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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Ils sont agriculteurs et membres du personnel médical

« Produire et soigner, c’est notre mission »

Vie professionnelle

Publié le 19/04/2020

Installé en hors cadre familial dès 2008 à Diefmatten, Émile Schweitzer a repris l’exploitation familiale le 1er janvier dernier à Vieux-Ferrette. Il y a deux ans, il a arrêté son élevage laitier pour se consacrer à la production de viande. Jusqu’à présent, il se dit peu perturbé par la crise sanitaire dans son activité professionnelle. « J’ai pu me fournir en engrais et en semences. Pour les produits phytosanitaires, normalement, c’est également bon. Il y a eu un peu de stress les premiers jours de confinement. Notamment au siège de la Coopérative agricole de céréales à Vieux-Ferrette. Les gens étaient inquiets et ont tous voulu se fournir en produits au même moment. Il faut dire que la situation est inhabituelle et inédite », explique Émile. Il se sent concerné par cette actualité anxiogène. En tant que conseiller municipal à Vieux-Ferrette, il était au dépouillement lors des dernières élections municipales. « Nous connaissons des familles qui ont été touchées par le virus. Au village, dès les premiers jours de la crise, il y a eu un décès. Même si je suis un peu coupé du monde depuis ma ferme, je m’informe quotidiennement », ajoute le jeune agriculteur.

Son épouse, Audrey, est infirmière libérale à Bâle depuis juillet 2019 après avoir travaillé quelques années en maison de retraite, déjà en Suisse. « Le système médical y est différent qu’en France. Je suis une simple salariée d’une entreprise qui dépend de la ville de Bâle. Jusqu’à présent, il n’y a pas de malade du Covid-19 dans le quartier où j’exerce. En revanche, c’est le cas pour certaines de mes collègues. La ville gère différemment la crise sanitaire. Il n’y a pas de confinement comme en France. Ce sont spécifiquement les personnes âgées ou à risque qui sont invitées à rester chez elles. De notre côté, nous avons l’obligation de porter le masque pour travailler. Cependant, je ne le porte pas quand je circule à vélo », précise la jeune femme qui voit une quinzaine de patients chaque jour.

Garder les enfants

Le couple a deux enfants âgés de deux ans et demi et de quinze mois. La difficulté a été de les faire garder. « Notre nounou est en arrêt maladie. Avec la situation actuelle, nous n’avons pas voulu demander à nos parents. Du coup, une amie a accepté de le faire. Dans ce genre de situation, c’est encore plus compliqué quand, comme c’est notre cas, nous travaillons tous les deux », ajoute Audrey. La jeune femme ne s’inquiète pas pour son travail. « Si la Suisse venait à durcir le confinement, je pourrai continuer à circuler en tant que membre du personnel soignant. Il faut venir en aide aux gens. Et si, vraiment, il y a d’improbables difficultés administratives, je suis prête à venir aider en France », précise Audrey. Le couple gère cet épisode comme à son habitude, en respectant les règles sanitaires imposées en temps normal dans le monde agricole et dans celui du soin. « Nous ne prenons pas le moindre risque pour nous, nos proches, notre entourage privé ou professionnel. Nous nous inquiétons davantage, comme beaucoup de monde, pour nos parents. Mais, dans le cas présent, nous continuons d’exercer pour soigner et nourrir les gens », conclut Émile Schweitzer.

La gestion de la garde des enfants est la même problématique pour Christophe Nass et son épouse Sandrine. Le premier, éleveur à Gommersdorf, est installé sur l’exploitation familiale en polyculture élevage depuis 2011. Son épouse est aide soignante à l’hôpital Émile Muller à Mulhouse. Le couple, marié depuis 2012, a trois enfants âgés de huit ans, cinq ans et dix-huit mois. « Mon travail à la ferme n’a pas changé depuis le début de la crise sanitaire. Je n’ai pas le choix. Il faut s’occuper du cheptel et de toute l’activité agricole. Par contre, Sandrine, qui travaille à 50 % au service néphrologie (diagnostic et traitement de l’ensemble des maladies rénales) a vu son emploi du temps évoluer. Comme l’hôpital accueille des malades du Covid-19 et que les patients de son service sont déjà fragiles, il y a un surcroît d’activité. Elle travaille de nuit. Elle en a fait cinq à la suite la semaine dernière », explique Christophe Nass.

Du coup, le couple ne fait plus que se croiser. Il ne lui est plus possible de faire garder les enfants par les grands-parents pour éviter tout contact et risque sanitaire. « Je me suis réorganisé. Je rentre plus tôt le soir et je laisse mon associé et mon père finir le travail. Je m’occupe des enfants. Nous faisons ensemble des petites activités. Nous nous occupons des devoirs, des repas et du coucher. Le matin, Sandrine rentre à sept heures et aimerait dormir directement. Mais il faut encore s’occuper des enfants. Ce n’est donc pas simple actuellement », ajoute Christophe Nass. Pour faciliter les choses et éviter tout stress supplémentaire, l’éleveur emmène parfois ses aînés avec lui pendant son travail à la ferme. « Je travaille et je les surveille en même temps. Il faut faire attention », précise le professionnel âgé de 33 ans. La période est difficile. « Même si nous travaillons, nous suivons l’actualité. Le virus est là. Le médecin de Dannemarie, le docteur Gilet, est décédé récemment. Je l’appréciais. Il connaissait plein d’agriculteurs. C’était notre médecin. Son décès m’a ébranlé », reconnaît Christophe Nass.

Anticiper

Pour autant, le couple poursuit, chacun à son niveau, son activité professionnelle. « Que ce soit sur la ferme ou à l’hôpital, il y a toujours du travail. Il faut nourrir et soigner les gens. Mais personnellement, je pense que, dans les deux cas, ce sera de plus en plus difficile de recruter à l’avenir. Nos métiers ne sont pas valorisés. Dans le monde agricole, il suffit de voir le prix du tourteau de colza. Il a pris quarante euros en deux semaines. Comment cela peut se justifier ? Car, dans le même temps, nos charges, elles, n’ont pas baissé. Bien au contraire. Il suffit de voir le prix du lait par rapport à son coût de production », conclut l’éleveur.

