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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Magazine

« Comme une lumière au bout du tunnel »

Vigne

Publié le 16/09/2021

L’avant-dernier week-end d’août, les amateurs de jazz et de vins avaient rendez-vous sur la place de l’église de Scharrachbergheim. Un cadre verdoyant et plein de charme pour cette première édition du Couronne d’or jazz festival créé sous l’impulsion de Jazzin’Translation, en collaboration avec l’association du vignoble de La Couronne d’or, qui réunit 18 domaines viticoles de Marlenheim et environs. Le projet naît en octobre 2020, alors que la viticulture et le monde du spectacle vivant sont confrontés à l’annulation de tous les événements professionnels - salons et festivités de fin d’année pour les uns, concerts pour les autres - en raison de la deuxième vague de Covid-19. « Ce projet, c’était comme une lumière au bout du tunnel. Ça nous a fait du bien à tous », se remémore Victor Gachet, responsable du label de production strasbourgeois.

Dix mois et bien des incertitudes plus tard, les onze vignerons participants savourent l’événement : entre deux concerts, Marjorie Muller, sourire jusqu’aux oreilles, fait goûter sa cuvée Grains de nature issue de la récolte 2020, commercialisée pour la première fois cette année par le domaine Jean-Jacques Muller de Traenheim. Un rouge dense provenant de cépages résistants au mildiou et à l’oïdium, cultivés dans le cadre d’une expérimentation, explique la jeune femme, devant la barrique qui lui sert de comptoir. À deux pas de là, Jérémie Fritsch, du domaine Fritsch à Marlenheim, présente un pinot noir élevé en foudres pendant 10 mois, ce qui lui confère des tanins souples que n’aurait pas permis un élevage en barrique, postule le vigneron. Un troisième rouge, le pinot noir Graureben 2018 du domaine Fischbach, de Traenheim, élaboré sans intrants et non filtré, offre un bel aperçu de ce style de vinification à partir d’un terroir de marnes rouges. Tout l’esprit du free jazz résumé dans une bouteille.

Alors que le soleil commence à décliner derrière les vignes, le pianiste Cédric Hanriot et le batteur Franck Agulhon font leur entrée sur scène pour le deuxième concert de début de soirée. Il en va de la musique comme du vin : pour la programmation, Victor Gachet a fait appel à de jeunes talents comme à des formations confirmées. Des musiciens de la région (le duo strasbourgeois Haqibatt, les Lorrains Back to C) jusqu’à des têtes d’affiche de renommée nationale, voire internationale (Diego Imbert et Alain Jean-Marie, Sly Johnson, Laurent Coulondre). L’essentiel étant que les deux journées de festival soient « un moment de rencontre » et de plaisir partagé entre amateurs de jazz et amateurs de vins.

À raison d’un vin par vigneron, les festivaliers se concoctent une dégustation à la carte en fonction de leurs affinités : ici, un muscat Sonnenberg du domaine Heydmann à Nordheim, là un crémant brut 100 % chardonnay de la maison Anstotz à Balbronn, plus loin, un simple jus de raisin. Au bar, où sont suspendus guirlandes de bouchons et goulots de bouteilles, les vignerons de la Couronne d’or misent sur un service aléatoire parmi cinq familles de vins. Une façon de stimuler la curiosité des œnophiles et de les inviter à faire un pas de côté pour s’écarter de leurs habitudes gustatives. Pourquoi pas en testant la cuvée Argentoratum, un assemblage de plusieurs cépages élaboré par une dizaine de vignerons de l’association selon des proportions propres à chacun ?

En scène avec les Divines

Du 26 juin au 7 juillet, ce sont les Divines d’Alsace qui se sont mises à « L’heure d’été », avec un programme festif et culturel décliné en sept dates et sept lieux. Pas de musique cette fois, mais du théâtre, proposé par la compagnie Les Insupportés, déjà connue pour animer le festival Soirs à pressoirs, qui a lieu chaque année en août au domaine Borès à Reichsfeld. Comme Jazzin’Translation avec le jazz, la compagnie ambitionne de décentraliser le théâtre actuel en dehors des grands pôles culturels. Elle s’y essaye avec succès à chaque nouvelle édition de Soirs à pressoirs en brassant différentes formes de création artistique avec la dégustation de vins et d’autres produits locaux. Un tel concept ne pouvait qu’inspirer les Divines : 24 d’entre elles ont pris part aux différents rendez-vous, soit en accueillant le spectacle dans leurs locaux, soit en commentant les accords entre les bouchées apéritives et les vins proposés lors des entractes.

Chez Martine et Jean-Philippe Becker à Zellenberg, la seconde représentation, initialement prévue dans le magnifique jardin du domaine, a finalement été délocalisée dans le chai, pour cause de pluie. Pas de quoi perturber les deux comédiennes, Emma Massaux et Lucie Borès, qui ont mis une énergie débordante à incarner deux sœurs ravivant leurs souvenirs de jeunesse à l’occasion du passage à l’heure d’été. Pas de quoi décourager non plus la quarantaine de spectateurs (seulement), qui ont pu apprécier les vins de la maison Dopff au Moulin de Riquewihr, Jean-Baptiste Adam d’Ammerschwihr et Jean Becker de Zellenberg, présentés par Marlène Dopff, Laure Adam et Martine Becker. Des vins qui, du crémant rosé brut au riesling VT grand cru Schoenenbourg 2011 en passant par le pinot gris Letzenberg 2018, ont divinement accompagné les bouchées salées et sucrées du traiteur Foreign Local.

Coopération agricole internationale

Les Afdi du Bas-Rhin et du Haut-Rhin fusionnent

Vie professionnelle

Publié le 15/09/2021

L’inauguration de l’espace agricole à la Foire européenne de Strasbourg a été l’occasion pour les Afdi (Agriculteurs français et développement international) du Bas-Rhin et du Haut-Rhin d’annoncer leur fusion. L’Afdi du Bas-Rhin a été créée il y a 40 ans sous l’impulsion de Jean-Paul Amann et Alphonse Baehl, a rappelé Laurent Fischer, son président. Les organisations professionnelles agricoles (OPA) bas-rhinoises ont joué un rôle majeur dans la réussite de l’association. L’Afdi du Bas-Rhin s’est engagée dans différents projets, notamment dans le département du Pool, au Congo, où elle a contribué à développer l’élevage de bovins et de volailles et aidé à la création d’OPA. Une des particularités de l’Afdi est de promouvoir les échanges entre paysans du Nord et du Sud. « Ce qui m’impressionne le plus, c’est l’envie d’avancer des paysans du Congo » malgré les difficultés, a-t-il souligné. La fusion avec l’Afdi du Haut-Rhin permettra d’être « plus performants, de mobiliser plus de bénévoles et de poursuivre les projets », a déclaré Laurent Fischer.

