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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Institut national de la recherche agronomique

Philippe Mauguin visite le centre Inra Grand Est de Colmar

Vigne

Publié le 07/02/2017

Nommé à l’issue du Conseil des ministres du 19 juillet 2017, Philippe Mauguin a succédé à François Houllier. Depuis, il se fait fort de visiter l’ensemble des centres de l’Inra. « Il y en a 17 en France. J’estime que c’est la moindre des choses de me présenter aux 10 000 agents, de les écouter, de discuter avec eux et d’évoquer les orientations à venir en matière de recherche. Je suis heureux de cette visite à Colmar. Je suis même enthousiaste par rapport à ce que je viens de voir. Il y a ici à Colmar des sujets complexes qui sont travaillés et développés. Je pense notamment à tout ce qui concerne la compréhension du vivant, à la protection de la vigne. Il y a ici de l’innovation », se félicite Philippe Mauguin.

Pendant plus de deux heures, le président directeur général de l’Inra a ainsi visité le centre de Colmar. Il était accompagné de Philippe Chemineau, directeur de l’action régionale, de l’enseignement supérieur et de l’Europe, de Claude Ronceray, directeur général délégué à l’appui à la recherche, de Christian Huyghe, directeur scientifique agriculture, de Frédérique Pelsy, présidente du centre de Colmar, des directeurs d’unités, des responsables d’équipes et des partenaires académiques.

« Nous avons la meilleure recherche »

Philippe Mauguin a, par exemple, rencontré l’équipe génétique et amélioration de la vigne qui lui a présenté les infrastructures du centre de Colmar pour le phénotypage et le génotypage avec des projets intégrés pour une viticulture durable. Mais également la plateforme d’évaluation de systèmes viticoles innovants, l’unité mixte de recherche pour la santé de la vigne et la qualité du vin, l’équipe « agriculture durable », le service d’expérimentation agronomique et viticole ou encore la plateforme d’étude du recyclage des produits résiduaires organiques. « Le centre de Colmar compte quatre unités dont deux unités mixtes et une unité expérimentale, 128 agents et dispose d’un budget de 6,3 millions d’euros, dont 1,149 M€ en ressources propres. Nous avons par ailleurs 41 conventions de partenariat dont 3 avec l’Europe et une avec la région », explique Frédérique Pelsy.

Philippe Mauguin a salué le travail et les actions menées à Colmar. « C’est la force de l’Inra qui fête cette année ses 70 ans. Le travail de ses centres en région. Nous avons la meilleure recherche et elle est au service de la population agricole et viticole. Chaque centre a ses spécificités. La semaine dernière, j’étais en Guyane. Là-bas, il y a également une équipe extraordinaire qui fait notamment des études sur la forêt amazonienne pour sélectionner et étudier le changement climatique dans la forêt. La semaine prochaine, je vais aller en Corse où sont menées des études sur les agrumes. Cette variété dans la recherche, c’est notre force », ajoute Philippe Mauguin. Et de rappeler que l’Inra est le deuxième organisme de recherche mondial et qu’il entend le demeurer. Concernant le budget de la recherche, il est serré. « Il va, par exemple, falloir financer des postes de renouvellement de chercheurs ici à Colmar qui vont partir dans les prochaines années à la retraite. Il y a sur ce point une forte attente. Mais, je fais confiance à l’État et aux collectivités pour soutenir la recherche publique », conclut Philippe Mauguin dont le mandat, le premier, court désormais pour quatre années, jusqu’en 2020.

Avec l’Opaba et la Chambre d'agriculture d’Alsace

L’élevage bio se structure

Élevage

Publié le 05/02/2017

En 2014, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) avait lancé une étude de faisabilité auprès de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse sur un projet collectif bio. « Cette étude avait démontré la pertinence du projet car il était relatif au maintien de l’herbe dans cette zone géographique du département du Haut-Rhin et offrait une solution au problème des points de captage d’eau. Nous avons étudié avec différents partenaires, au sein d’un comité de pilotage élargi, des exemples de valorisation du lait en France, mais également en Suisse et en Allemagne. Tout le monde a été impliqué : les producteurs bios ou non, les collectivités, les laiteries, les partenaires techniques, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), et bien entendu l’Opaba. Cela a bien fonctionné. Et les producteurs bios ont finalement décidé de privilégier la filière longue. Biolait s’est également montré intéressé par la démarche et a accepté de collecter dans cette zone. Cette vision partagée a fait consensus à l’époque », explique Christophe Ringeisen, chargé de mission à l’Opaba et responsable de l’animation territoriale renforcée dans le sud du Haut-Rhin.

Biolait est un groupement de producteurs spécialisé dans la collecte et la revente de lait bio un peu partout en France. Après une expérience réussie et toujours en cours, notamment en Lorraine et dans les Vosges, ce groupement a accepté d’élargir sa zone au Territoire de Belfort et au sud du Haut-Rhin à partir de janvier 2015. « Cette nouvelle collecte a débuté avec 800 000 litres provenant de cinq fermes, et la perspective d’une augmentation rapide du volume et d’une extension de la zone de collecte jusqu’au Centre Alsace », explique Sophie Delattre, conseillère référence en agriculture biologique à la CAA. Parmi ces cinq fermes, celle de la famille Scherrer, la ferme du Galgenbourg à Masevaux, ou encore le Gaec de l’Ill, de Frédéric Tritsch à Sausheim. Au printemps 2015, trois nouvelles fermes ont engagé leur conversion en agriculture biologique, dont celle de Cédric Goldschmidt à Dannemarie (lire notre article ci-contre en page 12) et quatre ont fait ce pas en 2016. « La collecte de Biolait a créé un « appel d’air » pour les éleveurs laitiers du Haut-Rhin et du Centre Alsace. D’autres projets sont depuis en cours de réflexion », ajoute Sophie Delattre.

Des solutions pour tout le monde

Et pour répondre aux spécificités des éleveurs bios dans les secteurs concernés, la CAA a missionné un conseiller d’élevage du Contrôle laitier sur le bio. Depuis le mois de décembre 2016, Alain Marcillet assure le suivi chez les éleveurs et l’accompagnement des conversions, notamment dans le Sundgau. « Je suis conseiller d’élevage depuis trente ans, spécialisé en qualité du lait. J’avais choisi de postuler pour cette nouvelle responsabilité, car le bio est pour moi un mode de production qui véhicule des valeurs essentielles : placer l’éleveur au centre de son exploitation et surtout donner à manger aux vaches ce pour quoi elles sont faites : de l’herbe. La contrainte en bio, c’est que tout ce qui est acheté à l’extérieur est très coûteux. Nous devons donc aider les éleveurs à viser l’autonomie alimentaire et à raisonner l’achat de concentrés. Ma mission est double : proposer aux éleveurs des informations techniques et les accompagner techniquement et collectivement en les réunissant », précise Alain Marcillet.

