestion des risques climatiques n’ait pas été suffisamment intégrée dans le projet. En matière sanitaire comme en matière climatique, il est essentiel « de lisser le risque sur nos exploitations », juge Franck Sander.

À propos de la Pac, Patrick Bastian, élu régional à la tête de la commission agriculture et forêt, réclame ardemment une simplification. « Il faut clarifier les choses sur le deuxième pilier. » Il estime qu’il faut se pencher dès maintenant sur l’après-transition et commencer à travailler sur la déclinaison régionale du Plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations (PCAE) pour mettre en avant les spécificités alsaciennes. Dans la nouvelle Pac, tout le Grand Est sera classé région prioritaire pour l’accès au Feder (Fonds européen de développement régional) et au FSE (Fonds social européen). L’Alsace aura donc accès à ces fonds, à l’égal de la Champagne et de la Lorraine déjà classées prioritaires précédemment, selon Patrick Bastian.

 

 

 

?‍???‍? [SESSION] La session de la Chambre d'agriculture Alsace, se tient cet après midi en présentiel (avec les gestes...

Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Vendredi 27 novembre 2020

 

 

Ce 6 décembre sur Arte

Vol au-dessus d’un nid de cigognes

Pratique

Publié le 06/12/2020

Tourné ce printemps, le dernier film documentaire du réalisateur Jean-Luc Nachbauer est consacré à la réintroduction des cigognes blanches en Alsace. Au début des années 1970, il restait si peu de couples de reproducteurs dans la région que l’oiseau emblème de l’Alsace a bien failli disparaître. Un programme de réintroduction a été lancé, avec l’installation de 200 cigognes provenant de différents pays du Maghreb dans une vingtaine d’enclos répartis du Nord au sud de l’Alsace. Les oiseaux ont été sédentarisés pendant trois ans, afin de leur faire perdre l’envie de migrer, les accidents de migration étant l’un des points noirs pour la survie de la cigogne blanche.

Une réintroduction trop bien réussie ?

Quarante ans après les premières réintroductions, les cigognes blanches sont revenues en nombre dans le ciel alsacien. Dans les villes et les villages, elles font leur nid, générant parfois des nuisances ou des dangers pour la sécurité des habitants. On recense plus de 1 000 nids en Alsace aujourd’hui, rapporte Jean-Luc Nachbauer. Le sauvetage aurait-il « trop bien réussi » ? C’est ce que le réalisateur a cherché à comprendre en allant à la rencontre de différents personnages : Gérard Wey, un « Storckapapa » de la première heure, des maires plus ou moins satisfaits de l’installation de l’échassier dans leur commune, un agriculteur qui exploite des prairies en zone inondable très prisées par les cigognes, un artisan fabriquant des nids « sécurisés ».

Entre les différents témoignages, le documentaire donne à voir le gouffre qui peut exister entre l’image de la gentille cigogne véhiculée par la culture populaire et la réalité, celle qui conduit parfois des cigognes adultes à jeter leur progéniture hors du nid, par manque de nourriture ou lorsque le cigogneau est trop chétif… Le réalisateur évoque aussi le bouleversement de l’instinct migratoire de la cigogne induit par la sédentarisation de l’espèce, qui trouve désormais à se nourrir dans les décharges publiques. Inévitable revers de la médaille ? La question se dessine en creux au fil du film.

Les imprévus du tournage

Le tournage ayant débuté au début du premier confinement, ce printemps, Jean-Luc Nachbauer a dû faire face à quantité de difficultés pour le mener jusqu’à son terme. Il a d’abord fallu convaincre les deux préfectures du bien-fondé de tourner un film animalier en pleine épidémie. Et faire avec les aléas liés au sujet lui-même : malgré tout l’intérêt qu’il leur portait, les cigognes n’ont pas songé à avertir le réalisateur de leur prochain départ d’Alsace, ce qui fait qu’il a failli manquer le moment de la migration… Les contraintes sanitaires et les restrictions de déplacement ont également pesé sur les conditions de tournage. Le résultat, toutefois, ne s’en ressent pas. En témoignent les très belles images, que l’on doit à Clément Nachbauer, le fils du réalisateur.

Chambre d'agriculture Alsace

L’actualité s’invite dans les débats

Vie professionnelle

Publié le 05/12/2020

Le seuil de déclenchement pour le contrôle des structures, actuellement fixé à 144 ha pour l’Alsace, pourrait être abaissé à 61 ha. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, s’oppose à cette proposition et réclame le maintien du seuil actuel. Il n’est pas le seul : ces 144 ha, « on y tient mordicus », martèle Laurent Fischer, tandis que Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, Didier Pettermann, président du Civa, et Julien Koegler, président des JA du Bas-Rhin, défendent une position similaire.

Des discussions sont en cours pour réviser le classement en zone vulnérable aux nitrates. Une grande partie de l’Alsace Bossue, une partie du Sundgau et du Piémont pourraient y être intégrés, ce qui obligerait les éleveurs de ces zones à investir lourdement pour accroître leurs installations de stockage des effluents. Le président de la FDSEA du Bas-Rhin souhaite que la profession agricole soit associée plus étroitement aux prélèvements d’échantillons d’eau pour qu’en cas de dépassement des limites, le problème puisse être réglé individuellement plutôt que de soumettre l’ensemble du bassin à des contraintes renforcées. Si l’extension de la zone vulnérable venait à être actée, certains agriculteurs abandonneraient tout simplement l’élevage, prédisent Franck Sander et Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin.

Remettre les canaux d’irrigation en état

Dans les années 1950, suite à l’endiguement du Rhin, la nappe phréatique s’est affaissée de 5 à 7 m. L’État s’est engagé à mettre en place des canaux d’irrigation, ce qui a permis d’apporter de l’eau dans le grand Ried. Or, aujourd’hui, faute d’entretien, ces ouvrages ne sont plus en bon état de fonctionnement : le débit atteint péniblement les 18 m3/seconde contre 25 m3/seconde autorisés. Face à cette situation, Thomas Obrecht demande qu’EDF et l’État respectent leurs engagements en remettant en état les canaux d’irrigation et en les entretenant afin de pérenniser l’activité agricole. Une demande reprise dans la motion relative à la gestion de l’eau en plaine d’Alsace, adoptée par les élus durant la session.