Trois valeurs fondatrices

L’Afdi du Haut-Rhin, quant à elle, intervient au Cambodge et au Mali. « Imaginerait-on une France sans OPA, des Chambres d’agriculture avec des salariés sans salaires ? Où en serait notre métier ? Où en serait la souveraineté alimentaire de la France ? Et qui voudrait encore reprendre sans formation ? » interroge pour sa part Dominique Haegelen, président de l’Afdi du Haut-Rhin, pour illustrer l’indigence de moyens dont disposent les paysans africains. Indigence à laquelle s’ajoutent les aléas climatiques et autres calamités qui, comme les criquets pélerins, dévastent des centaines d’hectares en quelques heures. Face à ce contexte, l’Afdi soutient la création d’organisations paysannes, de coopératives, de caisses de microcrédit et aide à la reconnaissance de l’agriculture familiale auprès des autorités locales. Se fédérer au niveau régional permettra d’impliquer encore davantage les acteurs alsaciens et de renforcer l’ouverture d’esprit des jeunes, avance Dominique Haegelen en rappelant les trois valeurs qui fondent le mouvement Afdi : citoyenneté, solidarité, réciprocité.

Ancien président de l’Afdi du Bas-Rhin, le député Antoine Herth se souvient de son mandat comme de « l’une des plus belles expériences de sa carrière ». Il y a découvert deux facettes du mouvement : l’Afdi du Bas-Rhin, « davantage adossée aux OPA », et celle du Haut-Rhin, plus marquée par « l’engagement personnel et le feu militant ». La fusion entre les deux structures, au bout de 20 ans de fiançailles, devrait être « mutuellement bénéfique », conclut le député.

Commerce

« Je vais vous raconter une histoire… »

Vigne

Publié le 06/09/2021

Aux visiteurs qui patientent pour la visite guidée, Olivier commence par servir un verre choisi parmi les six références de crémant que propose le domaine Zeyssolff. Un blanc de noir brut, précise le guide. Blanc de noir ? Brut ? Ses explications permettent aux néophytes de comprendre le processus d’élaboration du vin effervescent. Olivier les entraîne dans la petite salle attenante où il détaille les principales caractéristiques du domaine : une entreprise familiale comptant 10 ha de vignes conduites en agriculture biologique, réparties en 52 parcelles dans un rayon de 20 km autour de Gertwiller. Le guide déploie une carte en relief du vignoble : « L’Alsace regroupe une variété de terroirs hallucinante. C’est une chance. Ils proviennent de l’effondrement du fossé rhénan. » Si la notion de terroir est familière aux visiteurs français, elle l’est moins pour certains visiteurs étrangers. Pour l’appréhender de manière sensible, Olivier propose de goûter deux rieslings différents : le premier est un riesling de Gertwiller, provenant d’un sol argilo-calcaire. « On sent son acidité au nez et beaucoup de fraîcheur en bouche, avec des notes d’agrumes. Il est très franc, très droit, facile à boire : il irait bien avec une petite bourriche d’huîtres, une viande blanche, un fromage de chèvre ou de brebis ou encore un plat traditionnel alsacien », énumère-t-il. Et le deuxième riesling ? Il sera dégusté dans la cave, promet Olivier en ménageant le suspense.

En français, allemand, anglais ou chinois

Place à un court film sur les travaux à la vigne. Cette fois-ci, c’est Franck qui s’affiche sur l’écran. Un vigneron à la bouille sympathique… et sacrément polyglotte : selon la composition du groupe, il déroule ses commentaires en français, allemand, anglais ou chinois. Les visiteurs quittent la salle de projection en sachant tout le soin qu’il faut pour produire un raisin et des vins de qualité. Olivier les emmène maintenant dans la cave, où sont superposées des demi-cuves en inox de 25 hl. « C’est ici que se passe la vinification. » Pas le temps de méditer la citation de Dali, qui orne la porte d’entrée : « Qui sait déguster ne boit plus jamais de vin mais goûte des secrets. » La cave contient, outre les cuves inox, d’anciens foudres en chêne des Vosges. Une fois la fermentation achevée, les vins passent quelques mois dans ces contenants. Le temps de garde dure de 3 à 6 mois pour les vins les plus faciles à boire, mais il peut se prolonger de 8 à 10 mois pour les vins plus complexes qui sont mis en foudres. La transition est toute trouvée pour goûter le second riesling, provenant des coteaux granitiques de Scherwiller, où le domaine Zeyssolff possède quelques parcelles. Les verres se tendent. « L’acidité est moins marquée que sur le riesling précédent, mais la minéralité est plus prononcée. Il est plus long en bouche, c’est un très bon vin de repas. » En s’enfonçant dans le sol, les racines de la vigne vont chercher les minéraux et nutriments du granite, ce qui lui confère cette minéralité particulière et une certaine salinité, commente le guide.

Sur la façade des plus gros foudres, les principales informations relatives aux cépages et aux appellations alsaciennes sont tracées à la peinture blanche d’une écriture appliquée. Olivier s’attarde sur le klevener de Heiligenstein, élaboré à partir de savagnin rose. Le domaine Zeyssolff cultive 1 ha de ce cépage, cousin du gewurztraminer. Après dégustation d’un vin de macération issu de pinot gris, à la robe rosée, vient le clou de la visite : la partie supérieure des foudres s’illumine et le visage austère de Louis Zeyssolff apparaît en gros plan. « Je vais vous raconter l’histoire de celles et ceux qui ont bâti ce domaine… » L’ancêtre d’Yvan Zeyssolff retrace d’une voix caverneuse les grandes pages de l’histoire familiale : comment les différentes générations ont fait grandir et prospérer l’affaire, devenue dans l’entre-deux-guerres un négoce exportant plus d’un million de bouteilles à travers le monde. Madagascar, Algérie, Maroc…

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la maison et la cave ont été détruites par les bombardements, tout est à reconstruire. Ferdinand Zeyssolff s’attelle à la tâche. Son fils Daniel est un des premiers en Alsace à s’équiper d’une machine à embouteiller les vins. En 1997, c’est au tour d’Yvan de prendre la relève. L’époque a changé. L’ambition du vigneron aussi : « Nous sommes revenus à ce que nous aimons faire : du vin. Car nous sommes des vignerons, pas des revendeurs ». Fin (provisoire) de l’histoire, mais pas fin de la visite : celle-ci s’achève autour d’une part de kougelhof, dans l’ambiance cosy du salon de thé du domaine, baptisé non sans raison Au Péché vigneron.

