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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Région Grand Est

Fruits, légumes et truffes : deux nouveaux contrats de filière

Vie professionnelle

Publié le 05/10/2022


Un nouveau contrat de filière a été signé le 23 septembre entre la Région Grand Est et la filière fruits et légumes. Il court jusqu’en 2025 et prend la suite du précédent contrat de filière, qui portait sur la période 2017-2021. La signature a eu lieu dans le cadre de l’inauguration du plus grand show des fruits et légumes de France, à Illkirch-Graffenstaden. Philippe Mangin, vice-président de la commission Agriculture, bioéconomie, viticulture et forêt, a profité de cet événement pour saluer l’organisation de la filière fruits et légumes du Grand Est, qui fait sa force. 1 000 dossiers ont été aidés dans le cadre du contrat de filière 2017-2021, pour un montant de 10 millions d’euros (M€).

Convaincue qu’il existe encore des possibilités de développement dans ce domaine, la Région continuera à soutenir ce secteur en donnant la priorité au renforcement de la compétitivité des exploitations, à l’installation et à la formation des jeunes, à la promotion des filières de qualité, à la recherche et l’expérimentation. Dans ce nouveau contrat de filière, qui porte sur un montant équivalent, la Région a revu les critères d’accessibilité, signale Bertrand Perrin, président d’Univers des fruits et légumes du Grand Est : les exploitations sollicitant des aides de la Région devront répondre aux exigences du référentiel HVE (Haute valeur environnementale). Si les grandes actions restent identiques à celles du précédent contrat, un nouvel investissement est éligible : la construction de bâtiments de stockage et de conditionnement des fruits et légumes. Sur ce chapitre, les aides de la Région Grand Est viendront en complément des aides européennes, précise Bertrand Perrin.

Redynamiser la production des truffes d’automne

Lors de cette inauguration, un autre contrat de filière a été signé : celui de la filière truffes d’automne. Ce contrat 2021-2023 est orienté autour de cinq enjeux, dont l’augmentation des surfaces de plantation pour maintenir le potentiel de production et redynamiser la filière. 15 ha de nouvelles truffières avaient été plantées lors du précédent contrat 2018-2020. Il vise également à former et à accompagner les trufficulteurs sur le plan technique et à renforcer les actions de recherche et de développement. La création de trois truffières pilotes de référence, dont une située à Wasselonne, s’inscrit dans ce cadre. Le contrat de filière inclut également des aides à l’amélioration de la structuration de la filière et au développement d’actions de communication autour des truffes du Grand Est.

En 2022, la Région Grand Est consacre plus de 112 000 € à cette filière, dans le but de la pérenniser. Un peu plus de la moitié de ce budget est affectée à 16 projets de nouvelles plantations pour une surface totale de 21 ha. Ces 21 ha sont essentiellement localisés dans l’ancienne région Champagne-Ardenne, précise Amandine Rivière, qui anime l’association. Quelques hectares sont situés en Lorraine, mais à ce jour, aucune nouvelle plantation n’est enregistrée en Alsace. La formation de nouveaux producteurs et l’appui technique qui leur est apporté mobilisent 25 000 € pour l’année en cours. La Région soutient aussi l’organisation de journées techniques collectives et de marchés aux truffes pour un montant de 24 000 €.

Stratégie

L’élevage à plein temps, voire plus

Élevage

Publié le 30/09/2022

Installé depuis 2011 à Schopperten, en Alsace Bossue, Lionel Reeb a concilié pendant 10 ans l’élevage avec un emploi de formateur pour adultes au CFPPA de Courcelles-Chaussy, à une heure de chez lui. Côtoyer des personnes ayant un projet professionnel - celui de devenir responsable d’exploitation agricole - lui a beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur le plan humain, dit-il. Son père prenant de l’âge, il quitte ses fonctions en juin 2021 pour revenir à 100 % sur l’exploitation. Celle-ci compte 215 ha, dont 70 % de prairies naturelles. Le reste de l’assolement comprend 30 ha de blé et de triticale, dont une partie du grain est vendue, et 35 ha de prairies temporaires. Depuis 2015, Lionel a augmenté la part des surfaces fourragères pour rester dans les contraintes de chargement de la MAE herbe, dont le mode de calcul a changé. « J’ai préféré réduire les céréales et garder la MAE, qui représente quand même une rentrée de 10 000 €/an, même si elle est plafonnée depuis deux ans », indique l’éleveur. Il ne regrette pas ce choix. « Maintenant que j’ai augmenté la part d’herbe, je suis tranquille en fourrage. » L’implantation de prairies temporaires apporte également des bénéfices agronomiques en coupant le cycle des adventices dans les terres labourables.

Si le parcellaire a peu évolué depuis son installation, le cheptel, en revanche, est passé de 80 à 130 vaches allaitantes et leur suite. Contrairement à ses parents, Lionel engraisse quasiment tous ses animaux, d’où une charge de travail grandissante pour prendre soin des 350 bovins. Il sait qu’à l’avenir, il lui faudra trouver une solution pour y faire face. La conduite du troupeau a été modifiée, suite à un épisode de BVD (diarrhée virale bovine) intervenu au moment de son installation. « Avant, on avait deux périodes de vêlage : l’automne et le printemps. Avec la BVD, on n’a pas pu mettre à la reproduction les vaches tant qu’elles avaient un veau IPI avec elles. Résultat : on s’est retrouvé avec des vêlages décalés l’année d’après. » Lionel et son père en ont pris leur parti, constatant que l’étalement des vêlages et la création de lots homogènes ont aussi des avantages. « Cela permet de diluer la pression sanitaire donc on a moins de problèmes de santé. Mais c’est aussi un atout en termes de trésorerie, puisqu’on vend des animaux toute l’année », souligne l’éleveur.