Toujours à propos d’eau, alors que Daniel Starck appelle à des solutions permettant à l’eau de rester dans le sol, Gérard Lorber plaide pour le stockage de l’eau dans les secteurs qui n’ont pas accès à la nappe. « Il faudra que l’administration facilite ces projets », dit-il. À la lueur des derniers comités sécheresse, Fabien Metz demande quant à lui la mise en place d’études économiques avant de décider de nouvelles mesures sur l’usage de l’eau.

Jérémy Pflieger, coprésident des JA du Haut-Rhin, rappelle que l’irrigation est essentielle pour le renouvellement des générations, en plaine comme en montagne. Il s’inquiète de l’accentuation de la pression foncière dans le département. « Au rythme où ça va, je pense qu’on va perdre notre agriculture périurbaine », se désole-t-il. Or la perte de terres agricoles se traduira inévitablement par une perte de la valeur ajoutée.

 

 

 

 

La proximité comme critère

Le local a le vent en poupe : Mario Troestler s’en réjouit puisque la production locale est favorable à l’emploi des salariés agricoles, qu’il représente à la CAA. Il demande que la proximité soit un critère davantage pris en compte dans les appels d’offres car « l’éloignement est de plus en plus perçu comme une aberration économique, écologique et sociale ». Paul Fritsch, président de la Coordination rurale du Bas-Rhin, se réjouit lui aussi de l’engouement pour la production locale mais aimerait qu’il se traduise par des prix rémunérateurs.

Julien Koegler dénonce les retards dans le versement du solde de la DJA (dotation jeune agriculteur). Jean-Michel Schaeffer évoque la situation de la filière avicole, qui subit un double confinement : celui des volailles en raison de l’influenza aviaire et celui des consommateurs avec la Covid-19. La fermeture des restaurants va faire perdre plusieurs millions d’euros. Pour limiter les dégâts, une campagne de communication nationale est prévue pour les fêtes, afin d’encourager la consommation locale et de saison.

Les stations d’expérimentation ont été oubliées du plan de relance gouvernemental. Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, s’en est ému devant la préfète Josiane Chevalier. « Les stations d’expérimentation ne pourront accompagner les agriculteurs dans la voie de la transition écologique qu’avec des soutiens appropriés », déclare-t-il. Véronique Klein, quant à elle, appelle à intégrer la forêt dans le plan de relance. Elle s’inquiète du bradage du lait biologique et des distorsions de concurrence observées dans le secteur des fruits et légumes. « L’agriculture biologique est une réponse aux différents enjeux. Ensemble, il faut qu’on la défende », affirme la vice-présidente de la CAA.

Des battues, et vite !

Les dégâts de gibier sont très importants dans les deux départements fait remarquer Laurent Fischer, qui parle d’une véritable catastrophe. Les battues administratives décidées avec l’administration n’ont toujours pas eu lieu. « Il les faut au plus vite. Nous ne pouvons plus accepter ce retard », déclare-t-il. Autre appel lancé à la préfète : celui de Didier Braun demandant que la centaine de dossiers recalés lors du dernier comité technique du PCAE (plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations) soient honorés. 48 millions d’euros d’investissements sont prévus dans le cadre de ce plan. L’aide de 20 % attendue de l’État conditionne la réussite des projets, insiste-t-il.

Jacky Wolff, au nom des métiers du paysage, se demande si les aides à l’apprentissage accordées par l’État suite à l’épidémie de Covid-19 seront reconduites. Claude Gretter fait part des problèmes rencontrés par les entrepreneurs de travaux agricoles dans la traversée des villages. Ange Loing évoque les blocages administratifs rencontrés dans les dossiers d’amélioration pastorale.

 

 

 

La réforme de la politique agricole et ses enjeux pour l’agriculture alsacienne au cœur de la session de la Chambre...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 27 novembre 2020

 

Choucroute d’Alsace

Les stocks s’accumulent

Cultures

Publié le 30/11/2020

« On déplore une accumulation de stocks de choucroute dans les cuves qui sont quasi pleines chez de nombreux choucroutiers, rapportent l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois organisations de la filière choucroute d’Alsace. La récolte des choux à choucroute, qui a débuté en août, ne pourra pas se terminer si les ventes n’augmentent pas très rapidement. Les conséquences seront catastrophiques pour les producteurs. Si la météo le permet (ni gel, ni pluie), nous estimons qu’il reste entre trois et quatre semaines pour pouvoir effectuer la récolte. » Passé ce délai, les professionnels considèrent que plusieurs milliers de tonnes de choux risquent d’être broyés aux champs, faute de débouché.

Le syndicat des choucroutiers d’Alsace, celui des producteurs de choux à choucroute d’Alsace et l’association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace estiment que la commercialisation est actuellement réduite de moitié en raison de la fermeture des restaurants, du ralentissement de la restauration collective, et de l’absence de festivités. Face à cette situation, les trois organisations et l’Ifla lancent un appel à consommer de la choucroute d’Alsace. Elles espèrent ainsi apporter une bouffée d’oxygène aux producteurs de la région.

 

Publiée par La Choucroute d'Alsace IGP sur Mardi 17 novembre 2020

 

Des charges supplémentaires pour les fabricants

Gérant de la choucrouterie Meyer-Wagner à Krautergersheim, Jean-Luc Meyer tempère : « Les entreprises les plus impactées sont celles qui fournissent la restauration commerciale car celle-ci est à l’arrêt à cause du Covid-19. Mais il y a d’autres secteurs de la restauration qui continuent de tourner : les établissements médico-sociaux, les maisons de retraite… Les cantines scolaires et les restaurants d’entreprises sont moins fréquentés, à cause de la distanciation sociale, mais ils ne sont pas totalement à l’arrêt. » Quant aux grandes et moyennes surfaces (GMS), aux fabricants de plats cuisinés et aux conserveurs, ils poursuivent leur activité, selon Jean-Luc Meyer.

