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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Patrimoine

Le musée de la Folie Marco à Barr

Pratique

Publié le 23/08/2020

Le musée de la Folie Marco est installé dans une demeure aristocrate du XVIIIe siècle. Il abrite des collections de mobilier bourgeois alsacien du XVIe au XIXe siècle. L’édifice fait, partiellement, l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis 1935 et le musée, fondé en juin 1964, possède le label « musée de France ». Alors que « Marco » est le patronyme de son constructeur, le bailli strasbourgeois Louis-Félix Marco, l’appellation « folie » suggère le type de résidences en vogue à partir du XVIIsiècle. Le bâtiment est situé à la sortie nord de la ville de Barr, en direction de Strasbourg, et à l’extérieur de l’ancienne enceinte fortifiée. Sur le terrain acquis par Marco, devant l’ancienne porte Feyl (Feylthor), se trouvait auparavant la chapelle Saint-Wolfgang, que la ville venait de faire démolir.

Louis-Félix Marco (1718-1772), bailli à partir de 1750, a lancé la construction dès 1760. La Folie Marco, achevée en 1763, est alors officiellement devenue la maison du bailli. Après la mort du bailli Marco, son fils a vendu le domaine aux créanciers. Trois familles vont se succéder dans la maison, la transformer, l’embellir, puis la transmettre à la ville à compter de 1960. « Depuis, la maison a été conservée avec tous ses souvenirs. Elle est officiellement devenue le musée de la Folie Marco en juin 1964. Les visiteurs peuvent découvrir un mobilier bourgeois alsacien du XVIIe (l’époque de la Renaissance rhénane, caractérisée par des bahuts, crédences et armoires imposantes à colonnes), jusqu’au XIXe siècle (époque du Premier Empire et de la Restauration), en passant par le mobilier raffiné du XVIIIe siècle (tables, fauteuils, commodes des époques Louis XV et Louis XVI) », explique Floriane Tinetti, en charge du musée.

À l’extérieur, le jardin a été conçu pour permettre une promenade pédagogique. Les différents points de vue et perspectives permettent d’apprécier le vignoble du Kirchberg, d’avoir un panoramique exceptionnel sur la plaine d’Alsace et la Forêt Noire, et des vues tout aussi intéressantes sur l’architecture du musée. Le site s’organise en une succession de chambres vertes ou minérales et de seuils.

Pour faire vivre le lieu, de nombreuses animations sont proposées. L’une d’elle, de juillet à fin septembre, s’articule autour de la viticulture. Intitulée « La folie des vins barrois », elle permet de vivre une expérience œnotouristique scénarisée dans l’atmosphère des années 1900 avec une balade viticole, la découverte du musée de la Folie Marco et la dégustation de vins de viticulteurs barrois.

 

 

Le clos de la Folie Marco

La Folie Marco a également en face d’elle un clos de vigne. Il a été acquis par la famille Kienlin, propriétaire des lieux entre 1780 et 1816, lors de la Révolution. Ce clos, référencé dès le Moyen Âge, faisant partie des vignes du Grand Chapitre de Strasbourg, fief des Uttenheim de Ramstein. La ville de Barr l’a ensuite reçu en donation en 1960 à la mort des derniers héritiers. « Notre famille exploite ce clos depuis 1962, date à laquelle la ville de Barr, propriétaire de l’ensemble des biens depuis la mort des derniers héritiers, mît aux enchères le droit d’exploiter ces vignes. Louis Hering a acquis ce privilège pour une période de 99 ans », explique Jean-Daniel Hering, l’actuel responsable du domaine familial. Un clos qui est bien mis en valeur par la géographie des lieux, par la municipalité et par le musée qui, lors de chaque visite guidée, en raconte l’histoire.

« Ce vignoble est protégé des vents du nord. Ceci lui apporte toujours une belle précocité à la sortie de l’hiver où l’on observe un débourrement huit à dix jours plus tôt qu’ailleurs. Nous cultivons deux cépages dans ce clos, toujours vinifiés séparément : le sylvaner Clos de la Folie Marco et le riesling Clos de la Folie Marco. Ces deux vins sont récoltés à maturité optimale pour produire des vins secs et fruités, parfaits pour la gastronomie et fidèles à la typicité alsacienne. Nous ne recherchons pas de sur-maturité, mais bien un style léger et une belle fraîcheur préservant les notes florales et fruitées », ajoute Jean-Daniel Hering.

 

 

 

Association des viticulteurs d'Alsace (Ava)

Des vendanges dès le 24 août, des rendements par cépage

Vigne

Publié le 21/08/2020

Si le Parc-Expo de Colmar était toujours fermé aux véhicules et « protégé » par quelques policiers, il n’y avait pas, cette fois, de manifestation. Les tractations en coulisse entre les représentants des familles professionnelles du vignoble ces dernières semaines ont permis de retrouver la sérénité nécessaire pour l’organisation de cette nouvelle réunion. Le président de l’Ava, Jérôme Bauer, a cependant ouvert la discussion en poussant un double coup de gueule. À l’adresse de l’État et de son administration tout d’abord. « On nous laisse tomber alors que la filière viticole française a déjà perdu 300 millions d’euros (M€). Les États-Unis maintiennent leur surtaxe de 25 % sur les vins français. La viticulture est la victime collatérale d’un problème qui concerne Airbus. Face à cette double crise sanitaire et économique, l’État n’est pas là pour nous accompagner alors que la filière représente tout de même plus de 600 000 emplois. Pendant le confinement, la viticulture a peu bénéficié de chômage partiel car nous étions nombreux à avoir beaucoup de travail dans les vignes. On estime cette exonération de charges à 250 M€. Il est vraiment temps que l’État prenne la mesure de ce qui arrive. La crise sanitaire n’est pas derrière nous et la crise économique est à peine devant nous », s’inquiète Jérôme Bauer.

Son second coup de gueule s’adresse à celles et ceux qui sont derrière un clavier d’ordinateur ou sur leurs téléphones portables. « C’est facile de critiquer. Mais, où sont ces gens ? Que font-ils pour les autres ? L’association des viticulteurs d’Alsace, ce n’est pas qu’un président, mais tout un conseil d’administration. C’est surtout nous toutes et tous ! Nous ne sommes pas des professionnels politiques. Alors, que ces gens atterrissent. Il n’y a pas de solution miraculeuse. Au conseil d’administration, nous consacrons du temps pour le collectif. Il est donc temps d’arrêter ces débats stériles et nauséabonds sur les réseaux sociaux. Il faut débattre aux assemblées générales organisées régulièrement dans les sous-régions et, comme aujourd’hui, en plénière », ajoute le président de l’Ava.

Attention à la sécheresse

Après un point sur la situation économique par Gilles Neusch et le contrôle de maturité par Arthur Froehly (lire encadrés), un tour d’horizon des sous-régions a été effectué pour fixer la date de ces vendanges 2020. Il est généralement fait état de raisins sains, d’un bon potentiel, d’une faible pression de maladies, de degrés alcooliques intéressants ou encore de belles acidités. En revanche, le vignoble souffre de la sécheresse. Dans le secteur de Kayserberg-Colmar par exemple, des vignes sont en phase de décrochage. Des vendanges « à la carte » seront nécessaires sur le secteur de Ribeauvillé. Elles devront être étalées du côté de Barr où, par endroits, cette situation de sécheresse est qualifiée de catastrophique. L’état sanitaire impeccable de la vigne atténue l’inquiétude face à la sécheresse du côté de Molsheim. Un rapide accord est alors trouvé. Les vendanges de crémant pourront débuter dès ce lundi 24 août. Celles de l’ensemble de l’appellation Alsace se feront à partir du jeudi 3 septembre. Naturellement, il existe comme les années passées un dispositif de prévendange. Les demandes sont à faire auprès des services de l’Inao, la veille, en précisant les parcelles concernées et les degrés contrôlés. Cela a, par exemple, été le cas du domaine Sick-Dreyer à Ammerschwihr dès le lundi 17 août.

