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Florence Péry

Journaliste pigiste

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Centre Alsace

Giessen : la colère déborde

Vie professionnelle

Publié le 04/06/2021

Sous l’effet des pluies du mois de mai, le Giessen a débordé à plusieurs reprises, provoquant l’inondation d’une centaine d’hectares de prairies et de cultures en centre Alsace et la colère des agriculteurs concernés. Confrontés aux représentants de l’État, de la communauté de communes de Sélestat et du SDEA (syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace-Moselle), jeudi 27 mai, ceux-ci n’ont pas mâché leurs mots. « Aujourd’hui, tout le monde s’occupe de la gestion des cours d’eau mais personne ne fait rien », déplore Gérard Lorber, président cantonal de la FDSEA, en évoquant les prairies inondées devenues inutilisables. « Ce sont des hectares de fourrage foutus, qu’on ne pourra même pas mettre dans le méthaniseur », dénonce-t-il. Le Giessen a débordé suite à des précipitations de 20 mm tombées dans le Val de Villé. S’il tombe 60 mm, que va-t-il se passer ? s’interroge le responsable syndical. En 1988, a-t-il rappelé, une digue et un déversoir ont été construits pour protéger Ebersheim des crues du Giessen. « Cela a plutôt bien fonctionné pendant un bon bout de temps, mais les cours d’eau, c’est comme les voitures, s’il n’y a pas d’entretien… » Dans ce dossier, le responsable syndical renvoie dos à dos la communauté de communes et le SDEA qui, faute d’entretien suffisant, ont laissé s’accumuler le gravier et les branchages dans le lit du Giessen, provoquant des inondations régulières.

 

 

« Il y a urgence »

Pour Gérard Lorber, la situation est « délicate et grave ». « Lors des réunions sur la passe à poissons, on a expliqué que le Giessen allait déborder à la moindre petite flotte. Mais vous ne comprenez pas le message, s’est énervé un agriculteur, au bord de l’exaspération. Ce qu’on demande, c’est juste un peu d’entretien, un peu de logique ! » « Cela fait des années qu’on le dit et il ne se passe rien », s’indigne un autre. « On fait l’entretien qu’on est en mesure de faire et qu’on a le droit de faire, mais on est bloqué par la législation », se défend Charles Andrea, vice-président de la communauté de communes de Sélestat en charge des cours d’eau, également vice-président du SDEA, reconnaissant l’existence d’un problème récurrent. Le discours ne convainc pas. « Quels travaux ? Même les arbres ne sont pas sortis », réagit l’un des participants, rappelant une précédente réunion organisée dix ans plus tôt au même endroit avec le préfet de l’époque. « Rien n’a été fait. Aujourd’hui, il y a urgence, il n’y a pas besoin d’étude, on voit le problème ! »

« La législation ne nous permet pas de faire l’entretien comme vous le souhaiteriez et comme nous le souhaiterions techniquement, assure de son côté Franck Hufschmitt, directeur de la gestion des bassins-versants au SDEA, rappelant que l’entretien des cours d’eau relève de la responsabilité des propriétaires riverains, selon le Code rural. La logique suivie est celle de l’ « équilibre sédimentaire des cours d’eau ». En vertu de quoi, une partie du déversoir d’Ebersheim a été curée en 2019, mais les sédiments n’ont pas été sortis du lit de la rivière. Ils ont simplement été poussés vers l’aval en raison d’une suspicion de pollution. La présence de plomb ou de mercure, qui sont historiquement présents dans le secteur d’Ebersheim, pose la question de leur destination : s’ils en contiennent trop, ils ne peuvent être réutilisés mais doivent être mis en décharge, ce qui induit un coût autrement plus important. Seule une analyse permet de trancher cette question.

Trouver l’équilibre

À court terme et en signe de « bonne volonté », le SDEA réalisera un nouveau curage avec évacuation des sédiments de 200 m2 sur 100 m de long, ce qui nécessitera une simple déclaration au titre de la loi sur l’eau, annonce Franck Hufschmitt. Au-delà, c’est une autorisation qui est requise, ce qui suppose une enquête publique et des délais nettement plus longs. « À moyen terme, il s’agira de finaliser la réflexion sur la gestion des sédiments dans le Giessen » dans le cadre du Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux). « On va se remettre autour de la table pour voir qu’est-ce qu’on fait des sédiments et quel débit on accepte dans le Giessen. Puis on mettra en place un plan de gestion et on prendra en charge les dégâts. » Le représentant du SDEA veut croire que cette discussion permettra de trouver un équilibre « entre ce qu’on nous demande en termes de qualité écologique des cours d’eau et la situation économique des exploitations ».

Le 27 mai, le dossier de déclaration préalable au lancement des travaux les plus urgents n’était pas encore déposé. « Nous avons préféré nous concerter avec la profession agricole pour nous mettre d’accord sur l’endroit où les travaux seraient les plus utiles », justifie Franck Hufschmitt. Chargé d’instruire le dossier pour le compte du préfet, Christophe Kimmel, chef du pôle Eau et milieux aquatiques à la DDT, précise qu’une fois le dossier déposé, les choses peuvent aller très vite. Gérard Lorber enfonce le clou : « Entre le 1er et le 10 juin, il doit y avoir une machine pour sortir le gravier du Giessen. » Et si les analyses ne sont pas bonnes ? Le curage sera réalisé malgré tout, confirme le représentant de la communauté de communes. Quant au gravier, s’il ne peut pas être réutilisé, il pourra toujours être ramené devant la sous-préfecture de Sélestat, a conclu Jean-Martin Kientz, ancien maire d’Ebersheim.

Stratégie

« Mon but, c’est d’aller vers la réduction des intrants »

Cultures

Publié le 03/06/2021

« J’ai commencé les légumes en 1989. Jusqu’en 1994, je cultivais de l’oignon, de l’échalote, du chou-fleur et de l’ail pour la coopérative Dujour, une filiale du Comptoir agricole. Quand elle a arrêté son activité en 1994, j’ai pris mon courage à deux mains et je suis allé voir les GMS. » Christian Ehrhart, 54 ans, a parcouru du chemin depuis : il cultive actuellement 22 ha d’oignons et 24 ha de carottes sur une SAU de 170 ha. Le reste de l’assolement se compose de maïs, blé, blé dur et épeautre. Les surfaces consacrées aux légumes ont régulièrement augmenté mais aujourd’hui, il atteint un plafond. « Il y a une cinquantaine d’hectares où on ne met jamais de légumes car le sol ne le permet pas : soit les parcelles sont inondables, soit elles sont trop petites pour être irriguées », pose l’agriculteur. Sur le reste de la sole, il ne sème oignons et carottes que tous les cinq ans, voire plus, ce qui l’oblige à faire des échanges de parcelles avec des producteurs de pommes de terre ou de chou à choucroute du village ou des alentours. « Avec le changement climatique et les fortes chaleurs, si on revient trop souvent, il y a un risque de développement des champignons, ce qui engendre du tri et des pertes. » C’est une grosse contrainte, reconnaît Christian Ehrhart, qui ne voit pas comment y déroger, sauf à réduire les surfaces dédiées aux légumes, ce qu’il n’envisage pas.