Stage de parrainage

Une période d’essai avant de s’installer

Élevage

Publié le 04/09/2021

Jusqu’à l’an dernier, Thomas Wirsum et Jean-Pierre Fend ne se connaissaient pas. Aujourd’hui, ils se voient quotidiennement et échangent régulièrement sur la conduite de l’élevage caprin monté par Jean-Pierre dans les années 1970, en attendant de régler les derniers détails de l’installation de Thomas, qui devrait être effective d’ici la fin de l’année 2021. Les deux hommes se sont rencontrés grâce à une annonce passée dans le répertoire départ-installation : « Depuis trois ans, je cherchais un remplaçant au niveau de l’élevage », retrace Jean-Pierre Fend. Son fils, revenu à la ferme après quelques années passées dans la Drôme, s’y est bien essayé. Mais en 2015, au bout de cinq ans d’activité, il a préféré retourner dans le sud. L’éleveur de Nordheim comprend qu’il va falloir trouver une solution hors cadre familial. « J’ai d’abord cherché quelqu’un en interne, avoue-t-il. Mais je n’ai pas trouvé l’élément sérieux qui ait à la fois la capacité d’analyse et l’envie d’être son propre patron. »

Thomas, de son côté, a toujours rêvé d’être agriculteur. Originaire d’Urschenheim, le presque trentenaire n’est pas fils de paysan. Mais depuis ses 10 ans, il passe son temps chez les agriculteurs de son village. Son CAP de mécanique auto en poche (pour faire plaisir aux parents), il embraye sur un CAP en production végétale, puis un bac pro en agroéquipement par apprentissage au lycée agricole d’Obernai. Une formation suivie de plusieurs emplois salariés dans le domaine agricole. La première prise de contact, en février 2020, est positive et très vite, Thomas démissionne de son poste de salarié dans une ETA de Rohr pour effectuer un stage de parrainage. Ce dispositif permet aux deux hommes de commencer à travailler ensemble en vue d’une éventuelle reprise de l’élevage par Thomas.

« Nous avons réussi à discuter de tout »

« Ce stage m’a permis de découvrir l’exploitation en détail, de vérifier que le courant passait entre nous et que nos attentes étaient les mêmes », explique Thomas. « Une reprise, c’est aussi angoissant pour celui qui reprend que pour celui qui cède », renchérit Jean-Pierre. Pour que le projet soit « viable et intelligent », rien ne doit être laissé au hasard. « Nous avons réussi à aller dans le fond des choses, à discuter de tout », se réjouit-il. Ce qui a particulièrement plu à Jean-Pierre, c’est la curiosité manifestée par Thomas. N’ayant aucune connaissance sur les chèvres, le jeune Haut-Rhinois n’hésite pas à s’informer sur la conduite de l’élevage auprès de différentes sources. « Pour les grandes lignes, c’est important de pouvoir s’appuyer sur l’expérience d’un ancien. Mais je suis aussi allé découvrir le milieu caprin et voir comment fonctionnent d’autres élevages », confie Thomas. « On peut apprendre très vite quand l’envie est là », approuve son aîné, qui parle en connaissance de cause.

En l’espace d’un an, Thomas se familiarise avec l’élevage caprin au point déjà, d’y imprimer sa marque. Il inscrit le cheptel au contrôle laitier et fait appel à un nutritionniste du Poitou pour suivre l’alimentation des chèvres, dans le prolongement du travail entrepris depuis cinq ans par Jean-Pierre avec le fabricant d’aliments Evialis. Les résultats suivent. « Aujourd’hui, on produit autant avec 320 chèvres qu’avec 360 chèvres l’an passé, mentionne-t-il. Grâce à la ration, on a la quantité et la qualité. » Un point important puisque le lait est transformé en fromages : c’est la fille de Jean-Pierre, Virginie Perrière, et son mari qui transforment et commercialisent les produits de la ferme, via la SARL Le Fermier du Sonnenberg.

Un montage soigneusement réfléchi

Maintenant que son stage de parrainage est terminé, il reste à Thomas à finaliser son installation. En raison du Covid-19, les démarches prennent plus de temps que prévu, mais au moins ce temps est-il mis à profit pour mettre tout à plat. Le futur installé bénéficie des conseils de Stéphanie Jehl, conseillère d’entreprise à la Chambre d’agriculture Alsace et de Christine Russier, juriste au Centre de fiscalité et de gestion du Bas-Rhin. Un accompagnement précieux s’agissant d’une installation hors cadre familial. Du moment que Thomas reprendra la SCEA Le Cabri, il deviendra le fournisseur exclusif de la SARL Le Fermier du Sonnenberg. Une lettre d’intention est rédigée en ce sens. Les engagements des deux parties (volume, prix au litre…) seront repris dans un contrat en bonne et due forme. « Tout le projet a été mené comme un mariage. Même le divorce est envisagé dès le départ », souligne le futur installé. Une nécessité compte tenu de l’interdépendance très forte entre l’élevage et la SARL, dont dépend la pérennité de l’enseigne.

Le montage du projet a été réfléchi pour que l’installation ne soit pas trop lourde financièrement : ainsi, le bâtiment d’exploitation et la parcelle sur laquelle il est construit resteront la propriété de Virginie, qui continuera à être associée au sein de la SCEA. Thomas n’en sera que locataire, quitte à ce qu’il les rachète par la suite. Il louera également les 25 ha de surfaces en herbe qui permettent de nourrir la troupe. En septembre débute l’étude économique qui lui permettra de se projeter pour les quatre ans à venir. De celle-ci découleront les futurs projets d’investissement du jeune éleveur caprin. Une chose est sûre : « Le stage de parrainage, c’est une très bonne chose car cela n’engage aucune des deux parties définitivement. On est lié sans être lié. » S’il débouche sur la reprise de l’exploitation, c’est gagné. « Jean-Pierre me permet de réaliser mes rêves, je ne le remercierai jamais assez pour cela. C’est un peu son bébé qu’il me transmet », considère Thomas.

