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Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

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Haut-Rhin

Rendre service à la collectivité

Pratique

Publié le 21/01/2021

Maraîcher et exploitant agricole à Illhaeusern, Philippe Uhl n’avait plus été mobilisé depuis 2010. « L’ancienne municipalité avait acheté une lame à neige qu’il est possible de modifier pour nettoyer les chemins. Nous avons passé une convention pour intervenir en cas de grosses intempéries sur ordre du maire. L’arrivée de la nouvelle équipe municipale n’a rien changé à cette bonne entente. De notre côté, mon père (Germain) et moi, nous sommes disponibles. C’est notre souhait d’aider les habitants quand il le faut », explique Philippe Uhl. Précisément, vendredi matin 15 janvier, il le fallait. « Nous avons démarré à 4 h du matin et nous n’avons pas arrêté jusqu’à 13 h. Nous avons commencé par les rues principales évidemment avant de faire tout le reste du village et notamment les petites ruelles. Nous sommes même allés jusqu’à Guémar où un autre exploitant était lui-même bloqué. Ensuite, les gens nous ont appelés pour des interventions plus spécifiques », ajoute Philippe Uhl.

L’état d’esprit était le même à Weckolsheim pour Alfred Biller, double actif, installé sur l’exploitation familiale depuis 2013. Là, l’association foncière a acheté un chasse-neige d’occasion avec un relevage avant qui n’était adapté à l’époque que sur son tracteur. Mais jamais il n’avait eu besoin d’intervenir à l’exception d'une année pour déneiger la cour d’école du village. Cette fois, il a pris le temps nécessaire. « Dès jeudi soir, je suis intervenu pour enlever la neige des rues principales pour permettre aux gens de rentrer sereinement chez eux de leur journée de travail. J’ai commencé à 17 h pour m’arrêter à minuit. J’ai ensuite repris à 4 h du matin vendredi, jusqu’à 14 h. J’ai commencé par les parkings d’entreprises puis toutes les rues. Le plus compliqué, ce sont les impasses avec les voitures garées et la difficulté pour manœuvrer », précise Alfred Biller.

 

 

 

Malgré le froid, nous sommes bien présents au marché de Ribeauville ce matin ! A tout de suite !

Publiée par Ferme Uhl Philippe sur Vendredi 15 janvier 2021

 

 

« Une activité qui redore l'image du métier »

La quasi-totalité des habitants rencontrés se sont montrés satisfaits. À l’exception d’une personne âgée perturbée par le fait que la neige se soit retrouvée en masse plus importante sur son trottoir. « Nous avons alors discuté et j’ai dégagé la neige en trop. Dans ces moments-là, il faut aussi se montrer compréhensif », avoue l’agriculteur qui n’a pas fait de formation spécifique pour un tel travail. « Il faut quand même reconnaître que cela nécessite de la logistique et de la réflexion. Il faut savoir bien orienter la neige et ne pas faire n’importe quoi. Mais, j’ai apprécié de le faire. C’est une activité qui redore l'image du métier. C’est du bon sens. Le prolongement naturel de notre profession », conclut Alfred Biller. Il précise qu’il est intervenu après le déclenchement de l’alerte lancée par la municipalité.

En montagne, secteur plus habitué à la neige, le phénomène météorologique a également surpris. « Il n’avait pas neigé suffisamment l’année passée pour intervenir et on sortait peu depuis cinq-six ans. Les hivers sont beaucoup moins rigoureux que par le passé. Mais, cette fois, c’était vraiment impressionnant. J’ai commencé à déneiger avant jeudi. Avec mon frère François, nous avons ensuite utilisé deux tracteurs vendredi dès 4 h du matin, jusqu’à 23 h. Nous avons poursuivi jusqu’à dimanche. Ce matin (mercredi 20 janvier), je suis passé au salage car il y a du verglas », explique Yvan Gaudel du Gaec des Merelles à Lapoutroie. Il intervient depuis 1988. « Nous intervenons sur le secteur gauche de la nationale du village. Soit sur 40 kilomètres de chemin. Notre secteur s’est agrandi sur une partie d’Orbey. Nous sommes équipés par la commune. Notre ferme se situe à 800 mètres d’altitude. Il est tombé 80 cm de neige. Plus haut, autour du lac blanc, c’était encore plus intense. Jusqu’à 1,50 m en quelques heures », ajoute l’agriculteur. La difficulté est de travailler quand il y a de la circulation. Car, même dans ce secteur, à cette époque de l’année, il y a des automobilistes qui ne sont pas équipés. Autre problème : les nombreuses chutes d’arbres. « Il a fallu être bûcheron cette année. La neige était très lourde. Les arbres se sont vite cassés. C’était moins une réalité plus en altitude où la neige était plus molle. Nous avons eu de la chance. Il n’y avait pas de vent et donc pas de congères », conclut Yvan Gaudel.

Rendre service à la collectivité, c’est la devise d’un autre habitué de l'exercice. L’éleveur Gérard Claudepierre intervient au-dessus du Bonhomme et dans les secteurs de Sainte-Marie-aux-Mines et du Val d’Argent. Cela fait 23 ans. Il utilise son propre matériel. Et notamment un gros tracteur John Deer de 125 ch. « Depuis 2005-2006, je n’avais plus observé une telle quantité de neige. À cette hauteur, il y avait des contraintes avec cette fois du vent et par endroits une véritable tempête de neige. Cela a été du non-stop pendant plusieurs heures. Mais j’apprécie de travailler ainsi. C’est ma passion. J’interviens également à la station de ski du col des Bagenelles. On m’a délégué le damage des 30 kilomètres de ski de fond et de piste. C’est un travail intéressant », précise Gérard Claudepierre.

