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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Transmission et installation

« Elle va devenir quoi, ma ferme ? »

Vie professionnelle

Publié le 04/12/2022


Leur diplôme agricole en poche, Cécile et Magali s’apprêtent à rentrer dans la vie active. « La première installée fait une méga-fiesta ! », se promettent les deux jeunes femmes. La voie de Cécile semble toute tracée : avec « son » Matthieu, elle va reprendre la ferme des beaux-parents. Magali, elle aussi, a un projet : s’installer pour produire des plantes aromatiques et médicinales. Problème : elle n’a ni les surfaces, ni l’argent pour se lancer. Il lui faut convaincre Madame Gervais de lui laisser un bout de prairie, et son père de lui avancer l’argent nécessaire à son installation.

Imaginée par la compagnie Force nez, qui s’est inspirée d’anecdotes réellement vécues, l’histoire met au jour les principaux obstacles que rencontre une jeune femme qui cherche à s’installer en agriculture. Son inexpérience, sa condition de femme - qui plus est célibataire -, son origine - elle n’est pas issue du milieu agricole - lui sont unanimement renvoyées à la figure. Pas soutenue par son père, qui voit dans son projet une lubie vouée à l’échec, Magali doit se résoudre à travailler comme salariée sur une ferme maraîchère dans l’espoir de succéder à son propriétaire, François. Nouvelle déconvenue ! Le bougon François, qui n’a jamais cultivé que des légumes, voit d’un mauvais œil ce projet de culture de plantes aromatiques et médicinales. À force de petites réflexions vexantes, on sent Magali gagnée par le découragement.

Dévier le cours de l’histoire

Dans la vraie vie, il est probable que la jeune femme aurait jeté l’éponge. Mais la force du théâtre-forum est de pouvoir dévier le cours de l’histoire, en embarquant les spectateurs dans la pièce. « Ça vous parle, une histoire comme celle-là ? », interroge Claire, chargée d’établir le dialogue avec le public. Ce soir-là, dans une salle bien remplie, celle du Centre d’initiation à la nature et à l’environnement (Cine) de Bussière, les réactions démarrent timidement. « On va rejouer la scène, propose Claire. À tout moment, vous pouvez dire stop pour prendre la place d’un des personnages et aider Magali à s’installer. Vous remplacez qui vous voulez… »

Un volontaire prend la place de Magali et tente d’amadouer Madame Gervais. « Il joue sur l’idée de transmission, il met en avant l’idée de terroir… », approuve Claire. Mais l’agricultrice est coriace. Il échoue à la convaincre. Une jeune femme lui succède, sans plus de résultat. « Est-ce qu’il faut vraiment insister face à une personne qui n’est pas prête à céder ? », interroge un spectateur. Madame Gervais étant persuadée que l’agriculture est avant tout un métier d’homme et une affaire de couple, la jeune femme tente une autre approche en revenant accompagnée de celui qu’elle présente comme… son futur mari. L’argument porte. « On a fait avancer la cause », mais avec des moyens discutables et sans remettre en cause les préjugés, relève Claire. « Est-ce qu’elle va être aidante pour la suite ? Est-ce qu’il ne vaudrait pas mieux changer de cédant ? », objecte un spectateur.

Comme la scène initiale, les scènes suivantes sont rejouées avec la participation du public. Pour emporter l’adhésion du père de Magali et « retourner » François, chacun y va de sa suggestion. Il s’agit de trouver les arguments ou les situations qui vont permettre de faire avancer le projet de la jeune femme dans la bonne direction : parler le même langage que son interlocuteur, le mettre dans des conditions d’écoute favorables et « y aller par petites touches » pour ne pas le brusquer, quitte à ne pas dévoiler immédiatement l’intégralité du projet d’installation.

Le dilemme des cédants

La psychologie des cédants est au cœur de la deuxième saynète. Cette fois, c’est un couple d’agriculteurs proche de la retraite qui se divise sur l’avenir de la ferme : Bruno veut la transmettre à un jeune pour voir l’activité agricole perdurer tandis que sa femme, Colette, s’y oppose. Elle préfère vendre les terres aux voisins, les Lemoine, pour améliorer une retraite étriquée et rester dans la ferme où elle est née. Survient leur fille Amandine. Après une carrière dans le tourisme, celle-ci leur annonce son intention de reprendre la ferme pour y organiser des week-ends détente et bien-être. La scène concentre les principaux choix qui se posent aux agriculteurs en fin de carrière : laisser les terres partir à l’agrandissement ou au contraire laisser sa chance à un jeune ? S’assurer une certaine sécurité de revenu en liquidant la ferme ou prendre un pari sur l’avenir avec les risques que cela implique ? Partir ou rester sur place ?

Les réactions du public sont moins tranchées qu’à la scène précédente. Il est difficile de ne pas comprendre la position de Colette quand on connaît le montant des retraites agricoles : moins de 1 000 €, témoigne un agriculteur fraîchement retraité, persuadé que « la retraite, ça se prépare avant ». Les risques d’une cohabitation entre un jeune qui démarre et les cédants qui restent sur la ferme sont évoqués. « Si tous les matins, le cédant critique le jeune, c’est terrible ! », s’émeut Rémi Picot. « Pour le repreneur non plus, ce n’est pas évident d’accepter le regard du cédant », réagit un autre spectateur. La scène, rejouée à deux reprises, aboutit à un compromis : « OK, on vend aux Lemoine mais pas tout : on garde un peu de surface pour installer quelqu’un. » Une proposition qui, cette fois, semble faire consensus.

Commerce

« Une vitrine pour se faire connaître au début »

Vigne

Publié le 30/11/2022


« Avec Wonderbox, vous êtes gagnant ! » Dans l’espace partenaires de son site internet, la société, qui se présente comme « le leader européen des coffrets cadeaux », met en avant les avantages à rejoindre son réseau de 9 000 partenaires. Pêle-mêle : une mise en avant gratuite toute l’année grâce aux coffrets et au site web associé, une distribution dans 5 000 points de vente, le recrutement d’une clientèle nouvelle susceptible d’améliorer le chiffre d’affaires, un partenariat « simple et sans contrainte » et une « autonomie totale dans la gestion des réservations ». Aucun frais d’engagement n’est demandé et les coûts de gestion sont « uniquement basés sur le business généré », précise Wonderbox. La société, comme d’autres acteurs du secteur (Smartbox Group notamment, avec les marques Smartbox, Dakotabox, Cadeaubox), surfe sur le succès des cadeaux « clés en main ».

