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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Interprofession des fruits et légumes d’Alsace

Du producteur au distributeur

Cultures

Publié le 12/04/2019

Cette signature n’est que l’officialisation de ce qui a été discuté dès 2017. « Nous nous étions engagés mutuellement sur des quantités et sur un prix des produits », rappelle Claude Keller, gérant de la société ID3A à Balgau. Il s’agit en effet de l’élargissement de ce premier accord qui avait pour objectifs de relancer la création de valeur sur le territoire et en assurer l’équitable répartition. Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail par le paiement de prix justes. Mettre à la disposition du consommateur une alimentation saine, sûre, durable, accessible à tous, en veillant à maintenir une souveraineté alimentaire. Poursuivre la transformation des systèmes agricoles afin qu’ils soient hautement performants. Pile dans l’esprit de la loi Egalim

Le contrat a été basé sur une construction des prix à partir de l’amont. Il prend en compte les coûts de production des produits agricoles dans un contexte mondial concurrentiel, ainsi que la volatilité des marchés agricoles. Depuis, les partenaires se sont revus et ont fait évoluer leur entente. Le prix de la salade a été réajusté pour tenir compte des contraintes de travail. Un accord a également été trouvé sur le prix du persil et un nouveau produit, le radis rosé. « Nous sortons d’une année 2018 atypique en termes de météorologie. Nous avons réalisé un volume intéressant, en progression de 10 %, et un chiffre d’affaires en augmentation de 12 %. Ces derniers mois, Système U a joué le jeu et nous a permis d’obtenir des prix adaptés au marché. Nous avons été mutuellement réactifs », se félicite Claude Keller.

Pas d’intermédiaire

Ces bonnes relations de toute la chaîne sont dans l’intérêt de tous les professionnels et des consommateurs. L’occasion de rappeler que le circuit court est aussi dans les grandes et moyennes surfaces. « Les GMS ne sont pas que des intermédiaires. Dans le cas présent, nous travaillons directement avec les producteurs. Nous discutons ensemble sur les prix de produits que nous achetons localement et que nous revendons localement. Il n’y a personne entre nous. Pour les consommateurs, c’est l’assurance de trouver une alimentation saine et locale. Les circuits courts ne se cantonnent pas seulement à des ventes à la ferme. Là, nous revendons des produits récoltés le jour même », rappelle Thierry Boltz, président de Système U Est.

Présent lors de la signature de cette contractualisation, le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace, Pierre Lammert, s’est félicité de cette bonne entente et de ces relations commerciales positives. « À l’interprofession, nous nous réjouissons de ces actions professionnelles communes. Avec l’enseigne U, cela devient une bonne habitude. C’est important pour les producteurs de connaître les prix de leurs produits, de savoir ce qu’ils peuvent faire. Ils ont ainsi une meilleure visibilité. Vous êtes en avance sur la loi. C’est une bonne chose. »

 

Concours des pratiques agroécologiques, des prairies fleuries et parcours

Des pratiques qui fédèrent

Pratique

Publié le 12/04/2019

La Chambre d'agriculture Alsace s’est engagée dès 2014 dans le concours général agricole des pratiques agro-écologiques. Depuis, elle œuvre avec six communautés de communes et trois parcs : le parc naturel régional des Vosges du Nord, le parc naturel des Ballons des Vosges et le « Naturpark Südschwarzwald ». Trois raisons principales à cela : d’abord, conserver les herbages, notamment les périmètres de protection et les zones de captages, afin de valoriser l’herbe. Ensuite, dynamiser les mesures agri-environnementales. Enfin, communiquer sur les filières courtes auprès du grand public et favoriser ainsi les ventes de produits locaux et de terroirs.

« La Chambre d'agriculture Alsace est reconnue pour l’organisation de ce concours. Elle fédère les territoires, ses agriculteurs, les habitants, notamment dans les zones urbaines et/ou semi-urbaines. Ce concours est devenu une véritable vitrine sur ces points », rappelle le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass. Le jury du concours est, lui également, très diversifié. Il n’est pas composé que d’agriculteurs, mais aussi de spécialistes. Cela favorise les échanges.

Pour le nouveau millésime national 2020, les territoires cités auparavant se sont inscrits en fin d’année 2018. « Nous sommes en train de « recruter » les éleveurs candidats. Il est possible qu’ils soient trente cette année, contre vingt en 2018, vingt-quatre en 2016 et dix-sept en 2014. Le jury se forme également en ce moment. Comme l’année passée, il sera présidé par Fritz Goldschmidt, agriculteur retraité de Biederthal. Le concours local doit être organisé ce printemps 2019. Les lauréats se retrouveront ensuite devant un jury national. Les lauréats au niveau de l’hexagone seront honorés lors du Salon international de l’agriculture en 2020 », rappelle Frédéric Roy, en charge du dossier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Son collègue, Jean-François Strehler précise les critères à respecter lors de ce concours : la valeur fourragère des parcelles, la richesse floristique qui s’y trouve et la qualité paysagère. « Il s’agit de préserver et de mettre en valeur les paysages et les sols. Il s’agit également de valoriser les éléments paysagers en lien avec la faune et la flore qui s’y trouvent. Ces actions permettent de créer du lien avec d’autres acteurs du territoire comme les communautés de communes ». Rappelons qu’au niveau du Sundgau, les derniers lauréats ont été Nicolas Gerster (EARL du Grumbach à Durlinsdorf) en 2016, Jonathan Billieux (EARL La Chèvrerie du Bonheur à Levoncourt) en 2017 et Stéphane Fernex (EARL du Geisberg à Biederthal) en 2018.

Les bonnes pratiques agricoles

La communauté de communes Sundgau est une fidèle participante de la manifestation. « Elle permet de favoriser le dialogue entre le monde agricole et la population locale. Et surtout, elle permet le maintien de l’élevage dans ce territoire. Elle offre une visibilité des bonnes pratiques agricoles et une reconnaissance du travail des agriculteurs. Nous ne pouvons qu’encourager de telles initiatives », se félicite le président de la communauté de communes Michel Willemann. Son homologue, président de la communauté de communes Sud Alsace Largue, Pierre Schmitt, est du même avis. Il est ravi de rejoindre ce concours. « C’est un apiculteur qui m’en a parlé en premier. Nous avons nous-mêmes sur le territoire des prairies fleuries, mais également une belle activité agricole. Il est donc naturel de participer nous aussi », ajoute l’élu. Le vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace et maire de Gommersdorf, Denis Nass est ravi. « C’est une façon positive de parler de nos métiers. L’herbe est d’intérêt général. Elle préserve l’eau, les zones inondables, la biodiversité et l’élevage dans notre secteur. Il faut continuer de donner une image positive de l’agriculture. Ce concours le permet. Les difficultés ne manquent pas actuellement. La sécheresse de 2018 a impacté sur nos fourrages. Continuons de travailler tous ensemble ». Une action également soutenue par le Conseil départemental du Haut-Rhin comme l’a rappelé l’élue présente, Sabine Drexler.