 

 

Privilégier la souveraineté du vignoble

La question des rendements s’est enfin invitée à la table des discussions. Sans attendre, Jérôme Bauer annonce - ce qui n’était plus qu’un secret de polichinelle - que le conseil d’administration de l’Ava a validé un rendement par cépage de 65 hl/ha, assorti d’un volume complémentaire individuel (VCI) de 5 hl/ha par cépage. Le crémant restant, comme prévu depuis longtemps, sur la base de 70 hl/ha. « C’est une décision forte et un signal intéressant pour l’avenir car ce modèle qui est discuté depuis plusieurs années pourrait devenir la règle à l’avenir », souligne Jérôme Bauer. En fin de réunion, il ajoute même qu’il est « illusoire de penser que l’on puisse repasser à 80 hl/ha l’an prochain ». Mais, le président de l’Ava en convient, cet accord qui permet d’obtenir un consensus, ne satisfait personne véritablement. Immédiatement, on le constate avec la réaction de Christian Kohser, membre du bureau de l’Ava. « Quel intérêt de faire du VCI ? Ces 65 hl/ha ne tiennent pas compte de la réalité économique de chaque cépage. » Lors du vote, il fera partie de cette petite minorité à voter contre ces rendements, dits consensuels.

Consensuel est bien le terme approprié. Tour à tour, Pierre-Olivier Baffrey pour la coopération, Pierre-Heydt-Trimbach pour le négoce et Francis Backert pour les vignerons indépendants se montrent solidaires de la position prise par le conseil d’administration de l’Ava. « Même si je suis d’accord avec Christian Kohser, la coopération porte ce consensus. Il est aujourd’hui raisonnable et souhaitable d’avoir cet accord pour montrer que nous prenons notre destin en mai. Nous espérons maintenant que la reprise sera bien là car cette baisse des rendements sera douloureuse. Oui, je suis favorable à ce qui est proposé. »

Incité par Jérôme Bauer, Pierre Hedyt-Trimbach lui donne raison en hochant de la tête. Francis Backert rappelle le positionnement historique du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace. « La position des 60 hl/ha ne nous paraissait pas suicidaire au regard des capacités de mise en marché cette année. Néanmoins, nous ne revenons pas sur notre parole de soutien pour ces 65 hl/ha car il faut privilégier la souveraineté du vignoble. Les défis à venir sont d’une ampleur plus importante que d’avoir des discussions à rallonge sur quelques hectolitres », estime le vigneron.

 

 

Efforts et espoirs

Après le « jeu » des questions-réponses avec la salle, l’assemblée générale approuve à une très large majorité ce rendement de 65 hl/ha pour chaque cépage. Au lieu d’appliquer un rendement global à l’ensemble de chaque exploitation - permettant de jongler à la baisse ou à la hausse avec des volumes selon chaque cépage tout en respectant le rendement butoir -, il a donc été décidé d’abandonner cette année ce modèle de production. Cette fin des butoirs contraint du même coup les professionnels à mettre obligatoirement un hectolitre de vignes en face des 65 hl. Je suis conscient de l’effort à fournir. Il va falloir gagner des parts de marché et ne pas baisser les prix. J’ai espoir qu’on puisse très vite redresser la barre », conclut, satisfait et optimiste, Jérôme Bauer. Reste, à l’issue de ce vote, à avoir la validation du Crinao. Les professionnels se montrant raisonnablement optimistes là également.

Philippe Stievenard, directeur de direction départementale des territoires (DDT) a tenu à saluer cet accord en fin de réunion. « Il est essentiel que vous ayez trouvé un accord sur la limitation de la production pour aborder ces vendanges avec davantage de sérénité. Je dois saluer vos efforts. Cette baisse des rendements devra se poursuivre par votre réflexion dans la mise en place d’outils permettant de privilégier une production cépage par cépage. En attendant, bonnes vendanges à toutes et à tous. Restez vigilants collectivement et individuellement face à la crise sanitaire. »

Une vigilance qui passe par la lecture préalable d’un « guide préconisations sanitaires » de 32 pages. « Lisez-le et diffusez ces recommandations auprès de vos vendangeurs. Chaque domaine doit désigner un « référent Covid-19 » chargé de veiller à ce que ces consignes de sécurité soient respectées », prévient Simone Kieffer pour l’Ava. Les vendanges 2020 s’annoncent donc résolument inhabituelles. Outre cette baisse des rendements, les viticulteurs sont incités à porter le masque, à respecter la distanciation et adopter les mesures sanitaires adéquates.

 

Lire aussi : Le Crinao contre la proposition de l'Ava de 70 hl/ha, suite au 18 août, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Quelle stratégie face à la déconsommation ?, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Les difficultés de la filière des vins d’Alsace analysées par le premier financeur de la viticulture, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Les vendangeurs prennent la grappe, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Vendanges 2020

Les vendangeurs prennent la grappe

Vigne

Publié le 13/08/2020

À Zellenberg, le domaine Jean Becker produit et commercialise ses vins bio et ses eaux-de-vie depuis plusieurs générations. Vignerons de père en fils depuis 1610 et marchands de vins d’Alsace en 1848, les vignes familiales ont été converties dès 1999 à l’agriculture biologique. Le domaine s’est également orienté vers les vins nature bio. Une production spécifique qui a trouvé son public. Mais lors des vendanges, c’est le même lot que pour chaque exploitation : il s’agit de trouver la main-d’œuvre nécessaire pour rentrer le millésime. Et la situation sanitaire actuelle rend cette période encore plus atypique.

Une nouvelle intendance

« L’année dernière, nous avions déjà connu de gros soucis pour trouver des gens, même ceux qui étaient de passage. Il y avait fort heureusement les locaux que nous connaissons et qui viennent régulièrement. Mon frère, Philippe (Becker), vendange « à la carte ». Du coup, cela peut parfois durer longtemps. Il est donc difficile de trouver du monde sur une période aussi longue. On a demandé à une entreprise de prestation de nous aider dans nos démarches pour trouver ces vendangeurs », explique Martine Becker.

Dans le même temps, le domaine a investi dans un véhicule de neuf places pour chercher ou ramener les saisonniers. « Nous avons finalement une belle liste d’attente. En revanche, les vendangeurs ne sont plus les mêmes. Les habituels Polonais et Espagnols sont absents du fait des restrictions sanitaires. Mais également à cause de la date. Ils viennent plus facilement en septembre ou en octobre. Nous comptons au final sur une quinzaine de vendangeurs. Concernant les gestes barrières, les recommandations sont très strictes. On a prévu la distanciation nécessaire à table lors des déjeuners. On se pose encore aujourd’hui la question des masques pendant que l’on vendange. Il y a également le problème des sanitaires. L’année passée, on nous avait déjà bien demandé de séparer ceux des hommes et ceux des femmes. Cette année, on va devoir mettre en place des séparations pour les boissons, les gobelets ou encore les matériels. Il faut aussi une traçabilité complète. Pour les repas, on incite les vendangeurs à apporter leur nourriture de leur domicile. Enfin, nous ne logeons plus personne depuis vingt ans. Les derniers vendangeurs hébergés se sont mal comportés », ajoute Martine Becker.

Outre les vendangeurs, une équipe de dix personnes présente, elle, toute l’année, sera également disponible. La période est stressante car ces vendanges arrivent après plusieurs semaines de baisse des ventes au caveau. « Cette baisse est sensible. Les groupes ont disparu. Notamment les Japonais, les Espagnols et les Anglais. Pour les Belges, nous gardons de très bons contacts. On a cependant constaté une forte baisse, de l’ordre de 70 % en mars, de 90 % en avril. Depuis, ça va mieux même si nous sommes loin d’une année normale », conclut Martine Becker.

