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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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D’Altkirch à Strasbourg

Une journée de manif

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2021

Il est 5 h du matin. La capitale du Sundgau est encore bien endormie. Mais, à l’extérieur de la ville, c’est déjà l’effervescence. Et pour cause. Depuis Courtavon, Feldbach, Largitzen ou encore Ferrette, ils sont une bonne quinzaine à se rejoindre pour former ce premier « convoi » déjà impressionnant sur une route alors uniquement utilisée par quelques travailleurs frontaliers ou chauffeurs de camions. Ils, ce sont ces tracteurs conduits par des agriculteurs, essentiellement des jeunes. Quelques minutes tard, ils font une première halte. Face à eux, Denis Nass premier vice-président de la Chambre d’agriculture d’Alsace et éleveur à Gommersdorf, et Laurent Wendlinger conseiller régional et éleveur à Seppois-le-Bas. Ils accompagnent la sénatrice et conseillère départementale Sabine Drexler et le maire d’Altkirch et conseiller départemental Nicolas Jander. « Nous sommes venus leur témoigner notre soutien et nos encouragements », expliquent les deux élus. Sébastien Stoessel, membre de la FDSEA, est également présent. S’il ne se rend pas à Strasbourg en raison de son emploi du temps, un de ses tracteurs et un de ses collaborateurs en sera. « En ordre. Tout doit bien se passer pour que nos messages soient clairs et bien entendus », rappelle le syndicaliste à ses collègues.

Il est 5 h 30. Il est temps de démarrer et de prendre la direction du pont d’Aspach. Parmi les présents, Emmanuel Gnaedig. Ce jeune éleveur âgé de 30 ans est un habitué des manifestations. Il est installé sur l’exploitation familiale à Largitzen depuis 2013. « J’étais aux manifs devant la sous-préfecture d’Altkirch et surtout à Colmar en 2015. Il faut se défendre, se faire entendre et se mobiliser. On parle toujours de nous, mais peu connaissent notre métier », s’emporte immédiatement le professionnel. Son frère est resté à la ferme pour effectuer les travaux quotidiens. Il a calculé tous les changements, culturaux et financiers, qu’impliquerait la réforme de la politique agricole commune si elle était mise en place en l’état. La viabilité de la ferme pourrait clairement poser question. « Je voudrais qu’on arrête de nous tirer dessus car on travaille bien. C’est pesant. Un jour, on nous regrettera. À force de changer les règles, de nous imposer une vision administrative de notre travail, ce dernier devient usant et surtout économiquement irréaliste », ajoute Emmanuel Gnaedig.

Casse d’un tracteur et solidarité

Le convoi arrive au pont d’Aspach où les agriculteurs sundgauviens retrouvent ceux des vallées de Masevaux et de Thann. C’est l’heure du ravitaillement. Il est assuré par la directrice adjointe de la FDSEA du Haut-Rhin Sophie Barléon et Vincent Dietemann, agriculteur à Traubach-le-Bas. Si la bonne humeur est de sortie, on sent aussi une grande détermination. « France, veux-tu encore de tes paysans ? », questionne une pancarte installée sur l’un des tracteurs. « Nous n’avons plus le choix. On parle sur nous. On veut nous imposer des trucs incroyables. On veut nous expliquer notre métier. Mais c’est bien nous qui nous levons tous les matins pour nos animaux ou pour nos cultures. Cela suffit », lance ce groupe de jeunes quand on l’interroge sur les raisons de cette manifestation. Au redémarrage, un incident. Le tracteur de Martin Babé, éleveur à Courtavon, ne démarre plus. « Désolé, mais il faut être solidaire. On va l’aider. On va repartir ensemble », réagit immédiatement Emmanuel Gnaedig. Après plusieurs minutes d’expertises techniques, et sous le regard étonné des forces de l’ordre, il faut se rendre à l’évidence. Le tracteur est définitivement à l’arrêt. L’éleveur le laisse au bord de la route. Il sera recherché plus tard par quelqu’un de la ferme. Martin Babé, lui, monte, aux côtés de Jérémy Pflieger, co-président des jeunes agriculteurs du Haut-Rhin installé à Spechbach.

Les quatre tracteurs rejoignent assez rapidement le reste du cortège qui les a attendus du côté de Cernay. La « manif » est en marche et le convoi devient de plus en plus impressionnant. Il est 7 h 30 du matin. Les agriculteurs traversent Pulversheim et Ensisheim. De nombreux habitants les applaudissent devant leurs maisons ou au bord des rues. Peu d’automobilistes font part de leur mécontentement à l’heure du départ pour les bureaux. « C’est un signe positif. Notre message est peut-être compris. Ou alors, ceux qui s’expriment sur les réseaux sociaux, sont la minorité agissante qui fait trop souvent oublier la majorité silencieuse », réagi Emmanuel Gnaedig. À la sortie d’Ensisheim, le cortège prend la direction de l’autoroute. Il retrouve celui parti de la plaine. Des centaines de tracteurs de chaque côté. Une image impressionnante. Elle est observée du ciel par un hélicoptère de la gendarmerie. C’est à cet instant que les forces de l’ordre, présentes en grand nombre, font entrer le cortège sur l’autoroute. Dans un premier temps, il est demandé aux professionnels de rouler sur le seul côté gauche. Mais, rapidement, les autorités font le constat que le nombre de manifestants est très important. Il est 8 h 40. Peu avant Sainte-Croix-en-Plaine, le convoi se retrouve à l’arrêt.

 

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Publiée par EAV PHR sur Vendredi 30 avril 2021

 

« On ne peut pas accepter »

Les professionnels en profitent pour sortir sous la pluie, échanger et se restaurer. La longueur du cortège montre déjà que la mobilisation est réussie. « Je suis très content de cette mobilisation avec plus de 300 tracteurs du Haut-Rhin. Maintenant, on espère que nos revendications vont être à la hauteur de notre motivation. J’y crois. On avait un devoir d’être présent. Mais nos responsables politiques doivent maintenant défendre l’agriculture alsacienne. Il faut que cette Pac 2023 soit à la hauteur de nos attentes. Rien n’est acté. Et cette mobilisation doit leur faire prendre conscience que le monde agricole est uni et solidaire. Nous défendons une agriculture familiale et diversifiée. Tous les efforts réalisés ces dernières années sont payants. Or là, on se prend un coup de poignard dans le dos », réagi Jérémy Pflieger. Charlotte Jaegy, éleveuse de poules pondeuses à Largitzen, et Maxime Wersinger, gérant d’une entreprise d’élagage à Hagenbach partagent le même avis : « On ne peut pas se laisser faire. On ne peut pas accepter la réforme proposée. Nous espérons être entendus. Nous avons confiance en notre avenir car nous n’avons pas le choix ».

