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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Philippe Hoffstetter, éleveur de race Holstein à Largitzen

« Transmettre ce que j’ai appris »

Élevage

Publié le 24/10/2019

Philippe Hoffstetter, qui est associé avec son frère Michel sur l’exploitation familiale à Largitzen, a toujours été un passionné de génétique, de morphologie des vaches et de concours. La Holstein, c’est la race qui le séduit : « Nous avons des Holstein depuis toujours. Des noires et des « Red ». Avec cette race, les veaux sont plus faciles à élever. La morphologie des vaches est également plus séduisante. Elles sont plus féminines. Ce sont des vaches souvent bien plus dociles que les autres », raconte Philippe Hoffstetter.

L’école des jeunes présentateurs

Il participe depuis de nombreuses années à des concours de présentation d’animaux. Il a d’abord été un fidèle d’Eurogénétique à Épinal. Puis, il a rejoint le concours de Habsheim en 2004. « À l’époque, le fils de Michel a suivi une formation de clippage. Ensuite, on s’est lancé dans l’école des jeunes présentateurs. Je suis également devenu membre du Club Holstein 68. La machine était lancée. Dès les débuts de mon engagement, mon souhait a été de transmettre ce que j’avais appris dans cette formation même si je n’étais déjà plus à l’époque dans la tranche d’âge souhaitée », explique Philippe Hoffstetter. Aidé d’autres éleveurs et de Bernard Vergely, enseignant au lycée agricole de Rouffach, il participe au développement de cette école qui va voir passer de nombreux futurs jeunes éleveurs, mais également de simples passionnés des concours.

Plus de cent jeunes ont été formés : « Les premières années, forcément, je connaissais beaucoup de participants. Nous en avons reçu une quinzaine sur l’exploitation. De belles amitiés et relations professionnelles sont nées. Notamment des jeunes qui reviennent ensuite ou qui appellent pour prendre des nouvelles. Je pense notamment à Andrea Resch qui est actuellement en apprentissage dans le Bas-Rhin, mais également à Guillaume Cecere. Ce sont de belles histoires », témoigne Philippe Hoffstetter. Il estime que cette école des jeunes présentateurs est une bonne école pour acquérir une formation de base et une porte d’entrée dans le monde de l’élevage.

Une bonne préparation

Cette année, Philippe Hoffstetter compte être présent au sein de l’équipe des bénévoles pour préparer la manifestation et monter le chapiteau qui servira de cadre au concours et à la présentation des vaches. Lors des deux journées de la foire, il sera également présent pour s’occuper des animaux. « En tant qu’ancien formateur, j’estime qu’il faut être présent. Habsheim est une manifestation importante. C’est l’image du monde agricole régional. C’est un moment où l’on se retrouve entre éleveurs et où l’on peut oublier tous les tracas de notre profession. Nous parlons des vaches, de nos vaches », poursuit Philippe Hoffstetter.

Concernant le concours de présentation d’animaux, il compte inscrire plusieurs vaches et génisses. « J’estime qu’il faut participer. Nous n’y allons pas en étant ambitieux. Nous espérons toujours un titre. Mais, nous savons que sur de tels concours, il y a des « leaders » qui investissent bien davantage que nous dans la qualité des vaches présentées. C’est une bonne chose. Il faut se servir de leur réussite pour prendre exemple. Notre exploitation est dans le deuxième wagon. Nous cherchons à obtenir des prix. Chaque éleveur doit se sentir concerné. Chaque éleveur a un bon animal chez lui. Le tout est de le découvrir et savoir le reconnaître. Généralement, on choisit l’animal qui est docile. Et pas celui qui le sera après un travail de préparation. C’est l’erreur qu’il ne faut pas commettre », prévient l’éleveur.

Actuellement, avec ses enfants qui présenteront les vaches et génisses, il prépare ses animaux. « Quand il arrive sur le lieu de concours, l’animal est stressé. Il faut donc lui laisser un temps d’adaptation et le laisser quelques heures grignoter du foin. Il faut ensuite l’alimenter pour qu’il soit optimum à l’heure où il doit défiler. La semaine précédente du concours, on nourrit les animaux de la même façon que lors de la manifestation où nous emmenons aussi notre alimentation. Ce temps de préparation dure tout le mois d’octobre », précise Philippe Hoffstetter. À Largitzen, un box spécifique à l’intérieur et à l’extérieur est ainsi dédié aux animaux. Ensuite, l’éleveur et les jeunes qui présentent apprennent à marcher avec les vaches et génisses. « La dernière semaine avant Habsheim est la plus importante. On effectue les derniers réglages », conclut Philippe Hoffstetter.