L’herbe occupe une place essentielle dans le système fourrager. Elle prend la place du maïs. Une plus grande attention doit être portée à la conduite des prairies et à la gestion du pâturage. Au niveau de la conduite du troupeau, le conseil est axé sur la prévention. « Dans mon idée, on parle là de bon sens paysan. Il y a des choses simples à faire. Et du fait de la crise actuelle, les gens raisonnent différemment. Désormais, beaucoup de jeunes sont intéressés et ouverts à la production biologique. Il faut les accompagner, les suivre, répondre à leurs questions, leurs inquiétudes. Il y a des solutions pour tout le monde. Individuellement comme collectivement », ajoute Alain Marcillet.

À la CAA, le service s’organise autour de Sophie Delattre, Pascale Knepfler, conseillère économique, et Benoît Gassmann, en charge d’un groupe sur les grandes cultures. Ce « pôle » bien structuré complète les actions menées par l’Opaba. Une aide précieuse pour pérenniser dans le temps cette dynamique. Car Biolait cherche du lait jusqu’au sud du Bas-Rhin. De nouveaux éleveurs seront donc les bienvenus. La conversion à l’agriculture biologique est un choix à long terme qui implique des orientations importantes pour un agriculteur dans la conduite de son exploitation. C’est une décision qui doit être mûrement réfléchie et préparée.

Accompagner les producteurs

Car la première préoccupation de l’Opaba est de pérenniser cette zone de collecte. « L’objectif est d’arriver à une collecte de 2 millions de litres de lait pour avoir une durabilité économique. Pour y parvenir, nous informons les agriculteurs. En 2015, nous avons organisé une journée technique chez Antoine Richart à Roppentzwiller. Il nous avait fait part de sa propre expérience, expliqué son parcours et sa philosophie. Lors de cette journée, nous avions accueilli pas moins de 80 personnes. Cette journée a suscité de l’intérêt et, depuis, il y a eu des gens qui ont entamé des conversions. Elle a contribué à la vision positive de la production biologique. En 2016, il y a eu 55 engagements toutes filières confondues en Alsace, dont trois professionnels en bovin lait dans le Sundgau : la ferme de la Petite Prairie à Ranspach-le-Haut, le Gaec du Morimont à Oberlarg et le Gaec Green Farm à Burnhaupt-le-Bas. Il y a donc une réelle dynamique et une véritable évolution », se félicite Christophe Ringeisen.

De nouvelles journées techniques seront organisées pour la filière laitière. En grandes cultures, une recrudescence des conversions est perceptible depuis deux ans. « Là également, nous cherchons à accompagner les agriculteurs concernés et à structurer la filière car il y a des débouchés variés intéressants. Et les collecteurs et les metteurs en marchés sont en plein développement. Il faut donc que les producteurs s’investissent dans ces nouveaux marchés. Et les producteurs alsaciens y ont toute leur place. Dans le Sundgau, la dynamique de conversion est plus récente. Il n’y a pas encore de « piliers » de l’agriculture biologique. Nous consolidons actuellement les demandes. Je suis là pour suivre les projets, développer les circuits, parler du bio, en lien avec les collectivités de ce territoire spécifique », conclut Christophe Ringeisen.

Chambre d'agriculture d’Alsace, FDSEA et Ja du Haut-Rhin

Journée à la ferme pour le Préfet du Haut-Rhin

Vie professionnelle

Publié le 03/02/2017

Après la viticulture et la filière céréalière, l’élevage et l’eau étaient au programme de Laurent Touvet. « Dans mes responsabilités, il y a beaucoup de papiers, de responsabilités administratives, d’échanges avec l’État et ses administrations. Concernant mes relations avec le monde agricole, je suis aidé et conseillé par les services de la direction départementale des territoires (DDT). Mais, rien ne remplace le contact direct, le dialogue avec les élus, les responsables professionnels, et les rencontres plus personnelles avec les acteurs du quotidien. C’est de cette manière que l’on mesure plus facilement les enjeux et les contraintes des uns et des autres. Je m’étais félicité de mes deux premières rencontres avec les viticulteurs et les céréaliers. Ici, dans le Sundgau, le monde de l’élevage, j’en suis convaincu, mène une action toute aussi pertinente », affirme en introduction, le Préfet du Haut-Rhin Laurent Touvet. Il a été accueilli à la ferme du Willerhof de la famille Richard à Fislis par de nombreux élus locaux et les représentants de la profession agricole au premier rang desquels le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace Laurent Wendlinger, le président de la Fdsea du Haut-Rhin Denis Nass et le président des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin Christophe Bitsch.

De la viande à partir du veau

L’Earl Richard est spécialisée en viande bovine. « Il s’agit d’une exploitation familiale. Avant nous, il y a eu deux générations d’exploitants. Je me suis installé en 1998. J’étais dix années en Gaec avec mes parents et, depuis 2007, la ferme est en Earl. Nous produisons ici de la viande à partir de veaux de huit jours pour les amener en taurillons. Il y a 250 bêtes et un atelier d’engraissement jeune bovin. 80 hectares des surfaces de l’exploitation sont destinés à l’alimentation des bovins, du fourrage. Nous consacrons 40 à 45 hectares au maïs ensilé et 25 hectares pour les céréales à paille. Du blé et de l’orge qui sont broyés pour les animaux. L’herbe et les prairies permanentes sont localisées au bord des forêts et des cours d’eau », explique Olivier Richard, son gérant.

Le Préfet l’interroge sur la conduite de l’exploitation, les conditions de travail, la réalité économique. Réponse immédiate : « Je dois faire à une baisse de 25 % de mes récoltes ces deux dernières années. Et, comme si cela ne suffisait pas, une coopérative bas-rhinoise où partaient mes animaux s’est retrouvée en liquidation judiciaire il y a quelques mois. Du coup, 24 bovins sur 200 ne m’ont pas été rémunérés », précise l’agriculteur.