Installé à Kunheim, Thomas Obrecht, céréalier, est en pleine activité depuis quelques jours pour préparer la nouvelle saison. Son épouse, Noémie, est infirmière de nuit à l’hôpital Louis Pasteur à Colmar dans un service rapidement dévolu aux patients atteints par le Covid-19. Le couple a trois enfants âgés de trois, cinq et sept ans. Là aussi, une organisation particulière s’est avérée nécessaire. « En effet, il y a davantage de stress par rapport aux habitudes de vie que nous avions. Nous avons fait le choix de ne pas scolariser nos enfants que nous sentions sensibles à cette situation inhabituelle. Nous ne voulions pas les exposer au regard des autres. Nous gérons donc les devoirs. Nous n’avons pas de gardienne », souligne Noémie. Au travail, son activité est désormais moins intense. « Fort heureusement, elle s’est effectivement largement réduite. Mais, cela a été très compliqué. Comme mes collègues, nous avons toujours cette crainte de ramener le virus à la maison. Car nous savons qu’on va être plus ou moins contaminés un jour ou l’autre. Nous sommes en première ligne. Nous en avons discuté ensemble. Pour le moment, nous sommes davantage inquiets pour nos proches plus âgés. On devra également être prudents avec eux après le confinement », ajoute Noémie.

À partir de la mi-mars, le couple a néanmoins été contraint de s’organiser différemment. « Ma sœur a pris le relais pour la garde des enfants et pour faire l’école à la maison, car il a fallu travailler pour préparer la saison. Nous avons eu la chance d’avoir des concessionnaires à notre écoute et qui ont été réactifs en restant disponibles. Il a simplement fallu anticiper et ne pas se précipiter chez eux en réglant un maximum de choses par téléphone », précise Thomas Obrecht. Il observe un autre point positif à cette crise : « Nous avons davantage de temps disponible pour être en famille. Personnellement, j’ai moins de réunions syndicales et professionnelles. Il y a donc plus de temps pour profiter de ses proches », conclut le céréalier.

Conseil départemental du Haut-Rhin

Mobilisé et solidaire face à la crise sanitaire

Pratique

Publié le 16/04/2020

Cette politique volontariste a quatre objectifs prioritaires. Le premier est tout d’abord de maintenir la continuité des services publics les plus essentiels aux habitants et notamment aux personnes les plus vulnérables. Le second est d’agir efficacement contre l’épidémie en mobilisant toutes les forces locales et en favorisant l’entraide à l’échelle transfrontalière. « Nous veillons à relayer au plus près du terrain les directives nationales, en les adaptant, le cas échéant, aux réalités locales. Nous apportons une aide matérielle et humaine aux équipes mobilisées en première ligne, dans les hôpitaux comme dans les établissements sanitaires et sociaux ainsi que dans les services de sécurité et de secours. Nous faisons remonter auprès de l’État les attendus du terrain », explique la présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert.

Le troisième objectif est d’accompagner les habitants pendant leur période de confinement en facilitant la continuité pédagogique au sein des familles et, en garantissant les aides et l’accompagnement des personnes les plus démunies. Mais, également, en encourageant et en facilitant les actions d’entraide, et de solidarité, entre les personnes. Le quatrième objectif est de soutenir le tissu économique et associatif. Le Conseil départemental met en place des aides financières concrètes et opérationnelles. Il active ses réseaux et ses partenaires pour accompagner et informer des mesures mises en œuvre sur plan national comme au niveau local. Il sollicite les industries du territoire. Il prépare un plan d’actions pour la sortie de crise.

 

 

Une campagne de tests sérologiques

Depuis le mardi 14 avril, le Conseil départemental du Haut-Rhin a également mis en œuvre des tests de type sérologique dans les Ehpad. À savoir, dix établissements haut-rhinois qui se sont portés volontaires. Ils sont situés sur les communes de Colmar, Mulhouse, Saint-Louis, Turckheim, Wittenheim, Seppois-le-Bas, Bergheim, Kaysersberg, Ammerschwihr, Illzach et Kunheim. Cette première phase concerne 1 000 résidents et 900 personnels. Ces tests complètent les gestes barrières et les directives qui doivent être nécessairement poursuivis.

 

 

 

Avec le Conseil départemental du Bas-Rhin, il a également été décidé de mutualiser les laboratoires vétérinaires et d'adapter les matériels pour augmenter les capacités de dépistage virologique en Alsace. « L’ARS a donné son accord le 1er avril. 400 à 500 tests pourront être analysés quotidiennement par les équipes des deux laboratoires. La montée en charge se fera au fur et à mesure de la disponibilité des produits et matériels nécessaires à l’analyse des tests », précise Brigitte Klinkert. Cette campagne de dépistage est rendue possible à la suite d’une consultation lancée par le Conseil départemental qui assure sa prise en charge pour un montant total de 42 100 euros TTC.

En outre, l’Hôtel du département à Colmar a été transformé en plateforme de collecte et de distribution des matériels achetés ou provenant de dons. Grâce à ses partenaires, la collectivité a ainsi pu réceptionner et livrer de précieux équipements aux établissements sanitaires et sociaux qui en étaient dépourvus. Les matériels ainsi collectés et distribués vont aux EHPAD, aux services d’aide à domicile, aux foyers pour personnes en situation de handicap et aux maisons de protection de l’enfance.

Fermes-auberges

Leurs portes resteront closes pour Pâques

Vie professionnelle

Publié le 09/04/2020

Le travail ne manque pas en ce début du mois d’avril. Le professionnel est bien occupé avec ses 70 bovins (dont une cinquantaine de vosgiennes) qui lui permettent de produire de la viande et du lait. « On a nettoyé les pâtures, sorti le lisier et le compost, fait le stockage des copeaux. Il y a également, comme partout, les vêlages, les entretiens des pâtures, la traite, ou encore les réparations des clôtures. Là, on est donc dans les temps pour cette sortie d’hiver. Ce qui me stresse actuellement, c’est déjà cette sécheresse et ce vent d’Est. Nous sommes inquiets pour la pousse de printemps. Il y a également une pression importante des cervidés sur les prés de fauche », explique Serge Sifferlen. Il profite du temps ensoleillé et doux en journée pour sortir une partie des laitières qui sont en stabulation entravée. Les génisses vont suivre dans quelques jours. L’ensemble du cheptel en fera de même dans les semaines à venir.

Une activité qui se répète d’année en année. Cette fois, il y a cependant une pression supplémentaire : la crise sanitaire. Comme tous les professionnels du monde agricole et viticole, Serge Sifferlen doit appliquer les directives. « Nous sommes comme tout le monde. Cette crise sanitaire est angoissante et stressante. Pour la traite, c’est désormais toujours moi qui m’en occupe. Cela permet d’éviter de multiplier les contacts. J’ai un salarié qui s’en charge généralement. Je n’ai pas envie de lui faire prendre le moindre risque. Pour l’auberge, il est d’ailleurs en chômage partiel. Nous avions prévu d’ouvrir, comme chaque année, pour le week-end de Pâques. Généralement, nous préparons les lieux quinze jours à trois semaines avant. Ce travail n’a pas été effectué. Nous avons également des saisonniers dont ma fille. Là aussi, je dois les faire patienter », précise Serge Sifferlen.