Visite préfectorale

Mettre les agriculteurs au centre des projets de réforme

Vie professionnelle

Publié le 20/01/2021

« Nous étions impatients de vous faire connaître l’agriculture alsacienne. Le Gaec de Wittelsheim est un site bien choisi. Il est représentatif de l’agriculture dans le Haut-Rhin. Il y a là un condensé des filières qui compense la petite taille de nos exploitations », explique en préambule le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann. Il en profite pour faire un rappel historique de l’évolution de l’agriculture dans le département. « Longtemps, nos terres ont été pauvres jusqu’à l’arrivée de l’irrigation. Puis, il y a eu le développement du maïs qui nous a permis d’assurer l’autonomie fourragère des exploitations de plaine, notamment. Nous avons un parcellaire morcelé. Du coup, la réalité économique d’une exploitation agricole est une alchimie subtile. Nous sommes comme des funambules en équilibre. Nous devons maintenir nos marchés et nous développer au niveau économique, tout en faisant face à des contraintes et des règles administratives qui sont devenues une épée de Damoclès pour nos petites structures », ajoute Pascal Wittmann. Tout au long de l’après-midi, les représentants de la profession agricole vont le rappeler au préfet : ils veulent évoluer et relever tous les défis qui se présentent à eux ; climatiques, notamment. Mais il est impératif que les futures réformes se fassent avec les agriculteurs et pas contre eux. « Les agriculteurs doivent être au cœur des réflexions et des projets de réforme », insiste le président de la FDSEA du Haut-Rhin.

L’un des associés du Gaec de Wittelsheim, Michel Rohrbach, présente ensuite l’exploitation. Elle a été créée à la fin des années 1970, par deux familles. Elle est restée aujourd’hui une structure familiale. L’arrivée des quotas laitiers en 1984 permet le développement de la ferme qui a alors une centaine de vaches. « Nous sommes ici dans le bassin potassique. Nous avons toujours été considérés comme une grosse ferme. Ici, pendant longtemps, tout le monde travaillait à la mine. Avec l’irrigation, nous avons pu nous lancer dans un nouveau projet, dans les années 2000. Nous avons investi dans un atelier laitier performant car nous sommes une équipe d’agriculteurs âgés de moins de 40 ans. Les difficultés de départ pour obtenir le permis ne nous ont pas démotivés. Nous avons eu raison d’y croire. L’outil est aujourd’hui bien fait et performant. Les conditions de travail sont agréables et le bien-être animal est assuré », se félicite Michel Rohrbach. Les fermes laitières sont de moins en moins nombreuses. Entre le Gaec de Wittelsheim et la région de Colmar, il n’y en a plus. Il faut aller dans le Sundgau et en montagne. « Une ferme est une entreprise. Nous sommes ici producteurs de lait. Mais également de céréales. Nous faisons aussi du séchage. Nous développons les circuits courts et nous sommes dans une zone renforcée concernant l’eau. Il a fallu évoluer économiquement et techniquement pour nous développer, précise Michel Rohrbach. Comme il en a pris l’habitude lors de réunions syndicales, l’éleveur mime avec des seaux toutes les contraintes auxquels les agriculteurs sont soumis dans leur gestion quotidienne des exploitations.

 

Rencontre avec Louis Laugier, préfet du Haut-Rhin, au GAEC de Wittelsheim puis à l'abattoir de Cernay, pour lui faire...

Publiée par Fdsea Du Haut-Rhin sur Mardi 12 janvier 2021

 

Les productions irriguées : « cœur battant » de l’agriculture alsacienne

Avant de faire la visite des lieux, le préfet tient à lui répondre immédiatement. « Avec mes services et ceux de la direction départementale des territoires (DDT), l’objectif est de faciliter les choses même si les règles sont complexes. Vous évoquez souvent, et à juste titre, vos problèmes et vos difficultés. Mais il n’y a pas que cela. Quand vous parlez toutes et tous de votre métier, vous le faites comme des passionnés. Dans chaque profession, il y a des exigences, des conditions de vie et une organisation personnelle qui jouent sur le moral et la difficulté du métier. Nous sommes là pour vous écouter et aller de l’avant avec vous », observe Louis Laugier. En effectuant le tour de la ferme, Michel Rohrbach rappelle au préfet : « l’eau, c’est mon coffre-fort et le maïs ma sécurité alimentaire ». Précisément, cette gestion de l’eau accompagnée de celle du foncier va faire l’objet d’un long échange. Car, pour les professionnels, sans cela, il n’y a pas d’élevage, d’agriculture ni de viticulture. « Les productions irriguées constituent le « cœur battant » de notre vitalité agricole alsacienne. La crise sanitaire a permis de redécouvrir l’importance d’une production agricole française. L’irrigation est nécessaire pour produire avec régularité et consommer local en Alsace. L’irrigation est donc notre meilleure alliée pour une agriculture régionale de qualité et pour un approvisionnement garanti tout au long de l’année. Elle nécessite des investissements importants. Les agriculteurs doivent être soutenus pour se lancer dans ce type de projet et accéder aux équipements les plus efficaces sur le plan agronomique, tout en étant économes en eau. Et surtout, ils doivent être associés à toutes les réflexions qui viseraient à modifier les usages agricoles de l’eau. Ces réflexions doivent prendre en compte toutes les données. Qu’elles soient historiques, juridiques, agronomiques et/ou économiques », note Thomas Obrecht en charge de ce dossier à la FDSEA du Haut-Rhin. Et de rappeler que la profession milite pour la création de retenues d’eau permettant de faire une gestion raisonnée de l’eau. Et sachant que les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ne sont pas des solutions efficaces si l’État n’assouplit pas les dates d’implantation.

Préserver le foncier et le maïs

Concernant le foncier agricole, il a été rappelé que ce sont chaque année plus de 600 hectares de terres agricoles qui disparaissent en Alsace au profit de lotissements, zones commerciales ou artisanales, photovoltaïques au sol ou encore gravières. « Sur ce point, nous ne sommes pas favorables à des projets comme le photovoltaïque au sol. Sous couvert de développer des énergies renouvelables, il n’y a pas lieu de priver l’agriculture de terres utiles à la souveraineté alimentaire de notre pays. Nos toitures agricoles et municipales peuvent accueillir ces panneaux photovoltaïques à la condition que l’État et les entreprises fournisseuses d’énergie jouent bien le jeu, et nous aident à obtenir des coûts de raccordement raisonnables », plaident Pascal Wittmann et Jérémy Pflieger, pour la FDSEA et les JA du Haut-Rhin. Les professionnels ont également sensibilisé le Préfet sur la réforme de la politique agricole commune. « Il faut tout faire pour préserver nos spécificités agricoles et le maïs », insistent-ils. Concernant le plan de relance, la FDSEA et les JA ont pris une part active. Ils souhaitent le soutien des services de l’État pour deux dossiers notamment : l’optimisation des canaux d’irrigation dans la plaine et, le développement d’une filière de production et déshydratation de la luzerne. La profession espère également que le dossier de soutien à l’abattoir y sera éligible.

