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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Stratégie

« Je veux mieux valoriser mes pommes à jus »

Cultures

Publié le 29/11/2021

Une agréable odeur de pommes pressées flotte dans le local où Francis Meyer, 32 ans, a installé sa chaîne de pressurage et d’embouteillage, au lieu-dit Buscherhof, à quelques centaines de mètres de l’entrée de Sarre-Union, en Alsace Bossue. Les vergers alentour, frappés par le gel ce printemps, ont perdu leurs feuilles. Le peu de fruits récoltés cette année a déjà été pressé, mais le jeune agriculteur fait aussi de la prestation pour des particuliers, grâce au pressoir acquis en 2019. Jusqu’en 2018, Francis, titulaire d’un BTS en génie des équipements agricoles, travaille comme salarié dans une exploitation laitière bio d’Alsace Bossue. Il attend l’opportunité qui lui permettra de « s’installer sur une petite surface pour faire de la bonne nourriture », idéalement des fruits ou des légumes. Celle-ci se présente sous la forme d’une annonce de la Safer (société d’aménagement foncier et d’établissement rural) : 36 ha sont à vendre au Buscherhof, dont 32 ha de vergers plantés par la coopérative Jucoop dans les années 1990 pour alimenter l’usine Réa toute proche. Les candidats sont nombreux. En un temps record, il monte un dossier et convainc une banque de le suivre dans son projet : maintenir l’activité arboricole sur le site et la compléter par du maraîchage. Sa candidature est retenue.

Les pommiers, en fin de vie, ne sont plus entretenus depuis quelques années. Les branches ont poussé, l’herbe est haute et la saison déjà bien avancée. Sur les conseils du conseiller arboricole de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), il fait venir une troupe de 300 moutons pour bien raser la végétation. Cette année-là, la récolte est bonne, conséquence d’une alternance particulièrement marquée. Francis livre ses 300 t de pommes à jus à la coopérative. « Économiquement parlant, elles ont été très mal valorisées », regrette-t-il, faisant état d’un prix de 8 ct/kg. Ce constat l’amène à envisager l’achat d’un pressoir pour transformer lui-même ses pommes en jus. Parallèlement, le jeune installé développe le maraîchage en montant une première serre à Adamswiller, où il réside, et en créant un point de vente sur place. L’année suivante, l’acquisition du bâtiment où la Jucoop entreposait son matériel de culture, et d’1,5 ha supplémentaire lui permet d’ériger sept nouvelles serres et d’ouvrir un second point de vente au Buscherhof. « Ce rachat m’a permis de développer la production de légumes plus vite que prévu ». Y contribue également l’embauche d’un ami, qui prend en charge l’activité maraîchage avec l’appoint de saisonniers, tandis que Francis se consacre plutôt à la culture des pommes à jus.

« Une tache, ce n’est pas aussi grave »

Dès le départ, Francis fait le choix de conduire ses vergers en agriculture biologique. Il utilise un engrais organique à base de fientes de volailles, qu’il épand en partie à l’automne après la récolte, en partie au printemps, sous forme de granulés. L’entretien des vergers est assuré par des moutons, qui font du pâturage tournant. « Je les sors au printemps. Ils font une seule fois le tour du verger, pas plus à cause du parasitisme. Après leur passage, je laisse pousser l’herbe et je passe un coup de broyeur plus tard dans la saison. L’herbe broyée sert d’engrais vert. » La protection des arbres contre les maladies et ravageurs est une affaire plus compliquée. Francis utilise des oligo-éléments en préventif et fabrique lui-même son purin d’orties pour lutter contre l’oïdium et la tavelure. S’il mise aussi sur les moutons pour se débarrasser de certains nuisibles (insectes, souris) grâce au piétinement qu’ils exercent sur le sol, il ne peut pas se passer entièrement de traitement. « Mon objectif est d’en faire le moins possible. Les produits utilisables en bio sont très coûteux et pas forcément très efficaces. Et je préfère éviter le cuivre qui est néfaste pour les moutons ». Si une pomme a une tache, ce n’est pas aussi grave qu’en pomme de table, relativise le jeune agriculteur, qui part du principe qu’en transformant ses fruits lui-même, la perte de rendement induite par sa stratégie est compensée par une meilleure valorisation. « De toute façon, si je récoltais 300 t comme la première année, je n’aurais pas le temps de tout presser ». Hors accident climatique, il table sur un rendement de 8 à 10 t/ha.

Désormais, Francis se fixe pour objectif de stabiliser son activité. Le temps passé à la taille des arbres et à leur entretien ne lui permet pas d’envisager des plantations supplémentaires, hormis les renouvellements. Depuis deux ans, il a commencé à replanter des fruitiers en remplaçant une partie des pommiers à jus par des variétés de table. « Pour les pommes de table, je plante plus serré, 1 000 à 1 500 arbres par ha, contre 650 arbres pour les pommes à jus. Mes sols sont plus pauvres qu’en plaine », justifie Francis. Les pommes de table compléteront l’assortiment proposé dans ses deux points de vente, comme l’ont fait les mélanges de jus vendus depuis l’an dernier (pommes-fraises, pommes-carottes-citron, pommes-betteraves-citron…). Le jeune agriculteur a également embauché une commerciale pour prospecter les supermarchés et les magasins bios, afin d’élargir ses débouchés.

Commerce

« Château Valmont, c’est notre bébé »

Vigne

Publié le 26/11/2021

Au domaine Ruhlmann-Schutz, « les responsabilités et les prises de décision à moyen et long terme » reposent désormais sur les épaules des frères Schutz - Thomas, l’aîné, gérant de l’entreprise, et son frère cadet Antoine -, de leur cousin, Jacques-Émile Ruhlmann, et de sa sœur, Louise-Anne. Les jeunes gens, trentenaires ou presque, se jettent dans le bain à l’âge où leurs propres parents ont pris en main les destinées du domaine : en 1994, André Ruhlmann, rejoint par son épouse Laurence, sa sœur Christine et son beau-frère Jean-Victor Schutz, succédait à son père, Jean-Charles, décédé prématurément. Le domaine comptait alors une dizaine d’hectares pour une production de 60 000 bouteilles. « Aujourd’hui, nous exploitons 50 ha de vignes en Alsace. Avec les achats de raisins, nous vinifions entre 120 et 130 ha chaque année », indique Antoine, commercial export et marketing. Les vignes se répartissent entre Châtenois, Epfig, Dambach-la-Ville, Scherwiller et Nothalten, avec quelques parcelles sur les grands crus Frankstein et Muenchberg. Une belle palette de terroirs comprenant à la fois des sols granitiques et argilo-calcaires, d’où proviennent également les achats de raisins.