L’alternance des cultures a l’avantage de rompre naturellement le cycle des ravageurs : l’oignon, par exemple, agit comme un insecticide sur la mouche de la carotte. En le choisissant comme précédent et en s’aidant de pièges pour repérer le nombre de mouches présentes dans ses parcelles, Christian Ehrhart réussit le plus souvent à se passer d’insecticide contre ce ravageur. Membre du groupe Dephy légumes d’Alsace, l’agriculteur se fixe pour objectif de traiter le moins possible. « Mon but n’est pas de passer en bio car il faudrait davantage de personnel alors que j’ai déjà du mal à en trouver, mais c’est d’aller vers la réduction des intrants. » Dans cette optique, il a investi l’an dernier dans une bineuse avec caméra pour désherber les cultures mécaniquement. Coût de l’opération : 40 000 €. Il espère que les efforts consentis vont lui permettre de décrocher la certification HVE 3 (haute valeur environnementale) demandée par ses clients. La demande est en cours.

« Dès que ça lève, je ressème »

Christian sème ses 14 variétés d’oignons en trois fois : les variétés de jours courts - environ 3 ha - sont semées fin août-début septembre, elles passent l’hiver aux champs et sont les premières à être récoltées, vers le 15-20 juin. « Elles sont vendues dans la foulée. » Les autres variétés, de précocités différentes, sont semées en février et en mars. Les plus tardives, arrachées en septembre, sont stockées en frigo et vendues jusqu’en mai. En oignon, le problème numéro 1 est la fusariose, qui se développe sous l’effet des fortes chaleurs estivales. Sans moyen de lutte chimique, l’agriculteur niedernois utilise des variétés résistantes et recourt à des champignons antagonistes. L’allongement des rotations (jusqu’à 7/8 ans) fait également partie de l’arsenal de lutte. Pour le mildiou, autre ennemi de l’oignon, il a essayé l’an dernier des variétés résistantes, pour tenir l’objectif du « zéro résidu ».

En carottes, où il a augmenté ses surfaces d’une dizaine d’hectares depuis deux ans, les semis s’échelonnent du mois de février à fin mai-début juin. « Je sème en dix fois. Dès que ça lève, je ressème. » Les derniers semis sont les plus délicats : une trop forte chaleur nuit à la levée. À l’automne, pour assurer une bonne conservation des carottes, une température de récolte assez basse et un sol un peu humide sont nécessaires, mais s’il pleut trop, s’il gèle ou s’il neige, « on n’arrive pas à récolter. C’est notre hantise ». Les primeurs sont récoltées au jour le jour en fonction des commandes. « On récolte, on lave, on conditionne et on expédie aux grandes surfaces. C’est de l’ultra-frais », souligne Christian, qui reçoit les commandes entre 8 h et 13 h et livre dans l’après-midi, pour que les produits soient en rayon dès le lendemain.

À partir de fin octobre-début novembre, 50 % de la récolte est stockée en chambre froide humide entre 0 et 1 °C, ce qui permet d’approvisionner les centrales d’achat et les grossistes tout au long de l’hiver. « Contrairement aux producteurs des Landes ou de la Manche, qui ont des terres sableuses, nous avons des terres limoneuses, qui sont naturellement riches et ne demandent pas d’apport d’engrais à tout bout de champ, précise Christian Ehrhart. Avec un travail du sol approprié, on obtient une très belle carotte. La preuve, on n’en a jamais assez… »

Tracteurs et machines agricoles

Alsatra Agri concessionnaire Deutz-Fahr

Pratique

Publié le 02/06/2021

Jusqu’à l’an dernier, l’entreprise Alsatra comptait deux spécialités : le transport, ainsi que les machines et travaux agricoles. L’entreprise, située à Gottesheim dans le Bas-Rhin, s’est développée de manière simultanée dans ces deux branches ces dernières années, passant de deux salariés en 2016 à une quinzaine aujourd’hui. En 2020, la branche agricole devient Alsatra Agri. Celle-ci réalise des travaux agricoles tels que la moisson, le pressage, l’enrubannage avec deux presses-enrubanneuses et le pressage de balles carrées. En parallèle, l’entreprise vend du matériel agricole. Depuis un mois, elle est devenue concessionnaire de la marque Deutz-Fahr, annonce son responsable, Frédéric Amann, à la tête d’une équipe de sept salariés, dont un vendeur à temps plein. « Nous sommes deux concessionnaires Deutz-Fahr dans le Bas-Rhin : les établissements Burckbuchler desservent l’arrondissement de Wissembourg et nous nous occupons du reste du département. »

 

 

Une équipe disponible 7 jours/7

Passer de simple agent à concessionnaire permet à Alsatra Agri d’acheter le matériel directement chez le constructeur, sans intermédiaire, et de pouvoir faire remonter les remarques des utilisateurs auprès de la marque. Principale qualité d’un concessionnaire : la disponibilité. « Vendre, c’est vite fait, mais il faut être là quand il y a une panne ou que le client rencontre un souci », souligne Frédéric Amann. Chez Alsatra Agri, l’équipe est disponible 7 jours/7. Elle intervient directement chez les agriculteurs grâce à sa camionnette-atelier entièrement équipée. Quatre mécaniciens effectuent les réparations et les mises à jour permettant d’optimiser l’utilisation du matériel. « Et on en cherche encore, précise le responsable de l’entreprise. C’est une denrée rare. »

En tant que concessionnaire Deutz-Fahr, Alsatra Agri vend principalement des tracteurs et des presses à balles rondes. « La gamme de tracteurs Deutz-Fahr est très étendue, elle va de 50 à 350 ch, avec des modèles pour le maraîchage, l’élevage et les grandes cultures. Il y a même une petite gamme pour les communes, détaille Frédéric Amann. Ceux-ci sont fabriqués dans l’usine bavaroise de Lauingen, à 230 km de chez nous, ce qui représente un atout en termes de délais de livraison même si, actuellement, toutes les marques sont confrontées à des retards. » Le constructeur allemand est en train de renouveler sa gamme et des nouveautés sont prévues à la fin de l’année. Alsatra Agri, qui reprend le fichier client de Techniques agricoles (Hohengoeft), assurera l’entretien et les réparations du parc de tracteurs existant, qui est assez conséquent, notamment dans le Kochersberg. « Cela prouve que les utilisateurs étaient satisfaits de la marque », note le responsable de l’entreprise, qui est assisté, pour la vente, de Charles Weber.

