Centre Alsace
Giessen : la colère déborde
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Vie professionnelle
Publié le 04/06/2021
Sous l’effet des pluies du mois de mai, le Giessen a débordé à plusieurs reprises, provoquant l’inondation d’une centaine d’hectares de prairies et de cultures en centre Alsace et la colère des agriculteurs concernés. Confrontés aux représentants de l’État, de la communauté de communes de Sélestat et du SDEA (syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace-Moselle), jeudi 27 mai, ceux-ci n’ont pas mâché leurs mots. « Aujourd’hui, tout le monde s’occupe de la gestion des cours d’eau mais personne ne fait rien », déplore Gérard Lorber, président cantonal de la FDSEA, en évoquant les prairies inondées devenues inutilisables. « Ce sont des hectares de fourrage foutus, qu’on ne pourra même pas mettre dans le méthaniseur », dénonce-t-il. Le Giessen a débordé suite à des précipitations de 20 mm tombées dans le Val de Villé. S’il tombe 60 mm, que va-t-il se passer ? s’interroge le responsable syndical. En 1988, a-t-il rappelé, une digue et un déversoir ont été construits pour protéger Ebersheim des crues du Giessen. « Cela a plutôt bien fonctionné pendant un bon bout de temps, mais les cours d’eau, c’est comme les voitures, s’il n’y a pas d’entretien… » Dans ce dossier, le responsable syndical renvoie dos à dos la communauté de communes et le SDEA qui, faute d’entretien suffisant, ont laissé s’accumuler le gravier et les branchages dans le lit du Giessen, provoquant des inondations régulières.
« Il y a urgence »
Pour Gérard Lorber, la situation est « délicate et grave ». « Lors des réunions sur la passe à poissons, on a expliqué que le Giessen allait déborder à la moindre petite flotte. Mais vous ne comprenez pas le message, s’est énervé un agriculteur, au bord de l’exaspération. Ce qu’on demande, c’est juste un peu d’entretien, un peu de logique ! » « Cela fait des années qu’on le dit et il ne se passe rien », s’indigne un autre. « On fait l’entretien qu’on est en mesure de faire et qu’on a le droit de faire, mais on est bloqué par la législation », se défend Charles Andrea, vice-président de la communauté de communes de Sélestat en charge des cours d’eau, également vice-président du SDEA, reconnaissant l’existence d’un problème récurrent. Le discours ne convainc pas. « Quels travaux ? Même les arbres ne sont pas sortis », réagit l’un des participants, rappelant une précédente réunion organisée dix ans plus tôt au même endroit avec le préfet de l’époque. « Rien n’a été fait. Aujourd’hui, il y a urgence, il n’y a pas besoin d’étude, on voit le problème ! »
« La législation ne nous permet pas de faire l’entretien comme vous le souhaiteriez et comme nous le souhaiterions techniquement, assure de son côté Franck Hufschmitt, directeur de la gestion des bassins-versants au SDEA, rappelant que l’entretien des cours d’eau relève de la responsabilité des propriétaires riverains, selon le Code rural. La logique suivie est celle de l’ « équilibre sédimentaire des cours d’eau ». En vertu de quoi, une partie du déversoir d’Ebersheim a été curée en 2019, mais les sédiments n’ont pas été sortis du lit de la rivière. Ils ont simplement été poussés vers l’aval en raison d’une suspicion de pollution. La présence de plomb ou de mercure, qui sont historiquement présents dans le secteur d’Ebersheim, pose la question de leur destination : s’ils en contiennent trop, ils ne peuvent être réutilisés mais doivent être mis en décharge, ce qui induit un coût autrement plus important. Seule une analyse permet de trancher cette question.
Trouver l’équilibre
À court terme et en signe de « bonne volonté », le SDEA réalisera un nouveau curage avec évacuation des sédiments de 200 m2 sur 100 m de long, ce qui nécessitera une simple déclaration au titre de la loi sur l’eau, annonce Franck Hufschmitt. Au-delà, c’est une autorisation qui est requise, ce qui suppose une enquête publique et des délais nettement plus longs. « À moyen terme, il s’agira de finaliser la réflexion sur la gestion des sédiments dans le Giessen » dans le cadre du Sage (schéma d’aménagement et de gestion des eaux). « On va se remettre autour de la table pour voir qu’est-ce qu’on fait des sédiments et quel débit on accepte dans le Giessen. Puis on mettra en place un plan de gestion et on prendra en charge les dégâts. » Le représentant du SDEA veut croire que cette discussion permettra de trouver un équilibre « entre ce qu’on nous demande en termes de qualité écologique des cours d’eau et la situation économique des exploitations ».
Le 27 mai, le dossier de déclaration préalable au lancement des travaux les plus urgents n’était pas encore déposé. « Nous avons préféré nous concerter avec la profession agricole pour nous mettre d’accord sur l’endroit où les travaux seraient les plus utiles », justifie Franck Hufschmitt. Chargé d’instruire le dossier pour le compte du préfet, Christophe Kimmel, chef du pôle Eau et milieux aquatiques à la DDT, précise qu’une fois le dossier déposé, les choses peuvent aller très vite. Gérard Lorber enfonce le clou : « Entre le 1er et le 10 juin, il doit y avoir une machine pour sortir le gravier du Giessen. » Et si les analyses ne sont pas bonnes ? Le curage sera réalisé malgré tout, confirme le représentant de la communauté de communes. Quant au gravier, s’il ne peut pas être réutilisé, il pourra toujours être ramené devant la sous-préfecture de Sélestat, a conclu Jean-Martin Kientz, ancien maire d’Ebersheim.