Sébastien et Étienne Haennig, éleveurs de Montbéliardes à Gommersdorf

« Nos jeunes nous ont motivés à revenir à Habsheim »

Élevage

Publié le 23/10/2019

À Gommersdorf, près de Dannemarie, la ferme Haennig est un élevage de 120 vaches laitières de race Montbéliardes exclusivement. L’attachement à la race est une tradition depuis plusieurs générations : « C’est une race qui permet de produire du lait de qualité. Nous faisons également du taurillon. Il y a quelques croisements pour proposer une bonne viande. Les Montbéliardes, nous les apprécions pour leur bonne longévité et cette facilité naturelle pour les élever », explique Sébastien Haennig. Historiquement, l’exploitation familiale était représentée à Habsheim. Quelques prix avaient été remportés. Le grand-père, Joseph Haennig, fait lui-même des concours. Il y a également eu des participations à Eurogénétique à Épinal. Le manque de temps et le travail à la ferme n’ont plus permis de pérenniser cette présence.

L’an passé, le choix a été fait de revenir. « Mon fils, Florian, est âgé de 16 ans. Il s’était inscrit à l’école des jeunes présentateurs. La formation l’a intéressé. À tel point qu’il a réalisé un très bon travail. Il a terminé premier du concours des jeunes présentateurs et sa génisse a obtenu le titre de « championne jeune ». Forcément, ces deux titres, ça motive. Il a voulu revenir. Et avec lui, Adam et Damien, les enfants d’Étienne qui vont venir avec leurs petits veaux. Nous, on est obligé de le suivre et de les soutenir », ironise Sébastien Haennig. D’autant plus que Florian veut dormir cette année sur les lieux de la manifestation et s’occuper des animaux.

Un travail de préparation

La seconde bonne raison pour venir à Habsheim est relationnelle. La foire permet de se retrouver entre éleveurs. « C’est la seule fois de l’année où l’on peut se voir tous ensemble dans un autre contexte que celui de nos fermes. On échange et on discute tous ensemble. Il y a une bonne ambiance. C’est aussi l’occasion de rencontrer le public et de communiquer positivement sur notre métier », ajoute Étienne Haennig.

Pour cette édition 2019, la famille Haennig compte présenter cinq ou six vaches et un veau. « Trois animaux étaient déjà présents à Habsheim l’année passée. Ils avaient tous les trois été classés. Nous revenons notamment avec Louna qui a fait « grande championne ». C’est une vache assez complète avec de très bons aplombs, un bon corps et une vraie mamelle. Elle est née le 20 septembre 2015. Elle peut séduire le jury », commente Sébastien Haennig. Il y aura à nouveau Mara, la génisse qui avait fait « championne génisse » l’an passé. « On la représente cette année en vêlé. Toutes les vaches sont préparées. Avec les jeunes, on les tond et on leur apprend à marcher. C’est un travail de préparation contraignant en plus de nos travaux de tous les jours, mais qui est nécessaire », conclut Étienne Haennig.

Maxime Springinsfeld, président des Éleveurs bovins du Haut-Rhin (EBHR)

Rencontrer les consommateurs sereinement

Élevage

Publié le 22/10/2019

L’association des éleveurs bovins du Haut-Rhin (l’EBHR) regroupe les membres du syndicat de la montbéliarde et ceux du Club Holstein 68. « L’EBHR existe depuis 2000. Les bureaux des deux syndicats forment le conseil d’administration. Notre mission est de préparer, d’organiser et de veiller au bon déroulement du concours départemental de Habsheim. C’est d’autant plus important que cette manifestation reçoit un accueil favorable. Le grand public répond présent. C’est pour nous, professionnels, l’occasion de communiquer positivement sur notre métier, nos pratiques, la réalité agricole. À l’heure où, dans les médias nationaux et régionaux, nous sommes régulièrement dénigrés et où l’agribashing devient un « sport national », Habsheim nous permet de rappeler certaines vérités. Nous, agriculteurs, pouvons rencontrer les consommateurs sereinement », explique Maxime Springinsfeld, éleveur à Durmenach.

Cette 25édition se présente bien. Le marché des producteurs du réseau Bienvenue à la ferme sera à nouveau au rendez-vous, directement intégré à la manifestation, sous le chapiteau. L’installation représente un travail important dans les jours qui précèdent. « Il mobilise les éleveurs, mais également le personnel de la Chambre d'agriculture d’Alsace pour l’organisation administrative, que nous remercions pour son aide et son soutien financier. Nous avons également le soutien du Conseil régional du Grand Est, du Conseil départemental du Haut-Rhin, de la M2A, de la ville de Habsheim, de Groupama et de sponsors privés comme les organismes bancaires, les assurances et les entreprises qui travaillent tout au long de l’année avec le monde agricole en général, de l’élevage en particulier. Le budget de la manifestation tourne autour de 35 000 €. Nous confortons d’ailleurs deux partenariats importants avec M2A et Groupama qui auront des stands plus importants que les années passées », ajoute Maxime Springinsfeld. Une lourde organisation qui est cependant facilitée par les acquis du passé. « Mon prédécesseur, Sébastien Stoessel, nous a laissé une manifestation bien rodée et sur pied. Tout est calé au niveau de l’organisation. Il faut simplement poursuivre de la même façon le travail réalisé. Encore merci à lui », poursuit le nouveau président de l’EBHR.