Avec les réseaux sociaux

À Houssen, Cyril Marschall n’a pas encore la même expérience. Âgé de 30 ans, il a repris, en 2017, la petite exploitation familiale de ses parents qui fournit son vin à la coopérative Wolfberger, à Colmar. Une exploitation qui a grandi au fil des années en achetant des parcelles pour arriver aujourd’hui à dix hectares. Le jeune vigneron n’a pas encore suffisamment de recul pour comparer les années. Il sait cependant déjà que cette récolte 2020 va être compliquée. « Pour le recrutement des vendangeurs, je pensais que ce serait plus facile du fait de la situation économique. Mais les gens qui sont sans emploi ont souvent peur de perdre leurs droits s’ils vendangent. Et, avec les frais kilométriques, ils peuvent même avoir le sentiment d’être perdants financièrement. Le second problème concerne le Covid-19. Je ressens une réticence à venir vendanger. Notamment chez les gens plus âgés, les jeunes retraités », précise Cyril Marschall. Le 11 août, il lui manquait encore deux à trois personnes pour compléter son équipe de quinze vendangeurs.

 

 

Il a pourtant lancé ses premières démarches très tôt. Dès le début du mois de juin. D’abord en recontactant les vendangeurs de l’année passée. Puis, d’une façon plus originale, en lançant ses premiers appels sur les réseaux sociaux. « J’ai utilisé Facebook pour être vu et relayé. Cela a été le cas. Ensuite, quand les appels ne décollaient plus, j’ai utilisé le site Le bon coin. J’ai eu des appels. J’ai eu des contacts de Moselle mais j’ai évidemment privilégié les gens du secteur. Comme je ne loge pas, par manque de place, je n’ai pas répondu positivement. Finalement, la moitié de mes vendangeurs était déjà présente l’année dernière. L’autre moitié sera des nouveaux », note Cyril Marschall.

À tous, il compte dès le premier jour leur expliquer le protocole sanitaire fourni par l’association des viticulteurs d’Alsace. « C’est un document complet et très bien réalisé. Il détaille toutes les démarches à suivre concernant les masques, les visières, le matériel de vendange, les transports ou encore la distanciation. Reste à savoir comment la mise en pratique sera gérée », s’inquiète le jeune viticulteur. Il compte donc aller plus loin en faisant signer à ses vendangeurs une déclaration sur l’honneur précisant qu’ils ne sont pas malades.

En attendant, Cyril Marschall prépare son matériel… sanitaire. Il a acheté 400 masques, des visières et du gel hydroalcoolique. Il a la chance d’avoir été aidé par sa coopérative. Cependant il est évident que ces investissements ont un coût. Ils doivent pourtant rassurer. Même si une dernière question l’inquiète. « Comment je vais réagir et comment vont réagir les gens si un cas de Covid-19 se présente pendant les vendanges ? Que va-t-il se passer ? Qui sera responsable ? Et de quoi ? Cette problématique sanitaire est plus anxiogène que l’organisation des vendanges », conclut Cyril Marschall.

Un mot d’ordre : respect

À Gimbrett dans le Kochersberg, une commune dont il est le maire délégué, Freddy Bohr se prépare également pour cette récolte 2020. Il gère l’exploitation familiale depuis 1985 avec son épouse. Le couple a trois enfants. Outre la partie viticole, la ferme a aussi une production laitière. Il y a donc un travail important tout au long de l’année. « Pour les vendanges, il y aura certainement huit bonnes journées qui y seront consacrées. Je ne suis pas inquiet, mais prudent. Tout va se passer dans le respect des gens et du protocole sanitaire », indique Freddy Bohr. Il compte sur une équipe de vingt vendangeurs. On y retrouve des fidèles, souvent des jeunes retraités. « Avec eux, tout est cadré. Ils viennent par plaisir. On les connaît. Comme le travail ne s’éternise pas, cela se passe dans la bonne humeur. On débute généralement vers 8 h 30 le matin jusqu’au déjeuner qui doit se passer dans notre grande salle de dégustation où il y a assez de place pour prendre ses distances. Il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir », poursuit Freddy Bohr.

Il a souhaité compléter son équipe de vendangeurs avec des gens du secteur de Gimbrett qui sont à la recherche d’un emploi. Même s’ils ne sont pas faciles à trouver car il n’est pas forcément aisé de connaître les situations individuelles. « Nous avons pris des personnes de tous les âges. L’essentiel, c’est que les vendanges se déroulent bien et dans le respect. Nous n’avons jamais eu de difficultés pour cette période importante de l’année », conclut Freddy Bohr.

Dans les règles, ni plus, ni moins

La sérénité est la même au domaine Frey-Sohler à Scherwiller. Le domaine s’étend sur 29 hectares sur l’appellation communale Scherwiller et sur le terroir du Rittersberg, au pied du château de l’Ortenbourg. La situation sanitaire n’a pas eu d’influence négative sur les ventes. « Depuis de nombreuses années, nous sommes présents sur pas mal de salons. Cela nous assure une visibilité et une réputation. Du coup, quand les gens viennent dans la région, ils s’arrêtent au domaine. Les touristes français remplacent actuellement les étrangers même si nous pouvons toujours compter sur les Belges, les Hollandais et les Allemands. En revanche, la seule chose qui m’inquiète actuellement, c’est la sécheresse. J’aimerais bien qu’il pleuve franchement », précise Damien Sohler.

Concernant les vendanges, l’optimisme est le même. L’équipe composée d’un effectif de vingt personnes est prête. On y trouve pour moitié d’habitués et pour moitié de nouveaux. Ces derniers appellent directement ou sont dirigés par la cellule d’Alsace Vendanges de Pôle emploi. « Nous faisons appel à elle depuis trois à quatre ans. Notamment quand les vendanges se déroulent au mois d’août. Nos vendangeurs habituels sont souvent moins disponibles qu’en septembre ou octobre », ajoute Damien Sohler. Avec sa famille, il a complété cette préparation en tenant compte des spécificités de la situation sanitaire actuelle. « Nous avons fait un stock de masques, de gants, de gourdes individuelles. Nous l’avons fait pour respecter les règles sanitaires. Ni plus, ni moins », indique encore Damien Sohler.

 

 

Albert Fuchs, youtuber

Prise de vue sur l’activité agricole

Vie professionnelle

Publié le 09/08/2020

Fils d’agriculteurs à Bollwiller qui exploitent des céréales, mais également 13 hectares de vignes, Albert Fuchs, 19 ans, trouve lui-même de l’intérêt pour le monde agricole. Il effectue un BTS Génie des équipements agricoles (GEA) avec pour objectif de travailler à terme en tant que technicien ou commercial. Il a toujours suivi les travaux à la ferme. Quand il le peut, il aide ses parents. Dès son plus jeune âge, Albert s’est rapidement intéressé aux nouvelles technologies, mais également à la mécanique et aux jeux électriques. « Petit, j’avais un hélicoptère télécommandé. Je passais des heures à jouer avec, à effectuer des parcours. Un jour, il s’est cassé. En cherchant des pièces pour le réparer, je suis tombé sur un drone avec quatre hélices. À l’époque, les drones n’étaient pas encore connus. Ils étaient peu utilisés. La marque n’existe d’ailleurs plus aujourd’hui. Je l’ai acheté avec mes économies », explique le jeune homme.

Il installe une caméra sur ce drone et commence à filmer les champs. Pour son seul plaisir, mais également par curiosité. Il voulait voir ce que cela donne et s’il arrivait à trouver de bons angles. « Ma première vidéo a ensuite concerné le travail de déchaumage à la ferme. J’ai pris le temps qu’il fallait en m’intéressant à toutes les spécificités de ce travail et de ce moment. Au départ, je voulais garder ce film en souvenir pour la famille. Je l’ai publié en ligne. Et les vues ont été nombreuses. Les commentaires étaient positifs. Cela m’a motivé », ajoute Albert Fuchs. Il va ensuite multiplier les vidéos en filmant tous les travaux agricoles de chaque saison. Les semis, les moissons, les vendanges, ou encore le travail en cave. « Là encore, je n’avais pas d’objectif précis. J’avais du temps libre et j’admirais mes parents au travail. C’était ma façon très personnelle de participer à la vie de la ferme », ajoute Albert Fuchs.