Le convoi redémarre. Il passe le contournement de Colmar puis entame celui de Sélestat. À chaque fois, sur les ponts, de nombreux témoins les attendent pour les applaudir. De l’autre côté de l’autoroute, de nombreux camions klaxonnent également en signe de soutien. Les agriculteurs ont été rejoints par ceux des vallées de Munster et de Sainte-Marie-aux-Mines. Cette fois, le cortège forme une longueur qui dépasse les trois kilomètres. Un hélicoptère de la gendarmerie survole toujours les lieux. Puis, plusieurs motards des forces de l’ordre montent à l’avant. Quelques instants plus tard, il est demandé aux manifestants de rouler sur les deux côtés de l’autoroute. Il en sera ainsi jusqu’à la sortie vers Erstein. À la radio, une fréquence régionale annonce que la mobilisation est tout aussi forte dans le Bas-Rhin. « Cela montre qu’il y a une réelle inquiétude », réagi Emmanuel Gnaedig. Pour rejoindre le contournement de Strasbourg, plusieurs communes sont alors passées. Il est midi quand, enfin, les feux rouges de Fegersheim sont dépassés.

« Cela me rassure »

Le convoi est alors à nouveau à l’arrêt. Les autorités ont opté de faire entrer le Haut-Rhin en dernier. Les agriculteurs patientent alors que leurs collègues d’autres départements sont déjà devant le Parlement européen. Des rumeurs circulent. L’affluence est telle que tout le monde ne pourrait pas poursuivre. Pour de nombreux professionnels, ce n’est pas possible. « On est venu pour aller jusqu’au bout », lancent les plus jeunes présents. Le convoi peut finalement redémarrer au plus grand soulagement de tout le monde. Jean Godinat, président des jeunes agriculteurs du canton de la Hardt-Plaine de l’Ill est ravi. « Je suis effectivement satisfait de cette mobilisation car il en va de notre avenir. Cela me rassure. Je ne suis pas un spécialiste des réseaux sociaux. Mais, cette fois, j’avais également lancé un appel à la participation. On voit aujourd’hui que tout le monde se sent concerné », réagit le céréalier. Il converse régulièrement avec ses amis qui sont à l’avant du cortège. Ce dernier entre enfin dans une ville de Strasbourg quadrillée par les forces de l’ordre. Devant le Hall Rhenus, c’est l’arrêt final. Plus possible d’avancer.

Les agriculteurs rejoignent le lieu de rassemblement pour écouter les différentes interventions devant le Parlement européen. Autour, les rues sont remplies par plus d’un millier et demi de tracteurs. Une vision étonnante dans une partie de la ville alors silencieuse. Pascal Claude, choucroutier à Chavannes-sur-l’Etang, a lui, fait le déplacement en voiture. « J’étais pris ce matin par mon travail, mais je me sens évidemment concerné. Alors, je suis venu en signe de soutien. J’ai reconnu de nombreux professionnels de mon secteur. Cette mobilisation est un message que nos interlocuteurs doivent prendre en compte », indique le professionnel. C’est avec une heure et demi de retard sur l’horaire prévu que les agriculteurs vont ensuite reprendre la route en sens inverse. Toujours dans l’ordre et la discipline. La délégation du Sud Alsace retrouve ses terres en début de soirée. Il est 21 h 30 passé quand le Sundgau est atteint. Il est temps pour certains de retrouver leur cheptel, pour d’autres de prendre le temps de faire le bilan de cette journée de mobilisation réussie.

 

 

Association Savoir vert des agriculteurs d’Alsace

Parler du métier avec pédagogie

Vie professionnelle

Publié le 26/04/2021

L’objectif recherché pour l’association, présidée par Ange Loing, est de faire connaître le monde agricole aux enfants en proposant aux enseignants un support pédagogique et une collaboration étroite de façon à éveiller la curiosité et le sens de l’observation des élèves. Ces fermes pédagogiques ont également pour mission de faire connaître les phénomènes de la vie agricole, de faire découvrir le métier d’agriculteur et la vie des campagnes, de sensibiliser les enfants au respect de l’environnement, ou encore de mieux leur faire apprécier l’origine des produits alimentaires. « Au sein du Savoir Vert, nous avons la chance de posséder une vitrine de toutes les exploitations agricoles. Nous sommes tous fiers de notre métier et des valeurs que nous représentons en Alsace notamment », explique Ange Loing. Le principe est de proposer aux enseignants volontaires une visite à la ferme d’une demi-journée ou d’une journée dans le cadre d’un projet pédagogique. C’est ce qui s’est encore récemment passé à la ferme Malaitis à Jebsheim et à l’EARL Hussherr-Bras à Roggenhouse.

Le 23 mars, ce sont 26 élèves de CP-CE1 de l’école de Biesheim qui ont été accueillis par Charlotte Feuerbach sur son élevage laitier. Le thème de cette visite concernait le veau. « Avant la venue des enfants, j’ai échangé avec l’équipe pédagogique en expliquant mon travail et ce qu’il était possible de voir à la ferme Malaitis. Les élèves ont alors effectué un travail préalable sur ce thème. Ils ont pu imaginer ce qu’étaient une vache et son veau. Ils sont ensuite venus sur place. La visite a duré deux heures. Ils ont pu poser leurs questions. Je leur ai expliqué mon travail, les différentes races de vache, le métier d’agriculteur, l’alimentation de la vache et de son veau, la production, la morphologie de l’animal, la différence entre une vache, un veau et une génisse. Ils ont pu voir le robot de traite. Ils ont découvert que cela ne sentait pas forcément bon. Ils étaient très curieux et captés par la présentation », se félicite Charlotte Feuerbach. Quelques jours après, elle a reçu un courrier avec un dessin de chaque enfant représentant une sorte de reportage en rapport avec cette visite. « L’objectif est atteint. Les messages sont passés. Nous avons pu présenter le métier et notre travail. Cette réalité agricole, nous devons la communiquer. Et c’est la raison d’être de cette association. Sensibiliser les plus jeunes permet également de sensibiliser leurs parents », ajoute Charlotte Feuerbach qui est également la vice-présidente de l’association.

 

? Aujourd'hui, les élèves de l'école de Biesheim ont pu découvrir l'élevage laitier à la Ferme Malaitis ! ? Charlotte...

Publiée par Le Savoir Vert des Agriculteurs d'Alsace sur Mardi 23 mars 2021

 

« Avoir la plus grande diversité possible »

Cette première session a connu de bons débuts avec la participation de huit exploitations du Haut-Rhin. Il va maintenant prendre un espace encore plus important avec un réseau de 16 exploitations dans toute l’Alsace qui doit définitivement être opérationnel en janvier 2022. Mais c’est dès le 24 juin prochain, toujours à la ferme Malaitis à Jebsheim que les professionnels concernés doivent se retrouver pour faire le point sur les actions en cours, les activités de l’association, rappeler la démarche aux nouvelles recrues et débuter une formation sur neuf journées. « Nous étions précisément neuf au départ. Un seul a arrêté pour des raisons personnelles. Les huit autres sont enthousiastes. Ils représentent toutes les filières agricoles et tous les secteurs du département du Haut-Rhin. Nous nous étendons désormais dans toute l’Alsace. Nous allons maintenant débuter cette formation commune pour les professionnels de cette seconde session. Le but de l’association est d’avoir la plus grande diversité possible », ajoute Charlotte Feuerbach. L’association du Savoir Vert des agriculteurs d’Alsace est dans la même spirale positive que celle qui l’a précédé dans les Hauts-de-France et qui est appelée à concerner l’ensemble du territoire national. Outre ses actions de « terrain » avec les écoles et les enfants, elle communique également largement sur son site internet et sur un réseau social bien connu.