210 inscrits

210 animaux sont inscrits au concours. On retrouve peu de nouveaux et essentiellement des éleveurs passionnés, fidèles à Habsheim. Ils sont quinze à présenter des holstein et treize des montbéliardes, sachant que des inscriptions ou des retraits étaient encore possibles entre la rédaction de cet article et la date de la manifestation.

En revanche, les salers ne seront pas au concours cette année. « Cinq races seront en présentation. Armand Mathieu, un autre fidèle de Habsheim, les fera défiler entre les deux concours. Ce sera l’occasion de les présenter et d’expliquer leurs spécificités. Armand Mathieu animera également la présentation des veaux avec les enfants. C’est toujours un moment sympathique et émouvant, précise Maxime Springinsfeld. Ces deux journées seront très intenses et riches en événements. Cette édition se prépare depuis de nombreux mois. Entre la recherche des sponsors, l’organisation administrative, la sécurité, l’accueil : il y a de quoi faire. Et dès la fin de cette édition, nous nous retrouverons pour faire un bilan et préparer la suivante. L’élevage régional vaut bien cela », conclut Maxime Springinsfeld.

Journées d'octobre et Folie'Flore

Pourtant que la ferme Alsace est belle !

Pratique

Publié le 11/10/2019

Lors de l'inauguration le 3 octobre, Danielle Bras, seconde vice-présidente de la Chambre d'agriculture d'Alsace a rappelé que l'Alsace a une agriculture dynamique, moderne et très vertueuse. Elle a rendu hommage et assuré de son soutien Denis Nass, premier vice-président, engagé dans une lutte contre la maladie. « Comme lui, les professionnels alsaciens s'investissent pour permettre à notre région de se placer régulièrement en tête des régions productrices de France. D'ici à trois années par exemple, l'intégralité du vignoble régional sera certifié en « haute valeur environnementale » ou en bio. Il sera le premier vignoble de France à atteindre cet objectif », a précisé Danielle Bras. Les journées d'octobre sont l'occasion de rappeler ces réalités et de faire la promotion de ce terroir agricole local.

Et cette édition fait la part belle aux fruits et légumes ; elle invite à « découvrir toutes ces variétés de légumes et de fruits traditionnels, des variétés proposées par les adhérents de Planète Légumes et  de l'interprofession des fruits et légumes d'Alsace. C'est la seule interprofession en France à réunir les producteurs conventionnels et bio sous une même bannière. Elle regroupe toutes les filières et a pour mission d'organiser et de développer les fruits et légumes dans une politique de qualité et multiplie les échanges entre la production et le commerce », ajoute Danielle Bras.

Le foncier à préserver

L'élue consulaire a profité de la proximité des prochaines élections municipales en mars prochain pour rappeler que l'agriculture alsacienne, bien que dynamique, moderne et vertueuse, souffre économiquement. « N'utilisez pas l'agriculture pour des polémiques indignes et injustifiées et à des fins simplement électoralistes. Restons raisonnables. Préservons le foncier agricole pour des fins agricoles. Un seul chiffre : celui des zones de non traitement (ZNT). Introduire une bande de dix mètres autour des habitations, c'est retirer 3 200 hectares de la surface agricole cultivée en Alsace. À 150 mètres comme on l'entend souvent, c'est l'équivalent du vignoble d'Alsace qui disparaît! Restons sérieux. Notre compétitivité est déjà suffisamment malmenée », s'agace Danielle Bras.

Elle pointe également du doigt les incohérences entre les exigences sanitaires françaises imposées aux agriculteurs et les produits qu'on laisse dans le même temps rentrer dans le pays. Et d'interroger : « De quel modèle agricole voulons nous? Celui d'une agriculture familiale à taille humaine ? Ou celui de l'agro-industrie sur plusieurs milliers d'hectares ? Celui permettant de valoriser un produit local issu de nos terroirs? Ou celui d'un produit importé qui a fait le tour du monde ? L'heure est au soutien de notre agriculture et non pas à son dénigrement », assène Danielle Bras.