La fermeture des restaurants en cette période de reconfinement a tout de même tendance à dérégler une mécanique bien huilée, qui commence au champ, dès la récolte des choux. « Les choucroutiers remplissent les cuves, ils font fermenter le chou, ils vident les cuves et c’est reparti pour un cycle », résume Jean-Luc Meyer, qui réalise deux à trois cycles de production dans une saison afin de transformer 8 000 t de choux à choucroute. Ceux-ci lui sont livrés par une quinzaine d’agriculteurs avec qui il est lié par contrat.

« Lorsque les ventes ralentissent, on se retrouve avec des stocks et c’est là que ça coince. On est obligé de décaler des approvisionnements et ça rallonge la campagne », décrit le professionnel, qui s’approvisionne dans un rayon de 15 kilomètres autour de Krautergersheim. Ce rallongement de la campagne va entraîner des charges supplémentaires pour les fabricants, dont les équipes vont devoir rester en place plus longtemps. Des charges dont les professionnels se passeraient volontiers, alors que la choucroute est un produit « très mal valorisé » en dépit des efforts réalisés pour répondre aux attentes sociétales.

 

??‍♂️C’est mon péché mignon absolu !!! Difficile de lui résister ! ??? Il y a toujours une bonne raison pour manger une...

Publiée par Choucrouterie Meyer-Wagner sur Jeudi 19 novembre 2020

 

Tant qu’il n’y a pas de gelée

« D’habitude, on finit la récolte aux alentours du 20 novembre. Là, ça traîne en longueur », témoigne pour sa part Mathieu Schenkbecher, vice-président du syndicat des producteurs de choux à choucroute d’Alsace. Pour rentrer la totalité de ses 10 ha, il lui faudra sans doute un mois de plus. « Tant qu’il n’y a pas de gelée, ça va, mais s’il y a deux ou trois jours de gel, on l’aura dans l’os car on n’a pas de moyen de stockage. »

Le jeune agriculteur de Meistratzheim, qui travaille avec trois choucrouteries différentes, regrette que la crise sanitaire vienne enrayer la dynamique engagée par la filière. Celle-ci a débouché sur l’obtention d’une IGP (indication géographique protégée) choucroute d’Alsace voici deux ans. Les producteurs de choux à choucroute espèrent bien que l’appel à consommer de la choucroute d’Alsace sera entendu, afin de remettre les ventes - et les prix - sur la bonne pente.

Un plan de communication est d’ores et déjà lancé pour dynamiser les achats de choucroute d’Alsace en GMS, dans les boucheries-charcuteries, les sociétés de restauration, dans les magasins de vente à la ferme. Ce plan, concocté par l’Ifla et ses partenaires, comprend notamment des publications dans les quotidiens régionaux et la mise en place d’affiches dans les points de vente.

Afdi 68

À la recherche d’un système alimentaire plus durable

Vie professionnelle

Publié le 29/11/2020

La ville de Fès, au Maroc, compte 1,2 million d’habitants, qu’il faut nourrir quotidiennement. Située dans la plaine fertile du Saiss, proche des montagnes du Moyen Atlas et du Rif, elle peut compter sur les agriculteurs de l’arrière-pays pour fournir les denrées agricoles nécessaires au ravitaillement de sa population. Le plan Maroc vert, lancé par le royaume en 2008, a permis de développer la production agricole. Mais l’usage accru des engrais, des produits phytosanitaires et l’insuffisante maîtrise des techniques agricoles ont eu des effets néfastes sur l’environnement. Le problème de l’eau s’amplifie d’année en année au point que « si rien n’est fait, 60 % du territoire marocain sera désertique à l’horizon 2030 ».

La projection*-débat organisée le 17 novembre par l’Afdi 68 (Agriculteurs français et développement international) au lycée agricole d’Obernai avait de quoi susciter les réflexions des élèves de terminale et de BTS présents, dont certains se destinent à devenir agriculteur ou à travailler dans le milieu agricole. C’était d’ailleurs l’objectif de cette matinée, selon Laura Grandmougin, animatrice de l’association haut-rhinoise, à l’initiative de la rencontre avec Simone Hentz, enseignante au lycée agricole. Réfléchir au « modèle » agricole et alimentaire développé de l’autre côté de la Méditerranée, à ses limites, aux moyens à mettre en œuvre pour qu’il réponde aux attentes sociétales, c’est aussi permettre à ces futurs professionnels de se questionner sur le modèle agricole et alimentaire français dans lequel ils sont appelés à évoluer.

 

 

Un partenariat avec les collectivités

L’approvisionnement en produits issus d’une agriculture durable et locale est une préoccupation qui existe aussi de ce côté-ci de la Méditerranée. La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg en ont fait un axe de leur politique en signant, en 2010, un partenariat avec la Chambre d’agriculture Alsace (CAA) et l’Opaba (Bio Grand Est aujourd’hui). Aude Forget, responsable de l’équipe circuits courts à la CAA, a donné les grandes lignes de ce partenariat, qui va être renouvelé à compter de l’an prochain. Les quatre enjeux poursuivis jusqu’à présent étaient de préserver les 12 000 ha de surfaces et plus de 400 exploitations agricoles présentes sur le territoire de l’Eurométropole, d’accompagner les changements de pratiques vers une agriculture plus durable, de développer les circuits de proximité et de renforcer les liens entre agriculteurs et citadins.

