Auteur
Image

Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Section lait de la FDSEA du Haut-Rhin

Savoir répondre aux attentes sociétales

Vie professionnelle

Publié le 22/03/2018

La réunion a tout d’abord été l’occasion pour Michel Rohrbach et Sébastien Stoessel de faire le tour des dossiers importants de l’année écoulée. « Nous avons vécu de nouveaux mois difficiles avec une météo capricieuse, mais de bons rendements. Il y a également la politique agricole commune qui évolue, mais dont les contours restent flous. Puis, est arrivée cette pénurie de beurre, avec une flambée des prix européens du beurre en vrac. En France, ce sont toujours les mêmes difficultés entre le faiseur et le metteur en marché. En Allemagne, c’est différent. Les discussions sont plus faciles, alors que chez nous, on croit régler un problème par le vote d’une loi », s’agace Sébastien Stoessel. Les éleveurs regrettent également la crise sanitaire chez Lactalis et la culture de la discrétion à l’extrême au sein de l’entreprise. « Sa chance est d’avoir une palette de marques. Mais, l’impact médiatique est négatif pour les consommateurs tout comme le reportage sur Sodiaal dans Cash Investigation. Pour vous éleveurs, ces affaires prouvent une nouvelle fois que vous devez essayer de mieux suivre et comprendre le fonctionnement de vos coopératives », ajoute Sébastien Stoessel.

Être présent dans les discussions

Michel Rohrbach invite les éleveurs à se mobiliser pour la réussite de la manifestation « Cœur d’Elevage » qui se déroule en juin prochain à Colmar, avant d’ouvrir le débat avec les professionnels présents sur l’action syndicale et les dossiers du moment. « Pour le prix du lait, à quoi sert l’action syndicale ? Quel est votre poids dans les négociations ? », interroge un éleveur. « Même si c’est effectivement difficile, nous devons nous mobiliser tous ensemble. C’est un rapport de force. Cela est également vrai dans les discussions lors des états généraux de l’alimentation. Il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un sujet est difficile : le consommateur cherchera toujours à l’avenir à avoir une traçabilité encore plus importante. On va arriver à un stade où on va devoir savoir comment apprécier la situation », prévient Michel Rohrbach.

Stabiliser l’image de l’élevage

Le débat s’est poursuivi avec la présence de Véronique Pardo, anthropologue, invitée à s’exprimer sur les attentes sociétales, les inquiétudes des consommateurs et les « mouvements anti » auxquels la profession agricole doit faire face. « Toutes ces critiques doivent être prises au sérieux. Il faut cependant savoir raison garder car les consommateurs ne changeront pas leur façon de consommer. Il faut donc bien observer cette société » indique Véronique Pardo qui travaille au sein du service stratégie du centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel) avec pour objectif de connaître et mesurer les demandes sociales. Elle observe les travaux législatifs, mais également les enquêtes sur les avis des consommateurs, sans oublier les réseaux sociaux. « À chaque fois, il faut chercher à savoir qui est exactement interrogé dans les enquêtes, qui parle, qui fait le sondage », ajoute Véronique Pardo. Elle constate que si l’élevage a une bonne image auprès de consommateurs, la tendance est à la baisse depuis dix ans. « L’image est bonne, mais la courbe est descendante, il faut la stabiliser. Les Français apprécient des petits élevages, authentiques, des éleveurs qui ont des relations avec leurs animaux. Ils rejettent l’industrialisation de l’élevage et de l’agriculture en général », indique la conférencière. Elle évoque ensuite les questions sur les produits transformés, le discours anti lait alors que deux tiers des Français maintiennent leur consommation. « Pendant longtemps, il y a eu des discours sur la santé. Aujourd’hui, on se focalise davantage sur le bien-être animal, la séparation du veau de sa mère, les questions environnementales, les inquiétudes alimentaires, la question des pesticides, la fraîcheur et l’hygiène des produits », poursuit Véronique Pardo. La conférencière a ensuite axé son intervention sur la place de l’élevage aujourd’hui en France et sur les réseaux sociaux. « Là, on y retrouve essentiellement les abolitionnistes opposés à toute forme d’élevage. Ils sont contre la distinction entre les hommes et les animaux. Les « anti-lait », eux, ne sont pas cantonnés à des mouvements. Ils sont plus répandus chez l’ensemble des consommateurs. Ils ont toujours existé, mais les arguments sont nouveaux », a conclu Véronique Pardo. Le débat qui a suivi a démontré une nouvelle fois, la nécessité pour les agriculteurs d’être présents, eux aussi, sur les réseaux sociaux.

Louis Frischinger

Deuxième berger de France

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2018

Voilà plusieurs années que Louis Frischinger participe à divers concours d’élevage. « La première fois, c’était au concours d’Habsheim quand j’étais en classe de seconde au lycée agricole de Rouffach. J’ai fait de belles rencontres. Le déclic a eu lieu à Rouffach. Nous étions un groupe d’élèves motivés. Chacun avait sa spécialité. Nous avons commencé à concourir ensemble. Je m’entraînais avec Apolline Prinz, chez son grand-père, à Hausgauen », explique le jeune étudiant. À la fin de sa classe de première, il participe à ses premières Ovinpiades en Alsace. Il représente son établissement à la finale régionale. « J’ai été aidé par ma prof de l’époque, Élodie Pinheiro. J’ai terminé à la seconde place de cette compétition qui se déroulait dans le Bas-Rhin. Cela m’a permis de monter à Paris où j’ai obtenu la 17e place. Pour une première participation j’étais très content, car je ne connaissais pas grand-chose au mouton », précise Louis Frischinger. Le jeune homme se consacre entièrement à sa passion. Il cherche à progresser. « J’ai continué l’an passé comme formateur avec Apolline Prinz. Nous avons l’ambition d’accueillir l’école des jeunes présentateurs. En attendant, nous sommes revenus cette année à Paris. Je dis « nous » car nous étions six de mon établissement scolaire. Cette participation rentrait dans le cadre d’un projet d’initiative et de communication. On a décidé de faire une journée consacrée au mouton. Et puis, au niveau des Ovinpiades, avec un collègue, nous avons remporté les première et deuxième places en Franche-Comté », ajoute Louis Frischinger. Durant un temps donné, les candidats ont été confrontés à des épreuves alliant théorie et pratique : l’évaluation de l’état d’engraissement et du poids d’agneaux de boucherie, le choix d’un bélier, le parage des onglons, le tri des brebis avec lecture de boucles électroniques, la manipulation et l’évaluation de l’état corporel de la bête, le quiz et la reconnaissance des races. À l’issue de cette compétition « très disputée », Rémy Roux, du CFAA du Lot, est devenu le meilleur berger de France. Louis Frischinger, qui s’est bien battu, a récolté l’argent. Collectivement, les six étudiants de Franche-Comté ont également participé à ces Ovinpiades après une qualification régionale. « Nous avons remporté la 7e place sur 10 équipes. Cela a été une belle expérience collective. Je reviens de Paris avec une expérience supplémentaire, davantage de motivation pour l’élevage ovin et l’envie d’aller plus loin. Tant avec les moutons qu’avec la race prim holstein pour les vaches, que j’affectionne particulièrement », poursuit Louis Frischinger. S’il réussit sont BTSA à la fin de cette année scolaire, il compte faire une licence professionnelle ovine près de Rodez dans l’Aveyron. La seule école en France qui propose cette spécialité. « Il n’y a que vingt places. Mais, en sortant de là-bas, tu es certain de pouvoir travailler. Et, avec ces concours, ces rencontres et ces expériences, je viens de mettre toutes les chances de mon côté », conclut Louis Frischinger.

