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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Commerce

La cave de Beblenheim sort de sa réserve

Vigne

Publié le 27/06/2022

Directeur général de la cave de Beblenheim depuis deux ans, Philippe Wiederhirn est confronté à une question récurrente de la part des adhérents : pourquoi ne pas lancer une grande campagne d’affichage comme le font d’autres grandes entreprises du vignoble ? Cette question traduit leur légitime fierté : celle de produire, selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), les raisins qui donnent naissance à une large palette de vins reflétant la diversité des terroirs dont ils proviennent. Mais elle se heurte à une difficulté : jusqu’à présent, la cave de Beblenheim n’est pas présente dans les rayons sous une marque unique, mais sous une dizaine de marques différentes : Baron de Hoen, Storchengold, Heimberger, Eugène Deybach… Selon le circuit de distribution, l’enseigne, et même le type de vins dans le cas des crémants, c’est l’une ou l’autre de ces marques qui apparaît sur l’étiquetage. Cette dispersion engendre un déficit d’image que la quatrième coopérative vinicole d’Alsace cherche à corriger.

Alors qu’elle fête ses 70 ans d’existence, le moment était venu de réfléchir à une stratégie susceptible d’apporter une meilleure visibilité sur les marchés. L’enjeu est de trouver un positionnement « en adéquation avec nos volumes et avec la qualité de nos vins », résume Mathias Schneider, président de la cave depuis 2006. Les responsables de la coopérative ont fait appel à l’agence colmarienne Préambulles, agence de communication et de marketing spécialisée dans l’accompagnement des entreprises vinicoles. Le travail engagé depuis deux ans a débouché sur la création d’un nouveau logo et d’une nouvelle signature. Composé de cercles concentriques sur lesquels se superpose l’empreinte dorée symbolisant le grand cru Sonnenglanz, le logo se décline jusque dans la signalétique et dans l’habillage des bouteilles. L’identité de la cave, qui était peu mise en avant jusqu’ici, apparaît désormais clairement, imprimée sur un fond noir épuré qui se retrouve de la gamme « plaisir » à celle des grands crus en passant par la gamme « vieilles vignes et terroir ». En proposant une offre totalement transversale sous cette identité, les responsables de la cave espèrent susciter un effet de marque. Et à terme, pouvoir substituer le nom « cave de Beblenheim » aux différentes marques existantes. La substitution a déjà commencé avec les vins vendus aux particuliers dans les deux points de vente de la cave sous la marque Heimberger, précise Philippe Wiederhirn.

Faire évoluer l’outil de production

Le déploiement de cette nouvelle identité n’est pas le seul projet de la cave qui n’a pas cessé d’évoluer depuis sa création en 1952. En rachetant la maison Pierre Sparr successeurs en 2009 et le vendangeoir de Dorlisheim en 2013, elle a accru ses surfaces pour atteindre 350 ha à Beblenheim et alentours et 180 ha à Dorlisheim et dans les villages proches. Les adhérents se sont engagés dans la culture raisonnée en 2003. Leurs efforts en faveur d’une production plus respectueuse de l’environnement ont été soutenus par la cave. Ils lui ont permis d’obtenir la certification HVE 3 pour l’ensemble de son vignoble en 2021. 23 ha sont certifiés en agriculture biologique, l’objectif étant d’arriver à une centaine d’hectares d'ici 2024, soit 20 % des surfaces.

La cave de Beblenheim souhaite également faire évoluer son outil de production. Elle dispose d’une capacité de cuverie importante, 75 000 hl, sans compter la microcuverie qui inclut de 43 cuves de 10 hl à 100 hl. Une capacité largement supérieure à ses besoins puisqu’elle vinifie environ 45 000 hl qu’elle commercialise entièrement en bouteilles. Son hall crémant lui permet de maîtriser toute la chaîne d’élaboration de l’effervescent, qui représente un tiers de sa production. Elle envisage d’investir dans un nouveau vendangeoir sur le site de Beblenheim. Il s’agira de moderniser le poste de réception et d’alimentation des pressoirs pour pouvoir travailler en vendange entière. Un investissement de l’ordre de 2 millions d’euros (M€) qui pourrait être opérationnel pour les vendanges 2024, selon le directeur général.

Sur le plan commercial, domaine placé sous la responsabilité de Bernard Wagner, la cave de Beblenheim se fixe pour objectif de baisser la part des vins d’entrée de gamme, de manière à mieux valoriser les apports de ses adhérents. « Aujourd’hui, nous sommes bien calibrés en termes d’encépagement », constate Philippe Wiederhirn. Même si le potentiel de production des grands crus, de l’ordre de 100 000 cols, est un peu excédentaire par rapport aux capacités de commercialisation. La cave entend continuer son travail de fond à l’export en particulier sur les marchés lointains (États-Unis, Canada) et sur ses marchés historiques de la Suisse et des Pays-Bas.

Méthanisation en Région Grand Est

Pour des projets liés au territoire

Vie professionnelle

Publié le 24/06/2022

« Dans le Grand Est, nous avons su créer une dynamique autour de la filière méthanisation en nous appuyant sur tous ses acteurs et en construisant de véritables partenariats avec l’Ademe, les chambres d’agriculture, GDRF, GRT, qui sont à nos côtés dans une démarche de développement durable. » Vice-président de la Région Grand Est chargé de l’agriculture et de la bioéconomie, Philippe Mangin n’a pas manqué de rappeler que le Grand Est est la première région française en nombre de méthaniseurs : fin 2021, 220 installations étaient comptabilisées, dont 80 % d’unités fonctionnant par cogénération (production d’électricité et de chaleur). Depuis 2020 toutefois, le parc des méthaniseurs en injection a plus que doublé. Ce mode de valorisation du biogaz représente l’essentiel des 150 à 180 projets en attente de réalisation, relève Philippe Mangin.

Si les avantages de la méthanisation sont nombreux, « son développement doit être encadré afin de maîtriser au mieux les externalités négatives », estime le vice-président de la Région Grand Est. Un point sur lequel tous les intervenants s’accordent. Celles-ci incluent la concurrence sur les terres agricoles, qui se trouvent soustraites à la production alimentaire, la pollution des sols et des zones de captage, les flux de camions, l’impact éventuel sur le paysage, les odeurs. Cette volonté de maîtriser les externalités négatives a conduit la Région Grand Est à se doter d’une stratégie régionale dès 2019. Celle-ci s’inscrit en cohérence avec les orientations régionales qui prévoient le triplement de la production d’énergies renouvelables « grâce à un mix énergétique dans lequel le biogaz a toute sa place ».