Un protocole sanitaire pour vacciner les bovins

Lionel s’impose une grande rigueur dans la conduite des lots, afin de garder de bons résultats de reproduction. Avec 0,91 veau vivant à 210 jours/vache/an, il se situe au-dessus de la moyenne régionale des élevages allaitants. La mortalité des veaux se situe à 6 % : c’est un point sur lequel l’éleveur est particulièrement vigilant et qu’il souhaite encore améliorer. « L’étalement des vêlages est un levier pour réduire la mortalité. Quand on a un petit lot de veaux malades, on arrive mieux à le suivre. » Lionel a aussi mis en place un protocole sanitaire avec son vétérinaire pour vacciner les bovins contre les principales maladies. Ce protocole, réactualisé tous les ans, tient compte des dates de vêlage et des risques. « Je vaccine beaucoup plus qu’avant : contre la BVD, contre les diarrhées néonatales et ponctuellement contre les pneumonies. » La mort foudroyante de plusieurs broutards l’amène également à vacciner contre l’entérotoxémie. Cette politique contribue à réduire l’usage des antibiotiques, dont l’élevage n’était de toute façon pas un gros consommateur.

L’EARL Rosylio est engagée dans plusieurs démarches de qualité qui lui assurent une meilleure valorisation de la viande : les femelles croisées, lorsqu’elles respectent le cahier des charges Prim’herbe (moins de 18 mois et plus de 290 kg de carcasse avec une alimentation à base d’herbe sans antibiotique et sans OGM), partent en filière qualité Carrefour, via l’Apal. Lionel en a placé 26 dans ce circuit l’an dernier, à 302 kg de carcasse en moyenne. 25 à 30 vaches de réforme partent annuellement en label rouge, ou sous label « Le goût de la proximité » vendu dans le rayon boucherie traditionnelle de plusieurs grandes surfaces de la région. Ces deux labels, qui ont chacun leur cahier des charges, assurent à l’éleveur une plus-value de 40 à 50 cts/kg de carcasse. Bien que les prix aient augmenté depuis un an et demi, quelle que soit la catégorie d’animaux, l’écart s’est resserré avec le cours de la viande standard. « Il y a deux ans, le différentiel était de l’ordre de 80 cts/kg de carcasse », constate Lionel. Malgré tout, il reste persuadé qu’ « il faut jouer le jeu. » Sa crainte réside toutefois dans la flambée des coûts de l’engrais, du carburant, mais aussi du matériel agricole, dont il ne sait jusqu’à quand elle va durer.

À Illkirch-Graffenstaden

Les fruits et légumes en majesté

Vie professionnelle

Publié le 23/09/2022


40 000 m2 de surface d’exposition en plein air, 30 tonnes de courges et de coloquintes, 20 à 25 tonnes de pommes et autres fruits et légumes, une centaine de variétés de tomates, 46 mini-potagers de 13 x 7 m avec 58 légumes différents… C’est un jardin vraiment extraordinaire qui a ouvert ses portes jeudi 22 septembre à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg. L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), fidèle à son habitude, a déployé les grands moyens pour cet événement dédié à la promotion des fruits et légumes. Le plus grand show de fruits et légumes en France - c’est ainsi qu’elle a baptisé l’événement - vise à la fois les scolaires et le grand public, souligne Pierre Lammert, président de l’Ifla et de la station d’expérimentation Planète Légumes.

Les deux premières journées, jeudi 22 et vendredi 23 septembre, sont dédiées aux classes de l’Eurométropole de Strasbourg. Les écoliers, de la maternelle au CM2, peuvent admirer, toucher, sentir, croquer les fruits et légumes sous toutes leurs formes, grâce à la quarantaine d’ateliers mis en place sur les stands à leur intention. L’interprofession a travaillé en amont avec les services de l’académie pour que la visite revête un caractère pédagogique et qu’elle s’inscrive dans les objectifs d’apprentissage des enseignants. 150 groupes étaient attendus. Samedi 24 et dimanche 25 septembre, la manifestation est davantage orientée vers le grand public.

Un jardin éphémère mais géant

« Ce sera une occasion unique de découvrir un jardin éphémère aussi grand », promet Fabien Digel, directeur de l’interprofession. Depuis mars, les professionnels s’activent pour semer, replanter, désherber, arroser et faire en sorte que les potagers et les vergers soient au meilleur de leur maturité durant ces quatre jours. Tortue, ours, chouette, crocodile… Des animaux reconstitués grâce à des structures métalliques de plusieurs mètres de haut garnies de courges et, de fruits et légumes colorés apportent un côté spectaculaire à l’exposition. Ils sont illuminés, lors des deux nocturnes du vendredi et du samedi (jusqu’à 23 h), qui débutent à 19 h 30 par un after-work, animé par le groupe Sawadee.