Diversification

Du pain, des raisins et de la passion

Cultures

Publié le 09/08/2021

Viticulteur à Dorlisheim, près de Molsheim, Guillaume Rapp cultive aussi du maïs, du blé et de l’orge. Depuis quelques années, il a également introduit de la luzerne dans ses rotations. Celle-ci reste en place pendant trois ans, puis cède la place à du blé ou à une autre céréale deux ans de suite. Le blé qui suit la luzerne profite d’une terre qui n’a pas reçu d’intrant chimique. Guillaume, qui est en deuxième année de conversion à l’agriculture biologique, a entrepris de le valoriser séparément du reste de ses céréales en le faisant moudre, puis transformer en pain. Car contrairement aux raisins qu’il vinifie et qu’il met en bouteilles, ses céréales étaient jusqu’alors livrées au Comptoir agricole sans qu’il sache quelle était leur destination finale. « C’est quelque chose qui me chiffonnait, explique Guillaume. J’avais envie d’aller jusqu’au bout ».

L’idée d’utiliser ce blé, cultivé sans engrais ni produits phytosanitaires, pour produire « un bon pain à l’ancienne » séduit Philippe Materne, boulanger dans le quartier de la Robertsau à Strasbourg. « Quand il est venu me voir, j’ai trouvé que c’était une très bonne démarche », confirme le boulanger, qui n’hésite pas à investir dans un pétrin à bras plongeants pour pétrir la pâte comme il l’entend. Reste à trouver le moulin qui transformera le blé en farine : après un premier essai auprès d’un autre établissement, c’est le moulin Burggraf-Becker, de Dossenheim-sur-Zinsel, qui s’en charge. Il élabore une mouture type 80 qui donne une mie un peu plus grise qu’une farine ordinaire en raison de la présence d’une petite partie de l’enveloppe du blé.

Cerise sur le gâteau, Philippe Materne décide d’utiliser le raisin de Guillaume pour fabriquer le levain qui fera lever la pâte. « Ma formation de pâtissier ne me préparait pas à faire du levain. Mais je me suis renseigné auprès de certains de mes confrères et je me suis mis à faire mon propre levain », explique le boulanger. « Au moment de la récolte, je choisis des raisins bien sains, les plus mûrs possible, je les écrase un peu et je les laisse maturer pendant quatre jours. Le jus contient plein de ferments », explique le vigneron. Le boulanger y rajoute du miel bio, de la farine de seigle et de l’eau et laisse reposer 24 heures supplémentaires. « Après, je rafraîchis toutes les 24 h avec une base d’un tiers de levain, un tiers d’eau et un tiers de farine. » Le levain, qui se présente comme une pâte liquide, peut être utilisé trois heures après avoir été rafraîchi. Les rafraîchissements successifs font que les souches de levure continuent à se multiplier en permanence.

 

 

Un vrai produit du terroir

« Ce qui est intéressant dans la démarche, c’est qu’à l’arrivée, on a un vrai produit du terroir : la farine provient de Dorlisheim, les levures sont des levures indigènes. C’était l’objectif, et en même temps, c’était un vrai challenge », souligne Guillaume, qui n’utilise qu’une seule variété de blé, Adesso, dont la semence, bio, est disponible au Comptoir agricole. « C’est une variété qui affiche de bonnes références boulangères. Cela fait trois ans qu’on l’utilise et ça fonctionne. » Au-delà du semis, les interventions culturales se limitent à un ou deux désherbages à la herse étrille.

Les miches de 1 à 1,1 kg qui sortent du fournil de Philippe Materne sont très prisées de ses clients, qui apprécient sa « mie plus serrée, plus grasse, plus humide » et sa bonne conservation. « L’objectif n’est pas de faire une baguette, prévient le boulanger. Je veux rester sur un pain rustique, de bonne taille, qui se conserve plusieurs jours. » Il en réalise également une fournée tous les 15 jours pour Guillaume, qui la vend auprès de son propre cercle de clients et d’amis. Les pains sont aussi vendus chez le maraîcher Andrès, à la Robertsau, qui est en parenté avec Philippe.

Les deux passionnés n’ont pas réalisé d’étude de marché avant de commercialiser leur pain. « Au départ, l’idée était déjà d’arriver au bout de ce projet et de se faire plaisir en le réalisant. Maintenant que nous sommes passés à l’étape commerciale, nous pouvons commencer à développer », indique Guillaume Rapp, qui y consacre pour l’instant 1,5 à 2 ha, soit une production de 7 t en 2020. Un volume suffisamment modeste pour qu’il puisse le stocker à la ferme et l’envoyer au moulin en trois fois, au fur et à mesure des besoins du boulanger. Celui-ci dispose ainsi toujours d’une farine fraîchement moulue, de surcroît issue d’un seul blé et sans additif, qui lui permet de se différencier des autres boulangeries. Il pense même être le seul boulanger de Strasbourg à utiliser sa propre farine.

Sarah Fallay-Rigal, sellier-harnacheur

Du cuir haute couture

Pratique

Publié le 01/08/2021

On accède à l’atelier de Sarah Fallay-Rigal par une volée de marches d’escalier : un étage, puis deux, puis trois. C’est sous les toits d’une maison de Riquewihr que la jeune femme, âgée de 27 ans, a posé ses outils de sellier-harnacheur et ses rouleaux de cuir. En attendant de pouvoir s’installer dans un atelier plus grand à Eschbach-au-Val, dans la vallée de Munster, avec deux confrères artisans. Son itinéraire est à l’image de cet escalier en bois : tout sauf rectiligne.

Étudiante en master d’archéologie et d’histoire contemporaine, la jeune femme a consacré un mémoire aux écuries d’un camp de repos allemand dans l’Argonne pendant la Première Guerre mondiale. Pour les besoins de ce mémoire, il lui faut rencontrer un maréchal-ferrant. Sarah se rend au haras national du Pin dans l’Orne, qui abrite le pôle formation de l’IFCE (Institut français du cheval et de l’équitation). Lors de cette visite, elle découvre l’atelier sellerie, où des apprentis apprennent le métier derrière une immense baie vitrée. Une découverte qui la conduit à réaliser un stage à l’IFCE de Montier-en-Der, en Haute-Marne ; puis à postuler pour une formation de sellier au haras du Pin et à celui de La Roche-sur-Yon, en Vendée. À l’issue de deux jours de tests, elle est acceptée à la Roche-sur-Yon avec sept autres candidats. La formation se déroule sur un an. « Pour être sellier, il ne faut pas forcément être cavalier mais c’est tout de même plus facile quand on monte à cheval et qu’on connaît l’utilisation finale de chaque pièce », explique la jeune femme, qui a commencé l’équitation à l’âge de 10 ans.