Comité des reines des vins d’Alsace

Claudia Renel, nouvelle présidente

Vigne

Publié le 15/03/2018

Vice-présidente sortante depuis trois ans, Claudia Renel, née Weinmann, native de Turckheim, assure, avec son comité, la continuité d’une association dynamique. « Nous avons déjà fait beaucoup de choses depuis la création du comité des reines des vins d’Alsace. Il a tout d’abord fallu effectuer, les premières années, un gros travail de recherche sur toutes les reines et dauphines depuis 1954. Ensuite, nous avons organisé nos premières rencontres « royales ». Et puis, il y a eu cette « cuvée royale » et ces participations à divers événements viniques en Alsace. Nous tenons encore une fois à remercier le conseil interprofessionnel des vins d’Alsace et tous les professionnels du vignoble qui nous font confiance et nous associent à leurs manifestations », explique la nouvelle présidente. Parmi ces événements, il y a la foire aux vins d’Alsace de Colmar avec ces « instants divins », le rassemblement des confréries viniques à Strasbourg en 2015 et, bien évidemment, les élections de la nouvelle reine des vins d’Alsace et ses dauphines. Une élection qui se « professionnalise » avec une présence et une mobilisation sur les réseaux sociaux. Mais surtout une dégustation commentée d’un vin, pour bien montrer que la reine n’est pas une « miss », mais l’ambassadrice, pendant un an, des vins d’Alsace.

Un déjeuner gastronomique ce dimanche 11 mars

En 2017, le comité des reines des vins d’Alsace s’est mobilisé pour la réalisation d’un court-métrage sur les reines et sur les cuvées (https://youtu.be/nRZwfWz0QTE). « Cette année, nous voulons faire évoluer la soirée de gala qui sera organisée lors de l’intronisation de la reine et de ses dauphines lors de l’ouverture de la foire aux vins. Nous comptons également participer à des vendanges au lycée agricole de Rouffach. Des vendanges qui permettront de réaliser une deuxième cuvée de la reine en 2019. Et puis nous continuerons à communiquer avec notre oriflamme », précise Claudia Renel. Et, dès ce dimanche 11 mars, le comité des reines des vins d’Alsace organise une nouvelle manifestation. Il s’agit d’un déjeuner gastronomique à l’hostellerie des Châteaux à Otrott en l’honneur de l’actuelle reine des vins d’Alsace, Justine Schmitt. « L’hôtel va nous acheter une cinquantaine de bouteilles de notre cuvée qu’il présentera ensuite aux clients sur la carte. Une partie du bénéfice des futures ventes sera reversée à deux associations caritatives : l’association « Vivre comme avant » qui est animée par des femmes bénévoles qui ont vécu un cancer du sein et qui accompagnent les femmes qui, à leur tour, sont atteintes par cette maladie ; et l’APEI Centre Alsace qui est une association à vocation territoriale militant pour la promotion de la personne handicapée, son intégration sociale et le maintien du lien familial », précise Claudia Renel. À noter que le comité des reines des vins d’Alsace participera aux 8e foulées de la ligue contre le cancer au Parc-Expo de Colmar en juin prochain, et au 30e salon des vins à Rouffach à la fin de cette année qui s’annonce donc chargée.

Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace

Solidarité pour la lisibilité du crémant

Vigne

Publié le 09/03/2018

Ces quatre IGP effervescentes concernent le « Pays d’Oc », les « Coteaux de l’Ain », le « Comté Tolosan » et les « Vins des Allobroges ». Le syndicat national des producteurs de crémant a engagé dès 2011 des recours juridiques auprès du Conseil d’État après que 36 cahiers des charges visant à produire des vins mousseux aient été validés. Ces procédures ont porté leurs fruits puisque le Conseil d’État en a annulé la quasi-totalité. « Mais voilà qu’à notre grande surprise, et à 48 h de la clôture des déclarations de récolte, le Journal officiel de la République Française a laissé entrevoir une nouvelle porte de sortie pour quatre des sept cahiers des charges déjà annulés à deux reprises par le Conseil d’État. Nous sommes alors intervenus auprès de l’Inao, via la procédure nationale d’opposition, pour tenter une nouvelle fois de faire entendre raison. Nous avons une nouvelle fois affirmé notre mécontentement et engagé de nouvelles négociations, pensant que l’Inao allait cette fois porter une oreille attentive à nos doléances pour ne pas dire nos revendications », explique le président du syndicat des producteurs de crémant d’Alsace, Hervé Schwendenmann. Si la production effervescente régionale n’est pas directement concernée par ce dossier, elle a un devoir de solidarité envers l’ensemble de ses collègues français. C’est la position du syndicat alsacien. « Les enjeux sont importants. Il en va de notre avenir, de notre lisibilité, de notre image », précise Hervé Schwendenmann.

Quelle crédibilité ?