Le plaisir de la photo

Les publications du vidéaste vont connaître une certaine notoriété avec la création de sa chaîne Youtube : Agri 68 Vidéo. Là encore, la curiosité et le plaisir sont ses premières motivations. Le choix du nom de sa chaîne est en rapport avec la nature des vidéos. Il a également fallu trouver un nom qui n’était pas « protégé » ou déjà utilisé par un autre youtubeur. « Agri 68 » était également utilisé par une entreprise. Depuis, les publications ont été plus ou moins régulières. « Je n’ai jamais cherché à faire de l’audience ou à en faire mon métier. Mes vidéos sont tournées quand je n’étudie pas et quand je suis sur la ferme. Au total, il y a eu une vingtaine de vidéos environ. Elles durent entre deux et cinq minutes. À chaque fois, je m’attache à filmer le travail effectué, les lieux où cela se passe. J’y ajoute de la musique, parfois un témoignage. Mais, ça, c’est beaucoup plus rare. Le travail est simple car je n’ai pas de contrainte », poursuit le jeune homme. Certaines vidéos ont cependant été commandées. « J’ai alors accepté pour rendre service. Depuis plusieurs années, je suis chez les pompiers. Ils m’ont demandé de faire une vidéo sur une formation d’une de leur section. C’était facile car je connais également du monde là-bas. Je fais aussi les photos du calendrier des pompiers de Soultz », précise Albert Fuchs.

La photographie est justement sa seconde passion. Elle est plus récente. Il vient de s’acheter un deuxième appareil photo qui lui permet de travailler dans de meilleures conditions. « Cela fait quelque temps que je photographie ce qui me vient à l’esprit. Un peu de tout. Un instant que je trouve important. La photo permet d’avantage de retenir les détails d’un moment. Souvent, je photographie la même chose, mais avec différentes prises de vues. Et là également, c’est pour mon seul plaisir », raconte le jeune homme. Mais ses drones ne sont jamais très loin. Même s’ils sont peu utilisés, il les entretient. « Celui que je n’utilise plus, je le garde précieusement au cas où. Le plus récent, je l’ai ressorti il y a quelques semaines pour filmer une moissonneuse », annonce Albert Fuchs. Une moissonneuse qui a également été photographiée. « Je l’aime bien cette moissonneuse car c’est la nouvelle de la marque Case que mon père a achetée l’année passée. C’est donc intéressant de la filmer. »

Plus de 150 000 vues

Il est également présent sur les réseaux sociaux (Facebook et Instagram). Il y ajoute souvent ses vidéos. La dernière date du 26 juillet. Pendant un peu plus de deux minutes, il a filmé une démonstration de moisson de blé organisée par Techniques agricoles. La spécificité de cette moisson du blé ? Elle est réalisée avec cette fameuse moissonneuse Case Axial 7250. La vidéo la met bien en valeur tout comme le travail effectué dans les champs. Le tout, en musique. Fin juillet, la vidéo avait déjà été vue à plus de 400 reprises. Sur Youtube, sa chaîne est suivie par 557 abonnés au 30 juillet dernier. Active depuis juillet 2015, elle a déjà bénéficié de 168 094 vues. Ce qui, pour un simple amateur passionné est déjà une audience fort appréciable. « Je ne cherche rien d’autre qu’à partager mes passions. J’invite les gens à passer faire un tour sur cette chaîne Youtube et à y aller laisser leurs commentaires. Pour le reste, mes futures vidéo seront réalisées selon mes envies. Je fais comme ça vient », conclut Albert Fuchs.

 

 

Un été sans Foire aux vins

Journées Provitis : l'opportunité de réaliser des échanges professionnels

Vigne

Publié le 05/08/2020

Les habitués du parc agricole de la Foire aux vins de Colmar auront remarqué la similitude. L’espace extérieur de l’entreprise viticole a ressemblé pendant trois jours à celui que l’on retrouve habituellement au Parc-Expo. Provitis et ses différents partenaires (ACS - Andelfinger, CAC - Ampelys, Viti Services, ETA Gsell, S.E. Techniques Agricoles, Roecklin, Clinique Electro Diesel, Ostermann) ont présenté leurs matériels et exposé quelques nouveautés. Provitis a ainsi mis en avant sa rogneuse traînée, présentée pour la première fois au Sitevi 2019. Mais, surtout, ils ont communiqué et assuré leur relationnel avec des clients viticulteurs et agriculteurs peu vus et entendus depuis le début le mois de mars. « Nous avons toutes et tous envie de passer un bon moment ensemble sans prendre de risque. Le site ici le permet. Il est bien situé. Nous vivons depuis plusieurs semaines une période compliquée et frustrante. Cet événement est une opportunité pour repartir de l’avant », explique Didier Andelfinger, directeur de la société et à l’initiative de cette manifestation.

Parmi les présents, et lui-même venu avec quelques tracteurs anciens, François Jecker de Hattstatt est ravi. « La Foire aux vins manque. C’est bien que cette manifestation soit organisée et que plusieurs concessionnaires aient répondu favorablement. En tant que viticulteur, il est évident pour moi de venir. Il faut innover et s’intéresser aux nouveaux produits présentés. Je suis également là par amitié pour Bertrand Heyberger (responsable commercial Grand Est chez Provitis) qui m’a sollicité », résume le professionnel. Francis Weber d’Ampelys est du même avis. « Nous étions tous dépités de l’annulation de la Foire aux vins. Mais, c’était aussi un soulagement par rapport au contexte sanitaire. Ces petits salons permettent d’avoir une visibilité sans avoir la même problématique. Nous avons immédiatement accepté de venir. Nous présentons nos produits de semences pour la qualité des sols, mais aussi nos outils d’aide avec notre station météo, sans oublier l’irrigation pour les jeunes vignes et nos formations car la période de la taille va arriver. Ampelys a une tradition d’échanges et de réception ».

 

 

Retourner à la Foire aux vins

Son collègue, Emmanuel Kippelen confirme que les trois mois de crise sanitaire ont été compliqués. « Nous avons tout réorganisé. Pour la confusion sexuelle, cela a été un vrai casse-tête. On a quand même fait 1 300 hectares et préparé plus de 700 commandes qu’on a distribuées à chaque viticulteur pour qu’il puisse travailler dans les meilleures conditions. De ces trois journées, nous voulons positiver et aller de l’avant. Avec nos clients et notre réseau. »

Ces trois journées réussies seront-elles reproduites dans le futur ? « Nous n’avons pas l’ambition de concurrencer la Foire aux vins. Au contraire, nous souhaitons y retourner dès l’an prochain. C’est l’une des premières foires de France. Nous devons en être fier. Nous voulions simplement remplir un manque cette année. Nous avions organisé il y a cinq ans des journées « portes ouvertes ». Nous pourrons y réfléchir à l’avenir si une nouvelle opportunité se présente », conclut Didier Andelfinger.

 

 

Visite préfectorale à Burnhaupt-le-Bas

La « libre cueillette » de Laurent Touvet

Vie professionnelle

Publié le 31/07/2020

Pendant vingt ans, la production laitière a été dominante sur cette exploitation familiale. Et l’agriculture est devenue un véritable « combat ». « Si on reste petit, on disparaît. Il faut donc innover, anticiper, se remettre en question », explique Luc Schittly quand on l’interroge sur les motivations qui l’ont poussé à développer cette activité de maraîchage en vente directe. Il s’est installé en 1988 avec sa mère. À l’époque, il y avait encore une trentaine de vaches laitières. Dès 1993, il s’est diversifié : la ferme-auberge du Paradisvogel, à Bernwiller, est créée. Puis, en 2001, l’activité de libre cueillette est lancée suite à l’achat de 25 hectares de terrain d’un seul tenant avec un bâtiment agricole. Enfin, en 2009, la retraite de sa mère et l’accident de son frère le poussent à arrêter le lait. Il opère alors un passage en Earl avec son épouse Christelle.