Des difficultés économiques qui s’ajoutent à une complexité administrative bien française comme le rappelle le président de la Fdsea du Haut-Rhin Denis Nass. « La politique agricole commune en est un exemple malheureux. Quotidiennement, le Ministère de l’agriculture nous donne des obligations supplémentaires à respecter. Alors que beaucoup d’agriculteurs n’ont même pas encore été payés pour leur Pac 2015. Il y a beaucoup d’effets d’annonces et des messages difficiles à décrypter. L’État bricole beaucoup sur le dos de la profession agricole. Les éleveurs souffrent terriblement, eux qui travaillent 365 jours par an. Mais que serait le Sundgau sans l’élevage ? Il est désormais vital de construire de vraies perspectives d’avenir pour les agriculteurs qui méritent une reconnaissance et surtout de pouvoir vivre décemment du fruit de leur travail. Oui, il faut redonner du poids aux agriculteurs pour qu’ils puissent à nouveau valoriser leurs productions. L’agriculture doit être la priorité des prochaines élections présidentielles et législatives », affirme Denis Nass. Le président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin Christophe Bitsch donne l’alerte : « sur les deux dernières années, on constate une baisse de 30 % des installations en élevage, soit une année qui manque en renouvellement tous les trois ans. Or, que deviendra le Sundgau s’il n’y a plus l’élevage ? ».

La réalité du territoire

Vient la visite de l’exploitation. L’un des bâtiments a bénéficié d’aides dans le cadre d’un premier « plan bâtiment » pour le stockage de fourrage en 2007. Un second a été terminé le 15 octobre dernier. Un ancien corps de ferme permet d’installer trois lots de 25 veaux. Le Préfet découvre une exploitation fonctionnelle où les animaux profitent d’installations modernes et bien entretenues. « Je suis un enfant de la ville et je découvre avec plaisir cette exploitation. Vous travaillez dans des conditions difficiles, mais vous y faites face par votre travail, votre énergie et votre passion. Je suis impressionné par la dimension de votre entreprise. Vous attendez désormais un retour financier et une reconnaissance de la société. C’est parfaitement légitime. Notre responsabilité est de faire comprendre à la société d’aujourd’hui plutôt citadine vos réalités professionnelles. Concernant l’État que je représente, je tente d’appliquer des lois nationales. Néanmoins, j’essaie de les faire appliquer localement en bonne intelligence, et en prenant en compte la réalité de ce territoire », précise Laurent Touvet. Denis Nass en profite également pour évoquer le fonctionnement de l’abattoir départemental à Cernay. « Nous cherchons à le structurer différemment. Il faut, par exemple, encore augmenter en volume la chambre froide. C’est actuellement ce qui nous limite. Nous comptons travailler davantage avec la coopérative agricole de céréales ici dans le Haut-Rhin. Un travail doit également être réalisé avec les structures qui existent dans le Bas-Rhin et en Lorraine pour avoir une pertinence d’action sur tout le Grand Est ».

Le prix du lait

Le Préfet du Haut-Rhin et les représentants de la profession agricole rejoignent ensuite l’exploitation de la famille Rein à Seppois-le-Haut (lire notre dossier Batiment dans l’édition du 27 janvier). Guillaume et Jérémie Rein présentent leur exploitation laitière. On y discute notamment du prix du lait. Les deux éleveurs vendent leur lait depuis cinq ans à une coopérative allemande. Les travaux dans les deux nouveaux bâtiments ne sont pas encore terminés. « Avec le prix du lait et la réalité économique, nous ne pouvons pas nous le permettre actuellement. Il y a d’autres priorités », expliquent les éleveurs. Ils relatent leurs relations avec les laiteries, les banques, les organismes administratifs. Le président du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace Sébastien Stoessel fait le même constat. « Pour le prix du lait, les laiteries en France sont souvent très réactives pour un prix à la baisse et beaucoup moins quand il s’agit de faire appliquer des hausses. On nous prend pour des c… ». Pour les frères Rein : « Il fallait investir pour faire cette sortie d’exploitation. Pour nous et pour la génération suivante. Mais, sans manque de visibilité, c’est effectivement très compliqué ».

Que de chemin parcouru

La dernière partie de la matinée se fait dans une salle de Seppois-le-Haut. Nathalie Brobeck-Allard, chef du service « eau » à la Chambre d'agriculture d’Alsace présente la méthode mise en place dans le Haut-Rhin ces dernières années concernant l’eau et les captages prioritaires. Il existe une quinzaine de captages Grenelle dans le Sundgau qui représentent une surface 3 500 hectares cultivés et plus de 250 exploitations agricoles. Un plan d’action de quatre axes a été mis en œuvre : la communication et la mobilisation des acteurs (élus, agriculteurs, etc...), la correction d’utilisation des engrais, les mesures préventives (l’herbe, les mesures agri environnementales) et les mesures plus fortes comme l’agriculture biologique, le foncier et la diversification.

« Pour les mesures agro-environnementales (MAE), plus de 2 000 ha sont concernés dans le Sundgau et 8 000 ha en mesures agro-environnementales territorialisées (MAET) réduction des herbicides. Nous avons également mené des actions de formation, d’incitation à installer des bandes enherbées pour intercepter le ruissellement, favoriser la filière herbe avec le SMARL (syndicat mixte pour l’aménagement et la renaturation de la Largue), sans oublier le développement de nouvelles filières valorisant les productions agricoles. Les résultats sont sensibles avec une nette amélioration de la qualité de l’eau ».

Le président du SMARL Dany Dietemann estime qu'« Aujourd’hui, si nous avons ces résultats en assainissement et en qualité de l’eau, c’est grâce au travail considérable mené avec les agriculteurs. Nous sommes arrivés à mettre en place un dispositif qui permet d’avoir une qualité de l’eau et d’avoir sorti une quarantaine de communes de la zone vulnérable. L’action agricole a été bénéfique et au service de l’eau. Et si on veut que cela se pérennise à l’avenir, il est indispensable que les communautés de communes locales prévoient des actions avec les agriculteurs et que ces derniers soient rétribués en tant que prestataires de services. Un service qui est énorme pour la santé des gens ».

Que de chemin parcouru depuis le début des années 1990 comme l’a rappelé de son côté le président de la CAA Laurent Wendlinger. Un travail apprécié par le Préfet du Haut-Rhin. « J’ai effectivement apprécié cette journée. Je me suis senti en phase avec vous. Je suis convaincu que nous devons intensifier notre partenariat. Une bonne réglementation est celle qui est claire, compréhensible et facilement applicable à la fois à l’agriculture et à l’environnement. Vous avez déjà énormément travaillé. Continuons à œuvrer ensemble. Nous ferons d’autres journées sur d’autres thèmes avec vous ».