Quatre nouveaux recours ont donc été déposés au Conseil d’État le 10 février dernier et les producteurs de crémant attendent maintenant le jugement. En cause : les aires de production très importantes en surface, notamment en pays d’Oc (à proximité des « collègues du Limoux »), et l’utilisation de cépages jugés inadaptés. Les conclusions du Conseil d’État seront-elles disponibles avant la récolte 2018 ? Le risque est tout de même important pour les huit régions françaises productrices de crémants (86 millions de cols en 2015 dont 34,9 millions de cols pour la seule Alsace). « S’agissant des décisions de la plus haute juridiction administrative française qui nous a donné raison, dans tous les cas, on ne peut que déplorer que les décisions ne soient pas appliquées immédiatement. Lorsque l’on sort d’un tribunal, soit on est libre, soit on a une amende, soit on va en prison. Ici, certaines des entreprises semblent ignorer les décisions de justice. Il nous semble incroyable qu’une IGP annulée par le Conseil d’État de manière rétroactive se permette de poursuivre la commercialisation de ses produits en toute impunité. Quelle crédibilité avons-nous en laissant faire de tels agissements ? Quelle crédibilité ont les services de l’État en n’intervenant pas pour stopper ces ventes illégales avec un étiquetage revendiquant une IGP interdite ? Il est grand temps qu’une intervention musclée soit faite pour dénoncer de tels agissements qui galvaudent les marchés au détriment de nos crémants qui subissent une perte d’identité dans un monde des effervescents déjà complexe », s’agace Hervé Schwendenmann. Si l’Inao et/ou l’État ne réagissent pas rapidement, la profession viticole envisage de réagir elle-même. Des contacts ont déjà été pris avec les services d’un avocat spécialisé.

Les contrôles internes

Un autre dossier important concerne les contrôles internes opérés par le syndicat pour le compte de l’organisme de défense et de gestion (ODG). Des évolutions viennent d’avoir lieu. « L’ODG- Association des viticulteurs d'Alsace (Ava) a décidé de se désengager de son contrat de prestation de service qu’elle nous avait délégué jusque-là. Cela a provoqué une réflexion sur le fonctionnement de notre syndicat pour les années qui viennent. Il va falloir discuter des moyens à mettre en œuvre en termes de logistique. Ou revoir notre fonctionnement via une autre source de revenus. Nous ne souhaitons pas continuer à assumer un fonctionnement sans contrepartie. La réflexion est en cours… », prévient Hervé Schwendenmann. Il a également évoqué l’expérimentation concernant le crémant rosé, qui consiste à assembler plusieurs cépages dans la famille des pinots. En toile de fond, l’acidité des vins de base. Le protocole d’essais ne convient plus à l’Inao. « À nous de rectifier le tir. À nous d’évoluer et de nous adapter également aux évolutions climatiques en cours et à venir », note le président du syndicat des crémants d’Alsace. Un crémant qui cherche à communiquer toujours davantage. À l’image, une nouvelle fois, de sa présence sur les podiums des rallyes automobiles. Le dernier en date, en Suède, a permis de réaliser une belle opération publicitaire pour un coût financier très faible. Enfin, Hervé Schwendenmann a appelé les producteurs de crémants d’Alsace à se mobiliser et à participer au prochain concours national qui aura lieu à Bordeaux du 26 au 28 avril. « Déposez vos échantillons au siège du syndicat pour le 20 mars au plus tard. Mais surtout, déplacez-vous et participez à la dégustation », conclut Hervé Schwendenmann.

FDSEA du Haut-Rhin

Gil Rivière-Wekstein : « Appropriez-vous les réseaux sociaux »

Vie professionnelle

Publié le 28/02/2018

Voilà plus de trois mois que Gil Rivière-Wekstein parcourt la France. Spécialiste des questions agricoles, il participe à de nombreux débats et propose des conférences qui étonnent son public. À Mulhouse, il marque d’entrée « son » terrain et « sa » différence avec les propos relayés dans les médias. « Je suis sidéré par ce que j’entends. Cela fait quinze ans que je fréquente le monde agricole. Je suis impressionné par ce désarroi et la rupture actuelle entre les agriculteurs et la société. L’état devrait y faire attention ». Il constate qu’au cours du XXe siècle, les agriculteurs ont changé de statut. Ils sont passés de celui de producteurs, de « nourrisseurs de l’humanité » à celui de producteurs de risques. « Après la Seconde Guerre mondiale, les gens avaient peur de la pénurie alimentaire. Le monde agricole était là, en recours, pour nourrir, alimenter les citoyens. Depuis une quinzaine d’années, on a construit une véritable machine de fabrication de la peur. Certes, les peurs alimentaires ont toujours existé. Mais, là, il y a une véritable rupture », constate Gil Rivière-Wekstein.

Les vecteurs de cette peur sont nombreux dans la société d’aujourd’hui. La peur de la pénurie existe toujours comme en atteste le dernier épisode climatique sur la région parisienne avec un centimètre de neige sur les routes. Les supérettes de Paris intra-muros ont été dévalisées dans la journée… La peur des intoxications alimentaires est quant à elle étayée par des exemples choisis par les médias qui donnent une légitimité à ce discours. Et d’autres qui passent inaperçus comme l’épisode de la farine sarrasin bio contaminée dans le sud de la France. « Récemment, il y a eu la plus grave crise sanitaire de ces vingt dernières années avec 53 décès en Allemagne en 2011 qui concernait des graines germées bio. Le cahier des charges bio n’utilise pas de chlore. Les graines ont été chauffées, mais la bactérie était toujours là. En France, il y a eu douze intoxications. À force de développer des filières moins sécurisées, on développe des risques supplémentaires », constate Gil Rivière-Wekstein. Or il n’en a été que très peu question dans les médias. Par contre le dernier épisode concernant une usine de Lactalis a renforcé cette peur chez de nombreux consommateurs.