Amélioration permanente des pratiques

La Chambre d'agriculture a beaucoup travaillé ces dernières années sur la qualité de l'eau et sur l'innovation avec la mise en place d'un réseau collaboratif de 250 stations météo connectées. Sans oublier, les circuits courts, le réseau « Bienvenue à la ferme », les magasins paysans, les fermes auberges ou encore les fermes ouvertes... « Il me semble que l'Alsace aime aussi son agriculture. Alors soutenons cette ferme Alsace, nos agricultrices et agriculteurs. Accompagnons les dans leurs démarches de progrès. Et préservons nos espaces agricoles ainsi que la compétitivité de nos exploitations familiales », conclut Danielle Bras.

Une intervention chaleureusement applaudie suivie par celle de la maire de Mulhouse Michèle Lutz qui a rappelé son « amour » pour sa ville. Enfin, le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse Gabriel Attal, né en 1989 et donc benjamin du gouvernement, s'est souvenu d'un voyage scolaire à Mulhouse. « Nous avions visité l’Écomusée d’Alsace à Ungersheim. Je me souviens également d'un discours de Jacques Chirac lors du bicentenaire du rattachement de Mulhouse à la France, en 2006. Et, comme vous ici, j'ai cette âme des foires qui nous rassemble. » Il a promis de goûter la fameuse pomme Natti alsacienne. Après les discours, le tour des journées d'octobre avec un passage obligé à Folie'Flore s'est arrêté au stand de l'interprofession des fruits et légumes d'Alsace. Le président Pierre Lammert y proposait un apéro en fruits et légumes.

Twitter, Facebook, Instagram

Choisir son réseau

Vie professionnelle

Publié le 04/10/2019

Aurélie Quirin : « On a tous à y gagner en étant présents »

La présidente de l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et secrétaire de Bio en Grand-Est Aurélie Quirin, de Weyer, n’a rejoint les réseaux sociaux qu’au début de cette année 2019. Elle reconnaît s’y être intéressée au moment de sa prise de fonction à la présidence de l’Opaba. « Je me suis orientée naturellement, et en premier lieu, vers Twitter. J’ai identifié ce réseau social comme un bon moyen de communiquer et de partager intra et hors réseau. Twitter trouve toute son utilité pour interpeller les médias, les élus à tous les échelons, ou encore les leaders d’opinion. Je m’en suis pas mal servi au moment du débat sur les serres chauffées en bio. Précisément pour interpeller le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume, ou de grands chefs cuistots, pour les inciter à se mobiliser sur le sujet. Twitter me permet également de faire de la veille sur les sujets qui m’intéressent : agriculture bio, alimentation, environnement, vélo… », souligne-t-elle.

Elle a également rejoint Facebook il y a trois mois. « Je trouve que ce réseau présente l’avantage de faire rapidement réagir les gens sur des sujets qui les touchent, mais dont ils ne se saisissent pas spontanément, comme le lien entre le citoyen, son alimentation, et l’impact direct de celle-ci sur l’environnement, la santé et l’économie locale. Il est urgent que les citoyens se réapproprient leur alimentation. Facebook permet aussi de mettre en avant la dimension humaine du métier de paysan, de partager des moments du quotidien de la vie de la ferme afin de sensibiliser les gens à certaines questions, certains sujets dont ils ne connaissent pas le fonctionnement, voire, l’existence. Sur Facebook, contrairement à Twitter, je publie régulièrement des posts privés, pour partager un poème par exemple, ou bien en rapport avec la famille, les enfants, le quotidien, le vélo. » Dans les deux cas, elle évite de multiplier les posts. Elle préfère des interventions rares et espacées, mais claires. Enfin, elle estime que les professionnels doivent être présents sur les réseaux sociaux. « On a tous à y gagner en étant présents et à s’investir davantage dans la communication. Mais ce sont des outils que beaucoup d’entre nous, moi la première, ont encore besoin d’apprendre à apprivoiser, afin d’en tirer le meilleur, et d’apporter des réponses diplomatiques et correctes à certains commentaires. »

Twitter, Facebook, Instagram

Choisir son réseau

Vie professionnelle

Publié le 04/10/2019

Sébastien Stoessel : « Une image vaut mille mots ! »

Présent sur Facebook, Twitter, Instagram ou encore Snapchat, Sébastien Stoessel, éleveur à Feldbach, est très actif sur les réseaux sociaux. Il tape sur les touches de son portable depuis dix ans. « Au départ, j’étais spécifiquement sur Facebook. C’était en 2009. Je cherchais à découvrir ce réseau social de façon privée. Très rapidement, mes engagements professionnels et mon activité ont fait évoluer mon attitude. Je suis allé sur Twitter et sur Instagram. C’est là que l’on passe des messages. On y trouve également de nombreuses sources d’information », explique-t-il. Dans la quasi-totalité des cas, c’est l’éleveur qui s’exprime. Rarement, le simple citoyen. Il n’hésite pas à publier de courtes vidéos sur son métier ou ses humeurs. « Je suis passionné par mon métier. Je tente de l’exprimer au mieux. Je suis également là pour répondre à nos détracteurs en argumentant mes propos, en les expliquant. C’est devenu un impératif. Je ne cherche pas à convaincre. Je tente simplement d’apporter un autre point de vue. Je montre que ce que je fais sur ma ferme est pertinent. Que cela répond à des enjeux. Que, comme mes collègues, je fais de mon mieux avec les moyens que l’on me donne. » Pour lui, les photos et les vidéos, même courtes, sont bien plus pertinentes que les longs textes. « Une image vaut mille mots ! Elle doit surtout refléter la réalité du terrain. Je suis quelqu’un qui prend tout en photo. Chaque semaine, je dois en publier une quinzaine ».