420 unités de méthanisation d'ici 2030

Une charte pour la méthanisation durable a été signée par tous les acteurs de la filière en Grand Est. L’objectif fixé est de 420 unités de méthanisation en fonctionnement d'ici 2030. Philippe Mangin le juge « raisonnable ». Les disponibilités en biomasse, biodéchets et effluents d’élevage permettraient d’être « beaucoup plus ambitieux », ajoute-t-il. Selon les estimations des chambres d’agriculture du Grand Est, 600 unités seraient possibles. La Région Grand Est intervient dans le financement des études de faisabilité. Celles-ci prennent en compte l’approvisionnement des unités - il faut éviter de perturber l’approvisionnement des filières d’élevage -, les zones de captage et les conditions d’épandage des digestats. Si les répercussions de la guerre en Ukraine ouvrent une période d’incertitude qui peut ralentir les projets, « nous restons pleinement mobilisés », assure le vice-président de la Région.

Constituée il y a trois ans, France gaz renouvelables est une association dont la vocation est de construire un pont entre le monde agricole et le monde de l’énergie. Olivier Dauger en est le coprésident - il est aussi président de la Chambre d’agriculture des Hauts-de-France. Il voit la production de biogaz comme « la suite logique d’une exploitation » puisqu’elle valorise les effluents, les résidus, voire les couverts végétaux. C’est aussi « une filière qui amène des solutions par rapport à la transition agricole » en matière de climat et de carbone. « Très complémentaire de l’électricité », le biogaz offre l’avantage de fournir du digestat, un fertilisant précieux dans un contexte de renchérissement du coût des engrais. « Si l’on veut parvenir à une acceptabilité des projets, ils doivent être liés au territoire, aux gisements », relève Olivier Dauger. Une position largement partagée lors des tables rondes et illustrée par la visite, l’après-midi, de l’unité de méthanisation ABH de Wittersheim. Le président de France gaz renouvelables insiste également sur la nécessité d’offrir aux porteurs de projet « une lisibilité », « un cap ». Il regrette la réactivité insuffisante de l’État et le manque de perspectives au-delà de 2023.

Trouver le foncier pour de nouvelles unités

Pia Imbs, vice-présidente de Grand Est Europe et présidente de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), confirme l’intérêt de la collectivité pour le biogaz qui ne représente que 1 % de sa consommation d’énergie finale. « La production locale et à coût maîtrisé d’énergie fait consensus », dit-elle. Déjà, les biodéchets collectés dans l’Eurométropole sont transformés en biogaz dans une unité située à Oberschaeffolsheim. La généralisation du ramassage des biodéchets va conduire l’EMS à « avoir une démarche partenariale avec les agriculteurs », annonce Pia Imbs. Reste à trouver le foncier pour construire de nouvelles unités de méthanisation « plus ou moins importantes » et à faire accepter leur implantation aux riverains. D'ici 2025, le site d’Oberschaeffolsheim arrivera en effet au maximum de ses capacités.

À Bischwiller

Un projet d’irrigation collectif en bonne voie

Cultures

Publié le 10/06/2022

C’est un projet déjà bien avancé sur le papier, mais dont l’aboutissement n’est attendu qu’en 2023. Cinq adhérents de la Cuma La rurale, réunis en section, se sont engagés dans un projet d’irrigation collectif. « Ce projet va couvrir entre 30 et 40 ha de sols sableux, séchants, explique Loïc Schwebel, l’un des deux associés de l’EARL Vogt, à Bischwiller, qui est partie prenante. Toutes les cultures sont concernées : asperges, pommes de terre, grandes cultures, maraîchage… » C’est la disparition de 30 ha de terres agricoles suite à la construction d’un lotissement dans la commune qui en est à l’origine. « Le promoteur qui a construit le lotissement doit payer une compensation pour perte économique au monde agricole. La condition pour bénéficier de cette enveloppe de 170 000 € est de réaliser un projet collectif », précise l’agriculteur.

Spécialisée dans le maraîchage, l’EARL Vogt irrigue déjà une partie de ses cultures. « Nous avons des parcelles avec un puits et un réseau enterré. Mais nous en avons d’autres, situées un peu plus haut où nous n’avons pas la possibilité d’irriguer. Or, pour la rotation des légumes, il nous fallait amener l’eau là-haut. » Loïc sonde les agriculteurs de sa Cuma pour voir s’ils sont intéressés : il se trouve que plusieurs le sont. C’est ainsi que le projet prend forme, accompagné par Patrice Denis, conseiller irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace.

« L’enveloppe servira à subventionner le forage, l’amenée d’électricité, le réseau enterré, la pompe et les bouches », précise Loïc Schwebel. Les frais de fonctionnement (consommation électrique et frais d’entretien), eux, seront à la charge des utilisateurs. Les cinq agriculteurs concernés pensaient voir aboutir le projet en 2022, mais le déclenchement de la guerre en Ukraine en a ralenti l’avancement. « Les pièces de la station de pompage ont pris du retard, le raccordement électrique n’est pas encore fait, mais les tubes sont stockés, la pompe et le foreur sont commandés et l’entreprise qui creusera la tranchée interviendra en août, après la récolte de blé », détaille l’agriculteur.

Libre choix du système

Compte tenu de la profondeur de la nappe et des débits recherchés, le puits sera creusé à 50 m. L’installation sera dotée d’une pompe de 100 m3 immergée, donnant la possibilité d’irriguer, selon les cultures, avec un enrouleur à buse de 30 mm ou de 22 mm, avec une couverture intégrale ou avec du goutte-à-goutte. « Chacun est libre de choisir son système d’irrigation, voire d’investir plus tard s’il le souhaite, mais l’eau sera disponible à la parcelle. » Comme les débits d’eau demandés sont très variables - de 20 m3 à 100 m3/h - il est prévu d’équiper l’installation d’un automatisme géré par un variateur, permettant le retour de l’eau au puits en cas de débit peu élevé, notamment en début et en fin de saison. "C'était la principale difficulté technique dans ce projet. On aurait pu installer deux pompes et les faire fonctionner en solo ou en simultané pour pouvoir travailler avec des débits plus ou moins élevés, mais les agriculteurs souhaitaient une solution technique simple avec une seule pompe et un coût maîtrisé", indique Patrice Denis. Le choix du programme d’arrosage et de la pression se fera au moment de l’allumage de la pompe, à partir d’un téléphone portable, sans avoir besoin de se déplacer jusqu’au forage. Pour limiter les nuisances sonores, Loïc Schwebel et ses collègues ont fait le choix d’une pompe électrique. « C’est plus cher à l’achat, mais moins coûteux d’utilisation. Surtout quand on voit le prix du GNR… »

« C’est un beau projet, surtout pour ceux qui n’ont jamais irrigué », commente Loïc Schwebel. En attendant qu’il se concrétise, les membres de la section irrigation sont en pourparlers pour acheter un enrouleur en commun car certains adhérents n’en sont pas équipés.