Répondre aux peurs

Le conférencier estime que les lobbies environnementaux sont à la manœuvre, avec derrière de véritables enjeux économiques. « On veut des produits sans OGM, sans colorant, sans additif, sans sel, sans gluten, sans pesticide. Sans tout ! Et, évidemment, tout ceci est désormais beaucoup plus cher. Il y a une véritable panique dans l’assiette. Cette fabrique de la peur sert les ONG pour faire passer leurs messages politiques. Et cela provoque une destruction de notre modèle agricole. On y ajoute une hypocrisie des grandes et moyennes surfaces et on termine par les « politiques » qui réagissent en voulant mettre en place des mesures « rassurantes ». Le dernier exemple le plus frappant ? L’intervention du Président de la République Emmanuel Macron, par un tweet, sur le glyphosate.

Pendant six mois, il y a eu une véritable désinformation sur ce produit. Au final, il a fallu rassurer la population. C’est une tradition bien française », constate Gil Rivière-Wekstein. Les peurs sont alimentées et partagées dans les médias nationaux et les réseaux sociaux. Pendant longtemps, il n’y a eu que très peu de réactions pour répondre à ces discours « anti » et/ou pour donner une voix cette fois favorable au monde agricole. Cela change et cela doit changer ! C’est en tout cas le message du conférencier à Mulhouse. « Il faut démontrer aux consommateurs que leurs peurs ne sont pas légitimes. Il ne faut pas seulement riposter aux discours négatifs ou aux attaques, mais démontrer, avoir un discours positif et cohérent. Il faut également réussir à se faire inviter dans les médias. Cela a été mon cas avec, par exemple, ma participation à l’émission télévisée de Thierry Ardisson : Salut les Terriens. Une fois que vous êtes présents, vous pouvez faire entendre un autre discours et, surtout, vos interlocuteurs font attention à ce qu’ils disent eux-mêmes », rapporte Gil Rivière-Wekstein.

Bien évidemment, tout le monde ne peut pas être invité à s’exprimer dans les médias nationaux. Mais il existe un circuit plus simple, décentralisé, ouvert à tout le monde : les réseaux sociaux. « Là encore, les ONG ont précédé les agriculteurs. Un exemple concret. Greenpeace sur facebook est suivi par 500 000 personnes et sur twitter par 410 000 personnes. La FNSEA respectivement par 17 000 et 15 000 personnes ! Il est donc primordial de prendre la main, de marquer sa présence, d’investir ces nouveaux moyens de communication qui, en outre, sont bien plus facilement accessibles. Car sur les réseaux sociaux, on fait davantage confiance à la personne qui partage des informations qu’à la source de l’information. »

« N’hésitez pas à partager les tweets et les posts de vos organisations, des agriculteurs », ajoute Gil Rivière-Wekstein. Souvent, il s’agit de choses simples : retransmettre des informations professionnelles pertinentes, témoigner d’événements ou encore relayer des photos ou des déclarations. Bref répondre aux anti-tout. « Quand le twitter ou le facebook du Président de la République fait passer un message, il est partagé et repartagé plusieurs milliers de fois. Vous pouvez faire la même chose. Cela prend quelques minutes seulement ».

Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles du Haut-Rhin

« Gardons la volonté d’entreprendre »

Vie professionnelle

Publié le 23/02/2018

La détermination a été ressentie par les 300 agriculteurs présents à l’assemblée générale de la Fdsea du Haut-Rhin vendredi 16 février au Parc-Expo de Mulhouse. Une réunion qui s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités, notamment le président de la région Grand Est, Jean Rottner. Le thème de la journée a porté sur l’environnement. « Nous l’avons choisi pour aborder toutes ses facettes : l’écologie, la communication, l’économie. Nous sommes au service de nos territoires et de nos terroirs. Gardons cette volonté d’entreprendre. Par nos ambitions, notre volonté et notre courage, nous sommes la profession qui fait le plus d’efforts pour nous adapter à l’évolution de la société. Soyons fiers. Les premiers écologistes, c’est bien nous. Et nous souhaitons être un réel partenaire de la région Grand Est dans ce monde en mutation. Quoi qu’il en soit, l’agriculture, nous l’aimons. C’est notre passion », explique, en préambule, le président de la Fdsea du Haut-Rhin Denis Nass. Mais, cette passion est mise à mal par les médias et la réalité économique. « Depuis toujours, le paysan a été contraint de s’adapter, d’inventer, d’innover. Il a cherché. Il a expérimenté. Il a testé. Il s’est adapté au sol et au climat. Il a aménagé. Il a appris. Il s’est formé. Il a construit des outils dont il avait besoin. Il va de soi que, sans cette ambition, sans cette audace, l’agriculture haut-rhinoise n’en serait pas là », ajoute Denis Nass.

Mais, si les agriculteurs acceptent, souvent contraints, la réalité économique, ils pestent toujours davantage sur l’image caricaturale qu’on leur donne, à eux, à leurs pratiques, à leurs métiers… « Il y a un nombre impressionnant de gens à la bouche pleine, qui rêvent de réinventer nos métiers, qui harcèlent le paysan, voire le traitent de délinquant, sans jamais se poser la question : « Comment fait-il pour vivre ? ». La mode au n’importe quoi est lancée. Après l’association L214, que penser de ces personnes publiques qui se jouent de nos pratiques sans avoir jamais mis un pied dans une de nos fermes ? Biodiversité, écologie, environnement, voilà les mots qu’ils utilisent, même s’ils n’en connaissent guère la définition. La calomnie envers nos métiers, ça suffit ! Regardez simplement le dossier du glyphosate. Est-on capable d’avoir du discernement ? Non ! on se fait des paysans en croyant tout savoir. L’intégralité des produits de vaisselle, de lave-linge et de refroidissement de moteurs se transforment pourtant en donnant le même métabolite. Alors on fait quoi ? », interroge Denis Nass.