Les collectivités ont actionné différents leviers pour y parvenir. Elles ont notamment œuvré pour le développement de débouchés pérennes pour les agriculteurs : le Jardin de Marthe à la Robertsau, le magasin de producteurs La Nouvelle Douane à Strasbourg n’auraient pu voir le jour si la Ville ne s’était pas appuyée sur son patrimoine immobilier, souligne Aude Forget. La mise à disposition du domaine public pour la distribution de paniers et la tenue de marchés alimentaires est une autre façon de soutenir les agriculteurs locaux : une centaine d’entre eux en bénéficie, dont certains venant bien au-delà des limites de l’Eurométropole.

Les collectivités impliquées dans le partenariat ont également misé sur la commande publique pour favoriser l’approvisionnement bio et local des restaurants scolaires. Cela représente 200 tonnes de produits bio de provenance majoritairement locale écoulées annuellement via les restaurants collectifs de la Ville de Strasbourg.

Sur le foncier aussi, la Ville a engagé des actions : en signant par exemple des baux ruraux à clause environnementale avec des agriculteurs (124 ha) et en s’efforçant de maintenir des zones agricoles malgré l’urbanisation. C’est ainsi que dans le Plan local d’urbanisme, 850 ha ont été reclassés en zone A ou N. La Ville dispose également d’un droit de préemption dans les zones de captage, droit non activé pour l’instant. Le partenariat avec les collectivités a également permis de financer différentes études, notamment un état des lieux de la production agricole sur le territoire qui a servi aux projets d’implantation de magasins de producteurs. Il a aussi débouché sur plusieurs actions de communication visant à resserrer les liens entre producteurs et consommateurs de l’Eurométropole comme le Tour des fermes ou l’opération Fermes en ville.

Le contact avec les agriculteurs

Depuis la mise en œuvre du partenariat, 250 agriculteurs de l’Eurométropole ont été audités. « Ce contact avec chaque agriculteur est très important car il permet de suivre leurs projets, leurs intérêts », souligne Aude Forget. La responsable de l’équipe circuits courts mentionne également les efforts de sensibilisation au bio réalisés : ils ont permis de passer de 50 ha à 290 ha cultivés selon ce mode de production. Quant au nombre de fermes pratiquant la vente directe, il est passé de 20 à 37 en l’espace de dix ans. Et ce n’est pas fini : plusieurs nouveaux magasins de producteurs vont voir le jour d’ici deux ans sur le territoire de l’Eurométropole, comme celui de la zone commerciale de Vendenheim, et celui de l’ancienne manufacture des tabacs à Strasbourg.

Coordinatrice de ce dernier projet, Juliette Oberlé en a rappelé la philosophie : réunir en un même lieu, dans un bâtiment du XIXe siècle du quartier de la Krutenau, un magasin de producteurs, une épicerie vrac et un pôle restauration. Le tout avec un approvisionnement 100 % bio et local. S’y ajoutera à terme un espace d’animations citoyennes de 60 m2 où se dérouleront des conférences, des formations, des ateliers autour de la transition écologique et alimentaire, précise Juliette Oberlé.

Ce projet, porté par un collectif de 42 personnes et fortement soutenu par la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, a démarré en 2016 pour une ouverture probable courant 2022. Il repose sur une gouvernance partagée, souligne Juliette Oberlé. Une quinzaine de producteurs bio sont déjà parties prenantes, l’objectif étant d’arriver à 20 ou 25 producteurs à l’ouverture. Un travail de prospection est en cours, notamment pour trouver des producteurs prêts à fournir des produits laitiers ou certains produits de niche. L’objectif est de proposer une gamme suffisamment étoffée pour que le magasin soit attractif, précise la coordinatrice. Tout en restant dans un rayon d’approvisionnement de 30 km autour de Strasbourg.

 

*Le film projeté, « Le système alimentaire de la ville de Fès », fait partie de la sélection du festival Alimenterre :

 

 

Diagnostic Cap’2ER

Mesurer l’empreinte carbone pour mieux la réduire

Élevage

Publié le 26/11/2020

La France vise la neutralité carbone d’ici 2050. Troisième émetteur de gaz à effet de serre (GES) avec 19 % des émissions, derrière le transport (27 %) et l’industrie (21 %), le secteur agricole est concerné par cet enjeu. L’élevage tout particulièrement. La filière laitière s’est fixé pour objectif de réduire l’empreinte carbone des exploitations de 20 % d’ici 2025. Dans cette optique, la Chambre d’agriculture Alsace propose aux éleveurs qui le souhaitent d’évaluer l’empreinte carbone de leur exploitation à partir d’un diagnostic Cap’2ER (Calcul automatisé des performances environnementales en élevage de ruminants). Ce diagnostic repose sur le calcul de la différence entre les émissions de GES et le stockage de carbone sur l’exploitation.

« Cet outil n’est pas complètement nouveau, relève Mathilde Aresi, chargée de mission sur l’adaptation au changement climatique à la CAA. Mais jusqu’à présent, il était plutôt utilisé dans l’Ouest - Pays de la Loire et Bretagne notamment - et en Lorraine. » Voyant que le diagnostic Cap’2ER pouvait constituer un outil de pilotage des exploitations liant performances techniques, économiques et environnementales, la CAA a décidé de le déployer dans la région. Le premier diagnostic de ce type a été réalisé ce printemps chez Frédéric et Philippe Bernhard, éleveurs laitiers à Woerth, dans le nord du Bas-Rhin.

Dix élevages pour commencer

« Dans un premier temps, on cherche à utiliser l’outil dans des fermes représentatives de l’élevage alsacien, de manière à avoir des références propres à la région car celles-ci n’existent pas pour l’instant », précise Mathilde Aresi. Dix élevages ont ainsi été ciblés pour 2020, dont sept laitiers et trois allaitants. L’élevage Bernhard est représentatif d’un système herbe-maïs, avec une utilisation d’herbe plus importante que la moyenne alsacienne : pour nourrir leurs 300 animaux, dont 145 vaches laitières simmental, Frédéric et Philippe Bernhard exploitent 110 ha, dont 65 ha de prairies, pour 37 ha de maïs et 8 ha d’orge, et achètent 10 ha d’herbe sur pied.