Des démonstrations de sculptures de légumes, des séances de contes, des spectacles autour des fruits et légumes et des conférences autour des questions de nutrition et de santé sont au programme de ces quatre jours. Il y est question de la place des fruits et légumes dans notre histoire culinaire (vendredi à 15 h, samedi à 16 h, dimanche à 14 h 30 et 16 h 45), des nouveaux enjeux du diabète (samedi à 14 h 30), mais aussi de ce qu’il faut mettre dans son assiette pour être en bonne santé (vendredi à 14 h). La nouvelle miss Alsace, Camille Sedira, anime plusieurs séances de dédicace sur le site (vendredi à 18 h et dimanche à 15 h).

De nombreuses manifestations culinaires autour des fruits et légumes sont proposées : jeudi et vendredi par le lycée hôtelier et le CEFPPA d’Illkirch, durant le week-end par la blogueuse Leïla Martin qui met son talent au profit des fruits et légumes d’Alsace. Ceux-ci sont également intégrés dans l’offre de restauration. Qu’il s’agisse des boissons ou des petits plats disponibles à l’espace restauration, l’Ifla privilégie l’origine locale : choucroute d’Alsace IGP, pâté en croûte-crudités, tarte aux pommes d’Alsace, bar à salade, jus de pommes-rhubarbe ou pommes-framboises spécialement réalisés pour l’occasion.

Plusieurs manifestations professionnelles se greffent sur le programme, dont les rencontres techniques de l’Irfel (association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes). Les producteurs de fruits et légumes d’Alsace et leurs partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace et de Planète Légumes fêtent également les 20 ans de la création de la station d’expérimentation, le jeudi soir.

Rien ne se perd

Compte tenu du nombre de visiteurs attendus - plusieurs dizaines de milliers - les organisateurs ont prévu quatre parkings. Trois exploitants ont mis à disposition des parcelles à cet effet. S’ils n’empruntent pas les transports en commun, les visiteurs pourront aussi laisser leurs véhicules sur le parking-relais tout proche ou, le dimanche, sur le parking d’Auchan Baggersee. L’Ifla a également été attentive au devenir des fruits et légumes utilisés pour cette manifestation : tout ce qui est consommable sera récupéré par la Banque alimentaire du Bas-Rhin, dont les locaux sont tout proches, et redistribué aux associations d’aide alimentaire.

Production de greffons et de porte-greffes

Le Civa cherche des partenaires hors AOC

Vigne

Publié le 23/08/2022


Depuis 1978, le service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa est en charge de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Son parc de vignes mères de greffons s’étend sur une trentaine d’hectares, répartis en 260 parcelles du nord au sud de l’Alsace. Il s’est lancé plus récemment dans la plantation de vignes mères de porte-greffes sur une surface de 2 ha. Pour des raisons sanitaires, l’interprofession a décidé, début juin, de développer son parc de vignes mères en dehors de la zone AOC. « L’objectif est de se prémunir d’un potentiel foyer de flavescence dorée », explique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. L’Alsace étant jusqu’ici épargnée par ce fléau, il faut veiller à ne pas l’« importer » par l’intermédiaire du matériel végétal. Cette précaution vaut aussi pour les maladies virales telles que l’enroulement et le court-noué ou les maladies dues à un phytoplasme comme le bois noir.

6 ha dans les trois prochaines années

« Nous nous sommes fixé comme objectif de trouver 6 ha dans les trois prochaines années, indique Arthur Froehly. C’est une première étape. Nous souhaitons mettre un coup d’accélérateur sur la recherche de nouveaux partenaires car le parc de vignes mères au sein de l’AOC se réduit. Nous testons régulièrement les vignes mères. Dès qu’on détecte de l’enroulement ou du court-noué, on radie la parcelle concernée et on n’utilise plus les bois qui en sont issus. » L’an dernier, ce sont ainsi 2 ha de vignes mères de greffons qui ont été écartés : une majorité pour des raisons sanitaires, le reste pour cause de vieillissement, sachant que la durée de vie ordinaire d’une parcelle est de l’ordre de 20 à 25 ans. « Pour pouvoir répondre à la demande des pépiniéristes viticoles, il nous faut un parc suffisamment dimensionné », résume encore le responsable du pôle technique du Civa. Les difficultés d’approvisionnement en greffons rencontrées sur la campagne 2021-2022 plaident plus que jamais dans ce sens.

Pour être éligible, une parcelle doit remplir certaines conditions, en plus d’être située hors de la zone AOC : « Elle doit être éloignée au minimum de 500 m, voire 1 km du vignoble et ne pas avoir porté de vignes. Nous serons attentifs à ce qu’il n’y ait pas de vigne ensauvagée, par exemple. » Une fois la parcelle retenue, le SPMC envisage deux scénarios selon la motivation du partenaire : soit il met simplement sa parcelle à disposition en échange d’un loyer, auquel cas le Civa prend en charge la plantation et délègue l’entretien à un prestataire ; soit il s’implique dans la culture et touche le revenu de la production de greffons. Dans ce dernier cas de figure, sachant qu’un hectare de vigne mère de greffons produit entre 270 et 450 fagots de 1 000 yeux à 30 € HT/fagot, il peut espérer une rémunération comprise entre 8 100 €/ha et 13 500 €/ha. « C’est une diversification possible pour une exploitation qui n’est pas forcément viticole mais qui est prête à investir dans un matériel adapté », souligne Arthur Froehly. Le SPMC ne fixe aucun minimum de surface, ni de limite de distance par rapport au vignoble. « Si des producteurs du Sundgau ou du Kochersberg sont intéressés, ce n’est pas un problème. Entre plusieurs candidats, le choix se fera en fonction de différents paramètres, notamment par rapport à la situation actuelle du parc de vignes mères et de la capacité des candidats à prendre en charge et entretenir les vignes. »