 

 

Des ateliers de réflexion jusqu’à cet automne

Préparer la forêt de 2100

Cultures

Publié le 18/05/2021

« La forêt a toujours été un écosystème singulier, un territoire lié à plusieurs enjeux environnementaux. Pour autant, les bouleversements climatiques et les épisodes extrêmes changent la donne et demandent une réflexion plus générale, une réflexion commune », a expliqué Thierry France-Lanord, président de Fibois Grand Est en présentant les Assises des forêts et du bois du Grand Est, le 27 avril par visioconférence. Ces assises se dérouleront en novembre prochain. Les stratégies et les orientations qui en découleront « modèleront le visage des forêts du Grand Est dans 50 ou 100 ans », prédit le président de Fibois Grand Est.

Des ateliers seront organisés en amont pour récolter « toutes les contributions, les retours d’expériences, les avis, les controverses » autour de la question : « Quelle forêt voulons-nous en 2100 ? ». Citoyens, usagers ou travailleurs de la forêt, entrepreneurs, collectifs de tous horizons sont invités à se réunir par groupes de 9 à 25 personnes sous l’égide d’un médiateur. Leurs contributions seront ensuite rassemblées et synthétisées pour être présentées lors des assises, résume Mathieu Klein, président de l’association Des hommes et des arbres, chargée de l’ingénierie de ces rencontres. L’objectif est de permettre à une pluralité de regards de s’exprimer.

« Nous nous trouvons à une période charnière avec des attentes sociétales et des urgences sanitaires et climatiques qui placent les forestiers face à des risques jamais expérimentés, des injonctions contradictoires. Ces problèmes d’une complexité inégalée nécessitent des apprentissages avec essais, erreurs et améliorations, ainsi que des choix politiques à arbitrer », justifie Thierry France-Lanord. Pour « faire émerger une forêt partagée », les participants devront « réfléchir au modèle de forêt qu’ils défendent, s’interroger sur les impacts de leurs choix sur les différentes fonctions ou rôles de la forêt, sur les éventuelles compensations ou rééquilibrages nécessaires, sur la manière de rendre leur projet « attractif » ou bénéfique pour tous les acteurs. »

Replantation : quelle stratégie ?

Jean Rottner, président de la Région, et Josiane Chevalier, préfète du Grand Est, s’accordent sur la nécessité de cette réflexion, au moment où « la forêt va mal » et où « la filière a besoin d’un avenir sur la durée », selon le président de la Région Grand Est. Les aspects économiques, techniques, environnementaux, « tout doit être mis sur la table pour pouvoir dégager des priorités », souligne Jean Rottner. L’État, pour sa part, a déjà adopté « une feuille de route pour adapter la forêt au changement climatique, faire une forêt plus résiliente et maintenir les services qu’elle rend », relève Josiane Chevalier en mentionnant les 200 millions d’euros (M€) consacré au volet forestier du plan de relance et l’objectif des 50 millions d’arbres plantés.

Ces réponses sont-elles adaptées à la situation que traverse la forêt du Grand Est aujourd’hui ? Pour Jean Poirot, représentant l’association France Nature Environnement, ce n’est pas tant la forêt qui est malade qu’« un certain type de sylviculture ». Il s’inquiète d’une replantation basée sur le recours aux essences non-autochtones et aux plantations monospécifiques sur des surfaces de plusieurs hectares. S’agissant du changement climatique, « la forêt est capable de s’adapter toute seule si on lui en laisse le temps », estime Jean Poirot, qui préconise de laisser « au minimum 10 % des surfaces forestières en libre évolution ». Jean-Pierre Renaud, directeur territorial Grand Est de l’ONF (Office national des forêts), constate pour sa part que le dépérissement touche toutes les essences, même si l’épicéa est le plus impacté. Le plan de relance ne représente jamais que 0,7 % de la surface forestière du Grand Est, ajoute-t-il. « On ne va pas reconstituer une nouvelle forêt, ce ne serait pas très réaliste, nous n’en avons d’ailleurs pas les moyens. La plus grande partie de la reconstitution va se faire par régénération naturelle », indique Jean-Pierre Renaud, partisan de la diversité des essences et d’un équilibre entre grande faune et écosystème forestier. À l’image de ce qu’ont fait un certain nombre de landers allemands, dont le Bade-Wurtemberg.

 

? Les Assises des Forêts et du Bois, ou cap sur la forêt du Grand Est de 2100 #FranceRelance Josiane Chevalier, préfète...

Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Mardi 27 avril 2021

 

Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH)

« Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie »

Cultures

Publié le 16/05/2021

L’assemblée générale de l’Association générale des planteurs de houblon de France (AGPH) a eu lieu, lundi 12 avril, par visioconférence. Après un hommage à Étienne Lux, président d’honneur disparu depuis la précédente assemblée générale, Bernard Ingwiller, président de l’AGPH, a dressé le bilan de l’année 2020. Celle-ci a été marquée par un renforcement des surfaces en production au niveau national et l’arrivée de nouveaux groupements de producteurs, qui sont venus consolider les rangs de l’association. Les rendements ont été légèrement inférieurs à la moyenne et les teneurs en alpha ont été variables selon les régions. « Au niveau commercial, nous souffrons de la pandémie », a souligné Bernard Ingwiller, précisant que tous les houblons n’avaient pas été enlevés mais que les prix étaient « globalement stabilisés ». La pandémie a également eu des incidences sur l’organisation des travaux, puisque la main-d’œuvre saisonnière étrangère n’a pas pu circuler librement en 2020 et qu’il a fallu faire appel à la solidarité locale pour trouver des saisonniers aux périodes de pointe. Le président de l’AGPH a remercié tous les partenaires de la filière, en particulier les brasseurs, qui ont contribué à résoudre ce problème.