Si belle soit-elle, la palette est pourtant incomplète : en dehors du pinot noir, le domaine ne produit que des vins blancs. En 2015, l’idée d’ajouter des rouges à une carte des vins déjà bien fournie commence à travailler les jeunes, qui achèvent leurs études ou sont déjà dans la vie active. Jacques-Émile, engagé dans un tour de France des vignobles, repère un domaine à vendre à Peyriac-de-Mer, à 15 km au sud de Narbonne. Château Valmont - c’est son nom - est situé au cœur de l’appellation Corbières, en pleine renaissance après des années noires marquées par la surproduction. D’autres viticulteurs ont investi là-bas, déployant « beaucoup de créativité et d’innovation ». Comme leur cousin, Thomas et Antoine ont un coup de cœur pour ce terroir qui s’étend entre garrigue et pinède et auquel la mer apporte une fraîcheur bienfaisante. Surtout, le coût du foncier y est « divisé par 10 par rapport à l’Alsace et par 100 par rapport à la Champagne ». Les 8 ha de Château Valmont sont essentiellement plantés en carignan, un cépage rouge tardif. La première étape consiste à planter d’autres cépages (syrah, grenache, mourvèdre en rouge, roussanne et grenache blanc en blanc) qui permettront de réaliser des assemblages. Les plantations, l’acquisition de la cuverie et de matériels de culture requièrent des investissements conséquents, renforcés avec l’agrandissement des surfaces (30 ha aujourd’hui).

 

 

Deux gammes en même temps

Cinq ans plus tard, la reprise de Château Valmont peut être considérée comme « un pari gagnant », jugent Thomas et Antoine, pas peu fiers d’avoir « contribué à rebooster l’économie locale » dans ce secteur des Corbières maritimes. Avoir fait grandir les deux domaines en même temps est une autre de leurs satisfactions. Les clients, déjà fidèles aux alsaces de la maison Ruhlmann-Schutz, ont appris à apprécier les corbières, qui se déclinent pour l’instant en cinq références : deux rouges, un rosé et un blanc issus d’assemblages, et un vin nature 100 % grenache. Les alsaces, quant à eux, se répartissent entre vins de cépage, vins de terroir, grands crus et vins bios provenant des achats de raisins. S’y ajoutent des créations et une sélection de crémants déclinés de la demi-bouteille au mathusalem (6 l). « Quand je prospecte ou que je rencontre mes clients, je leur propose les deux gammes en même temps », fait valoir Antoine, qui optimise ainsi ses efforts commerciaux.

L’entreprise est volontairement présente sur tous les créneaux : les particuliers, la restauration, la grande distribution et l’export, qui représente 35 % des ventes dans 25 pays. Si le commerce en ligne progresse, il ne devrait pas prendre le pas sur la vente physique. « Nous avons développé notre réseau commercial. La moitié de notre effectif se consacre à la vente », précise Thomas, en incluant les commerciaux, le personnel du caveau et de la boutique située au centre de Dambach, ainsi que les salariés qui préparent les commandes. En attendant de « digérer » la crise du Covid, le domaine poursuit ses efforts dans l’œnotourisme, avec l’espoir de voir revenir les touristes internationaux, et s’attache à faire reconnaître la qualité de ses vins en participant à des concours. Six alsaces ont été récompensés au dernier Mondial des vins blancs, en octobre, dont quatre par une médaille d’or. Quant à la cuvée Aventure 2019 de Château Valmont, élaborée principalement à partir de syrah et de mourvèdre, elle a obtenu une médaille d’or au concours interprofessionnel des grands vins de Corbières. Une belle reconnaissance pour ce rouge expressif aux arômes de fruits noirs bien mûrs issu des vignes languedociennes.

 

 

Technique

« Je sème des couverts dans mes vignes depuis cinq ans »

Vigne

Publié le 11/11/2021

Loïc Zwingelstein découvre le semis direct de couverts végétaux lors de son apprentissage au domaine Schlumberger à Guebwiller. Il décide d’adopter cette technique sur le domaine familial de Westhalten, motivé par l’idée d’apporter de l’engrais aux vignes sous forme de plantes plutôt que sous forme de microbilles. La première année, il sème à la volée un mélange d’avoine, de seigle et de radis. « Dans une parcelle de 20 ares, labourée un rang sur deux pour ne pas concurrencer la vigne, j’ai semé dans le rang labouré à l’automne. Les conditions météo étaient favorables, il y a eu une belle levée, c’était réussi ». Il laisse les plantes germer pour réensemencer naturellement le rang, puis il les broie. « L’année d’après, je suis monté à 2 ha et j’ai utilisé la herse rotative au semis», retrace le jeune vigneron, qui diversifie son mélange en optant pour un mix de 13 espèces (dont avoine, seigle, fenugrec, pois fourrager d’hiver, trèfle incarnat, radis fourrager, radis chinois, lin, phacélie et vesce). Il constate que la vesce, plante grimpante, le gêne pour travailler le reste de l’année. Trois ans seront nécessaires pour s’en débarrasser. « En semant des couverts, mon but est d’aérer le sol, d’apporter un paillage naturel et de ramener de l’azote, explique Loïc. Chaque espèce est complémentaire : certaines apportent beaucoup de volume, et font donc beaucoup de paille, d’autres ont des racines pivotantes qui contribuent à aérer la terre et d’autres encore remplacent mon engrais. » La diversité du mélange apporte une sécurité : « si certaines plantes ne lèvent pas, les autres lèvent avant ou après l’hiver ». Le jeune viticulteur sème son mélange sur les plantations de deux à quatre ans, qui sont « les plus simples à travailler ». Au printemps suivant, plutôt que de tout broyer, il roule une parcelle sur deux à l’aide d’un rolofaca fait maison pour comparer l’impact des deux pratiques sur le sol. Pour avoir travaillé sur le sujet lors de ses études, Loïc sait déjà que l’utilisation des couverts permet de réduire la température de 5 à 6 °C par rapport à un sol labouré et qu’elle améliore la vie du sol.