Cédric Goldschmidt à Dannemarie

Le bio, naturellement

Élevage

Publié le 02/02/2017

L’exploitation de la famille Goldschmidt occupe une surface de 90 hectares. Elle compte une cinquantaine de vaches laitières holstein pour une production de 450 000 litres de lait. On y cultive du maïs, du blé et, depuis la conversion, de l’herbe. Âgé de 35 ans, Cédric Goldschmidt travaille seul. Il est aidé par son épouse qui lui donne des coups de main « administratifs » et par son père retraité. « J’ai changé d’état d’esprit lors de mon apprentissage. J’étais sur une ferme en cours de conversion. À cette époque, la pratique de l’agriculteur était en contradiction avec ce que j’apprenais à l’école. Cela a éveillé ma curiosité, car ce que je faisais au quotidien ne me convenait pas. Je le faisais par automatisme, par obligation. Or, je voyais mon avenir différemment. Dans le même temps, ma laiterie Eurial (ex-Senagral) a proposé aux éleveurs de l’association des huit cantons de passer en bio en 2009. J’étais intéressé, mais le projet est tombé à l’eau. À titre personnel, j’étais pourtant prêt. Mais il fallait trouver des débouchés pour entamer cette démarche, sinon cela n’avait aucun sens », explique Cédric Goldschmidt.

Le jeune éleveur poursuit son cheminement intellectuel. En 2012, il visite deux fermes équipées de robots de traite compatibles avec la production biologique. Pour lui, c’est une sorte de « feu vert » pour investir et franchir le pas. Et quand il apprend la relance d’une collecte par Biolait, il contacte sa laiterie qui ne le freine pas. Au mois de mai 2015, il signe et entame sa procédure de conversion.

De la phytothérapie

Depuis, il travaille différemment. « Je ne fais plus aucun traitement. Il n’y a plus de produits et ni engrais chimiques dans les champs. J’apporte encore de l’engrais organique. Le désherbage est mécanique. J’ai mon propre lisier et mon propre fumier. Pour l’ensemencement des prairies, je vais jusqu’à récolter trois, quatre ou même cinq coupes d’herbe. Bien évidemment, il a fallu que j’investisse dans du matériel mécanique de désherbage et le travail est différent. C’est une redistribution du temps du travail nécessaire. Mais les premiers résultats sont encourageants. Cet automne, les rendements des cultures ont été divisés par deux. Mais, le coût du traitement de ces mêmes cultures permet d’économiser des charges. Je m’y retrouve et surtout, je redécouvre une autre façon de cultiver sans produit chimique. »

Depuis l’automne, il soigne également ses animaux avec moins d’antibiotiques et en utilisant des produits à base de plante. Une technique issue de la phytothérapie. « On a fait cette transition le plus lentement possible pour ne pas perturber les animaux. Et ils se sont bien adaptés. Leur ration en hiver est également différente. Avant je leur donnais deux tiers de maïs et un tiers d’herbe. Aujourd’hui, c’est trois quarts d’herbe et un tiers de maïs. Et ma production de maïs a diminué. Elle a même été divisée par deux. La part de l’herbe est désormais prédominante sur l’exploitation », précise Cédric Goldschmidt.

Économiquement : ni mieux, ni pire !

Le jeune éleveur est impatient d’arriver à la fin de cette période de conversion, au mois de mai 2017. Les charges des produits biologiques sont élevées et le prix du lait est, comme pour tous les éleveurs, assez bas actuellement. La prime de conversion de sa laiterie (30 € les 1 000 litres) ne permet de compenser qu’une petite partie de ces coûts. « La situation économique actuelle n’est pas favorable, c’est certain. L’année 2016 a également été mauvaise pour les éleveurs en conventionnel. Je ne ressens pas davantage la crise actuelle. Demain, je sais que je ne vais pas gagner davantage, mais que je vais vivre aussi bien que mes collègues en conventionnel, et sans utiliser de produits chimiques. Je suis satisfait de mes choix qui sont en accord avec ma philosophie de vie. Et puis, pour revenir à l’année 2016, elle a prouvé une nouvelle fois que l’on pouvait faire comme on voulait. Mais si le climat n’est pas de la partie, nos pratiques ont leurs limites. C’est aussi ce qui m’encourage à poursuivre », relève l’éleveur.

Cédric Goldschmidt n’hésite pas à suivre des programmes de formation pour continuer à évoluer et à apprendre des nouveautés. Il est aidé et conseillé par les techniciens de la Chambre d'agriculture d’Alsace et de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). « Je remercie notamment Sophie Delattre et Benoît Gassmann. Ils m’ont toujours soutenu. Leurs conseils me permettent de faire en sorte que cette période de conversion se passe au mieux. »

Un nouveau camion de collecte viendra à la ferme à partir du 1er mai prochain. Il devra patienter une année encore pour ses autres cultures. 2018 sera la première année complète en production biologique pour l’ensemble de son exploitation. Un nouveau cap sera franchi. « Je comprends parfaitement celles et ceux qui, dans la profession, se posent des questions. Avant de chercher à changer ses productions, il faut surtout bien réfléchir, observer, et se renseigner pour savoir vers quoi on veut aller. Pour ma part, je ne regrette rien même si je sais qu’à l’avenir, il va falloir que je m’adapte, encore et toujours », conclut Cédric Goldschmidt.

Syndicat des éleveurs de la race Montbéliarde du Haut-Rhin

« Il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation »

Élevage

Publié le 02/02/2017

Le président du syndicat, Jean-Philippe Meyer, n’a pas caché sa satisfaction. Malgré les difficultés économiques actuelles, les éleveurs sont mobilisés pour participer au dynamisme du syndicat. Ce dernier compte 30 adhérents pour 1 912 vaches (une hausse de 46 vaches par rapport à 2015) et pour 4 192 résultats en toute lactation (439 609 au niveau national). Le syndicat a participé à de nombreuses manifestations. L’école des jeunes présentateurs tout d’abord. En 2016, la journée de formation s’est déroulée le 27 août à l’Earl du Bergfeld à Gommersdorf avec seize participants. Le concours d’Habsheim ensuite où douze élevages étaient présents sur un total de 42. « Vous avez une nouvelle fois montré la qualité de vos vaches et votre passion. Je pense notamment à l’Earl Hatstatt à Muespach et sa championne jeune et grande championne Holly, au Gaec Babé à Courtavon et sa championne adulte Fortuna, au Gaec Stoll récompensé du meilleur lot d’élevage ou encore à Marie Herscher du Gaec du Blochmont première chez les jeunes présentateurs », a rappelé Isabelle Hofstetter. Sans oublier enfin, la présence de nombreux membres du syndicat à la confrontation européenne à Colmar du 17 au 19 juin 2016. « Cela a été une belle réussite. Nous avons accueilli plus de 25 000 personnes. L’événement a eu un impact incroyable tant localement qu’au niveau international. À chaque fois que je me déplace, en Alsace, en France ou à l’étranger, j’ai des témoignages positifs. Merci pour votre soutien. Le club Holstein 68 vous en est reconnaissant. Il y avait 280 bénévoles haut-rhinois et votre syndicat était très bien représenté. Nous avons réussi ensemble », témoigne le président du club Holstein 68, Thomas Prinz. Et, en signe de reconnaissance et d’amitié, il a profité de cette assemblée générale pour remettre à Jean-Philippe Meyer un chèque de 3 000 € dont pourra profiter le syndicat des éleveurs de la race Montéliarde du Haut-Rhin.