À la tête du domaine Thierry-Martin, à Wangen, Cécile Lorentz a été démarchée par Smartbox « il y a 4 ou 5 ans ». « Je proposais déjà une activité d’œnotourisme : une balade dans les vignes suivie d’une visite de cave avec des explications sur les travaux de la vigne et la vinification, ainsi que la dégustation de six vins avec leurs amuse-bouches », explique-t-elle. En commercialisant cette offre via Smartbox et les marques associées, elle a trouvé le moyen de la développer à une autre échelle que via son seul site internet et des flyers distribués localement. Et ce sans toucher au contenu de la prestation ni au prix : 16 €/personne pour une durée d’environ 2 h 30, qui lui sont reversés par Smartbox dans les deux mois suivant la visite (29,90 € sur le site Smartbox). « Ces box sont généralement offertes en cadeau. Ce ne sont pas forcément des Alsaciens qui les utilisent, mais des gens qui viennent passer un week-end dans la région et qui en profitent pour découvrir le vignoble. » La vigneronne tire un bilan positif de ce partenariat, qui débouche souvent sur la vente de bouteilles à l’issue de la visite ou plus tard. « Ceux qui viennent en Alsace par le train puis jusqu’au domaine par transport collectif repartent avec de petits colis, mais ils commandent du vin par la suite. Parfois, je les retrouve sur des salons. Quelques-uns sont devenus des clients fidèles que je revois tous les ans dans le Nord ou la région de Nantes. » Après le coup de frein lié au Covid, les visites ont bien repris en 2022. « Mais je me limite un peu », reconnaît Cécile Lorentz, qui ne peut s’y consacrer qu’en semaine et certains week-ends, faute de temps.

Des visites chronophages

Gérant du domaine Albert Klee à Katzenthal, Jean-François Klee a un avis plus tranché. Lui aussi contacté par Smartbox, qui cherchait des prestataires dans la région, il a signé pour des visites du domaine familial il y a sept ou huit ans. Il en a effectué pendant quelques années, avant de clore l’expérience : trop chronophage pour un vigneron travaillant seul et peu rémunérateur, dit-il, convaincu que les visites vendues par ce biais ne ramènent ni connaisseurs, ni clientèle fidèle. « J’y passais au minimum une heure, en faisant visiter les installations et en donnant toutes les explications pour au final, vendre moins de six bouteilles. Ce n’est pas comme ça qu’on gagne sa vie. Et pendant les visites, je n’étais ni à la cave ni à la vigne », rapporte le vigneron. Il regrette que le modèle développé par le spécialiste du coffret-cadeau bénéficie avant tout à ce dernier qui prend, selon lui, 30 % du prix de la prestation si ce n’est plus. Résultat : « Pour une prestation vendue 50 €, on nous reverse à peine la moitié. Les gens qui viennent au domaine s’attendent à recevoir plus pour la somme dépensée. Et comme ils ont déjà payé pour la visite, ils achètent peu de bouteilles voire pas du tout. »

Au vu de ce constat, Jean-François Klee a limité son partenariat avec Smartbox à la vente à distance de coffrets cadeaux découverte de trois vins, à 49,90 €. « Cela reste de la vente promotionnelle, mais au moins, on s’arrange pour conserver une certaine rentabilité puisqu’on connaît le prix de nos bouteilles, du carton et de l’expédition et ce que Smartbox nous reverse. » Il vend ainsi une quinzaine de coffrets cadeaux par an, en essayant de se démarquer des offres concurrentes proposées sur le site par des assemblages et des cuvées spéciales.

À Saint-Hippolyte, le domaine Sylvie Fahrer et fils est référencé chez Wonderbox et chez Smartbox depuis un peu plus de deux ans. Ce qui lui a permis d’améliorer la visibilité de son offre d’œnotourisme, disponible en parallèle sur son propre site internet : nuit en chambre d’hôtes, dégustation commentée de cinq ou six vins, dégustation gourmande (avec des amuse-bouches), visite de cave avec dégustation. « Smartbox et Wonderbox proposent des week-ends en amoureux ou des week-ends œnologiques en assemblant plusieurs de nos prestations. Ce sont eux qui composent les coffrets, on accepte d’y figurer ou pas », résume Natalia Umbrazun. « C’est une vitrine qui aide à se faire connaître au début, considère la responsable œnotourisme et commerciale du domaine. Mais ce n’est pas incroyable non plus. Aujourd’hui, nous sommes complets presque tout le temps. Nous commençons à nous retirer des box pour permettre à nos clients qui réservent en direct d’avoir des disponibilités. » Une façon d’éviter les commissions prélevées - Natalia Umbrazun confirme l’ordre de grandeur de 30 % - et les fastidieuses explications auprès des clients, dont les attentes, eu égard au prix des coffrets, peuvent s’avérer au-dessus des possibilités d’un domaine viticole.

Stratégie

« Notre objectif est de produire des vins de gastronomie »

Vigne

Publié le 24/11/2022


Avec ses 33 ha de vignes entièrement situés sur le ban de Bergheim, le domaine Lorentz dispose d’un atout peu commun en Alsace pour une entreprise de cette taille. Dix hectares supplémentaires vont bientôt s’y ajouter, suite à la cessation d’activité de deux vignerons sans successeurs, dont l’un comptait déjà parmi ses fournisseurs de raisins. Les dix ha seront convertis à l’agriculture biologique comme le reste du domaine, certifié AB depuis 2012. « Cela va nécessiter des investissements en matériel et un peu de recrutement », prévoit Georges Lorentz. Conscient des difficultés qui l’attendent pour recruter, le responsable du domaine Gustave Lorentz va « essayer de mécaniser un maximum » tout en renforçant l’équipe en charge des travaux de la vigne. Dirigée par Jean-Christophe Kester, chef de culture depuis 2005, celle-ci compte une dizaine de salariés, dont plusieurs tractoristes.