L’abattoir doit développer ses services

Un abattoir visité dans la seconde partie de l’après-midi sous la direction du président Christophe Bitsch. Là également, l’historique du dossier a été présenté à Louis Laugier. « Nous travaillons dans de bonnes conditions sanitaires. Et en toute sécurité pour nos salariés. Les animaux sont respectés tout au long de la chaîne. Mais, pour pérenniser l’outil, il est indispensable de le développer. Dans ses locaux et dans ses services », estime Christophe Bitsch. Il est rappelé au préfet que l’abattoir, peu utilisé au départ et lourdement déficitaire, est désormais une entreprise utilisée par de nombreux éleveurs et équilibrée financièrement. Tout au long de cette période, il a reçu le soutien appuyé du Conseil départemental du Haut-Rhin. Il faut maintenant aller encore plus loin dans les services qu’un tel outil doit fournir à ses clients.

La fin de la rencontre permet à René Zimpfer, responsable du dossier « chasse » à la FDSEA du Haut-Rhin de remercier le Préfet pour son intervention au début du second confinement. « Elle a permis de chasser une surpopulation de gibiers qui devient de plus en plus alarmante. Les agriculteurs subissent de plein fouet ces attaques de sangliers et autres espèces. Les dégâts sont considérables. Il faut donc que la chasse soit pratiquée au maximum. Non pas en tant que loisir mais parce qu’elle est indispensable à la régulation des nuisibles et à la protection de la production agricole. Nous vous demandons de continuer à prendre les mesures qui s’imposent face aux quelques chasseurs qui ne respectent pas leurs obligations », conclut René Zimpfer.

Solidarité alsaco-bretonne

Un jumelage qui part en fromage

Élevage

Publié le 12/01/2021

Le jeune éleveur de 30 ans, installé sur l’exploitation familiale à la suite de ses beaux-parents, n’a pas vu arriver le premier confinement au mois de mars. Sa cave était remplie de fromages : munster, saint-grégoire, bargkass, tomme. « Du jour au lendemain, mes revendeurs ont tous fermé. Malgré quelques ventes avec la clientèle locale, il a donc fallu jeter du fromage. Jusqu’au jour où j’ai pu échanger avec le maire de Muhlbach-sur-Munster, Patrick Althusser, lors du week-end pascal quand il est précisément venu s’approvisionner à la ferme. Je ne lui ai pas caché mes difficultés. Il a alors informé de ma situation le comité de jumelage. Tout est ensuite allé très vite. Des mails, des appels téléphoniques, de la pub dans les journaux bretons. Je pensais que 200 à 300 fromages allaient trouver preneur. Ce qui était déjà bien. Finalement, ce sont plus de 1 500 munsters et saint-grégoire qui ont été commandés. Nous avons fait deux livraisons fin mars et fin mai. Il y a encore eu des commandes par la suite », se félicite Mathieu Hunzinger.

La belle histoire se répète lors du second confinement. Là, ce sont 850 fromages (moitié munsters et saint-grégoire) qui partent en Bretagne. « D’après ce que j’ai compris, 90 % des habitants de Kermaria-Sulard ont au moins fait une commande. Ce soutien fait chaud au cœur. Pour Noël 2020, une nouvelle opération a été menée, plus habituelle. Nous avons fait l’échange avec les huîtres. 200 bourriches ont été commandées », note le jeune éleveur. Son stock a donc baissé et ses pertes financières se sont atténuées. Une autre bonne nouvelle : le retour de la clientèle locale. Le deuxième confinement a en effet eu un côté vertueux. « Les gens ont pris conscience de l’importance de soutenir les commerces locaux. Proximité et solidarité vont bien ensemble. J’espère que, désormais, ces bonnes habitudes perdureront. En attendant, ces échanges avec la Bretagne m’ont permis de sauver les meubles pour l’année 2020 », précise Mathieu Hunzinger. En revanche, l’incertitude demeure pour l’avenir. « Il faut que les entreprises soient réellement aidées et soutenues. Il ne faut pas seulement des effets d’annonces du gouvernement. Je ne compte pas faire de prêt pour continuer mon activité car je n’ai pas envie de m’endetter alors que c’est encore l’inconnu au niveau sanitaire pour ces prochains mois. Du coup, j’ai tari les vaches en fin de lactation pour avoir moins de lait », conclut l’éleveur.

 

Le comité des fêtes et de jumelage de Muhlbach sur Munster organise à nouveau une commande groupée d'huîtres de Bretagne...

Publiée par Patrick Althusser sur Vendredi 27 novembre 2020

 

Tout de même 25 000 € de pertes

Installé sur l’exploitation familiale depuis quatre ans, Mathieu Hunzinger n’est pas arrivé au bon moment. La sécheresse tout d’abord, puis la crise sanitaire l’ont obligé à revoir sa stratégie. Il a réduit à une vingtaine de vaches son cheptel. On y trouve historiquement des vosgiennes, mais également des brunes des Alpes. « Les premières ont un tempérament bien marqué et elles sont évidemment adaptées à notre relief. Les secondes sont dociles, productives avec une bonne richesse du lait. Néanmoins, avec le nouveau cahier des charges pour le munster, cela va me poser des difficultés. J’ai aussi quelques aubrac pour la viande que je propose en colis. Tout est vendu en direct ici. La viande donc et le fromage », explique Mathieu Hunzinger.

Il y a encore cinq à dix ans, les vaches pouvaient pâturer jusqu’au milieu du mois d’octobre et les coupes d’herbe étaient suffisantes pour passer tranquillement l’hiver. « On arrive désormais à la moitié de ce que nous avons besoin. On entame les stocks d’hiver dès la fin du mois d’août. Il n’y a donc plus le choix. Soit il faut acheter du foin et de la paille ailleurs, soit il faut réduire le cheptel. Et puis, le Covid-19 est arrivé. Nous avons une clientèle de locaux et de touristes. Ces derniers ne sont plus là. On peut donc estimer la perte des ventes de fromages à 25 000 €. J’ai été contraint de jeter une des huit tonnes de ma production annuelle », ajoute Mathieu Hunzinger. S’il est encore aidé par ses beaux-parents retraités, il est néanmoins le seul actif de la ferme. Une situation d’autant plus complexe qu’outre la sécheresse et la crise sanitaire, il déplore aussi des dégâts de sangliers toujours plus importants. Le troisième fléau de cette année 2020 décidément bien compliquée.