Le diagnostic de l’exploitation a commencé par la collecte des données : celle-ci ayant démarré au beau milieu du premier confinement, il a fallu procéder par visioconférence pour recueillir les données auprès des éleveurs, tout en se familiarisant avec le logiciel. « Il y a énormément de données à rentrer, indique Mathilde Aresi. Et parfois, il faut comprendre ce qu’il y a derrière : par exemple, pour renseigner le taux de perte des veaux, il faut se référer au cahier des charges de l’outil pour savoir si c’est le taux de perte à la naissance, à 8 jours, à un mois… C’est indispensable si on veut rentrer le bon paramètre. »

Les données collectées concernent à la fois le troupeau, le logement des animaux et les effluents, les surfaces de l’exploitation et leur utilisation, l’alimentation des animaux et l’énergie. Le plus compliqué, estime Mathilde Aresi, a été de recueillir les informations relatives à l’alimentation car avec un troupeau de 300 bovins comportant des animaux de finalité et d’âge différents, le nombre de paramètres à renseigner était important… Même exhaustivité pour les données de fertilisation : il a fallu distinguer entre les surfaces fauchées, les surfaces pâturées, les surfaces fauchées ET pâturées. « C’est un outil qui permet une approche globale avec en sortie des indicateurs très fins. Cela nécessite donc des données très précises en entrée », justifie la conseillère, qui a aussi pris le temps de recenser tous les éléments de biodiversité présents sur les surfaces.

Un plan d’actions sur cinq ans

L’introduction de toutes ces données permet d’établir un bilan du fonctionnement de l’exploitation, thème par thème. Et débouche sur la détermination de la fameuse « empreinte carbone », exprimée par litre de lait. « La moyenne évaluée par le Centre national interprofessionnel de l'économie laitière est de 1,03 kg équivalent CO2 par litre de lait, indique Mathilde Aresi. Mais c’est un chiffre à replacer dans son contexte car il faut aussi prendre en compte toutes les contributions positives sur la biodiversité comme le maintien des prairies, les performances nourricières de l’élevage, c’est-à-dire le nombre de personnes qu’il contribue à nourrir. »

Le diagnostic Cap’2ER constitue une sorte de photographie de l’empreinte carbone d’une exploitation à l’instant T, précise la chargée de mission, mais il ne s’agit pas d’en rester là. Au contraire, le but est d’aboutir à la mise au point d’un plan d’actions sur cinq ans permettant de réduire les émissions de GES ou de stocker davantage de carbone, voire de jouer sur ces deux aspects à la fois. « L’outil nous permet de faire une simulation sur certains leviers, par exemple sur l’autonomie protéique. En baissant les achats de concentrés, on touche un poste important en termes d’empreinte carbone », souligne Mathilde Aresi. Autres leviers possibles : la gestion du troupeau (avancer l’âge au vêlage pour réduire le temps où les animaux sont improductifs), la fertilisation azotée des surfaces, la consommation d’énergie. « Pris individuellement, chaque levier permet d’améliorer l’impact sur l’empreinte carbone de 1 à 4 %, ce qui n’est pas très important, mais l’objectif est d’actionner tous les leviers pour arriver au top. »

Des indicateurs permettront d’apprécier, au bout de deux ans, si l’exploitation est en bonne voie par rapport aux objectifs poursuivis. « Derrière chaque levier, on aura une expertise. Par exemple, si on décide de revoir l’alimentation du troupeau, un conseiller spécialisé dans ce domaine interviendra », souligne la conseillère, insistant sur le fait que le diagnostic carbone n’a pas vocation à rester au fond d’un tiroir.

Améliorer l’efficacité de son élevage

« C’est une nouvelle approche du fonctionnement de l’exploitation », constate Philippe Bernhard, qui considère le diagnostic Cap’2ER comme un moyen d’améliorer l’efficacité de son élevage. « Il y a un lien entre efficacité carbone et efficacité économique », renchérit son frère. En améliorant l’une, on améliore très souvent l’autre, confirme Mathilde Aresi. La performance carbone, ajoute-t-elle, est beaucoup plus liée à l’efficacité du fonctionnement de l’exploitation qu’à un système donné. « On peut avoir une bonne empreinte carbone en système intensif comme en système extensif. Ou l’inverse. »

Sans attendre les résultats complets du diagnostic, Frédéric et Philippe Bernhard ont déjà commencé à produire plus de protéines sur leur exploitation. Eux qui cultivent des méteils depuis deux ans ont entrepris de semer de la luzerne cet été, afin d’augmenter le stockage de carbone dans les sols. Améliorer le rendement des prairies constitue une autre option possible, à condition de produire beaucoup de fourrage avec peu d’intrants.

Parallèlement au diagnostic Cap’2ER proposé par la CAA, les frères Bernhard ont commencé à travailler sur le pâturage avec le concours de PâtureSens, dans l’optique de produire du lait de pâturage destiné à la laiterie Alsace Lait. Il s’agit d’exploiter les prairies de manière plus intensive qu’actuellement. « On jouerait sur les émissions liées au stockage des effluents car les bouses laissées sur les prairies émettent moins de GES que du lisier stocké dans une fosse. Cela nous permettrait aussi de réduire les émissions liées à l'alimentation et de baisser le coût alimentaire sur la période de pâturage », soulignent les deux éleveurs.