Une des réponses est la communication. Depuis quelques semaines, lors des réunions cantonales, mais également lors de différentes manifestations agricoles, les responsables syndicaux insistent sur la nécessité de répondre à toutes les attaques et contre-vérités entendues ici et là. « Soyons omniprésents sur les réseaux sociaux. Osons la démarche « Agri demain ». Faites connaître vos pratiques. Ne restez pas isolés sur vos fermes. Le trait d’union générationnel, qui nouait un lien entre la société et la terre s’est tari. Il nous faut désormais redoubler d’imagination, d’innovation, au service de la performance et de l’excellence. Nous sommes des chefs d’exploitations. nous sommes de chefs d’entreprise. Nous ne sommes pas, en revanche, des penseurs se nourrissant de mots. Nous sommes des investisseurs qui doivent faire des choix pour le bon fonctionnement de nos activités. Et, pour cela, nous avons besoin de réponses. Mais aussi d’actes. Oui, nous voulons des actes, de vraies orientations économiques », poursuit Denis Nass. Et d’inviter tous les détracteurs de l’agriculture à venir découvrir la réalité des métiers agricoles sur les fermes plutôt que d’en parler, à distance, dans des bureaux feutrés. « Vous n’aurez ainsi plus le droit d’affirmer sans connaître. Faute de quoi, nous laisserons aussi planer le doute sur vos prises de position. Voire vos façons de vivre ».

Bâtir un prix

Et de revenir, d’insister sur cette nécessité d’avoir une politique réaliste et ambitieuse pour apporter des réponses aux maux du monde agricole. « Nous sommes en état d’urgence. Le remède ne pourra pas être une homéopathie de bobos et il n’y aura pas d’agriculture durable sans prix. Oui, il est urgent de bâtir un prix, déterminé en fonction de nos coûts de production. Si nous ne voulons pas voir délocaliser notre agriculture, modifions rapidement les contours réglementaires. Cela n’entraînera pas de surcoût pour le consommateur, mais simplement une redistribution de la richesse détenue par les « Picsou » de la grande distribution. Il va falloir batailler dur, surtout à la lecture des textes de loi en préparation. La partie n’est pas gagnée. J’espère que le bon sens se mettra à table, faute de quoi certaines tables devront être retournées ! », souligne Denis Nass. Un prix donc, mais également de la traçabilité qui mettra en avant la provenance des produits transformés. « Nos conditions de production sont des plus vertueuses et cela doit être su. Ne nous trompons pas de cible. Il faut faire vite car les chiffres deviennent alarmants. Depuis 2015, par exemple, la courbe de la consommation de la viande s’écroule. Il y a une multiplication par six des achats de plats préparés. Vous ajoutez à cela du L214, du Mercosur, une pincée de véganisme, et la ferme France aura une piètre image. Tout cela dans le pays de la gastronomie. Il est temps de modifier rapidement les contours de nos réglementations ».

Or une réforme en profondeur de la politique agricole commune s’annonce pour 2024. Alors que le retour de la Pac pour la France représente 12 milliards d’euros, il y a de quoi s’inquiéter pour l’avenir du monde agricole. S’adressant au Président de la République Emmanuel Macron : « Vous avez annoncé un vrai plan Marshall pour notre agriculture, à hauteur de cinq milliards d’euros. Alors, faites ! Vous désirez une France forte et attractive. Alors, osez la Pac, mais une Pac avec des règlements européens, sans mesurettes étatiques, qui nous placeraient sur le ban des spectateurs. Qu’on arrête de nous baratiner avec des discours venus de la décroissance. Soyons juste un peu sérieux avec une vraie Pac, des règles sereines évitant à l’agriculture d’être engloutie par la grande distribution. Et un vrai soupçon d’engagement des collectivités locales pour faire consommer français au sein de la restauration hors foyer. Nous aurons alors résolu une grande partie des enjeux pour pérenniser notre agriculture », conclut Denis Nass.

Action syndicale contre le projet d’accord du Mercosur

« Nous sommes sur la paille »

Vie professionnelle

Publié le 21/02/2018

Mardi après-midi 20 février, les mails d’informations sont diffusés. Sur les réseaux sociaux, le message passe. Une action syndicale est programmée. En quelques heures, qu’ils soient éleveurs, céréaliers, maraîchers, viticulteurs et autres horticulteurs, ils passent le message à leurs collègues. L’heure est à la mobilisation. Contre qui ? Contre quoi ? « Contre le projet d’accord actuellement en négociation entre l’Union européenne et les quatre pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay). Un accord qui nous fait craindre une nouvelle concurrence déloyale, avec un afflux de viande en provenance d’Amérique latine. Pour nous, Sundgauviens, terre d’élevage par excellence, nous ne pouvions pas ne pas en être. On nous demande toujours davantage avec des normes toujours plus contraignantes. Nous sommes sur la paille et voilà que l’on veut nous mettre en concurrence avec des produits de pays qui ont d’autres normes de productions. Ce n’est pas acceptable », dénonce le président du canton du Jura Alsacien de la FDSEA Sébastien Stoessel.

Vers 9 h 45 mercredi matin, il est le premier sur le rond-point situé devant un centre commercial d’Altkirch, rapidement rejoint par une quarantaine d’exploitants venus des quatre coins du Sundgau. Ils déploient aussitôt une imposante banderole « Non au Mercosur ». « On ne peut pas nous dire de toujours faire plus et mieux et dans le même temps se mettre à table et signer de tels accords pour importer bœuf aux hormones et poulet à l’eau de javel. On demande un peu de cohérence. Qui valide de tels accords ? Sur quelles bases ? Je suis inquiet pour l’avenir de la profession agricole française. J’ai répondu à cet appel à manifester car il faut communiquer cette réalité auprès du grand public, auprès des consommateurs. C’est notre rôle, notre responsabilité », précise Paul Hoffer, agriculteur à Altkirch.

Les mêmes règles pour tous

Les jeunes agriculteurs sont sur la même ligne. « Nous ne pourrons pas rivaliser avec leur agriculture, leurs modes de productions et les contraintes que l’on nous impose toujours davantage ici en France. Nous avons des cahiers de charges toujours plus imposants. En tant que jeune, oui, je suis dubitatif. Le but des jeunes agriculteurs est d’installer une nouvelle génération sur les exploitations et de les pérenniser. Mais, avec de tels accords internationaux, comment l’imaginer ? Quel avenir donner à ces jeunes, à nos jeunes ? Le but aujourd’hui est également de réveiller la population, de l’informer en distribuant des tracts », ajoute Patrick Meyer, agriculteur à Rixheim et secrétaire général des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin.