Un protocole sanitaire à respecter

Pour limiter le risque de contamination, ces candidats devront respecter un protocole sanitaire incluant, pour ceux qui cultivent déjà des vignes, le nettoyage du matériel avant l’intervention dans les vignes de production de bois ainsi que le port de vêtements et de chaussures dédiés pour éviter de transporter des larves d’insectes d’une parcelle à l’autre. « L’objectif est de produire des plants de qualité, sans risque de contamination, rappelle Arthur Froehly. C’est un projet de filière de bout en bout. » Pour les partenaires prêts à s’engager dans l’exploitation des vignes mères, les investissements seront partagés : « Le Civa fournira les plants de catégorie base issus de prémultiplication, sur la base d’un coût de 3,50 € à 4 € le plant. Le palissage sera pris en charge par l’exploitant, la rémunération lui permettra de couvrir l’investissement de départ. » L’équipement en filets paragrêle et en moyens de lutte antigel, pour sécuriser la production des plants de vigne, sera étudié « au cas par cas ».

Le SPMC souhaite également développer les vignes mères bios afin de répondre à la demande de bois certifiés bio des pépiniéristes. L’idéal serait d’atteindre 50 % de la production en bio d’ici une dizaine d’années, tout en maintenant la coexistence avec un parc de vignes mères conventionnelles.

 

Chambre d’agriculture Alsace et Collectivité européenne d’Alsace

« La vraie inflation va arriver maintenant »

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2022

Producteur de poulets de chair, Damien Schultz a accueilli les représentants de la Chambre d’agriculture (CAA) et de la collectivité européenne d’Alsace (CEA) jeudi 13 juillet sur son exploitation. Située à Artolsheim, en Centre Alsace, l’EARL de la Basse-cour est une ferme de polyculture-élevage qui a diversifié ses activités avec des asperges, des pissenlits et des légumes de saison. À Frédéric Bierry, président de la CEA, Damien Schultz explique que la conjoncture actuelle profite aux céréaliers, mais pas aux éleveurs. Ceux-ci subissent en effet l’augmentation des coûts de l’aliment. Pour l’instant, le mécanisme d’indexation des prix de reprise des volailles sur le coût des matières premières a permis de limiter les dégâts. Mais il est inquiet : « La vraie inflation va arriver maintenant. »

Fabriquer l’aliment à partir de ses propres céréales ne serait pas pertinent, juge Damien Schultz. L’éleveur d’Artolsheim met le doigt sur l’une des particularités de la filière volailles : un cycle de production très court, où toutes les étapes sont calées en fonction des besoins des abatteurs. Si chaque éleveur se met à produire son aliment, le risque est de perdre en performance et de désorganiser la filière, dit-il. Les éleveurs ne sont de toute façon pas autosuffisants en protéines, ajoute Mario Troestler, responsable des productions avicoles chez Lorial. Ils achètent du soja qui contient 44 à 45 % de protéines extrêmement digestibles. « Le soja, c’est LA protéine des volailles. On peut le produire en Europe, mais c’est autant de céréales en moins. »

Autre préoccupation de la filière avicole : la possible baisse de la consommation due au retour de l’inflation. Pour Damien Schultz, qui vend essentiellement en filière courte, rien ne sert de produire si le consommateur n’est pas prêt ou pas en capacité d’acheter. Pour se démarquer du poulet standard et se placer en grande distribution, l’abattoir Siebert a créé la marque Poulet du Grand Est. Au président de la CEA, qui tique sur le nom, Cyril Besnard, directeur commercial de l’abattoir Siebert, précise que la dénomination Alsace est réservée au poulet label rouge. Depuis le lancement de cette marque Poulet du Grand Est, « on n’a jamais vendu autant de volailles locales en grande distribution. On a trouvé notre place dans la plupart des enseignes ». Cyril Besnard constate que cette initiative a permis de créer « une vraie chaîne de valeur qu’on arrive à respecter ». La gamme proposée « garantit un socle à tous les maillons de la filière et une vision à long terme ».

La crainte de la rentrée

Néanmoins, le directeur commercial des volailles Siebert s’inquiète de l’évolution des ventes à la rentrée. Jusqu’ici, l’abattoir a réussi à répercuter la hausse des coûts de revient mais pendant combien de temps va-t-il pouvoir le faire ? Comment vont évoluer les ventes en septembre-octobre ? Denis Nass, président de la CAA, se fait l’écho d’autres filières confrontées à la même situation : « Dans le lait, c’est tendu. » Mario Troestler insiste sur la structuration de la filière et sur le mécanisme d’indexation, qui permet d’encaisser les fluctuations de coûts en les répercutant sur le prix final. « Cela n’existe pas en œufs ni en porcs. » Le responsable des productions avicoles chez Lorial pointe également les efforts faits pour améliorer le bien-être animal, même dans une production non labellisée : animaux à croissance lente, limitation de la densité, lumière naturelle… Mais les éleveurs ne peuvent élever indéfiniment les standards de production sans conséquence sur les prix.