Association des producteurs de lait des 8 cantons

Le prix du lait pose problème

Élevage

Publié le 05/04/2019

L’association présidée par Michel Rohrbach vogue sur la dynamique de réussite commerciale des yaourts « A Güeter ». Une belle expérience professionnelle partagée avec les collègues lorrains. « Il s’agit pour nous d’une source de diversification pour notre production. Cela nous demande du temps, mais c’est un moteur d’échanges entre nous. On a trouvé un bon compromis entre ce qu’on peut faire ensemble et les autres échanges que nous pouvons avoir avec notre laiterie », se félicite Michel Rohrbach. L’association regroupe actuellement 27 producteurs pour une production qui dépasse les 15 millions de litres de lait (+2,74 % d’une année à l’autre). Un million de litres de lait en plus a été livré en 2018 par rapport à 2017. Une partie de cette production est en bio : 630 246 litres en 2018 contre 431 258 litres en 2017. Le taux de réalisation, lui, est de 86,53 %. Le droit de production, en 2018 était d’un peu plus de 17 millions de litres. « Dans cette production, on trouve évidemment notre marque, « A Güeter » et ses différents parfums. Il faut désormais élargir notre gamme pour attirer une clientèle encore plus importante. Le projet est viable et va dans le bon sens », ajoute Michel Rohrbach. Jusqu’à présent, le développement de ces yaourts a nécessité d’investir plus de 67 000 €, dont 26 000 € pour la seule création de la marque. « Mais toutes les charges sont désormais payées. Il nous reste un budget d’un peu plus de 15 000 € que nous gardons pour être en mesure d’investir à l’avenir », précise encore Michel Rohrbach. Sachant que le rapport financier général de l’association dégage un résultat financier positif de plus de 18 000 € et qu’il reste sur les comptes plus de 34 000 €.

En désaccord sur la méthode

La suite de la réunion a été plus compliquée. Michel Rohrbach a abordé les discussions concernant le prix du lait entre Eurial Ultra Frais et l’organisation des producteurs de lait Senagral (OPLASE). Cette dernière est une organisation des producteurs qui regroupe les associations de producteurs qui livrent leur lait chez Eurial UF. Ses objectifs sont de fédérer et d’organiser la négociation collective des clauses du contrat de vente de lait. Mais également d’assurer le contact avec l’entreprise Eurial UF et de représenter les intérêts de ses adhérents. L’OPLASE gère les volumes contractuels (redistribution, JA, prêt de campagne…). Michel Rohrbach a expliqué que, jusqu’à présent, aucun accord n’avait été trouvé sur le prix du lait notamment entre l’entreprise et l’OPLASE. Le dossier est même passé au Ministère de l’Agriculture. De nouveaux rendez-vous sont prévus en avril.

« Si aucun accord n’est trouvé, nous pourrions aller en justice. Si tel est le cas, je vais vous en informer individuellement. Cette consultation me permettra de constater que nous sommes bien tous sur la même ligne. J’espère cependant que nous n’irons pas jusque-là. Mais, pour l’heure, nous sommes en dessous des seuils de paiement que nous pouvons accepter. Moins de 230 € les 1 000 litres de lait. Nous sommes également en désaccord avec la méthode employée par nos interlocuteurs. En 1992, deux pages recto verso suffisaient sur nos contrats et on s’entendait. On est ensuite passé à dix pages et aujourd’hui, ce sont quarante pages. Et il faut encore faire des avenants. Ce n’est pas acceptable. Nous sommes des acteurs économiques et chacun doit pouvoir vivre de son métier. On a un cadre d’application de la réglementation et une volonté des entreprises de dire ce qu’elles veulent. Si, en 2019, nous sommes toujours les derniers « mieux » payés, nous pourrons difficilement continuer à suivre Eurial UF », prévient Michel Rohrbach. Précisément, ce prix du lait 2018 a été de 313,77 € alors qu’en 2017, il était de 316,04 €, soit une (nouvelle) baisse de 2,26 €.

Des échanges tendus

Du côté d’Eurial UF, on s’est voulu pédagogue lors de cette assemblée générale en rappelant tout d’abord aux producteurs ce qu’était la réalité de la conjoncture laitière. En 2018, la collecte laitière du groupe a été en légère baisse, de l’ordre de 2, 563 milliards de litres de lait contre 2,587 milliards l’année précédente. Pour Eurial UF, ce sont 330 millions de litres de lait qui ont été collectés dont 4,5 millions de litres en bio. Cette production bio poursuit sa progression régulière. Le groupe Eurial a collecté en 2018, pas moins de 88 millions de litres de lait bio et le projet est d’atteindre les 109 millions en 2019. Tant pour le bio que pour le conventionnel, jusqu’à aujourd’hui, l’augmentation de la collecte permet de satisfaire le développement de la consommation. Il va cependant y avoir une pause dans les conversions dans les mois à venir, de sorte que l’on arrivera certainement à un palier. En revanche, en 2018, la production totale a été en baisse chez les principaux pays exportateurs que sont l’Australie, les États-Unis, la Nouvelle-Zélande et l’Union Européenne.

Ces explications et cette conjoncture sont censées expliquer le prix du lait annoncé pour 2019 : dans une zone située autour de 325 €. Cette annonce a exaspéré de nombreux producteurs présents. Michel Rohrbach a immédiatement rappelé qu’à « l’OPLASE, notre vision, c’est 330 € et que ce prix annoncé, on ne peut pas l’accepter ». Les échanges ont alors été sinon tendus, du moins très directs. « Pour moi, vu le contexte économique, le prix doit prendre tous les ans 10 € », argumente un professionnel présent. « À ce prix-là, on ne peut pas continuer », répond un autre. Présent à la réunion, le maire d’Illfurth et vice-président de la Communauté de communes Sundgau, Christian Sutter, réagit également. « Je sens aujourd’hui une vraie détresse. Quand on bosse comme vous le faites et que l’on vous écoute, ça m’interpelle. Vous méritez d’être payés au juste prix. Vos cris de détresse devraient être au moins entendus par vos interlocuteurs ». Cette bataille du prix du lait risque donc de poursuivre tout au long de cette année 2019.

Avec l’EM Strasbourg et le conseil interprofessionnel des Vins d’Alsace

La digitalisation du tourisme : une opportunité de développement

Vie professionnelle

Publié le 30/03/2019

Le rapport à la consommation de produits et de services touristiques devient de plus en plus informé, intelligent, communautaire et connecté. Dans le même temps, on assiste à une mutation de l’offre avec l’apparition de nouveaux services liés à ces nouveaux usages. L’augmentation de la flexibilité et de la rapidité, avec lesquelles un large éventail de services et de produits est proposé aux consommateurs, modifie la structure de l’ensemble du secteur. Cela crée à la fois des opportunités et des menaces pour toutes les parties prenantes. Néanmoins, il ne s’agit pas seulement de technologies, mais également de permettre l’inter-connectivité, l’engagement, la co-création et la création de valeur pour l’ensemble des acteurs de l’industrie du tourisme. « Cette conférence doit permettre d’aborder cette problématique dans le cadre d’un cycle qui a débuté en 2016 avec une première rencontre portant sur le vin et la santé. Puis en 2017, avec le vin et le numérique, et enfin en 2018, avec un sujet portant sur la valorisation du vignoble alsacien à travers l’œnotourisme », explique Coralie Haller, enseignante-chercheuse à l’EM Strasbourg et porteuse de la Chaire « vin et tourisme ».