Expériences en série

La troisième année, il songe à se passer de la herse rotative pour gagner du temps et ne plus remuer la terre. « Avec la herse rotative, on obtient une très belle couverture. Mais il faut passer une griffe avant. Et on mélange les couches de terre, même superficiellement, ce qui n’est pas bon », justifie-t-il. C’est ce qui le conduit à envisager le semis direct. À la Cuma de Westhalten, quatre viticulteurs utilisent déjà un semoir de semis direct (SD). Loïc teste l’outil pour pouvoir comparer les couverts ainsi semés avec ceux implantés à la herse rotative. Résultat : à la levée, les premiers forment des rangées bien visibles, alors que les seconds prennent l’aspect d’un gazon. « Mais au fur et à mesure de la pousse, les rangées s’étalent et les plantes poussent quand même de manière homogène », constate Loïc. Si bien qu’à la fin, « on obtient le même résultat ». Cette même année, le jeune vigneron décide d’arrêter totalement le labour et de semer son mélange sur toutes les parcelles préalablement labourées, soit un peu plus de 4 ha. Il opte pour une destruction totale des couverts au rolofaca, emprunté cette fois à un collègue. Il remarque que la quantité de paille est beaucoup plus importante et qu’elle garde davantage l’humidité du sol que lorsque le couvert est broyé ou fauché. En revanche, « l’apport d’azote est moindre car la paille ne se dégrade pas forcément à 100 % et il est plus progressif. » Son expérience le conduit également à adapter la dose de semis en fonction de la vigueur de la vigne : 70 kg/ha un rang sur deux si elle est suffisante (soit 140 kg/ha en plein) ; 80 kg/ha là où la vigne a besoin de davantage d’azote.

En 2020, Loïc constitue un nouveau sous-groupe au sein de la Cuma pour acquérir un semoir SD en commun. Il avance le semis avant les vendanges, pour permettre aux plantes de lever avant l’intervention des vendangeurs. Parallèlement, il passe uniformément à 80 kg/ha et teste les 100 kg/ha sur les parcelles qui n’ont jamais été labourées. Les plantes ont un peu de mal à pousser en raison de la concurrence de l’herbe et du gel, qui détruit une partie des semis. Enfin, dans ses jeunes plantations, Loïc sème tous les rangs pour « créer un effet labour, permettre à la vigne d’aller explorer le sol en profondeur et maintenir l’eau dans les parcelles. Car avec le recul, je me rends compte que les couverts sont très importants pour éviter le stress hydrique ». Tous les couverts sont roulés, avec un rattrapage pour bien coucher les espèces qui se relèvent après un premier passage trop précoce. Cette année, fort de son expérience, le jeune vigneron a semé ses couverts la première quinzaine de septembre sur environ 6,5 ha. Il envisage d’amener de l’engrais organique sur les parcelles à la peine l’an dernier et a investi dans un rolofaca avec un collègue, persuadé que la réussite du roulage dépend avant tout de la bonne fenêtre d’utilisation du matériel.

EARL du Kapelfeld à Valff

Des poules pondeuses en complément du maraîchage

Élevage

Publié le 08/11/2021

Depuis 2003, Pierre-Henri Lenormand est l’un des deux associés de la ferme de Truttenhausen à Heiligenstein. Il s’occupe du maraîchage, tandis que son associé, Antoine Fernex, se charge de la partie élevage. La ferme est conduite en biodynamie - elle est certifiée Demeter - et elle accueille de nombreux stagiaires qui se forment à cette spécialité au CFPPA d’Obernai. Avec le prochain départ à la retraite d’Antoine Fernex, prévu fin 2022, Pierre-Henri Lenormand a choisi de prendre un nouveau départ en s’installant sur 4 ha à Valff, en association avec Marc Lemonies. Les deux hommes ont créé l’EARL du Kapelfeld. Jusqu’alors, les 4 ha étaient mis à la disposition de la ferme de Truttenhausen et réservés à la production maraîchère et à la culture des céréales nécessaires à la rotation. En 2020, le maraîcher a mis en place deux tunnels et s’est lancé dans la construction d’un poulailler de 64 m2 pour élever des poules pondeuses. Avec une volonté : que les poules disposent, autour du bâtiment, d’un espace enherbé suffisamment vaste, en l’occurrence 3,5 fois la surface exigée en bio, soit « 3 000 m2 pour 200 poules ».

Cela faisait deux ans que Pierre-Henri avait ce projet en tête : « Je ne voulais pas d’un bâtiment tout fait, mais plutôt de quelque chose à notre image : un beau bâtiment tout en bois, traité à l’huile de lin », avec à l’intérieur, nichoirs et pondoirs. Son nouvel associé et lui, en ont réalisé les plans et l’ont autoconstruit avec l’aide de leur équipe. Un système de récupération d’eau de pluie est installé sur le toit. Il est relié à une citerne enterrée de 15 000 l. L’eau ainsi recueillie permet d’arroser les 75 arbres fruitiers plantés l’automne dernier dans la parcelle. Le maraîcher avait invité une poignée de consommateurs à participer à la plantation de ces arbres en quenouilles de trois ans, qui ont l’avantage de rester petits en taille et de donner des fruits rapidement. « Tous les fruits abîmés servent de nourriture aux poules. Elles mangent également les insectes qui s’attaquent aux arbres. Ce sont des nettoyeuses, explique Pierre-Henri qui fait le pari de n’utiliser aucun insecticide sur ses fruitiers en misant uniquement sur la régulation naturelle exercée par les volailles.

« Cinq coqs pour 200 poules »

Les deux associés de l’EARL du Kapelfeld sont particulièrement attentifs au bien-être de leurs poules rousses : trois bacs à sable sont installés dans le parc, ce qui permet aux animaux de se rouler dans le sable et de se frotter à volonté. Et pour leur tenir compagnie, cinq coqs d’Alsace saumonés ont rejoint la troupe. « Cinq coqs pour 200 poules, c’est le bon équilibre », juge Pierre-Henri, qui se réjouit de voir les poules « à l’aise dans leur parc ». Les œufs étant ramassés tous les jours, il n’y a pas de risque qu’ils soient couvés par les poules.

Les pondeuses sont nourries avec des céréales produites sur place : un mélange d’orge, de triticale et de féverole, complété d’un peu de soja toasté alsacien bio et de coquilles d’huîtres. À quoi s’ajoutent des déchets de légumes (fanes de blettes, de fenouil…) provenant des cultures voisines du poulailler, et l’herbe du parcours. Une alimentation moins ciblée que dans un élevage spécialisé, mais l’objectif est avant tout de produire des œufs de qualité. Du vinaigre de cidre ajouté dans l’eau de boisson permet de renforcer le système immunitaire des poules, mais « ce qui fait beaucoup pour l’immunité, c’est le fait qu’elles sortent dehors. » Et en effet, les volailles ne s’en privent pas : arrivées en août, à l’âge de 18 semaines, elles ont très vite investi le parc, à la recherche de vers de terre, de limaces et même de mulots et de souris. L’utilisation des engrais verts attire en effet une population relativement importante de rongeurs sur la parcelle.