Les réseaux sociaux sont également une source de débats internes à la profession agricole. Il fait partie de groupes d’échanges et de discussions. Sur ce plan-là, les réseaux sociaux sont positifs. En revanche, il y a le côté négatif. « Facebook est un bon exemple. L’arrivée de personnes plus âgées sur le réseau fait qu’elles sont désormais nombreuses à écrire tout et n’importe quoi. Elles s’expriment beaucoup. Cela renforce leur poids car elles sont visibles. Sur Twitter, tu te fais vite rappeler à l’ordre. Sur Facebook, c’est bien plus pervers. »

Il se lève sur Twitter chaque matin. Avec les applications qui sont présentes sur son téléphone portable, il pense passer une moyenne de deux heures par jour sur les réseaux sociaux. Il a pourtant évolué au fil des années. « Je n’écris plus sous le coup de l’émotion. Je ne publie que très rarement des choses privées. Sur Twitter, dès que j’ai une info, j’appelle mes collègues pour les informer ou je la retweete immédiatement. Enfin, Facebook, je l’utilise de moins en moins. Ce sera le premier réseau que je vais quitter », conclut-il.

Christian Dietschy à Brunstatt

Le lin, culture de diversification

Cultures

Publié le 28/09/2019

Christian Dietschy s’est installé sur l’exploitation d’un oncle en 1994, puis a créé une Earl avec celle de ses parents en 2014. Aujourd’hui, il cultive 185 hectares sur Brunstatt et son proche secteur : un peu plus de 80 ha de maïs, 42 ha de blé, 33 ha de betteraves, 15 ha de colza, des prairies et/ou jachère et, depuis cette année, 3,5 ha de lin. « Les betteraves sont livrées à la sucrerie d’Erstein. Toutes les autres productions sont livrées à la Coopérative agricole de céréales.

Il y a un quai de chargement sur l’exploitation à Brunstatt. À l’époque, c’était pratique. Nous étions isolés. Mais, par génération, nous perdons 1 kilomètre de terres agricoles au profit de l’urbanisation. Nous sommes désormais au milieu des habitations et des routes », explique l’agriculteur.

Dans ces conditions, il a fallu faire évoluer les pratiques. Le temps où il était encore possible de faire de l’élevage laitier ici est loin désormais. C’est pourquoi Christian Dietschy tente de faire du lin oléagineux de printemps. Un lin dont les graines produisent une huile riche en oméga 3 et qui se distingue du lin dont on utilise la fibre pour la création de tissus et autres draps (une spécialité que l’on retrouve dans le nord de la France). Christian Dietschy a réalisé « les semis juste après ceux de la betterave, début avril. Nous avons utilisé une herse rotative et un semoir à céréales classique. Nous travaillons à une densité de 750 grammes par m2 avec une profondeur de 2 cm. Nous utilisons trois variétés différentes : marquise, précoce, empress et progress, plus tardives. Cela permet de comparer les parcelles sur les trois bandes et de voir clairement les différences », explique-t-il. L’agriculteur a effectué un désherbage en deux passages, utilisé un fongicide et un régulateur, mais n’a pas eu recours à un insecticide.

Un créneau économique potentiel

Les fleurs, de couleur bleu lavande, sont apparues début juin. La floraison dure trois semaines. « Le matin, le champ était argenté. Ce qui en a interpellé plus d’un : on m’a posé de nombreuses questions. La fleur est éphémère, présente pendant quatre à cinq heures. Le lendemain, il y en a de nouvelles. Visuellement, c’est très joli. Techniquement en revanche, c’est plus complexe. Nous partons dans l’inconnu, car c’est la première année de production. L’idée est de voir si cette culture est adaptée au climat de la région et à notre terroir. Dans le Nord, elle réussit très bien. Mais les sols sont différents, tout comme la météo », ajoute Christian Dietschy.