Aujourd’hui, l’exploitation occupe une surface qui dépasse les 100 hectares. Les légumes et les fruits sont cultivés pour permettre cette libre cueillette en plein champs, mais également sous serre. On y trouve notamment des tomates et des fraises. Et surtout des produits de saison. Il y a également des asperges, des pommes de terre, des vergers, des petits fruits… Le reste de la surface est consacré au maïs (40 ha), au blé (20 ha), au colza (3 ha), et à l’herbe (15 ha). « Les serres évitent d’effectuer des traitements. Je ne suis pas bio mais, un jour, nous le serons tous car c’est un choix sociétal. Pour nous permettre de réussir et de nous développer, il faut arrêter d’importer. Il y a également le problème du coût de la main-d’œuvre. Il y a ici une vingtaine de salariés temporaires sur toute l’année », précise Luc Schittly au préfet, lors de la visite. La libre cueillette est donc dominante. « Nous avons également une activité de vente au magasin des produits de la ferme et de produits achetés auprès de producteurs locaux. Un autre de boulangerie et de pâtisserie assurée par l’une de mes filles avec la farine et les fruits produits sur la ferme. Nous faisons aussi de la transformation de fruits et de légumes pour faire notamment des confitures. Enfin, nous avons une activité de boucherie avec un projet de transformation de viande », ajoute Luc Schittly.

Le préfet du Haut-Rhin a salué le travail mené sur cette exploitation. « Vous êtes un exemple parfait de la nécessité de nous adapter à une certaine réalité. Nous devons tous le faire. Cela concerne les agriculteurs, mais également l’administration et l’État. Tous, nous observons les changements climatiques. Nous constatons un changement de mode de consommation. Il y a de nouvelles exigences chez les consommateurs. La société change. Il faut donc y répondre pour continuer à être présent et c’est ce que vous réalisez ici au Paradisvogel », réagit Laurent Touvet.

 

 

Développer le photovoltaïque

Luc Schittly ne cache qu’il est également régulièrement confronté à des problèmes d’incivilités qui l’ont par exemple obligé à fermer le dimanche après-midi. Une réalité agricole qui rend cette visite indispensable. « Il est important d’échanger sur le terrain. Nos métiers sont évolutifs. Il faut se remettre en question au quotidien. Il faut expliquer comment nous travaillons, valoriser ce travail et notre production. Mais nous sommes également régulièrement confrontés à une réglementation toujours plus complexe à appréhender. Pour autant, pendant le confinement, nous avons tous souffert. La profession agricole a continué de travailler pour nourrir la population », précise le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace Denis Nass.

Des propos que confirme le coprésident des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Jérémy Pflieger. Il est lui-même producteur en circuit court. « On sent un engouement du consommateur. Mais, Monsieur le Préfet, vous devez prendre conscience que cette surenchère de règles administratives nous pénalise. La réglementation est bien trop lourde. Les exploitations à taille moyenne sont des proies faciles pour l’administration. C’est un frein à notre développement. On nous impose des règles mais on ne nous donne pas de solution », s’agace Jérémy Pflieger. Le préfet réagit et tempère : « Je partage votre avis. Mais une bonne partie de la réglementation est nationale, voire européenne. Il faut cependant chercher à l’adapter aux situations locales particulières. C’est mon état d’esprit. Faire appliquer des règles intelligemment et déroger à des situations particulières. Même si, en France, on souhaite l’égalité pour tous », admet Laurent Touvet.

Ces solutions sont d’autant plus nécessaires à l’heure où l’on demande à la profession agricole d’être présente pour fournir la restauration collective, de structurer ses filières de proximité par le renforcement des liens et des partenariats entre la production, les industries agroalimentaires et la distribution. Cela passe par le développement de circuits courts et l’optimisation de leur logistique, le développement de l’approvisionnement de la restauration hors domicile, et une bonne communication. Un autre axe de développement évoqué concerne les installations photovoltaïques sur les toitures agricoles. Et plus globalement, les énergies nouvelles. « Un vrai sujet à porter avec la fermeture de Fessenheim. Nous sommes dans une période où le monde agricole doit évoluer et se diversifier. On veut cependant éviter que le photovoltaïque se développe dans les champs. Il faut donc accompagner la connexion du réseau avec le syndicat d’électricité. Il faut également accompagner les professionnels pour développer des projets photovoltaïques sur les toitures agricoles », note Denis Nass. Dès le mois de septembre, la Chambre d'agriculture entend réunir un pré-comité d’instruction de ces projets. Elle a fait une demande auprès de l’État pour la création d’un fonds de soutien à ces projets dans le cadre des financements de l’après Fessenheim. « Il faut responsabiliser tout le monde et construire ensemble », insiste Denis Nass. Le préfet assure avoir entendu l’appel à l’aide de la profession pour le photovoltaïque sur les toitures. « Mais, dans le Haut-Rhin, c’est la commission de régulation de l’énergie qui décide sans nous demander notre avis. C’est une autorité administrative indépendante qui fait ses choix sur des critères techniques. Je vais cependant intervenir et tenter de vous aider car les toitures, ça peut rendre service. Pour l’après Fessenheim, je dois saluer l’engagement de la profession agricole. Il faut maintenant être déterminé et patient », signale Laurent Touvet.

L’irrigation est nécessaire

Un autre sujet d’importance et d’actualité, compte tenu du calendrier actuel, concerne l’irrigation. Elle est nécessaire au Paradisvogel, mais également dans de nombreuses autres zones du département du Haut-Rhin et en Alsace. « Depuis près de 70 ans, on est en avance sur ce sujet par rapport au reste de la France. Dans le Haut-Rhin, nous avons un modèle hydraulique favorisé tout particulièrement par la présence du Rhin. 90 % de cette irrigation ne pose aucun problème en termes de ressource car nous bénéficions d’une nappe qui se remplit naturellement par ce fleuve. Les 10 % restant posent problème car l’eau est issue des rivières vosgiennes, des lacs et barrages qui soutiennent l’étiage. La profession agricole a déjà fait des efforts. Nous sommes cependant inquiets car, dans certains secteurs, nous n’avons pas la même lecture des données techniques que l’administration », observe Denis Nass. Les agriculteurs refusent d’être la variable d’ajustement des données climatiques et des conséquences des mouvements écologiques qui ont interdit l’entretien des cours d’eau.

« Sur ce sujet, nous sommes en colère. L’enjeu est de bien gérer cette eau. On doit prélever les 25 m3/s dont on a le droit et besoin. Or, actuellement, nous en sommes à 16 ou 17 m3/s. Le reste est perdu », s’agace le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace. Un dossier suivi de près par le syndicalisme agricole représenté par Thomas Obrecht et Michel Busch. Ce dernier s’inquiète de savoir qui va reprendre les canaux d’irrigation d’ici six mois. Le préfet va lui répondre et le rassurer. Un travail est mené pour envisager ce transfert au département où il y a une équipe compétente. Et non au Conseil régional. Les deux hommes s’inquiètent également du possible « copier-coller » des règles en matière d’irrigation entre les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. « Cela ne doit pas être le cas car le Haut-Rhin subit l’endiguement du Rhin. Une étude sur l’impact des prélèvements dans la nappe sur les cours d’eau phréatiques a conduit à l’objectif de mettre en place des règles de gestion par secteur sur le secteur du Ried en centre Alsace. Pour les rivières, la solution a souvent été trouvée. Il reste des difficultés comme dans le secteur de Sundhoffen avec l’Ill. Quoi qu’il en soit, ce réseau est vital pour réalimenter la nappe », insistent-ils.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa)

Virginie André reste reine des vins d’Alsace

Vigne

Publié le 29/07/2020

Depuis sa désignation en 2019, elle ne cachait pas son enthousiasme de participer à de nombreuses manifestations viticoles. Fin février, Virginie André s’était rendue au Salon international de l’agriculture (Sia) à Paris pour inaugurer, notamment, le stand Alsace. Elle avait ensuite profité d’une séance de débouchage/rebouchage à la confrérie Saint-Étienne. L’occasion d’ouvrir un vieux millésime, de le goûter et de le reboucher, en faisant le niveau évidemment.