C’est en 2017 qu’a été créée cette chaire qui a pour ambition de mettre la recherche académique au service de la filière. Elle doit également former de jeunes diplômés du monde entier, imprégnés de la culture du vin, des terroirs et paysages d’Alsace. Elle renforce la position de l’école de management de Strasbourg aux côtés des vignerons, coopératives, négociants et de l’interprofession. Elle s’impose aussi comme une nouvelle étape de cette démarche, après avoir en 2015 lancé un Master 2 et une spécialisation du programme Grande école, intitulé « wine management and tourism ».

Le « eTourisme »

En partenariat avec le conseil interprofessionnel des Vins d’Alsace, le Crédit Agricole Alsace Vosges ou encore les grands chais de France, ce dispositif s’est donc développé en s’intéressant aux problématiques spécifiques des filières de la viticulture et du tourisme. Avec trois objectifs principaux : innover en constituant un lieu d’échanges professionnels, proposer des formations de haut niveau, échanger sur les besoins et les bonnes pratiques pour favoriser des partenariats et des rencontres.

Le sujet de la digitalisation de l’industrie du tourisme rentre dans ce cadre de travail. La conférence a tout d’abord permis d’éclairer le public présent sur une réalité : on est passé du tourisme au « eTourisme ». Pour cela, la technologie de l’information et de la communication (TIC) joue un rôle essentiel dans la compétitivité des entreprises liées à l’industrie du tourisme. Les modes de consommation ont changé. Le tourisme électronique est devenu une réalité. Il est grandement lié à l’utilisation et à l’application des TIC à tous les processus et à toutes les chaînes de valeur du tourisme, des voyages à l’hébergement. Le rapport à la consommation de produits et de services touristiques devient de plus en plus connecté via différents supports comme les tablettes, les ordinateurs, les applications, les téléphones. Sans oublier les réseaux sociaux.

De nouveaux décideurs

Désormais, il y a également de nouveaux « décideurs » qui fixent les règles du jeu, augmentant du même coup la flexibilité des entreprises et la rapidité de leurs services. Pour séduire la future nouvelle clientèle, les entreprises du tourisme n’hésitent plus à utiliser le virtuel pour expérimenter leurs propositions de voyages. La société haut-rhinoise LK Tours en est un exemple. C’est une entreprise en pleine transformation digitale. « Cette transformation se base sur trois piliers : l’expérience client, les processus opérationnels et les modèles d’affaires. Nous avons fait le constat que le voyageur s’inspire de contenus en ligne pour découvrir et préparer son voyage. Par le passé, nous répondions à ses interrogations avec des catalogues, des livres, des documentaires. Aujourd’hui, nous utilisons les réseaux sociaux et le virtuel. De chez lui ou de nos agences, nous lui permettrons de découvrir virtuellement son futur séjour. Cette réalité virtuelle permet également à LK Tours de communiquer sur la réalité d’un voyage en autocar de grand tourisme, de donner envie de découvrir des destinations à faible notoriété ou encore d’interpeller et d’attirer les clients sur des salons et en agences. Les solutions proposées sont alors des simulateurs de voyage en autocar, des vidéos à 360° courtes et commentées », explique Stéfan Vrtikapa, chargé de marketing et développement au sein de la société.

Dans le même esprit, le digital s’installe progressivement dans le back office des acteurs du tourisme. Souvent confrontés à des difficultés de recrutement, les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie voient fleurir une offre nouvelle de service spécialisée pour trouver la main-d’œuvre nécessaire qualifiée. Des plateformes en ligne destinées à leur faciliter la vie à l’image de Badakan, une application qui met en relation un vivier de personnels compétents et les professionnels qui ont des missions à proposer. « Outre la prise en charge par le site des aspects administratifs et contractuels, Badakan repose également sur un système de notation de ses membres pour rassurer les employeurs et vice-versa », explique Marion Besancenot, chargée des opérations et du recrutement du site. 

Il en va de même pour la « Legal Tech » créée par l’avocate spécialisée en droit du tourisme, Élise Fabing, à l’origine pour le réseau des Offices tourisme de France. « Nous voulons proposer à nos clients une plateforme regroupant toute l’information juridique, accessible et claire sur le droit du tourisme et un système de réponses automatisées aux questions les plus simples qu’ils se posent », explique-t-elle. Un moyen de gagner du temps et de l’argent tout en renforçant la relation avec les professions juridiques. « Cela nous permet d’optimiser les process et les coûts pour être plus disponibles et nous concentrer sur les taches à forte valeur ajoutée », ajoute Élise Fabing. Enfin, la conférence s’est terminée avec l’intervention de Jean-Philippe Loir-Mongazon, « maire du village by CA » du Crédit Agricole Alsace Vosges. Il a présenté ce village. À savoir : un écosystème innovant conçu comme un lieu de partage et de création qui favorise les échanges innovants et accompagne les start-up.

 

CAA, FDSEA et JA du Haut-Rhin, DDT

Tout sur la Pac 2019

Vie professionnelle

Publié le 29/03/2019

La première réunion s’est déroulée mardi 19 mars à la salle de la Halle au Blé d’Altkirch. Elle s’est décomposée en huit séquences : les nouveaux demandeurs, le transfert des Droits à paiement de base (DPB), le calendrier des paiements Pac, les paiements (aides découplées, couplées), l’admissibilité des surfaces et les Surfaces non agricoles (SNA), la conditionnalité des aides Pac, le verdissement, et enfin la télédéclaration du dossier.

Concernant les nouveaux demandeurs, Jean Deffinis de la Direction départementale des territoires (DDT) a rappelé que, pour tout dossier, le préalable était d’avoir un nouveau « PACAGE » qui est obligatoire. « Ce numéro peut évoluer si, depuis le dépôt de votre dernière déclaration, il y a eu une évolution de la forme juridique de votre exploitation. Cela peut concerner une reprise de l’exploitation par exemple de votre conjoint, de vos parents ou d’un tiers. Cela peut aussi être dû à un changement de statut juridique des associés exploitants ou à une transformation de forme juridique », précise Jean Deffinis. Concernant les données de l’exploitation, elles sont à mettre à jour si elles ont changé. Tout en sachant que les modalités d’attribution du numéro « PACAGE » ont un peu évolué. Les agriculteurs concernés seront renseignés avec précision en prenant contact avec la DDT.