Au Gaec du Vieux Moulin, à Hirschland

Happy Grass : une aide pour gérer le pâturage

Élevage

Publié le 31/05/2022

Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller, les deux associés du Gaec du Vieux Moulin, exploitent 180 ha de SAU, dont 99 ha de cultures et 5 ha de prairies temporaires. Le reste est constitué de prairies naturelles. La surface a récemment augmenté de 51 ha, suite à la reprise de terres d’un voisin agriculteur parti à la retraite. Avec 140 vaches laitières, le couple produit 1,15 million de litres de lait, collectés par la laiterie Unicoolait. « Ici, on a toujours pâturé », souligne Marie-Noëlle Muller. Même si l’orientation de l’exploitation est plutôt intensive - les surfaces étaient plus limitées, lorsque Jean-Jacques s’est installé, en 2003 -, les vaches ont toujours pâturé les parcelles situées à proximité de l’étable. Depuis trois ans, compte tenu de la taille du troupeau, celui-ci a été séparé en deux lots, dont un seul continue à pâturer. C’est le niveau de production et le stade de gestation qui détermine l’intégration, dans un lot ou dans l’autre : dans le premier lot, qui ne pâture pas, sont rassemblées les vaches dont le niveau de production est supérieur à 28 l/jour et celles qui ne sont pas encore confirmées pleines ; dans le deuxième lot, qui pâture, se trouvent les autres vaches. Le premier lot reçoit une ration équilibrée à 30-32 l et est complémenté au Dac, tandis que le deuxième reçoit une ration à 24 l, sans complémentation. Cette séparation en deux lots simplifie la conduite de l’alimentation et de la reproduction.

Pour pouvoir faire des projections sur la quantité d’herbe disponible, le couple d’éleveur utilise l’application Happy Grass, pour la deuxième saison consécutive. Cet outil permet, à partir des mesures de pousse d’herbe, de prévoir le stock d’herbe sur pied, dans les semaines à venir. C’est en fonction de ces prévisions qu’est prise la décision d’intégrer une parcelle dans le circuit de pâturage ou pas. Dans le cas du Gaec du Vieux Moulin, les projections sont facilitées par le fait que l’exploitation fait partie du réseau de mesure de la pousse de l’herbe mis en place par le groupe fourrage de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). La pousse est mesurée, chaque semaine, à l’aide d’un herbomètre.

Ne pas se faire déborder

En matière de pâturage, les années se suivent mais ne se ressemblent pas : une année pluvieuse, comme 2021, la pousse de l’herbe est telle qu’il faut veiller à ne pas se faire déborder. « L’an dernier, on a pâturé, jour et nuit, du 20 juin au 23 septembre, car il y avait de l’herbe disponible », expose Marie-Noëlle. Durant cette période, la pâture représentait 50 à 60 % de la ration, contre 40 à 50 % d’habitude. « On a commencé à quarante vaches, puis on est passé à cinquante vaches, pour tenir compte de la pousse de l’herbe », complète Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA, qui suit le troupeau du Gaec du Vieux Moulin. Huit génisses pleines sont passées après les vaches pour nettoyer les refus à partir du 20 juin, ce qui a permis de limiter la fauche des refus.

Cette année, le contexte météorologique est différent : le coup de froid de début avril, suivi d’inondations, a obligé Marie-Noëlle et son mari à sortir les vaches plus tard que d’habitude, soit le 12 avril. « Du coup, on a tout de suite sorti cinquante vaches et on les a fait pâturer au fil, pour éviter de gaspiller de l’herbe. Pour le moment, elles ne pâturent que le jour mais si le temps devient très chaud, elles pâtureront la nuit et rentreront à l’étable, en journée. » Seulement trois paddocks avaient été pâturés au 16 mai, soit l’équivalent de 3,5 ha. « Les vaches ont mis 25 jours à pâturer les trois paddocks. Selon l’application, il était temps de revenir sur le premier. Les mesures indiquaient entre 9 et 12 cm, ce qui est une bonne hauteur de retour », indique le conseiller en élevage qui pensait initialement intégrer 5 ha de plus au pâturage. Ces 5 ha ont donc été ensilés le 10 mai et les vaches sont revenues aux parcelles déjà pâturées une première fois. « On refera le point, début juin, pour voir si on a besoin de ces 5 ha ou si on les refauche », indique Philippe Le Stanguennec, qui a la possibilité de réaliser des simulations pessimistes ou optimistes, quant à la pousse de l’herbe. « En général, on fait des prévisions sur deux pas de quinze jours. Au-delà de quatre semaines, c’est trop aléatoire. » Quelles que soient les prévisions permises par l’outil, l’échange entre le conseiller et les éleveurs reste indispensable, pour arbitrer.

« Pas mal pour des prairies naturelles »

Au-delà de la gestion des pâturages, Happy Grass sert aussi de carnet de pâturage : il suffit d’enregistrer les dates d’entrée et de sortie de la pâture. Cette fonction est particulièrement utile aux éleveurs qui respectent un cahier des charges avec un nombre minimum de jours de pâturage, comme ceux qui produisent du lait de prairie. Une fonction cartographie permet de visualiser les différentes parcelles pâturées. Happy Grass offre aussi la possibilité de réaliser un bilan de fin d’année, qui reprend les différentes informations de la campagne : surface pâturée par vache, part de la pâture dans l’alimentation, proportion pâture/fauche, dans chaque parcelle. Ce bilan contribue à valider les choix et à envisager des adaptations pour la campagne à venir. À la ferme du Vieux Moulin, on observe ainsi qu’en 2021, les prairies pâturées ont fourni en moyenne 7 t d’herbe/ha, ce qui est « pas mal pour des prairies naturelles. Même sur les parcelles qui n’ont été que pâturées, on est entre 6 et 7 t/ha, ce qui traduit une bonne valorisation », juge Philippe Le Stanguennec.

