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La cave de Beblenheim sort de sa réserve
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Vigne
Publié le 27/06/2022
Directeur général de la cave de Beblenheim depuis deux ans, Philippe Wiederhirn est confronté à une question récurrente de la part des adhérents : pourquoi ne pas lancer une grande campagne d’affichage comme le font d’autres grandes entreprises du vignoble ? Cette question traduit leur légitime fierté : celle de produire, selon le référentiel HVE 3 (haute valeur environnementale), les raisins qui donnent naissance à une large palette de vins reflétant la diversité des terroirs dont ils proviennent. Mais elle se heurte à une difficulté : jusqu’à présent, la cave de Beblenheim n’est pas présente dans les rayons sous une marque unique, mais sous une dizaine de marques différentes : Baron de Hoen, Storchengold, Heimberger, Eugène Deybach… Selon le circuit de distribution, l’enseigne, et même le type de vins dans le cas des crémants, c’est l’une ou l’autre de ces marques qui apparaît sur l’étiquetage. Cette dispersion engendre un déficit d’image que la quatrième coopérative vinicole d’Alsace cherche à corriger.
Alors qu’elle fête ses 70 ans d’existence, le moment était venu de réfléchir à une stratégie susceptible d’apporter une meilleure visibilité sur les marchés. L’enjeu est de trouver un positionnement « en adéquation avec nos volumes et avec la qualité de nos vins », résume Mathias Schneider, président de la cave depuis 2006. Les responsables de la coopérative ont fait appel à l’agence colmarienne Préambulles, agence de communication et de marketing spécialisée dans l’accompagnement des entreprises vinicoles. Le travail engagé depuis deux ans a débouché sur la création d’un nouveau logo et d’une nouvelle signature. Composé de cercles concentriques sur lesquels se superpose l’empreinte dorée symbolisant le grand cru Sonnenglanz, le logo se décline jusque dans la signalétique et dans l’habillage des bouteilles. L’identité de la cave, qui était peu mise en avant jusqu’ici, apparaît désormais clairement, imprimée sur un fond noir épuré qui se retrouve de la gamme « plaisir » à celle des grands crus en passant par la gamme « vieilles vignes et terroir ». En proposant une offre totalement transversale sous cette identité, les responsables de la cave espèrent susciter un effet de marque. Et à terme, pouvoir substituer le nom « cave de Beblenheim » aux différentes marques existantes. La substitution a déjà commencé avec les vins vendus aux particuliers dans les deux points de vente de la cave sous la marque Heimberger, précise Philippe Wiederhirn.
Faire évoluer l’outil de production
Le déploiement de cette nouvelle identité n’est pas le seul projet de la cave qui n’a pas cessé d’évoluer depuis sa création en 1952. En rachetant la maison Pierre Sparr successeurs en 2009 et le vendangeoir de Dorlisheim en 2013, elle a accru ses surfaces pour atteindre 350 ha à Beblenheim et alentours et 180 ha à Dorlisheim et dans les villages proches. Les adhérents se sont engagés dans la culture raisonnée en 2003. Leurs efforts en faveur d’une production plus respectueuse de l’environnement ont été soutenus par la cave. Ils lui ont permis d’obtenir la certification HVE 3 pour l’ensemble de son vignoble en 2021. 23 ha sont certifiés en agriculture biologique, l’objectif étant d’arriver à une centaine d’hectares d'ici 2024, soit 20 % des surfaces.
La cave de Beblenheim souhaite également faire évoluer son outil de production. Elle dispose d’une capacité de cuverie importante, 75 000 hl, sans compter la microcuverie qui inclut de 43 cuves de 10 hl à 100 hl. Une capacité largement supérieure à ses besoins puisqu’elle vinifie environ 45 000 hl qu’elle commercialise entièrement en bouteilles. Son hall crémant lui permet de maîtriser toute la chaîne d’élaboration de l’effervescent, qui représente un tiers de sa production. Elle envisage d’investir dans un nouveau vendangeoir sur le site de Beblenheim. Il s’agira de moderniser le poste de réception et d’alimentation des pressoirs pour pouvoir travailler en vendange entière. Un investissement de l’ordre de 2 millions d’euros (M€) qui pourrait être opérationnel pour les vendanges 2024, selon le directeur général.
Sur le plan commercial, domaine placé sous la responsabilité de Bernard Wagner, la cave de Beblenheim se fixe pour objectif de baisser la part des vins d’entrée de gamme, de manière à mieux valoriser les apports de ses adhérents. « Aujourd’hui, nous sommes bien calibrés en termes d’encépagement », constate Philippe Wiederhirn. Même si le potentiel de production des grands crus, de l’ordre de 100 000 cols, est un peu excédentaire par rapport aux capacités de commercialisation. La cave entend continuer son travail de fond à l’export en particulier sur les marchés lointains (États-Unis, Canada) et sur ses marchés historiques de la Suisse et des Pays-Bas.