Les clauses sont en ligne

Pour les droits à paiement de base et leur transfert, le portefeuille 2018 de chaque déclarant lui a été notifié en février dernier. Il convient d’être vigilant et de prendre le temps d’examiner ce document qui est désormais le seul à valeur officielle. Il n’y a plus aucun autre courrier ou échange postal avec l’administration. Quoi qu’il en soit, les concernés peuvent réaliser leurs transferts de droits pour tout événement compris entre le 16 mai 2018 et le 15 mai 2019. Les différentes clauses ont été mises en ligne. « Un rappel important. Les DPB se transfèrent par clause, mais ce transfert doit se matérialiser par votre déclaration Pac 2019 », rappelle Jean Deffinis. Et la partie « reprise » doit figurer sur le registre parcellaire 2019. Elle doit être distinguée sur le dossier de déclaration. Une autre nouveauté importante : la nécessité de créer en 2019 un second îlot même si la culture est la même sur l’îlot d’origine. Cela doit permettre à la clause de transfert d’être raccrochée officiellement.

La DDT est mobilisée

Jean Deffinis a tenu à revenir sur le calendrier des paiements des trois campagnes précédentes. « La DDT vous doit cette explication », a-t-il humblement déclaré. Les paiements du premier pilier des années 2016, 2017 et 2018 sont désormais effectués. C’est plus compliqué pour le second pilier. 50 à 60 % des paiements ont été effectués pour les MAE-BIO 2016 avec un objectif d’arriver à 80 % à mi-avril. Pour l’année 2017, 172 dossiers avaient été payés le jour de la réunion et 72 autres devaient l’être pour le 21 mars. L’objectif est d’atteindre les 80 % à la fin du mois de juin. Pour 2018, le retard est plus conséquent. « 80 % des assurances récolte ont été payées. Pour les MAE-BIO, on espère un début des instructions des dossiers au printemps, et atteindre 80 % des paiements à l’automne. Nous savons toutes et tous que ce n’est pas satisfaisant. Mais sachez qu’à la DDT, nous sommes mobilisés. Sept personnes travaillent sur vos dossiers », plaide Jean Deffinis.

Pour les paiements, les agriculteurs ont été invités à les consulter. Il s’agit de différencier les paiements de base, les paiements redistributifs, qui sont depuis 2015 une spécificité française, et les paiements verts. Pour les autres aides, il y a celles des jeunes agriculteurs, mais également les aides couplées, les aides aux bovins laitiers ou encore celles pour les éleveurs ovins et caprins, et les aides couplées végétales. Pour les légumineuses fourragères, ces aides sont de 282 € à l’hectare, soit une augmentation de 100 €. Un point a également été effectué pour l’Indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), le statut juridique des GAEC ou encore l’admissibilité des surfaces. Le passage sur les contrôles a permis aux agriculteurs d’être informés sur le fait que ces contrôles sont de plus en plus orientés vers des élevages dits défaillants. Enfin, il leur a été rappelé l’obligation qu’ils avaient de maintenir des prairies naturelles dans les « zones vulnérables ».

Le verdissement

Un point a été réalisé sur le verdissement. L’occasion de rappeler la mise en application du « compteur herbe ». Cela implique le contrôle de la succession des couverts en herbe depuis 2013. Dans le cadre du verdissement, il s’agit de la mise en place, depuis décembre 2018, sur la déclaration 2018, d’un contrôle « automatique » des couverts herbagés déclarés lors de ces six dernières années. Ensuite, il s’agit de la création d’une nouvelle couche graphique dans les Registres parcellaires graphiques (RPG). Il s’agit de repérer les anomalies.

En décembre 2018, le système a procédé à la requalification des prairies permanentes de surfaces en herbe depuis plus de cinq années consécutives, y compris les parcelles réensemencées, les mélanges de graminées et de légumineuses, et les jachères (non-SIE). Cela concerne 650 dossiers dans le Haut-Rhin, essentiellement situés dans le Ried et dans le Sundgau. « Au final, ce sont une centaine de dossiers qui sont concernés par cette requalification », indique le directeur de la FDSEA, Michel Busch. Enfin, pour obtenir l’aide verte, il convient de respecter trois mesures différentes dans le cadre du verdissement : le maintien des prairies permanentes, les Surfaces d’intérêts écologiques (SIE) et la diversité d’assolement. La réunion s’est terminée en rappelant le dispositif d’accompagnement et en répondant aux interrogations des exploitants présents.

Opaba

Le bio poursuit son développement en Alsace

Vie professionnelle

Publié le 26/03/2019

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le 31 décembre 2018, 838 fermes étaient engagées en bio en Alsace, dont 107 nouvelles fermes pour la seule année 2018. Elles occupaient 27 190 hectares, soit 8 % de la surface agricole utile (SAU). Toutes les filières sont concernées par cette croissance : la viticulture évidemment, mais également le lait, les légumes, la viande, les fruits ou encore le monde de l’aviculture. « Nous avons multiplié par trois le nombre de producteurs bio dans la région entre 2007 et 2018. Nous sommes dans une belle et réelle dynamique. Nous avons dépassé le stade d’une agriculture de niche. Notre objectif est d’atteindre les 33 660 hectares soit 10 % de la SAU en 2020. Cette hausse permettrait d’atteindre symboliquement la barre des 1 000 exploitations engagées en bio », explique le président sortant de l’Organisation des producteurs de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Julien Scharsch.

Pour structurer la demande et l’offre, mais également pour pérenniser ce développement du bio, un réseau s’est organisé. Il s’articule autour de trois échelons : les groupements départementaux des agriculteurs bio, les groupements régionaux et la fédération nationale d’agriculture biologique. Dans le Grand Est, ce réseau s’est donné pour mission d’accompagner le développement de l’agriculture biologique, par le partage d’une agriculture ouverte à tous les agriculteurs. Il souhaite aussi développer des filières structurées et équitables pour permettre le développement de fermes viables avec des produits bien identifiés localement par les consommateurs. Enfin, il s’agit de contribuer au développement du tissu agricole et de l’économie rurale, autour de projets territoriaux contribuant au développement local, à la préservation de la qualité de l’eau, de l’air, des sols et de la biodiversité. Ce réseau était constitué fin 2018 de 988 adhérents dont 459, soit 63 %, pour la seule Alsace.