Volailles festives

Les éleveurs à pied d’œuvre

Élevage

Publié le 24/11/2020

Si personne n’ose rêver aux célébrations de Noël et du Nouvel an, compte tenu du contexte sanitaire, les producteurs fermiers spécialisés dans les produits festifs sont pourtant fin prêts. C’est le cas de l’EARL Voelckel à Erstein. Raymonde et Laurent Voelckel, éleveurs laitiers, se sont diversifiés dans les volailles en ouvrant un premier bâtiment de poulets Label rouge en 1995, puis un deuxième trois ans plus tard. Depuis, leur fille Virginie les a rejoints sur l’exploitation et ensemble, ils mènent de front ces deux productions.

« On ne fait pas des volailles festives tous les ans, précise Raymonde Voelckel. Il faut que ça tombe bien par rapport à notre roulement, sachant qu’en poulet label, la durée d’élevage est de 84 jours et qu’on pratique un vide sanitaire de quatre semaines entre chaque bande. » Il y a deux ans, Raymonde Voelckel et sa fille avaient mis en place des chapons dans leurs deux bâtiments. Cette année, à la demande d’Alsace Volaille, elles ont mis en place un bâtiment de chapons et un autre de dindes noires. La durée d’élevage étant deux fois plus importante que pour les poulets label rouge, les 2 500 chapons sont arrivés début juillet sur l’exploitation, et les 2 400 dindes quelques jours plus tard.

Une viande bien juteuse

L’élevage de chapons et de dindes noires d’Alsace doit respecter un cahier des charges bien précis : souche, alimentation, accès au plein air, durée d’élevage… tout est prévu. Raymonde Voelckel et sa fille s’approvisionnent en aliments chez Sanders, un des fournisseurs agréés par Alsace Volaille. L’alimentation, constituée principalement d’un mélange de céréales, varie en fonction de l’âge des animaux. « Les dindes reçoivent trois formules différentes d’aliments durant le temps qu’elles passent chez nous, précisent les deux éleveuses. Les chapons quatre : pour la finition, l’aliment contient 5 % de poudre de lait pour obtenir une viande bien juteuse. » À chaque livraison d’aliment, un échantillon est prélevé et conservé jusqu’au départ du lot pour l’abattoir. Un contrôle peut être réalisé à tout moment par l’organisme certificateur.

À partir de 42 jours, chapons et dindes ont normalement accès à un parcours arboré à l’extérieur des bâtiments, y compris en automne. Mais depuis le 5 novembre, ils sont privés de sortie : le Bas-Rhin ayant été classé à « niveau de risque élevé » par rapport à l’influenza aviaire, comme 45 autres départements français, Raymonde et Virginie Voelckel ne peuvent plus sortir les volatiles dehors. L’année 2020 n’est décidément pas comme les autres.

L’alimentation et l’abreuvement sont automatisés. Les deux éleveuses peuvent donc passer du temps à surveiller les volailles. C’est l’une des clés de la réussite dans un élevage avicole. « Il faut être très vigilant, rentrer dans le bâtiment, observer les animaux pour être capable de repérer s’il y a un problème, regarder la litière pour s’assurer qu’elle n’est pas humide, vérifier que la chaîne d’alimentation fonctionne bien… », énumère Raymonde Voelckel. Mais si les animaux sont au sec et que le bâtiment est régulièrement nettoyé, « il n’y a pas de raison que ça se passe mal », affirme-t-elle.

Fâcheuses manies des dindes

La mise en place, l’enlèvement des volailles et le nettoyage des bâtiments constituent les principales pointes de travail. De même que les premières semaines de présence dans l’élevage, lorsque les chapons et les dindes s’adaptent à leur nouvel environnement et apprennent à se nourrir. « Pour les poulets, une bonne semaine suffit. Mais avec les chapons et surtout avec les dindes, c’est plus long », constatent les deux éleveuses qui parlent de trois semaines d’adaptation pour les dindes. Ce sont d’ailleurs celles-ci qui leur donnent le plus de fil à retordre : elles ont tendance à s’agglutiner dans les coins du bâtiment, d’où la nécessité d’arrondir les angles avec des bandes de caoutchouc, et lorsqu’elles ont accès au plein air, elles rechignent à rentrer à l’intérieur à la tombée du jour. De plus, elles ont la fâcheuse manie de vouloir manger la paille alors qu’elles ne peuvent pas la digérer. Ce qui oblige Virginie et sa mère à ajouter 3 à 4 cm de copeaux par-dessus la litière. Contrairement aux chapons, dont le bâtiment est repaillé trois fois en six mois, les dindes ont besoin d’une litière fraîche beaucoup plus souvent. « On doit les repailler chaque semaine. Il ne faut pas que les pattes soient sales lorsqu’elles arrivent à l’abattoir, sinon on se fait tirer les oreilles », précise Virginie.

Les premiers chapons et les premières dindes devraient quitter l’élevage autour du 20 décembre. Ils seront abattus chez Bruno Siebert à Ergersheim. Le chargement des volailles se fait de nuit, et en plusieurs fois, contrairement aux poulets Label rouge où chaque bâtiment est vidé en une fois. Les Voelckel font appel à de la main-d’œuvre familiale pour cette opération, qui clôt le cycle d’élevage. Il ne reste alors plus qu’à sortir le fumier, les équipements d’élevage et désinfecter le bâtiment pour pouvoir accueillir une nouvelle bande, une fois le vide sanitaire réalisé.

Vignerons indépendants de France

Un salon peut en cacher un autre

Vigne

Publié le 09/11/2020

En raison du reconfinement, les Vignerons indépendants ont été contraints d’annuler leurs quatre salons de fin d’année : Lyon, Reims, Lille et Paris. Puisque la rencontre physique entre les vignerons et leurs acheteurs n’est plus possible, du moins provisoirement, l’organisation a fait le choix de remplacer la formule habituelle par un salon virtuel. Les amateurs de vins peuvent ainsi sélectionner des vins de toutes les régions viticoles françaises depuis chez eux et faire leurs achats en ligne. L’opération, baptisée « Le salon dans mon salon », a débuté la semaine dernière.