La concentration du parcellaire et sa proximité, qui sont un avantage pratique autant qu’économique, résultent d’un choix, Georges Lorentz le rappelle volontiers. Les terroirs de Bergheim, en majorité argilo-calcaires, et particulièrement les grands crus Altenberg et Kanzlerberg, correspondent à l’objectif de la maison : « produire des vins de gastronomie, équilibrés, secs, avec de très belles acidités ». De cette provenance resserrée découle une certaine unité de style largement reconnue par les clients du domaine.

Les effets du changement de pratiques

Hormis celles qui sont trop faibles ou trop vigoureuses, les parcelles sont enherbées un rang sur deux avec un mélange d’espèces. Avec la conversion au bio, le désherbage chimique sous le rang a été abandonné au profit d’un travail à l’interceps qui évite une concurrence trop forte sur le cavaillon. « Avec un été comme celui qu’on vient de vivre, c’est préférable. On a beau être avantagés par des sols profonds, les jeunes vignes peuvent pâtir d’une concurrence excessive. On voit qu’elles souffrent en été », constate Georges Lorentz. Sans possibilité de recours aux produits de synthèse, la protection des vignes repose essentiellement sur la bouillie bordelaise. L’utilisation de tisanes de prêle ou d’ortie fait partie de l’arsenal préventif, « toutes les techniques permettant d’aider la vigne à être plus résiliente » étant les bienvenues. Depuis deux ans, le domaine teste aussi l’huile essentielle d’orange, afin de réduire la dose de cuivre à l’hectare sur le long terme. Les résultats sont jugés probants, y compris une année à mildiou comme 2021. Avec dix années de recul, treize si l’on compte la période de conversion, Georges Lorentz se satisfait de voir l’effet du changement de pratiques avec « des sols plus vivants », des vignes mieux enracinées et mieux armées pour se défendre.

La construction d’une nouvelle cave en 2015, a permis au domaine de rassembler toutes ses activités sur un site unique, de la réception des raisins jusqu’à la vente au caveau, avec à la clé, une productivité accrue. « Jusqu’alors, nous étions éclatés sur trois sites dans le village, avec des locaux étroits, parfois vétustes, ça devenait lourd de travailler dans ces conditions », relève Georges Lorentz. Le vendangeoir est conçu pour accueillir la récolte du domaine, rentrée exclusivement en bottiches, mais aussi celle de la quarantaine d’apporteurs qui lui livrent leurs raisins. Le domaine Lorentz a acquis une machine à vendanger pour récolter les vignes des plus petits apporteurs. Les raisins sont acheminés jusqu’à l’un des six pressoirs pneumatiques. La vendange manuelle est pressurée en raisins entiers. Après un débourbage par sédimentation à 12°, les moûts, qui ne sont pas sulfités avant fermentation, sont placés en foudres ou en cuves inox - selon qu’ils proviennent des raisins du domaine ou des apports extérieurs. Les pinots noirs, pour lesquels Georges Lorentz constate « une vraie demande », sont entièrement égrappés et macèrent pendant une dizaine de jours. Le pinot noir haut de gamme, qui provient d’une parcelle en limite du grand cru Altenberg, est élevé pour moitié en barriques neuves, pour moitié en barriques anciennes. Sans renier la ligne de la maison, Markus Pauly, l’œnologue, s’essaye depuis peu à des vins de macération issus d’un ou de plusieurs cépages et même à une cuvée nature associant pinot gris et gewurztraminer. Leur nom - Qui l’eût cru ? et Why note ? - dit assez ce que ce choix a de surprenant. Ces vins sont prisés sur les marchés scandinaves et asiatiques, et commencent à prendre chez les cavistes français, auxquels le domaine de Bergheim s’intéresse depuis le déclenchement du Covid.

La maison Gustave Lorentz exporte 65 % de ses vins dans 75 pays. La Suède, la Norvège et les États-Unis forment le trio de tête de ses ventes à l’export. Elle est aussi leader aux Philippines et au Vietnam, avec des volumes qui ne sont pas anecdotiques - 6 000 à 7 000 cols pour les Philippines - car résultant d’un travail de long terme avec les distributeurs. « Nous sommes présents depuis très longtemps sur le marché scandinave. Le label AB nous a permis d’y développer nos ventes, ainsi qu’au Japon. Ailleurs, c’est plutôt la qualité de nos vins qui nous permet de faire la différence », constate Georges Lorentz en mentionnant la montée en gamme des vins conventionnels, issus des achats de raisins. Le domaine travaille également avec plusieurs compagnies aériennes et ses vins sont distribués dans les duty-free en Europe et au Moyen-Orient, ce qui concourt à la visibilité de la marque. En France, il est très bien implanté dans la restauration, en particulier dans les grandes brasseries parisiennes, les winstubs alsaciennes et dans les établissements gastronomiques. « De la restauration découle la vente aux particuliers. » Le domaine les accueille au caveau et a développé, en complément, un site internet qui fonctionne bien.

Magazine

Caviste : le conseil en plus

Vigne

Publié le 14/11/2022


Situé à l’extrémité de la zone commerciale de Schweighouse-sur-Moder, en face d’un magasin de cycles et d’un commerce de literie, La Vignery est le deuxième magasin franchisé d’une enseigne créée en 2005 et le premier ouvert dans le Grand Est. L’enseigne s’est d’abord développée en Île-de-France et dans le Nord, avant d’essaimer plus largement sur le territoire. Jonathan Leininger est arrivé en stage à La Vignery à l’été 2017, entre ses deux années de BTS technico-commercial en vins, bières et spiritueux au lycée de Rouffach. Il s’est orienté dans le monde du vin suite à une mention complémentaire en sommellerie choisie lorsqu’il préparait son bac pro Service au lycée Alexandre Dumas d’Illkirch. « Ce milieu m’a beaucoup plu, c’est ce qui m’a donné envie de poursuivre dans cette voie », dit-il. Les différents stages effectués lors de ses études l’amènent à une carrière commerciale : une année d’apprentissage à La Vignery et le voilà engagé comme caviste en 2019. Il est promu responsable du magasin de Schweighouse-sur-Moder deux ans plus tard lorsque son patron, Luc Schneider, ouvre une seconde franchise dans la zone commerciale de Vendenheim, au nord de Strasbourg.