Miss et Mister France agricole

La passion des concours

Élevage

Publié le 03/01/2021

« C’est Tony, mon petit ami, qui m’a incitée à me présenter. L’idée est de se faire connaître et de montrer ce que l’on fait dans le monde agricole. Mon objectif n’était pas de gagner. Mais bien de participer. L’élection de Miss et Mister France agricole est une vraie vitrine pour la jeunesse en agriculture », raconte Florine Wira. Le concours est organisé par le site terre-net.fr. « Cet événement amical a pour but de promouvoir les femmes et les hommes du milieu agricole, afin de montrer une image positive et souriante de notre profession, il n’y a aucun enjeu financier, juste un bon moment à passer ensemble », détaillent les organisateurs sur la page Facebook de l’élection.

Florine Wira a réalisé un montage photo d’une présentation d’elle dans son milieu professionnel. Elle l’a ensuite envoyé aux organisateurs qui l’ont publié sur les réseaux sociaux avec celle des autres participants. Une édition marquée par une forte hausse du nombre de candidatures qui ont été déposées du 19 novembre au 10 décembre dernier. Un jury a sélectionné les gagnants de chaque catégorie parmi les 20 candidats ayant récolté le plus de « j’aime ». Le 12 décembre, c’est finalement une éleveuse de chèvres en Haute-Savoie prénommée Noémie qui a été élue. « Je suis déjà très satisfaite d’avoir participé car ce n’est pas forcément évident de se mettre en valeur. Il faut faire un effort sur soi-même », poursuit la jeune femme. Elle est maintenant dans l’attente de l’amélioration de la situation sanitaire.

 

Soutenez la candidature de Florine Wira au concours de Miss Agricole 2021 ! Ancienne élève de STAV au lycée de Rouffach,...

Publiée par Lycée de Rouffach sur Dimanche 29 novembre 2020

 

Tout ce qui touche à la génétique

Car la vraie passion de Florine, c’est l’élevage. Après un bac STAV (sciences et technologies de l’agronomie et du vivant) à Rouffach, puis un BTS ACSE (analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole) effectué en apprentissage à la maison familiale et rurale à Fougerolles en Haute-Saône et chez un patron à Lepuix-Neuf dans le Territoire de Belfort, Florine Wira, 20 ans, s’en est sortie avec réussite et une mention assez bien. Elle a décidé de poursuivre son cursus en effectuant un certificat de spécialisation bovin lait en une année toujours à Fougerolles. L’occasion d’acquérir de nouvelles connaissances tout en continuant en alternance. « Mon objectif est de devenir technicienne pointeuse pour évoluer dans tout ce qui touche à la génétique. Mais cette orientation professionnelle n’est pas forcément accessible. Il me manque de l’expérience et un peu de confiance en moi. Une autre solution serait de devenir conseillère technique en faisant par exemple les plannings d’accouplement. Cela me permettrait d’être avec les vaches sans avoir les deux pieds dans une ferme. Et ainsi de pouvoir bouger et d’observer ce qui se fait dans une multitude d’exploitations », explique Florine.

Actuellement, elle suit son second apprentissage au Gaec de la Petite Chicotte à Hautmougey dans les Vosges. Une belle exploitation laitière sur 150 hectares qui livre ses 950 000 litres de lait à Lactalis et qui est gérée par Ghyslain Bilquez et Ludovic Mouton. C’est son petit ami, Tony, lui-même salarié agricole et originaire de Fougerolles, qui l’a orientée pour cette nouvelle expérience. « J’avais envie de quitter la maison familiale et de vivre ma propre expérience. Je suis à l’école une semaine par mois et les trois autres semaines à la ferme. Je m’occupe de la traite, du nettoyage, de nombreux travaux agricoles. Mon objectif était de sortir de ma zone de confort. On m’a également laissé conduire le tracteur et faire de l’ensilage. Une première pour moi », se félicite la jeune femme qui doit rester à la ferme jusqu’en septembre 2021. « Mes patrons me font confiance. Ils participent à rendre ma passion pour le monde agricole encore plus forte. Ils me font partager leurs connaissances et leur vision de la gestion d’une exploitation dans la situation actuelle et dans l’avenir. »

Curiosité et expérience

La jeune femme a participé à plusieurs concours. Et notamment celui de Habsheim où, avec sa vache Liane, elle a été sacrée grande championne l’an dernier. Elle a également participé à l’école française des jeunes éleveurs pour approfondir ses connaissances, après des premiers titres de meilleur meneur holstein en 2016 et montbéliarde/interrace en 2017, également obtenus à la foire Simon et Jude de Habsheim. Elle a aussi pris part, avec son frère Paulin, au concours départemental de labour. « Je suis une touche-à-tout. Ma curiosité me pousse à multiplier les expériences. Il ne faut jamais rester dans son coin avec ses certitudes. Le monde évolue et nous devons le faire également », estime Florine Wira. « Dès que les concours d’animaux redémarrent, on peut compter sur moi. Cela reste ma passion », conclut Florine Wira.

 

Bon... nous sommes prêtes pour les concours !?? Choupi me met pleins d’étoiles dans la tête ce soir, le temps d’une...

Publiée par Florine Wira sur Mardi 21 juillet 2020

 

 

Association des producteurs de céréales et d’oléagineux

Une campagne céréalière atypique

Cultures

Publié le 26/12/2020

L’année qui vient de s’écouler a été particulière. La crise sanitaire et les confinements ont obligé les professionnels à revoir leur façon de défendre et de promouvoir la filière céréalière dans le département et en Alsace. Le projet d’organiser une journée des céréaliers a été abandonné. Tout du moins décalé dans le calendrier. Mais le travail n’a pas manqué, comme l’a rappelé le secrétaire général de l’APCO, Jean-Marc Schwartz. « Pendant le premier confinement, nous avons pu continuer nos missions en étant dans les champs. Il y a eu de belles surprises avec, pour la récolte des céréales d’hiver, de bons et même de très bons rendements. C’était également satisfaisant pour les maïs malgré de fortes disparités selon les secteurs. Cela s’explique par le progrès génétique qui permet de faire évoluer les variétés. Elles acceptent désormais les pics de chaleur. La récolte de soja, en revanche, a été décevante avec une baisse de rendement de 20 à 25 % et un PMG (poids de mille grains) faible », observe le professionnel qui évoque également le suivi de tous les gros dossiers. Et tout particulièrement les néonicotinoïdes pour préserver la filière betteravière. Mais également la charte ZNT pour les produits phytos ou le glyphosate « Nous avons répondu aux urgences même si d’autres dossiers ont été mis entre parenthèses comme l’identification de nos produits et la communication », ajoute le président de l’APCO, Thomas Obrecht.