« Vivre de nos métiers »

La dynamique est réelle. Mais, elle est freinée par des difficultés administratives et financières. « Le retard des aides pour le bio est une réelle source d’inquiétudes. Et, surtout, elle engendre de très gros problèmes de trésorerie pour de nombreux exploitants. La réponse que l’on nous donne n’est plus tenable. On envoie des sondes sur la planète Mars, mais l’informatique empêcherait un paiement en temps et en heure du travail des agriculteurs bio. Cela suffit ! Les fermes bio rendent un service à la société qui n’est pas marchand. Nous attendons en retour que la société reconnaissance cette réalité », s’agace Julien Scharsch. Des propos complétés par Paul Fritsch de la Coordination Rurale. « Il faut que l’on puisse vivre de nos métiers. Pendant longtemps, on a orienté les agriculteurs à produire des choses que la société ne voulait pas acheter. Les exploités allaient là où il n’y avait pas de marché. Il est temps de changer de philosophie. Il faut inciter les agriculteurs à suivre le choix des consommateurs. Sur ce point, à l’Opaba, vous êtes en phase avec la réalité du marché. » Présent à la réunion, Denis Schott pour la direction départementale des territoires (DDT) a tenté de rassurer les professionnels sur le paiement des aides. « Il est en cours dans sa plus grosse partie pour l’année 2016. Les dossiers sont en instruction pour l’année 2017. Et pour 2018, l’objectif est de pouvoir dégager une première partie du budget d’ici un mois. Nous pensons que d’ici l’été, voire l’automne prochain, l’essentiel de ces paiements aura été réalisé. » Des propos qui n’ont pas semblé convaincre les agriculteurs présents.

Des grandes cultures à la viticulture

Pour développer l’agriculture biologique dans les territoires, l’Opaba poursuit son travail de recherche et de développement sur deux thèmes principaux : la restauration de la qualité de l’eau d’une part, la relocalisation de l’alimentation et la limitation de l’impact environnemental d’autre part. Pour le premier point, un travail est effectué autour des captages dégradés (Kintzheim, Hilsenheim, Mommenheim, Rouffach). Sur le second point, une étude de faisabilité est en cours pour le développement d’un magasin de producteurs dans l’Eurométropole de Strasbourg, l’introduction de produits bio en restauration sur l’agglomération de Mulhouse, de nouveaux projets alimentaires en Alsace Bossue ou encore l’accompagnement de la mutation agricole de la ferme de l’association Adèle de Glaubitz à Cernay. « Nous œuvrons sur tout le territoire avec différents partenaires. Ces états des lieux, ces diagnostics ou encore ces sensibilisations auprès des collectivités ou des habitants sont un préalable à la réussite de ce développement du bio », indique Antoine Gueidan, en charge de la question à l’Opaba.

Un tour d’horizon de la situation des différentes filières a été effectué. Pour les grandes cultures, le secteur d’activité est encore le moins concerné par le bio puisque seulement 210 fermes sont concernées pour une surface de 4 089 hectares, soit 2,1 % des surfaces des céréales. Des perspectives de développement existent cependant et de nouveaux professionnels s’inscrivent dans la démarche. C’est par exemple le cas de Thomas Ditner, jeune céréalier installé dans le Sundgau et élu lors de cette assemblée générale au sein du conseil d’administration. En revanche, la filière viticole en Alsace est exemplaire, et même « moteur » dans son développement. Il y a dans la région 359 domaines en bio et 55 en conversion en 2018. Cela représente environ 3 016 hectares soit 19 % de l’ensemble du vignoble. « La dynamique de conversion est forte et elle est réelle dans toutes les structures. Tout le monde n’a pas le même objectif, mais le travail de qualité est bien là. Nous accompagnons ces mouvements en réalisant un gros travail de communication comme, par exemple, les rendez-vous des vignerons bio ou différentes dégustations », se félicitent Martine Becker et Bruno Schloegel en charge du dossier à l’Opaba.

Un constat cependant : la prudence est de rigueur. « Aujourd’hui, tout le monde veut être plus bio que son voisin alors que, nous pionniers, nous avons dû nous battre pour pouvoir exister au départ. Faisons attention à ce que nous faisons », préviennent les professionnels. Cela passe par de la pédagogie. Il ne s’agit pas seulement de produire, mais également de pouvoir accroître la consommation des produits bio. « Nous comptons donc développer la consommation des produits bio en restauration collective. Différentes animations sont ainsi proposées dans les écoles primaires, dans les entreprises ou dans les établissements scolaires », indique Dany Schmidt, vice-président sortant de l’Opaba. Il s’agit également de développer la distribution des produits bio régionaux en circuits courts, ou encore de mener de nouvelles opérations de communication.

Aurélie Quirin succède à Julien Scharsch

Enfin, l’assemblée générale a approuvé le rapport financier qui présente un excédent de 1 053 €, le tarif des cotisations dont le système est basé sur des tranches de chiffre d’affaires et renouvelé son conseil d’administration. Sur ce dernier point, Julien Scharsch a indiqué qu’il allait céder la présidence de l’Opaba. « Je viens d’effectuer un mandat qui a débuté en 2015. Merci à toutes et à tous pour ces quatre belles années. Un important travail a été mené en équipe. Il n’est pas fini. On ne lâche rien », conclut Julien Scharsch. Le conseil d’administration de l'OPABA qui a eu lieu quelques jours plus tard lui a trouvé un successeur. Il s'agit d'Aurélie Quirin. Elle est exploitante agricole à Weyer en Alsace bossue.

Association des éleveurs de la race bovine Vosgienne du Haut-Rhin

Il fait bon vivre avec la Vosgienne

Élevage

Publié le 25/03/2019

Lors de cette réunion, le président de l’association, Florent Campello, n’a pas caché ses satisfactions et sa motivation. Les mois qui viennent de s’écouler sont positifs pour la Vosgienne du Haut-Rhin avec une hausse des laitières, due aux primipares, et une manifestation réussie à Muhlbach-sur-Munster sur l’exploitation de Guy Lochert. « Ce rendez-vous annuel est une fête qui rassemble les éleveurs adhérents ou non à notre association. Nous avons travaillé dans la bonne humeur pour la réussite de cette manifestation. Il fait vraiment bon vivre d’être parmi vous pour parler de la Vosgienne. Vous le savez, je voyage beaucoup pour notre race. Quel plaisir d’être ici, dans son berceau, entouré de tous ces éleveurs qui la font perdurer et vivre sur son territoire », se félicite Florent Campello. Pour lui comme pour tous les éleveurs, l’agriculture de la Vosgienne est celle d’un massif, celle d’une montagne. « Ce n’est pas seulement une image comme certains ont voulu nous le faire croire lors des dernières élections. Mais, c’est bel et bien un système agricole à part entière. La Vosgienne, biodiversité à elle seule, pourrait donner quelques leçons à ses congénères raciaux », ajoute Florent Campello. Il pense, en premier lieu, au niveau économique avec la réussite du fromage « Cœur de Massif », mais également au niveau environnemental avec ces paysages et des espaces ouverts par les hommes et les animaux.

Aucune visibilité avec la Pac

Les éleveurs de Vosgiennes n’éludent évidemment pas leurs problèmes et difficultés liés au changement climatique. « Il nous faut apprendre à changer nos pratiques fourragères. L’herbe et sa valorisation étant notre fer de lance. Pour y parvenir, nous avons le soutien de la région Grand Est. Concernant l’Europe, la nouvelle Politique agricole commune entre en vigueur en 2020. Les contrats « MAE » seront à renouveler. Or, nous n’avons aucune visibilité, tant pour nous, éleveurs, que pour nos exploitations ! Comment défendre et proposer dans ces conditions des idées fédératrices sans faire partie des débats ? Comment défendre une réelle agriculture de montagne comme nous le faisons, et non une agriculture de plaine en montagne, comme le font certains censés porter notre voix ? Comment faire perdurer les savoirs-faire, les techniques agricoles ancestrales et le bon sens ? Comment placer la Vosgienne au cœur de la politique de montagne, afin que la montagne soit un sens et non un support ? », questionne Florent Campello.