Se retrouver avec une exploitation vivable et viable

Lors de cette réunion, le président du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace Sébastien Stoessel est revenu sur la situation économique actuelle. « Chacun doit avancer à son rythme. C’est d’autant plus important qu’il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation, dans sa manière de travailler. L’essentiel, c’est de se retrouver avec une exploitation vivable et viable. À un niveau général, nous faisons désormais partie de la Région Grand Est. Nos deux départements alsaciens travaillent en commun. Et nous, à la Chambre d'agriculture, nous avons anticipé les choses et cette réforme territoriale. Cette stratégie s’avère heureuse. On pèse davantage en parlant d’une seule voix, en essayant d’avancer intelligemment. C’est le cas, par exemple, pour le contrôle de performance et pour l’identification. La Chambre d'agriculture d’Alsace a des moyens qui diminuent. Nous arrivons cependant à avoir un service élevage presque autonome, au moins sur la partie pesée. Il faut poursuivre ce travail en commun », rappelle Sébastien Stoessel. Il cite, en complément Elitest et l’Arsoe à Nancy, sans oublier le site internet qui évolue également pour communiquer au mieux auprès de tous les agriculteurs, de tous les éleveurs.

La réunion a également évoqué le renforcement des mesures de lutte contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) avec comme objectif, une éradication complète. Une politique d’éradication qui concerne également la Diarrhée Virale Bovine (BVD). Il a enfin été rappelé que trois conseillers spécialisés au sein d’Alsace Conseil Élevage accompagnent les éleveurs afin de bien évaluer avec eux le coût d’élevage des génisses. Il convient notamment d’avoir de bonnes croissances de 0 à 6 mois, d’adapter sa conduite alimentaire après 6 mois à son objectif d’IA, et de faire attention aux autres frais d’élevage dans le coût de la génisse.

FDSEA - canton des collines Sous-Vosgiennes

« Développer l’écoute entre nous »

Vie professionnelle

Publié le 28/01/2017

Âgé de 47 ans, Frédéric Meyer est installé en polyculture élevage à Burnhaupt-le-Bas. Il a succédé en janvier 2016 à René Zimpfer qui a longtemps présidé le canton et qui reste au comité et un membre actif. Une première année qui n’a pas été de tout repos. « La météo capricieuse que nous avons connue ces derniers mois a été le coup de grâce. Car, cela fait déjà plusieurs années que la rentabilité de nos exploitations est mise à mal. Les réglementations successives et surtout le désintérêt de l’État à l’égard de l’agriculture sont pour moi les causes principales de la situation actuelle », a expliqué le président du canton devant une trentaine d’adhérents. Il n’a pas caché son agacement face à la nouvelle réglementation de l’utilisation des produits phytosanitaires. Des propos complétés par le secrétaire général de la Fdsea du Haut-Rhin, Pascal Wittmann. « On voulait nous interdire de traiter à moins de 25 mètres autour des maisons. Nous sommes arrivés à faire en sorte que cet arrêté ne s’applique pas. Mais, cela ne veut pas dire qu’il faut faire n’importe quoi. Nous devons montrer notre bonne volonté car on nous observe. À nous d’être exemplaires ». Frédéric Meyer a évoqué ensuite le sujet des routes non déneigées par le Conseil départemental du Haut-Rhin. « C’est encore le contribuable qui paie les pots cassés. A-t-on pensé à l’agriculteur producteur de lait qui est isolé ? Comment le laitier viendra-t-il chercher le lait ? Comme seule réponse, on nous a rétorqué que nous avions les outils pour déneiger les accès. Ce n’est pas acceptable », ajoute Frédéric Meyer. Lors de cette réunion, les agriculteurs sont également revenus sur les dernières journées d’octobre à Mulhouse et l’espace de la ville de Guebwiller aux Folies Flores. « On nous a traités avec mépris, c’est lamentable ».

Accompagner les exploitants en difficulté

Le sujet le plus préoccupant reste cependant la situation économique des exploitations. « Il faut absolument développer l’écoute entre nous pour éviter l’isolement des exploitants agricoles. À ce titre, soyez très vigilants. Si l’un d’entre vous, si un de vos amis, un de vos collègues à besoin de s’exprimer, il ne faut pas hésiter à nous en parler. C’est important de se soutenir pour éviter des drames tels que ceux qui se produisent malheureusement trop régulièrement », estime Frédéric Meyer. Pour sa part, Pascal Wittmann a rappelé que face à cette situation douloureuse, « un accompagnement est nécessaire avec nos partenaires comme, par exemple, la mutualité sociale agricole et les banques. Nous avons besoin de solutions individuelles et collectives pour fédérer et perdurer sereinement ».

La réunion s’est poursuivie par un débat avec la salle sur les questions d’actualités. Une discussion « ouverte » qui a permis d’aborder des sujets variés comme l’organisation de l’abattoir départemental à Cernay, les ventes de terrains agricoles dans le Haut-Rhin, la mise en place de formations en collaboration avec les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace, les tarifs réglementés de vente de l’électricité, le développement de la production biologique ou encore l’évolution de la politique agricole commune.

Syndicat des maraîchers de Colmar et environs

Le maraîchage colmarien veut se faire entendre

Vie professionnelle

Publié le 26/01/2017

On dit souvent qu’il y a un « microclimat » à Colmar. Les maraîchers n’ont pas pu le vérifier au printemps et en été. « Les mois de mai et de juin ont eu une pluviométrie exceptionnelle. Nous avons souffert pour la mise en place des cultures automnales, tels que les choux, les céleris ou encore les carottes. Pensez, la pluviométrie enregistrée à Colmar en 2016 a été de 607,30 mm. Et rien que sur trois mois, c’est incroyable avec 74,20 mm en mai, 64,20 mm en juin et 66,80 mm en juillet. Les maladies fongiques d’abord, la gestion de l’irrigation ensuite, ont donné des soucis aux producteurs de légumes de plein champs comme sous serres. Les tomates par exemple ont manqué de lumière provoquant un enracinement moyen », constate le président du syndicat des maraîchers de Colmar et environs Serge Hanauer. Il cite également l’impossibilité de mettre en place les rotations des salades, l’excès d’eau pour les oignons et surtout un télescopage des récoltes qui a créé un déséquilibre entre l’offre et la demande, provoquant des prix à la production en forte chute.