 

À revoir :

Ferme du Renzburn à Storckensohn

« Ils ont tout détruit ! »

Élevage

Publié le 24/04/2021

Mercredi 15 avril. Sur les réseaux sociaux, Jérémy Luttringer ne cache pas sa colère et son désespoir. « Broyé deux fois et on est reparti pour une troisième fois. Là, ça suffit ! Quand on pense que dans un mois et demi, on fait la première coupe, tu sais que c’est mort cette année ! Tu mets du fumier, tu mets de la chaux et voilà le résultat ! Juste dégoûté ! », écrit le jeune homme dans son post accompagné de quelques photos explicites. Âgé de 26 ans, il n’est pas encore installé sur l’exploitation familiale que gère son père, à Storckensohn. Ce dernier exploite en montagne une quarantaine de bovins allaitants, une quinzaine de mères, un troupeau de chèvres et un en phase de mise en place d’ovins. Il est installé de l’autre côté du versant, en fond de cette vallée de Thann Saint-Amarin. Père et fils viennent également de reprendre la ferme d’un agriculteur parti à la retraite depuis quelques mois juste au-dessus du village. « Nous vivons de la vente directe. Nous faisons des caissettes de veau et de bœuf. Mon père s’occupe de l’administratif et de l’élevage. De mon côté, j’effectue tous les travaux de la ferme. Nous avons également différentes parcelles. En tout environ 57 hectares. Nous faisons parfois une heure de route pour aller faucher jusqu’à Burnhaupt et même Ammertzwiller », explique Jérémy Luttringer.

Ils le reconnaissent. Jusqu’à présent, ils étaient relativement épargnés par les dégâts de sangliers et autres gibiers. Robert Luttringer est lui-même chasseur et l’entente est bonne avec ses collègues. Mais les choses évoluent différemment depuis quelque temps. « On a un nouveau schéma cynégétique et il n’est pas adaptable à la montagne. En outre, les chasses sont devenues chères. Peu à peu, les locaux laissent la place à des étrangers. Or, depuis un an, avec la crise sanitaire, ils ne peuvent plus venir chasser régulièrement. Cette semaine par exemple, ils ont été bloqués à la frontière. Du coup, les sangliers sont tranquilles », analyse Robert Luttringer. Tellement tranquilles qu’ils passent et repassent devant les deux sites de l’exploitation familiale. « Depuis trois semaines, ils sont partout, toutes les nuits. Ils retournent les pâturages et les prés de fauche. Un vrai carnage. Ici à Storckensohn, un hectare entier a été détruit. Plus haut, c’est la même chose. Toutes les parcelles sont retournées. Ils ont tout détruit ! », s’agace Jérémy Luttringer.

Une rentabilité mise en péril

Que faire ? Dans un premier temps, père et fils vont déclarer les dégâts et une nouvelle fois remettre en état. Mais il y a désormais urgence. « Dans un mois et demi, la première fauche est prévue. Nous doutons qu’elle va donner quelque chose d’intéressant. Nous allons être contraints d’acheter du fourrage. Par chance, ici, la sécheresse est bien moindre que plus en bas dans la vallée. Nous avons les restes des pluies des Vosges. Généralement, on a de l’herbe tout l’été. Nous pouvons faire nos trois coupes sur l’année. Cette année, c’est très mal parti. Je n’ai jamais vu cela », souligne Robert Luttringer qui s’est installé en 2000. Il a toujours été bien soutenu par la commune et il a ouvert le paysage. Ce qui lui permet d’exploiter tout en travaillant à côté dans une entreprise située à Saint-Amarin. Son fils est dans le même cas. « Pour vivre de l’agriculture de montagne, nous devons mieux valoriser nos productions et vendre en direct avec le moins d’intermédiaires possibles. Nous ne voulons pas trop nous agrandir. Cela se passe plutôt bien. Mais si maintenant nos parcelles sont saccagées régulièrement, cela va rendre notre exploitation moins viable », s’inquiète Jérémy Luttringer.

Ces dernières années, les Luttringer sont pourtant aux petits soins pour leurs parcelles et leurs animaux. Ils ont besoin d'une soixantaine de rouleaux de fourrage pour la première coupe. C’est précisément ce qu’ils produisent. « Nous broyons avec le tracteur, nous utilisons du fumier, de la chaux et nous achetons des semences. Les coûts sont également là. Nous réfléchissons désormais pour faire un semis complémentaire. S’il pleut, on pourra implanter une culture supplémentaire », précise Robert Luttringer. La première coupe a lieu généralement dans la seconde partie du mois de mai, parfois en juin. La seconde coupe plus tard dans l’été. La troisième se fait avec l’aide des vaches. Père et fils sont désormais suspendus à la faune sauvage qui les entoure. Leurs nuits vont être de plus en plus courtes. « Nous pouvons chasser. Mais pas seuls. Nous devons pouvoir le faire avec tous les autres chasseurs », concluent Robert et Jérémy Luttringer.

Ferme Zum Burahisla à Ungersheim

Une pépinière pour faire progresser la vosgienne

Élevage

Publié le 21/04/2021

À Ungersheim, la famille Rasser a toujours privilégié la race vosgienne. Il n’est donc pas étonnant d’y retrouver cette pépinière. « Nous faisons partie de la commission allaitante de l’OS vosgienne. Depuis quelques années, nous travaillons pour favoriser l’amélioration du patrimoine génétique de la race. L’idée est de faire des taureaux de monte naturelle issus d’inséminations artificielles pour pouvoir bénéficier du travail des éleveurs laitiers en génétique en améliorant les aptitudes bouchères tout en conservant la rusticité. On a donc fait des tournées de mères supports pour trouver des vaches qui nous plaisaient à l’œil et sur le papier. La méthode actuelle a finalement été la plus intéressante », explique Florine Barowsky. Cette méthode consiste à sélectionner des animaux, des mères issues du schéma de sélection, des vaches pointées, permettant de réaliser un accouplement avec un taureau d’insémination. « Si le veau est un mâle, il faut alors trouver quelqu’un qui puisse l’élever jusqu’à l’âge de cinq mois. Dans un premier temps, l’Esat des Tournesols à Sainte-Marie-aux-Mines a élevé les veaux concernés pendant un an dans le cadre d’un protocole d’élevage bien précis. Mais la ferme de l’établissement a depuis fermé. Du coup, dans le groupe des allaitants, on s’est tourné vers nous car nous avons la possibilité de raccrocher des veaux aux mères. Trois veaux par vaches sont actuellement élevés sur une lactation. On s’est donc lancé dans cette aventure », poursuit Florine Barowsky.