« Nous sommes dans l’expectative »

Située au-dessus du lac de Kruth-Wildenstein, près du Grand Ventron, la ferme-auberge du Schafert va donc attendre plusieurs semaines encore ses premiers visiteurs. « En temps normal, elle est ouverte tous les jours sauf le lundi, de Pâques jusqu’au 11 novembre. Nous accueillons quotidiennement une cinquantaine de clients. Là, nous sommes dans l’expectative. Si la saison démarre entre le 15 mai et le 1er juin, tout ne sera pas perdu. Il restera deux beaux mois d’été, plus septembre et octobre. On pourra s’en sortir. Ce sera absorbable. Mais, si cette crise sanitaire venait à se prolonger en dépassant juin, nous n’aurions plus aucune visibilité économique. Il faut savoir que tout ce que nous produisons sur la ferme va à l’auberge. Nous sommes structurés pour ne pas gagner d’argent en hiver. Et pour travailler ensuite. Pour la production de fromage, c’est la même chose. Si le confinement devait s’éterniser, on devrait modifier la production de fromage. On ferait des fromages de garde qu’on peut stocker, plutôt que des munsters qu’il faut écouler à maturité après les trois semaines d’affinage », ajoute Serge Sifferlen.

 

 

Sa situation ressemble à celle de l’ensemble des professionnels du massif. Certains peuvent compter sur les marchés locaux encore ouverts (huit dans le Haut-Rhin la semaine passée), les magasins de producteurs, les drives fermiers ou même de nouvelles activités comme des livraisons à domicile. Mais, ces activités, certes intéressantes, ne feront pas la saison d’une ferme-auberge. « Les professionnels les plus expérimentés qui ont remboursé leurs prêts vont sans doute s’en sortir s’ils ont de la trésorerie. Mais, pour les plus jeunes qui viennent d’investir, notamment pour les mises aux normes, on va au-devant de difficultés importantes. Si nous voulons être optimistes, on peut se dire que le confinement actuel va donner l’envie aux gens de consommer à nouveau des produits locaux et de se rabattre sur la montagne. Mais, quand pourront-ils à nouveau sortir ? », s’interroge Serge Sifferlen.

La transhumance à huis clos ?

Une autre inconnue : les transhumances. Les premières ont généralement lieu début mai. Elles se succèdent pendant un mois. Celle de Serge Sifferlen est programmée chaque année à la Saint Urbain, le 25 mai. « Là, nous n’allons rien y changer. S’il le faut, nous les ferons à huis clos. Ce serait triste. Mais, quoi qu’il arrive, les troupeaux doivent monter sur les hautes chaumes », précise Serge Sifferlen. Il sait de quoi il parle. Sa première transhumance date de mai 1967 avec ses parents. Il a repris l’exploitation familiale en 1999.

C’est, cette année, la 54saison de l’auberge. « Faire la transhumance dans les temps, c’est une nécessité. On ne peut pas garder les troupeaux en vallée l’été. Il faut libérer les prés pour faire du fourrage pour l’hiver. D’autant qu’après deux années de sécheresse et les dégâts du gibier, les stocks sont déjà bas. Nous sommes nombreux à avoir acheté du foin », conclut Serge Sifferlen. Il attend également de meilleurs horizons pour programmer l’assemblée générale des fermiers-aubergistes. Elle sera vraisemblablement décalée à l’automne prochain.

Le Point Vert Eichinger à Hochstatt et à Didenheim

« Il faut éviter un désastre économique »

Cultures

Publié le 06/04/2020

Dans les serres chauffées du Point Vert à Hochstatt et à Didenheim, les fleurs poussent et les parfums printaniers sont très agréables. Le personnel est pourtant inquiet. À quelques jours de la pleine saison, l’entreprise ne sait pas encore si elle pourra vendre sa production. La faute au Covid-19 et à l’interdiction d’ouverture prononcée par les autorités. « C’est un coup dur. Nous sommes fermés depuis le début du confinement. La première journée était précisément un dimanche où, généralement, nous accueillons beaucoup de clients sur notre point de vente à Hochstatt pour la fleuristerie. Depuis, tout ce qu’on produit, on est contraint de le jeter », constate, amer, André Eichinger. Âgé aujourd’hui de 70 ans, il a repris l’entreprise familiale avec ses deux frères, Jean-Jacques et Paul, en 1970 à la suite de leur père qui avait créé l’exploitation à la sortie de la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Depuis, cette entreprise, 100 % familiale, a connu une belle croissance. Elle est scindée en deux parties. Une première en EARL qui s’occupe d’une grosse partie de la production, à Didenheim, et une SARL qui s’intéresse plus spécifiquement à la vente, à Hochstatt. « Ce fonctionnement change actuellement. Je suis le co-gérant avec ma nièce, Katia. C’est elle qui va diriger l’entreprise et la transformer en SCEA. Moi, à mon âge, j’ai le droit de lever de pied », ajoute André Eichinger. Il reste cependant passionné par son métier et vit au rythme des saisons. « Nous avions terminé l’année 2019 avec les ventes de poinsettia Étoile de Noël. Puis, nous avons réalisé la plantation des primevères, des myosotis, des pâquerettes ou encore des pensées. Depuis la mi-février, nous étions dans les replants de salades et de choux pour le potager. Et, là, il devrait maintenant y avoir la grosse partie de notre chiffre d’affaires avec, notamment, le géranium et toutes les fleurs que l’on peut mettre aux balcons. »

Les charges sont là

Depuis le début du confinement, le Point Vert a dû détruire 20 000 primevères, 5 000 pâquerettes, 5 000 myosotis et 15 000 pensées qui ont fini au compost, soit déjà 40 000 euros de perte ! Dans le même temps, l’entreprise doit continuer à faire face à ses charges. Une partie de la vingtaine de salariés travaille toujours. Il faut entretenir et chauffer les serres : 2 500 m² à Didenheim et 2 500 m² à Hochstatt dans la jardinerie. Il faut arroser, mettre des engrais, planter et, surtout, retarder la croissance des fleurs. « Nous les coupons et nous les confinons au froid, pour les géraniums, de l’ordre de 10 à 12 degrés au lieu des 16 habituels. Tout cela alors que la grosse période d’activité doit arriver avec les fêtes de Pâques, le printemps, le mois de mai. Il reste également 20 000 plantes à livrer. Nous avons un gros client sur Troyes et d’autres dans l’ensemble du Grand Est », conclut André Eichinger.

À Hochstatt, dans le local de vente, Katia Eichinger ne cache pas son inquiétude. « Toute la partie concernant la vente est en « stand-by » et la partie production est au ralenti. Nous travaillons avec le monde du vivant. Outre la production qui a déjà été jetée, nous avons également donné à des maraîchers 11 000 replants de salades et 8 000 choux. Ils ne pouvaient plus attendre. Dans quelques jours, ils seront trop grands. Nous semons actuellement la série 5 sachant que les 3 et 4 n’ont pas été semées. Là encore, cela fait mal. Nous ne pouvons pas nous arrêter. On peut simplement tenter de minimiser les frais », assure Katia Eichinger.