Ne pas délaisser nos marchés locaux

Les maraîchers s’agacent également de l’ouverture de nouveaux magasins qui ne travaillent pas avec les producteurs locaux. Il cite Grand Frais route de Rouffach à Colmar, mais également l’installation d’une multitude de micro-entreprises proposant des paniers livrés à domicile, souvent sans locaux adaptés pour accueillir des produits frais. Et puis, il y a eu l’ouverture du magasin Cœur Paysan. « Monsieur Digel avait pris contact avec moi pour me faire part du projet. Les investisseurs principaux de ce magasin sont des maraîchers et des producteurs de Sélestat. Les autres actionnaires sont répartis dans l’ensemble de la région. Et, à ma connaissance, il n’y a aucun maraîcher colmarien. De plus, il a été dit que nous, maraîchers colmariens, avons été sollicités pour intégrer la structure. J’ai fait le tour de mes confrères. Aucun n’a eu de demande pour se joindre au projet. Seule, l’entreprise de Robert Burgaentzlen a retenu l’attention pour ses cultures d’endive et de champignon ! De nombreux collègues ont diversifié leurs cultures pour vendre sur leurs exploitations et malgré l’implantation de cette structure, le porte-monnaie des ménagères n’est pas extensible. Il va donc sans dire qu’il ne faut pas délaisser voire abandonner nos marchés locaux, les ventes directes sur nos exploitations, et notre marché couvert où de vrais maraîchers colmariens proposent leurs productions dont les traditions ont été transmises de génération en génération », observe Serge Hanauer.

Le maraîchage colmarien préservé

Le président du syndicat des maraîchers de Colmar et environs a également rappelé que les organisations professionnelles agricoles se sont une nouvelle fois mobilisées pour soutenir les agriculteurs en difficultés. Il constate que, dans les banques, les crédits augmentent, quels que soient les modes de production. Serge Hanauer a également évoqué le plan local d’urbanisme colmarien dont l’enquête publique a été clôturée le 17 novembre dernier, et qui sera présenté en mars, en conseil municipal. « Vous êtes nombreux à vous être déplacés. Comme je m’y étais engagé, j’avais souhaité que l’ensemble des maraîchers et horticulteurs soient reçus en mairie. Je pense que cela a été le cas. Il est clair que toutes les demandes n’auront peut-être pas abouti, entre les maraîchers qui veulent continuer à exploiter leurs parcelles et ceux qui veulent que leurs terrains passent en terrains constructibles. Je rappelle que les maraîchers exploitant des terrains ne sont pas toujours les propriétaires vendeurs. Merci à la municipalité de Colmar pour son écoute et son aide. Les intérêts communs doivent être prioritaires pour notre profession par rapport à l’individualisme de certains. Les maraîchers sont respectueux de l’environnement en utilisant des bâches biodégradables et des engrais bio ou des produits alternatifs. Nous ne pouvons que saluer tous ces efforts réalisés en collaboration étroite avec l’association Planète Légumes et la Chambre d'agriculture », précise Serge Hanauer. Des propos complétés par le maire de Colmar Gilbert Meyer qui s’est félicité de la réussite de ces discussions sur ce PLU. « L’essentiel a été atteint. Il fallait se positionner sur 150 hectares. Nous l’avons fait en préservant l’agriculture évidemment, mais également l’habitat et l’économie. Les conclusions des commissaires enquêteurs sont claires avec un avis favorable sans observation. Cela montre bien, une nouvelle fois, qu’à travers l’écoute de la ville de Colmar, les demandes des propriétaires ont été entendues et respectées. Ce résultat est exceptionnel. Il fallait sécuriser votre profession. Nous l’avons fait en réservant pas moins de 35 hectares au maraîchage ».

Attention au poids des taxes

L’assemblée générale du syndicat a également permis d’évoquer le décret concernant l’utilisation des sacs plastiques entré en vigueur le 1er janvier. « Là également, il y a un coût financier pour les professionnels. Nous devons payer la différence de ces nouveaux sacs, sachant que le coût varie du simple au double. Certains de nos produits frais tels que mâche et épinards sont souvent humides et ne peuvent pas être emballés dans des sacs papiers », s’agace Serge Hanauer. Il y a également l’augmentation des tarifs du carburant et celui du poids des taxes en général qui va encore s’amplifier les prochaines années. Au contraire des produits maraîchers et agricoles. Néanmoins, la profession se veut déterminée à pérenniser dans le temps ses activités. « Notre savoir-faire et cette envie d’aller plus loin, sont les moteurs de notre détermination. Ensemble, allons plus loin et préservons cette activité maraîchère colmarienne que nos ascendants nous ont laissée », a conclut Serge Hanauer.

Le maire de Colmar, Gilbert Meyer, a saisi l’opportunité pour défendre la présence d’une maison d’arrêt à Colmar. Le conseiller départemental et premier adjoint Yves Hemedinger a insisté sur la nécessité de « prendre l’habitude de travailler toutes et tous ensemble, de conduire les réformes en le faisant en douceur, en souplesse et en respectant les racines des uns et des autres ». Enfin le député et président du Conseil départemental Éric Straumann a rappelé sa position concernant le déneigement des axes routiers. « Certaines années, la facture peut monter jusqu’à six millions d’euros. Il est primordial de réduire la voilure si on veut investir à l’avenir. Les automobilistes doivent adapter leur vitesse et leur conduite ».

EARL Les Nouves à Bretten

Du lait livré en Allemagne

Élevage

Publié le 18/01/2017

Âgé de 48 ans, Gilles Schnoebelen est installé avec son épouse Sylvie. Leur fille, Marie, 23 ans en avril, est salariée sur cette exploitation de polyculture élevage. « Quand j’ai succédé à mon père à sa retraite, j’ai poursuivi l’activité laitière. Aujourd’hui, nous faisons en moyenne 800 000 litres avec nos 90 vaches de race holstein et, depuis 15 ans, 25 % en simmental. Une race que j’ai choisie pour sa viande. Nous élevons tout le cheptel et nous vendons peu de veaux. Pour les cultures, nous avons essentiellement du blé et du maïs. Mais, de moins en moins de maïs car les rendements sont en baisse et on a besoin de paille. Les vaches sont en pâture au printemps avec comme première alimentation, l’herbe. Nous avons suffisamment de prés autour de l’exploitation. Nous avons pensé aux circuits courts pour optimiser nos produits, mais Bretten, c’est un peu loin de tout. Et seul, ce n’était pas possible », explique Gilles Schnoebelen.