« Nous avons le sentiment de progresser »

Cette pépinière de taureaux est présente sur le site depuis janvier 2019. « Nous avons une liste des vêlages à venir. Quand je vois la date du terme arriver, je fais un rappel à l’éleveur propriétaire. Et quand la vache vêle, le tri est immédiatement effectué. Si c’est un mâle, il entre en pépinière sauf si l’éleveur constate immédiatement que cela ne donnera pas un bon taureau. S’il est intéressant, on le récupère à l’âge de 15 jours et on le rentre dans le cheptel. On l’élève comme notre propre veau de lait. Nous donnons un prix fixe de 150 € par veau à 15 jours », précise l’éleveuse. À 4 mois et demi, une sélection est réalisée. Si le veau a du potentiel, la commission allaitante de l’OS vosgienne est prévenue et se déplace pour juger définitivement. Il peut être récupéré à six mois au prix de 1 100 €. Les veaux peuvent être retenus si c’est un coup de cœur d’un des éleveurs et que la réservation est réalisée au moment de la visite. En revanche, si à quatre mois et demi, il n’est pas jugé intéressant, les éleveurs le commercialisent en veau de lait en circuit traditionnel d’abattage ou de vente à la ferme.

Au niveau des effectifs, en 2020, deux veaux sont sortis de la pépinière et étaient gardés à l’Esat, et deux autres veaux sont sortis de l’exploitation de Florine et Raphaël Barowski. Ils ont une quarantaine de mères du schéma allaitant sélectionnées. Ce qui représente environ une quinzaine de veaux potentiels par an pour la pépinière. « Actuellement, on en a un qui a été déclassé, un autre de trois mois qui a du potentiel et trois autres sont rentrés il y a un mois et sont intéressants. Cette méthode de travail est vraiment intéressante. Nous avons le sentiment de progresser. On a des veaux qui ressemblent à quelque chose même si, pour le moment, il manque encore de la viande. La morphologie est là. Les exigences sont cependant différentes d’un éleveur à l’autre. Surtout qu’à quatre mois et demi, ils sont beaux mais n’ont pas encore exprimé tout leur potentiel. En tout cas, la race est 100 % vosgienne comme notre cheptel qui est composé de 115 bovins », souligne Florine Barowsky.

Se remettre en question

Toute la viande produite à la ferme Zum Burahisla est vendue directement. Au magasin de vente à Ungersheim, et dans quatre autres points de vente. « On sort 50 à 60 veaux de boucherie à l’année et on garde une dizaine de femelles pour le renouvellement. Notre objectif, à plus long terme, est de sortir encore davantage de veaux de la pépinière pour proposer cette méthode de travail à d’autres éleveurs qui sont moins investis actuellement que les 7-8 que nous sommes dans la commission allaitante. Nous voulons faire progresser la race et proposer une viande de qualité et en quantité importante. Pour y parvenir, il faut progresser tous ensemble », insiste l’éleveuse. Ce travail et ces réflexions avec la commission allaitante de l’OS vosgienne lui permettent d’évoluer et de se remettre en question dans son travail de tous les jours. « Nous échangeons régulièrement sur notre travail. Nous avons quelques réunions annuelles. Nous avons également créé un groupe sur WhatsApp qui nous permet de nous transmettre des informations en temps réel. Nous estimons ainsi aider à l’amélioration de la race. Même si nous sommes partis sur une base solide grâce au travail effectué par le passé par les éleveurs laitiers », conclut Florine Barowsky.

 

 

L’asperge d'Alsace sort de terre

Les saisonniers sont prêts

Cultures

Publié le 17/04/2021

Dans un premier temps, l’embellie a été de courte durée. « Quelques professionnels ont pu récolter leurs asperges grâce à un travail technique préalable avec des plastiques transparents de protection et/ou des mini-tunnels. Il y avait alors de belles températures. La qualité était au rendez-vous. Mais le froid, les gelées et la pluie ont ralenti la cadence. Nous avons donc démarré en douceur », explique Jean-Charles Jost, président de l’association des producteurs d’asperges en Alsace. Une association qui existe depuis 1991 et qui devait fêter son trentième anniversaire en grande pompe cette année. « Là également, la crise sanitaire nous empêche de nous retrouver. Mais ce n’est que partie remise. Nous pouvons en tout cas nous féliciter de ce parcours. Au départ, nous étions 6 ou 7 producteurs. Nous sommes aujourd’hui près de 120. Nous avons mutualisé nos moyens et effectué de remarquables campagnes de communication. Nous avons également mis en place un cahier des charges qui nous appartient. Il permet aux producteurs de produire qualitativement, dans le respect des normes sanitaires et de chaque terroir », ajoute Jean-Charles Jost. La communication digitale va également prendre une place plus importante à l’avenir.

Néanmoins, les professionnels sont dans une situation différente par rapport à l’année passée où 15 à 20 % des asperges avaient été laissées aux champs en raison du contexte sanitaire et faute de main-d’œuvre à cause du premier confinement. « Cette fois, les saisonniers attendus sont bien là. Tout le monde a envie de travailler. Pour notre part, nous avons une quinzaine de personnes qui sont originaires de Pologne et de Roumanie. Ils sont là pour la saison. C’est-à-dire jusqu’au mois de juin », précise Pauline Klément qui gère l’exploitation de la famille Sibler à Sigolsheim avec sa mère, Clarisse, qui va prochainement partir à la retraite. « C’est d’autant plus facile de trouver des saisonniers que toutes les propositions d’emplois sont désormais centralisées sur le site internet de l’association. On a eu 850 inscriptions », précise Jean-Charles Jost. En Alsace, la saison de l’asperge permet en effet d’employer entre 500 et 700 saisonniers, pour un chiffre d’affaires de 8 millions d’euros. C’est une production annuelle de 1 500 tonnes sur 45 hectares au total. Cette année, les professionnels tablent sur 1 800 tonnes.

 

La saison des asperges d'Alsace a commencé ! ? Nous vous rappelons que l'accès aux fermes est toujours possible malgré...

Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Vendredi 9 avril 2021

 

Un goût particulier

Les asperges sont récoltées tôt le matin. Elles sont ensuite calibrées et conditionnées l’après-midi, puis livrées et/ou mises à la vente quelques heures plus tard. En 2020, les consommateurs se sont rués vers les magasins de producteurs pour acheter des asperges. Ils ont été pris d’assaut. « Les restaurants n’étaient pas ouverts. Ils sont venus en masse chez nous et ont distribué les asperges à la famille, puisqu’il y avait des restrictions kilométriques. Cette année, la tendance est la même. Les premières asperges ont rapidement trouvé leurs consommateurs. Pour notre part, nous avons un prix fixe de 10 € le kg pour l’ensemble de la saison » souligne Pauline Klément. Ces prix peuvent cependant fluctuer un peu partout dans la région entre 10 et 14 € le kilo. Pour les professionnels, l’asperge d’Alsace a un goût particulier qui se distingue des autres régions. « Avec notre terroir, elles sont très douces et goûteuses et très appréciées des consommateurs », ajoute Jean-Charles Jost. L’Alsace demeure un petit bassin de qualité pour l’asperge, derrière les Landes dont la production se situe entre 8 000 et 10 000 tonnes. Les autres régions productrices sont le Val de Loire et le Sud-Ouest.