S’investir au Coram

Ces questions, le président de l’association les aborde au collectif des races de Massif (CORAM) de France où il s’investit toujours davantage. Il le fait également, au quotidien, quand il s’agit de défendre et de parler de la Vosgienne lors de différentes réunions ou manifestations organisées dans la région. D’autant plus que la race se porte bien avec une production de qualité et des résultats au contrôle laitier en 2018 sans grosse évolution par rapport à 2017, malgré la sécheresse et ces conditions climatiques compliquées. Pour sa part, Mélanie Gutzwiller a profité de cette assemblée générale pour présenter les conditions pour être adhérent à la marque RBV et pour produire du fromage « Cœur de Massif ». Quelques photos et témoignages sont venus conclure la réunion au sujet de la Fête de la transhumance 2018. Il a été annoncé qu’en 2019, la manifestation sera reconduite avec, à nouveau, une vente aux enchères.

Fromagerie, point de vente, ateliers

Dans l’après-midi, les éleveurs ont visité la ferme Barb à Wasserbourg. L’occasion pour Thomas Barb, installé sur l’exploitation familiale depuis 2018, de présenter sa nouvelle fromagerie, son nouveau point de vente ainsi que son nouvel atelier de vaches allaitantes. Il travaille avec sa mère. Tous deux sont aidés par un salarié et un second à mi-temps à partir du mois d’avril pour laisser ouvert le local de vente. L’exploitation occupe 45 hectares en vallée et 40 hectares de pâturage autour de la ferme auberge du Strohberg. Exploitée par la famille Barb de père en fils depuis 1907, l’activité pastorale et gastronomique y règne dans la plus pure tradition marcaire de mai à octobre. Cette ferme de transhumance est une des plus anciennes du massif vosgien puisque ses origines remontent au XVIIe siècle. Elle est accrochée au Petit Ballon et se place ainsi à un point de jonction entre les randonneurs venus de la vallée de Guebwiller et ceux de celle de Munster. En vallée, l’exploitation compte 22 vaches laitières. Depuis l’automne dernier, un atelier de vache allaitante fonctionne. « Quand je me suis installé, mon objectif était de transformer 60 % de la production laitière. Là, on va arriver à 100 %. On a réussi à trouver des marchés intéressants grâce au fromage « Cœur de Massif ». 40 % des ventes se font à l’auberge, 30 % au petit magasin de vente à la ferme ouvert depuis le 9 février dernier, 20 % au magasin Cœur Paysan à Colmar depuis juillet 2018 et 10 % chez des restaurateurs de la vallée et du secteur de Rouffach », explique Thomas Barb. Il a investi pas moins de 185 000 euros pour réaliser ce nouveau local de 90 m2 qui abrite la fromagerie. Elle est située en proximité immédiate de la maison et du bâtiment pour accueillir l’allaitant. « Avant mon installation, nous transformions 35 000 à 40 000 litres. Dans mon projet d’installation, l’objectif était d’arriver à 50 000 litres et de tout affiner sur place. Là, on va arriver à 80 000 litres cette année. Cette croissance est une belle réussite. C’est la troisième année que nous produisons du « Cœur de Massif ». Il a dépassé tous les autres fromages comme le Munster, la Tommette ou le Bargkass qui restent évidemment des produits toujours très appréciés eux également », conclut Thomas Barb.

FDSEA du Haut-Rhin

Assemblée générale : Ils ont dit...

Vie professionnelle

Publié le 13/03/2019

Benjamin Lammert sur les orages du printemps :

« Ces précipitations hors normes ont eu des conséquences dramatiques au sein de certains de nos villages. Nous entendons bien qu’en certains lieux, il faut créer des aménagements, voire adapter nos techniques culturales. Pour autant, l’agriculture ne doit pas toujours être la variable d’ajustement d’une urbanisation galopante et anarchique. Et que dire des infrastructures qui spolient les droits les plus élémentaires à l’image de la société autoroutière APR qui a imperméabilisé des kilomètres de sols et qui, sans scrupule, déverse des milliers de mètres cubes dans nos champs sans jamais se poser une seule question ? Il y a lieu de créer dans les plus brefs délais des ouvrages capables de retenir ces flots et de bâtir un protocole d’accord pour fixer le cadre d’indemnisation des agriculteurs qui subissent ces phénomènes. »

Joël Jecker sur les épisodes climatiques de 2018 :

« Nous étions le premier département à tirer la sonnette d’alarme. Nous étions le premier et seul département à avoir, par écrit, sollicité dès le mois d’août nos collectivités territoriales pour accompagner le monde de l’élevage en souffrance. Bravo au Conseil Régional pour sa réactivité. Il a su débloquer plus de six millions d’euros pour accompagner l’achat des fourrages. Plus de cent dossiers de notre département vont pouvoir bénéficier de cette aide essentielle pour soulager les trésoreries. Merci également au Conseil départemental qui a donné son accord pour venir en aide aux exploitants engageant des frais de sursemis. Merci à la DDT et à Jean Deffinis pour le dégrèvement sur le foncier non bâti. Cela représente une ristourne de 40 %. Merci à la mutualité sociale agricole pour son soutien, sa proximité et ses mesures d’accompagnement lorsque les entreprises et les gens sont en difficultés. En revanche, la réactivité de l’État, nous l’attendons encore. Au-delà des expertises que nous avons conjointement réalisées, il se pourrait que les aides calamités au soutien des éleveurs arrivent au plus tôt en juillet 2019, avec une année de retard ! »

Benjamin Lammert sur les travaux au barrage de Kruth Wildenstein :

« Bon nombre d’exploitants dépendent de cette ressource et adaptent leurs assolements en fonction des tours d’eau mis en place. Depuis 2018, on nous parle de la nécessité de réaliser un check-up sur cette retenue. Ce qui conduit à une mise à sec. Nous demandons d’être informés de l’année de réalisation car les entreprises agricoles doivent prévoir en amont leurs assolements, qui eux doivent aussi tenir compte des contraintes de diversité liées à la Pac. Par ailleurs, au cours de l’été dernier, des éleveurs de la montagne ont été contraints de réaliser un vrai marathon pour abreuver leurs troupeaux car certaines sources superficielles se sont taries. Nous avons vu des entreprises dans l’impasse. D’onéreux forages sont à prévoir. Nous devons être plus réactifs. Nous devons réfléchir avec des communes pour réaliser au plus vite un inventaire des besoins et des forages à réaliser afin d’assurer une lisibilité aux producteurs. »