Elle voit arriver avec une certaine anxiété le mois de mai. Il représente un tiers du chiffre d’affaires de l’entreprise. 60 % avec les mois de mars et d’avril. « Nous devons obligatoirement faire un bon mois de mai pour survivre », lance la professionnelle. Pour y parvenir, elle est mobilisée avec le groupement des producteurs horticoles. Elle espérait beaucoup de la réunion nationale qui devait se tenir à Paris mardi. Une partie de la jardinerie a été réaménagée, soit 300 m². « Il y aurait un circuit qui permettrait de respecter les distances de sécurité nécessaires. Les clients pourraient acheter les petits fruits, les pommes de terre, les replants et quelques fleurs. Si nous n’obtenons pas cette autorisation, nous avons également proposé de faire un drive par l’arrière avec des commandes préalables sur Internet. Ces solutions sont une grande espérance pour nous. Nous voulons ouvrir pour continuer à vivre », poursuit Katia Eichinger.

En attendant, elle se consacre au rangement des décorations de Pâques que les clients ne verront pas, compte tenu de la situation. Elle continue également à répondre aux appels. De nombreux clients souhaitent venir au Point Vert. À chaque fois, elle doit leur donner la même réponse : « Nous n’avons pas encore d’autorisation pour vous recevoir et vous n’avez pas le droit de vous déplacer… »

 

A lire aussi : Une filière en grand danger, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Vie des exploitations

Au rendez-vous des magasins fermiers

Vie professionnelle

Publié le 25/03/2020

C’était le cas, jeudi 19 mars, au magasin de vente de la ferme avicole Meyer-Wioland à la sortie de Spechbach en direction de Bernwiller. L’exploitation propose une gamme complète de produits naturels à base de volailles. La « boutique », refaite à neuf il y a quelques années, est facilement accessible avec un parking d’une dizaine de places. À l’arrière, se situent les laboratoires de transformation et préparation des produits. L’ensemble des locaux est strictement conforme aux normes d’hygiène et comporte des outils sophistiqués pour garantir une grande qualité. Les parents, Agnès et Bernard Wioland ont pris leur retraite. C’est désormais Mathieu qui est à la tête de l’entreprise. Il est notamment accompagné de sa sœur, Rachel. Cette dernière, avec deux autres employées, était présente pour accueillir les clients.

« Depuis le début du confinement, nous avons adapté nos horaires d’ouverture. En l’occurrence, du mardi au vendredi de 8 h à 18 h en continu et le samedi de 8 h à 13 h. Auparavant, nous ne faisions pas cette continuité. Nous l’avons décidé pour étaler les visites de nos clients. Par ailleurs, nous ne faisons plus les marchés pour protéger nos équipes et les consommateurs », explique Rachel Wioland. Au tout début du confinement, elle a constaté une hausse des visites. Les jours suivants, la fréquentation est redevenue normale. « En revanche, les gens achètent différemment. Ils ont tendance à prendre un plus grand nombre de produits », explique la professionnelle. Elle s’inquiète évidemment de cette situation sanitaire et du temps qu’elle va se prolonger. « Jusqu’à présent, nous produisons de la même façon. Nous essayons d’avoir tous les produits habituels. On a simplement demandé à se faire livrer davantage de lait, de beurre et d’autres produits laitiers », conclut Rachel Wioland.

 

 

Lors de notre passage, deux clients ont accepté de répondre à nos questions. Deux fidèles. Michel, 48 ans, domicilié à Illfurth. « Je viens régulièrement ici toutes les trois semaines à un mois. La situation actuelle ne change rien sur ce point. J’achète pour deux personnes comme d’habitude. J’ai arrêté de travailler. Je suis cependant d’astreinte en exerçant dans la fonction territoriale. Cette actualité me permet simplement de faire mes courses en journée. C’est très important que de tels magasins poursuivent leurs activités », estime-t-il. Pour sa part, Maeva, 29 ans, arrive de beaucoup plus loin. D’Oltingue dans le Haut Sundgau. « Je suis venue une fois, par hasard, il y a quelques années, et depuis je n’ai plus changé. Venir ici, c’est bien mieux que d’aller dans les grandes surfaces. Déjà en temps normal, la qualité est là. Et désormais, il y a moins de monde ici que dans les GMS. C’est important de soutenir ce qui est local », précise la jeune femme.

« Pas envie de prendre de risque »

À l’Îlot fermier à Hirsingue, l’activité se poursuit également. Un balisage à l’extérieur explique aux consommateurs comment entrer et sortir du magasin. À l’intérieur, quelques affiches ont été installées. « SVP, prenez les légumes et fruits que vous aviez en main. Merci de votre compréhension et de votre collaboration ». Il y a également un balisage au sol avec un sens unique. « Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de quinze personnes dans le magasin. Nous désinfectons régulièrement les poignées, les TPE et autres endroits plus sensibles. Pour le moment, tout se passe relativement bien. Il y a peut-être un peu moins de monde. Mais, il y a trois fois plus de gros paniers. Ce sont souvent des clients habituels. Mais, aujourd’hui (jeudi 19 mars), on a vu trois nouvelles personnes qui veulent éviter la foule des grandes surfaces », explique le responsable du magasin, Eric Monmarché.

 

 

Concernant les marchandises, les professionnels regroupés au sein de l’Îlot fermier poursuivent tous leurs activités et viennent régulièrement apporter leurs produits dans les rayons. À une exception près. Emilie Schmitt de la Ferme de la Petite prairie à Ranspach-le-Haut. Elle avait déjà fait le choix de stopper son activité de vente directe de produits laitiers et yaourts sur le site de l’exploitation familiale. Cette fois, elle a livré pour la dernière fois, le temps de la crise sanitaire, le magasin. « Je n’ai pas envie de prendre des risques pour mes clients, mes proches, ma fille. Dans la situation actuelle, il faut avant tout penser à notre santé. Et puis, il y a assez de travail à la ferme. Du coup, je ne serais peut-être plus en retard sur ma comptabilité et je vais pouvoir faire le grand nettoyage au-dessus du local de l’exploitation. Après, je réagis ainsi car j’ai la chance de pouvoir arrêter. Tout le monde n’a pas cette possibilité », précise Emilie Schmitt.