Tous autour d’une même table

En Alsace, les producteurs peuvent également compter sur le soutien de l’Interprofession des fruits et légumes (Ifla) qui permet de mettre tous les acteurs de la filière autour de la même table et de proposer des actions et des communications en commun. Celles-ci permettent notamment d’apporter une vraie visibilité auprès des consommateurs. Concernant l’association des producteurs d’asperges en Alsace, elle s’est également associée avec des partenaires comme la mayonnaise Alenor qui est exclusivement distribuée par les producteurs. C’est la même chose pour les épices de Georges Colin à Mittelhausen. « La démarche économique de ce projet est intéressante. Elle permet à des acteurs de l’agroalimentaire de développer leur créativité en s’appuyant sur le particularisme de l’asperge d’Alsace. Là également, Alelor fait partie de l’Ifla puisque son produit phare est le raifort », précise Jean-Charles Jost.

Au fil des jours et de la hausse des températures, la récolte des asperges va désormais prendre son envol. Chez les Sibler par exemple, cette culture fait désormais partie du patrimoine de l’entreprise. « Nous faisons de l’asperge depuis une trentaine d’années. Au départ, c’était un produit annexe. On l’a développé par passion. Il est devenu le produit phare de l’exploitation et le premier produit du printemps. L’asperge est conviviale, populaire et facile à cuisiner. Elle ne demande pas trop de travail », conclut Pauline Klément.

Asperge d’Alsace

La saison est lancée !

Cultures

Publié le 12/04/2021

Après une année 2020 atypique, marquée par le premier confinement, cette nouvelle récolte est tout aussi particulière au niveau sanitaire. « Nous lançons officiellement cette campagne car nous sommes prêts. Les asperges sortent de terre depuis quelques jours. Les précoces ont d’abord pu profiter de belles températures. Mais, l’embellie a été de courte durée avec cet épisode de froid. Il va falloir être patient et, comme toujours, travailler qualitativement », explique Jean-Charles Jost, président de l’association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Les professionnels se sont retrouvés, mercredi 7 avril, sur l’exploitation de la famille Sibler à Sigolsheim. L’asperge y occupe une quinzaine d’hectares. « Nous avons commencé à en produire il y a une trentaine d’années. Au départ, c’était un produit annexe. C’est devenu le produit phare. C’est le premier légume du printemps. Nous le produisons avec passion. Il est convivial, facile à cuisiner et très attendu par nos clients », précise Pauline Klément qui gère l’entreprise avec sa mère.

 

 

 

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Publiée par Fruits et légumes d'Alsace sur Vendredi 26 février 2021

 

 

 

 

 

 

Chambre d’agriculture Alsace

L’élevage allaitant poursuit sa croissance

Élevage

Publié le 06/04/2021

Ces données ont été livrées pour les races charolaises, limousines, salers et rouge des prés. En Alsace, 30 élevages sont adhérents au « bovin croissance Alsace ». 22 sont en charolais, 4 en limousin, 3 en salers et 1 en rouge des prés. Au niveau national, la répartition est la même avec 2 939 élevages de charolais, 2 334 en limousin, 441 en salers et 181 en rouge des prés. Concernant la race charolaise, ses effectifs sont très présents dans son bassin d’origine (Auvergne-Rhône-Alpes) et dans le nord-ouest du pays. « En Alsace, on a perdu 8 % des effectifs d’élevages charolais. La race reste cependant majoritaire dans les troupeaux allaitants. Dans ces élevages, il y a de plus en plus de vaches. On y constate que l’intervalle des vêlages augmente depuis 2018. En fait, les exploitations s’adaptent au potentiel fourrager qu’elles ont. La productivité globale, elle, a un peu reculé ces dernières années. L’objectif reste d’avoir un veau par vache et par an », explique Matthieu Vaillant de Guelis, conseiller spécialisé bovin viande et fourrage au service élevage de la Chambre d’agriculture Alsace.

Les élevages de race limousine sont très présents dans le Massif Central et également dans le nord-ouest du pays. On constate chez eux une augmentation de la mortalité avant sevrage. L’explication la plus évidente vient de l’augmentation trop rapide du gabarit de cette race. On observe également une baisse de sa productivité ces dernières années. Les élevages de rouge des prés se trouvent essentiellement en Anjou. Il y a un seul éleveur en Alsace. Il est basé à Vendenheim. Enfin, le bassin de production de la race salers est évidemment le Massif Central. Même si l’on retrouve des élevages sur l’ensemble du territoire. Et notamment dans le Haut-Rhin.

Des vêlages regroupés

Concernant le regroupement des vêlages, leur intensité (pourcentage sur trois mois consécutifs) est équilibrée. Un quart est équilibré. En Alsace, 17 % sont très regroupés (au-delà de 90 %) avec même un élevage en Alsace Bossue qui a 100 % de ses vêlages regroupés. Une minorité de ces élevages (huit sur trente) ont des regroupements inférieurs à 60 %. « Nous constatons également que dans les élevages où les vêlages sont les plus regroupés, il y a une productivité globale plus importante. Jusqu’à six veaux de plus sevrés. L’aspect sanitaire a évidemment son importance. Mais, on peut également expliquer cela par une meilleure technicité. Le régime alimentaire est également une explication », précise Matthieu Vaillant de Guelis. Pour le taux de mortalité au sevrage, les élevages les moins regroupés présentent 12 % de mortalité en moyenne contre 8 à 9 % pour les élevages les plus regroupés. Les intervalles vêlage-vêlage se font en moyenne tous les 400 jours. L’objectif étant d’atteindre les 365 jours. Par ailleurs, les regroupements ou non des vêlages ont un impact économique évident. Il peut y avoir un écart de 11 000 € en fonction de la productivité, de la croissance ou encore du poids de chaque animal.

« L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes »

À l’issue de la présentation de ces résultats techniques, deux thématiques différentes ont été abordées. Chez Ernest Hoeffel, à Walbourg, il y a eu une présentation de la litière pour bovins avec des plaquettes de bois (voir vidéo, ci-dessous). À Vieux-Ferrette, Émile Schweitzer a présenté son exploitation. Il l’a reconverti en un élevage de vaches allaitantes limousines. « Je me suis installé en 2008 en hors cadre familial. D’abord à Diefmatten puis également ici à Vieux-Ferrette. Avec mon père, on a commencé à monter le troupeau allaitant. Nous avons rassemblé les deux exploitations. En tout, 200 hectares dont 25 hectares de prairies naturelles et 20 hectares de prairies temporaires. Nos cultures principales sont le maïs, le blé, l’orge et le colza. L’alimentation est plus simple avec des vaches allaitantes qu’avec des laitières. Elles sont au pré en été tant qu’il y a de l’herbe. En hiver, nous leur donnons de l’ensilage d’herbe, du ray-grass italien avec un mélange suisse et du foin quand il est disponible. Depuis quelques jours, j’ai modifié la ration des génisses à l’engraissement avec deux tiers d’ensilage d’herbe », explique Émile Schweitzer. Il travaille désormais seul depuis le départ à la retraite de son père en 2019.