« On manque de surface »

Une dizaine de tonnes de céréales sont nécessaires pour nourrir les 200 poules. « Avec 4 ha, on manque un peu de surface », avoue l’agriculteur. Pour l’instant, il fait appel à un collègue viticulteur en biodynamie qui lui sème du triticale et de l’épeautre mais il est à la recherche de 4 ha supplémentaires à louer pour faire face à ses besoins, qui vont aller croissant avec la mise en route prochaine d’un atelier de porcs en plein air. La porcherie est en cours de construction. Elle permettra d’élever une dizaine de porcs par an. La coexistence des différents ateliers concourt à l’équilibre recherché en agriculture biodynamique. Avec son associé, Pierre-Henri envisage également de construire un bâtiment en bois et en paille réunissant espace de lavage des légumes, stockage et laboratoire de transformation. Une petite boulangerie et un magasin devraient s’y ajouter à terme.

Pour l’instant, l’EARL du Kapelfeld vend ses productions via des Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne), au marché du boulevard de la Marne à Strasbourg et à celui de Barr. Compte tenu de ses choix techniques, et des coûts qu’ils engendrent, les œufs sont vendus à 3 € la boîte de 6 aux clients des Amap et 3,60 € sur les marchés. Dans le mot envoyé aux clients pour présenter son projet, Pierre-Henri précise : « En achetant ces œufs, c’est un vrai choix de consommateurs que vous faites, en soutenant ce type d’élevage, où le bien-être animal est essentiel. » À ce prix, un minimum de pédagogie s’impose.

Stratégie

Du courage dans l’adversité

Vigne

Publié le 01/11/2021

« Peu importent les cartes qu’on a en main, on essaie d’avancer, d’innover, d’être précurseur. » C’est ainsi que Peggy Schwartz résume la philosophie qui prévaut au domaine du Racème, ainsi rebaptisé en 2015, lorsque son mari Serge et elle ont repris les rênes de la maison Schwartz et fils. Un domaine qu’ils tentent de remettre à flot depuis six ans, avec des résultats encourageants bien que jamais définitivement acquis. Sur 7,20 ha répartis entre Blienschwiller, Dambach-la-Ville et Epfig, les deux tiers sont situés en haut de coteaux sur des sols pauvres et granitiques, le reste sur des sols argilo-limoneux avec du calcaire. 13 % des surfaces sont classées en appellation communale « sylvaner de Blienschwiller ». Peggy et Serge cultivent également quelques parcelles de riesling et de gewurztraminer dans le grand cru Winzenberg. Cette année, ils ont entamé la conversion du domaine en bio. Bien que l’orientation ait été prise depuis quelques années, ils n’avaient pas encore officiellement franchi le pas, préférant limiter la prise de risque en assurant la récolte.

Serge utilise du fumier de cheval pour amender ses sols : du fumier composté de trois ans à l’automne, pour entretenir la biodiversité du sol, et du fumier frais au printemps. Faute d’équipement, il l’épand manuellement, à raison d’un ou deux hectares tous les ans. L’enherbement est total, même sous le cavaillon. Sur plusieurs parcelles, le vigneron teste la paille et la sciure pour couvrir le sol et étouffer les adventices sur le rang. Cela fonctionne pour la paille qui, en plus, ramène chaleur et humidité et nourrit le sol lorsqu’elle se décompose, moins pour la sciure. « On a fait un essai à l’automne et on a retrouvé pas mal d’adventices au printemps », constate Serge prêt à retenter l’expérience en épandant la sciure au printemps. Pour protéger la vigne, le vigneron s’autorisait encore un systémique au moment de la fleur avant la conversion au bio. « On en aurait eu bien besoin cette année », soupire-t-il. Mais il a dû se contenter du cuivre et du soufre, indispensables vu la pression des maladies. Il y a associé des plantes (prêle, consoude, ortie) et de l’huile essentielle de valériane. Cela n’a pas suffi à éviter les pertes : avec le mildiou, et l’oïdium qui a pris le relais en août, la récolte 2021 est sérieusement compromise.

Une grande diversité floristique

Le domaine du Racème s’est porté volontaire pour adhérer au projet VinBioDiv visant à développer la biodiversité dans le vignoble rhénan en plantant des haies et des arbres. « Nous sommes une des premières exploitations impliquées dans ce projet », signale Peggy. Le couple constate déjà une grande diversité floristique dans ses parcelles depuis qu’il ne désherbe plus sous le cavaillon. Un interrang sur deux est fauché, une fois en avril-mai et une autre avant les vendanges. Peggy et Serge envisagent de remplacer la fauche par des moutons. Après la récolte, un interrang sur deux est griffé, de manière à l’aérer pour l’hiver sans trop perturber la vie du sol.

En attendant de dégager les moyens pour renouveler le matériel de vinification, plutôt vétuste, Serge utilise deux pressoirs, dont un pressoir horizontal à plaques tournantes et un tank à lait pour refroidir les moûts. Le pressurage dure 3 à 4 h selon les cépages. Après un débourbage naturel de 48 h, les jus sont placés en cuves pour la fermentation qui peut durer jusqu’à un mois. Depuis deux ans, celle-ci se fait avec des levures indigènes. Le vigneron n’utilise pas d’intrant œnologique, à l’exception du SO2. Les bourbes sont filtrées chez un collègue et rajoutées au jus mère, « ce qui ramène beaucoup de gras ». En année « normale », le domaine du Racème vinifie en moyenne entre 200 et 300 hl. Une partie de la récolte est livrée en raisin chez un négociant de Dambach-la-Ville. La mévente du vrac a conduit Peggy et Serge à envoyer des volumes à la distillerie l’an passé. Pour ne pas revivre cette expérience, ils cherchent à booster la part des ventes en bouteille. « Nous augmentons notre chiffre de 10 à 15 % chaque année », souligne Peggy. Compte tenu de la faiblesse de la récolte 2021, la quasi-totalité a été livrée au négoce pour honorer les contrats en cours. « Il faudra jouer avec les stocks pour tenir jusqu’à la prochaine récolte. »

La carte des vins du domaine comprend une vingtaine de références : une gamme traditionnelle avec des vins sur le fruit et la fraîcheur, des grands crus vinifiés en sec, des cuvées issues de vieilles vignes ou de cueillette tardive, ainsi que des originalités comme le muscat’bulles, un effervescent 100 % ottonel ou le pinot gris rosé Point P. « Il faut savoir se démarquer, faire des choses différentes de ce que proposent les collègues », lance Peggy, qui ne manque pas d’idées pour dynamiser la commercialisation, réalisée à 99 % auprès des particuliers grâce, notamment, à la participation à une vingtaine de salons (hors Covid) et à trois tournées de livraison annuelles à travers la France. Témoins de cette créativité, les cuvées avec étiquettes personnalisées, les demi-bouteilles de crémant à destination des saunas et hammams, l’habillage décalé de certains flacons, tels le pinot noir « Projet X » élevé en barrique ou bien encore les fontaines à vin de 3 litres, baptisées chacune d’un prénom féminin gentiment suranné.