À 25 ans, le jeune caviste gère les quelque 300 m2 de surface de vente avec l’aide d’un collègue, Valentin, et d’un apprenti, Colin. Le magasin se positionne comme un intermédiaire entre la boutique de caviste et la grande surface : « c’est le concept de la Vignery. Nous avons un grand choix de vins à des prix compétitifs, comme une grande surface, mais nous tenons au conseil, car plus le choix est grand, plus le client peut s’y perdre », explique Jonathan. La sélection des vins, des bières et des spiritueux n’est pas de son ressort : « les choix sont faits par la tête de réseau, mais nous pouvons être force de proposition pour l’Alsace ». C’est à ce titre-là que les vins de la cave de Cleebourg et les bières des microbrasseries Bendorf (Strasbourg) et Sainte-Cru (Colmar) ont fait leur entrée dans la sélection de La Vignery, le référencement au niveau local étant un préalable au référencement national.

Des habitudes de consommation particulières

Si le magasin est rattaché à une enseigne présente dans différentes régions, « on doit tenir compte des habitudes de consommation, qui ne sont pas les mêmes en Alsace qu’ailleurs », souligne le jeune caviste. Le consommateur alsacien aime les produits de sa région, c’est bien connu. Pour ce qui est des autres vignobles, Jonathan constate que les côtes-du-Rhône viennent en tête des préférences de ses clients, alors que chez ses collègues d’Île-de-France et de Nord, ce sont plutôt les Bordeaux et les vins de Loire qui l’emportent. Côté spiritueux, le rhum se vend mieux à Schweighouse-sur-Moder que les whiskys. Les clients peuvent d’ailleurs remplir leurs bouteilles à l’une des fontaines à rhum du magasin. Quant aux bières, les blondes et les blanches brassées en Allemagne ont leurs adeptes, que n’ont pas les magasins du Nord, où les bières belges corsées sont davantage plébiscitées.

L’emplacement géographique du magasin influe sur la zone de chalandise et sur la typologie des clients : « Nous sommes dans une zone commerciale en bordure d’une ville, avec une nationale très passante qui va de Haguenau à Bitche. Mais nous sommes surtout au centre d’une zone rurale », indique Jonathan, pointant là une particularité de la franchise de Schweighouse-sur-Moder. La clientèle vient essentiellement d’Alsace du Nord et de la campagne, contrairement au magasin de Vendenheim où la clientèle est plus citadine. En quelques années, l’équipe de Schweighouse-sur-Moder a réussi à la fidéliser, constate le jeune caviste : plus besoin d’effectuer des tournées de tractage dans la zone commerciale, comme ce fut le cas au début.

Le choix constitue un élément de fidélisation important : les 3 000 à 3 500 références proposées se déclinent en une gamme permanente et une gamme saisonnière. Les alsaces y rentrent à hauteur de 60 à 70 références. « Nous avons une sélection plutôt généraliste, propre à satisfaire tous les goûts. Certains de nos clients recherchent le prix, d’autres sont prêts à mettre plus cher pour un vin bio ou en biodynamie. » Si à titre personnel, Jonathan apprécie les vins sans sulfites ajoutés quand ils sont bien maîtrisés, ceux-ci sont encore peu présents dans la gamme de La Vignery. 50 % des fournisseurs vignerons sont sous label environnemental, selon l’engagement de l’enseigne. Pour sa part, le jeune caviste a à cœur de montrer « tout ce que l’Alsace est capable de produire et de mettre à l’honneur une viticulture plus propre car cette philosophie donne des résultats intéressants. » Ses meilleures ventes en vin d’Alsace, sont un crémant 100 % pinot blanc de la maison Hauller à Dambach-la-Ville et un sylvaner du domaine Freudenreich à Pfaffenheim. Des vins qui côtoient des flacons rares et donc plus chers comme le pinot noir Clos des capucins du domaine Weinbach à Kaysersberg ou les vins de complantation du domaine Marcel Deiss à Bergheim.

Comptoir agricole

Les cultures intermédiaires en vitrine

Cultures

Publié le 06/11/2022


Jeudi 20 octobre, le Comptoir agricole organisait ses rendez-vous d’octobre à Oberhausbergen. Avec pour thème les cultures intermédiaires sous toutes leurs formes (espèces pures, cultures intermédiaires à valorisation énergétique ou fourragère, cultures intermédiaires pièges à nitrates). La matinée était organisée en partenariat avec le semencier Lidea et le constructeur Amazone. Elle s’organisait autour de la visite d’une plateforme de 81 modalités, avec 60 modalités semées en direct le 8 juillet avec le semoir Primera d’Amazone et une vingtaine d’autres semées six semaines plus tard, le 24 août.

C’est la troisième année que le Comptoir agricole implante une plateforme de cultures intermédiaires. Jusqu’à présent, la coopérative s’était limitée à une cinquantaine de modalités. L’objectif est de pouvoir comparer le comportement des différentes espèces et variétés au sein d’une même espèce, semées en pur ou en mélange, indique Thierry Kolb. Également chef de marché fourragères et intercultures, le technico-commercial de la coopérative possède désormais une vision interannuelle de ces cultures dont la réussite est étroitement liée aux conditions d’implantation et évidemment à la météo de l’arrière-saison.