Il espérait réaliser une première récolte entre le 10 et le 15 août. Elle a été retardée par un orage et 150 mm de pluie. « Il était ensuite impossible de travailler dans les parcelles. Nous pensons pouvoir récolter 2 à 3 tonnes de lin, sachant que la moyenne française se situe entre 1,9 et 2 t. Le travail et le suivi sont proches de ceux du colza. Je ne connaissais pas spécialement la culture de lin, mais je peux compter sur l’aide du service technique de la coopérative. L’objectif est de savoir si techniquement c’est réalisable et durable, et si c’est un créneau économiquement intéressant. Si c’est le cas, on ira encore plus loin. Nous allons essayer cette culture deux ou trois ans, car aucune année ne se ressemble », souligne Christian Dietschy.

À noter qu’il existe du lin d’hiver qui aurait davantage de potentiel. Mais la difficulté se situe à la récolte. « Il faut utiliser le bon matériel. La lame de coupe de céréales doit être bien aiguisée et très coupante pour casser le filtre », conclut Christian Dietschy. En attendant, place à cette première récolte de lin, qui doit se faire en journée, par forte chaleur. Il ne faut pas qu’il y ait de rosée sur le lin. Outre Christian Dietschy, trois autres agriculteurs testent actuellement cette culture dans le département, dans des zones géographiques différentes, afin d’essayer différents protocoles.

Crémants de France

Un florilège de bulles

Vigne

Publié le 15/09/2019

« Notre fédération regroupe huit régions*. Nous sommes une fédération atypique car nous essayons d’harmoniser au niveau national nos politiques régionales. Notre potentiel de développement est limité en raison des récoltes passées qui ont été assez hétérogènes. Mais, l’an passé, nous rêvions de dépasser le cap des cent millions de bouteilles. Et nous venons d’y parvenir. Il faut dire que la récolte 2018 a été celle de tous les records. Jusqu’à présent, les régions étaient freinées dans leur développement faute de matière première. 2018 a permis de retrouver un potentiel important », se félicite Olivier Sohler, directeur de la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémant.

Avec une production de 110 millions de bouteilles en 2018 pour une commercialisation moyenne de 80 à 85 millions de bouteilles, il y a en effet de quoi être optimiste. Sachant que le millésime 2018 va arriver sur le marché à la fin de cette année 2019 ou en 2020. Les professionnels constatent un marché national du crémant stable. Les produits ont le « vent en poupe », mais l’augmentation des ventes se focalise à l’export. Certaines régions enregistrent de très fortes progressions de plus de 100 % pour Bordeaux jusqu’à 200 % pour le Jura. « Le crémant a une image positive à l’étranger. Nous devons donc en profiter. Et poursuivre notre politique de communication pour appuyer la commercialisation. Mais ce sont bien les entreprises et les régions qui doivent faire l’effort de vente. La fédération nationale est là en support », précise le président national Franck Vichet.

Porter les ventes à l’export

Certains marchés à l’export sont connus : Benelux, Allemagne. Derrière, plus récemment, il y a désormais les États-Unis. « C’est en effet souvent la troisième destination d’exportation. Nos producteurs ont été nombreux à trouver des « niches » là-bas. Le crémant est un produit apprécié. C’est la raison pour laquelle les débats politiques sur les accords internationaux nous intéressent en premier lieu », souligne Olivier Sohler. Parmi les autres « places fortes » du crémant dans le monde, on retrouve les pays scandinaves (la Suède tout particulièrement), le Canada, les pays de l’Est ou encore l’Italie.

La fédération nationale compte porter ces ventes en s’engageant financièrement dans des actions concrètes sur les marchés nord-américains et scandinaves. « Un appel d’offres a été lancé pour améliorer la notoriété des crémants et leur image sur ces marchés à fort potentiel. Nous avons mis en concurrence dix agences pour voir comment aller dans ces pays de façon pertinente. Les résultats de ces travaux sont attendus en fin d’année. Ils permettront d’avoir une visibilité plus importante pour travailler en 2020 et 2021 », ajoute Franck Vichet en présentant les crémants des huit régions de façon collective pour capter l’intérêt d’une clientèle qui ne connaît pas forcément les régions.

Cette journée parisienne coïncide avec le démarrage de la récolte des crémants du millésime 2019 en Alsace et à quelques jours dans les autres régions. Si le millésime s’annonce moyen en quantité, il promet une qualité extraordinaire : « En Alsace, la maturité s’est développée en dix jours de 2,5 degrés ! Le potentiel en alcool a augmenté très rapidement. Les raisins sont magnifiques », se réjouit Olivier Sohler. Le constat est le même pour les autres régions même si, dans le Jura, les vignes ont davantage souffert du gel.