Opération fermes ouvertes 

« C’est quand même bon, le lait ! »

Vie professionnelle

Publié le 19/05/2022

« Vous avez que des vaches ? » « Comment il s’appelle, le veau ? » « Pourquoi celui-là, il n’est pas de la même couleur ? » Ce mardi matin, Thomas Iltis accueille une dizaine d’écoliers de l’école Pflimlin, de Val-de-Moder, près de Pfaffenhoffen. Âgés de 9 à 11 ans, Hugo, Serena, Kenza, Donovan et leurs camarades sont scolarisés en classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Leur enseignante, Hélène Hemmerter, participe pour la première fois à l’opération Fermes ouvertes avec ses élèves et deux accompagnatrices, Sandra et Geneviève. Pour les plus jeunes, cette visite est l’occasion « de voir des animaux de près, de les toucher », et de découvrir le cycle de vie de l’animal en passant de l’étable des veaux à celle des vaches au fur et à mesure de la matinée. Pour les plus âgés, qui seront bientôt amenés à choisir une orientation, c’est le moment - déjà - d’appréhender le milieu professionnel. La sortie servira également à retravailler certaines notions de géographie une fois de retour en classe, précise l’enseignante.

Aux enfants, l’éleveur explique pourquoi Tabouret - c’est le nom du veau - n’est pas laissé avec sa mère après la naissance et pourquoi les mâles sont vendus au bout de quelques semaines. Chaque veau qui naît sur la ferme est muni d’une carte d’identité, ajoute-t-il. « Si je le vends, la carte d’identité le suit et le nom du propriétaire change. » Les femelles sont d’abord placées dans des niches, puis à deux dans des boxes « pour qu’elles aient des amies ». À l’âge de 4-5 mois, elles sont transférées sur un deuxième site et reviennent à Mulhausen pour la mise bas. Des petites mains remplies de foin se tendent vers le museau des veaux, qui restent prudemment à distance des enfants. « Elles ne sont pas habituées à voir autant de monde. Mais elles sont contentes qu’il y ait un peu d’animation », rassure Thomas Iltis, avant d’enchaîner sur l’alimentation des veaux.

Le groupe se dirige ensuite vers « la maternité. C’est là que les vaches sont mises au repos pour attendre leur prochain veau. Elles produisent du lait quand on les trait, mais de moins en moins et puis ça s’arrête ». « Vous devez être vétérinaire aussi ? » interroge l’une des accompagnatrices. « Vétérinaire, mais aussi comptable, mécanicien, chauffagiste… s’amuse l’éleveur. Si une vache a un problème de sabot, je peux intervenir seul mais pour quelque chose de plus compliqué, il me faut l’aide d’un vétérinaire. » Dans l’étable où sont hébergées 48 laitières, Thomas Iltis attire l’attention du groupe sur le logement des animaux : les matelas en caoutchouc pour le couchage, les ventilateurs pour brasser l’air et le système de brumisation qui permet de rafraîchir les vaches quand il fait trop chaud.

Trouver une solution pour continuer l’élevage

« Elles sont libres de faire ce qu’elles veulent, de manger, de se coucher ou de circuler et d’aller se faire traire au robot », explique l’éleveur. Il prend une pleine poignée d’aliment qu’il tend aux enfants : de la luzerne, des bouts de tige de maïs, des graines de soja et de colza broyées. « On mélange tout pour qu’elles ne puissent pas choisir. Sinon, elles choisiraient ce qu’elles préfèrent. » Les écoliers n’ont pas épuisé toutes leurs questions. Mais il est temps de leur montrer le robot de traite. Thomas les fait rentrer dans le local technique, d’où l’on voit le bras du robot nettoyer les mamelles puis accrocher les trayons un à un. « Est-ce que ça leur fait mal ? » demande une fillette. « Non, sinon elles ne viendraient pas quatre fois par jour au robot. Et puis pendant la traite, les vaches reçoivent une friandise. » Et après ? « Le lait part dans une grande citerne de 3 000 litres. Il est réfrigéré à 3 °C. Le camion ramasse le lait tous les deux jours. »

Dans la laiterie, Christophe Dohrmann, l’associé de Thomas Iltis, rejoint le groupe. « Tu leur as parlé des cultures ? » Le temps est passé trop vite pour expliquer aux enfants que les deux agriculteurs cultivent 130 ha, dont une grande partie sert à l’alimentation du troupeau. De leur dire aussi qu’avec le départ à la retraite de son associé à la fin de l’année, Thomas Iltis va devoir trouver une solution pour continuer son métier d’éleveur. Jusqu’ici, les deux éleveurs louaient les bâtiments à un agriculteur aujourd’hui retraité. Des affaires d’adultes qui semblent bien loin des préoccupations des enfants occupés à déguster les bibelaskaes à la framboise offerts par Alsace Lait ou à goûter un verre de lait frais. Donovan tend son verre sans hésiter. Verdict ? « C’est quand même bon, le lait ! »

Élevage laitier

Coproduits : un levier pour limiter la hausse des coûts alimentaires

Élevage

Publié le 10/05/2022

Drèches de brasserie, pulpes de betteraves, okara (drêches de soja), corn feed… La présence, en Alsace, d’industries de transformation des produits agricoles facilite le recours aux coproduits dans l’alimentation du bétail. Les fabricants d’aliments les intègrent dans leurs formules en quantités plus ou moins importantes. Dominique Neige, lui, a fait du négoce de coproduits son activité. Depuis 2005, il les propose aux éleveurs sous forme de mélange réalisé directement à la ferme et conservé dans un seul silo (mélange Pollen). Certains éleveurs laitiers alsaciens en sont utilisateurs depuis une quinzaine d’années. La plupart d’entre eux étaient réunis le 23 mars à Kogenheim pour une réunion d’échanges animée par Stéphane Lartisant, ingénieur au BTPL (Bureau technique de promotion laitière).

Réduire l’impact environnemental

Au nombre des avantages de la ration Pollen, Dominique Neige cite une réduction des charges alimentaires et de mécanisation, ainsi qu’une diminution du temps de préparation et de distribution de la ration, qu’il chiffre à une vingtaine de minutes par jour par rapport à l’utilisation de produits stockés séparément. Autres atouts : une meilleure conservation et une reprise plus facile, liées à un front d’attaque qui avance vite. L’intérêt du mélange est aussi de valoriser l’intégralité du potentiel nutritionnel des coproduits, de diminuer les pertes, les écoulements et de réduire l’impact environnemental en utilisant plus de coproduits humides en ferme.

La composition du mélange Pollen, qui associe coproduits secs et humides, n’est jamais la même. « Le mélange rend visible ce que vous ne voyez pas dans l’aliment du commerce : les matières disponibles, le prix, comment on formule… », avance Dominique Neige. En contrepartie, l’arbitrage entre les différents ingrédients oblige les éleveurs à une certaine capacité d’adaptation. « Il y a un côté improvisation dans le chantier », ajoute le patron de Pollen, lié à l’acheminement en temps et en heure des différents ingrédients jusqu’à la ferme, où a lieu le mélange. Autre contrainte : celle de la place. Il faut en effet une plateforme pour mélanger les ingrédients. Lorsque les coproduits arrivent à la ferme, ils sont incorporés à l’aide d’une mélangeuse automotrice de 45 m3 qui permet de travailler des gros volumes rapidement.