Contrôler les vaches

C’est aussi en 2019 qu’il a fait construire un couloir de contention. Il se trouve dans un bâtiment situé entre deux autres où est regroupé le cheptel. « Je l’ai placé dans cet endroit central pour faciliter l’arrivée et le départ des vaches. C’est un box de 15 m2 modulable. Il permet de faire différents lots pour mieux identifier et contrôler les animaux. Le premier avantage de ce système concerne la sécurité. Si je souhaite intervenir pour soigner une vache, pour lui mettre une boucle, effectuer une prise de sang où toute autre intervention parfois bénigne, je fais en sorte qu’elle passe dans ce couloir de contention. Cela peut alors éviter les accidents comme les coups de pied ou les mouvements d’humeur », précise le jeune éleveur. Avec cet outil de travail, il est alors possible d’effectuer différentes opérations comme la pesée et la tonte. « En outre, ce système facilite les vêlages. L’animal est en sécurité. Rares sont les vêlages où j’ai été obligé d’intervenir », se félicite Émile Schweitzer. Il vient d’adhérer au contrôle de performance et fait donc partie des quatre élevages en Alsace suivi par Bovins Croissance France.

 

 

Organisme de sélection vosgienne

Le travail de développement et de valorisation se poursuit

Élevage

Publié le 03/04/2021

C’est le lycée agricole de Rouffach qui a accueilli l’assemblée générale de l’organisation de sélection (OS) vosgienne. Une volonté d’associer la jeunesse saluée par le directeur de l’établissement. Il a notamment rappelé que trois exploitations y étaient associées (viticole, horticole et la ferme de la Judenmatt). En outre, un dossier est en cours pour valoriser l’élevage et réintroduire des animaux sur la ferme. « Nous espérons que ce seront des vosgiennes. Notre objectif est de faire de l’engraissement des animaux de cette race. Nous voulons vous aider sur la valorisation de vos produits et la promotion de votre filière. Pour cela, nous menons une réflexion sur la mise en place de stages ou d’actions sur la transformation. On est sur un travail de ferme individuelle pour proposer de la valorisation en direct », assure Jean-Luc Prost.

Un travail collectif

Une initiative appréciée par le président de l’OS vosgienne, Florent Campello. Dans son rapport moral, ce dernier n’a pas caché son émotion d’organiser cette réunion dans le lycée où il a appris son métier. « L’enseignement agricole est primordial pour les générations futures tout comme pour nous éleveurs. Le contexte sanitaire actuel nous oblige à travailler différemment pour préserver la dynamique de notre organisme de sélection et notre massif vosgien. Avec nos techniciens, nous nous sommes adaptés pour pérenniser notre développement. J’applaudis aujourd’hui nos anciens. Je pense à Jean Wehrey et à ceux qui ont cru en l’agriculture de montagne. Ils ont permis de préserver la race et la relancer », explique Florent Campello.

Le président a ensuite rappelé toutes les responsabilités assurées par l’OS. Elles ont été détaillées dans le rapport d’activité. « La Covid-19 ne nous a pas stoppés. Nous utilisons les nouvelles technologies pour nous retrouver et le planning de travail a été modifié. Notre fromage Cœur de Massif est en évolution. C’est un fromage qui crée du lien et de l’économie. Poursuivons ce travail collectif au service de la race vosgienne », ajoute Florent Campello.

Ce rapport d’activité a été l’occasion de rappeler que quatre commissions existent au sein de l’OS. La première, sous la responsabilité de Clément Géant, s’occupe de génétique. La seconde, sous la responsabilité de Guy-Loup Botter, s’intéresse à l’élevage allaitant. La troisième concerne la communication avec Jean-Michel Curien. La quatrième, celle de Lionel Vaxelaire, se penche sur le travail de valorisation. Le premier objectif de ces commissions est de coller au mieux aux besoins des adhérents en utilisant les moyens humains (équipe OS et éleveurs bénévoles), financiers et techniques à disposition.

Pour 2021, les axes de travail sont clairement définis. « En génétique, il s’agit de rappeler les fondamentaux. À savoir, la conduite du schéma de production en partenariat avec Elitest et la tenue des différents services comme les plannings, les pointages et les génotypages. Pour la commission valorisation, la priorité est de travailler sur l’évolution du cahier des charges du fromage Cœur de Massif. La commission allaitante s’intéresse à la création génétique. Enfin, la communication prépare la Seram 3 (lire encadré) et les différents bulletins de l’OS », indique Nicole Bloc, directrice administrative depuis mars 2020.

Les effectifs progressent

Des travaux d’autant plus importants au moment où les effectifs progressent. « Il y a près de 1 800 femelles vosgiennes de plus sur la période 2011-2020 pour un total de 9 927 vaches. Cette augmentation se constate également pour le seul département du Haut-Rhin avec un peu plus de 200 vaches. 4 700 de ces animaux sont issus d’insémination artificielle. Les Vosges et le Haut-Rhin sont évidemment les deux départements où la race est la plus représentée avec respectivement 2 815 et 2 627 femelles. La Moselle, le Bas-Rhin et la Haute-Saône progressent également très bien. Rares sont les départements de l’Hexagone où la vosgienne est totalement absente. La vosgienne envahit la France », ironise Emmanuelle Wendling, salariée de l’OS.

En revanche, après trois années de sécheresse et de manque de fourrage, les effectifs sont en baisse au contrôle laitier. Là également, on les retrouve en grand nombre dans le Haut-Rhin (647) et dans les Vosges (529). La part des vosgiennes allaitantes progresse sensiblement. La durée de lactation des vosgiennes est de 268 jours et leur production augmente avec une moyenne à 3 911 kg contre 901 en 2019. De nombreuses vaches sont désormais à plus de 50 000 kg de lait. « 25 % des vaches au contrôle laitier sont au moins en cinquième lactation. Elles ont donc plus de 7 ans. C’est représentatif de ce qu’on cherche. On élève les génisses pour les garder », précise Emmanuelle Wendling. Un travail complété par la recherche et la génétique. L’orientation de la sélection, la validation des gestations qualifiées, les génotypages, les choix des taureaux permettent d’obtenir ces résultats positifs.