Oser la différence

Le crémant a une image à développer et à préserver. Pour y parvenir, les actions nationales doivent se faire en lien avec des actions plus régionales comme les cuvées haut de gamme proposées en Alsace ou en Bourgogne. « Le crémant se développe par rapport à sa typicité et la reconnaissance des consommateurs. On veut faire une promotion collective qui se décline régionalement, sans oublier la bannière « France » pour l’export. Il le faut. La preuve, ici à Paris, on le voit très bien. Les crémants sont encore déficitaires sur les cartes des vins. Il faut donc oser afficher la différence, notre différence », conclut Franck Vichet.

Une différence qui s’est exprimée tout au long de cette journée de communication au restaurant « Istr » situé dans le troisième arrondissement de Paris. Le rendez-vous offrait la possibilité de déguster l’ensemble des crémants médaillés d’or en mai dernier à Die lors du concours national et, en table « découverte », les huit AOC françaises en association avec une cuisine fine.

Établissements Mathot à Retzwiller - JF Agri à Schlierbach

La MB Claas équipée de la coupe à tapis « Convio Flex »

Technique

Publié le 10/09/2019

Des surfaces qui augmentent, des cultures plus variées : l’achat de cette machine s’explique pour des raisons pratiques. « En tant qu’entrepreneur, les surfaces agricoles dont nous devons nous occuper sont plus importantes. C’est par exemple le cas pour les volumes de soja. Nous récoltons du colza, de l’orge, du blé, ou encore du pois. Cette machine est polyvalente et flexible. Elle permet de ramasser les cultures à ras le sol. Et, surtout, elle est facile à utiliser. Elle a une meilleure alimentation. On gagne 1 km/h en vitesse d’avancement comparée à une coupe traditionnelle. On voit clairement la différence avec d’autres machines. Les tapis prennent le produit au centre de la machine. Les deux tapis sur les extrémités de la machine remettent le flux au centre. Un plus petit tapis alimente le convoyeur », explique Fabien Mathot, responsable de l’entreprise agricole. Client de longue date, il a fait confiance à JF Agri pour le choix de la machine. Il y achète tout son matériel de récolte. La machine a une largeur de 7,70 m : « C’est une bonne largeur. On ne peut pas utiliser plus large avec le parcellaire du Sundgau. Au-delà de huit mètres, on ne passe plus dans les chemins. Et de toute façon, on n’arriverait pas à avoir un meilleur rendement », ajoute Fabien Mathot.

Des conditions optimales

Le rouleau d’alimentation à doigts escamotables assure un débit maximal facilitant le travail du convoyeur. Tandis que le modèle « Convio » est principalement conçu pour les récoltes traditionnelles (céréales et colza), la version « Convio Flex » à tablier flexible convient parfaitement pour moissonner les cultures très basses comme le soja, les pois et l’herbe avec un niveau de performance maximal. La communication entre la barre de coupe et la moissonneuse-batteuse permet d’ajuster la plupart des réglages en cabine (comme « l’auto belt Speed », vitesse des tapis proportionnelle à l’avancement) depuis le « Cebis » pour un confort maximal de l’opérateur.

Destinées aux moissonneuses-batteuses de la gamme Lexion, les nouvelles barres de coupe permettent également d’améliorer l’alimentation de la moissonneuse-batteuse tout en réduisant le bruit perçu en cabine grâce aux tapis. La barre de coupe dispose d’une scie et d’un tablier de coupe d’un débattement de 225 mm sur la « Convio Flex ». Cette dernière est ainsi capable de suivre au plus près le profil du sol pour une coupe la plus rase possible sur toute la largeur de travail sans pour autant avoir un effet « bulldozer », même dans les conditions les plus humides. Cette flexibilité s’opère grâce une liaison lamier-châssis par plusieurs vérins d’une pression modifiable de 40 à 160 bars ajustée manuellement ou automatiquement suivant le mode choisi par l’opérateur. Dans les céréales non versées, elle peut être utilisée de manière rigide avec une scie et un tablier de coupe fixe. En revanche, dans les céréales versées, la barre de coupe peut s’adapter au profil du sol par simple pression sur une touche, ce qui permet de moissonner tous les épis sans aucun souci pour le chauffeur, même sur des largeurs de travail importantes.

À noter que les deux modèles conviennent également pour la récolte du colza. L’équipement colza optionnel comprend des vis d’alimentation droite et gauche d’un diamètre de 425 mm, étudiées pour les gros volumes et positionnées dans la partie supérieure de la tôle arrière de la barre de coupe. Ces dernières peuvent être ajustées via une lumière pour une adaptation optimale des conditions de récolte. Le kit inclut également des scies à colza qui peuvent être montées et démontées sans outils et conditionnées dans un coffre spécialement pourvu à cet effet sur le chariot. Afin de minimiser les pertes dans les petites graines comme en colza, le tapis central est équipé de bavettes en caoutchouc.