Une certaine organisation

Retour à Spechbach, cette fois au magasin les Champs de l’Ill. Jeudi 19 mars, c’était le premier jour d’ouverture depuis la mise en place du confinement. Le magasin continuera d’être ouvert les jeudis, vendredis et samedis. « Nous avons mis une certaine organisation en place avec des affiches et des règles à respecter. Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de cinq clients en même temps dans le magasin avec des distances à respecter. Nous avons également mis à la caisse un meuble pour préserver cette distanciation et du plexiglass. Nous avons également demandé aux vendeurs de se laver les mains après chaque passage d’un client car on pourrait manquer de gants à l’avenir. De toute façon, le monde médical en a beaucoup plus besoin que nous. Enfin, nous désinfectons régulièrement », assure le responsable de l’entreprise, José Pflieger. Avant l’ouverture, il reconnaît qu’il n’était pas tranquille face à cette situation. Il a rapidement été rassuré. Les clients respectent les consignes.

Parmi les 26 professionnels qui apportent leurs produits, une seule, de Haute-Saône, a demandé à ne plus faire de permanence tout en acceptant de venir livrer quand il n’y a personne. Notamment, les mardis et mercredis. « Nous avons demandé aux producteurs de ne pas venir livrer en même temps. Pour les horaires d’ouverture, nous avons décidé de ne pas les changer. La question s’était posée. Mais, c’est trop compliqué pour nous. Il faut quand même rappeler que nous avons encore les travaux de la ferme à réaliser. Ce matin (jeudi 19 mars), on s’est, par exemple, levé à 5 h du matin pour faire les abattages. Une centaine de poulets. Il n’y a aucune crainte à avoir concernant le stock. C’est l’avantage de la production locale. En revanche, on est comme tout le monde, un peu « paumés » par rapport à cette situation sanitaire. On ne sait pas comment elle va évoluer », ajoute José Pflieger. En attendant, les clients sont bien là. Des fidèles et quelques nouveaux, ravis de découvrir la variété proposée, pas moins de 300 à 400 produits différents. Dans le même temps, son fils, Jérémy, s’occupe de la production dans les champs. Avec le climat actuel, il sème les lentilles, la féverole et bientôt les pommes de terre précoces.

 

 

Entrepreneurs des territoires d’Alsace

Un travail qui doit être reconnu

Vie professionnelle

Publié le 25/03/2020

Le président des entrepreneurs des territoires d’Alsace, Claude Gretter, avait évoqué les difficultés d’une année 2019 déjà compliquée, notamment au niveau météorologique. « Il y a surtout un gros malaise sur les prix. L’agriculture rémunère mal depuis quelques années. Un tiers des professionnels touchent moins de 350 € par mois. Forcément, cela a également un impact sur nos activités », explique Claude Gretter. En attendant, les entrepreneurs alsaciens se sont mobilisés ces derniers mois. Ils ont accompagné les actions syndicales.

Concernant la réforme à venir de la Politique agricole commune (Pac), les professionnels se montrent déterminés. « Le travail des entrepreneurs agricoles doit être reconnu. Il faut notamment insister sur le fait que faire appel à un entrepreneur agricole pour effectuer les travaux de la ferme revient à embaucher un salarié », précise le secrétaire général, Eric Brodhag.

La TICPE pose problème

Fin décembre, le gouvernement a informé les professionnels de son intention de mettre en place trois couleurs différentes de GNR, liées à la récupération ou non de la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). « C’est inadmissible. Nous avons envoyé un courrier aux députés pour dénoncer ce fait. Pour l’instant, rien n’est encore acté. Il serait possible de récupérer certaines sommes avec un décalage dans le temps. Mais nos charges et nos échéances sont fixes. Il va donc falloir être solide au niveau économique », prévient Eric Brodhag. Reste à savoir si le calendrier annoncé tiendra toujours après la crise liée à l’épidémie de Covid-19.

Autre inquiétude des entrepreneurs agricoles, le débat sur les conventions collectives. Il y en a plus de 200 actuellement. Après une réforme annoncée, elles ne seraient plus que 80. Parmi elles, cinq branches agricoles, mais plus celle concernant les entrepreneurs agricoles. « Elle est nécessaire, car sinon nous ne serons plus représentés lors des négociations dans les Ministères. Et, surtout, il en va de notre statut, de notre crédibilité, de notre reconnaissance », estiment les professionnels.

La situation des usines betteravières ne rassure pas davantage. Quatre d’entre elles ferment dans l’Hexagone. « C’est inquiétant pour les salariés de ces usines, pour les planteurs de betteraves et pour les entrepreneurs agricoles. Deux tiers de nos chantiers concernent les arrachages de betteraves. Il y a donc forcément moins de travail dans les zones concernées, ou même plus de travail du tout. À l’avenir, nous allons devoir nous diversifier et nous assurer de pouvoir travailler sur la base de contrats clairs », conclut Eric Brodhag.

Syndicat des éleveurs alsaciens de la race bovine salers

La salers trouve sa place

Élevage

Publié le 24/03/2020

La morphologie des animaux et l’impact de la génétique font progresser la race salers. « On apprécie tout d’abord la morphologie des femelles. Nous établissons ensuite un listing des différentes qualifications des élevages avec des animaux qui sont recommandés, d’autres reconnus, d’autres homologués et les derniers confirmés. Nous hiérarchisons les reproducteurs de chaque troupeau et nous mettons alors en évidence les meilleurs animaux. L’intérêt des accouplements porte sur les vaches recommandées », explique Pierre Laceppe, inspecteur au Herd Book Salers.

Il intervenait devant les éleveurs alsaciens en leur précisant que l’on refaisait du « sans corne ». Une précision complétée par Daniel Renger, de la Chambre d'agriculture Alsace et spécialiste de la race. « Le sans corne prendra la place que les éleveurs voudront lui donner. Mais il y a de la place. C’est une fenêtre qui est effectivement à explorer. D’autant plus que l’on constate de beaux taux pour les animaux sans corne. Nous avons un bon exemple avec le taureau prénommé Joker. Il faut toujours conserver les femelles en standard et ensuite remettre du cornu. Nous avons dix années de travail génétique derrière nous. C’est peu. Nous pouvons encore progresser tout en étant prudent et varier les souches », précise Daniel Renger.

De la bonne viande

Concernant l’avenir de la production, les projets ne manquent pas. Il y a une demande toujours plus importante concernant l’engraissement de génisses sans corne en salers. L’interprofession souhaite revenir dans les labels et les signes de qualité. Sachant que les labels rouges existent dans la plupart des races. « En salers, nos vaches sont intéressantes même si elles sont lourdes. Pour être dans une démarche label rouge, il faut quatre mois de carence à partir du moment où on a fait le dossier. Il faut également être charté et s’engager dans une démarche de qualité. Les animaux doivent pâturer et leur alimentation doit être sans OGM et sans additif particulier. En outre, il ne doit pas y avoir d’ensilage de maïs à l’engraissement sur la période de finition, soit les quatre derniers mois », ajoute Daniel Renger. Il a incité les éleveurs alsaciens à participer à « l’Euro Salers » qui doit se dérouler du 10 au 13 septembre 2020 à Sedan.