La filière houblonnière est aujourd’hui confrontée à plusieurs défis. La protection phytosanitaire du houblon en est un. Le nombre de molécules homologuées pour cette culture est restreint, ce qui oblige à coopérer au plan international pour trouver des solutions communes. La recherche variétale, l’adaptation au changement climatique, la modernisation des équipements de cueillette et de séchage sont d’autres défis à relever. Bernard Ingwiller insiste pour que la modernisation aille de pair avec l’aspect économique, « afin de donner une vision d’avenir » aux planteurs de houblon. L’évolution des structures d’exploitation, quant à elle, mérite d’être étudiée de plus près afin de détecter quelles exploitations sont en manque de relève.

Secrétaire général de l’AGPH, Antoine Wuchner a donné les principaux chiffres de la production française. 540 ha étaient en production en 2020, dont 470 ha situés en Alsace, 35 ha dans le Nord, le reste des surfaces étant disséminé dans le reste du territoire. La production s’est élevée à 800 t. Antoine Wuchner constate un engouement fort pour la production locale et une augmentation des surfaces en bio, y compris dans les régions historiques. L’offre reste toutefois inférieure à la demande. L’épidémie de Covid-19 a entraîné un recul de 8 à 9 % du marché de la bière. Les brasseries ont plus ou moins souffert de la situation selon leur mode de commercialisation. La fermeture des cafés, hôtels-restaurants a particulièrement pénalisé certaines d’entre elles. Les microbrasseries ont souffert aussi, même si celles qui vendent en GMS ont réussi à tirer leur épingle du jeu.

Énormément de porteurs de projet

Le marché du houblon est mondial, a rappelé Antoine Wuchner. La France ne représente même pas 1 % de ce marché. 122 000 t de houblon ont été récoltées en 2020 dans le monde, un chiffre en baisse de presque 6 %. Les prix aussi étaient en baisse par rapport à ceux de 2019, mais la plupart des houblons ont été contractés. Au niveau mondial, la recommandation est à la baisse des surfaces dans certaines variétés. « Les houblonniers alsaciens ont su reconvertir un certain nombre de variétés pour être plus efficaces sur les marchés », se réjouit le secrétaire général de l’AGPH. Toutefois, il faut rester prudent car tout dépendra de la reprise. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, estime pour sa part que la crise sanitaire aura inévitablement un impact sur les stocks, et donc sur les prix, en particulier pour les gros contrats. Il attire l’attention sur la nécessité d’accompagner les exploitations qui se convertissent à l’agriculture biologique.

Du rapport d’activité des régions, on retiendra une grande variabilité dans les quantités produites et les prix payés aux producteurs selon les débouchés. Yvon Pruvost, au nom de la Coophounord, insiste sur la tendance au « consommer local » et sur l’augmentation des surfaces en bio, qui vont atteindre 10 % des surfaces dans le Nord. Dans d’autres groupements, la plupart des producteurs qui se lancent dans la culture du houblon le font en bio. C’est le cas chez Hopen et chez Houblons de France, où « un bon tiers des adhérents sont paysans-brasseurs ». En Normandie, où les surfaces sont encore confidentielles, il existe « énormément de porteurs de projets », selon Benoît Lamy, dont là aussi beaucoup de paysans-brasseurs potentiels.

Bernadette Laugel a rendu compte des activités techniques, en particulier des travaux menés pour la maîtrise des bioagresseurs. Matthieu Luthier a rappelé les grands axes du projet Houblon France 2022, visant à doter l’AGPH de deux têtes, une technique et une syndicale. Un projet de filière a été rédigé, une interprofession du houblon - a été créée et trois commissions ont été mises en place pour réfléchir à différentes thématiques telles que la compétitivité, la communication ou l’animation de la filière houblon.

Rencontre avec les représentants de l’AGPM

« Le maïs, on y tient »

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

« L’Alsace a déjà été très pénalisée lors de la dernière réforme de la Pac », a expliqué Marc Moser, membre du bureau de l’AGPM et président du Comptoir agricole, à Daniel Peyraube et Franck Laborde, respectivement président et secrétaire général de l’association, lors d’une rencontre précédant la manifestation agricole du 30 avril à Strasbourg. Qu’il s’agisse du maïs destiné à l’industrie, à l’alimentation humaine ou du maïs semence, en Alsace, cette culture est le fait d’exploitations de petite taille ou de taille moyenne. « Sans le maïs, on aurait 30 % d’exploitations en moins dans la région », souligne Marc Moser. C’est dire si la réforme de la Pac en cours de négociation représente un enjeu majeur, tant pour l’équilibre des exploitations, qui auraient beaucoup à perdre d’une rotation forcée à la parcelle, que pour celui de la filière dans son ensemble. L’élevage, très présent dans le Grand Est, subirait également cette réforme, puisque le maïs est utilisé comme fourrage pour nourrir les animaux, rappelle Marc Moser.

Jean-Michel Habig, président de la CAC, Richard Baltzinger, trésorier, et Fabien Metz, membre du conseil d’administration de l’AGPM, enfoncent le clou : « Le maïs est une source de valeur ajoutée, c’est une richesse pour l’Alsace. On y tient ! », affirme Jean-Michel Habig avec force, rappelant que la filière maïs alsacienne représente de nombreux emplois et qu’elle serait durement impactée par les mesures de rotation envisagées. Celles-ci représentent une menace pour la souveraineté alimentaire de la France, assure-t-il. Dans le Bas-Rhin, près de 20 000 ha de maïs pourraient disparaître, s’inquiète Fabien Metz, ce qui aurait « des conséquences énormes sur les exploitations ». Le bas-rhinois insiste sur la nécessité de trouver, au niveau national, « une solution pour maintenir la succession des cultures de maïs ». Mais il est bien conscient que « tant qu’on n’avance pas au niveau européen, il est difficile de se positionner au niveau français. »

« Droit dans le mur »

Fraîchement élu vice-président de la Fop (Fédération des producteurs d’oléagineux et protéagineux), Benjamin Lammert vole aussi au secours du maïs. L’impact de la BCAE 8 (qui conditionne les aides à la mise en œuvre de la rotation annuelle à la parcelle) serait « de 12 000 € pour une ferme de 100 ha, soit 1 000 €/mois à cause de cette réforme en dépit du bon sens ». Il se dit contre l’obligation de rotation à la parcelle car c’est « un non-sens économique ». Insérer de nouvelles cultures dans les rotations n’a d’intérêt que si ces cultures offrent des débouchés et des débouchés rémunérateurs, « sinon on va droit dans le mur », estime Benjamin Lammert. De plus, dans un contexte où le foncier est rare, comme en Alsace, faire des cultures moins productives revient à gaspiller des terres, dit-il.