René Zimpfer sur la chasse :

« Nous sommes tous conscients que nous avons atteint un seuil de la population de sangliers insupportable. Cela fait maintenant près de neuf mois que l’intégralité des acteurs de la chasse (administration, forestiers, agriculteurs, collectivités locales) se réunissent pour trouver une solution durable et partagée. Certes, la réécriture du nouveau schéma départemental cynégétique nous oblige. Ce schéma doit fixer des objectifs pour réduire la population de sangliers. À ce jour, un accord est sur la table. Il n’est pas tout à fait satisfaisant. Ce nouveau schéma prévoirait la première année une réduction de 50 % du niveau de l’agrainage en montagne et une interdiction totale au bout de deux ans. J’étais assez serein sur l’issue de cet accord jusqu’à ce que l’administration explique qu’il n’a pas d’assises légales. L’ancien schéma va donc continuer à produire ses effets jusqu’en septembre 2019. Une étonnante position qui ne va pas éteindre la grogne du terrain. Un coup de poignard incompréhensible alors que nous devons être sur nos gardes compte tenu du risque d’épizootie qui nous menace avec la peste porcine africaine. »

Michel Rohrbach sur l’élevage dans le Haut-Rhin :

« Le contexte reste très difficile après une année climatique complexe, des stocks en baisse, des coûts de production en hausse et nos prix de vente en baisse ou stable en fonction de la production et des filières. Ajoutons à cela les vegans, les anti-viande, le lait et le steak végétal. Les consommateurs sont comme nous. Ils sont perdus. Notre métier est maltraité, mais nous restons debout, positifs et passionnés car notre agriculture n’est pas une histoire d’un jour. Nous assistons à des naissances. Nous élevons nos animaux. Nous réalisons notre fourrage. Nous prenons soin de nos animaux. Nous aimons notre métier. Mais, nous avons du mal à en vivre. »

Joël Jecker sur les plans locaux d’urbanisme :

« Le foncier agricole, notre outil de travail, se fait spolier de façon irrévocable ses surfaces pour l’habitat, les zones économiques, les gravières, les diverses infrastructures routières et d’aménagement, sans oublier les hectares de compensation. Et, paradoxalement, ce même foncier agricole, notre outil de travail, se voit annihiler de ses vocations : produire et servir de support à nos installations et bâtiments. Tout le monde se sert dans le réservoir du foncier. Le monde bouge. Nous ne soutiendrons jamais des projets qui visent à détourner le champ d’application de nos métiers. Concernant le débat sur l’habitat, lorsque l’on abandonne un corps de ferme dans un village, nous devons aussi avoir la possibilité d’édifier un bâtiment à usage d’habitation pour l’exploitant. Cette course effrénée à créer d’immenses zones artisanales et commerciales doit cesser. Remplissons en premier les friches existantes. »

Ange Loing, président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin :

« Notre objectif est d’avoir une installation pour un départ. En 2018, il y a eu 23 installations aidées. C’est encore trop faible. Nous avons modifié la dotation JA qui est désormais en moyenne de 23 000 €. Il faut communiquer sur ce dispositif tout comme il faut communiquer sur notre métier. Nous devons être fiers de notre métier et lui rendre sa dignité. Cette politique positive doit permettre de transmettre autour de nous. N’écoutons pas les marchands de peur. Soyons sensibles à celles et ceux qui nous entourent. L’innovation est primordiale pour pérenniser nos exploitations. Nous devons être à l’écoute du marché, réfléchir aux nouvelles filières, mesurer les risques. »

Gilles Erhart pour l’association des viticulteurs d’Alsace:

« Continuons et renforçons notre collaboration entre les FDSEA et l’Ava. Nous sommes sur le même territoire avec les mêmes enjeux. Si le millésime 2018 nous a permis de réaliser une belle récolte, la viticulture n’est plus un eldorado. Nous avons pu reconstituer nos stocks, mais nous subissons aussi le changement climatique tout comme la loi Evin qui reste une arme redoutable contre les vignerons. Restons vigilants, mais positifs. Ne baissons jamais les bras malgré ces temps difficiles. »

Denis Nass, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace:

« J’ai œuvré pendant seize années à la FDSEA. Merci à toutes et à tous pour votre confiance. Merci également aux présidents sortants, Jean-Paul Bastian et Laurent Wendlinger pour toutes ces années d’investissement. Depuis le 4 mars 2019, Denis Ramspacher est président de la Chambre pour les trois premières années. Notre volonté est de travailler au service de tous les agriculteurs, viticulteurs, horticulteurs, maraîchers, éleveurs, bûcherons. Rendons l’envie d’entreprendre et d’investir, mutualisons nos moyens. Notre agriculture est plurielle. Nous voulons renforcer les liens avec les agriculteurs en créant des commissions territoriales. C’est le cas avec l’Adar dans le Bas-Rhin. Il faut créer des structures similaires dans le Haut-Rhin. »

Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est:

« Depuis quinze ans, l’agriculture française est en perte de vitesse sur de nombreux marchés. Nous devons préserver notre autonomie alimentaire. Car un peuple qui a le ventre plein est un peuple stable. Cette stabilité, c’est la paix. Et la paix n’a pas de prix. Nous devons porter une ambition d’une nouvelle politique agricole qui redonne un cap à 50-70 ans pour permettre, notamment, d’installer des jeunes agriculteurs. Redonnons des perspectives et un projet d’avenir. »

Sébastien Stoessel:

« Notre mal-être n’est pas qu’une question d’argent ! On a besoin de soutien, d’être reconnus pour ce que nous faisons au quotidien car oui je ne rougis pas de ce que je fais, de ce que nous produisons et de la manière dont on le fait ! Passion, amour du travail bien fait, c’est cela qui nous pousse, c’est cela qui nous tient ! Pour tenir et vivre sereinement, il faut que l’on revienne aussi à ce qui faisait notre force : la solidarité. N’ayons pas peur de tendre la main. N’ayons pas peur de demander de l’aide. N’ayons pas peur de s’ouvrir. N’ayons pas peur de se dévoiler. N’ayons pas peur de communiquer avec notre cœur ! Faisons tout le contraire des nouveaux marchands de peur et vous verrez que l’on relèvera les défis futurs de manière positive. »

FDSEA du Haut-Rhin

Être « moteur de l’indépendance énergétique »

Vie professionnelle

Publié le 13/03/2019

L’Alsace poursuit sa réflexion au service de ses territoires. Celui de Fessenheim par exemple. « Le lait et le maïs sont le socle incontournable de nos activités. Il faut les maintenir, analyse Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin. Mais, nous avons d’autres défis à saisir pour que l’agriculture soit le moteur de l’indépendance énergétique de notre région. Nous voulons une agriculture inventive et surtout une agriculture capable de montrer à nos concitoyens que l’alimentation, mais aussi leur confort énergétique, en passant par les énergies de substitution pour les moyens de transport, riment avec nos métiers ». Pour autant, il en convient, le monde agricole a dû se battre pour avoir sa place dans les discussions avec tous les autres acteurs du terrain. Et une fois cette présence assurée, le résultat laisse place à l’amertume.