S’il s’inquiète, comme son secrétaire général, des évolutions à venir de la Politique agricole commune, il s’agace de l’évolution de la gestion de l’eau. « Cela fait 18 mois que nous alertons les autorités sur ces difficultés dans le Haut-Rhin. Les droits d’eau et l’entretien des canaux qui jouent un rôle important pour l’alimentation de la nappe doivent être traités en priorité. Le secteur du Ried est particulièrement concerné. Il est nécessaire d’étudier globalement le sujet et non pas par des arrêtés ciblés. C’est un sujet compliqué. Mais, pour nous professionnels, il nous manque 5 à 10 m3/s d’eau dans ce secteur. Nous voulons continuer à faire fonctionner les outils qui ont été mis en place par nos prédécesseurs. Ces canaux d’irrigation ont un double effet positif : ils maillent le Ried en apportant l’eau du Rhin aux cultures et ils alimentent la nappe par apport d’eau en provenance du Rhin. Leur entretien ne doit donc pas être négligé », prévient Thomas Obrecht. Une des solutions passe également par une meilleure communication. Sur le sujet de l’eau comme sur tous les sujets agricoles et céréaliers. Avec les services de l’État et son administration. Mais également avec les citoyens dans leur ensemble. « Nous travaillons à des pratiques adaptées à nos territoires. Nous réfléchissons à la mise en place de panneaux explicatifs au bord des parcelles avec les organismes stockeurs (OS) », précisent Jean-Marc Schwartz et Thomas Obrecht.

 

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Publiée par Fdsea Du Haut-Rhin sur Mercredi 16 décembre 2020

 

Augmentation de la présence de la chrysomèle

Didier Lasserre d’Arvalis, institut du végétal, est ensuite revenu sur la campagne céréalière 2019-2020. Après un début de campagne difficile pour le blé suite à des conditions automnales complexes et des semis en deux temps, la suite a été plus favorable. « Le retour de la pluie le 10 mai lors du déconfinement et une relative fraîcheur ont apporté une bonne fertilité. Elle a compensé le peu de nombre d’épis. Nous avons eu 20 000 grains m2. La floraison a eu lieu sous un temps sec qui a été défavorable pour le développement de la fusariose. Fin juin, les fortes chaleurs ont nécessité deux à trois tours d’irrigation. Finalement, les rendements ont été corrects avec une moyenne de 77 quintaux pour une surface totale de 49 000 hectares. Nous avons également un tronc commun d’essais avec les différentes OS. Dix essais situés entre Offenheim et Riespach », indique Didier Lasserre. Le maïs a, lui, subi la sécheresse du printemps. Les agriculteurs ont semé très rapidement entre le 5 et le 27 avril (ils ont été les plus rapides de France). « Généralement, c’est très favorable. Mais là, il y a eu des soucis avec la climatologie. Les levées ont été hétérogènes. Ensuite, nous avons connu entre le 15 juin et le 15 août un déficit hydrique. Il a fallu irriguer quand c’était possible. Les maïs non irrigués ont souffert, notamment dans le Bas-Rhin. Les rendements sont supérieurs de dix quintaux dans le Haut-Rhin. La moyenne régionale est de 109 q/ha pour 120 000 ha grain en Alsace. C’est la meilleure de France », précise Didier Lasserre. Les attaques de pyrales ont été plus modérées que celles des corbeaux qui sont devenus un vrai fléau.

Il attire par ailleurs l’attention des céréaliers sur l’augmentation évidente de la présence de la chrysomèle du maïs en Alsace. « Nous constatons une augmentation régulière. On double la population tous les ans. On va en capturer 100 000 l’année prochaine sur tout le territoire. Il faut maintenant vivre avec elle comme cela a été le cas avec la pyrale. Les insecticides ne présentent qu’une relative efficacité. Leur utilisation peut se justifier dans des zones intermédiaires. Mais, dans les zones où l’on piège énormément, cela n’a plus aucun intérêt », poursuit Didier Lasserre qui rappelle qu’il existe deux sortes de pièges : à phéromone (pour la détection) et chromatique (pour la quantification). Une « info webinaire » spéciale chrysomèle sera proposée par Arvalis le 29 janvier. L’horaire sera précisé dans quelques jours. Une journée consacrée au sol sera également fixée en Centre Alsace en septembre 2021.

Ferme Henry à Orbey

La nouvelle génération est prête

Élevage

Publié le 13/12/2020

Après avoir traversé le centre-ville de la commune de la Weiss, et suivi jusqu’à Basses-Huttes, l’un des 38 hameaux d’Orbey, on arrive une centaine de mètres plus loin devant l’exploitation de la famille Henry. En ce mois de novembre où la population est confinée, l’activité se poursuit dans cette ferme qui occupe 90 hectares de prairies naturelles. Il y a là un troupeau mixte formé d’une cinquantaine de vaches laitières montbéliarde et holstein, et aussi une vosgienne (un taureau qui permet d’avoir des vaches croisées). Le lait, bio depuis deux ans, est collecté par la laiterie Lactalis.

Après un début de carrière dans la restauration, Émeline Henry a changé d’avis. « Mon rêve était d’avoir une ferme-auberge. Mais, après quatre années d’expérience, le monde de la restauration ne me plaisait plus, raconte-t-elle. Je me suis réorientée. J’ai alors suivi une formation. Un certificat de spécialisation production, transformation et commercialisation des produits fermiers à Poligny dans le Jura. Je l’ai effectué pendant un an en apprentissage en étant alors chez Christine Chaize pas loin d’ici. Pour pouvoir m’installer plus tard, on m’a conseillé de faire ensuite le brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BPREA). Il peut être suivi en dix mois avec plusieurs semaines de stages. Ces nouvelles connaissances et ces découvertes de ce monde professionnel m’ont définitivement convaincu. Je souhaite m’installer et reprendre l’exploitation de mes parents », assure Émeline. Il faut dire qu’elle a eu l’opportunité de participer à des stages dans des fermes diverses permettant de découvrir toutes les spécificités du métier d’éleveur. « C’est son choix. Je l’ai toujours laissé faire. Je ne l’ai jamais poussé ou à partir ou à me rejoindre. Pour travailler ici, il faut simplement être déterminé et être conscient de la réalité du métier », réagit son père, Denis Henry, qui a toutefois du mal à cacher sa fierté.