Puis, soudainement, tout s’est arrêté. « Cela a été une sensation bizarre. Au début, quand, avec mes dauphines, on voyait tous ces événements viticoles s’annuler, nous étions déçues. On a rapidement compris que la situation était grave. À Paris, tout le monde commençait à en parler. Mais, là, c’était devenu une réalité. On ne pouvait pas imaginer que cela allait arriver et allait durer aussi longtemps », explique Virginie André.

La couronne confinée

Ce confinement lui a néanmoins permis de se reposer après six premiers mois chargés, mais très intéressants. « Tous les week-ends, il y a eu des événements différents. Cela pouvait être une marche gourmande comme une fête du vin, un déplacement en Allemagne ou en Suisse, les intronisations dans les différentes confréries. Sans oublier les vœux des maires. Ces moments étaient enrichissants pour moi. Je n’ai cependant pas eu le temps de profiter de la fête du vin de mon village, Wettolsheim. Cela a été très frustrant », ajoute Virginie André.

Vendeuse au domaine Dopff et Irion à Riquewihr depuis 2016, son activité professionnelle a également été stoppée le 15 mars dernier. « Cette pause forcée m’a permis de me trouver de nouvelles occupations et passions. Un peu de cuisine, du yoga pour rester sereine, quelques marches dans le vignoble pendant l’heure de sortie autorisée et beaucoup d’échanges téléphoniques pour discuter avec mes proches. J’étais seule dans mon appartement avec mon conjoint qui, lui, était en journée au travail en tant que viticulteur. Je travaille à nouveau depuis le 11 mai. Mais ces premières semaines étaient calmes. Les clients reviennent petit à petit dans les caveaux. Du coup, je me suis portée volontaire pour aller donner un coup de main à mes collègues dans les vignes. C’est intéressant de se retrouver tous ensemble. Il y a une bonne ambiance. On oublie le stress de la société quand on est dans la nature », poursuit Virginie André.

Une année de plus

Désormais son rôle de reine des vins d’Alsace reprend doucement : « Depuis le déconfinement, les manifestations viticoles sont encore limitées. Je vais essayer de répondre aux sollicitations. J’attends les consignes précises du Civa. Si ce n’est pas annulé, je compte me rendre à la Kneffelfacht de Riquewihr le week-end du 29 août - qui devait avoir lieu en juin. On m’a prévenue début juillet que je restais reine des vins d’Alsace une année supplémentaire. Tout comme mes dauphines. Ce n’est pas une surprise pour moi. Il n’y a pas de foire aux vins cette année et il était impossible d’organiser une nouvelle élection. Cela aurait d’ailleurs été dommage pour ma successeuse. Il faut qu’elle puisse profiter de la foire pour être mise en valeur et se faire connaître. En petit comité, c’est impossible et beaucoup moins sympa. Elle aurait loupé pas mal de choses. Un grand merci en tout cas au Civa et au Parc-Expo de nous donner cette chance », estime Virginie André.

La jeune femme est ravie de pouvoir continuer à tenir son rôle une année de plus. Elle considère que le trio royal a une mission d’autant plus importante en ce temps de crise économique. La viticulture dans son ensemble a souffert du Covid-19 et de ses conséquences. « Nous devons apporter de la joie et de la lumière pour les professionnels, et auprès des consommateurs. Nous devons aider à communiquer positivement sur le vignoble pour que les gens soient solidaires des professionnels et de leurs vins. Nous avons de magnifiques produits, de superbes paysages, des domaines qui travaillent qualitativement. Cela fait du bien de vivre ici, dans un endroit proche de la nature. Si tout le monde achète un carton de vins d’Alsace, cela aidera la profession. N’oublions pas que, même sans consommer, nous pouvons offrir du vin à des amis », insiste Virginie André.

Relever les défis à venir

Pour elle, la viticulture régionale fait partie du patrimoine et demeure un atout pour l’économie et le tourisme. « Les gens doivent continuer à parcourir la route des vins d’Alsace, à s’arrêter chez les vignerons et à se rendre dans les restaurants de la région qui, eux aussi, participent au rayonnement de la région. C’est également le cas pour les producteurs de fruits et légumes locaux, les maraîchers, les fermes de la région. Nous devons toutes et tous consommer au plus direct possible. C’est toutes et tous ensemble que l’on relèvera tous les défis qui sont devant nous », conclut la reine des vins d’Alsace. Elle prend encore un instant pour se souvenir que le confinement a été l’occasion de déguster, avec le beau temps, du crémant d’Alsace, mais aussi du muscat pour accompagner la saison des asperges.

Avec ses dauphines, Ophélie Holtzheyer et Clara Iltis, Virginie André entame donc sa deuxième année de reine des vins d’Alsace. Une exception, mais pas un cas unique. Il faut remonter en 1954 et 1955 pour trouver une reine qui a porté la couronne deux années durant. Il s’agit de Marguerite Binner-Bannwarth, aujourd’hui domiciliée à Colmar.

 

 

Dernier jour de palissage manuel!!!!! #équipedechoc #alsacerocks ❤️

Publiée par Virginie L Andréa sur Vendredi 3 juillet 2020

 

Lire aussi : L’Alsace brille porte de Versailles, sur le site de L’Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Davina Trau, collectionneuse de vieux tracteurs

« Ce qui est rare et d’origine m’intéresse »

Vie professionnelle

Publié le 26/07/2020

Rien ne pouvait présager qu’une telle passion allait être celle de cette jeune femme, âgée aujourd’hui de 35 ans. Certes, cela fait plusieurs générations que la famille Trau développe son exploitation céréalière et laitière. Johanna, la sœur, engagée dans le monde syndical, compte d’ailleurs pérenniser cette tradition familiale. Mais, Davina travaille, elle, dans le bâtiment. Il y a sept ans, lorsque son père fête sa retraite et son 60anniversaire, elle veut lui trouver un vieux tracteur assez rare, et si possible de collection. Au fil de sa recherche, elle va se prendre au jeu. C’est le début d’une nouvelle passion. « On recherchait un vieux modèle. On l’a finalement trouvé. Un tracteur exceptionnel. Un Massey-Harris canadien de type onze qui a été importé en plan Marshall. Depuis, ce sont ces tracteurs qui m’intéressent. Ils montrent toute l’histoire du machinisme agricole et l’évolution du travail des agriculteurs », explique Davina Trau.

C’est le début de sa collection. Elle effectue des recherches et se documente par le biais d’articles de presse ou de brochures trouvées dans des bibliothèques ou des sites spécialisés. Elle cherche avant tout les modèles de la famille des Massey, mais également les tracteurs de modèles encore plus rares. Les premiers tracteurs collectionnés viennent tout d’abord d’achats et d’importations. Des Pays-Bas notamment. « L’un d’entre eux a été trouvé un peu par hasard dans un garage. Il n’avait pas tourné depuis trente ans. Un autre a été acheté dans une vente aux enchères. On a bataillé pendant une heure pour l’avoir. Les échanges ont eu lieu au téléphone. Il a fallu faire monter le prix pour finalement l’emporter. Cela a été une sacrée expérience. Quand je cherche et j’achète un tracteur, peu importe son état à partir du moment où il est d’origine. Même s’il n’est plus en état de marche. Un exemple : le Massey-Harris 44.6. Il s’agit d’un six cylindres. Il n’existe plus que 3 000 modèles du même type dans le monde », ajoute Davina Trau.