Dominique Neige reconnaît que « le gisement de coproduits est un facteur limitant ». Il s’approvisionne en fonction des coproduits disponibles, avec le souci de ne pas participer à la surenchère sur les prix à laquelle se livrent certains opérateurs concurrents. Avec le groupement Les éleveurs de l’Est, il s’efforce de convaincre les industriels qu’ils ont intérêt à travailler avec les éleveurs de proximité pour minimiser leur empreinte carbone, plutôt que d’envoyer les coproduits à plusieurs centaines de kilomètres. Il travaille déjà en direct avec certains industriels, comme l’amidonnerie Tereos et la brasserie Meteor. Dans un contexte de hausse des prix du transport, il est d’autant plus important de valoriser les coproduits localement, insiste le négociant, qui plaide pour un partenariat renforcé entre éleveurs et industriels.

Une moyenne économique supérieure

Les résultats des élevages utilisateurs du mélange Pollen ont été comparés au sein d’un échantillon de 70 élevages alsaciens, parmi lesquels près des trois-quarts utilisent des coproduits (plus de la moitié distribuent seulement des pulpes). Ces coproduits permettent de compenser un manque de SFP (surface fourragère principale). Les utilisateurs de mélange Pollen sont les moins consommateurs d’ensilage de maïs avec 3 t de maïs/VL/an pour 1,1 t de pulpes/VL/an, relève Stéphane Lartisant. Les mélangeurs (mélanges Pollen et autres mélanges) devancent les autres élevages en matière sèche ingérée (plus de 6 t/VL/an contre 5,5 t pour les autres élevages) et ils consomment du foin. « Sans matelas fibreux, la consommation de coproduits est une catastrophe », note l’ingénieur du BTPL. À plus de 11 300 kg, la production annuelle par vache des éleveurs en mélange Pollen est nettement supérieure à la moyenne du groupe (9 500 kg/VL/an). La différence est encore plus spectaculaire si l’on considère la production par hectare de SFP : 7 000 l en plus. Les performances des élevages utilisant des mélanges livrés sont proches de la moyenne du groupe, voire un peu meilleures pour la production par ha de SFP.

En termes de coût et d’efficacité économique, les mélanges renchérissent le coût de la ration (4,65 €/vache traite/jour pour Pollen contre 4,27 € en moyenne), mais la moyenne économique dégagée est nettement supérieure (11 341 l/VL/an pour Pollen contre 9 507 l en moyenne). Sur tous les autres paramètres économiques - marge alimentaire/jour, marge brute/VL sur production et marge brute/ha sur production, les mélangeurs Pollen arrivent également en tête. L’écart est de 900 €/ha sur ce dernier paramètre. Le recours au mélange a d’autres impacts sur les pratiques, souligne Stéphane Lartisant. En engageant moins de SFP pour nourrir le troupeau, l’éleveur économise du fioul, des charges de mécanisation et allège potentiellement sa charge de travail.

L’utilisation des coproduits, si elle peut paraître contradictoire avec la recherche d’autonomie à l’échelle de l’exploitation, va dans le sens d’une autonomie du territoire, estime le représentant du BTPL. Certes, l’évolution actuelle du cours des matières premières - tourteaux de soja ou de colza par exemple - impacte le coût des mélanges : la hausse est de 103 € la tonne brute pour un mélange à 44,8 % de MS et 28,3 % de MAT contenant 70 % de coproduits humides. Cette estimation est basée sur un surcoût de 15 €/t pour les coproduits humides, ce qui est une hypothèse haute sachant que jusqu’ici (NDLR : jusqu’au 23 mars) ni le prix des drèches ni celui de l’okara n’a bougé. Pour de l’aliment du commerce à 28,3 % de MAT, la hausse est de 135 € la tonne brute à 88 % de MS. L’utilisation de coproduits limite donc l’impact de la hausse du coût des matières premières.

Technique

Changement climatique : combiner les leviers

Vigne

Publié le 01/05/2022

Ce sont deux cartes de l’Europe : d’un côté, les vignobles actuels, majoritairement méditerranéens ; de l’autre, les vignobles à l’horizon 2050 où figurent les zones amenées à disparaître et les nouvelles régions productrices, bien plus au nord qu’aujourd’hui. L’Alsace est classée dans les zones qui restent adaptées à la culture de la vigne. D’ici 2050, Colmar pourrait même être « le centre de gravité du vignoble européen », avance Jean-Daniel Héring, président du pôle IFV Alsace, en ouvrant le colloque de l’IFV, le 5 avril à Colmar. Pourtant, les conditions de production évoluent. De 1977 à 2021, la température moyenne annuelle à Colmar a progressé de 2,4 °C. Dans le même temps, la date de véraison du gewurztraminer a avancé de 35 jours, selon les relevés effectués à Bergheim. S’adapter est une nécessité. C’est en combinant les leviers que la filière viticole y parviendra, assure Christophe Riou, directeur général de l’IFV, en écho aux différents intervenants.

En modifiant les pratiques viticoles, les vignerons vont pouvoir retarder le cycle de la végétation. Tailler en mars permet de gagner neuf jours sur le débourrement, annonce ainsi Thierry Dufourcq, ingénieur à l’IFV, dans un panorama des techniques d’adaptation au changement climatique. Il est même possible de tailler après le débourrement afin de retarder la floraison-véraison avec tout de même le risque, une année sur trois, d’amputer le rendement. La réduction de la surface foliaire est une autre piste d’adaptation. Enlever une partie des feuilles actives pour la photosynthèse amène un décalage de maturité qui peut aller jusqu’à une semaine. Les vignerons peuvent aussi jouer sur l’ombrage des vignes en utilisant des filets. Leur disposition, la date optimale de pose, la couleur et le degré d’ombrage sont étudiés par différentes équipes de recherche. Les premiers résultats montrent une réduction de la transpiration des vignes, de l’échaudage des grappes et un décalage de la maturité. Mais l’effet des filets sur le rendement à long terme mérite encore d’être étudié, indique Thierry Dufourcq. Leur coût - 10 000 à 15 000 €/ha selon la densité de plantation - est à mettre en rapport avec les autres services rendus : la protection contre la grêle, voire contre certaines maladies, comme le black-rot.