Le génotypage ralenti par le Covid-19

Le schéma allaitant mobilise fortement les éleveurs. Il y a ainsi eu une amélioration du protocole de suivi des mères supports. 172 d’entre elles ont été retenues pour créer les nouveaux taureaux. « Nous allons génotyper tous les mâles et en sélectionner dix. Nous cherchons à obtenir des lignées pour éviter les copies des années précédentes. On génotype également toute la population femelle qui est au contrôle laitier. C’est notre particularité. En 2020, nous avons effectué 273 génotypages. C’est en baisse en raison de la crise sanitaire. Les tournées de pointage ont été limitées. Mais, pour cette année, c’est déjà bien reparti. On est même déjà au même niveau que l’an passé. Grâce à ce travail, on a une idée, pour chaque veau, de son potentiel génétique », note Emmanuelle Wendling. Il faut savoir que 51 % des exploitations de race vosgienne adhérentes à l’OS sont des éleveurs allaitants. 20 % de ces exploitations ont un troupeau mixte laitier + allaitant. 40 % de tous les effectifs confondus (de + 6 mois à + de 2 ans) sont des femelles allaitantes.

326 780 litres pour le Cœur de Massif en 2020

Outre la poursuite de ce travail, l’OS vosgienne compte également relancer le groupe « fromage ». Une première réunion doit avoir lieu le 13 avril prochain. L’idée est de fonder une association dédiée au fromage Cœur de Massif, pour maintenir une cohésion et une dynamique de groupe. 21 producteurs sur quatre départements (Haut-Rhin, Vosges, Bas-Rhin et Haute-Saône) valorisent actuellement ce fromage. En 2020, ils ont transformé 326 780 litres de lait dans cet objectif. L’idée de ce groupe est de réfléchir et d’innover ensemble pour pérenniser et développer encore davantage ce fromage. C’est dans ce cadre que le financement de l’OS en tant que GIEE (Groupe d’intérêt économique et environnemental) pour son projet Cœur de Massif a été prolongé jusqu’au 31 mars 2022. Il doit permettre une étude de la performance environnementale du fromage pour les pratiques agricoles liées à son cahier des charges dans le cadre du projet « PastoEco », mené en partenariat avec le Coram et la création d’un réseau national de GIEE par le Coram.

Un travail d’autant plus important qui peut être pertinent aux côtés de la démarche concernant l’inscription de la transhumance au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Le dossier devrait définitivement être déposé en mars 2022 après une réunion qui devrait être déterminante en septembre 2021 lors de la session européenne des races de massif.

Anne Simon, présidente de la cave de Pfaffenheim

Travailler pour le collectif

Vigne

Publié le 25/03/2021

Elle avait été élue dès 1998, au conseil d'administration de la cave de Pfaffenheim avant de faire une pause, pour des raisons familiales, de 2005 à 2014. « Quand je suis revenue en Alsace, mon prédécesseur, Jean-Luc Hanauer, m'a demandé de le rejoindre dans l'équipe dirigeante. J'ai accepté. J'ai d'abord été élue secrétaire en 2019 et donc présidente depuis le 18 février. C'est un engagement complémentaire. Il est dans la continuité de celui que j'ai pour la cave depuis toujours. Le mien et celui de ma famille », explique Anne Simon.

Elle a en effet été élevée dans la « culture coopérative » avec un grand-père qui a été parmi les membres fondateurs de la cave de Pfaffenheim. « Mes grands-parents avaient un petit domaine familial. Pendant que mes parents travaillaient à l'extérieur, j'allais aider dans les vignes. Mon grand-père m'a beaucoup appris. Notamment à bien observer la vigne et à comprendre le métier », ajoute-t-elle.

Logiquement, elle effectue des études agricoles. Le lycée de Rouffach lui permet de pousser sa réflexion professionnelle. Mais le véritable déclic arrive lors de son BTS viticulture œnologie et ses études supérieures à l'université de la vigne et du vin à Dijon. « Cela a été la découverte et la compréhension de cette culture du vin dans sa dimension agronomique et scientifique. Ce parcours me permet aujourd'hui d'être formatrice pour adulte au CFPPA depuis mon retour dans la région. Ce côté formateur est essentiel pour moi. Donner aujourd'hui ce que j'ai appris hier », précise celle qui s'est également investie dans le domaine familial. Elle le gère avec sa maman, de 2000 à 2014, année où cette dernière, qui avait repris déjà le domaine de ses parents, prend sa retraite. Son papa donnant un coup de main le soir. Puis sa vie familiale l'a conduite à faire la navette entre son Alsace et le sud-ouest du pays où elle a participé à des animations de vente de vin pour la coopérative du Tursan, forte de 135 adhérents sur 350 hectares de vignes. Elle y a également assuré des formations pour adulte (déjà).

Aujourd'hui, Anne Simon co-gère l'exploitation avec son frère Dominique. Des 2,5 hectares du départ, la famille en gère désormais 9 de vignes situées de Buhl à Herrlisheim-près-Colmar. Comme il y a quelques années, elle s'occupe également d'une activité de prestation. « Cela me permet d'avoir une trésorerie complémentaire et de rester dans cette philosophie de formation. J'ai retrouvé des anciens élèves à qui j'ai mis le pied à l'étrier », se félicite-t-elle.

Rebondir malgré la crise

Après ces belles années, elle a donc fait son retour à la cave de Pfaffenheim. Une entreprise qu'elle connaît bien et qui reste familiale avec ses 160 adhérents pour un peu plus de 350 hectares cultivés sur les secteurs de Pfaffenheim, Gueberschwihr, Hattstatt, Voegtlinshoffen, Soultzmatt et Westhalten. Forcément, la crise sanitaire a actuellement un impact. « Avant l'arrivée du Covid-19, nous étions dans une phase de dynamique et de développement. Depuis nous constatons des méventes et une baisse de 17 % pour l'ensemble du groupe (avec Dopff et Irion) qui reste correcte par rapport à la situation observée dans toute l'Alsace. Le caveau est ouvert. Il l'a toujours été si l'on excepte le premier confinement. Nous sommes une cave qui donne une grande importance à la vente aux particuliers. Heureusement, nous pouvons également miser sur l'export. Il faut désormais nous imposer sur des marchés plus variés et de nouveaux créneaux de développement. Pour y parvenir, nous comptons proposer une communication plus poussée sur les réseaux sociaux. Il faut également proposer de nouvelles actions de marketing pour séduire la clientèle. Nous voulons davantage nous faire connaître dans les GMS même si nos produits et nos prix sont différents », insiste Anne Simon. Pour autant, la politique de la cave avec des produits de qualité et de petits lots doit se poursuivre. « Cette image, nous voulons la conserver, la préserver. Mais cela peut également passer par des produits plus innovants et des nouveautés comme des vins d'assemblage. La priorité reste quoi qu'il en soit de continuer à faire de la haute qualité. Il faut que les vins tiennent la route », prévient la présidente de la cave de Pfaffenheim.