Stratégie

« Faire plus, ce n’est pas une solution »

Élevage

Publié le 27/10/2021

Vincent Fischer et son fils, Olivier, 27 ans, sont associés depuis 2016. L’installation d’Olivier ouvre une nouvelle page dans l’histoire de cet élevage performant dont le cheptel se compose de 160 bovins, parmi lesquels 70 laitières prim’holstein à 11 500 kg de moyenne. Toutes les femelles sont gardées : à l’exception de quelques génisses et vaches fraîches vendues à l’extérieur, la plupart assurent le renouvellement. Engagé dans un programme reproducteur avec Gènes Diffusion, l’élevage possède une bonne génétique : « On achète cinq embryons étrangers chaque année qu’on pose sur des femelles. Les mâles qui naissent partent en station, les femelles restent dans l’élevage. S’il y en a une qui nous intéresse, on fait à nouveau des embryons », explique Vincent. L’élevage, dont 80 % de l’effectif est génotypé, a déjà produit « une ribambelle d’embryons », qu’il pose sur ses propres femelles ou qu’il vend. « Traire, c’est une chose, mais si on arrive à concilier la génétique avec, c’est encore mieux », note l’éleveur, qui recherche en priorité « des grandes vaches », pour leurs capacités d’ingestion, avec « de très bonnes mamelles ». L’installation d’un robot de traite, à l’arrivée d’Olivier, l’amène toutefois à revoir le premier critère en faisant vêler les génisses un peu plus tôt pour réduire le gabarit.

En dehors de la génétique, Vincent et Olivier privilégient la qualité de l’alimentation et le bien-être des animaux. L’élevage produit du lait de pâturage livré à Alsace Lait depuis trois ans. « Nous avons les pâtures derrière la ferme », justifient les deux éleveurs, motivés par le bonus de 15 €/ 1 000 litres accordé par la laiterie en contrepartie des 120 jours de pâturage minimum et d’un chargement de 10 vaches par hectare. Les 6,70 ha de l’EARL Fischer sont découpés en 10 lots, pâturés par roulement en fonction de la pousse de l’herbe. En saison, les animaux ont de l’herbe fraîche à disposition tous les jours. Même si cela oblige à déplacer le fil quotidiennement, Vincent et Olivier sont conscients de l’impact positif sur l’image de l’élevage laitier. Ils en perçoivent aussi les bénéfices sur les vaches : « Elles marchent sur la terre, c’est quand même autre chose que le béton. Et puis, elles sont au soleil, à l’air libre. » Pour les vêlages aussi, ils constatent un effet positif, les vaches étant beaucoup plus libres de leurs mouvements au pré. En dehors de la période de pâturage, la ration hivernale, qui est équilibrée à 32 l, se compose d’un tiers de maïs, d’un tiers de sorgho, d’un tiers d’herbe et de 10 kg de betteraves fourragères. Elle inclut également des pulpes, du maïs épi, un mélange de drêches et du foin de luzerne. Le tout est mélangé et distribué par la mélangeuse-distributrice de la Cuma des prés verts, auquel adhère l’élevage Fischer. Le concentré de production, lui, est distribué au robot en fonction du niveau de production.

De l’appétit pour les betteraves fourragères

Chaque aliment a ses atouts. Vincent et Olivier, qui cultivent près de 10 ha de sorgho, l’apprécient notamment pour sa résistance à la sécheresse et sa capacité à ramener de l’énergie. Ils le sèment dans la foulée d’un méteil implanté à l’automne et ensilé au printemps suivant, ce qui donne une deuxième récolte la même année sans besoin de beaucoup d’intrants. Les betteraves fourragères, cultivées pour la deuxième année sur 1,60 ha, sont un aliment très apprécié des vaches. Elles permettent d’augmenter les taux protéique et butyreux, selon Vincent qui chiffre le gain à 1 point. Lui et Olivier ont fait le choix de variétés à profil sucrier, enterrées pour qu’elles soient mécanisables et riches en matière sèche (plus de 22 % de MS). Elles sont récoltées par une entreprise et stockées dans un hangar. Les betteraves fourragères souffrent de la sécheresse en été, mais elles se rattrapent à l’automne lorsqu’il pleut, contrairement au maïs, souligne Vincent. La luzerne, ensilée en première coupe et récoltée en foin aux suivantes, a l’avantage de rester en place pendant trois ans, de ne demander ni engrais azoté, ni traitement, de fournir des protéines et des fleurs pour les abeilles. Maîtriser ces différentes cultures nécessite de la technicité et une certaine méticulosité, dont font preuve les deux associés.

Avec le prix du lait actuel (335 €/1 000 l en prix de base en octobre et 330 €/1 000 l en novembre), Vincent et Olivier ne se sentent pas récompensés de leurs efforts. « Il manque 30 à 40 €/1 000 l sur le prix de base pour vivre correctement. Cela correspond à l’augmentation des charges depuis six mois », déplorent-ils. Ils n’envisagent pas d’augmenter leur troupeau. « Faire plus, ce n’est pas une solution », puisqu’ils sont saturés tant au niveau de l’étable que du robot et des installations de stockage. Olivier, de plus, ne se voit pas gérer des salariés, ni investir des millions d’euros pour passer à l’échelon supérieur. Il pense avoir épuisé toutes les solutions pour réduire les charges : une partie du matériel est achetée en commun et les achats de concentrés, d’engrais et de semences sont groupés au sein de la Cuma. Son projet serait plutôt d’installer des panneaux photovoltaïques sur la toiture de ses bâtiments afin de produire de l’électricité.