Concrètement, les amateurs de vin avaient rendez-vous sur le site des Vignerons indépendants dès le 29 octobre, date où aurait dû ouvrir le salon de Lyon, pour faire leur choix parmi les centaines de références disponibles. Une option sans aucun doute moins conviviale, mais plus propice à la distanciation physique entre personnes au moment où l’épidémie de Covid-19 reprend de la vigueur. « Ce choix du tout numérique, qui ne remplacera jamais le salon physique, ouvre de nouvelles opportunités pour le consommateur », veut croire l’organisation. « Celles de commander jour et nuit, 24 h/24, de transférer ses coups de cœur à ses amis, et peut-être même de profiter de conditions et de promotions exceptionnelles ».

 

Les Vignerons Indépendants réinventent leur salon ! Face aux conditions exceptionnelles, les salons de cet automne...

Publiée par Vigneron Indépendant sur Vendredi 23 octobre 2020

 

Avec l’option « Rendez-vous près de chez vous », les acheteurs étaient invités à venir récupérer leurs cartons en mains propres auprès des vignerons samedi 31 octobre sur le parking du Groupama Stadium de Lyon. Une façon, pour certains, d’encourager les professionnels durement touchés par la crise sanitaire et ses conséquences. Et pour d’autres, de privilégier la consommation en circuits courts. Les clients du « Salon dans mon salon » avaient également la possibilité de se faire livrer directement les commandes à domicile, comme pour une commande classique.

Une enquête fin novembre

Il est encore trop tôt pour évaluer les retombées de ce salon virtuel. « L’opération dure un mois et nous ne ferons une enquête que fin novembre », indique Florence Corre, directrice du développement et de la communication des Vignerons indépendants de France. Pour le domaine Bernard Becht, de Dorlisheim dans le Bas-Rhin, exposant de longue date du salon des Vignerons indépendants de Lyon, mais aussi de Paris et de Lille, cette nouvelle formule n’a pas suscité les retombées d’un salon classique, loin s’en faut.

« Cette année, nous n’avons fait aucun salon ni au printemps, ni à l’automne, c’est une grosse perte pour un domaine comme le nôtre, explique Nathalie Becht. Nous avons notre propre site de vente en ligne et nous sommes également adhérents de la plateforme de vente des Vignerons indépendants, qui est plutôt orientée vers les cavistes et les professionnels, mais nous n’avons pas eu de retour particulier suite à cette initiative. » La déception est d’autant plus grande qu’avec les restrictions imposées par le contexte sanitaire, la fin de l’année s’annonce compliquée. Le domaine a mis en œuvre de nombreuses mesures pour rassurer sa clientèle, en particulier au caveau, mais « les gens n’osent plus sortir », se désole Nathalie Becht, qui, tout en essayant de rester positive, s’inquiète pour les ventes de fin d’année, habituellement génératrices de trésorerie.

 

Merci à tous pour votre soutien !!

Publiée par Vignoble Bernard Becht Scea sur Lundi 2 novembre 2020

 

Claude Weinzorn, du domaine de l’Oriel à Niedermorschwihr, autre habitué du salon des Vignerons indépendants de Lyon, ne s’est tout simplement pas inscrit cette année, ne croyant pas aux vertus du numérique pour remplacer le contact direct avec la clientèle. « Les salons, pour nous, c’est vital. Surtout qu’on sort déjà d’une année 2019 qui a été une des plus mauvaises en termes de ventes, avec la crise des gilets jaunes et les grèves SNCF », commente le vigneron haut-rhinois, qui ne ménage pas ses efforts pour essayer de compenser la baisse des ventes en misant sur l’expédition.

 

Sauvez votre vigneron Commandez un carton et Trinquez à la maison

Publiée par Domaine de l'Oriel sur Dimanche 1 novembre 2020

 

Joseph Lechner, président du Geopa

« C’est un long travail d’arriver à une convergence sociale européenne »

Vie professionnelle

Publié le 20/10/2020

Pouvez-vous nous présenter le Geopa dont vous êtes le président ?

Joseph Lechner : « Le Geopa, Groupe des employeurs des organisations professionnelles agricoles, est une organisation créée en 1963, qui réunit à ce jour 19 pays européens sur les 27 que compte l’Union européenne. Notre travail est de nous mettre en relation avec les autorités communautaires pour négocier et défendre les intérêts des employeurs de salariés agricoles, spécifiquement dans les domaines de la formation, de la santé et de la sécurité au travail, de la mobilité et sur un certain nombre de sujets d’actualité, comme le détachement des travailleurs ou les saisonniers intra et extracommunautaires. »

 

Quelle est la composition du Geopa ?

« Chaque pays est représenté par une ou plusieurs organisations, tout dépend de sa structuration politique. L’Autriche, par exemple, est représentée par sa Chambre d’agriculture, l’Italie par trois syndicats agricoles et la France par une seule organisation, la FNSEA, qui compte trois membres de droit, dont moi-même et Pierre Marin, de Meurthe-et-Moselle. »

 

Quels sont vos liens avec le Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’UE) et avec la Commission européenne ?

« Nous sommes adossés au Copa qui nous aide à travers la mise à disposition de moyens : cela inclut des locaux au siège du Copa, le coût des traductions et de l’interprétariat lors de nos rencontres - qui nous sont refacturés - et un appui logistique lors de nos séminaires, qui ont habituellement lieu tous les deux ans et sont consacrés à des sujets tels que le coût de la main-d’œuvre ou l’attractivité de nos métiers. Nous devions en avoir un à Riga, en Lettonie, prochainement, mais il a été annulé pour raisons sanitaires.

Nous avons également des relations avec la Commission européenne : c’est la Direction générale Emploi qui préside nos réunions lorsque nous sommes en comité de dialogue social avec la Fédération européenne des syndicats de salariés agricoles, l’Effat. Nous faisons du lobbying pour faire remonter les doléances patronales de notre secteur et cela passe par des relations régulières avec la Commission, via mon assistant à Bruxelles, Manuel Delgado, mais aussi par des rencontres avec les députés européens, la collaboration à certains documents tels que le forum de liaison, qui est une plateforme d’information à laquelle nous contribuons. »

 

Le contexte sanitaire a-t-il eu des incidences sur vos travaux ? Lesquelles ?