Sur la réforme de la Pac, l’AGPM a réalisé « un travail de fond solide » qui commence à porter ses fruits, indique Daniel Peyraube. Pour le président de l’AGPM, la priorité est à la négociation à l’échelon européen. Dans le cadre de la BCAE 8, l’AGPM cherche à « faire revenir le mulch », qui avait été écarté lors de la dernière réforme de la Pac. Il s’agirait de prendre en compte cette technique, qui consiste en un broyage fin des cannes de maïs et un enfouissement superficiel avant un labour d’hiver. Le semis sous couvert est une autre hypothèse de travail.

En France, où se décide le Plan stratégique national, l’heure est à la définition des éco-schémas et du niveau d’exigence environnementale nécessaire pour y accéder. Pour l’heure, trois voies d’accès sont envisagées, rappelle Franck Laborde : la diversité des assolements, la biodiversité avec un certain pourcentage de SIE (surfaces d’intérêt écologique) non productives et la certification. « Les deux premières voies vont emmener la plus grande partie des exploitations au niveau national », prévoit Franck Laborde. Sur la troisième voie, les associations spécialisées travaillent à « une certification complémentaire dont la base pourrait être le HVE 2 (haute valeur environnementale) amélioré et la certification maïs. »

 

? EN COULISSE aussi les revendications se font entendre ! Au Le Crédit_Agricole, le président et le secrétaire général...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

Paroles de manifestants

« Cette réforme ne va pas dans le bon sens »

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

Thomas Wirsum, 29 ans, est en cours d’installation à Nordheim sur un élevage de 360 chèvres laitières. Dans la Pac actuelle, une exploitation comme la sienne, de 25 ha de superficie (50 % de prairies permanentes, 45 % de prairies temporaires) reçoit des aides. « Sur les prairies, ça ne représente pas grand-chose. Et sur les chèvres, elles sont limitées à 400 têtes. N’y sont éligibles que les chèvres qui ont mis bas au moins une fois », explique Thomas. Pourtant, le futur installé ne voit pas comment il pourrait s’en passer. « Il faut que toutes les aides soient maintenues », dit-il. Il s’inquiète également du renchérissement du maïs grain qu’il utilise dans sa ration, si la réforme de la Pac devait s’appliquer en l’état, et du renforcement des critères pour pouvoir toucher les aides directes.

Depuis Mutzig, Jonathan a rejoint ses collègues JA du canton de Molsheim pour participer au cortège. Entrepreneur de travaux agricoles et viticoles, il est venu « par solidarité » avant tout, écœuré par les attaques dont lui et ses copains agriculteurs sont l’objet lorsqu’ils pulvérisent ou épandent dans les champs. Le projet actuel de réforme de la Pac, « cela fera moins de boulot et cela aura des répercussions sur tout le monde agricole et viticole », juge-t-il.

« Avec la rotation, on serait pénalisé »

Pierre Guidat, 19 ans, de Ménil-de-Senones dans les Vosges. Fils d’un éleveur laitier de montagne (45 VL en agriculture biologique depuis 2008), il fait partie de la délégation vosgienne qui compte une cinquantaine de tracteurs. « Ce qui pose problème, c’est que les ICHN (indemnités compensatoires de handicap naturel) ne seraient plus réservées aux zones de montagne, explique-t-il. Si on doit les partager, ça fera mal. » L’impossibilité de rénover les prairies permanentes est un autre motif d’inquiétude pour le jeune vosgien, encore étudiant en BTS à Château-Salins. « La sécheresse et les sangliers font d’énormes dégâts. Depuis l’automne dernier, nous avons dû ressemer 25 ha. Avec cette réforme, nous ne pourrions plus le faire. »

David Mangin, éleveur laitier et allaitant en Gaec à Varmonzey dans la plaine des Vosges. « Cette réforme nous fait peur car elle rend impossible une même culture d’une année sur l’autre. Nous semons du maïs dans des terres sableuses 5 à 6 années de suite parce que dans les terres plus lourdes, ça va moins bien. Avec la rotation, on serait pénalisé, il faudrait y consacrer plus de surfaces pour une récolte équivalente », explique l’agriculteur, qui cultive 40 ha de maïs ensilage et 70 ha de céréales sur une SAU de 300 ha. « Cette réforme ne va pas dans le bon sens. On n’a pas besoin de ça en ce moment. Déjà qu’on a du mal à avoir des prix rémunérateurs. »

Alain Michel, céréalier à La Wantzenau, fait pousser du maïs, du colza et du blé sur 180 ha. « Avec la réforme de la Pac, on va encore perdre des sous, il faudra faire davantage de rotations avec des cultures qui rapportent que dalle alors qu’en face, on a des charges fixes. Heureusement que j’ai installé du photovoltaïque dès 2009… » L’agriculteur comprend d’autant moins l’obligation de rotation à la parcelle qu’avec le maïs, il a la sensation de « traiter beaucoup moins » qu’avec d’autres cultures. « Je traite une seule fois, avec un herbicide, et je n’utilise pas d’insecticide et zéro glyphosate ». Il est surtout inquiet pour ses deux fils de 16 ans : « ils ont la volonté de s’installer, mais quand je vois comment on est considéré aujourd’hui… Quand on sort le pulvé ou l’épandeur, on est traité comme des terroristes. Moi, ça me détruit moralement. »

Christian Wollenschlaeger, céréalier en troisième année de conversion bio à Seltz, pratique déjà la rotation annuelle des cultures sur ses 110 ha, où il sème du maïs, du blé, du triticale/pois, du soja, de l’avoine, de l’orge de brasserie et du tournesol. Même s’il n’est pas concerné par cet aspect de la réforme, il est venu soutenir ses collègues car il ne trouve « pas normal de demander aux agriculteurs de faire des rotations tous les ans alors qu’ils ont investi dans du matériel d’irrigation ». Il considère que « ce sont les éleveurs qui pâtiraient le plus de cette réforme car aujourd’hui, ils implantent le maïs autour de leur ferme pour éviter de traverser les villages, mais avec cette réforme, ce ne sera plus possible et cela fera des charges supplémentaires ».

 

? AU PARLEMENT EUROPEEN, les tracteurs sont toujours plus nombreux alors que l'heure du rassemblement a sonné ! ?...