Un patrimoine

Une fois en sa possession, elle cherche à restaurer ces modèles rares en conservant toutes les pièces d’origines. « Cela peut parfois être très compliqué. Sur un tracteur, le clignotant ne marchait plus. C’était un six volts. Or, les nouveaux modèles ont des clignotants à douze volts. Cela ne me convient pas. J’effectue donc des recherches. Et tant que je ne trouve pas exactement ce que je recherche, je ne remplace pas. Pour les tracteurs encore plus rares, il faut être patient et avoir un peu de chance. Pour le tracteur Massey 55 Western importé en plan Marshall, il n’y a eu que trois exemplaires qui ont été importés. Le premier a été vendu en Normandie. Le second était en Champagne. Nous y étions. Mais quand nous l’avons trouvé, j’ai constaté que le moteur avait été changé. Il ne m’intéresse donc plus. Le troisième, je ne l’ai pas encore retrouvé. Je me renseigne régulièrement sur toutes les manifestations et expositions qui sont organisées. Comme ce sont des pièces rares, j’ai appris avec le temps où il fallait se rendre pour avoir un maximum de chance de les trouver », précise Davina Trau. Du fait de la rareté de ces modèles et de toutes ces pièces, cette passion a un coût.

Parmi les autres vieux tracteurs présents, eux, sur l’exploitation, deux modèles retiennent son attention. Des Massey-Harris évidemment. Le premier ne démarre pas. Un 33 importé en France en plan Marshall sur la version 30 et 30K. Il s’agit d’un essence quatre cylindres 5,8 litres. Le second est un 20 K importé dans cette version en essence kérosène. « C’est une série. C’est également ce qui m’intéresse : tenter de posséder une série complète. Ensuite, l’objectif est de trouver les outils qui vont avec. Toutes ces pièces sont rares. Souvent, on peut les trouver dans d’anciennes fermes. On incite donc les gens à ne rien jeter et à nous contacter, au sein de l’association », insiste Davina Trau.

Être curieux

Depuis deux ans, elle préside en effet l’association Vieux tracteurs de Centre Alsace. Cette dernière organise tous les deux ans une exposition de vieux tracteurs aux Tanzmatten de Sélestat. Chaque année, les membres se retrouvent également pour une promenade en tracteur. « Nous sommes une centaine de membres. Beaucoup n’ont qu’un ou deux tracteurs. Nous sommes une vingtaine de ma tranche d’âge, mais nous comptons sur les « anciens » pour nous apprendre et nous transmettre. L’histoire du monde agricole est passionnante. Son évolution entre les années 1950 et 1970 a été fulgurante. Et le matériel d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec cette époque. Pourtant, nous devons préserver ce patrimoine et continuer à le faire connaître. Cette passion n’a pas d’âge. Il faut simplement être curieux et vouloir s’investir dans la recherche de notre patrimoine agricole », estime la jeune femme.

Une passion qui nécessite également d’être réactive. Elle est à l’affût de toutes les annonces qui paraissent régulièrement dans les journaux spécialisés ou sur Internet. « Je me souviens de ce tracteur dont l’annonce est parue tôt un matin. Il fallait se rendre en Belgique. Nous étions les premiers au point de rendez-vous à midi et nous l’avons acheté et ramené dans l’après-midi. Quand c’est rare, je n’hésite jamais », précise Davina Trau. Une collection qui complète les tracteurs de la ferme. « Si des opportunités se présentent, je ne vais pas hésiter. Mais, je ne compte pas agrandir la collection juste pour l’agrandir. Je compte déjà les conserver et les restaurer en préservant leur histoire et leur authenticité. » « Chaque tracteur a une valeur. Et plus il est rare, plus sa valeur augmente. Fort heureusement, le modèle que je cherche, Massey-Harris, n’est pas trop recherché », conclut Davina Trau.

 

Concours virtuel de la Holstein

Le travail génétique alsacien à l’honneur

Élevage

Publié le 21/07/2020

Baptisé « Hosltein E-xpo », ce concours était ouvert à tous les éleveurs adhérents à Prim’Holstein France. Pour y participer, ils étaient invités à envoyer des vidéos détaillant les caractères morphologiques d’une vache de leur troupeau. « La crise sanitaire a eu pour conséquence l’annulation de nombreux concours importants ces derniers mois. C’est, par exemple, le cas du Space à Rennes, mais également de compétitions départementales et régionales. Tout est actuellement « en veille ». Du coup, l’initiative a été perçue positivement. Nous avons reçu un mail et il y a eu une bonne communication sur les réseaux sociaux. Nous avons considéré que c’était un moyen pertinent de valoriser notre élevage et notre travail génétique », explique Philippe Gutzwiller de l’élevage du Neuhof à Michelbach-le-Haut.

Les étapes du concours étaient habituelles (sections, championnats et grande championne). Le concours a eu lieu du 29 juin au 6 juillet. Les inscriptions étaient gratuites. Sans texte, ni musique, les vidéos devaient suivre un cadrage conseillé afin d’apprécier chaque animal : « d’abord à l’arrêt au licol focus sur la boucle, puis vue sur l’avant de l’animal, son profil droit, l’arrière, son profil gauche, l’avant pis gauche, l’arrière pis, l’avant pis droit, avant de passer à une vue à la marche de l’animal et de finir sur une vue d’ensemble à l’arrêt », précisaient les organisateurs dans leur communiqué officiel. Un groupe de juges agréés et les internautes devaient déterminer les meilleures vaches. Chaque participant a pu présenter trois vaches.

 

 

61 animaux inscrits

61 animaux étaient finalement inscrits. « Pour une première, c’est plutôt pas mal même si on ne connaissait pas précisément les conditions d’organisation. La prochaine fois, il y aura certainement encore davantage de monde car certains éleveurs, prudents ou dubitatifs, ont préféré observer comment cela allait se passer. A priori, le prochain concours virtuel devrait avoir lieu du 14 au 21 septembre », ajoute Philippe Gutzwiller. Si son épouse, Mélanie, était enthousiaste dès l’annonce de cette manifestation, Philippe reconnaît qu’il était également prudent. « C’est très dur d’apprécier un animal à sa juste valeur sur une vidéo. Tout peut dépendre de la prise de vue même si nous devions suivre des règles précises. Et puis, on s’interrogeait sur l’importance du vote des juges par rapport à celui des internautes. On a su après que la part des premiers était bien plus importante (70 %) que celle des seconds. Les juges agréés et donc professionnels ont donc bien fait la différence comme dans un concours traditionnel », se félicite l’éleveur.

Et pour cette première virtuelle, Olivier Wilt du Gaec du même nom à Dachstein s’est distingué comme dans un concours classique. Âgé de 39 ans, il est installé depuis 2003 et associé avec son frère Nicolas. Les concours, c’est une affaire familiale. « Mon grand-père en faisait déjà et mon père également. À la ferme, je m’occupe plus spécifiquement de la partie élevage alors que mon frère se consacre aux cultures. C’est donc moi qui m’occupe des concours. Je tente d’en faire le plus souvent possible. Pour me comparer aux autres d’une part, pour me retrouver avec mes collègues dans la convivialité d’autre part. Un concours permet de multiplier les échanges et les discussions. Là également, ensemble, on peut progresser », estime Olivier Wilt. Adhérent chez Prim’Holstein France, il s’est inscrit pour ce concours virtuel essentiellement pour s’amuser. « Un tel concours ne remplace pas une vraie compétition. Pour moi, le concours est aussi important que les échanges sur place. Le virtuel reste abstrait. Néanmoins, je suis évidemment très heureux de l’avoir gagné », ajoute l’éleveur.