« 50 % du poulet consommé en France est importé », précise Mario Troestler. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, rebondit : avec la baisse du pouvoir d’achat, les consommateurs se détournent des produits biologiques, voire de la production locale. Une partie du lait bio est désormais écoulée en lait conventionnel. De ce fait, le surcoût de production n’est plus compensé. Franck Sander met en cause la grande distribution qui, selon lui, n’accepte pas de répercuter les hausses et « qui marge trop sur nos produits ». « La hausse des prix qu’on connaît aujourd’hui, c’est comme si tout le monde mangeait bio (au prix d’hier) », affirme-t-il encore, pour relativiser la hausse des prix de l’alimentation.

La CEA dépense 22 millions d’euros (M€) pour l’alimentation dans les collèges. « C’est nous qui payons mais nous n’avons pas la main » sur les approvisionnements, indique Frédéric Bierry. Ce sont les gestionnaires des collèges, dépendant de l’Éducation nationale, qui ont cette compétence. La CEA se bat pour la récupérer. Son président reconnaît que l’alimentation est un véritable enjeu, aussi bien dans les collèges que dans les Ehpad. Mais avec la hausse du coût de l’énergie, « il va falloir rogner ». Et faire en sorte que la hausse des coûts ne pèse ni sur les ménages ni sur les agriculteurs, ajoute-t-il. « Depuis l’après-guerre, la part du budget consacrée à l’alimentation diminue, réagit pour sa part David Herrscher, président de la MSA d’Alsace. Il faut faire comprendre que ce temps-là est terminé. » Pour la CEA, la priorité est d’assurer les besoins vitaux des concitoyens, quitte à reculer certains projets non essentiels. « C’est pour ça qu’on investit 2 M€ dans l’abattoir de Cernay. »

Chercher les poussins… à Orléans

La question de la souveraineté alimentaire est posée. Pour qu'elle soit assurée, il faut des producteurs, mais ceux-ci ne représentent qu’un maillon de la filière. Dans le cas de la volaille, il faut aussi un accouveur, en amont, et des abatteurs. Or, le devenir des Couvoirs de l’Est, qui approvisionnent les éleveurs de volailles en poussins, est incertain. L’outil est « en fin de vie industrielle » et son propriétaire est proche de la retraite, indique Mario Troestler. « Si on ne règle pas ce problème, il n’y aura plus de couvoir dans le Grand Est et il faudra chercher les poussins à Orléans. » Le président de la CEA se dit prêt à travailler sur ce dossier, en lien avec la profession. « Si on veut être autonomes, il faut que tout le monde mette des billes et qu’on ait une visibilité sur le long terme », insiste Franck Sander.

Restauration hors domicile

Une convention avec l’Alsacienne de restauration

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2022

140 restaurants, quatre cuisines centrales, 750 collaborateurs basés en Alsace, 45 000 repas par jour… L’Alsacienne de restauration est un poids lourd de la restauration collective. Elle se présente même comme le n° 1 dans ce secteur en Alsace. Depuis sa création en 1978, « c’est une entreprise qui a toujours été ancrée dans son territoire », selon Éric Wolff, son directeur. Pour approvisionner ses restaurants, elle achète 5 500 tonnes de marchandises tous les ans, dont une partie est d’origine locale.

Il y a dix ans, l’entreprise a conclu un partenariat avec l’Opaba (aujourd’hui Bio en Grand Est) et Solibio pour se fournir en produits bio, mais elle travaille également avec l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Elle est d’ailleurs membre de l’interprofession. En 2015, une convention de partenariat avec la Chambre d’agriculture Alsace est venue formaliser son engagement en faveur d’un « sourcing » local. Elle fixait un objectif d’approvisionnement de 30 % en produits locaux. Cet objectif a été atteint, voire même dépassé pour certaines catégories de produits comme les légumes. Les tonnages de viande et de produits laitiers provenant d’Alsace ont aussi augmenté. Résultat : avant 2019, l’Alsacienne de restauration achetait 1 600 t de marchandises d’Alsace dont 200 t de produits bio.

Actualiser les objectifs

« Avec Egalim, il a fallu actualiser nos objectifs pour répondre à l’impératif de 50 % de produits de qualité dans les assiettes », indique Éric Wolff. Pour relever ce nouveau challenge, L’Alsacienne de restauration s’est rapprochée de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), de l’Ifla, de Bio en Grand Est et d’Alsace Qualité. Il s’agit « de trouver des produits bio, labellisés et HVE 2 et 3 en quantités suffisantes. » Plusieurs collaborateurs sont investis dans le développement des filières locales, en Alsace et dans le Grand Est. Restait à signer une nouvelle convention de partenariat avec les quatre organisations agricoles concernées. La signature a eu lieu le 8 juillet dans le restaurant d’entreprise de la Maison de l’agriculture, à Schiltigheim.

Michel Horrenberger, président de Solibio, Sébastien Richard, vice-président d’Alsace Qualité, et Pierre Lammert, président de l’Ifla, se réjouissent de cette signature. Grâce au partenariat historique entre Solibio et L’Alsacienne de restauration, les produits bio et locaux ont réussi à se faire une place dans la restauration collective. « Il faut continuer à le faire fructifier », souligne Michel Horrenberger. La nouvelle convention permettra de valoriser davantage la production agricole locale, en particulier celle de produits sous signe de qualité et de marque Savourez l’Alsace produits du terroir, renchérit Sébastien Richard. Le vice-président d’Alsace Qualité insiste sur l’importance de la contractualisation « pour que la plus-value revienne aux agriculteurs », dans une période de turbulence marquée par le Covid et la guerre en Ukraine. L’engagement en faveur des produits locaux va dans le sens de la souveraineté alimentaire, si plébiscitée aujourd’hui, note Pierre Lammert.