Des cuirs et des boucles français

De La Roche-sur-Yon, Sarah garde le souvenir d’une année très intense, alliant théorie et pratique sous la houlette de Michel Charrier, maître sellier et Meilleur ouvrier de France et de deux selliers déjà formés. Chaque semaine, les apprentis découvrent une nouvelle pièce. Ils apprennent à la dessiner puis la réalisent avant d’être évalués sur pièce. Avec les formateurs, ils passent en revue les différents types de muserolles, de mors, de harnais, leur usage… « Un an, c’est tellement court », regrette Sarah. La formation comprend également deux stages, qu’elle effectue chez une sellière en Alsace et dans un atelier de fabrication de malles dans le Poitou. Son CAP de sellier-harnacheur en poche, elle est embauchée à l’Écomusée d’Alsace, où elle passe un peu plus de six mois. Renonçant à rempiler pour une nouvelle saison, elle entame les démarches pour s’installer à son compte et réalise un stage préparatoire à l’installation. « Je me suis immatriculée dans la Marne, d’où je viens », précise Sarah, qui a été soutenue sur le plan administratif par la Chambre des métiers de la Marne. En Alsace, où elle ouvre sa sellerie, elle peut compter sur la Fédération des métiers d’art (Fremaa) qui regroupe 165 professionnels rassemblés pour promouvoir leurs métiers et leurs savoir-faire.

Soucieuse de se placer dans le haut de gamme, Sarah privilégie les cuirs français, qu’elle trouve « d’une super qualité ». Elle s’approvisionne notamment en Alsace auprès des tanneries Degermann et Haas, « les meilleures pour le veau », et dans le sud de la France pour la vache. « Le cuir de vache allie la longueur et la résistance, c’est ce que je recherche. Je travaille aussi un peu de mouton. » La bouclerie provient principalement d’un fournisseur parisien, la maison Poursin, un véritable paradis pour les articles en laiton, selon elle. L’outillage qu’elle utilise n’a pas tellement changé depuis le XIXe siècle : compas pour tracer, couteau à pied et emporte-pièces de différentes dimensions pour découper, alêne pour percer le cuir et fil de lin pour coudre les différentes pièces. « Je couds presque tout à la main pour une question de solidité. Ça irait plus vite à la machine », reconnaît la jeune femme qui, pour l’instant, n’est équipée que d’une Singer électrifiée, pas vraiment faite pour le travail du cuir. Elle l’utilise pour les coutures extérieures de ses selles, en attendant de pouvoir s’équiper d’une machine à canon triple entraîneur lorsqu’elle aura déménagé.

Du sur-mesure pour se démarquer

« Mon credo, c’est le sur-mesure », insiste Sarah, qui compte entre 40 et 45 heures pour réaliser une selle, en fonction du niveau de personnalisation, et une dizaine d’heures pour un sac à crottin, en comptant la conception. Depuis son installation en 2018, elle a réussi à se constituer une clientèle de particuliers, auxquels elle propose ses selles et toutes les pièces de harnachement pour les chevaux. Elle travaille également avec des centres équestres, qui la sollicitent plutôt pour des réparations. « J’ai fait beaucoup de prospection cette année », souligne-t-elle. La jeune femme réalise aussi de la maroquinerie (ceintures, pochettes, sacs de voyage sur mesure) et propose des ateliers où les participants peuvent réaliser leurs propres articles en cuir, dont un atelier réservé aux cavaliers qui veulent se débrouiller en sellerie.

« Au début, c’est difficile de se rémunérer. Depuis cette année, j’arrive à dégager un peu plus qu’un Smic. » Sarah, qui s’est entourée d’un conseiller en gestion, veille à maintenir des prix cohérents par rapport à ses coûts de fabrication. « J’utilise de belles matières premières, je ne veux pas brader mes créations ou faire comme les anciens selliers qui sont devenus selliers-garnisseurs pour mieux gagner leur vie. Cela ne m’intéresse pas », dit-elle, persuadée que le sur-mesure, la plus grande longévité du matériel et le service après-vente sont de meilleurs éléments pour se démarquer que le prix.

Frédérique Zeidler, accompagnatrice en montagne

« La marche n’apporte que des bienfaits »

Pratique

Publié le 25/07/2021

Elle a grandi près de Strasbourg, mais c’est dans le massif des Vosges que Frédérique Zeidler s’est établi : « Je suis à un quart d’heure des pistes de ski de Gérardmer. De chez moi, je peux partir en raquette, en VTT ou à pied, selon la saison. On peut tout faire dans les Vosges. » Accompagnatrice en montagne, elle parcourt le massif depuis plus de dix ans avec des adultes de tous âges et de toute condition physique, des enfants, des groupes. Pendant quelques heures ou quelques jours, elle les emmène marcher. À la découverte des paysages vosgiens, de la faune et de la flore, ou pour le plaisir de s’aérer, tout simplement. « Il n’y a pas de contre-indication à la marche, s’amuse Frédérique. Au contraire, elle n’apporte que des bienfaits. Et à moins d’être privé de ses jambes, tout le monde peut marcher. »

Après sept années passées à travailler pour des organisations agricoles, dont le Groupement de défense sanitaire des Vosges, la jeune ingénieure agricole décide de prendre un autre chemin : elle pratique déjà la randonnée et possède un brevet d’accompagnatrice en montagne, préparé sur son temps libre dans l’idée d’en faire un jour une activité à temps partiel. Une rupture conventionnelle et les quelques mois de flottement qui suivent l’amènent à tenter l’aventure à temps plein.

Pour des publics divers

Au départ, Frédérique intervient en renfort de collègues accompagnateurs en montagne pour encadrer des scolaires ou des groupes, aussi bien dans les Vosges que dans d’autres massifs montagneux, voire à l’étranger. Mais elle décide bien vite de développer sa propre clientèle. « J’ai créé mon site internet. Je me suis laissé deux à trois ans et c’est comme ça que j’ai fait mon petit bonhomme de chemin. » Elle se rapproche des offices de tourisme et des propriétaires de gîtes vosgiens, ce qui lui permet, progressivement, de recentrer son activité sur son massif d’adoption.