Un pis « remarquable »

« Emy » a effectivement été désignée « grande championne » de ce premier concours virtuel. Selon les juges, « c’est une vache qui se démarque par ses dimensions associées à un pis remarquable, notamment au niveau de ses attaches ». Cette fille de Yorick sur Shottle, se distingue par sa régularité dans la transmission et sa longévité. C’est une vache qui a aussi produit un taureau nommé Emilio qui était il y a trois ans n° 1 mondial en index morphologique. « J’avais emmené Emy au salon international de l’agriculture en février dernier alors qu’elle était fraîchement vêlée de deux mois. Elle n’avait pas été ridicule. Là, elle est en forme et présente un meilleur aspect pour les concours. J’en ai donc profité pour la présenter et la promouvoir », précise Olivier Wilt qui n’est pas surpris qu’elle ait été appréciée par les juges. « Comme elle est en quatrième lactation, elle a déjà davantage prouvé que d’autres. C’est ce qui a fait la différence », conclut l’éleveur qui pense l’emmener à Agrimax en octobre et à d’autres concours s’ils sont organisés et si les conditions sanitaires sont favorables. Olivier Wilt a présenté une seconde vache à ce concours virtuel : Justine. Une vache en première lactation qui participait à son premier concours et qui a obtenu une belle seconde place dans sa section.

Un modèle de vaches

Ce concours virtuel a également souri à Mélanie et Philippe Gutzwiller. Deux des trois animaux présentés par le couple ont été honorés. « Maia NTS » a ainsi été récompensée du titre de « réserve grande championne » et de « championne jeune ». Il s’agit d’un animal acheté le 2 novembre 2018 qui est passé par la station de donneuse d’embryons d’Elitest à Épinal. Elle a été acquise alors qu’elle était gestante de son premier veau lors d’une tombola, suite à son séjour passé à la station. C’est une vache qui présente le pack complet : morphologie, production et index.

Elle représente la force laitière à l’état pur : une vache moderne avec un système mammaire proche de la perfection. « Aujourd’hui, la vache est en deuxième lactation. Elle a obtenu 89 points, la note maximale. Au niveau génétique, c’est la vache parfaite. Elle avait été « grande championne » l’année passée au concours de Habsheim. Elle est détenue en copropriété avec Maxime Pierre et Jean-Bernard Genelot. Ce prix montre une nouvelle fois que le travail génétique que nous menons depuis longtemps est reconnu et apprécié. Aujourd’hui, on a un modèle de vaches qui répond au plus près aux critères recherchés », confirme l’éleveur.

 

 

« Pour situer son niveau, il faut accepter de se confronter aux autres élevages »

Le second animal a été honoré en tant que « championne espoir ». Il s’agit d'« Ornella du Neuhof ». Elle est en première lactation. C’est une fille du taureau Schief. C’est une primipare exemplaire dans tous ses postes, qui a vêlé à 26 mois et qui est très agréable à vivre au quotidien. C’est également un modèle très recherché. « C’est ce que nous voulons : faire de bons croisements, améliorer encore davantage notre travail de génétique. Nous pouvons encore progresser. Nous investissons énormément et depuis longtemps. Nous achetons beaucoup d’embryons et des doses aux coûts importants. Nous avons commencé à investir dans la génétique dès 1991. Mais, depuis, c’est un travail au quotidien tout au long de l’année. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait sur quelques semaines. En génétique, il y a des hauts et des bas. Et pour situer son niveau, il faut accepter de se confronter aux autres élevages », note Philippe Gutzwiller.

 

 

Il regrette cependant que, dans l’Est, les concours soient désormais peu nombreux : Habsheim et Agrimax, sans oublier Brumath pour les génisses. De façon plus large, il y a également le salon international de l’agriculture à Paris (mais le coût de participation est lourd financièrement) et Swiss Expo à Genève. « C’est le gros concours européen avec un niveau impressionnant. Si on est dans les cinq premiers, c’est un exploit, et dans les dix, c’est déjà bien. Mais, encore une fois, il faut y aller pour se comparer, voir ce que nous pouvons mieux faire ou nous conforter dans notre travail », conclut Philippe Gutzwiller. À noter enfin que la troisième vache présentée, « Mara du Neuhof » s’est classée sixième dans la section 2A pour les animaux en deuxième lactation.

En outre, un troisième élevage alsacien a participé à ce concours virtuel : l’Earl Prinz à Hausgauen. « Siguy » s’est classée sixième pour les animaux en première lactation, « Adeena » cinquième en deuxième lactation et « Ella » deuxième en troisième lactation.

 

 

 

Brasserie des Quatre Pays à Hirtzbach

La bière bio séduit

Pratique

Publié le 18/07/2020

Fabien Santener est le gérant brasseur des lieux. Âgé de 42 ans, il a travaillé pendant vingt ans chez Wolfberger à Colmar en tant que responsable de la vinification, de la production et de la gestion des stocks. Il a eu envie de se lancer en développant cette activité qui est également l’une de ses passions. S’il a grandi à Mulhouse, il est domicilié à Heidwiller dans le Sundgau. Une zone géographique qui lui tient à cœur. « Je voulais ouvrir mon entreprise dans cette région. J’ai eu la possibilité de louer ce local qui est bien situé entre Altkirch et Hirsingue, au bord d’une route très fréquentée. Nous sommes ici dans un bassin actif du point de vue entrepreneurial. Cette offre de brasserie me semblait pertinente », explique Fabien Santener. Jusqu’au début de la crise sanitaire, le développement de son activité lui a donné raison. Le Covid-19 a été un vrai coup de frein. « Mon beau-père, Dominique, devait me rejoindre sur l’entreprise en février car, seul, j’avais de plus en plus de mal à assurer et la production, et la vente de la bière. Les demandes devenaient très importantes. J’ai perdu pendant cette crise sanitaire plus de la moitié de mon chiffre d’affaires. Il faut dire que dans ma clientèle, on retrouve de nombreuses associations, des magasins spécialisés et des organisateurs de fêtes et festivals de villages. Mais encore peu de restaurants. C’est un axe de développement pour moi. Du coup, pendant trois mois, je n’ai pu assurer que quelques livraisons à domicile », ajoute Fabien Santener.

D'une saison à l'autre

La reprise à la mi-mai a été un véritablement soulagement. Elle est prometteuse. « C’est une très bonne reprise. Dès la réouverture, les clients étaient au rendez-vous. La belle météo de mai et de juin a sans doute pesé dans la balance. Mais pas seulement. Mes bières plaisent. Et pendant tout le confinement, j’ai travaillé en faisant tourner mes cuves à plein régime pour produire du stock. C’est le côté positif de cette crise », poursuit le brasseur. En presque trois mois, il a pu embouteiller son stock. Soit près de 20 000 bières, des petites et des grandes. Et 100 % sous le label Agriculture Biologique (AB). « J’achète la matière première, le malt et le houblon localement. Pour le malt, 50 % vient du Grand Est, les autres 50 % de la région des Hauts-de-France. Pour le houblon, il vient essentiellement du Bas-Rhin. Je transforme tout ici puis je fais le conditionnement et l’étiquetage. En 2019, j’avais réussi à vendre 45 000 litres de bière. Cette année, je devais approcher les 60 000 litres. Mais, avec le Covid-19, si j’arrive à 45 000 litres, ce sera déjà bien », précise Fabien Santener.

Ses quatre recettes principales de bières sont la blonde, la blanche, l’ambrée et l’IPA (India Pale Ale) caractérisée par un goût plus ou moins amer lié à l’utilisation de houblon en quantité importante. L’entreprise propose également des bières de saison (bière de printemps, d’été, d’automne, une brune à Noël et une triple, à 8 degrés). L’arrêt forcé de l’activité a aussi permis au brasseur de créer un nouveau site internet dédié à la vente en ligne. Le prochain chantier sera l’aménagement de l’accueil de la brasserie pour qu’il devienne « un lieu de communication et de convivialité ».

Les vidéos