Pour le plan photovoltaïque, le cahier des charges ne laisse la place qu’à une vingtaine d’exploitants et à des tarifs décevants. Concernant la méthanisation, la bataille a également été difficile. « Cette présence, cette dynamique, nous les voulons pour que les entreprises agricoles puissent profiter d’un complément de rémunération. Pour valoriser l’herbe ou tout simplement trouver un débouché pour des productions qui ne respecteraient plus les cahiers de charges qualitatifs. Or, alors que l’on nous parle d’écologie et de transition énergétique, le programme pluriannuel annoncé explique que l’on va importer du soja américain. Et, pour nous, le volet concernant le biogaz est désormais fixé à moins de 10 % d’incorporation obligatoire. Le tout pour un prix de rachat qui dégringole à 67 centimes d’euro. Il va donc falloir être vigilant concernant les coûts de constructions et surtout d’exploitations de nos futurs outils. »

« Saluons l’engagement du Conseil Régional et de son président Jean Rottner. Lors du salon de l’agriculture, il a porté une vraie ambition pour le développement de la filière sur ce sujet », estime Pascal Wittmann. Un autre dossier porte sur le projet de bâtir une unité déshydratation de luzerne. Le dossier est dans sa phase de pré-étude et de quantification des coûts et des retours possibles pour les exploitants agricoles. Des projets qui montrent, une nouvelle fois, que le monde agricole, pour assurer sa pérennité, imagine des modèles pour continuer à se diversifier.

 

VIDÉO : Michel Rohrbach et le millefeuille administratif

 

 

FDSEA du Haut-Rhin

« Plus d’agriculture ou plus d’agriculture ? »

Vie professionnelle

Publié le 13/03/2019

Quid de l’augmentation de la population mondiale avec 10 milliards d’habitants prévus en 2050 sur Terre ? Quid de l’urbanisation à outrance ? Quid de cette production industrielle qui rejette ses déchets dans les airs et dans la terre ? Quid de ces bords d’autoroutes jonchés de détritus ? Non, c’est désormais bien connu : la pollution, la biodiversité en danger, les événements climatiques de plus en plus violents, l’augmentation de la température… Tout cela : c’est la faute des agriculteurs. C’est dit, répété, amplifié quasi quotidiennement dans les médias ou sur différents sites bien visibles sur Internet. De cela, les agriculteurs en sont las. Ils l’ont rappelé une nouvelle fois vendredi 8 mars lors de l’assemblée générale de la FDSEA du Haut-Rhin qui s’est tenue à Mulhouse. Des discours et des affirmations qui finissent par être écoutés et surtout (mal) compris par une partie de la population. Les plus extrêmes n’hésitant même plus à s’en prendre physiquement aux professionnels comme peut en témoigner ce céréalier molesté dans l’Ain récemment. « Nous sommes responsables de tout », s’insurge Sébastien Stoessel, vice-président de la FDSEA du Haut-Rhin, dans une intervention démonstrative.

 

VIDÉO : Sébastien Stoessel et l’agribashing

 

 

Face à ces constats et à cette réalité, le syndicat majoritaire entend incarner la lucidité dans ses actions en gardant les pieds sur terre. « Nous voulons promouvoir une agriculture en mouvement avec la société. Mais, surtout, un syndicalisme qui veut offrir aux femmes et aux hommes de la Terre de bonnes perspectives économiques tout en préservant la valeur familiale », affirme le président de la FDSEA du Haut-Rhin Pascal Wittmann.

Oser affronter l’avenir

Dans son rapport moral, Pascal Wittmann a tenté d’équilibrer son analyse en posant des questions légitimes et en proposant dans le même temps de nouvelles pistes d’actions. Dans l’état d’esprit du bon sens paysan en vigueur dans le département, il interroge : veut-on plus d’agriculture ou veut-on plus d’agriculture ? « 2018 a su cultiver la défiance. L’angoisse est désormais devenue la guide de ce pays. On rêve d’un nouveau modèle économique car on n’ose plus affronter avec sérieux l’avenir. Ce ronronnement français est étourdissant. Et cela d’autant plus que celles et ceux qui le prônent n’ont d’ambition que pour eux-mêmes. Et surtout pas pour les enjeux qui touchent la ruralité, la faim dans le monde, et encore moins pour nous toutes et tous », poursuit Pascal Wittmann.

L’agriculteur expérimenté et le syndicaliste qu’il est, en a vu passer des lois agricoles, des lois d’avenir, des lois d’orientation, des rapports. Or, dans ce monde en mouvement, il fait le constat que, dans le domaine de la politique agricole, en France et en Europe, rien ne bouge. Ou si peu. « On parle de réchauffement climatique. Et on tergiverse. On laisse croire que notre pays va avoir la solution pour le monde. Or, la population française correspond à deux villes nouvelles en Chine. On peut donc sourire de ce rapport de force. La contribution de notre pays au gaz à effet de serres est de 1 %. En 50 ans, les surfaces mondiales destinées aux cultures sont restées stables. Et pourtant, la population a plus que doublé. Et pourtant, aujourd’hui, près de 10 % des gens ont une assiette vide. Une situation détestable liée le plus souvent à des conflits géopolitiques et à notre frilosité. Loin des images que l’on nous présentait il y a encore 30 ans. Un tiers des aliments sont produits en Europe. La surface globale destinée à nourrir représente environ 700 millions d’hectares. Il reste plus de 1 500 Mha de disponibles, friches et forêts comprises. Alors, qui va produire ? Va-t-on laisser ces surfaces se transformer ? Des terres qui seront cultivées avec des produits interdits chez nous ? Et je n’évoque même pas la question du bien être animal. Va-t-on laisser des peuples croire qu’ils pourront cultiver des terres pour se nourrir avec l’incertitude des températures, avec le manque d’eau, le manque de pluie et autres ravageurs ? A-t-on déjà pensé aux flux des peuples ? Aux mouvements silencieux de ces femmes et de ces hommes qui cherchent à se nourrir ? Oui, quand on appréhende le réchauffement climatique, il y a lieu d’aborder le sujet globalement et non avec une approche politicienne », poursuit le président de la FDSEA du Haut-Rhin.

En effet, la société semble oublier qu’en critiquant le maïs, ce dernier, à l’échelle de la planète, représente un tiers de l’ensemble des volumes physiques échangés. Une production qu’il faut continuer de promouvoir, de défendre, qui contribue à créer de l’emploi et à favoriser la balance commerciale excédentaire du pays. « Alors, plus d’agriculture ou plus d’agriculture ? Dans ce contexte, bougeons nous maintenant ! L’agriculture est une chance. L’agriculture, ses acteurs, l’innovation et le progrès sont la solution pour donner des perspectives tout en maintenant les équilibres si nécessaires entre les villes et la ruralité », prévient Pascal Wittmann.

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