Tracteurs et agriculteurs prennent le chemin du centre-ville d’Altkirch. Ils s’arrêtent devant la mairie puis reviennent à la hauteur de la sous-préfecture où la paille est déversée. Aussitôt, les agriculteurs s’assoient pour mettre en image leur slogan : « Nous sommes sur la paille ». Sébastien Stoessel reprend : « Un peu de cohérence ! Nous demandons un minimum de respect et de reconnaissance. On se mobilise aujourd’hui car nous aimons notre métier, on y croit encore. Nous voulons encore être là demain. Nous n’attendons pas de miracle. Nous ne voulons pas de fausses promesses. Nous voulons juste pour pouvoir travailler décemment, vivre de notre métier, avec les mêmes règles qu’ailleurs dans le monde » s’agace Sébastien Stoessel. « Cet accord entraînera des dégâts dans nos territoires ruraux. Stop à cette surenchère », lance ensuite le président de la FDSEA 68, Denis Nass, devant ses collègues exploitants.

Le maire d’Altkirch et conseiller départemental, Nicolas Jander apporté son soutien à la cause : « La signature d’un tel traité de libre-échange ne serait pas une bonne nouvelle. Ni pour les consommateurs, ni pour vous agriculteurs car les normes sont différentes. Vous risquez de subir une concurrence déloyale ». Le président de la chambre d’agriculture d’Alsace et conseiller régional, Laurent Wendlinger demande qu’une délégation d’exploitants puisse être reçue par le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, de passage dans le Haut-Rhin le lendemain.

La sous-préfète d’Altkirch, Marie-Claude Lambert, a promis de relayer au plus haut niveau les inquiétudes des agriculteurs sundgauviens autour de ce très décrié projet. « Je vais les transmettre au Président de la République et au ministre de l'Agriculture. Vous exercez un métier difficile. L’État a toujours été à vos côtés et continue de l’être. Ces négociations ne sont pas terminées. Rien n’a encore été signé. Et merci pour tout ce que vous faites au quotidien ».

Les agriculteurs ont distribué des tracts aux passants ou discuté avec la population : « Nous ne demandons pas grand-chose. Juste un peu plus de prix pour survivre ! Et aucune concurrence déloyale sur les conditions de productions. Cela ne peut plus continuer de cette façon », conclut une jeune agricultrice, éleveuse à Largitzen

«Les consommateurs ont autant à perdre que nous »

Aux abords du rond-point qui fait la jonction entre la RD 83 et la RD 417 en direction de Munster, l’effervescence est bien moindre que dans les rues de la capitale sundgauvienne. Quelques jeunes agriculteurs installent la deuxième banderole du site le long d’une parcelle de vigne. Le « Oui à l’agriculture française » répond désormais au « Stop au Mercosur » installé au cœur du giratoire. Deux manières d’exprimer le même message et la même crainte liée à ce nouveau traité de libre-échange discuté en catimini entre la Commission Européenne et les pays sud-américains concernés. « On ne sait pas trop comment se passent ces négociations. Du coup, ça nous fait un peu peur. On voudrait un peu plus de transparence, cela nous permettrait d’être un peu plus sereins », témoigne le tout nouveau président des JA du Haut-Rhin, Ange Loing. Cette relative tranquillité d’esprit, les agriculteurs pensaient l’avoir au lendemain de la clôture des États généraux de l’alimentation. À Rungis, le président de la République, Emmanuel Macron, avait affirmé « qu’il fallait prendre le temps » de discuter de cet accord. « Nous, ça nous allait bien. On est aussi prêt à avancer et à discuter. Le problème est qu’il a un peu changé de discours dernièrement. Et ça, cela nous fait peur », témoigne Ange Loing. Pour une raison « inexpliquée » à ce jour, Emmanuel Macron s’est en effet prononcé pour une signature « rapide » de ce traité Mercosur. « Et dans la même période, on nous annonce un contingent de 70 000 tonnes de viande bovine supplémentaire importées d’Amérique du Sud. Forcément, cela inquiète la profession. »

D’autant plus que ce traité, en l’état actuel des choses, représenterait également une menace pour la filière sucrière plutôt dynamique en Alsace et dans le Grand Est. Dans l’absolu pourtant, les agriculteurs français ne sont pas contre les échanges tient à préciser Ange Loing. « Encore faut-il que cela soit avec les mêmes règles ! Et là, ce n’est clairement pas le cas. Leurs méthodes d’élevage ne sont pas les mêmes avec des règles sanitaires différentes. Ils utilisent par exemple des hormones de croissance et des OGM. Alors nous on veut bien faire toujours plus de qualité, mais si c’est pour importer des produits comme cela derrière, cela n’a aucun sens. » D’où la volonté des syndicats agricoles d’installer différentes banderoles à des lieux de passage très fréquentés par le public. « Cette qualité, ce sont les consommateurs qui en profitent ou non dans leur assiette. L’agriculture française est menacée avec un tel traité, mais le grand public a autant à perdre dans cette histoire. Il faut qu’il soit avec nous et non contre nous. C’est pour cela qu’on préfère manifester de la sorte plutôt qu’en bloquant les routes », indique Pierre Meyer, membre des JA du Haut-Rhin et administrateur national. Reste à savoir quel sera l’impact réel de cette mobilisation nationale sur le monde politique, le principal destinataire de cette inquiétude du monde agricole. « On aimerait bien un signe positif du président Macron avant le Salon de l’agriculture, ou pendant », ajoute Ange Loing. Sans ça, la grande messe annuelle de l’agriculture française risque d’être un peu agitée…

Armbruster Vignes

Produire bien et mieux

Technique

Publié le 16/02/2018

Après le matériel végétal et la gestion foliaire, puis les maladies du bois, ce troisième thème a attiré de nombreux viticulteurs. Ingénieur agronome chez Aurea, laboratoire d’analyse et de conseil agro-environnemental, Alain Kleiber a insisté sur la différence à faire entre nutrition et fertilisation. Pour lui, la quasi-totalité des interventions sur une parcelle sont des opérations de nutrition « organique, hydrique et minérale. Elle est totalement gérée par les équilibres hormonaux avec trois centres d’attraction : les grappes, les racines et les organes végétatifs en croissance. Ils émettent des hormones. C’est la nutrition », explique Alain Kleiber.