Moins chère, la pulvérisation de kaolinite, une argile blanche qui protège le feuillage, réduit la contrainte hydrique ainsi que l’échaudage. Cette technique est déjà utilisée en agriculture biologique, signale l’ingénieur de l’IFV. La brumisation, utilisée en Californie, l’ombrage sous des panneaux solaires, expérimenté dans la région d’Orange, constituent deux autres voies d’adaptation possibles. Quant à l’agroforesterie viticole, qui contribue aussi au stockage du carbone, elle est à envisager comme une solution de long terme, sur laquelle les chercheurs ont encore peu de recul. « Il y a des références à consolider et des expériences de vignerons à valoriser », considère Thierry Dufourcq.

La gestion des sols viticoles fait également partie de la panoplie pour faire face au changement climatique. Différentes stratégies peuvent être mises en œuvre pour limiter la perte évaporative, améliorer la capacité de rétention en eau des sols ou pallier l’inaccessibilité des éléments minéraux en sols secs. L’irrigation sécurise le rendement et la qualité, mais elle nécessite un pilotage rigoureux. Elle augmente également le taux de sucre dans les raisins, ce qui n’est pas forcément souhaitable. Son coût est à prendre en considération. « Dans les vignobles où il n’y a pas de sécheresse régulière, il faut accepter de ne pas irriguer tous les ans, ce qui est difficile à tenir », observe Thierry Dufourcq. Sans parler de la question de l’accès et du partage de l’eau. L’utilisation de biochar permet quant à elle de renforcer la capacité de rétention d’eau des sols. Mais là encore, des études restent à mener pour confirmer ces propriétés. En plein développement, la couverture des sols offre « un rempart contre l’échauffement, la perte de fertilité et l’évaporation », souligne l’ingénieur de l’IFV qui fait état d’un écart de 8 ° à 10 °C entre un sol couvert et un sol nu.

Revoir les pratiques œnologiques

En modifiant la composition du raisin et les conditions de récolte, avec des risques sanitaires et microbiologiques accrus que détaille Éric Meistermann, directeur du pôle IFV de Colmar, le réchauffement climatique impose de revoir les pratiques œnologiques. Pour baisser la teneur en alcool des vins, les vignerons ont la possibilité d’utiliser des souches de levure à faible rendement en alcool. Le gain permis par ces souches de levures est de l’ordre de 0,5 à 1 ° d’alcool potentiel. Pas énorme mais suffisant pour provoquer des déséquilibres sur certains vins. Le désucrage, réalisable en amont, facilite la fermentation des vins mais s’avère contraignant puisqu’il se pratique pendant les vendanges. Différentes techniques existent pour désalcooliser les vins : contrairement au désucrage, elles peuvent être mises en œuvre toute l’année, sur dérogation, mais elles consomment de l’eau et génèrent des effluents, pointe Thierry Dufourcq. Pour rétablir l’acidité des vins et permettre un équilibre satisfaisant, les vignerons peuvent recourir à de l’acide tartrique ou à des levures préservant l’acidité, incorporées dans le moût avant fermentation. Sans passer par la voie chimique, il existe aussi des techniques membranaires comme l’électrodialyse bipolaire - très consommatrice en eau - ou le recours à des résines échangeuses d’ions. Ces deux techniques, expérimentées sur le cépage négrette, donnent des résultats qualitatifs très intéressants, selon le chercheur.

EARL Vogt à Bischwiller

« En légumes, on ne peut pas tout maîtriser »

Cultures

Publié le 01/05/2022

En 2021, quatre nouvelles serres sont venues compléter celles montées en 2008 et 2010 à l’EARL Vogt de Bischwiller, portant la surface sous serre à 5 500 m2. Un investissement de plus pour l’ancienne ferme de polyculture-élevage, qui s’est spécialisée dans le maraîchage sous l’impulsion d’Olivier Vogt à compter de 2005. Sorti du lycée agricole d’Obernai en 2001, Olivier a préféré développer les légumes plutôt que l’élevage laitier, définitivement arrêté à la retraite de son père, Jean-Jacques, en 2012. D’année en année, il a augmenté les surfaces maraîchères et diversifié sa gamme en ajoutant aux asperges et aux pommes de terre, cultivées traditionnellement sur la ferme, quantité d’autres légumes. Il cultive désormais l’équivalent d’une cinquantaine d’hectares en maraîchage avec Loïc Schwebel, le fils de son cousin, qui l’a rejoint comme salarié, puis associé de l’EARL en 2018. L’augmentation des surfaces les a conduits à mécaniser davantage certains travaux - plantation et récolte notamment - pour travailler plus efficacement et avec une moindre pénibilité.

« Même si les légumes occupent moins de surface que les grandes cultures, c’est la production qui génère le plus de chiffre d’affaires et le plus de revenus sur l’exploitation », relève Olivier. C’est aussi celle qui réclame le plus de travail : hormis le dimanche, les deux associés sont occupés toute la semaine. Loïc se consacre aux cultures, avec une équipe de salariés permanents et de saisonniers. Jean-Jacques, bien que retraité, se charge des traitements et du suivi des cultures. Olivier se concentre sur l’organisation des commandes, la vente, la gestion des salariés et la comptabilité. Les deux associés achètent tous leurs plants auprès de deux fournisseurs selon des plannings définis à l’avance. « La plupart des plants viennent d’Allemagne ou de Bretagne. On sait ce qu’on reçoit chaque semaine et on ajuste en fonction de la météo et des demandes de la clientèle ». Les serres, non chauffées, sont occupées toute l’année : en hiver, par de la mâche, puis de la salade et des radis, auxquels succèdent les légumes d’été (tomates, poivrons, aubergines, concombres…).

Économiser l’eau

Les deux associés, dont la ferme est certifiée HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis cette année, cherchent à limiter l’usage des produits phytosanitaires et à économiser l’eau. « Sous serre, nous utilisons des auxiliaires pour lutter contre les parasites, comme les thrips ou les pucerons. Nous posons des pièges adhésifs pour les repérer et nous n’intervenons qu’à partir d’un certain seuil de présence. » Le pilotage de l’irrigation se fait à partir des données de la station météo et les serres sont irriguées par goutte-à-goutte pour s’ajuster aux besoins des plantes. Le goutte-à-goutte sert aussi à apporter du calcium aux tomates, à raison d’un apport tous les 10 jours pendant la saison. Pour les légumes de plein champ, Olivier et Loïc utilisent les sols sableux (pour les asperges) et sablo-limoneux. « Les terres à plus de 50 % d’argile sont trop compliquées à travailler. Nous les réservons aux grandes cultures. » Sur les terres à légumes, qui sont irriguées soit par couverture intégrale soit par enrouleur, les deux associés intercalent un blé une année sur trois « pour couper le cycle des adventices ». Une partie des légumes sont cultivés en dérobé. Sitôt le blé récolté, ils implantent des légumes d’hiver qui peuvent rester en place jusqu’en avril de l’année suivante.