La visite démarre par la famille des crucifères, bien représentée dans les mélanges commercialisés par le Comptoir agricole : les moutardes, qu’elles soient blanche, brune ou d’Abyssinie, mais aussi les radis fourrager et chinois, le colza fourrager, la navette fourragère ou encore la roquette. « Il n’y a pas de mauvais produits, il n’y a que de mauvaises utilisations », pointe d’abord Thierry Kolb. Au sein d’une même espèce, toutes les variétés n’ont pas la même durée de cycle : il faut en tenir compte pour choisir la date de semis. Ainsi, dans la famille des crucifères, les besoins en somme de températures du semis à la floraison varient de 450 à plus de 1 400 degrés jours. Une variété semée trop tard n’aura pas le temps de finir son cycle et ne pourra pas produire autant de biomasse qu’attendu. Inversement, un couvert à cycle court semé précocement va être limité en potentiel de production et risque fort de lignifier et de créer un effet dépressif sur la culture suivante. Or, les services rendus par les cultures intermédiaires sont proportionnels à la biomasse produite. Un couvert piégera d’autant plus d’azote que sa biomasse sera développée, cite par exemple Thierry Kolb. Si l’objectif est de couvrir le sol pour lutter contre le salissement de la parcelle, on aura aussi intérêt à avoir un développement de biomasse rapide et important.

Retour sur investissement

« Si un couvert ne pousse pas, on aura certes respecté la réglementation en le semant, mais on n’aura pas de retour sur investissement. Ce sera juste un coût pour l’exploitation », illustre le technicien. Pour produire de la biomasse, il est préférable de choisir des plantes de cycle long et de semer tôt, recommande-t-il. À condition que celles-ci s’intègrent dans l’assolement de la parcelle : le temps disponible entre un blé et une orge ou entre un blé et un maïs n’étant pas le même, ce critère rentre en compte dans le choix des espèces et des variétés.

Indépendamment de la date de semis, les conditions d’implantation des couverts ont leur importance : un semis direct « au cul de la batteuse » avec idéalement un outil à dents permet de bénéficier de l’humidité restante dans le sol. « Dans les 48 à 72 heures qui suivent la moisson, il y a des remontées d’eau par capillarité car l’aspiration des plantes est encore en route. Cela suffit souvent à faire lever les couverts », note Thierry Kolb qui se base aussi sur sa propre expérience.

Une autre préconisation consiste à ajouter des légumineuses dans les couverts pour optimiser le rapport carbone/azote. « Des couverts trop carbonés entraînent des problèmes de faim d’azote », souligne le technicien. Cette famille nécessitant des jours longs, il convient donc de les semer tôt en saison.

Syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace

Les eaux-de-vie : pas qu’en digestif !

Vigne

Publié le 04/11/2022


Elles sont six. Six eaux-de-vie dont la provenance alsacienne est garantie par un signe de qualité et d’origine : l’IGP (indication géographique protégée) ou l’AOP (appellation d’origine protégée). Le marc de gewurztraminer d’Alsace a été le premier à obtenir une AOP en 2009. Le kirsch, la mirabelle, la framboise, la quetsche et le whisky d’Alsace ont obtenu leur IGP six ans plus tard. Leur élaboration répond à un cahier des charges propre à chaque eau-de-vie : tout le savoir-faire alsacien en matière de distillation est contenu dans ce document, de la provenance des fruits ou des matières premières utilisées jusqu’au temps et aux conditions de conservation avant la commercialisation. Le respect des cahiers des charges est garanti par un organisme de contrôle indépendant.

C’est pour faire découvrir au public ces six eaux-de-vie et leurs spécificités que le syndicat des distillateurs et liquoristes d’Alsace a lancé, en 2016, Alsace in Spirit. La cinquième édition de cette opération de promotion a eu lieu le 21 octobre devant le magasin de producteurs La Nouvelle douane à Strasbourg, en collaboration avec l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), en charge du marc de gewurztraminer d’Alsace. « Nous ne faisons pas de vente aujourd’hui mais nous essayons de faire redécouvrir les alcools de fruits à ceux qui ne les connaissent plus, en particulier à la génération des 25-40 ans - la génération Coca-Cola », expose Régis Syda, président du syndicat. Le lieu est bien choisi : le vendredi après-midi, nombreux sont ceux qui passent devant le magasin de producteurs pour se rendre au centre-ville de Strasbourg ou pour regagner le parking après une après-midi shopping. « C’est génial : il y a des locaux, des touristes, des gens de tous âges… »

Yves Lehmann, de la distillerie éponyme, a amené un petit alambic. Ceux qui ne connaissent pas le processus de distillation peuvent ainsi visualiser comment le distillateur part du fruit pour arriver à l’eau-de-vie. Dans le cas du marc de gewurztraminer, c’est la peau des raisins qu’on fait fermenter et qu’on distille, précise Élodie Spittler, de l’Ava. « La double passe est obligatoire », précise la jeune femme. L’alcool qui sort de l’alambic doit titrer 45°, c’est prévu par le cahier des charges de l’appellation marc de gewurztraminer d’Alsace. Ils sont encore nombreux à produire cet alcool en Alsace - 157 - dont de nombreux viticulteurs. Six marcs provenant de maisons différentes sont proposés à la dégustation : histoire de comparer la « patte » de celui qui le fabrique, le distillateur.

Cocktail de saveurs

À travers Alsace in Spirit, les distillateurs et liquoristes d’Alsace souhaitent dépoussiérer l’image de leurs produits et faire émerger de nouveaux modes de consommation. Faire savoir que les eaux-de-vie ne sont pas réservées à la fin de repas, le fameux digestif, mais qu’elles peuvent se consommer en cocktail. Associé à un jus de tomate, le kirsch d’Alsace remplace par exemple très bien la vodka dans un Bloody Mary. L’eau-de-vie de quetsche, mariée à du sirop de pêche et de pamplemousse et rallongée d’un trait de crémant, constitue un apéritif original à l’attirante couleur orangée. Quant au marc de gewurztraminer, il peut être associé à la liqueur de pain d’épices et au jus d’orange, selon une recette figurant sur les contre-étiquettes de la distillerie Hagmeyer de Balbronn.