En revanche, on ne peut pas parler de nutrition azotée sans rapport C/N. « Avoir une teneur correcte en azote est inutile si les réserves glucidiques sont faibles. De même, avoir des réserves correctes en glucides est inutile si les réserves en azote sont faibles. Il faut donc un équilibre entre les deux. C’est cela la nutrition », ajoute l’expert agronome. Selon Alain Kleiber, la teneur en glucides du sarment explique 54 %, un peu plus de la moitié donc, de la variabilité de l’intensité de pousse le premier mois après débourrement. L’intensité est liée à la fois à des teneurs cohérentes en azote et glucides dans les bois, les deux critères cumulés expliquant 92 % de l’intensité de pousse (à volume de cep identique).

Quatre phases de développement

« Les racines d’un cep ont plusieurs fonctions. La première permet un ancrage et une stabilisation de la structure aérienne. La seconde concerne l’absorption de l’eau et des éléments minéraux. La troisième, la diffusion. La quatrième, la production d’hormones de croissance par le chevelu. La cinquième, le stockage des réserves, essentiellement glucidiques et, en moindre proportion pondérale, 75 % des réserves azotées. Il faut faire attention car les racines sont également des organes de consommation concurrentiels », précise Alain Kleiber.

La vigne a quatre phases de développement. Les deux premières, appelées phases juvénile et adulescente, concernent les quatre à dix premières années. Les deux suivantes sont la phase adulte et de sénescence. « Le rythme de développement racinaire est très important. Lors de la phase adulescente, on peut commencer à produire. Mais, le système racinaire a encore une capacité à se développer. Et, plus je vais produire ou surproduire, plus cela va bloquer le développement racinaire. Si l’on produit trop par rapport au potentiel du sol, les racines arrêtent alors de se développer. Cela se peut se produire dès la quatrième année. Les conditions climatiques défavorables peuvent être la seconde raison provoquant ce blocage de développement racinaire. On passe alors directement à la phase adulte », souligne Alain Kleiber.

Pour l’expert, chaque viticulteur peut faire selon sa propre façon de travailler, sa propre philosophie. Tout dépend de son objectif de production sachant que la phase adulescente peut débuter dès la troisième année de la vigne et jusqu’à la huitième ou même dixième année si tout va bien. La phase de sénescence, la dernière, est consacrée à de l’entretien. On perd alors en rentabilité. « La phase juvénile permet d’installer le plus rapidement possible le potentiel de production (bois et racines). C’est lors de la phase adulescente que l’on peut commencer à produire et à valoriser le potentiel de croissance racinaire. Lors de la phase adulte, on produit selon ses objectifs et on tente de maintenir le potentiel des ceps. Il faut faire attention à ne pas dégrader le potentiel racinaire. Enfin, lors de la phase de sénescence, on soutient les ceps tant qu’ils sont rentables. »

Confort racinaire

Alain Kleiber s’est ensuite intéressé au pH de l’eau du sol en insistant sur les notions de confort racinaire. Il a invité les professionnels à raisonner leur travail et donc leur sol avant toute plantation. Il a également fait des rappels sur la mise en réserve. En nutrition, il y a trois types de besoin : la production de l’année, les besoins végétatifs, la préparation de l’année suivante. « La production de l’année concerne 15 % de l’azote. C’est le rendement. Les besoins en azote de la vigne ne sont pas proportionnels au rendement. C’est spécifique aux plantes pérennes et surtout à la vigne. Les besoins végétatifs de l’année, c’est 35 % de l’azote. C’est la croissance de l’année. La préparation de l’année suivante, c’est 50 % de l’azote. La moitié de la consommation d’azote en 2018 prépare donc 2019. Pour le potassium, c’est différent. 10 % vont pour le besoin végétatif de l’année. Il y a peu de potassium à mettre, par exemple, sur les jeunes vignes. 35 % vont à la préparation de l’année suivante, 55 % à la production de l’année. Là, par contre, c’est impacté par le rendement », précise Alain Kleiber.

Des propos qui ont suscité de nombreuses questions des professionnels. Il faut dire que les derniers millésimes ont été complexes et atypiques. Aymé Dumas, du service technique d’Armbruster Vignes, est ainsi revenu sur le bilan de la saison viticole 2017. « Toute la France a été impactée par le gel, qui a entraîné des pertes de rendement, de l’ordre de - 21 % en Alsace. Le déficit hydrique a été d’environ 100 à 150 mm. Ce mois de janvier 2018, c’est le contraire, avec 180 à 220 mm selon les endroits. 250 parcelles sont suivies chaque année pour l’esca. La situation était normale l’année écoulée, contrairement à 2016 où c’était l’hécatombe. »

Aymé Dumas a insisté sur la nécessité de bien contrôler les pulvérisateurs en présentant Qualidrop : « Ce système permet de vérifier le bon réglage de votre pulvérisateur, de limiter la perte directe de produits phytosanitaires dans l’air ou au sol. Le but est de cibler la végétation et d’optimiser la protection de vos vignes. »

Association de la race bovine Vosgienne du Haut-Rhin

« Surfer » sur l’image positive de la Vosgienne

Élevage

Publié le 15/02/2018

« L’année 2017 a été pour nous un véritable challenge avec l’organisation réussie de cette première fête de la transhumance à Muhlbach-sur-Munster et les animations organisées en parallèle. Nous devons continuer à « surfer » sur l’image positive de la Vosgienne », a expliqué en introduction Florent Campello, président de l’association. Après l’approbation des comptes financiers et le renouvellement du conseil d’administration, les éleveurs ont évoqué les activités de l’organisme de sélection. Depuis quatre ans, une commission « allaitante » est en place. Elle effectue les contrôles de performance et les professionnels, souvent des jeunes, participent aux différents concours. Des vaches destinées à donner naissance à des taureaux ont été sélectionnées. « Une soixantaine de vaches ont été repérées sur la base d’index. On en a retenu 22 ou 23. Cela a permis de réaliser un planning d’accouplement. On va ensuite suivre les taureaux qui vont naître. Ils seront mis en pépinière avant d’être repris à l’achat par les éleveurs, sous certaines conditions. Les éleveurs devront, par exemple axer l’insémination sur l’aspect qualitatif de la viande de Vosgienne. La Vosgienne revient dans sa mixité même si les allaitantes sont en nombre plus important dans les Vosges que dans le Haut-Rhin », explique Mélanie Gutzwiller, technicienne de l’OS.