« Actuellement, je travaille beaucoup à la journée ou à la demi-journée, mais d’une année sur l’autre, les demandes changent. Je peux accompagner des familles avec de jeunes enfants comme des personnes très âgées qui ont du mal à marcher et qui souhaitent juste faire une sortie d’une heure ou deux. » Frédérique accompagne également des classes dans leurs sorties de fin d’année, des centres de vacances, des comités d’entreprises, voire - hors période Covid - des participants à des séminaires, les Vosges offrant toutes les commodités pour ce type de rencontres.

Sorties chamois et bains de forêt

Cette diversité des publics lui permet d’exercer son activité toute l’année : à pied en été, en raquettes en hiver. « Le fil conducteur, c’est la randonnée. Ensuite, je développe des thématiques différentes selon les personnes que j’accompagne. Pour les scolaires, je propose des sorties sur le cycle de l’eau, sur les tourbières… Pour les vacanciers, je prévois des choses un peu plus ludiques, comme des chasses au trésor, des sorties chamois, sur les cascades ou sur les plantes aromatiques et médicinales. » Frédérique propose aussi des « bains de forêt », sortes de déambulations sous les cimes assorties d’ateliers permettant d’exercer ses cinq sens. Elle s’est formée spécialement à cette activité ce qui lui vaut d’être labellisée « Forêt l’effet Vosges », un label du Conseil départemental des Vosges.

Sa parfaite connaissance du territoire, versant vosgien et alsacien, est appréciée : elle la peaufine lors de multiples repérages et sorties effectués tout au long de l’année. Mais pour satisfaire la curiosité de son public, il lui faut pouvoir parler aussi bien du patrimoine local que de la gastronomie ou de la route des Crêtes pendant la Grande guerre. Autant de sujets qui nécessitent « beaucoup d’apprentissage personnel. »

« Certains de mes collègues font des randonnées plus sportives, des trails. Moi, je suis assez polyvalente. Quand j’accompagne un groupe (pas plus de 15 personnes en général), je m’adapte au plus faible. » En hiver, quand les pancartes du Club vosgien disparaissent sous la neige ou que les itinéraires sont noyés dans le brouillard, elle veille particulièrement à la sécurité des personnes qu’elle accompagne. Encore plus s’il s’agit d’une sortie nocturne. « C’est une vraie valeur ajoutée que nous apportons, nous, les accompagnateurs en montagne. En hiver, la vigilance est de mise. Il faut avoir deux cerveaux pour rester concentré à la fois sur l’itinéraire et sur les clients », dit celle qui ne sort jamais sans un équipement minimum composé d’une carte, d’une boussole, d’un altimètre et de plus en plus d’un GPS. Car en montagne, les aléas météo peuvent obliger à tout moment à changer d’itinéraire.

Rendre la montagne accessible à tous

L’accompagnatrice a à cœur de rendre la montagne accessible à tous. Y compris aux personnes handicapées moteur, qu’elle emmène en sortie en joëlette, fauteuil spécialement conçu pour la randonnée, ou en snoëlette, l’équivalent monté sur des skis. Ces sorties nécessitent un repérage préalable et la présence d’au minimum deux personnes par fauteuil, voire trois pour tracter, équilibrer et freiner l’attelage. Frédérique dispose aussi d’une pulka, petit traîneau permettant de tracter des enfants, valides ou handicapés, lors des sorties hivernales. Elle participe régulièrement à l’encadrement de séjours organisés par l’association Handi Cap Évasion : comme en juin, où elle a pris part, pendant une semaine, à une traversée de la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors avec quatre joëlettes. Loin des Vosges mais toujours avec la même philosophie : que le groupe prenne du plaisir.

Serge Fleischer, nouveau président du Civa

« Nous devrons mener des réformes courageuses »

Vigne

Publié le 15/07/2021

Après cinq ans passés à la tête du Civa, Didier Pettermann a cédé son fauteuil de président à Serge Fleischer, vendredi 9 juillet. Directeur de la maison de négoce Arthur Metz à Marlenheim, il accède à cette fonction avec la volonté d’être « un président rassembleur » mais aussi « novateur et réformiste », plutôt que réformateur. Et avec l’ambition de faire progresser l’image des vins d’Alsace en les imposant comme « de grands vins aux yeux du monde entier. » Alors que « des sujets brûlants et nombreux » se posent au vignoble alsacien, il compte n’en éluder aucun. « Il n’y aura aucun tabou, aucune barrière professionnelle », promet Serge Fleischer en rappelant son engagement de longue date au service du collectif (il a passé plus de 20 ans au conseil de direction du Civa). Les vins d’Alsace sont « un trésor commun qui doit rassembler, pas opposer », affirme encore le nouveau président en listant les principaux chantiers auxquels l’interprofession des vins d’Alsace va devoir s’atteler. Le premier est de faire aboutir l’audit de filière Alsace 2030 et de mettre en œuvre ses conclusions pour permettre au vignoble d’affronter la deuxième moitié du XXIe siècle. « Nous devrons mener des réformes courageuses », prédit d’ores et déjà Serge Fleischer. Le second sera la construction de la cité des vins d’Alsace, qui contribuera « à positionner les alsaces dans la cour des grands ». Le troisième consistera à rassembler en un pôle unique basé à Colmar, les organismes de recherche et développement viticole du Grand Est. Pour mener à bien l’ensemble de ces chantiers, sans se disperser, il est primordial d’avoir « le soutien des collègues et amis de l’Ava », fait valoir le nouveau président du Civa.

Alsace 2030 : appel à l’investissement collectif

Dans l’immédiat, il appartiendra à Serge Fleischer et à l’équipe rassemblée autour de Gilles Neusch, directeur du Civa, de déployer le plan stratégique 2021-2024, approuvé lors de cette assemblée générale. L’un de ses principaux axes est de sortir au plus vite le vignoble de la crise conjoncturelle dans laquelle il est plongé. Le Civa s’appuiera pour cela sur des indicateurs économiques précis, qu’il se chargera de collecter et de mettre à disposition des entreprises. Il s’agit d’ « affiner la connaissance des marchés, de mieux connaître les attentes des consommateurs, de cibler tous les circuits de distribution et de reconquérir le consommateur alsacien. Un produit unique pour le monde entier serait une erreur », affirme Serge Fleischer.