Une race facile

Après avoir approuvé les comptes financiers et renouvelé la confiance au conseil d’administration que préside Nicolas Fady, les éleveurs se sont rendus sur l’exploitation de Suzanne Stich à Kiffis. Elle a repris l’exploitation familiale en janvier 2007. « Auparavant, c’était une exploitation laitière. J’ai débuté avec une quinzaine de génisses de neuf mois. En 2009, j’ai commencé la vente directe de broutards de sept à neuf mois en caissettes. Et, en 2010, j’ai eu mon premier taureau sans corne. J’ai souhaité faire de la salers car c’est une race facile et qui donne de la bonne viande », explique Suzanne Stich.

Elle est seule sur l’exploitation. Elle a aujourd’hui 43 vaches, exclusivement des salers. Elle vend sa viande sur commande. De la découpe sous vide et des gens qui viennent sur place pour chercher leurs commandes. Les abattages se font à Cernay. Les vaches sont en pâture et consomment l’herbe locale. 100 % des surfaces de l’agricultrice sont des prairies, soit 90 hectares d’herbes. Elle n’achète aucun produit supplémentaire. « Ce système fait ses preuves. Les résultats des vaches sont plus que satisfaisants. Il y a ici des variétés fourragères adaptées et productives. La clé de la réussite, c’est l’autonomie fourragère. Cela montre que l’on peut vivre de sa production sans gros bâtiment, sans trop s’agrandir et avec peu ou carrément pas d’intrants et de compléments alimentaires », observe Daniel Renger.

À noter qu’elle pratique un vêlage à deux ans qui marche très bien. Un système de printemps qui débute en ce mois de mars. L’âge moyen des vaches est de six années avec une faible mortalité (5 % sur la dernière campagne) et un bon taux de renouvellement. Les professionnels ont pu visiter l’exploitation qui se trouve au cœur de ce village sundgauvien, frontalier avec la Suisse.

 

 

Pour (re)découvrir la race salers, (re)visionnez la vidéo d'Ilo !

 

Abattoir départemental du Haut-Rhin à Cernay

« Nous fonctionnons normalement »

Pratique

Publié le 23/03/2020

Comme indiqué régulièrement dans vos journaux agricoles alsaciens, les horaires d’ouverture et d’abattage n’ont pas changé. Les abattages se déroulent toujours les lundis, mardis et mercredis. Les découpes se font les jeudis et vendredis. Le site est fermé au public les vendredis. « Notre fonctionnement n’a pas évolué. Nous avons pris, en interne, différentes mesures pour travailler dans les meilleures conditions et en toute sécurité. Elles sont affichées partout. Le personnel a été sensibilisé et applique les mesures barrières. Nous tournons donc au maximum de nos possibilités », explique Christophe Bitsch, président de l’abattoir départemental du Haut-Rhin de Cernay.

Lundi matin, il était présent dans les locaux pour faire le point avec le personnel. Un seul des quinze salariés était absent. « Je me félicite du professionnalisme des membres du personnel. Tout le monde ici fait son boulot. Les gens sont formidables. Ils participent au fait que la situation puisse rester la plus normale possible pour le monde agricole », ajoute Christophe Bitsch. Ces mesures, appelées « plan de prévention contre le Covid-19 », concernent notamment les postes liés à l’accueil et à la réception de la clientèle. Il est indiqué, par exemple, que le bureau du secrétariat doit rester fermé à clef au public, que l’accueil des clients au secrétariat doit se faire à travers la lucarne prévue à cet effet ou encore que le mobilier du secrétariat (bureau, téléphone, stylos, pupitre d’accueil) doit être désinfecté le plus souvent possible.

Par ailleurs, le chauffeur de l’abattoir doit se voir remettre ses bons de transport par la lucarne prévue à cet effet. « Nous demandons également au personnel de prévenir les clients qu’ils ne doivent pas descendre de leur véhicule lors de leur mise à quai. Le personnel doit venir vers eux pour la récupération des documents qu’ils doivent transmettre par la fenêtre de leur véhicule. Pour le reste, les mêmes règles sanitaires s’appliquent que pour toute la population : se laver les mains le plus souvent possible notamment », poursuit Christophe Bitsch.

« Nous devons nous serrer les coudes »

Après un petit pic de travail observé en début de semaine dernière, le rythme est redevenu normal. Il y a quelques annulations qui sont plus ou moins remplacées par la venue d’autres professionnels. Un fonctionnement normal, malgré les rumeurs. « J’étais très agacé ces derniers jours. Certaines personnes ont colporté des rumeurs disant que nous étions fermés. Ces rumeurs et ces attitudes sont irresponsables par les temps actuels. Certains voudraient saborder cet outil de travail qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Nous avons donc rapidement contacté certains importateurs qu’on ne voyait plus ou moins pour dire que l’on travaillait normalement. J’ai également rédigé un communiqué sur les réseaux sociaux qui a bien été partagé. Car, le temps n’est pas à la polémique. Nous devons nous serrer les coudes dans le monde agricole. Et l’abattoir en fait partie intégrante. Pour la société française, c’est la même chose. Il faut sortir de cette crise sanitaire le plus rapidement possible. Et nous le ferons en respectant tous l'ensemble des consignes. Pour notre part, nous entendons continuer à nourrir la population », poursuit le président de l’abattoir départemental.

 

 

« L’ambiance est bonne »

Parmi les salariés, Joseph, 59 ans, de Bréchaumont, est à son poste de travail. Il est présent à l’abattoir depuis dix ans. D’abord à la chaîne d’abattage. Et, depuis quelques semaines, à la découpe. « On est ici car il faut continuer de nourrir la population. Ce n’est pas marrant tous les jours mais c’est mon travail. Si tout le monde s’arrête, plus rien ne marche. Pour ma part, je pense en premier lieu à celles et ceux qui sont en première ligne dans cette crise sanitaire : le personnel hospitalier ». Sa collègue, Sandra, 44 ans de Bitschwiller-lès-Thann, est dans le même état d’esprit. Elle est présente à l’abattoir depuis cinq ans. « Je m’occupe de l’emballage et de l’étiquetage. Je prépare les colis des clients. Nous vivons une période compliquée. J’espère qu’elle ne va pas se prolonger. Pour ma part, je fais attention dans tous mes gestes, notamment concernant l’hygiène. Mais, comme mes collègues, je suis le mouvement pour le bon fonctionnement de l’entreprise. »

Président de l’abattoir depuis le 3 décembre 2019, Christophe Bitsch vit un début de mandat particulier. « Il y a également ce changement de direction. Actuellement, Cyril Peton assure cette fonction avec Séverine Fady. Il faut également les remercier pour leur professionnalisme. Ils permettent, comme tout le personnel, que l’abattoir fonctionne bien. L’ambiance est bonne. Nous travaillons également de concert avec le Conseil départemental du Haut-Rhin sur la modification de l’outil pour agrandir, dans un premier temps, les locaux administratifs, et dans un deuxième temps, la capacité de l’outil en lui-même car il arrive à saturation », observe Christophe Bitsch.