« Le problème le plus urgent à régler était celui de la pénurie de main-d’œuvre. Tout le monde s’est retrouvé sans salariés à cause de la fermeture des frontières et du confinement qui a été mis en place de façon très dure dans certains pays comme l’Espagne. Le 15 mai, nous avons écrit un courrier au commissaire à l’agriculture, Janusz Wojciechowski, et au commissaire à l’emploi, Nicolas Schmit, pour demander le retour à la circulation des travailleurs saisonniers intracommunautaires. C’était un courrier signé conjointement par notre organisation et par l’Effat, qui s’est associée à notre demande en échange de garanties sur la protection des travailleurs. Par la suite, lorsque les gros chantiers de récolte sont arrivés et qu’une nouvelle pénurie de main-d’œuvre menaçait, nous avons adressé une nouvelle lettre, avec le Copa-Cogeca, pour demander la circulation des salariés extracommunautaires. Ces courriers ont pesé dans les décisions européennes. »

 

En dehors de cette actualité, sur quelles autres problématiques travaillez-vous ?

« Nous travaillons sur des documents de position car l’Union européenne fait régulièrement des consultations publiques sur des projets de directives. Actuellement, un travail est en cours sur le salaire minimum équitable. Il y a une énorme disparité des coûts du travail au sein de l’UE : cela va de 19 € de l’heure au Danemark à 3,50 à 4 € de l’heure au Portugal. Ces différences entraînent des flux de salariés d’un pays vers l’autre. Nous travaillons également sur l’apprentissage, sur la contribution au développement rural : il faut réfléchir à des solutions à moyen et long terme sur ces différents sujets, sachant que lorsque nous sommes sollicités par la Commission européenne, notre réponse porte uniquement sur le volet social. Lorsque nous sommes interrogés sur le climat par exemple, nous ne pouvons pas nous prononcer sur l’aspect agricole, qui est du ressort du Copa. »

 

Vous parliez du coût du travail, très différent d’un pays de l’UE à l’autre, ce qui entraîne des distorsions de concurrence. La situation peut-elle évoluer ? Y aura-t-il un jour une convergence sociale européenne ?

« Nous avons terminé en 2019 un rapport sur le coût du travail que nous avons remis à nos partenaires et à la Commission européenne. Ce document permet à nos différents pays de se rendre compte de la place où ils sont, de mettre en avant le dialogue social auprès des pays qui sont en retard sur ce plan-là. Mais on ne peut pas changer les règles du jour au lendemain, c’est un long travail d’arriver à une convergence. Notre rôle, au Geopa, c’est d’emmener tout le monde, y compris ceux qui sont très loin derrière, de discuter et d’avancer. C’est lent mais ce temps est nécessaire. »

Filière Alsépi

Les meuniers prennent les commandes

Vie professionnelle

Publié le 19/10/2020

À la veille de la moisson, un courrier adressé aux membres du conseil d’administration et aux adhérents de la filière Alsépi avait semé l’émoi : Francis Maurer, président de l’association de la filière pain artisanal d’Alsace, prenait acte de l’échec des tentatives de redynamisation d’Alsépi. « Il est grand temps de prendre la décision difficile d’arrêter la filière et de dissoudre l’association », écrivait-il dans un courrier daté du 11 juin en appelant à la convocation d’une assemblée générale. Les agriculteurs, les organismes stockeurs, les meuniers et les boulangers alsaciens avaient créé la filière à la fin des années 1990 dans le but de proposer aux consommateurs alsaciens du pain fabriqué à partir de blé cultivé en Alsace et transformé en farine par des moulins locaux. Une façon de valoriser l’origine régionale du produit, bien avant que les circuits courts ne soient plébiscités par les consommateurs.

Mais au fil du temps, la filière Alsépi s’est étiolée, le nombre de boulangers adhérents, et donc de cotisants, n’étant plus suffisant pour engager un réel travail de promotion. L’annonce d’une disparition pure et simple d’Alsépi n’a pourtant laissé personne indifférent. À l’assemblée générale du mois de juin, les meuniers ont exprimé leur volonté de s’impliquer pour relancer la filière en reprenant la certification à leur compte. Des discussions se sont donc engagées dans ce sens et ont permis d’aboutir à un compromis. La certification porterait désormais sur la farine Alsépi, et non plus sur le produit final, ce qui déchargerait les boulangers des obligations qui y sont liées, telles que l’enregistrement des livraisons de farine et la comptabilité séparée. Ceux qui souhaitent vendre du pain Alsépi devront toutefois respecter une charte d’engagement.

Des possibilités supplémentaires pour la filière

Cette évolution ouvrira des possibilités supplémentaires aux meuniers qui, jusqu’à présent, ne pouvaient vendre la farine produite sous cahier des charges Alsépi qu’aux artisans boulangers d’Alsace. Ils pourront, par exemple, la commercialiser auprès des industries agroalimentaires régionales qui utilisent de la farine dans leurs fabrications (fabricants de pâte à tartes flambées ou à pizzas, de pâtés en croûte…) et pourront à ce titre utiliser la marque Savourez l’Alsace-Produit du terroir.

Signe de l’engagement des meuniers, c’est une de leurs représentants, Isabelle Welsch, du moulin Burggraf-Becker à Dossenheim-sur-Zinsel, qui prend la présidence de l’association de la filière pain artisanal d’Alsace. De nouveaux statuts ont été approuvés lors d’une assemblée générale extraordinaire qui a eu lieu début octobre. Les boulangers restent présents dans le troisième collège de l’association, celui des utilisateurs, mais ne sont plus représentés au conseil d’administration.

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