Concours des meilleurs présentateurs, à la foire de Habsheim

« Présenter une génisse, c’est une fierté »

Élevage

Publié le 21/10/2021

Âgée de 21 ans, Alexandrine Bonnetier participera pour la première fois au concours des meilleurs présentateurs dans le cadre du concours de Habsheim. Elle défilera avec Ricola, une génisse montbéliarde, « très gentille et très câline », appartenant aux associés du Gaec du Blochmont, situé à Lutter, à l’extrême sud du Haut-Rhin. Marnaise d’origine mais sans attache particulière avec le milieu agricole, Alexandrine est d’abord une passionnée d’équitation. C’est lors de ses études de bac pro CGEA à la Maison familiale rurale de Gionges qu’elle s’est familiarisée avec l’agriculture et l’élevage. Lors d’un stage chez un éleveur de taurillons et de moutons, elle se rend compte qu’elle se sent « plus à l’aise avec les animaux que dans les travaux des champs ». Elle enchaîne sur un BTS technico-commercial en agrofourniture et un bachelor professionnel responsable de développement commercial, qu’elle prépare en alternance en Alsace, où elle a suivi son compagnon. Un cursus qu’elle choisit parce que le métier de technico-commerciale lui semble « un bon compromis entre le terrain et le travail de bureau » et qu’elle a « un contact très facile avec les gens. » La voici désormais commerciale en nutrition animale à la Coopérative agricole de céréales (CAC).

L’an dernier, alors qu’elle démarche un client, Philippe Hoffstetter à Largitzen, elle le trouve en train de promener une génisse dans sa cour. Voyant son intérêt, il lui propose de s’inscrire à la formation de jeunes présentateurs destinée à tous les jeunes qui veulent présenter des animaux en concours. Celle-ci est finalement annulée en raison de la pandémie. Mais l’occasion n’est pas perdue pour autant : Jean-Philippe Meyer, l’un des associés du Gaec du Blochmont, la recontacte à l’occasion du concours de Habsheim 2021. C’est chez lui qu’elle apprend les rudiments de la présentation d’animaux : la pose du licol, comment faire marcher une génisse, la présenter au juge, l’arrêter tout en gardant le contact avec elle. Plusieurs séances seront encore nécessaires avant le jour J. « Il va falloir mettre le paquet mais j’ai un bon feeling », s’amuse la jeune femme, qui est également coachée par une amie, Marie Herrscher.

 

 

Au plus haut niveau le jour du concours

Hugo Brumpter, 20 ans, autre participant au concours des meilleurs présentateurs en race montbéliarde, est un candidat plus aguerri. « Cela fait quelques années que je fais des concours et que je suis passionné », explique le jeune homme, qui travaille depuis septembre comme salarié agricole à l’EARL Peter, à Saint-Bernard, dans le Sundgau. C’est dans cette exploitation de 64 vaches laitières montbéliardes et 105 ha de SAU qu’il a fait son apprentissage en bac pro agroéquipement et BTS Acse (analyse et conduite des systèmes d’exploitation). Lui qui aime les animaux « depuis tout petit » est parfaitement à l’aise dans cette exploitation familiale, où la passion des concours est largement partagée. C’est d’ailleurs son patron, Matthieu Peter, qui lui a permis de progresser dans la présentation d’animaux : l’éleveur participe régulièrement aux concours d’élevage, dont celui de Habsheim, et a remporté plusieurs prix à Eurogénétique et au sommet de l’élevage de Cournon.

 

 

Cet apprentissage « sur le tas », avec son patron, Hugo Brumpter l’a complété par une formation de jeunes présentateurs en 2018. Cette même année, il a fini à la deuxième place au concours de meilleur présentateur en race montbéliarde à Habsheim. « Présenter une génisse, c’est une fierté. C’est le résultat d’un travail de préparation en amont : le dressage de l’animal, la tonte, le lavage… tout ce qui permet à la génisse d’être au plus haut niveau le jour du concours », résume le jeune homme, qui apprécie l’ambiance des concours d’élevage et l’adrénaline qu’ils procurent.

Il défilera avec Pompotes, une génisse montbéliarde de deux ans « très calme » et dotée d’une bonne morphologie. « Tout ce qu’on recherche pour une génisse », souligne Hugo, qui a déjà tondu Pompotes et profite des derniers jours avant le concours pour la faire marcher au pas.

Technique

Des porte-greffes « made in Alsace »

Vigne

Publié le 17/10/2021

De loin, peu de choses la distinguent d’une parcelle de vigne ordinaire. Pourtant, celle-ci est située en dehors du périmètre de l’AOC Alsace et les rares raisins qu’elle porte ne sont pas destinés à rejoindre le pressoir. Et pour cause : la vigne y est cultivée pour ses bois et non pour ses fruits. C’est ici, sur le ban de Zellenberg, que sont plantées les vignes mères de porte-greffes cultivées par le Civa. « Aujourd’hui, tout le territoire national est touché par la flavescence dorée, qui est une maladie incurable soumise à quarantaine, certainement la plus grave depuis le phylloxéra. En Alsace, nous sommes préservés, explique Yvan Engel, président de la commission technique de l’interprofession des vins d’Alsace. Pour faire face au risque d’introduction de la flavescence dorée par le matériel végétal, la profession a souhaité investir dans des porte-greffes produits localement, dans des zones indemnes de la maladie. » Jusqu’à présent, les porte-greffes et le matériel végétal plantés en Alsace viennent majoritairement du sud de la France, en particulier de l’Ardèche et du Vaucluse, deux départements infestés. L’obligation du traitement à l’eau chaude et le traitement des pieds après greffage ont porté leurs fruits. Mais jusqu’à quand ?

« Il y a eu quelques parcelles de porte-greffes dans le passé en Alsace, mais les conditions climatiques ne semblaient pas favorables à un bon mûrissement des bois, donc à une production qualitative. Aujourd’hui, le réchauffement climatique rend possible la culture des principaux porte-greffes en Alsace (SO4, 3039…) », indique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. Le Civa n’est pas le seul à le croire : quatre pépiniéristes alsaciens et un vigneron indépendant du Bas-Rhin produisent déjà des porte-greffes. Une douzaine d’hectares étaient enregistrés en 2018 dans la région. Fort de ce constat, le pôle technique du Civa a entamé une réflexion technique sur l’implantation et le mode de conduite à adopter pour assurer les meilleures conditions de réussite. Le choix s’est porté sur une parcelle n’ayant jamais été plantée en vigne, appartenant à un polyculteur de Wettolsheim. « Dans le Sud, la conduite traditionnelle consiste à laisser les rameaux se développer sur le sol. Il n’y a pas de travaux durant la saison jusqu’à la récolte des rameaux en hiver, hormis un traitement herbicide, expose Maxence Klingenstein, en charge des vignes mères de greffons, de porte-greffes et du matériel végétal certifié au Civa. En Alsace, en raison du risque de gel, nous avons fait le choix du palissage. »