 

 

 

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Publiée par FERME HENRY sur Mercredi 4 novembre 2020

 

 

Des yaourts et des fromages

Avant le confinement, Émeline s’est rendue à un stage proposé par l’organisme de sélection de la race vosgienne sur la transformation fromagère. Avec elle, d’autres jeunes adultes en phase de reconversion professionnelle étaient également présents. « Mon futur projet d’installation, c’est précisément de créer sur la ferme un atelier de transformation pour ensuite présenter à la vente une partie de la production en fromage et en yaourts en ouvrant un point de vente et en faisant des marchés. J’avais déjà de bonnes connaissances sur la transformation. Mais cette formation a été un rappel intéressant », se félicite la jeune femme. Un stage complet d’une quinzaine de jours. D’abord à Obernai pour une session pédagogique où les apprenants se sont familiarisés avec les règles spécifiques dans les ateliers de transformation et notamment les normes HACCP (analyse des dangers et maîtrise des points critiques). Le but étant de prévenir tout problème alimentaire pour les consommateurs (mauvaise qualité d’un produit, présence de produits chimiques ou d’un corps étrangers dans la nourriture) et de réagir en conséquence en cas de risque détecté. La seconde semaine a été consacrée à des visites de fermes et à des cours proposés par Anthony Di Carlo, chargé de développement de la race Vosgienne et de ses produits, et par Mathieu David, technicien de l’association du munster fermier (AMF).

Démarrée en septembre dernier, la formation de ce BPREA doit durer dix mois. Émeline Henry a pris attache avec les services de la Chambre d'agriculture Alsace pour préparer le montage de son dossier d’installation. « Je dois le solidifier dans ma tête et dans les faits. Mais l’idée est de m’installer ici à Orbey dans deux à trois ans. Mes parents seront encore actifs une dizaine d’années. Je dois donc avoir un projet cohérent permettant de dégager de la valeur ajoutée pour la ferme et une source de revenu pour moi. Mon objectif serait de transformer tous les deux jours 500 litres de lait en yaourts, fromages de munster, bargkass et autre tomme. Je compte développer une activité de vente à la ferme qui n’existe pas aujourd’hui et, me rendre sur les marchés et les magasins de producteurs », précise Émeline Henry.

« Démarrer en tant que salariée »

La jeune femme comprend par ailleurs que le développement futur de l’exploitation passera aussi, comme depuis toujours, par la qualité des produits proposés. « La crise du Covid-19 en est le meilleur exemple. Il y a toujours de la demande des consommateurs à partir du moment où l’on réussit ses produits. Je ne compte pas être du matin au soir dans cet atelier de transformation. Je compte participer pleinement aux autres activités de la ferme. Je suis attachée à cette exploitation. Aussi, je veux prendre le temps nécessaire avant de me lancer. Dans une première phase, à la fin de la formation, je pense d’abord me mettre sur la ferme en tant que salariée pour ne pas brûler les étapes », note Émeline. Une prudence qui s’explique également par la réalité du moment. Depuis trois ans, une sécheresse persistante entame le fourrage pour les animaux. « On commence à nourrir les bêtes dès le mois d’août alors que par le passé, on le faisait à partir du mois de novembre. Nous cherchons également à valoriser notre fourrage bio. Il faut donc s’adapter. Nous envisageons d’arrêter l’enrubanné pour améliorer encore davantage la qualité de notre fourrage. Cette sécheresse a des conséquences qui s’ajoutent à des dégâts de sangliers toujours plus importants », poursuit Denis Henry.

La famille Henry cherche des solutions. Des voies de diversification. Ils ont ainsi investi dans trois vaches angus, une race bovine britannique. Une race bouchère qui produit une viande appréciée, finement persillée, avec une bonne conformation de carcasse et un excellent rendement en viande. Elle est résistante, facilement adaptable, peu exigeante et extrêmement précoce. Elle supporte les hivers humides comme la chaleur en été. Les vaches angus sont largement utilisées en croisement pour améliorer les qualités de carcasse, pour l’aptitude laitière ou apporter le caractère sans cornes. Les femelles vêlent facilement, en partie grâce à la petite taille des veaux et ont de bonnes aptitudes maternelles. « Pendant mon apprentissage, on en vendait. L’idée est venue. Cela permettrait, une fois par mois, de développer et de vendre des colis de cette viande », conclut Émeline Henry dont le conjoint, Thibaut Humbert compte également rejoindre l’exploitation. Mais, lui, pour développer l’activité du bois. Il connaît bien le monde agricole. Ses parents ont également une exploitation à Sainte-Marie-aux-Mines.

 

 

 

~Deux nouvelles naissances ce mois-ci à la ferme. La famille s’agrandit ???

Publiée par FERME HENRY sur Samedi 10 octobre 2020

 

 

Anne Sander, députée européenne

Une Pac économique et environnementale

Vie professionnelle

Publié le 07/12/2020

Si le texte approuvé par le Parlement européen n’est pas parfait, l’agriculture française et alsacienne revient de loin aux dires d’Anne Sander. Au départ des échanges, c’est l’ensemble de la Pac qui devait être revu dans son organisation. « Nous nous sommes battus pour avoir une Pac économique et environnementale. » L’environnement est d’ailleurs une ambition marquée au travers de la conditionnalité qui représentera 30 % des aides du premier pilier. L’enjeu maintenant est d’imaginer des mesures pragmatiques pour que les agriculteurs puissent y prétendre. Concernant l’agroforesterie et l’agroécologie, 35 % du second pilier est actuellement consacré à ces mesures environnementales. « Personne ne pourra nous dire que cette Pac n’est pas environnementale. Et quand j’entends que certains voudraient aller encore plus loin, j’estime que c’est déplacé et méprisant. Notamment eu égard au travail réalisé par le monde agricole », ajoute-t-elle.

À propos des mesures économiques, le Parlement a souhaité maintenir un premier pilier fort, consacrant 60 % à l’aide de base (aides couplées et aux protéines végétales représentant a minima 6 %). Il y a également des mesures et une réserve de crise qui n’a jusqu’à présent jamais été activée. « Quant à la gestion des risques, on s’est battu pour une activation immédiate, mais les États ne se sont pas montrés enthousiastes. On l’aura à partir de 2023. On a cependant réussi à renforcer le rôle des interprofessions dans le droit de la concurrence », poursuit Anne Sander. Elle évoque également d’autres mesures fortes. À commencer par la volonté d’avoir une gestion de l’offre pour les organisations de producteurs ayant un signe de qualité. Le Parlement a également maintenu des mesures d’investissements dans le second pilier en faveur de l’irrigation.