Le plan stratégique vise aussi à lever les problématiques structurelles autour de la qualité, de la lisibilité de l’offre, de la gouvernance et du pilotage économique de la filière et de l’innovation. Sur ces différents chapitres, le Civa s’efforcera de mettre en œuvre les conclusions d’Alsace 2030. Serge Fleischer en appelle à l’investissement collectif sur ce projet, qu’il souhaite alimenter par les réflexions des différentes familles professionnelles et des syndicats. Un retour est attendu pour début septembre, afin d’en fixer le contenu et les prochaines échéances. L’accompagnement des entreprises va se poursuivre : le plan stratégique 2021-2024 prévoit de développer le conseil dans des domaines tels que la gestion, la prospection, le marketing, afin de permettre aux entreprises d’être plus performantes sur les marchés. Il s’agira aussi de mieux communiquer et de façon plus dynamique vis-à-vis des adhérents, afin de les impliquer davantage dans les projets collectifs.

Générer plus de valeur

Le Civa ambitionne de générer davantage de valeur économique au sein de la filière : c’est le quatrième axe de son plan stratégique. Il passera notamment par des mesures de régulation de la mise en marché et la création d’un observatoire micro et macroéconomique. L’interprofession continuera à soutenir la recherche et à développer des partenariats avec les acteurs de la recherche et de la formation et s’attachera à mieux organiser la filière. Dans cet esprit, le plan stratégique du Civa prévoit de renforcer l’engagement professionnel des élus et de continuer à améliorer sa propre gouvernance en confiant des missions aux administrateurs stagiaires, dont le nombre sera doublé.

Stratégie

« Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… »

Vigne

Publié le 29/06/2021

Arthur Bohn s’installe sur le domaine familial en 2017 avec deux objectifs : arrêter le vrac et convertir l’exploitation à l’agriculture biologique. Le jeune vigneron, qui fêtera ses 30 ans, en juillet, s’y est initié en se formant par alternance dans une exploitation d’Eichhoffen. Il a découvert la biodynamie dans un domaine néo-zélandais où il a passé plusieurs mois après un bac pro viticulture-œnologie et chez Chapoutier, maison qui l’employait comme tractoriste jusqu’en 2016 sur les coteaux du Schieferberg. Son père Bernard, avec qui Arthur est associé, produit alors 25 000 bouteilles par an, vendues à 90 % à des particuliers. Le reste part sous forme de raisins ou de vrac. S’il continue à vendre du raisin le temps de la conversion, le jeune vigneron est résolu à commercialiser la totalité de la production en bouteilles. Objectif atteint puisque le domaine Bohn vend désormais 45 000 à 50 000 bouteilles par an, un seuil qu’Arthur considère comme « viable ».

Tout en continuant à développer la vente au caveau sur rendez-vous, le vigneron prospecte de nouveaux marchés, comme les cavistes et les restaurateurs français. Il renforce également ses efforts à l’export, portant la part des vins exportés de 5 à 40 % en seulement trois ans. « La présence à des salons professionnels nous a beaucoup aidés mais c’est aussi le résultat d’une accumulation de petites choses : la philosophie de travail à la vigne et en cave, le marketing, l’habillage des bouteilles, une charte graphique qui tient la route… » Surtout, Arthur n’hésite pas à prendre son bâton de pèlerin pour aller prospecter. « Pour vendre, il faut bouger, bouger, bouger… », dit-il, mentionnant les 40 000 km parcourus chaque année pour écouler ses vins et les cinq tours de France effectués - c’était avant le Covid-19. Convaincu que la présence et la persévérance paient, il livre lui-même beaucoup de ses clients. Une façon d’entretenir le relationnel. « Il faut discuter avec les cavistes, aller manger dans les restaurants avec qui on travaille, rencontrer les importateurs… »

En dehors d’1,5 ha situé en bas de coteaux entre Itterswiller et Epfig, les 9 ha en production sont constitués de coteaux sur des terroirs de grès (Sohlenberg), gréso-volcaniques (Bungertal), ou de schistes (Schieferberg). À la vigne, Arthur et son père pratiquent la sélection massale pour conserver la diversité du matériel végétal provenant des vignes les plus anciennes, celles qui ont plus de 50 ans. « Toutes les parcelles de moins de 10 ans sont replantées en sélection massale issue de pépinière privée », explique le jeune vigneron qui, pour les quatre principaux cépages, sélectionne des pieds de vigueur moyenne, avec des raisins plutôt lâches mais pas tous identiques. « C’est la mixité qui crée de la complexité dans les vins. » Cette diversité se retrouve dans les porte-greffes : en général deux ou trois par parcelle, choisis en fonction de la vigueur du sol et pour résister à la sécheresse.

Arthur et Bernard désherbent le cavaillon en trois passages d’outils à disque émotteur ou à doigts et passent une lame intercep en été. Les vignes sont enherbées naturellement. L’herbe n’est fauchée qu’avant les vendanges : simplement roulée au rolofaca une fois montée en graine. Ainsi, elle joue pleinement son rôle de protection du sol en divisant la température par trois lors des fortes chaleurs. Sa priorité étant de produire des vins de terroir, aptes à la garde, Arthur se satisfait de cet entretien a minima, qui économise du temps et du gasoil tout en maintenant le rendement autour de 50 hl/ha en moyenne. Il cherche à réduire l’usage du soufre et du cuivre au maximum en utilisant des plantes pour aider la vigne à se défendre : saule, ortie, prêle, valériane, pissenlit, sauge et romarin sont pulvérisés à différents stades de la végétation sous forme de tisanes, de décoctions ou de purins. Cette année, il a associé du saule broyé à une décoction de prêle pour favoriser la circulation de la sève au printemps. Il utilisera de la sauge et de l’ortie, dont il connaît le pouvoir antifongique contre l’oïdium et le mildiou, en complément du soufre et du cuivre. Le jeune vigneron s’astreint à arrêter les traitements le plus tôt possible dans la saison pour limiter les résidus sur la vendange.