Davantage de travail avec le palissage

Deux types de palissage sont utilisés : le palissage sur table, consistant à attacher les rameaux pour qu’ils se développent à plat, et le palissage vertical tel qu’il est pratiqué habituellement dans les vignes alsaciennes. Dans tous les cas, l’objectif est de favoriser la croissance en longueur des bois. « Tous les quinze jours-trois semaines, on relève les rameaux, on les remet dans le plan de palissage et on en profite pour enlever les entre-cœurs et les vrilles qui se sont développés dessus. » La conduite avec palissage demande plus de travail - plusieurs passages sont nécessaires entre juin et août - mais elle facilite la récolte et donne une belle qualité de bois, selon Maxence Klingenstein. Autrement dit, des bois pouvant mesurer jusqu’à une dizaine de mètres de long et d’un diamètre compatible avec les greffons. Une fois les rameaux coupés et nettoyés, ils sont fractionnés à 30 cm. L’équipe technique du Civa commercialise également des boutures de 1,10 m pour les pépiniéristes équipés pour réaliser eux-mêmes le fractionnement.

Avec 2 ha en production inscrits au nom du Civa, ce sont 300 000 greffes qui pourraient être réalisées annuellement avec des porte-greffes 100 % Alsace. Soit, compte tenu d’un taux de réussite de 60 %, 180 000 plants finis. « Ce n’est pas énorme, mais on peut vite arriver à des quantités importantes sur des variétés productives », souligne Yvan Engel. Les besoins de porte-greffes sont évalués en moyenne à 3 millions de plants par an pour la région, plantation et complantation confondues. Les pépiniéristes, qui travaillent avec leurs fournisseurs historiques, ne passeront pas à un approvisionnement 100 % Alsace du jour au lendemain, « mais on espère se placer sur le marché grâce à de meilleures garanties sanitaires », confie Yvan Engel. Et grâce à un prix soigneusement étudié - 45 ct/m pour du SO4 certifié. Pour l’instant, les premiers retours semblent positifs. L’étape suivante consistera à augmenter les surfaces et à élargir le choix des variétés proposées. « Il se fait beaucoup de SO4 en France, mais sur des variétés plus rares, nous ferons évoluer nos choix en fonction de la demande des pépiniéristes », précise Maxence Klingenstein. À l’avenir, une conduite des vignes de porte-greffes selon un itinéraire technique bio est également envisagée. Ce serait « la suite logique du projet », selon Arthur Froehly.

EARL du Rothenbach

Un système plus autonome et plus économe

Élevage

Publié le 29/09/2021

Lorsqu’il s’est installé en 2009 sur l’exploitation de ses beaux-parents, Florent Campello a tout de suite converti le troupeau laitier, constitué à 80 % de prim’holstein, en vosgienne. Se séparer de vaches très productives avait tout d’un pari. « Économiquement, on en a bavé pendant quatre ans, reconnaît l’éleveur devant les participants à la semaine européenne des races de massif. Mais dix ans après, on n’a aucun regret. » Seul associé de l’EARL du Rothenbach, il travaille en tandem avec son épouse Anne-Marie, salariée, qui s’occupe de la fromagerie. Tous deux sont aidés de Basile, un ancien apprenti embauché voici quatre ans. Ils peuvent également compter sur des retraités du village qui aident à hauteur d'« un mi-temps sinon plus ».

Sur une SAU de 185 ha, 75 ha sont situés sur la commune de Mittlach, à 600 m d’altitude : 30 ha sont destinés à la fauche, 45 ha sont des friches en cours de réhabilitation. Le reste des surfaces - 110 ha - est constitué d’estives, culminant à 1 200 m d’altitude autour du lieu-dit Schmargult, sur le ban de la Bresse dans les Vosges. Cette configuration fait de Florent Campello un paysan sans frontière, passant la fin du printemps et l’été sur les chaumes avec son troupeau et redescendant au village à l’automne. L’intégralité du lait des 35 vaches laitières est transformé.

 

 

Un troupeau adapté à son environnement

En choisissant la vosgienne, l’éleveur a privilégié l’adaptation du troupeau - 65 têtes en tout - à son environnement naturel. Un environnement qui lui permet de nourrir des vaches à 4 500 l de production, en les faisant transhumer jusqu’aux hautes chaumes. La surface dont il dispose lui permet d’être autonome en fourrage mais il sait bien que cette autonomie tient à un fil : cette année, il a réussi à faire trois coupes sur ses 30 ha de prés de fauche à Mittlach, mais en 2020, il n’a pu en faire qu’une seule, ce qui l’a obligé à réduire son cheptel. En 2019, il a même dû acheter deux camions de fourrage. L’interdiction d’épandre du fumier ou du lisier sur ses prairies, prévue dans le cahier des charges des MAET (mesures agro-environnementales territorialisées), lui semble dépassée à l’heure du réchauffement climatique. Elle contribue à appauvrir les sols et les rend moins résilients à la chaleur, dit-il.

Cet hiver, Florent Campello a investi dans un séchoir en grange comprenant deux cellules de 150 m2 chacune. Un nouveau bâtiment a été construit à cet effet pour un montant de 400 000 €. L’Agence de l’eau et la Région Grand Est ont subventionné à hauteur de 100 000 €. « Le but est d’améliorer la qualité du fourrage », explique l’éleveur. L’herbe est fauchée tous les 5-6 jours, rentrée dans les cellules par petites quantités puis distribuée aux vaches en hiver sous forme de fourrage sec. Ce mode de récolte économise du temps (4 passages au lieu de 10) et de la main-d’œuvre, relève Florent Campello, et lui permet d’être « plus autonome en protéines », puisque le fourrage ainsi séché affiche un taux de protéines de 16 %, voire un bon 20 % pour la troisième coupe, soit le double d’avant. Depuis qu’il en distribue à ses vaches, il constate qu’il a « moins de soucis sanitaires », les mammites se limitant à deux ou trois cas par an.