Pour le désherbage, ils privilégient le binage, le désherbage chimique n’étant pratiqué qu’en rattrapage. « Tous les légumes sont binés une à deux fois minimum. Plus pour le poireau. Si on veut avoir un beau fût blanc, il faut le biner et le butter régulièrement », explique Loïc. Les deux associés disposent de deux bineuses d’écartements différents et d’un tracteur guidé par GPS, mais une année pluvieuse comme 2021, le binage peut être compliqué. Pour protéger les cultures contre les insectes et contre le gibier, ils utilisent des filets. Les traitements restent indispensables pour certains parasites, comme la mouche du poireau. « On n’y coupe pas ! »

Pour la conduite des cultures, les deux associés sont bien encadrés grâce aux techniciens de Planète Légumes. « On bénéficie d’un vrai suivi. C’est très important en légumes où les maladies évoluent et les produits deviennent de plus en plus rares. » Au printemps et en été, les légumes sont récoltés au jour le jour. « À partir du 1er novembre, on récolte tout ce qui craint le gel et on stocke en chambre froide : les céleris, les choux, les pommes de terre, les carottes, les rutabagas… » En tout, Olivier et Loïc disposent de quatre chambres froides. La dernière a été aménagée en 2015. Cette année-là, la ferme Vogt a investi 800 000 € dans l’extension du bâtiment principal, construit à l’extérieur de Bischwiller par le père d’Olivier 15 ans plus tôt et dans l’acquisition d’une chaîne de lavage et de conditionnement très performante. Ils en ont profité pour transférer leur magasin de vente sur place. Des places de parking en nombre suffisant et la proximité des parcelles, gage de fraîcheur, contribuent à l’attractivité du point de vente, comme la présence d’un large choix de produits complémentaires de provenance locale.

Stratégie

« Ce sont les clients qui donnent la tendance »

Vigne

Publié le 11/04/2022

Xavier Schneider et son épouse Sophie cultivent 10,40 ha de vignes situés sur les bans de Gueberschwihr, Hattstatt et Pfaffenheim. « Pour rationaliser le travail », quelques parcelles situées à Rouffach ont été cédées en fermage car trop éloignées du siège de l’exploitation. Les vignes sont implantées sur deux grands types de sol : argilo-calcaires et limono-argilo-sableux. « Nous avons toujours privilégié les terrains de qualité », précise Xavier, dont le père exploitait déjà 3,5 ha dans le grand cru Goldert. Son installation en 1998 s’est faite à la faveur du rachat de 2 ha, dans un secteur où les vignes à vendre sont rares et convoitées.

Le domaine est certifié HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis 2020. « Nous avons fait une incursion dans la viticulture bio. Peut-être avions-nous commencé trop tôt. À l’époque, la clientèle n’était pas aussi demandeuse qu’aujourd’hui. Depuis, nous sommes revenus en arrière », expose le vigneron. Plusieurs facteurs expliquent ce revirement, opéré alors que la labellisation était à portée de main. Le vigneron met en avant la charge de travail supplémentaire qu’induit ce mode de production et le surcoût qu’il aurait fallu répercuter sur le prix des bouteilles : deux euros de plus selon ses estimations. « Ma clientèle n’est pas forcément prête pour cela : ne serait-ce qu’un euro de plus par bouteille, cela représente déjà un peu d’argent pour certains foyers. Ce qui est difficile, c’est de trouver le bon rapport qualité-prix. » En pratiquant une viticulture raisonnée, il pense l’avoir atteint aujourd’hui.

Dans ses vignes, Xavier laboure un rang sur deux, tandis que l’autre est enherbé naturellement. Outillé pour travailler le cavaillon mécaniquement, il a dû se résoudre, au décès de son père il y a deux ans, à faire un passage d’herbicide dans la saison, en se limitant à 2 l/ha. Le reste du temps, il se débarrasse des mauvaises herbes sur le rang au moyen d’interceps. Le vigneron pratique régulièrement des analyses de sol et ajuste la fertilisation en fonction des besoins. « Après une année à forte production, j’ai tendance à mettre de l’engrais organique partout. Sinon, dans les terres en bas du village, les coteaux et les grands crus, il y en a généralement moins besoin. » Côté traitements, il utilise des produits systémiques en complément du soufre et du cuivre. Une année à pression moyenne de mildiou et d’oïdium, « sur six à sept traitements, je commence par trois traitements en conventionnel et le reste à base de cuivre. » Une option qui lui permet de limiter l’accumulation du cuivre dans ses sols, dont il pense que l’excès a pu nuire à la vie microbienne dans certaines de ses parcelles. D’une manière générale, Xavier privilégie le travail à la main dans les vignes pour « être proche du végétal » et pouvoir réagir rapidement en cas de maladie : c’est le cas pour le palissage, réalisé en deux passages, l’épamprage et l’ébourgeonnage, ainsi que pour l’effeuillage, qui n’est pas systématique et peut être réalisé par un prestataire lorsque le temps manque. Le passage régulier dans les parcelles lui permet aussi de contrôler la charge, notamment dans les jeunes vignes, où il n’hésite pas à couper en vert les premières années pour permettre un bon développement ultérieur de la plante.

La convivialité et la rigueur

Pour les vendanges, qui sont manuelles, Xavier et Sophie s’entourent d’une équipe d’une quinzaine de vendangeurs, dont une bonne partie sont fidèles au domaine de longue date. « Le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Nous avons dû refuser des vendangeurs l’an dernier. » Repas et casse-croûte pris en commun participent à la convivialité de la récolte. La bonne ambiance n’empêche pas la rigueur dans le travail : « S’il faut trier, on trie dès le départ. » Cette exigence s’est imposée tout particulièrement l’an dernier, en raison des conditions climatiques et des dégâts provoqués par les maladies. Rentrer une vendange saine permet au vigneron de limiter les intrants par la suite, en particulier le soufre : en sortie de pressoir, il peut descendre jusqu’à 2 g/hl.

Xavier ensemence systématiquement les jus avec des levures sélectionnées. Une fois la fermentation achevée, il réalise un premier soutirage et attend que la clarification se fasse naturellement. « En janvier, mes vins sont encore troubles. Je ne suis pas pressé de mettre en bouteilles. Je privilégie une sédimentation naturelle ce qui me permet de faire une filtration moins poussée. » Les vinifications sont faites de plus en plus en cuve inox, plus faciles à nettoyer que les cuves en bois. Équipé d’une laveuse et d’une chaîne d’embouteillage et d’étiquetage, le vigneron embouteille au fur et à mesure de ses besoins. « S’équiper a un coût, mais ça permet davantage de réactivité par rapport aux clients », estime le vigneron, qui y voit aussi un avantage en termes d’organisation du travail.