L’abattoir reste à l’écoute de ses 1 500 clients qui sont présents dans sa base de données. L’objectif reste d’avoir une bonne gestion de chef de famille, en travaillant dans les meilleures conditions possibles. Aujourd'hui comme hier et comme demain.

Chambre d'agriculture Alsace

« Développer nos services et répondre aux défis de l’avenir »

Vie professionnelle

Publié le 23/03/2020

Cette nouvelle édition du salon international de l’agriculture (SIA), même réduite d’une journée, a été un véritable succès. Enfin, le monde agricole a eu la possibilité de communiquer positivement. « Cela doit interpeller nos décideurs sur la représentativité de certaines minorités agissantes et de groupuscules activistes qui font le buzz sur les réseaux sociaux », observe le président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA) Denis Ramspacher. L’Alsace a par ailleurs retrouvé de la visibilité et de la lisibilité à Paris. « Nos exposants et nos filières ont pu en profiter. Merci à nos deux Conseils départementaux pour cette initiative de créer ce nouvel espace, Terr’Alsace, dans le hall dédié aux institutions. Cela a constitué une belle vitrine des savoir-faire alsaciens pour donner corps à la future Collectivité européenne d’Alsace. Pour concrétiser ces nouveaux partenariats, la CAA a travaillé main dans la main avec nos collectivités régionales et départementales, souligne Denis Ramspacher. Les professionnels, eux, ont pu se mettre en valeurs lors du Concours général agricole et aux concours des races pour les éleveurs. »

Le SIA est aussi l’occasion de rencontrer et d’échanger avec les différents élus nationaux et régionaux. Cela tombe bien. Les dossiers d’actualités ne manquent pas. La revalorisation des retraites agricoles n’est toujours pas actée. « Nous devons obtenir du gouvernement les 85 % du SMIC, tout de suite, pour toutes les petites retraites agricoles », répète le président. Les questions sans réponses sont également toujours nombreuses concernant les zones de non-traitement (ZNT). « L’arrêté fixant à cinq ou dix mètres les ZNT à proximité des habitations a été signé le 31 décembre pour être appliqué le 1er janvier. Il s’agit d’un record de vitesse qui n’est pas courant de la part de l’administration ! Ce texte prévoit la possibilité de réduire les distances à trois ou à cinq mètres. À condition de mettre en œuvre des dispositifs techniques particuliers sur les pulvérisateurs et de signer une charte de « bon voisinage » au niveau départemental », précise Denis Ramspacher. Il rappelle qu’un travail est effectué en Alsace sur une charte pour la viticulture. Mais, pour le reste, et notamment l’aspect réglementaire, rien n’est clair alors que la date des premiers traitements approche. « C’est la raison pour laquelle la profession demande toujours un moratoire sur l’application de ces ZNT. Le temps de travailler correctement sur ces chartes. Le temps d’organiser les concertations nécessaires, notamment avec les maires qui seront élus ces prochaines semaines », ajoute le président.

Maintenir visibilité et cohérence

La profession agricole s’inquiète également des intrusions nocturnes perpétrées par des activistes de la cause animale. Des actions médiatisées de surcroît. « Ceci est inacceptable sur la forme comme sur le fond. Une plainte a été déposée par l’éleveur. Nous avons alerté la nouvelle préfète. Elle a réuni d’urgence la cellule Demeter. De tels agissements doivent être fermement combattus et condamnés par la justice », prévient Denis Ramspacher. Les mêmes inquiétudes concernent les discussions de la nouvelle politique agricole commune (Pac). Des discussions qui s’éternisent. Les professionnels craignent de nouvelles contraintes, mais avec des moyens en baisse. Or, la Pac, à travers son premier pilier, doit rester le levier essentiel pour garantir un socle de rémunération pour la plupart des agriculteurs. « Dans cette période d’incertitudes, il est essentiel de maintenir de la visibilité et de la cohérence autour des futures mesures essentielles pour la vitalité de nos territoires. Les enjeux de l’agriculture sont considérables. Et les attentes envers la Chambre d'agriculture sont grandes. L’État demande de s’engager dans un contrat d’objectifs pour être encore plus efficaces. Avec de nouvelles missions pour accompagner les professionnels vers les transitions économiques, énergétiques et environnementales. C’est l’enjeu de notre projet stratégique », indique le président de la CAA.

Ce projet a été adopté lors d’une précédente session. Il s’inscrit en complémentarité des travaux en cours sur le projet stratégique au niveau régional à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est et au niveau national à l’assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA), avec la mise en place de seize domaines d’activités stratégiques. Le tout dans un contexte contraint où l’État met la pression pour améliorer l’efficacité du réseau des Chambres d’agriculture. « En Alsace, nous n’avons pas à rougir de nos actions en faveur des agriculteurs et de nos résultats. Sur tous les sujets concernés par le contrat d’objectifs, nous sommes bien positionnés et souvent en avance sur d’autres départements. La fusion « Chambre d’Alsace » nous a fait gagner en efficacité et en compétences. Nous sommes des acteurs essentiels de toutes les politiques publiques sur notre territoire et nous sommes présents sur le terrain sur tous les sujets (lire l'encadré). Je suis donc confiant dans notre capacité à répondre aux défis de l’avenir, de celui de nos agriculteurs et de notre territoire. Pour y parvenir, nous aurons besoin de la confiance de l’État et des différentes collectivités régionales, départementales et locales », a conclu Denis Ramspacher.

 

A lire aussi : « Une session chambre axée sur le bien vivre ensemble », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin ;

« « Nous avons du pain sur la planche » », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Association des producteurs de céréales et d’oléagineux

Une réflexion stratégique face aux enjeux de demain

Cultures

Publié le 15/03/2020

Dans un monde en mouvement, les choses peuvent changer très rapidement. Le contexte économique n’est plus le même de celui observé le 20 novembre 2018 quand l’Apco a fêté ses 40 ans et a accueilli le congrès de l’association générale des producteurs de maïs (AGPM).