L’éleveur épand du compost sur ses prairies trois semaines avant de pâturer ou de faucher. « C’est formidable, ça assainit tout, il n’y a quasiment plus de rumex et cela favorise le trèfle blanc et le trèfle violet sans faire de sursemis », affirme l’éleveur. En revanche, il est régulièrement confronté à des dégâts de sangliers et de cervidés. Sur les dix dernières années, le gibier a retourné cinq fois ses prés de Mittlach. « Les chasseurs font leurs minima, mais ça ne suffit pas », dit Florent Campello qui y voit une autre limite à sa stratégie d’autonomie fourragère. Cette année, les vaches sont sorties au pré le 6 mai. « Elles pâturent 10 jours maximum et puis elles montent sur les chaumes. Plus vite elles sont en haut, meilleur est leur lait », souligne l’éleveur, attentif à une bonne gestion de l’herbe. Le troupeau redescend fin octobre, à la Saint Michel. Entre la montée à l’estive et la descente au village, il faut passer le cap de juillet et d’août, deux mois généralement très secs. « À partir du 14 juillet, sur les chaumes, l’herbe devient pailleuse. J’arrête de vouloir faire du lait, je trais 14 à 16 vaches, mais je m’arrête là. »

 

 

Des débouchés plus rémunérateurs

« Quand je suis arrivé, il y avait 120 animaux en tout. J’ai baissé de 50 % l’effectif et augmenté de 40 % le chiffre d’affaires », se réjouit Florent Campello. Les débouchés de la ferme ont changé du tout au tout : toute la production est aujourd’hui vendue en direct alors qu’auparavant, 95 % étaient vendus en blanc à un affineur. Le munster et le cœur de massif se partagent les deux-tiers des fabrications, le reste se répartit entre barkass, raclette, beurre et fromage blanc. En plus du magasin à la ferme, l’éleveur haut-rhinois commercialise ses fromages auprès de restaurateurs et de revendeurs colmariens, dans des crémeries parisiennes et dans la région de Tulle et Bordeaux. Plusieurs chefs étoilés lui font également confiance. La valorisation du lait est d’au minimum 1 200 €/1 000 l et monte jusqu’à 3 000 €/1 000 l.

 

 

Armbruster

L’innovation, dès aujourd’hui et pour demain

Technique

Publié le 22/09/2021

Présenter les innovations, les services et les savoir-faire de demain : telle était l’ambition des Instants Experts d’Armbruster, organisés le 8 septembre, à Heidolsheim. Plus de 300 personnes ont participé à cette journée technique, mais conviviale, puisque le parcours proposé incluait une balade gourmande sur le site, avant d’accéder aux résultats des parcelles d’essais, aux stands et aux conférences animées par les partenaires de l’entreprise de négoce.

Sur ce site de 10 ha, mis à disposition par Alex Jehl, un agriculteur d’Heidolsheim déjà précurseur en nouvelles techniques, Armbruster teste depuis trois ans différents systèmes de culture innovants dans le but de les comparer aux systèmes de production en place par ailleurs. Les expérimentations sont organisées en quatre « items » : agriculture de conservation, fertilisation innovante, itinéraires techniques 2025 et agriculture biologique. Pour chacun de ces systèmes, « plusieurs indicateurs sont pris en compte, explique Aymé Dumas, du service Recherche, agronomie, innovation et développement d’Armbruster. Le temps de travail, le coût de production, la pénibilité, l’IFT (indice de fréquence de traitement), la marge brute à l’hectare et depuis cette année, le bilan carbone. » Ces indicateurs restent les mêmes d’une année sur l’autre pour pouvoir établir des comparaisons et juger de la performance des différents systèmes dans le temps. L’idée étant, au final, de voir si les systèmes testés sont créateurs de valeur ajoutée, et donc viables ou pas.

 

 

« Voir si la flore passe à travers »

Après avoir passé les stands consacrés aux filières (le blé destiné à la farine Alsépi, le soja rentrant dans la fabrication des produits Alpro) et les essais variétés, on entre dans le vif du sujet avec les itinéraires techniques innovants. « Il s’agit d’anticiper tous les changements réglementaires qui vont impacter la façon de produire », indique Aymé Dumas. Les services techniques d’Armbruster testent, par exemple, des programmes de désherbage adaptés, sans S-métolachlore, pour anticiper une éventuelle interdiction de ce produit utilisé pour désherber le maïs. « Il s’agit de voir si la flore passe à travers, si elle s’installe sur quelques années, s’il y a besoin de faire des passages combinés. » Au chapitre agriculture de conservation, Armbruster expérimente le semis de couverts dans le maïs. Plusieurs mélanges d’espèces ont été semés au drone durant la deuxième quinzaine d’août. L’objectif est de couvrir au maximum le sol, tout en limitant le travail du sol. La parcelle a été déchaumée superficiellement avec un déchaumeur Rubin avant l’implantation du maïs, le reste de l’itinéraire - semis, gestion des adventices, fertilisation azotée et lutte contre la pyrale - est le même que sur la parcelle labourée qui sert de témoin. L’effet des couverts sera évalué selon la grille de notation Étamines. Cette notation sera complétée par une estimation des restitutions des couverts et un suivi de la vie du sol.

Un peu plus loin, Pierrick Uttard, expert service OAD, présente les offres et les outils en agriculture de précision. « Beaucoup d’agriculteurs sont équipés en matériel dernier cri, que ce soit des semoirs de précision ou des moissonneuses qui récoltent des données, explique l’expert. Mais pour qu’ils en retirent un bénéfice, il faut pouvoir stocker les données à un seul endroit, les analyser, ce qui permet de prendre les décisions pour l’année suivante. » À cet effet, Armbruster commercialise le logiciel de gestion agronomique Fieldview et propose un accompagnement permettant à l’agriculteur de définir un projet agronomique en fonction de ses priorités. L’accompagnement prévu va de la mise en route du matériel au bilan de fin de saison en passant par la définition et la mise en œuvre du projet agronomique. L’ensemble est proposé sous forme de package, avec trois niveaux de services différents.

Des couverts semés par drone

Depuis cinq ans, Arnaud Sohler lâche des trichogrammes au-dessus des champs pour lutter contre la pyrale du maïs. Ce pilote et concepteur de drones, à la tête de la société Aero Vision, a couvert cette année environ 9 000 ha de maïs, dont la moitié en Alsace-Lorraine, grâce à une flotte de huit pilotes. Il ajoute une autre corde à son arc avec le semis de couverts végétaux par drone. L’intérêt est de pouvoir semer alors que la culture précédente, du blé par exemple, est encore en place. « Non seulement on limite le tassement du sol, en intervenant par voie aérienne, mais on gagne du temps par rapport à la levée des graines qui bénéficient de l’humidité du sol. Le couvert vient concurrencer les mauvaises herbes, il aère le sol naturellement et quand on détruit le couvert avant semis, on a un potentiel de matière organique qui permet de limiter les apports d’azote. » Un cercle vertueux, résume Arnaud Sohler, qui a semé environ 250 ha de couverts cette année.

 

 

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