Par ailleurs, ce sont 8 milliards d’euros du plan de relance qui se trouvent dans le second pilier. 55 % au moins étant destinés à des mesures d’investissement pour préparer la suite. « Tout n’est cependant pas parfait. Lors d’une réunion avec les élus de la Chambre d'agriculture de l’Aisne, on m’a fait remarquer que, dans ce plan de relance, des agriculteurs en difficulté ne pourraient certainement pas investir. Il faudra effectivement mettre en place un accompagnement national. Il faudra également leur donner une visibilité pour se projeter dans l’avenir. »

C comme commun

Parmi les autres points, le Parlement s’est montré plus ambitieux pour les jeunes agriculteurs portant le budget transmission de 2 à 4 %. Les négociations se poursuivent pour le vin. L’optimisme est réel concernant le maintien des autorisations de plantation. Elles pourraient même être plus larges que prévu. Reste à connaître à quelle échéance. Anne Sander a insisté sur le C de la Pac : « Il faut davantage de commun dans cette politique agricole. Il faut la rationaliser avec des éco-régimes [verdissement, N.D.L.R.] commun et surtout les mêmes règles partout, au maximum. Nous nous battons pour réussir. » Reste ouvert, le débat des flux financiers entre les piliers. « Par ailleurs, j’insiste sur la nécessité d’avoir une Pac qui tienne la route et qui soit cohérente par rapport à nos objectifs. Il nous faut notamment une autonomie stratégique pour l’agriculture et l’alimentation. Des efforts sont encore à réaliser pour lever les incohérences. »

La Pac à venir souhaite mettre en avant une agriculture de proximité, « de la ferme à la fourchette » avec une biodiversité valorisée par une baisse de l’utilisation des pesticides, le développement de la production bio. « Cette volonté est louable. Mais personne n’a vraiment calculé l’impact de ces mesures sur notre agriculture. Seule une étude américaine affirme que ces mesures pourraient engendrer une baisse de production de 12 %, une augmentation des prix de 17 % et des revenus en baisse de 16 %. Il est donc nécessaire que la Commission européenne fasse elle aussi une étude approfondie pour savoir où nous allons », note Anne Sander. Interrogée sur la convergence, elle sait ce que les agriculteurs ont déjà perdu. Concernant son rôle social, elle constate que tous les sujets sociaux ne sont pas de la compétence de l’Europe, mais des États membres. D’où la difficulté d’avancer sur des sujets majeurs comme les règles de transport en Europe. Pour la rotation maïs, « on a défendu le maintien de la diversification à la parcelle rotation. Mais cela n’a pas été retenu. La rotation a été introduite dans la BCAE 8 (bonnes conditions agricoles et environnementales) », précise la députée européenne. Il faudra encore définir les contours, une compétence des États membres.

Elle a également rappelé que les éco-régimes sont obligatoires pour les États membres et volontaires pour les agriculteurs. « Il va falloir aider les agriculteurs pour aller chercher ces aides car à l’étranger ils vont se débrouiller pour les avoir », conclut l’élue qui insiste sur la nécessaire cohérence nationale.

Chambre d'agriculture Alsace

S’adapter et se réinventer pour se relancer

Vie professionnelle

Publié le 04/12/2020

Dès l’entame de la session, le président de la Chambre d'agriculture Alsace Denis Ramspacher n’a pas caché les difficultés : « La crise sanitaire a bouleversé des pans entiers de notre économie depuis le mois de mars dernier. Et l’agriculture n’est pas en reste. L’horticulture, la viticulture, ou encore les circuits courts ont été particulièrement impactés par le confinement, la fermeture des marchés, des magasins et des restaurants. C’est l’ensemble des filières agricoles qui a dû s’adapter, réinventer ses circuits de commercialisation, d’approvisionnement et de transformation, avec un bouleversement des habitudes de consommation. Tout cela a dû être fait en un temps record. Et avec des contraintes sanitaires fortes pour se protéger et protéger les salariés. »

Au même moment, la Chambre d'agriculture Alsace s’est également réorganisée. Elle a poursuivi ses missions et s’est adaptée au service des agriculteurs. Les visioconférences, le télétravail, l’utilisation d’outils à distance n’ont pas été de trop pour répondre aux enjeux et trouver des réponses adaptées aux besoins professionnels techniques, économiques, réglementaires et sanitaires. Le tout, en lien avec les collectivités et surtout avec l’État représenté par la préfecture de région. « L’agriculture et l’alimentation, à côté de la santé et d’autres secteurs stratégiques comme l’énergie font partie des besoins essentiels de nos populations. On avait parfois tendance à l’oublier à l’heure de la mondialisation et du tout numérique. Quand les frontières se ferment, quand la logistique se grippe, on se rend compte que le producteur d’à côté, que l’usine qui fabrique ici, constituent une véritable garantie d’approvisionnement au quotidien pour la population. Nous avions une mission, comme depuis toujours : faire manger les gens. Il fallait donc que nous puissions travailler. Les agriculteurs étaient au rendez-vous. Il faut juste maintenant qu’ils soient payés correctement », ajoute Denis Ramspacher.

 

 

Des projets collectifs pour l’eau

Car, si le Covid-19 est évidemment la plus grosse inquiétude de cette année 2020, les agriculteurs doivent également faire face à cette sécheresse persistante depuis maintenant trois années. Le manque de pluie, mais également l’apparition de maladies comme la jaunisse pour la betterave ont pour conséquence une baisse des rendements et des stocks fourragers. Et même si une demande de classement au titre des calamités agricoles est en cours auprès des Directions départementales des territoires (DDT) pour les prairies des secteurs concernés, une réalité s’impose : 2020 sera une année compliquée en termes de revenu pour de nombreux agriculteurs et de nombreuses productions. « En premier lieu pour la viticulture qui connaît une crise majeure liée à la baisse des ventes depuis quelques années, amplifiée par le Covid-19, la baisse de fréquentation touristique, la fermeture des restaurants et l’annulation de nombreux événements festifs », constate le président de la Chambre d'agriculture Alsace.