« La région porte notre massif »

En 2017, les éleveurs de Vosgiennes ont participé au concours à Paris. « C’est la première fois que vingt animaux, dont quatre vaches allaitantes étaient en concours. Nous étions également à Épinal pour la dernière d’Eurogénétique, à la fête de l’Estive et la transhumance à Allanche, en qualité de race à l’honneur. Cette année à Paris, cinq vaches seront présentes dont une allaitante en présentation avec son veau », précise Mélanie Gutzwiller. Au salon de l’agriculture, les races de massif seront mises en avant. La vache Vosgienne va donc se retrouver sur un stand commun aux côtés, notamment de l’Aubrac, la vache à l’honneur cette année. Les éleveurs seront également présents sur le stand de la région Grand Est avec un espace privé de 72 m2. « La région porte notre massif et notre race. Nous allons pouvoir communiquer », se félicite le président. Pour la manifestation « Cœur d’Elevage » à Colmar, les éleveurs de Vosgiennes regrettent les dates retenues du 21 au 23 juin : « il est difficile de mobiliser les éleveurs de Vosgiennes qui, le plus souvent, sont à cette époque de l’année dans leurs fermes-auberges. Nous allons pourtant tout faire pour présenter une quinzaine d’animaux car c’est évidemment important que la race soit présente à Colmar ». Le concours se déroulera le vendredi 22 juin ; les animaux arriveront le mercredi pour repartir le dimanche matin.

Dématérialisation

A propos du logiciel Est Elevage, Mélanie Gutzwiller a précisé que : « D’ici quelque temps, les passeports de vos animaux seront dématérialisés. Pour anticiper cette dématérialisation, nous présentons ce logiciel développé par les éleveurs du Grand Est. Ce dernier doit permettre de procéder à toutes les identifications d’animaux nécessaires, noter tous les traitements sanitaires, suivre la reproduction de l’élevage, piloter son contrôle laitier et consulter toutes les données de son élevage ». A l’issue de la réunion, les éleveurs ont déjeuné à la ferme-auberge du Schnepfenried avant de découvrir les installations de la ferme Deybach.

Syndicat des éleveurs de la race Montbéliarde

Coeur d’élevage : un nouveau défi

Élevage

Publié le 11/02/2018

Pour les professionnels présents autour de leur président Jean-Philippe Meyer, cette manifestation représente un nouveau défi. Une opportunité qui doit permettre d’organiser un beau rassemblement de la Montbéliarde du Grand Est. « Nous espérons que vous serez toutes et tous mobilisés à nos côtés. Précisons également que « Cœur d’Élevage » n’aura pas d’incidence sur le concours de Habsheim qui reste une priorité pour le syndicat. Habsheim doit perdurer avec nos différents partenaires », explique Jean-Philippe Meyer. Des propos complétés par le président de la commission « Elevage » de la Chambre d'agriculture Alsace, Sébastien Stoessel : « Nous avions des doutes sur la poursuite de la manifestation à Habsheim, c’est vrai. Mais, nous en avons discuté tous ensemble. Nous avons tous constaté que ce concours de Habsheim participe grandement au maintien de la dynamique de l’élevage dans le Haut-Rhin. Les quelques nouveautés de l’édition 2017 ont permis d’équilibrer les comptes. Et le public a apprécié les présences des producteurs de yaourts « A güeter », des bouchers ou encore des producteurs du réseau « Bienvenue à la ferme ». Cette dynamique est à pérenniser. Pour « cœur d’Élevage », nous n’avons aucune crainte sur la réussite de cette première édition. « Colmar 2016 » a montré que nous étions capables d’organiser de tels événements. Et, avec le Space à Rennes et le sommet de l’élevage à Clermont, il fallait organiser quelque chose dans le Grand Est. Tout le monde a sa place. Le syndicat des éleveurs de la race Montbéliarde est dans cette dynamique. Cette salle assemblée générale qui fait le plein, montre que vous arrivez à vous fédérer. Cela sera encore le cas cette année, tant à Colmar qu’à Habsheim ». Il est important de communiquer de manière positive, de montrer ce que chacun fait, de valoriser la race et ses éleveurs. « La vocation de la Chambre d'agriculture est de vous accompagner financièrement, techniquement et humainement avec la mise à disposition du personnel pour le concours. C’est un engagement qui s’inscrit dans la durée », ajoute Sébastien Stoessel.

De nouveaux taureaux

Les éleveurs de Montbéliardes s’activent à faire progresser la race. À l’image du Gaec Babe à Courtavon honoré pour les performances génétiques de nombreuses vaches du cheptel. D’autres élevages ont également été salués pour leur travail : le Gaec du Haut Sundgau à Linsdorf, le Gaec des Rivières à Gommersdorf ou encore le Gaec des Merelles à Lapoutroie.

Baptiste Mamet de l’OS Montbéliarde a listé les différents index existants et présenté une étude sur un index vaches de « réformes » pour 2017-2018, l’objectif racial actuel étant le maintien de l’aptitude bouchère Isu 2012. Pierre-Elie Richard a présenté la campagne d’Elitest et notamment le nouveau catalogue avec quatre nouveaux taureaux et cinq autres conventionnels. 91 embryons de la station ont été posés en un an. Le Haut-Rhin représentant un tiers de ces embryons. Par ailleurs, toujours dans le département, 19 femelles ont été génotypées à 141 d’Isu de moyenne. Le technicien a fait la promotion de la prochaine journée consacrée à la Montbéliarde le 14 mars à Colombey les Choiseuls en Haute-Marne. L’occasion de travailler en salle le matin et de découvrir un élevage l’après-midi.

En 2018, les éleveurs du syndicat de la race Montbéliarde du Haut-Rhin participeront au concours de l’Axone de Montbéliard, à la marche du printemps et au traditionnel méchoui du mois d’août ! Sans oublier évidemment aux préparatifs de « Cœur d’Élevage » et du concours départemental de Habsheim. Une forte activité qui explique la participation nombreuses des éleveurs, venus aussi découvrir l’élevage de Jean-Pierre Oberli à Soubey, dans la Suisse voisine. L’occasion d’observer une autre façon de travailler dans cet élevage qui est passé d’un troupeau red-holstein à de la Montbéliarde.

Les vidéos