Un GIEPLSE

Pour l’activité laitière, son père faisait à l’époque la collecte pour Schmitlin avant de se consacrer pleinement à l’exploitation. Suite à Schmitlin, le lait a été livré à la coopérative Alsace Lait puis à la coopérative de Belfort et enfin à la laiterie fromagère Mulin à Besançon pour une durée de sept années à chaque fois. Mais, en septembre 2010, Mulin dénonce le contrat liant les deux parties, voulant récupérer du litrage dans une autre zone géographique.

« Nous nous sommes trouvés devant une dénonciation de contrat de la part du collecteur. La collecte était assurée par un prestataire (Scherrer). Cela nous a permis d’aller voir ailleurs avec la possibilité de faire du rendu quai. On s’est alors tourné vers les laiteries des environs : Ermitage, Sodiaal, Alsace Lait, Lactalis. Toutes nous ont répondu la même chose. Elles n’avaient pas besoin de volumes supplémentaires ou dans des délais qui n’étaient pas adaptés à notre situation. Sans débouché possible en France, on s’est alors tourné vers l’étranger », explique Gilles Schnoebelen.

Dans le même temps, il crée en avril 2011 avec d’autres éleveurs concernés - Christien Schnebelen de Heimersdorf, Thierry Itty d’Altenach, Isabelle Schirck de Novillard dans le Territoire de Belfort, Gilbert Rein à Seppois-le-Bas et Jean Sirlin à Hirsingue - le groupement d’intérêt économique des producteurs de lait du Sundgau et des environs (GIEPLSE).

Jongler avec les règles différentes

« Cela nous a permis d’obtenir un agrément en tant qu’acheteur de lait et ainsi de pouvoir organiser la collecte auprès des adhérents, de faire la gestion des volumes pour FranceAgriMer, de facturer la production de lait et de vendre sur le marché français ou à l’export. » Après un premier contact finalement négatif et des recherches élargies dans une zone géographique plus importante, les éleveurs trouvent un accueil favorable chez Omira, une coopérative allemande dont l’usine la plus proche était située à Rottweil dans le district de Fribourg-en-Brisgau et le siège à Ravensbourg. « Mais, la crise est également passée par là-bas. En 2013, Omira s’est restructurée avec un nouveau conseil d’administration et un nouveau directeur. Le site de Rottweil a été fermé. Nous livrons depuis le lait à Ravensbourg, 70 kilomètres plus loin », explique Gilles Schnoebelen.

La collecte se fait toutes les 48 heures. Scherrer vient chercher le lait en tant que prestataire pour Omira. « Les débuts ont été laborieux. Comme c’était du lait exporté, nous avons rencontré des difficultés avec l’administration française pour avoir toutes les autorisations. Aujourd’hui encore, il faut jongler avec les règles différentes dans les deux pays. Les analyses de lait réalisées par les laboratoires allemands par exemple, ne sont pas reconnues par la France alors que l’on a les mêmes normes Iso. Nous sommes donc obligés de faire des analyses sanitaires en France que nous payons, évidemment, environ 1 000 € par an. Concernant le paiement du lait, c’est différent en Allemagne. Il faut respecter les normes en vigueur. Il n’y a pas de classification intermédiaire. Ou tu es bon ou tu ne l’es pas. Le paiement allemand est plus simple qu’en France. Il n’y a pas d’engagement à faire sur du volume. Nous appliquons la grille allemande en respectant la réglementation européenne », ajoute Gilles Schnoebelen.

En moyenne, peu d’écarts de prix

En tout, ce sont 32 producteurs de lait français, essentiellement situés dans le Sundgau et dans le nord du Territoire de Belfort, qui livrent leur lait en Allemagne. Ils représentent 14 millions de litres. Mais comme en France, la crise du lait est une réalité en Allemagne. Elle a même touché plus durement le prix outre-Rhin en raison d’une plus forte réactivité du marché. Le prix est fixé mensuellement en fonction du marché national et des ventes de la laiterie.

« Un exemple. On a bien vendu en décembre et du coup le prix du lait augmente en janvier. Il n’y a pas de lissage des prix. Il y a parfois des primes de 10-15 € qui viennent des acheteurs comme Lidl ou Nestlé. On a connu le meilleur avec 420 € les 1 000 litres en 2014 (à l’époque en France, ce prix était de 380 €/1 000 l) et le pire avec 225 €/1 000 l en juin 2016 (en France, 265 €/1 000 l). Si nous prenons une moyenne quinquennale, il y a peu d’écart de prix entre les deux pays. En 2016, nous sommes malheureusement largement en dessous du prix français. En novembre dernier, nous étions, comme en France, à 290 €/1 000 l et là, nous devrions repasser les 300 €/1 000 l. »

« Cette expérience est intéressante car elle nous a permis de voir ce qui se fait autour de nous, aussi bien du côté des producteurs que du côté des laiteries. Nous voyons une autre gestion de la filière, très différentes de l’organisation française, même si la frontière est toute proche. La non-contrainte du volume nous permet d’atténuer l’effet de la baisse du prix du lait. Pour être là demain, il faudra faire du volume. Ce qui est possible en Allemagne et pas en France où l’on bride les exploitants performants. Personnellement, je n’ai donc pas envie de revenir en arrière même si, en 2017, nous comptons reprendre contact avec les laiteries françaises pour, éventuellement, avoir la possibilité de partager les volumes et avoir ainsi deux sorties pour notre lait », conclut Gilles Schnoebelen. Dans tous les cas, c'est en assemblée générale que les grandes décisions sont prises. Qu'importe ce que l'avenir lui réserve, l'éleveur souhaite garder sa liberté dans ses décisions acquise par cette expérience.

Alsace Conseil Élevage

Opter pour quelle stratégie alimentaire ?

Élevage

Publié le 17/01/2017

Depuis le 1er octobre, Alsace Conseil Élevage est organisé en deux zones distinctes. Celle située au nord de la région, dirigée par Annabelle Ragot avec douze conseillers pour 256 élevages, et celle située au sud, dirigée par Dominique Wolfer avec également douze conseillers pour 290 élevages. Dominique Wolfer a précisé que 50 % de son travail était consacré au conseil et 50 % au suivi et au management des différents conseillers. Des missions d’autant plus importantes après une année 2016 très compliquée et même à oublier avec un prix du lait en berne, une météo capricieuse, des rendements des céréales en baisse et de moins bonne qualité.