Passer des hausses de tarifs

De fait, constate Denis Ramspacher, premier vice-président de la CAA, l’actualité récente a remis cette notion au goût du jour. Produire, transformer et consommer local est un moyen de se prémunir contre les risques de pénurie alimentaire. Même si cela a un coût. L’augmentation du prix des matières premières renchérit celui des produits agricoles. Dans ce contexte, Denis Ramspacher se dit inquiet pour les filières qui n’arrivent pas à faire passer des hausses de tarifs. « Comment bloquer les prix alors que les charges augmentent énormément ? Certaines productions risquent d’être abandonnées. » Un risque accru par la baisse prévisible du nombre d’agriculteurs et par le renforcement des aléas climatiques.

Travaux agricoles

Les entreprises répercutent la hausse des charges

Pratique

Publié le 18/07/2022

Ils l’avaient annoncé dès le mois de février, à leur assemblée générale annuelle : les entrepreneurs des territoires (ETR) d’Alsace allaient devoir augmenter leurs tarifs pour faire face à l’augmentation des charges. La guerre en Ukraine venait de se déclencher quelques jours plus tôt, et n’avait pas encore fait pleinement sentir ses effets. Quatre mois plus tard, Claude Gretter, président du syndicat, le confirme : « Toutes les matières premières ont augmenté, le GNR, les pneumatiques, la graisse, l’huile de moteur, les lubrifiants… Tout à fait un bond. On n’a pas d’autre choix que de répercuter ces hausses sur nos tarifs. Sinon, on coule. » Corentin Meppiel, qui a créé son entreprise de travaux agricoles il y a deux ans à Oberschaeffolsheim dans le Bas-Rhin, mentionne des augmentations comprises entre 5 % et 30 % selon les matières premières. Le prix des machines et matériels suit la même tendance, observe-t-il. Comme son confrère haut-rhinois, il estime nécessaire de « raisonner par rapport à ses coûts » pour pouvoir maintenir l’équilibre économique de son entreprise, qui emploie 3 UTH et réalise des travaux d’épandage après moisson, d’enrubannage de fourrage et de semis.

Le jeu de la concurrence

Pour les agriculteurs qui font appel aux entreprises de travaux agricoles pour la moisson, pas le choix non plus : une fois que les céréales sont arrivées à maturité, il faut les récolter. « Les gens ne renoncent pas à la prestation de service, mais ils font davantage jouer la concurrence car ils espèrent gagner un petit peu sur le coût », observe le jeune entrepreneur de Mittelschaeffolsheim. Comme il est en phase de démarrage de son activité, il estime ne pas avoir de marge de manœuvre de ce côté-là. « À ce jour, aucun de mes matériels n’est amorti, contrairement aux confrères qui sont présents depuis longtemps sur le marché et dont le matériel est amorti et payé. » Vu le contexte, ceux-là peuvent être tentés de différer leurs investissements en conservant leurs machines un an ou deux de plus, plutôt que de les renouveler, reconnaît Claude Gretter. « C’est déjà ce qui se fait depuis quelques années. »

Les agriculteurs, quant à eux, devraient pouvoir compenser la hausse des coûts de revient par des prix de vente des céréales plus élevés. « Avec les prix actuels, un agriculteur qui a de bons rendements et une bonne gestion peut même s’en sortir avec une marge un peu plus importante que l’an dernier », avance le président des ETR d’Alsace.

Emploi

Un job dating pour recruter des vendangeurs

Vigne

Publié le 15/07/2022

Mettre en relation des personnes touchant le RSA (revenu de solidarité active) avec des viticulteurs à la recherche de vendangeurs : tel était le principe du job dating organisé le 7 juillet à l’espace Saint-Joseph de Molsheim. La collectivité européenne d’Alsace (CEA), à l’initiative de cette opération, n’en est pas à son coup d’essai. Son président, Frédéric Bierry, est venu la présenter aux bénéficiaires du RSA présents ce matin-là. En leur permettant de cumuler leur salaire de vendangeur et les quelque 500 € qu’ils perçoivent mensuellement, la collectivité espère les intégrer ou réintégrer dans le circuit de l’emploi et leur donner une chance d’accéder à un poste pérenne. Car la viticulture, comme l’agriculture, est un secteur qui propose « des emplois de proximité, en extérieur ». Ces trois à quatre semaines de vendanges peuvent donc constituer « une porte d’entrée » vers la viticulture, qui a « des besoins de salariés toute l’année ».

Président du Synvira, Francis Backert précise les attentes des vignerons qu’il représente : pour faire les vendanges, la ponctualité est requise, de même que le souci du travail bien fait lors de la coupe et du tri du raisin. « La qualité, c’est une notion à avoir dès le premier coup de sécateur, dit-il aux candidats. C’est justement pour rentrer une vendange de qualité que les vignerons privilégient la récolte manuelle, pourtant plus coûteuse que la récolte mécanique. Les vendanges sont aussi un travail d’équipe et un véritable terrain de mixité sociale, argumente Francis Backert, qui met en avant la simplicité et la convivialité des échanges entre vendangeurs. « Il n’y a pas mieux pour se remettre le pied à l’étrier. »

Un suivi jusqu’aux vendanges

70 candidats étaient annoncés durant la journée. Un chiffre « très satisfaisant », selon Pierre Kustner, pilote emploi à la CEA. Chacun s’est vu proposer un entretien avec un opérateur de la CEA, afin de vérifier son aptitude aux vendanges et en fonction du résultat, une liste de contacts de vignerons proches de son domicile lui était fournie. « Nous les suivons jusqu’aux vendanges », précise Pierre Kustner. Les candidats pouvaient également s’informer sur les possibilités d’emploi en agriculture et viticulture hors de la période des vendanges auprès de Sébastien Libbrecht, responsable du service formation-emploi de la Chambre d’agriculture Alsace.