Outre l’actualité politique et syndicale, les professionnels sont également confrontés à des phénomènes météorologiques toujours plus complexes à appréhender. « Dès la mi-juin, une vague de chaleur a touché la France. La crainte de l’échaudage était dans toutes les têtes. Les rendements de blé n’ont heureusement pas été si catastrophiques. Les irrigants ont redoublé d’efforts pour ne pas voir leurs cultures perdre leurs potentiels. Mais de nombreux orages ont traversé notre département. Certains secteurs ont été confrontés à des limites techniques pour irriguer. Que ce soit dans le secteur des collines sous vosgiennes ou dans celui allant de Niffer/Rixheim à Saint-Louis. Enfin, fin juillet, une vague de pluie orageuse a permis de remettre les compteurs à zéro. De 50 à plus de 100 mm ont donné l’occasion aux cultures de printemps de reprendre leur souffle. Les changements climatiques nous obligent à en tirer des conséquences. Soyons ambitieux et offensifs en la matière. L’agriculture a une part de responsabilités dans les évolutions du climat, comme toute activité humaine et économique. Mais, l’agriculture est surtout la seule activité pouvant apporter des solutions rapides et efficaces », explique le secrétaire général de l’Apco, Jean-Marc Schwartz.

Fédérer les usagers du Rhin

Face à ces évolutions climatiques, sociétales et économiques, les professionnels doivent s’adapter au mieux et anticiper pour pérenniser leurs activités. Trois axes principaux sont au cœur de la politique volontariste impulsée par l’Apco.

Le premier tourne autour des débouchés des céréaliers. « On a longtemps considéré que le débouché n’est pas un problème. Aujourd’hui, il nous semble important d’être en veille sur ce sujet. La disparition de certaines usines, le changement de produits consommés par certains industriels ou leurs exigences de qualité nous ont fait prendre conscience de notre responsabilité. Il est important que nous soyons force de cohésion pour la filière. Nous avons la légitimité pour rassembler nos organismes stockeurs, pour fédérer la filière et porter des enjeux vitaux pour l’avenir de notre territoire. La qualité de nos produits, leur identification, la certification de nos exploitations sont des sujets au cœur de nos préoccupations. La problématique des basses eaux du Rhin reste bien sûr plus que jamais un enjeu majeur. Nous ne sommes pas les seuls concernés. Mais force est de constater qu’il faut porter à bras-le-corps cette problématique. Nous voulons fédérer les autres usagers du Rhin pour pousser nos politiques à se saisir réellement de ce sujet. Il nous faut trouver une issu pour la pérennité de nos débouchés. Nous pouvons être fiers de la bonne collaboration avec nos organismes stockeurs, de leur travail et de la valorisation de nos produits. Nous avons un prix de vente de nos productions parmi les meilleurs au monde grâce à ces outils de collecte, grâce au Rhin et à la proximité avec nos débouchés. Nous sommes aussi engagés dans la recherche de nouvelles filières répondant aux multiples critères d’exigences de notre métier. La création d’une filière de déshydratation de luzerne n’est pas aisée. Mais, nous voulons aller au bout de la démarche d’étude pour prouver notre expertise, nos engagements et montrer qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigt comme certains peuvent l’imaginer », explique le président de l’Apco, Thomas Obrecht.

L’acceptation sociétale des pratiques

Le second axe de travail concerne le maintien des capacités de production des professionnels. Un important travail de communication doit se réaliser auprès des interlocuteurs du monde agricole et de la population en général. « L’acceptation sociétale de nos pratiques est primordiale. Le monde qui nous entoure ne connaît plus les grands enjeux de la production agricole et de la sécurité sanitaire. Ce n’est pas que la majorité de nos concitoyens soit contre nous. Mais, à défaut de connaissance, la porte est grande ouverte aux marchands de peur. Et bien sûr beaucoup d’hommes et de femmes politiques suivent la vague et manquent cruellement de courage et de discernement pour recentrer le débat. Nous devons donc être offensifs. Ne laissons pas parler les autres de la réalité de notre métier à notre place. Nous avons beaucoup de problématiques autour de l’utilisation des produits phytosanitaires. Le débat des ZNT en est un exemple », ajoute Thomas Obrecht. Il invite les céréaliers du département à montrer l’exemple et à faire preuve de responsabilité tout en restant ferme sur la réalité scientifique et agronomique. Comme tous les professionnels, il fait le constat que les solutions disponibles pour protéger les cultures se font de plus en plus rares.

Il appelle également à la vigilance concernant l’irrigation. « Nous avons une activité visible. Et c’est bien là le problème. Partout, il faut rappeler l’histoire. Les canalisations successives du Rhin, les droits d’eau, le réseau de canaux d’irrigations. Certains ignorent que beaucoup de cours d’eau phréatiques du Ried sont en vérité les exutoires des canaux d’irrigations et que leur pérennité en dépend. Nous sommes capables, de par la réalimentation de la nappe par les canaux d’irrigations, de répondre à l’ensemble des besoins en eau que ce soit industriel, eau potable et irrigation. Mais là encore, tout le monde n’a pas respecté ses engagements. EDF doit pourvoir à l’entretien de ces canaux pour assurer une bonne réalimentation de la nappe. Nous voulons que ces infrastructures stratégiques soient conjointement assumées par la profession et notre département », prévient Thomas Obrecht.

Innover et anticiper

Le troisième axe de travail concerne l’innovation et à travers elle, la science. « Nous devons nous battre pour avoir accès aux nouvelles technologies génétiques. C’est une voie certaine d’amélioration de nos performances et de réductions de nos intrants. Le monde politique et la société qui nous entoure doivent comprendre que nous avons déjà pris beaucoup de retard sur ce sujet et qu’il faut nous donner ces solutions. C’est un levier bien plus efficace pour réduire l’utilisation des produits phytosanitaire que de passer à des techniques de productions alternatives qui ont d’autres inconvénients environnementaux », plaide le président de l’Apco. En ce sens, il veut travailler plus efficacement encore avec la Chambre d'agriculture, Arvalis, les organismes stockeurs pour répondre à tous ces défis et préparer l’avenir. « Nous devons être capables d’anticiper. Et, sur ce point, la science sera notre salut », conclut Thomas Obrecht.

Invité à l’assemblée générale, Matthieu Çaldumbide, directeur adjoint de l’AGPM, a fait le point sur le marché du maïs tant au niveau mondial qu’à un niveau européen et national. L’apparition et le développement mondial du coronavirus peuvent avoir un impact sur les cours mondiaux, leurs prix et les matières premières. « Le développement du virus ou non sera déterminant pour la perspective des échanges de nos céréales. Nous devons également observer les conditions de cultures actuelles en Amérique du Sud, les semis de maïs aux États-Unis et veiller à la future structure du marché du blé et du maïs en Europe dans le cadre de l’évolution de la politique agricole commune », estime Matthieu Çaldumbide. Il a rappelé que, dans le cadre de cette future Pac, l’AGPM exigeait, en matière de conditionnalité, de ne pas aller au-delà des exigences du verdissement actuel avec un refus clair de la mesure souhaitée de rotation des cultures. « Il faudra également que cette Pac limite les possibilités de transfert entre les deux piliers, favorise la gestion des risques et l’aide à l’investissement dans le second pilier. »

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