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

? A VOS PANCARTES ? Le message est-il passé avec cette journée d'action ? #MANIF #PAC #PAC2023 #1000TRACTEURS #GRANDEST #sauvetonpaysan #ambitionpacjuste

Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

Travailler plus pour gagner moins

Baptiste, 20 ans, de Bainville-sur-Madon en Meurthe-et-Moselle. Il n’est pas fils de paysan, mais il prépare un BTS Acse à Pixérécourt et dans ce cadre-là, il est apprenti dans une ferme laitière (130 VL, 2 robots, 350 ha dont 210 ha de cultures). S’il est venu manifester, c’est « pour ne pas que ce métier devienne impossible », explique Baptiste, qui aimerait bien s’installer. « Supprimer 80 €/ha d’aides, sur un peu plus de 200 ha, c’est énorme. On va nous imposer un pourcentage d’herbe. Mais chez nous, tous les agriculteurs cherchent de la paille. S’il faut encore réduire la part des cultures, il va falloir la faire venir de la Beauce. Déjà qu’on nous accuse de polluer… »

Antoine Clavel, polyculteur-éleveur allaitant à Limey sur un Gaec à trois associés (250 ha, 130 mères charolaises), président des Jeunes agriculteurs de Meurthe-et-Moselle. « Les aides Pac sont importantes pour nous car aujourd’hui, ce sont elles qui nous permettent de dégager un revenu. Cette réforme a pour ambition de verdir la Pac et d’amener une réelle transition écologique. Nous, nous sommes les premiers à vouloir une transition écologique, mais il faut des moyens financiers et humains pour nous accompagner. Or aujourd’hui, on se dirige vers une Pac sanction. C’est pour ça que nous sommes ici : pour dire qu’on ne peut pas changer de pratiques du jour au lendemain, qu’il nous faut du temps et des moyens pour le faire, pas des sanctions. »

« Un coup de sec et on prend un carton »

Jean-Guillaume Hannequin, polyculteur-éleveur près de Verdun et président de la FDSEA de la Meuse, est « là pour dénoncer les écoschémas tels qu’ils sont déclinés actuellement, qui ne prennent pas en compte les zones intermédiaires » où les possibilités d’emblavement sont limitées. En Meuse, expose Jean-Guillaume Hannequin, blé, colza, orge d’hiver et de printemps constituent la base des assolements. Les agriculteurs ont bien essayé le lin protéagineux, le soja, le tournesol, mais la réussite est aléatoire. « Un coup de sec et on prend un carton ». Imposer la diversité des assolements et en faire une condition pour obtenir les aides à l’ha met donc les agriculteurs face à un dilemme impossible. Les engraisseurs qui travaillent en ration sèche, comme c’est souvent le cas en Meuse, seraient également pénalisés par le projet actuel, fait remarquer le président de la FDSEA 55 en dénonçant « un modèle technocratique » inadapté à la polyculture-élevage des zones intermédiaires.

Olivier Sengler, agri-viticulteur à Scherwiller : « Si on n’avait pas les aides Pac, l’alimentation serait plus chère, les gens ne le savent pas », regrette-t-il. Coopérateur chez Wolfberger, il est passé en HVE 3 (haute valeur environnementale) et s’il fait « d’énormes efforts par rapport aux phytos », il estime ne pas pouvoir s’en passer totalement. Les orientations contenues dans cette réforme l’inquiètent. Ce n’est pas tant son avenir qui est en jeu que celui de ses trois enfants : « ils veulent tous reprendre mais je me demande vers quoi je les engage, c’est une grosse angoisse pour moi. »

 

 

Stratégie

Cultiver la confiance avec les négociants

Vigne

Publié le 04/05/2021

Jordane Meyer fait volontiers visiter ses deux caves, où sont logées les cuves qui servent à la vinification. Pas de foudres en bois centenaires, pas d’alignement de cuves en inox dernier cri, mais une majorité de cuves en fibre de verre qui, sans être de la première jeunesse, permettent de travailler dans de bonnes conditions d’hygiène. Ce qui, pour la viticultrice de Rosenwiller, est la base du métier. « Nous avons une capacité de 900 hl, mais nous ne les produisons pas », explique la jeune femme, qui s’est installée en 2019 en EARL avec ses parents, Fabien et Évelyne. Le domaine a fait beaucoup de vrac par le passé. Près des trois-quarts des 10,5 ha en production y sont toujours dédiés, mais les volumes ont baissé au point d’atteindre un plancher ces dernières années. La diminution du rendement autorisé de l’AOC Alsace a contribué à cette évolution. « En fonction des millésimes, 650 hl à 700 hl suffiraient. La cave du haut nous permettrait d’accueillir tout le stock. »

Avant de devenir viticultrice, Jordane s’est d’abord formée à la comptabilité tandis que sa sœur s’engageait dans la sommellerie. « Il paraissait logique que ce soit elle qui reprenne. » Finalement, les projets personnels de sa sœur et l’attachement de Jordane à ses racines et au patrimoine viticole familial ont rebattu les cartes. Elle sait qu’elle peut compter sur ses parents : son père, qui travaille en équipe chez Kronenbourg, est très actif sur le domaine, tout comme sa mère, alors cheffe d’exploitation en titre. Il lui faut tout de même trouver sa place, faire ses preuves et réussir à imposer ses idées, ce qui, reconnaît-elle, n’est pas forcément facile pour une jeune femme qui n’aime pas forcer le passage mais qui revendique sa « part de jeunesse » et son droit à faire ses propres choix. Avant de se lancer, Jordane suit pendant un an les cours des CFPPA de Rouffach et d’Obernai, qui la conduisent à décrocher un BPREA (brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole).

L’encépagement en question

Le parcellaire du domaine se répartit sur les communes de Rosenwiller, Rosheim et Dorlisheim. Il comporte quelques très vieilles parcelles, notamment de sylvaner. « Nous venons d’arracher 50 ares qui dataient d’avant-guerre, expose Jordane. Nous préférerions garder les parcelles anciennes car les terroirs s’y révèlent le mieux, mais dans certains cas, nous sommes obligés d’arracher et de replanter pour faciliter le passage du tracteur. » Toute la difficulté est de savoir quel cépage replanter pour coller à la demande du marché, qui fluctue d’une année sur l’autre. La question de l’encépagement se pose aussi au regard de l’évolution climatique. Sur le lieu-dit Westerberg, une colline calcaire située sur le ban de Rosheim et orientée plein sud, la jeune vigneronne s’interroge sur la pérennité du riesling, qui souffre de plus en plus de la sécheresse. Dans les vignes, dont les trois-quarts sont en coteaux, l’interrang est enherbé naturellement pour éviter l’érosion. Dans les parcelles où le risque d’érosion est moindre, le sol est travaillé mécaniquement un rang sur deux, ce qui n’est pas encore le cas du cavaillon.