L’an passé, une opération similaire avait permis de mettre en relation une quarantaine de bénéficiaires du RSA avec des vignerons, selon la conseillère d’Alsace du canton de Molsheim, Chantal Jeanpert. Avec une situation qui s’améliore sur le front de l’emploi et de nombreux secteurs en tension, le recrutement des vendangeurs s’annonce encore plus difficile cette année. « Nous sommes dans le triangle d’or de Molsheim-Obernai où il y a 10 % d’emplois en plus que de population active. Il y a une réelle concurrence sur la main-d’œuvre. Mais malgré tout, il y a des personnes qui préfèrent travailler au grand air », relativise le président du Synvira. Si la pénurie de salariés se confirme, certains viticulteurs pourraient faire appel à de la main-d’œuvre étrangère, via des agences d’intérim spécialisées. « Cela se pratique dans d’autres régions. Mais avant d’en arriver là, nous devons d’abord donner sa chance à la main-d’œuvre locale. On a ce devoir sociétal. »

Science

Détection des virus de la vigne : quelles avancées ?

Vigne

Publié le 06/07/2022

Ingénieur virologue basé au pôle Alsace de l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), à Colmar, Jean-Michel Hily traque les virus de la vigne. Pour ce spécialiste de biologie moléculaire, la vigne n’était pourtant pas un champ d’études auquel il se destinait en première intention. C’est au cours de son post-doctorat, réalisé dans le laboratoire d’Olivier Lemaire, à l’Inrae de Colmar, qu’il s’est familiarisé avec cette plante qu’il considère comme « un hôte très intéressant » pour les virus. Pourtant, ceux qui l’imaginent disséquant des feuilles ou des fragments de ceps derrière une paillasse de laboratoire se trompent : Jean-Michel Hily passe l’essentiel de son temps devant un ordinateur à fouiller dans des bases de données à la recherche des séquences virales qui lui permettront d’étoffer les informations sur la diversité génétique des virus de la vigne. De quoi offrir « des possibilités infinies de recherche ».

Actuellement, près de 90 espèces virales infectant la vigne sont recensées. « On sait que ces virus sont présents, mais à l’exception de quelques-uns d’entre eux, qui ont un impact établi sur la vigne, on ne sait pas ce qu’ils font », indique le scientifique. Le GFLV (grapevine fanleaf virus) est l’une de ces exceptions : ce népovirus est responsable de la maladie du court noué. Même chose pour un autre népovirus, l’ArMV (arabis mosaïc virus). Le GLRaV (grapevine leafroll associated virus) quant à lui, est fortement suspecté d’être responsable de la maladie de l’enroulement par l’intermédiaire des cochenilles qui lui servent de vecteur. Les autres virus détectés n’ont, pour la plupart, pas d’impact connu. « On les a toujours considérés comme ayant un impact négatif, mais depuis 20 ans, on en est moins sûr, indique Jean-Michel Hily. On voit que certains éléments décrits comme potentiellement pathogènes ne le sont pas. C’est le cas de la flore intestinale par exemple. » Qu’ils soient sans effet sur leur hôte ou qu’ils aient d’éventuels effets positifs reste en tout cas à démontrer. « Il y a tout un champ de recherche à mener », reconnaît le chercheur, qui n’exclut pas la possibilité que certaines espèces virales vivent en symbiose avec l’hôte qu’elles infectent. Dans cette hypothèse, le virus et la plante auraient tout intérêt à vivre ensemble.

L’utilisation des techniques de séquençage haut débit a permis d’accélérer l’identification des nouveaux virus. « Il y a 15 ans, on en comptait une cinquantaine. Depuis, on en identifie trois à cinq chaque année », précise Jean-Michel Hily. Il a fallu attendre les années 2010 et la fin du séquençage du génome humain pour que ces techniques soient accessibles aux laboratoires travaillant sur les plantes. Grâce à la réduction des coûts, la connaissance des métagénomes environnementaux devenait possible, engendrant « une vraie révolution » dans le domaine de la recherche et de l’identification des virus, notamment ceux de la vigne. « Les techniques de séquençage haut débit sont les seules méthodes sans a priori », explique Jean-Michel Hily, par opposition aux méthodes précédemment utilisées : l’indexage biologique utilisé dans les années 1950, les tests Elisa qui lui ont succédé, puis les techniques PCR, arrivées dans les années 1990, qui nécessitaient de connaître les virus ou séquences virales recherchés.

Un laboratoire commun en projet

Pourtant, ces techniques peuvent être améliorées. « Dans le cadre d’une analyse faisant appel au séquençage à haut débit, il y a trois étapes : la préparation du matériel à séquencer (l’information génétique), le séquençage proprement dit et les analyses informatiques qu’il y a derrière », pose le scientifique. Si la seconde étape est bien maîtrisée, les deux autres méritent d’être affinées. Jean-Michel Hily prend l’exemple de l’échantillonnage, qui porte à ce jour très généralement sur l’utilisation de feuilles jeunes recueillies au printemps, et sur les différentes techniques d’enrichissement utilisées pour favoriser l’identification des virus. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le bois ou les baies, ou modifier la période d’échantillonnage pour étudier l’ensemble des génomes viraux présents au sein d’un échantillon ? Les techniques d’enrichissement actuellement mises en œuvre permettent-elles d’étudier efficacement les séquences d’intérêt ? Les protocoles bio-informatiques employés sont-ils les mieux adaptés pour identifier les séquences virales ?