Earl Haebig à Balschwiller

Pérenniser le veau dans de nouveaux locaux

Élevage

Publié le 05/09/2019

Les Haebig sont l’une des plus anciennes familles agricoles de Balschwiller. Nicolas, 38 ans, a repris l’exploitation à la suite du départ à la retraite de son père. Il la gère désormais avec sa mère qui va elle-même partir à la retraite en 2021. Son épouse, Marie, 29 ans, doit s’installer prochainement. La ferme occupe 130 hectares de surface agricole utile sur la commune et les bans des villages voisins. On y trouve 25 hectares de prairies naturelles au bord du grand canal, et 105 hectares de terres labourables où sont cultivées des cultures de maïs, de colza et de blé.

Depuis 2008, il n’y a plus de vaches. « On a arrêté le lait car il fallait faire une mise aux normes des bâtiments qui aurait été très coûteuse. Nous avons alors fait le choix de réorienter l’exploitation qui s’est davantage diversifiée vers l’entreprise avec le battage, le broyage, les semis, les travaux agricoles comme les épandages d’engrais et les traitements phytosanitaires. Pour valoriser les locaux existants, nous nous sommes lancés dans l’élevage de veau de grain. Nous cherchons à faire une viande rosée. Ces veaux reçoivent pendant deux mois du lait en poudre. Tous les matins et tous les soirs le premier mois, puis uniquement les matins le deuxième mois. Jusqu’à stopper le lait à la fin de ce deuxième mois où nous les sevrons. Ils sont ensuite élevés avec des granulés, du maïs grain séché entier et de la paille », explique Nicolas Haebig. Les veaux restent sur l’exploitation pour une durée totale de 26 semaines avant de partir dans un abattoir du côté de Saint-Étienne. À l’issue, les éleveurs ont trois semaines de travail pour faire un vide sanitaire où ils nettoient les locaux et désinfectent les bâtiments. Ils ont fait le choix de travailler avec la technique du « bi-bande » avec un lot de petits veaux et un lot de gros veaux. Un choix réalisé dès le début car les bâtiments existants permettaient de travailler de cette façon. Il y a actuellement 110 veaux, dont l’élevage est suivi par un cahier des charges précis.

Un projet réfléchi

Pour pérenniser cette activité et faciliter l’installation de Marie Haebig sur la ferme, un projet de développement de l’exploitation est en cours. Le couple veut réaliser une sortie d’exploitation à l'extérieur du village de Balschwiller sur un terrain leur appartenant pour un bâtiment plus grand, plus fonctionnel et mieux agencé. « Ici dans le village, les veaux se sont adaptés aux bâtiments existants. Là, le projet est d’adapter le bâtiment aux veaux. Nous avons préalablement visité d’autres exploitations du même type dans d’autres régions. Notre projet n’est plus de faire du « bi-bande », mais de la « mono-bande » afin d’éviter les risques de transmission de maladie virale. On va agrandir cet élevage. On va rentrer 496 veaux en deux fois sur une semaine pour ensuite les sortir 26 semaines plus tard. Les lots de veaux vont tourner moins souvent qu’actuellement. Ce qui engendrera moins de stress pour les bêtes. Nous allons installer un système de paillage automatique. La gestion des veaux sera informatisée afin de faciliter leur suivi au quotidien », précise Nicolas Haebig.

Le choix de l’importance du futur cheptel n’est pas sans conséquence. « Nous passons sous le régime de l’enregistrement. Ce qui induit davantage de contraintes administratives. Mais également un suivi précis avec enregistrement des travaux réalisés », insiste l’éleveur. Des contraintes réglementaires bien préparées. La surface bâtie représente 3 450 m2 avec un hangar de stockage et deux bâtiments d’élevage accolés pour permettre la mise en place d’un système de ventilation performant, avec un bon renouvellement d’air via l’installation de ventilateurs. Une citerne d’eau de 120 m2 est prévue sur le site en cas d’incendie.

Le couple est particulièrement motivé à l’idée de débuter ce projet professionnel. « Depuis que nous nous connaissons, j’ai toujours suivi mon mari. Auparavant, je travaillais en dehors du monde agricole. Nous avons désormais deux enfants. Nous avons réfléchi à ce que nous pouvions faire ensemble. Ce type d’élevage m’intéresse. C’est un projet réfléchi. C’était soit cela, soit de la poule pondeuse bio. Nous avions du recul pour l’élevage des veaux. Et pour les poules, nous avions tout à apprendre. C’était un choix risqué. La construction de ce nouveau site va nous permettre de travailler dans les meilleures conditions », ajoute Marie Haebig. Situé sur une parcelle qui était jusqu’à présent cultivée, ce futur nouveau site se trouve à plus de 200 mètres des premières maisons et à près de 500 mètres de la route principale. L’avancée du dossier d’instruction se poursuit. Si tout va bien, les travaux du chantier devraient démarrer l’été prochain.

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