Le domaine revendique 4 000 clients, à 85 % des particuliers, « dont 2 000 clients réguliers qu’on voit au moins une fois par an. Ce sont eux qui donnent la tendance. Dans les années 1990-2000, notre clientèle était davantage axée sur le sucre, aujourd’hui elle recherche des vins plus secs, mais toujours parfumés. » Le domaine Schneider s’est adapté à la demande, en cherchant à satisfaire tous les goûts. Ses vins, dont l’habillage a été revu, s’organisent désormais en trois catégories - tradition, réserve et grands crus. La gamme, qui comptait 25 références il y a quelques années, a été resserrée pour une question de lisibilité. Garder des prix accessibles reste une priorité pour la famille Schneider, qui, outre la vente au caveau, réalise chaque année 15 à 20 salons « à taille humaine » dans toute la France. Sans prospection particulière, elle vend également 10 % de ses volumes à l’export.

Technique

Itinéraire d’un vin, muscat Kappellreben 2020

Vigne

Publié le 09/04/2022

LE TERROIR. Son nom ne figure ni dans la liste des 51 grands crus ni dans celle des lieux-dits alsaciens les plus connus. Le muscat Kappellreben* 2020 provient d’une parcelle de plaine de 14,22 ares située sous la Chapelle de la Croix à l’entrée du village de Saint-Hippolyte. Située sur un sol limoneux assez lourd qui, en période de sécheresse, retient mieux l’eau que les coteaux granitiques qui font la réputation du village, la parcelle a été plantée il y a tout juste 20 ans. Parce qu’ « historiquement, le muscat se plaisait bien à cet endroit », François Bléger a replanté la surface en deux blocs - deux tiers de muscat ottonel, un tiers de muscat d’Alsace - avec l’idée qu’un assemblage des deux variétés de muscat pouvait offrir une richesse organoleptique supérieure à une variété unique. La parcelle, qui avait bénéficié d’un apport de compost au préalable, en reçoit depuis à intervalle régulier selon un roulement permettant de couvrir chaque année 2 à 3 ha. À ce jour, elle est « la seule parcelle de muscat » du domaine de 9 ha. « C’est pour cela qu’on la chouchoute », explique Clémence, la nièce de François Bléger, qui le seconde dans la conduite du domaine.

LA CONDUITE. La vigne est taillée en guyot double. « Ces dernières années, on taille de plus en plus court pour réduire le rendement et on commence à arquer entre cinq et huit yeux », indique Clémence. Au printemps, son oncle ébourgeonne pour tendre vers un meilleur mûrissement des baies. Certifié HVE 3 (haute valeur environnementale) depuis trois ans, le domaine alterne enherbement naturel et semis de couverts végétaux un rang sur deux, afin de réguler la vigueur et d’aérer le sol. Le couvert utilisé est un mélange de quinze espèces, à dominante de trèfle et de pois. Il est roulé deux fois l’an alors que le rang enherbé est fauché. Le désherbage du cavaillon est réalisé mécaniquement : en vue de sa conversion à l’agriculture biologique, débutée en septembre dernier, le domaine s’est équipé de disques crénelés, disques émotteurs et disques à doigts. En 2020, ce matériel lui a permis de désherber le rang en trois passages. Contrairement à 2021, 2020 n’a pas été une année compliquée à gérer sur le plan sanitaire : « Il y a eu peu de maladies et peu de pourriture, même en fin de saison », résume Clémence. Pour protéger la parcelle contre le mildiou et l’oïdium, le vigneron a prioritairement joué sur le palissage et l’effeuillage, de manière à ne pas créer un microclimat humide au sein de la parcelle. Il n’a traité qu’à partir de la floraison, en privilégiant le cuivre et le soufre au premier passage, avant d’utiliser un systémique. Il n’a pas eu besoin de traiter contre les vers de la grappe. François a pratiqué un effeuillage sur les deux faces assez tôt dans la saison, ce qui lui a permis au passage de se débarrasser des capuchons floraux, et il a vendangé en vert au courant de l’été. Sa parcelle du Kappellreben a atteint le rendement autorisé, soit 65 hl/ha.

Des reflets argentés et un nez gourmand

LA VINIFICATION. Les raisins ont été récoltés le 15 septembre lors d’un jour « fruit » selon le calendrier biodynamique. « Les deux muscats ont été vendangés manuellement et pressurés en même temps », souligne Clémence. Pour pouvoir extraire les précieux arômes du muscat, François a opté pour un cycle de pressurage relativement long de huit heures. Sulfité à 2-3 g/hl à la sortie du pressoir, le jus a été refroidi à 12-13° en cuve inox thermorégulée le temps d’un débourbage statique. Le soutirage a été effectué en fonction du calendrier biodynamique. Le moût a été levuré pour assurer une fermentation alcoolique homogène, puis transféré en foudre où il a passé l’hiver sous le contrôle de l’œnologue Pierre Sanchez avec qui le domaine travaille de longue date. Filtré sur filtre kieselguhr par un prestataire, le muscat Kappellreben a été mis en bouteilles en avril suivant sa récolte, après un ajustement de la dose de SO2 à 3,5 g/hl. En dehors de cette petite série de 1 300 bouteilles, le muscat issu de la parcelle a aussi servi à élaborer un pétillant naturel constitué d’un assemblage de cépages blancs vinifiés nature.

LE VIN. Le muscat Kappellreben 2020 se présente avec une robe claire bien brillante, « aux reflets un peu argentés. Son nez est très gourmand, avec des arômes de raisins frais, de pêche, d’abricot. Une pointe de fraîcheur apparaît derrière, un petit côté agrumes, voire zeste de citron », décrit Clémence. Ses 2,2 g/l de sucres résiduels le classent dans la catégorie des vins secs, comme l’atteste l’échelle de sucrosité figurant sur la contre-étiquette. Parfait pour l’apéritif, il se marie très bien avec des toasts au saumon fumé ou, selon un accord devenu classique, avec des asperges. La jeune femme le recommande aussi avec des légumes ou des fruits frais, des fromages de chèvre, voire avec des desserts : associé à une tarte au citron ou une tarte à la rhubarbe, il en renforce le côté gourmand tout en apportant un équilibre à cette alliance de saveurs. Récompensé par le trophée « vin sec » dans sa catégorie au Mondial des vins blancs 2021, le muscat Kappellreben du domaine Bléger est commercialisé auprès des particuliers et des professionnels (cavistes et restaurant essentiellement). Son tirage limité lui permet de se vendre dans l’année.

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