La création d’un laboratoire commun entre l’IFV et l’Inrae permettrait de répondre à ces questions et de poursuivre les travaux de séquençage haut débit avec une meilleure efficacité. « Ce laboratoire, qui serait localisé au biopôle de Colmar, est en cours de discussion entre les deux instituts », confirme Jean-Michel Hily. En parallèle, les chercheurs ont recours au datamining, qui consiste à rechercher les virus ou les séquences d’intérêt dans des bases de données publiques mondiales. Le recours à ces gisements inexploités offre de nouvelles possibilités de découvrir des virus connus ou inconnus. L’avantage est que le séquençage a déjà été réalisé. En revanche, l’exploitation des données est dépendante de la qualité des informations intégrées à ces bases de données. « Avec le datamining, on n’a pas accès aux échantillons. Ce n’est pas un problème si on trouve des virus déjà connus, mais si on détecte un nouveau virus, on ne peut pas confirmer sa présence ou son existence », souligne le chercheur.

Cuma de l’Ehn

Une station de lavage et de remplissage des pulvérisateurs « au top »

Pratique

Publié le 02/07/2022

L’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim répond à plusieurs objectifs : elle a d’abord été conçue pour permettre aux utilisateurs de remplir et rincer leurs pulvérisateurs en toute sécurité tout en préservant la qualité des eaux superficielles et souterraines, a rappelé Francis Voegel, président du Syndicat mixte du bassin de l’Ehn (SMBE). Gérée par la Cuma de l’Ehn, qui réunit 28 agriculteurs pour une surface de 1 200 ha, elle leur facilite le travail et leur permet de réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisée de 10 à 15 % grâce à la présence d’un adoucisseur d’eau qui constitue sa principale innovation. L’installation comporte deux parties : une aire bétonnée pour le lavage des engins agricoles et une deuxième servant au remplissage et au lavage des pulvérisateurs. Toutes deux sont équipées d’un laveur haute pression. Un local technique abrite les équipements électromécaniques. Les effluents résultant du lavage des pulvérisateurs sont envoyés vers un phytobac, composé de deux tiers de terre et d’un tiers de paille, où les molécules phytosanitaires sont dégradées. Les eaux pluviales et celles provenant du lavage des engins agricoles sont dirigées vers un débourbeur et séparateur à hydrocarbures avant d’être infiltrées.

Maître d’ouvrage du projet, le SMBE a travaillé en lien étroit avec la Cuma de l’Ehn jusqu’à l’aboutissement des travaux et la mise en service de la station en juin 2021. C’est maintenant la Cuma, présidée par Paul Fritsch, qui assure l’entretien et le bon fonctionnement du site. Une convention lui délègue la gestion des installations pour 15 ans. D’un coût de 338 844 € TTC, le projet a bénéficié d’une subvention du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), de 140 400 €. Le SMBE, qui a fourni le foncier, a participé à hauteur de 16 990 €, d’où un reste à charge de 125 000 € pour la Cuma, financé grâce à un prêt remboursable sur 15 ans. L’objectif était de limiter la charge pour les utilisateurs à 10 €/ha. « Nous y sommes », se réjouit Paul Fritsch, qui met en avant la dimension collective du projet, qui a permis de « retisser du lien entre les agriculteurs » et de mutualiser les coûts.

Formés à la réduction des doses

Depuis la mise en service de l’aire de lavage et de remplissage des pulvérisateurs, plus de 10 m3 d’eau souillée ont été recueillis et traités. Ce sont autant de volumes qui n’ont pas rejoint le réseau d’assainissement, souligne le président de la Cuma de l’Ehn. En parallèle, les membres de la Cuma se sont formés à la réduction des doses et à la technique des bas volumes auprès d’un spécialiste, Vincent Franquet. Tous ces éléments montrent que la profession agricole « est capable de suivre la demande de la société » de mieux prendre en compte l’environnement sans en passer par des mesures punitives, selon Paul Fritsch.

« Vous faites ensemble ce qu’aucun de vous n’aurait pu faire séparément », se réjouit Bernard Fischer, maire d’Obernai et président de la communauté de communes du pays de Sainte-Odile. L’élu souligne les vertus d’un travail en partenariat avec les agriculteurs pour faire aboutir des projets d’intérêt général comme celui de l’aire de lavage de Meistratzheim. Deux captages et quatre sources fournissent l’eau potable nécessaire pour couvrir les besoins des habitants de la communauté de communes. Deux forages ont été réalisés il y a une quinzaine d’années pour extraire de l’eau venant de plus loin, mais aucun n’a pu être exploité. Tout ce qui concourt à préserver la qualité des ressources en eau mérite donc d’être salué, relève Bernard Fischer. « L’écologie doit se faire avec les agriculteurs », abonde Robin Clauss. Le conseiller d’Alsace insiste sur leur rôle dans la production alimentaire à l’heure où le conflit entre la Russie et l'Ukraine expose à la famine des millions de personnes dans le monde.

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