Vincent Bouman, de la distillerie Miclo à Lapoutroie, fait découvrir les whiskys d’Alsace. Les flacons présentés ont en commun d’avoir été distillés, vieillis et embouteillés dans la région. Seules deux régions françaises ont droit à une indication géographique protégée - l’Alsace et la Bretagne - à l’égal de l’Écosse. La distillerie haut-rhinoise fait vieillir ses whiskys dans des fûts de Sauternes et de Bourgogne, voire dans des barriques ayant contenu des cerises… à l’eau-de-vie. « 80 % du goût d’un whisky vient de la barrique. La durée de vieillissement est de trois ans minimum, mais certaines distilleries les font vieillir 7 ou 8 ans, ce qui influe sur la puissance et la couleur du produit », précise le jeune homme. En plus de sa gamme permanente de quatre whiskys, la distillerie Miclo sort régulièrement des éditions limitées. De quoi susciter l’attente et la curiosité autour du produit.

Stratégie

Toujours à l’affût de nouvelles opportunités

Cultures

Publié le 28/10/2022


Deux hectares grignotés par la zone artisanale de Dambach-la-Ville, 10 autres menacés par la création d’une plate-forme logistique… Au Gaec La clef des champs, à Ebersheim, l’artificialisation des terres agricoles n’est pas un mot abstrait, mais une réalité tout ce qu’il y a de plus concrète. Dans ce contexte, les 150 ha qui constituent le parcellaire de l’exploitation ont peu de chance d’augmenter dans les années qui viennent. « Si on peut maintenir les surfaces, c’est déjà pas mal », commente Marianne Kempf. Sa deuxième fille, Frédérique, 28 ans, s’installe sur l’exploitation familiale en 2017, après un BTS Production animale et quelques années de salariat. En prévision de son installation, ses parents se lancent dans le maïs semence, espérant que cette culture pourra compenser la baisse prévisible des surfaces par une meilleure valeur ajoutée. « La filière se montait. C’était une opportunité. Nous avions le parcellaire adéquat : un îlot conséquent avec la forêt, le vignoble et la zone logistique autour, ce qui nous permettait d’isoler la culture sans avoir besoin de s’arranger avec un voisin. » L’îlot est situé sur des terres sableuses, mais irrigables par un pivot, ce qui permet de sécuriser la production.

« On sème un peu plus tard qu’un maïs classique pour avoir une levée homogène et faciliter le travail par la suite, explique Frédérique. On commence par les femelles, puis on sème les mâles en plusieurs fois pour couvrir la floraison. » Le Gaec, qui y a dédié une cinquantaine d’hectares, se limite à une ou deux variétés de maïs semence avec un même mâle, selon les préconisations du Comptoir agricole, auquel la production est livrée. En dehors du pivot, la culture ne nécessite pas de gros investissements : un vieux semoir à deux éléments permettant de semer les mâles, une castreuse, acquise en Cuma avec un autre agriculteur pour commencer, et un petit broyeur pour détruire les mâles après fécondation. Frédérique et ses parents sont particulièrement pointilleux sur le désherbage, qu’ils effectuent au moyen d’un herbicide. Ils procèdent à l’épuration manuellement pour enlever les repousses de l’année précédente, les plants trop grands, trop petits ou les doublons. La castration est réalisée en partie à la machine, en partie à la main. « On emploie une trentaine de saisonniers pour faire ce travail qui démarre aux alentours du 14 juillet. » Frédérique recrute la main-d’œuvre nécessaire à ce chantier grâce aux annonces postées sur les réseaux sociaux. « Pour l’instant, on arrive à trouver des jeunes du village et des alentours », constate la jeune femme, qui croise les doigts pour que ça dure.

Satisfaire aux critères de qualité demandés

Sur la centaine d’hectares restants, la jeune femme et ses parents cultivent maïs, blé, blé dur, soja et colza. Toutes ces cultures sont vendues au Comptoir agricole. Le choix de l’assolement se fait en fonction de critères agronomiques, de la compatibilité des travaux et des opportunités de marché. Le blé, présent sur une trentaine d’hectares, est utilisé en isolement du maïs semence. Il fournit la paille nécessaire à l’élevage des bovins et des volailles. S’il est parfois nécessaire de l’irriguer, c’est au printemps, donc hors période d’irrigation du maïs, fait valoir Frédérique. Les 15 ha de blé dur sont destinés à la fabrication des pâtes d’Alsace. La famille Kempf est rentrée dès le départ dans la filière développée par la coopérative bas-rhinoise en partenariat avec les Pâtes Grand-mère. À part la date de semis, un peu plus tardive pour éviter le gel, et le fractionnement de l’azote, l’itinéraire technique du blé dur diffère peu du blé classique et la charge de travail des deux cultures est comparable. À l’arrivée, il faut être en mesure de satisfaire aux critères de qualité demandés : « pas trop d’humidité, pas trop de mitadinage et un poids spécifique un peu plus élevé que le blé tendre », résume la jeune agricultrice.

Le soja fait son retour dans l’assolement depuis quelques années. Il constitue « un bon précédent pour le blé », et sert d’alternative à cette culture pour isoler le maïs semence. Frédérique y voit un autre avantage : « Il n’a pas besoin de beaucoup d’azote. Nous en avons d’ailleurs fait un peu plus cette année, une vingtaine d’hectares, pour limiter les achats d’engrais car nous essayons de contenir nos charges. » Les graines sont valorisées en alimentation animale. Quant au colza, peu gourmand en eau, il est implanté sur les parcelles difficilement ou pas irrigables, soit 5 ha en tout.

Depuis cette année, le Gaec La Clef des champs compte une nouvelle source de diversification : la production et la vente d’électricité à partir de panneaux photovoltaïques installés sur les toitures de ses bâtiments d’élevage. Lorsqu’ils seront tous en service, l’installation devrait fournir 200 kilowatt-crête. De quoi rembourser rapidement l’investissement de départ.

Fascinant week-end Vignobles et découvertes

Une ribambelle de rencontres autour du vin

Vigne

Publié le 23/10/2022


Installés au cœur d’Andlau, dans une demeure seigneuriale datant de la Renaissance, les Ateliers de la Seigneurie ont pour vocation d’apporter des clés de compréhension du patrimoine naturel, culturel et architectural présent dans le pays de Barr et au-delà. C’est en ce lieu, ouvert il y a 10 ans, qu’Alsace Destination Tourisme (ADT) et ses partenaires ont donné le coup d’envoi du Fascinant week-end Vignobles et découvertes, jeudi 13 octobre.