« Dans ces circonstances difficiles, il faut utiliser les créneaux permettant d’acheter moins cher. La première leçon à retenir de ces derniers mois est qu’il faut de la souplesse dans les élevages pour faire face aux aléas conjoncturels. Les aléas climatiques, on les subit. Mais, les aléas conjoncturels, on peut les travailler pour tenter de mieux y faire face. La seconde leçon est que c’est vraiment le moment de s’interroger et de questionner son système et ses projets. Il ne faut pas hésiter à se remettre en cause pour prendre un nouveau départ », a expliqué Dominique Wolfer. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage seront présents pour faciliter les choix des éleveurs. Sachant que, demain, ces conseillers vont intervenir sur l’ensemble du Grand Est et mutualiser leurs moyens d’action et techniques par le biais de ce qui a été nommé « 3CE » pour Chambre Conseil Contrôle Élevage.

Des points de vigilance

La réunion a ensuite abordé la question des stratégies alimentaires. Christophe Bertrand, technicien conseil pour Alsace Conseil Élevage, s’est attaché à donner des pistes d’actions aux éleveurs en les prévenant immédiatement que ces conseils n’étaient en rien des solutions miracles. Il a pris l’exemple d’un troupeau moyen de 60 vaches. Il a également fait le constat que 2016 a été une année atypique avec des ensilages d’herbe très hétérogènes en qualité et en quantité, des récoltes retardées, des problèmes de conservation d’appétence du foin, des ensilages de maïs également très hétérogènes en quantité et en qualité en particulier sur la matière sèche et, surtout, aucun marché porteur.

« Dans ces conditions, il ne faut pas hésiter à ajuster la densité de la ration en là diminuant tout comme le correcteur azoté. Il y a également des points de vigilance à observer : celui du début de lactation par exemple. Il faut également privilégier la diminution du concentré production et rechercher une meilleure autonomie protéique », a précisé Christophe Bertrand. Il a également insisté sur l’importance de ne pas apporter d’azote en complément pour les légumineuses. Ces dernières peuvent apporter un plus au niveau agronomique et aider à résoudre des problèmes de santé. Il convient également de valoriser les céréales fermières. Tout cela nécessite des conditions de faisabilité : la capacité de stocker, le broyage, avoir de la trésorerie, observer la tenue des marchés, se doter de davantage de main-d’œuvre.

« Quoi qu’il en soit, nous sommes dans un contexte où les éleveurs n’ont pas d’autre choix que de s’adapter et d’avoir une réactivité quotidienne. Pour chaque système, il existe une ou plusieurs solutions adaptées. Il faut donc chercher à optimiser toutes les catégories d’animaux, que ce soit les vaches laitières, les veaux ou encore les vaches taries. Il faut également chercher à avoir des fourrages de qualité. Le tout, en ne restant pas seul dans son coin. Il faut partager sa propre expérience avec ses voisins et collègues. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage sont là pour vous aider, ainsi que les experts en alimentation », a conclu Christophe Bertrand.

Les alertes informatiques

Un outil informatique d’Alsace Conseil Élevage a ensuite été présenté : les alertes CEL. Un nouveau cap a été franchi en 2016 avec la mise en place de nouvelles « alertes » par Estel (ex-Arsoe, associations régionales de services aux organismes d’élevages) et les organismes d’élevage, dont les Chambres d’agriculture, les centres d’inséminations et les groupements de défense sanitaire du Grand Est. Ce nouveau module permet d’afficher les « alertes » de tous les domaines de l’élevage, en particulier dans le segment du Contrôle laitier. L’information est mise à jour après chaque contrôle. Elle permet aux agriculteurs davantage de réactivité et d’autonomie. En Alsace, ces données sont fournies par le biais d’Est Élevage. « Après chaque pesée par exemple, les indicateurs sont calculés et disponibles dès que la pesée est traitée et analysée à raison de cinq traitements par jour. Ces données sont fournies aux éleveurs et aux conseillers. Cela permet de renforcer la relation du binôme qui favorise la confiance mutuelle, d’avoir des informations très rapidement et d’être ainsi réactif. L’éleveur dispose du même outil que son conseiller. Il est autonome dans la gestion de son élevage et les deux parties peuvent ainsi échanger encore plus facilement. La liste des alertes est très importante : des données concernant la baisse de production à l’infertilité, en passant par l’acidose, l’équilibre alimentaire, les infections ou encore l’augmentation du coût total de l’alimentation. Les alertes sont consultables par e-mail », a résumé Dominique Wolfer.

Ce dernier est en outre à l’initiative d’une formation à venir qui doit permettre aux éleveurs de faire leur bilan, le point sur leur fonctionnement et leur situation, et de mieux apprécier leurs forces et limites. « Il s’agit de poser les bases d’une évolution de l’entreprise en fonction des projets des agriculteurs. » Cette formation devrait avoir une durée de deux jours et demi en février 2017 à Sainte-Croix-en-Plaine, puis une nouvelle demi-journée de bilan à l’automne-hiver 2017. Une formation gratuite, en partenariat avec Vivea, pour les exploitants agricoles. « C’est une nouvelle façon de voir le management de l’entreprise. Il y a une douzaine de places. Pour s’inscrire, il faut me contacter par le biais de la Chambre d'agriculture », a conclu Dominique Wolfer.

Interdiction d’épandages aériens de produits phytosanitaires

Les dérogations ne peuvent être envisagées que sur une période limitée

Vigne

Publié le 03/01/2017

En date du 4 février 2016, le député-maire d’Altkirch Jean-Luc Reitzer a attiré l’attention du président de la République sur l’interdiction des épandages aériens de produits pharmaceutiques. Le 14 décembre 2016, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, a répondu en rappelant que « la pulvérisation aérienne des produits pharmaceutiques est interdite. En cas de danger sanitaire grave qui ne peut être maîtrisé par d’autres moyens, la pulvérisation aérienne de produits pharmaceutiques pour lutter contre ce danger peut être autorisée temporairement par arrêté conjoint des ministres chargés de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Santé. Ainsi, l’épandage aérien relève désormais d’une décision de niveau interministériel et non plus d’une décision préfectorale. Il s’agit d’une dérogation qui ne peut être envisagée que pour une période limitée, afin de lutter contre une menace grave ne pouvant être jugulée par d’autres moyens ». Une telle dérogation a ainsi été accordée par arrêté du 22 juin 2016 afin d’autoriser le traitement, avec certains produits, des vignes en pentes dans les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, pour lutter contre le mildiou. L’utilisation de drones pour l’épandage aérien est soumise au même dispositif légal.

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