Sans intrants ni filtration

En cave, Arthur et Bernard travaillent exclusivement avec des levures indigènes et vinifient « au moins 80 % de la récolte sans intrants ni filtration ». « On se laisse tout de même la possibilité de sulfiter légèrement si besoin, précise Arthur qui, dans ce cas, ne dépasse pas les 1 à 2 g/hl. En pratiquant des élevages longs (jusqu’à deux ans, dans l’inox ou le bois), en soutirant au bon moment et en favorisant la décantation par le froid pour les vins qui doivent être mis en bouteilles plus rapidement, ils obtiennent des vins clairs sans filtrer. Cette pratique demande toutefois « un suivi intransigeant : on goûte tous les jours et au moindre doute, on envoie à l’analyse. »

Pour les blancs, Arthur et son père réalisent un pressurage direct de 6 à 8 h. Les jus sont débourbés légèrement après un passage au froid systématique. Les vins de macération - rouges et oranges - sont élaborés à partir de raisins entiers (2/3) et de raisins égrappés (1/3). Un léger piégeage est réalisé les trois premiers jours, suivi d’un remontage quotidien qui n’excède pas 5 % du volume pendant 20 à 35 jours selon les millésimes et les cuvées. La troisième méthode utilisée est plus expérimentale : elle consiste à ajouter à des raisins entiers fraîchement cueillis, du moût issu de raisins pressurés la veille et maintenus en macération avec de la glace carbonique. « Ensuite, on ferme la cuve et on laisse pendant une dizaine de jours sans rien faire à part surveiller et goûter. »

Syndicat ovin du Bas-Rhin

Une transition, en attendant la relève

Élevage

Publié le 14/06/2021

Devenu président par intérim suite à la démission de Stéphane Huchot, Hervé Wendling a profité de l’assemblée générale du syndicat des éleveurs ovins du Bas-Rhin, vendredi 4 juin à Schiltigheim, pour présenter l’équipe de jeunes éleveurs qui devrait prendre les rênes du syndicat à compter de 2022. S’il a accepté d’assurer la transition le temps d’une année, c’est bien parce qu’il existe des jeunes motivés prêts à s’engager pour défendre la profession : Virginie Ebner, Louis Frischinger, Pierre et Yvan Stoffel et Florian Huchot ont déjà intégré le conseil (nous y reviendrons dans une prochaine édition). « Cette nouvelle équipe se partagera les tâches et les dossiers », annonce Hervé Wendling, qui fait part du projet de création d’un syndicat ovin régional pour défendre la filière à l’échelle de l’Alsace. Un projet bien accueilli par les participants à cette assemblée générale.

Dans son rapport d’activité, Simon Maier revient sur l’année 2020 marquée par le confinement et les restrictions liées à la pandémie de Covid-19. Sur le plan de la météo, l’année passée a une nouvelle fois été marquée par la sécheresse, ce qui a impacté la récolte des fourrages. Les éleveurs ont pu heureusement, bénéficier d’aides à l’achat de fourrage et au sursemis accordées par le Conseil départemental du Bas-Rhin. « Nous espérons connaître une année 2021 plus satisfaisante. » Les cours de l’agneau, qui étaient bien orientés en début d’année 2020, ont dévissé sous l’effet du premier confinement qui a coïncidé avec les fêtes de Pâques. Les abattages se sont maintenus grâce à un effort de promotion mais « la catastrophe a été évitée au détriment des prix », constate Simon Maier. Ceux-ci se sont redressés depuis pour atteindre 7,25 €/kg de carcasse fin 2020. Ils se situent actuellement à 7,60 €/kg de carcasse. Le syndicat ovin a profité de la Foire européenne, seule manifestation d’envergure maintenue en 2020, pour faire la promotion de la filière et du métier d’éleveur, ce qui a été très apprécié.

Des atouts et un paradoxe

En attendant que la nouvelle équipe se mette en place, Hervé Wendling énonce quelques-unes des priorités du syndicat : la reconduction de la charte filière ovine, qui associe quatre partenaires (Safer, Chambre d’agriculture, Crédit Mutuel, Agneau terroir d’Alsace) au syndicat ovin, en est une. « Cette charte est très importante pour les jeunes qui veulent s’installer », puisqu’elle leur permet de bénéficier d’un certain nombre de facilités, et de se concentrer sur la production. Trois éleveurs ont pu s’installer grâce à cette charte. Hervé Wendling souhaiterait également pouvoir placer du mouton au lycée agricole d’Obernai « On n’installera pas de jeunes hors cadre familial si on ne montre pas cette production au lycée », affirme-t-il. Car le paradoxe est là : la production ovine a beau avoir de nombreux atouts, elle peine à attirer les candidats. « On a toutes les cartes en main, énonce pourtant Jean-Pierre Saulet-Moes, technicien ovin à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). Le prix de l’agneau bat des records, on n’en a jamais vendu autant. Le consommateur local l’apprécie, la charte de relance nous donne des possibilités, les éleveurs peuvent bénéficier d’une aide à la génétique, des subventions du plan bâtiments… Il est difficilement compréhensible qu’on n’arrive pas à faire plus de mouton. »

La CAA, qui apporte un appui aux éleveurs par la mise à disposition d’un conseiller à temps plein, est prête à réfléchir au développement de la filière, annonce Laurent Clarys, chef du service élevage. Jean-Luc Beil, responsable du marché agricole au Crédit Mutuel, et Michel Freyss, son homologue au Crédit Agricole Alsace-Vosges, confirment pour leur part qu’ils continueront à accompagner les éleveurs dans leurs projets. Quant à Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin, il se félicite de la présence d’une équipe de jeunes motivés dans les rangs du syndicat.

La laine comme isolant

Jean-Philippe Ferry, de la coopérative haut-marnaise Cobevim, dont l’activité appro auprès des éleveurs ovins s’est bien développée depuis quelques années, fait part d’une difficulté à s’approvisionner en matières premières, qui va entraîner un renchérissement des coûts du matériel d’élevage. Le prix de l’aliment est également en forte hausse depuis avril, sous l’effet des restrictions dans les échanges liées à la pandémie. Dans ce contexte, il recommande d’attendre la nouvelle récolte plutôt que de « se précipiter pour signer des contrats ». Il évoque également le problème de la laine, que les éleveurs ne parviennent plus à écouler faute d’acheteurs. Utiliser la laine comme isolant est une possibilité, actuellement en cours de développement en Lorraine, mais les besoins sont réduits : 300 kg de laine suffiraient pour isoler une maison. Peu de chose au regard des stocks accumulés dans les élevages depuis deux ans.

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