La centaine de manifestations proposées dans le cadre du Fascinant week-end donne un aperçu assez complet de l’œnotourisme dans la région : les vignerons et les prestataires ne manquent pas de ressources pour valoriser leurs initiatives en la matière. Les visites de caves et les dégustations de vins, associées ou non à des spécialités locales, constituent la base du programme. D’autres initiatives sont plutôt centrées sur la découverte d’activités insolites ou de lieux emblématiques : vignoble communal, cave des hospices civils de Strasbourg, lieu-dit classé grand cru, que l’on peut parcourir en segway, en vélo électrique ou simplement à pied, sous la conduite d’un vigneron ou d’un guide de l’office de tourisme partenaire.

Galop d’essai

Plusieurs élus et représentants des partenaires d’ADT, dont le Civa et le Synvira, ont participé au lancement de l’opération : Claude Hauller, président de la communauté de communes du pays de Barr, Marielle Colas-Scholly, adjointe au maire de Barr en charge de la culture, Nicole Bott, référente œnotourisme au Civa, et Catherine Graef-Eckert, vice-présidente de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) chargée du tourisme. Ce Fascinant week-end constitue une sorte de « galop d’essai » pour les 70 ans de la Route des vins d’Alsace, qui seront célébrés l’an prochain, ont rappelé les intervenants. Une quinzaine de manifestations se succéderont de la mi-avril à fin juillet 2023, indique Nicole Bott. Tous les dimanches, une portion de la route des vins sera mise à l’honneur, avec différentes animations reliées par un fil conducteur commun.

2023 sera aussi l’année de la gastronomie. L’Alsace ayant été choisie pour accueillir la cérémonie de dévoilement des nouveaux étoilés Michelin, en mars, la CEA a souhaité mettre la gastronomie à l’honneur. Un grand livre de recettes alsaciennes sera publié à cette occasion : sur le site internet de la CEA, tout le monde peut proposer une recette de son choix, assortie d’un accord avec un vin ou une bière, annonce Catherine Graef-Eckert. L’objectif est « de mettre en avant les produits du terroir et les produits sous IGP ».

La couleur en point commun

Natif de Barr, mais habitant d’Epfig, Laurent Bessot est bien connu des vignerons alsaciens : il expose fréquemment ses œuvres dans les caveaux et participe à des animations dans des domaines viticoles. Sa spécialité : la peinture à la bière et au vin rouge. Plutôt que d’utiliser de l’aquarelle, il trempe ses pinceaux dans des réductions de ces breuvages pour mettre en couleur ses dessins, qui sont fortement inspirés de l’univers du vin. Pour cette séance spéciale d’inauguration, il a représenté, sur une feuille de dessin numérotée, le « mairehiesel » - la maisonnette du maire - située sur le lieu-dit Kirchberg de Barr. Les bouchons, sujets de prédilection de Laurent Bessot, s’agitent autour de la maisonnette, qui pour trinquer, qui pour remplir le pressoir. Les élus sont invités à coloriser la scène.

Pendant que l’artiste livre avec jovialité ses anecdotes personnelles, Fabienne et Jean-Daniel Héring se relaient pour présenter leur cuvée du chat noir, un pinot noir issu du Kirchberg de Barr. Jusqu’à ce printemps, le pinot noir n’était pas admis dans la liste des grands crus alsaciens. Il l’est désormais au Kirchberg de Barr et au Hengst à Wintzenheim. C’est le résultat d’un travail de reconnaissance qui a pris 10 ans, souligne Jean-Daniel Héring, qui rend hommage aux pionniers qui ont cru à ce cépage et en ont planté sur le lieu-dit voici 30 ans. La cuvée du chat noir est un rouge « aérien et léger, à l’extraction pas trop prononcée ». Un vin qui va pouvoir tenir dans le temps, remarque Fabienne Héring, expliquant que cette faculté de vieillissement a joué dans la reconnaissance en grand cru du pinot noir provenant de ce terroir. Elle-même passionnée de peinture, la vigneronne attire l’attention sur sa belle robe rouge, mettant au jour la préoccupation qui réunit vignerons et peintres : la couleur.

Association régionale des industries alimentaires d’Alsace (Aria)

L’appel au « juste prix »

Vie professionnelle

Publié le 15/10/2022


Après la crise de l’énergie, la crise alimentaire ? L’association régionale des industries alimentaires d’Alsace, qui regroupe une centaine d’adhérents dans la région, a tiré la sonnette d’alarme lors d’une conférence de presse donnée le 4 octobre dans les locaux du torréfacteur Sati à Strasbourg. Son président, Sébastien Muller, a évoqué « la crise protéiforme » que traversent les entreprises alimentaires depuis des mois. Elle se manifeste dans le domaine de l’énergie, de l’approvisionnement en matières premières agricoles et industrielles, mais aussi de la main-d’œuvre, dont le recrutement devient difficile. Résultat : les entreprises du secteur sont « sous pression », elles ont peu de visibilité sur 2023 et bien qu’elles aient fait preuve de résilience lors de l’épidémie de Covid, les voici confrontées à une hausse des coûts de production qui pourrait leur être fatale si elles ne parviennent pas à les répercuter sur leurs prix de vente. Sébastien Muller énumère les chiffres : + 57 % pour les coûts de l’énergie, + 29 % pour celui des matières premières agricoles, + 26 % pour les coûts d’emballage.

« Pas tenable à long terme »

Les prix des produits alimentaires, quant à eux, n’augmentent pas dans les mêmes proportions, fait valoir l’Aria. L’inflation alimentaire, en France, est de 8,4 % sur un an, alors qu’elle dépasse 15 % en Allemagne et qu’elle s’en approche en Espagne. « Nous avons besoin de répercuter ces surcoûts », argumente Sébastien Muller qui mentionne les 14 % de marge perdus par les industries agroalimentaires (IAA) dans un secteur où les marges sont déjà serrées. « Ce n’est pas tenable à long terme », ajoute-t-il, précisant que les IAA sont dans leur immense majorité des PME (petites et moyennes entreprises) et qu’elles représentent 50 000 emplois en Alsace. Il appelle à « une prise de conscience collective » et à un « juste prix » de vente des produits alimentaires.