Militante un jour, militante toujours

Elle suit les débats dans le vignoble alsacien. Elle est en phase avec l'état d'esprit de la coopération qui défend les producteurs. « Nous faisons vivre des familles. Le kilo de raisin produit, c'est le revenu. Or produire qualitativement représente un coût. C'est cette qualité qui permet d'accéder à des produits particuliers. L'appellation appartient à tout le monde. Nous sommes solidaires. Mais la solidarité doit aller dans tous les sens. Pour notre part, nous avons le sentiment de ne pas être entendus », estime Anne Simon. Comme dans ses jeunes années, elle demeure une « militante ». Elle se dit prête à apporter sa pierre à l'édifice à la fédération des caves coopératives. Elle reste attachée au monde agricole et viticole. « Je suis toujours l'activité syndicale. Celle des jeunes agriculteurs notamment. Leurs sujets de discussion sont pertinents. Il y a des jeunes qui ont des idées innovantes. C'est mon rôle d'ancienne présidente des JA de les soutenir s'il le faut. C'est dans cet état d'esprit que je continue à donner mes cours. La formation me permet d'avoir une certaine vision. J'ai aujourd'hui le sentiment que la viticulture est trop enfermée sur elle-même et ne regarde pas assez ce qui se passe dans les autres filières pour en tirer des enseignements », conclut-elle.

Élodie Siraud à Cernay

Un parcours exemplaire et inspirant

Vie professionnelle

Publié le 23/03/2021

Quand elle se lance dans la production, l'abattage et la transformation de volailles à Bernwiller, Élodie Siraud n'est âgée que de 21 ans. Nous sommes en septembre 2002. C'est un stage sur une exploitation de ce secteur d'activité effectué dans le cadre de ses études au lycée agricole de Rouffach qui l'a définitivement convaincue. « Après mon bac pro agricole Gestion d'entreprise, je me suis lancée. J'ai monté mon entreprise, « Chez Élodie » à la suite de ce stage passionnant chez un producteur de foie gras. J'ai commencé petit, et au fur et à mesure, l'activité a pris de l'ampleur. C'est un honneur pour moi de valoriser la gastronomie française et d'avoir ces contacts avec les clients », explique la jeune femme qui va bientôt avoir 40 ans et qui est maman de deux enfants âgés de 13 ans et 18 mois. Pendant douze ans, l'activité se développe à Bernwiller. À tel point qu'elle finit par manquer de place. « On a alors déménagé dans cette zone d'activité de Cernay afin de poursuivre notre développement et avoir des locaux plus pratiques et plus faciles d'accès », ajoute Élodie Siraud.

En vente directe

Ces locaux permettent de travailler dans un bâtiment de 600 m2.  « On transforme en plats cuisinés, en brochettes, en produits frais et/ou à griller des produits à base de volaille, de canard et de foie gras. Nous proposons une centaine de produits différents comme des terrines, des pâtés en croûte, des charcuteries, des fleischnackas, ou encore des farces de volailles. Bref, un large éventail de produits frais ou en conserve. Nous n'abattons plus ici. Nous le faisions à Bernwiller. Quand on a déménagé en 2014, on a arrêté car ici les locaux ne sont pas adaptés et nous ne pouvons plus tout faire. On sous-traite ce travail trois fois par semaine chez un collègue à Wingersheim dans le Bas-Rhin », précise Élodie Siraud.

Une fois transformés et travaillés, les produits sont ensuite écoulés. D'abord en direct grâce à l'espace de vente qui se trouve dans le bâtiment. Il est ouvert trois jours par semaine. Ensuite, sur les marchés de Belfort, de Riedisheim et de Colmar. Enfin, dans des magasins d'épicerie fine, des magasins fermiers ou encore chez des producteurs de fruits et légumes. La cheffe d'entreprise intervient sur le suivi direct, le développement des produits et le suivi qualité. Elle est entourée de neuf salariés pour effectuer toutes les autres tâches quotidiennes.

« Les femmes ne doivent pas ou plus se cacher »

La crise sanitaire n'a pas eu d'impact sur le chiffre d'affaires. Au contraire, « Chez Élodie » a vu arriver de nouveaux clients. « Nous observons une hausse de 25 % de notre chiffre d'affaires. Les gens ont davantage fréquenté notre espace de vente. Et surtout, ils restent fidèles. On va peut-être ressentir une baisse des ventes quand les restaurateurs vont pouvoir à nouveau ouvrir. Mais je suis confiante. Les gens ont désormais pris l'habitude de passer par nous. La qualité de nos produits et la proximité que nous leur proposons sont très appréciées », analyse Élodie Siraud. Elle demeure cependant prudente et ne compte pas se lancer à court terme dans de nouveaux projets. « On va laisser passer le Covid-19 et on verra après », précise-t-elle.

C'est dans ce contexte qu'elle a été distinguée par la Chambre des métiers et d'artisanat d'Alsace. Et plus précisément dans le cadre du concours « Madame Artisanat Alsace », qui met à l’honneur depuis 2008 des femmes et jeunes filles artisanes. Une récompense qui lui a été remise le 8 mars dernier lors d’une cérémonie retransmise sur les réseaux sociaux dont la marraine était la préfète du Grand Est et du Bas-Rhin, Josiane Chevalier. « C'est une belle surprise pour moi. Au départ, nous avons fait un gros investissement avec le soutien de la Région pour changer le parc machine de l'entreprise. La personne de la Chambre des métiers qui est venue visiter les locaux a alors vu mon parcours. Elle a estimé qu'il y avait un potentiel à promouvoir et m'a incité à y participer. J'ai alors rempli un dossier où j'ai expliqué ce que nous faisions ici, l'évolution de l'entreprise, son histoire. Une quarantaine de dossiers a été déposée. J'ai été choisie », souligne Élodie Siraud qui ne cache pas sa fierté. « Cela fait du bien de montrer aux femmes que l'on peut percer dans n'importe quel milieu. Les femmes ne doivent pas ou plus se cacher. Si mon parcours peut en inciter d'autres à franchir le pas, ce ne sera que du positif », complète la jeune femme.

Reconnaissance du savoir-faire et de la qualité

Dans la même période, elle a eu une autre surprise. Celle d'être honorée du mérite agricole. « Je n'étais pas au courant. Je l'ai appris par quelqu'un qui m'a envoyé un message. Ensuite, j'ai eu différents courriers du préfet et de différentes personnes. Je suis surprise et émue. Je n'ai pas de responsabilités syndicales. Je suis simplement élue au niveau du conseil d'administration de la Caisse d'Épargne du Haut-Rhin. Ces deux récompenses en l'espace de huit mois, c'est un peu la reconnaissance de cette période professionnelle très intense », reconnaît Élodie Siraud. Elle est évidemment proche du monde agricole par son mari qui travaille pour une entreprise de matériel agricole à Ostheim et par des fournisseurs qui œuvrent avec la même philosophie professionnelle.

« Si ces agriculteurs n'étaient pas là, nous ne le serions pas non plus. Nous travaillons dans un domaine particulier. Quand on propose des produits de qualité avec un bon système d'élevage derrière, nos clients sont prêts à nous faire confiance et à mettre le prix derrière. Nous sommes tous logés à la même enseigne », estime Élodie Siraud. Elle reste l'une des rares productrices de foie gras dans le Haut-Rhin. « C'est un savoir-faire qu'on a mis 20 ans à mettre en place. Comme pour tous les autres produits, nous avons mis les moyens pour arriver à proposer quelque chose de bien », conclut-elle.

 

 

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