Dès sa sortie de BPREA, la jeune viticultrice engage le domaine dans la certification HVE (haute valeur environnementale), quand bien même ses acheteurs ne lui promettent aucune plus-value à la clé. Passer en bio exigerait des investissements qu’elle ne se voit pas engager dans le contexte actuel. Cela nécessiterait également du travail en plus, qu’elle et ses parents ne pourraient absorber sans embaucher. Ce qui n’est pas non plus d’actualité, en dehors d’un saisonnier, qui vient en renfort pour les pointes de travail - plantation, palissage, récolte et occasionnellement pour la taille et la descente des bois. « On essaie de faire nous-mêmes. » Dans ces conditions, Jordane caresse l’espoir plus modeste d’investir dans des cuves en inox thermorégulées, plus faciles à nettoyer que les cuves en fibre de verre. « Ce serait un bon compromis, juge-t-elle. Si les prix remontent, c’est un projet réalisable et qu’on pourra rembourser. Sinon… »

Un peu plus d’un quart de la surface est livré en raisins à deux négociants. Une partie des raisins est vendangée à la main, notamment les pinots noirs livrés en totalité chez Arthur Metz à Marlenheim pour l’élaboration du crémant, une autre est récoltée à la machine. Le domaine suit le planning de récolte fixé par les négociants, mais pour les surfaces destinées au vrac, il peut se permettre d’attendre que le raisin soit à la maturité recherchée. « C’est l’avantage quand on vinifie chez soi », souligne Jordane. La vinification s’effectue sous le contrôle d’un œnologue. Conformément à la demande de la maison Hauller, à qui est destiné le vrac, le domaine produit plutôt des vins secs. « Même si on ne va pas jusqu’à la bouteille, on a quand même la fierté d’arriver jusqu’au bout de la fermentation », se réjouit la vigneronne, qui ne se satisferait pas de ne faire que du raisin. Elle considère la dégustation, et plus globalement la vinification, comme la partie « la plus amusante et la plus passionnante du métier ».

Stratégie

S’organiser pour gagner du temps

Élevage

Publié le 03/05/2021

Pendant sept ans, Louis Steinmetz a conseillé les éleveurs limousins de Midi-Pyrénées et du Grand Est dans l’amélioration génétique de leur troupeau. En 2020, il quitte le herd-book limousin pour prendre la tête de l’élevage familial, guidé par la volonté de « conserver un patrimoine déjà travaillé » par son père Joseph, éleveur-sélectionneur de limousines depuis 40 ans. Il part avec quelques atouts dans son jeu. « Les bâtiments sont super fonctionnels et déjà amortis, le parc matériel est à jour, le fonds de génétique et la clientèle sont là », expose Louis, qui est titulaire d’une licence en génétique animale. Mais il a aussi une contrainte : un parcellaire morcelé et en partie éloigné. Les 122 ha sont répartis en deux sites. En Alsace Bossue, 20 ha de prairies permanentes non mécanisables sur 54 ha accueillent les génisses pleines, celles de l’année et les vaches suitées. Le reste est fauché en foin ou consacré au pâturage tournant. Les gestantes sont rentrées entre le 15 octobre et le 15 novembre, soit 15 jours à trois semaines avant le vêlage pour être vaccinées contre les diarrhées et supplémentées en minéraux (sélénium, magnésium, vitamines A, D et 3E). « Cela se ressent sur l’expulsion et sur la vitalité du veau. » Cette supplémentation compense la moindre consommation d’herbe et sa moindre richesse en oligo-éléments observée depuis quatre ans en raison de la sécheresse. Le jeune éleveur considère qu’elle a également un effet positif sur la santé globale des animaux en hiver. Les vêlages se déroulent du 25 octobre jusqu’à Noël, avec une pointe de 40 veaux en cinq semaines sur les 55 à 60 naissances annuelles. Cette concentration des vêlages permet d’avoir des lots homogènes.

À Berstheim et alentours, où sont situés le reste des pâtures et les terres labourables, ce sont les couples mères/mâles qui sont mis au pâturage l’été. Louis choisit une dizaine de mâles, « les tout meilleurs de l’année », pour les dresser à la corde. « Je les tonds, les alimente tous les jours à la même heure et je les dresse. Ce sont des animaux à forte, voire très forte valeur ajoutée qui font deux à trois fois le prix d’un animal issu d’un système classique », explique Louis. Ces mâles-là exigent « une surveillance journalière ». Certains seront sélectionnés pour la station nationale de Lanaud, près de Limoges. La commission chargée du recrutement fait ses choix en fonction d’une trentaine de critères, dont la morphologie, l’ascendance et le génome de l’animal. Selon les années, la ferme Steinmetz réussit à placer deux à quatre mâles en station. Ils quittent l’élevage vers l’âge de 10 mois et sont vendus aux enchères entre 13 et 14 mois. L’an dernier, deux sont partis à Lanaud. L’un a dépassé 4 000 €. Les mâles non sélectionnés sont vendus comme taureaux reproducteurs à une clientèle locale (Alsace, Moselle, Meurthe-et-Moselle et Allemagne) ou lors de concours (Agrimax à Metz).

 

Publiée par Louis Steinmetz sur Lundi 8 avril 2019

 

Viser le maximum d’autonomie

Comme les vêlages, la reproduction s’étale sur une courte période. Elle est précédée d’un flushing (apport énergétique) permettant aux femelles d’extérioriser leurs chaleurs. Pour sa première année d’installation, Louis puise dans le catalogue d’Elitest pour trouver des taureaux à vêlage facile et à fort développement musculaire pour ses génisses. Il utilise par ailleurs un taureau d’IA pour éviter la consanguinité. Enfin, il complète la palette des reproducteurs avec deux taureaux achetés à Lanaud, choisis pour leur largeur de bassin, leur fort potentiel de croissance et laitier. Ils doivent donner « des vaches productives, performantes et lourdes ». « L’achat des taureaux, c’est l’investissement principal sur l’exploitation. Toute la complexité du travail de sélection est d’arriver à juger un taureau sur une dizaine de veaux, pour pouvoir réagir rapidement. S’il n’est pas bon, il faut arrêter les dégâts et en trouver un meilleur. » L’expérience acquise au herd-book lui a permis d’avoir un œil aguerri. « Après, ce qui est important, c’est de sortir, de voir les animaux en station, dans les concours pour tenir son œil à jour. »