Agir sur les coûts, les entreprises alimentaires le font déjà. Particulièrement dans le domaine de l’énergie, poste qui représente ordinairement moins de 3 % du chiffre d’affaires mais qui est monté à environ 7 % du chiffre d’affaires depuis janvier. Le président de l’Aria estime que les grosses économies ont déjà été réalisées. La perspective des coupures de gaz et d’électricité inquiète les adhérents de l’Aria : sans énergie, pas de production ni d’alimentation cet hiver, rappelle Sébastien Muller. L’État a certes prévu une aide pour aider les entreprises à faire face à leurs charges de gaz et d’électricité mais « celle-ci n’est pas calibrée comme il se doit ». Le président de l’Aria souhaite notamment que l’aide soit calculée par rapport au pourcentage de l’énergie dans le chiffre d’affaires en 2022 et pas en 2021, pour ne pas pénaliser les entreprises déjà vertueuses.

Des initiatives pour « jouer collectif »

À son niveau, l’association a mis en place une commission sur ce sujet des achats d’énergie et met à disposition des entreprises un expert à même de les orienter dans leur stratégie d’achat ou de les aider à revoir leur modèle énergétique. Face aux difficultés d’approvisionnement en matières premières, Sébastien Muller appelle à jouer collectif et à « ne pas rentrer dans le cycle des pénalités avec les clients. Ce serait inacceptable », dit-il. Sur ce sujet-là aussi, l’Aria est à la manœuvre : elle a engagé une personne chargée de l’animation des filières qui fait le lien avec les fournisseurs de matières premières agricoles. L’association est également associée à l’initiative de « business sourcing » prise par la Chambre de commerce et d'industrie Alsace Eurométropole visant à relocaliser l’approvisionnement en matières premières industrielles.

Les difficultés de recrutement rajoutent aux difficultés actuelles. 52 % des entreprises prévoient d’embaucher, mais les postes d’ouvriers et les postes techniques plus qualifiés peinent à trouver preneurs, relève le président de l’Aria qui y voit un effet indirect du Covid et un signe du changement de perception du travail. L’association travaille à l’émergence d’une marque employeur pour attirer des nouvelles recrues sur le territoire et prépare un webinaire pour aider les chefs d’entreprises à faire évoluer leurs pratiques, annonce Sébastien Muller.

Vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Millésime 2022 : « Plus de peur que de mal »

Vigne

Publié le 08/10/2022


Président du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Francis Backert ne cache pas son soulagement : « Plus de peur que de mal », dit-il à propos de la récolte 2022, dont le plus gros est à présent rentré. La sécheresse estivale avait fait craindre une deuxième année maigre consécutive : pendant la deuxième quinzaine d’août, les prévisions étaient tombées à 800 000 hl - à peine plus que le millésime 2021. Elles semblent ne pas se vérifier : « On fera certainement 900 000 hl. Les plus optimistes parlent même 950 000 hl, ce qui correspond à un rendement de 61 hl/ha. » Explication : les petites pluies de la fin août, même si elles sont tombées de manière inégale, « ont fait énormément de bien. La vigne s’est mise à reverdir ». L’aoûtement des bois et la mise en réserve, qui conditionnent la récolte suivante, devraient être corrects, en déduit Francis Backert, qui s’exprimait le 29 septembre à Dorlisheim, lors d’une conférence de presse. Ceux qui, comme lui, ont coupé des raisins pour sauver la vigne ont fait « un sacrifice utile », juge-t-il.

Toutefois, la situation varie selon les secteurs : ceux qui se caractérisent par des terres profondes et ont été bien arrosés font le plein du rendement avec, de surcroît, une très belle qualité. Ailleurs, tout dépend : du côté de Châtenois et Scherwiller, et d’une manière générale sur les terroirs granitiques comme le Brand ou le Frankstein, les vignes ont souffert de la sécheresse. Du côté d’Ottrott, la grêle est tombée à deux reprises et a fait des dégâts conséquents, rapporte Catherine Schmitt, vice-présidente du Synvira. Elle prévoit une récolte en rouge amputée de moitié sur son domaine. Pierre Bernhard, également vice-président du syndicat, constate que certains cépages ont mieux résisté à la sécheresse que d’autres. C’est le cas des pinots, pinot noir et chardonnay en particulier, dès lors qu’ils sont enracinés suffisamment profondément.

Pinot noir : identifier les terroirs propices

« Avec le pinot noir et le chardonnay, on se rapproche de l’encépagement bourguignon », relève Francis Backert qui voit se dessiner des ressemblances entre les deux vignobles « d’ici quelques décennies » en cas de changement de l’encépagement actuel. Comme d’autres professionnels, il croit dans les possibilités de développement du pinot noir en Alsace, « un cépage qu’on peut récolter à la maturité que l’on veut, entre 12° et 14,5 ° ». Le chardonnay, quant à lui, est « mondialement demandé ». Pas question, pour autant, de planter du pinot noir n’importe où. « Si l’on veut des pinots noirs de grande expression, il faut identifier les terroirs propices. C’est un défi pour les années à venir. » Il faudra aussi adapter les porte-greffes pour qu’ils résistent davantage à la sécheresse. Les choix sont d’autant plus difficiles que le changement climatique est rapide, observe pour sa part Pierre Bernhard.

Même si les chiffres de la récolte 2022 restent à confirmer, les premières perspectives sont cohérentes par rapport au niveau des mises en marché : sur 12 mois glissants, celles-ci s’établissent à 986 000 hl à fin août. « On va continuer à puiser dans nos stocks de manière raisonnée », se réjouit le président du Synvira, qui espère un retour pérenne à une situation de marché équilibrée. Les stocks actuels, de l’ordre de 20 mois pour les alsaces génériques et 27 mois pour les crémants, traduisent selon lui « une situation saine » qui met les vignerons indépendants à l’abri d’éventuelles pénuries.

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