Navet salé d’Alsace
Un légume aux racines anciennes
Navet salé d’Alsace
Cultures
Publié le 26/01/2020
Les transformateurs de navet salé sont donc au nombre de trois. Deux sont installés dans le Bas-Rhin : la choucrouterie de la famille Ades à Krautergersheim et celle de la famille Speisser à Geispolsheim. Dans le Haut-Rhin, la choucrouterie Claude est le dernier établissement du département à travailler le chou et le navet salé. « L’entreprise familiale a été créé par mon père, René Claude, au début des années 1960, explique le gérant, Pascal Claude. En 1968, un bâtiment spécifique de production de 800 m2 a été construit. Il a été doublé en 1978. J’ai intégré l’entreprise en 1980. Au début des années 1990, nous avons modernisé notre outil de production et nous avons développé la cuisson de la choucroute et des navets salés vendus en pots allant de 500 grammes à 10 kg. Nous transformons en moyenne 1 500 tonnes de choux par an et 300 tonnes de navets que nous achetons chez des producteurs situés dans le secteur de Dannemarie. »
La filière du navet salé fait sa promotion ce mercredi 15 janvier à la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Etang. pic.twitter.com/UMZSvHvOBc
— EAVPHR (@EAVPHR) January 15, 2020
Un peu d’histoire
Les premières descriptions de fabrication des navets salés en Alsace datent de 1539. Ensuite, presque tous les livres de cuisine alsaciens, parus depuis le XVIe siècle, indiquent la manière de préparer les conserves de navet. On parle alors de « Sueri Ruewe », de « Kellernueddle » ou encore de « Keller Staffle ». Trois siècles plus tard, à la fin du XIXe, il est relevé que les « Sauerüben, » des navets confits, faisaient encore l’ordinaire des dimanches bourgeois de Colmar. On servait traditionnellement des navets tous les mardis entre Pâques et la Pentecôte.
Si le navet blanc sous sa forme confite était déjà consommé par les hommes de la préhistoire, les gastronomes de la Renaissance lui reconnaissent des vertus de santé. On apprendra bien plus tard que c’est la fermentation qui permet au navet de se charger en micro-organismes vivants, les probiotiques, particulièrement bénéfiques pour la digestion. Depuis, la consommation de navets salés a évolué. « Dans les années 1960, on vendait autant de navets salés que de choucroute. Ce n’est plus le cas aujourd’hui car le produit n’est plus considéré de la même façon. Du coup, on tente d’influer différemment la consommation en proposant le navet salé sous d’autres formes. Depuis deux ans, nous faisons du navet bio. Il nécessite cependant davantage de travail car il est souvent plus petit », précise Pascal Claude. La centaine de tonnes de navets salés ainsi obtenue est commercialisée pour 90 tonnes en navets salés crus et pour une dizaine de tonnes en navets salés cuisinés.
Une arrière-saison intéressante
Les navets sont semés après la récolte d’une céréale comme l’orge ou le blé d’hiver, sur une période allant de mi-juillet à mi-août. Après le semis, un démarrage manuel des plantes excédentaires peut être réalisé. La culture est régulièrement binée pour éliminer les mauvaises herbes et réduire les besoins en irrigation. Depuis la mi-septembre, le navet est récolté manuellement ou mécaniquement puis paré manuellement. Cette opération permet l’élimination des fanes et de la base du collet ainsi que du pivot, qui est la racine principale. Les navets arrivent à maturité en 40 à 80 jours, selon les variétés et la taille à laquelle on désire les récolter. Afin que ces opérations soient les plus rapides possible, les navets sont sélectionnés pour leur taille ainsi que pour leur forme allongée, qui facilite le parage et limite les pertes. « Cette année, les navets sont exceptionnellement gros. Cela vient certainement des caprices de la météo. Cependant, nous avons une arrière-saison intéressante et propice pour les navets », se félicite le professionnel. Lors de leurs récoltes, les navets sont composés de feuilles oblongues et de racines charnues de formes (sphérique, allongée, plate) et de couleurs variées (rose, blanche, noire…). À la livraison, les navets sont stockés dans un silo, puis, au fur et à mesure, sont versés dans une laveuse. Cette dernière est différente quand il s’agit de navet bio qui a alors moins de jus. Dans tous les cas, les navets sont ensuite épluchés avant qu’un peigne déroule de longues lanières bien blanches. Le tout est alors mis en saumure dans un silo à l’abri de l’air. Après fermentation anaérobie, les navets salés sont conditionnés puis commercialisés.
À Chavannes-sur-l’Etang, les déchets et jus sont dirigés vers un méthaniseur. Auparavant, ils allaient en station d’épuration. « Nous comptons travailler à l’avenir avec d’autres agriculteurs du secteur pour livrer nos déchets vers un méthaniseur collectif. Le projet est en cours de finalisation. Les travaux pourraient démarrer en 2020 pour un lancement en 2021. La boucle serait bouclée », se félicite Pascal Claude.
Le navet dans tous ses états
Les navets salés présentent de nombreuses vertus. Ils sont faibles en calories, bien pourvus en fibres, riches en oligo-éléments et sont une bonne source de vitamine, minéraux, potassium et calcinsum. L’association pour la promotion du navet salé d’Alsace est là pour valoriser et communiquer positivement sur le produit. L’idée étant d’attirer les jeunes générations, de proposer des idées de recettes pour faciliter l’utilisation ou encore de proposer un packaging prêt à l’emploi pour faciliter l’acte d’achat. Parmi ces plats, on retrouve la tarte au navet, mais aussi différents mets où le navet est mis en valeur en tant que navet salé ou navet cru. Ces recettes ont été dégustées au restaurant « Le Storkahus » à Guevenatten où officie le chef Guillaume Keller.