En matière d’alimentation, l’objectif de Louis est de parvenir à « un maximum d’autonomie ». Il l’est pour toutes les vaches en production et pour les bêtes d’élevage, mais il achète du correcteur pour les animaux à l’engraissement. Il en distribue à raison de « même pas 2 kg/jour/bovin » et y ajoute du minéral (100 g/bête). En septembre dernier, l’éleveur a implanté 5 ha de luzerne. « C’est une plante résistante à la sécheresse, qui ramène le plus de protéines à l’hectare et qui est riche en bêtacarotène, ce qui aide à la reproduction. » La recherche d’autonomie vaut aussi pour le travail : même s’il peut toujours compter sur son père pour l’aider, Louis se fixe pour objectif de travailler au maximum tout seul. C’est dans cet esprit qu’il envisage de s’équiper d’un couloir de contention pour pouvoir peser, vacciner et déparasiter les bovins seul et en toute sécurité. L’acquisition d’un système de surveillance des vêlages devrait aussi lui permettre de dégager du temps pour sa vie personnelle et pour continuer à « grandir professionnellement » sans augmenter la taille de son cheptel ou faire de culture supplémentaire.

Magazine

« J’ai besoin de travailler pour la nature »

Vigne

Publié le 27/04/2021

Haroon Rahimi a choisi pour cadre les vignes de l’abbaye de Marbach, dans le prolongement d’Husseren-les-Châteaux. Assis en tailleur sur un châle coloré provenant de sa région d’origine, il se sent dans son élément dans ce clos entouré d’un mur de grès rose, qui abrite les plants du conservatoire de cépages constitué par l’association Vignes vivantes. 80 variétés anciennes, parmi lesquelles des cépages hybrides, dont les bois ont été rapatriés il y a quelques années du domaine de Vassal, dans l’Hérault. Les membres de l’association, qui étudient leur comportement dans les moindres détails, espèrent en réintroduire quelques-uns dans la région (lire notre édition du 19 mars en page 20). Haroon Rahimi a découvert les lieux grâce à son maître d’apprentissage, Stéphane Bannwarth, vigneron à Obermorschwihr et président de l’association Vignes vivantes, chez qui il se forme depuis août 2020. Il s’est proposé pour en récolter les raisins et les vinifier. Stéphane Bannwarth lui a laissé carte blanche. Au lieu d’une cuvée unique, l’apprenti vinificateur a réalisé trois micro-cuvées - Noah (du nom d’un cépage hybride), Lune rose et H’wwah - à partir de raisins macérés, pressurés, avec un élevage sur lies fines dans des dames-jeannes de 50 l sans ajout de soufre. Pour le jeune homme, qui fêtera ses 24 ans en juin, cette première expérience de vinification est une chance. Il l’a saisie avec une certaine appréhension mais, finalement, le courage l’a emporté sur la peur de mal faire.

Dire que son parcours dans le monde viticole n’était pas tracé d’avance est un euphémisme. Né en Afghanistan, Haroon Rahimi est arrivé à Paris en 2016 comme réfugié. Il s’inscrit en CAP restauration-hôtellerie dans un lycée hôtelier parisien. En journée, il suit les cours. Le soir, il enchaîne les extras pour subvenir à ses besoins. Lorsqu’il entend parler de la Coupe Georges Baptiste, réservée aux professionnels et aux élèves des métiers de salle, il décide d’y participer. En s’y préparant, il tombe sur une proposition d’accord mets-vins : un vin rouge, issu du cépage grenache noir, associé à une viande. « C’est la première fois que je lisais la description d’un vin, ses caractéristiques, sa complexité, sa richesse en bouche. C’était comme de la poésie », raconte-t-il. Sa connaissance des vins est encore théorique, mais la quatrième place décrochée à ce concours l’encourage à aller plus loin. « Vu mon histoire, c’était un bonheur de finir à ce rang-là », se souvient Haroon. En stage dans un bistrot du 14e arrondissement, il s’initie à la dégustation avec le sommelier de l’établissement. Suivent un deuxième, puis un troisième stage dans des restaurants parisiens où il découvre les vins biologiques. Ce qu’il apprend au restaurant, il le complète en dégustant chez lui. C’est l’époque où, ses moyens étant limités, il s’achète une bonne bouteille chez un caviste de Montreuil, qu’il fait durer toute la semaine en la dégustant à petite dose. Sa curiosité est telle qu’en plus de la responsabilité de chef de rang, son maître de stage lui confie celle de conseiller les clients dans le choix des vins.

Entre de bonnes mains

Le jeune homme décide de s’orienter définitivement dans le monde du vin une fois son CAP terminé. Avec sa compagne, il s’installe à Perpignan, où il prépare un Bac pro vigne et vin en alternance. Il apprend énormément au contact de Séverine et Philippe Bourrier, propriétaires du château de l’Ou, situé à Montescot, à 10 km au sud de Perpignan. Le domaine a été l’un des premiers du Roussillon à se convertir à l’agriculture biologique. Il est également connu pour élever certaines de ses cuvées dans des jarres en forme d’œuf. Haroon s’épanouit pleinement dans les vignes. « J’ai besoin de travailler pour la nature. Pour moi, le travail de la vigne est encore plus essentiel que le travail en cave. 80 % d’un bon vin, ce sont des raisins sains obtenus sans produits de synthèse, une vigne en bon état, un sol vivant que l’on travaille au minimum pour ne pas perturber les micro-organismes. » Ce penchant pour la vigne ne l’empêche pas de s’intéresser à la vinification des vins avec le maître de chai du château de l’Ou. « Le contact avec la matière première, les premières vendanges, la sensation quand on pige les raisins… J’étais au paradis », retrace Haroon, considérant que cette expérience a changé sa vie.

Et après le paradis ? Il y a l’Alsace, région d’origine de sa compagne. Décidé à poursuivre ses études au-delà du Bac pro, il opte pour un BTS de viticulture-œnologie par alternance au lycée de Rouffach, et se met à la recherche d’un employeur. Au domaine Laurent Bannwarth à Obermorschwihr, il est entre de bonnes mains : l’entreprise est familiale, engagée dans la biodynamie et elle produit une gamme de vins nature, dont certains ont longuement macéré dans des jarres géorgiennes appelées qvevri. Le jeune homme, déjà sensibilisé aux méthodes de culture et de vinification alternatives et à l’élevage dans des contenants insolites, ne pouvait pas rêver mieux pour étancher sa soif de connaissances.

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