En outre, la conjoncture reste compliquée au niveau des prix pour de nombreuses productions agricoles même si ces derniers mois, la tendance est à l’amélioration pour les céréales voire le sucre. Si le prix du lait est stable, la viande souffre, surtout la filière porcine et la forêt est fragilisée. À chaque fois, partout, l’agriculture est en première ligne. « Nous devons trouver des solutions conjoncturelles pour faire face avec des aides ponctuelles qui sont nécessaires pour passer ce cap. Nous avons aussi besoin de systèmes assurantiels performants. Nous devons trouver des réponses structurelles pour augmenter la résilience des systèmes de production », assure Denis Ramspacher. Parmi ces réponses, il y a l’irrigation. Il faut la sécuriser et la pérenniser là où elle existe, et la rendre possible là où elle n’existe pas encore. « Nous devons pouvoir stocker l’eau quand elle est abondante et organiser collectivement son accès et son acheminement », insiste le président. Les projets d’irrigation collective ou de retenues collinaires peuvent être des solutions. « Je formule le vœu que les services de l’État nous accompagnent positivement dans ces démarches compliquées au niveau administratif pour trouver les bonnes solutions aux plans réglementaire et environnemental. Je sais pouvoir compter sur nos collectivités, Région et Département, pour accompagner financièrement les porteurs de projet », poursuit-il.

 

 

Des projets ambitieux

Le président de la CAA a également évoqué le plan de relance annoncé par Emmanuel Macron et qui comporte un volet agricole de 1,2 milliard d’euros. Les enjeux sont importants pour l’agriculture alsacienne tout comme les dispositifs d’accompagnement évoqués par la Région Grand Est et les Conseils départementaux. « Il est important que ces plans soient bien coordonnés et complémentaires afin qu’ils puissent efficacement accompagner les projets des agriculteurs de nos territoires et de nos filières », prévient Denis Ramspacher. Parmi les projets, 122 éleveurs ont déposé un dossier « plan bâtiment » et 250 un dossier « plan végétal environnement » (PVE). « Mais nous venons d’apprendre que plus du tiers de ces dossiers se retrouve orphelin de cofinancements nationaux et risque donc d’être bloqué alors que les permis de construire sont déjà accordés et que les crédits européens sont disponibles », s’agace le président de la CAA qui demande à l’État et à la Région de débloquer la situation pour trouver ces 4 millions d’euros encore nécessaires.

Enfin, concernant la Politique agricole commune (Pac) évoquée plus largement par la députée européenne Anne Sander, là également, les enjeux sont importants pour l’agriculture alsacienne. Les défis pour cette dernière sont donc importants. « La Chambre d'agriculture est pleinement engagée aux côtés des professionnels pour répondre à ces enjeux multiples de notre profession et de notre territoire. Pour y parvenir, nous aurons besoin du soutien étroit et d’un partenariat renouvelé avec les collectivités territoriales, la Région, les Conseils départementaux et demain la Collectivité européenne d’Alsace », a conclu Denis Ramspacher qui a remercié la préfète de Région Josiane Chevalier, pour sa présence régulière sur le terrain aux côtés des agriculteurs. Étaient également présents à la réunion : le président de la commission agricole à la Région Grand Est Patrick Bastian et le vice-président du Conseil départemental du Bas-Rhin et maire de Sélestat Marcel Bauer.

 

 

Confédération générale des planteurs de betteraves d’Alsace

Une filière qui s’organise pour sa pérennité

Cultures

Publié le 26/11/2020

La fusion a été approuvée vendredi 20 octobre lors d’une assemblée générale qui s’est déroulée en visioconférence. Un choix expliqué par le président national de la CGB Franck Sander : « Le mode de prélèvement des cotisations a évolué à la CGB. Les financements se font plus rares. Nous avons donc opté pour la fusion de l’ensemble des syndicats betteraviers français avec la CGB pour optimiser la comptabilité. Plus clairement, la partie administrative et donc financière sera gérée au niveau national. Localement et politiquement, rien ne changera. Le conseil d’administration va demeurer tout comme le poste de directeur. Les agriculteurs alsaciens ne vont rien ressentir. »

Cette partie statutaire a été précisée par le directeur du syndicat betteravier d’Alsace, Joseph Behr. Ce dernier a présenté les comptes financiers de deux exercices en raison de la crise sanitaire. Ceux de 2018-2019 et de 2019-2020. La baisse de la dotation de la CGB a été constatée. Elle s’explique par une baisse importante de ses produits. D’où la nécessité de faire baisser les charges. Les résultats des deux exercices sont respectivement excédentaires de 510 euros et de 5 561 euros. Les capitaux propres de la CGB Alsace sont de 24 295 € au 31 août 2020. « Il s’agit du dernier exercice nous concernant. L’an prochain, les comptes du syndicat betteravier seront consolidés avec la CGB. Pour la cotisation, nous maintenons deux cotisations. Celle de la CGB est fixée en assemblée générale. À savoir 0,25 €/t à 16 degrés. Celle de la CGB Alsace à 0,05 €/tonne à 16 degrés que nous souhaitons maintenir car les cotisations sont en baisse », précise Joseph Behr.

« Zéro risque »

Denis Ramspacher, président de la Chambre d’agriculture Alsace, s’étonne de la situation. « Quel est l’intérêt d’avoir deux cotisations comme on va être à la CGB ? ». Pour Franck Sander et Joseph Behr, « on continue d’avoir une comptabilité analytique avec une dotation budgétaire qui va continuer de baisser. Toutes nos réserves à nous resteront en local. Elles seront gérées par Paris et après chacun aura la main sur l’organisation de son fonctionnement. On est dans une situation particulière avec notre seule usine d’Erstein ». Pour sa part, Albert Elbel, un producteur bas-rhinois, s’inquiète de cette évolution. « Quelle est cette logique si tout revient au national ? Comment dans ces conditions défendre régionalement nos intérêts ? » Franck Sander l’a rassuré. « On sera toujours décideur de nos actions et de notre réserve financière. Tout le travail de lobbying qui a été fait cet été est préservé. L’unique interlocuteur de l’usine d’Erstein, c’est nous. Il y a zéro risque. C’est aussi pour cela qu’on veut continuer à prélever ces 5 centimes pour garder cette autonomie financière. » Ces comptes financiers et cette organisation ont été approuvés à l’unanimité des membres. En sachant que cette fusion deviendra une réalité à compter du 1er janvier 2021. Le renouvellement des membres du conseil d’administration (CA) a ensuite été validé. Un CA que rejoint Julien Koegler en lieu et place de Joseph Wehrel pour les JA 67. Par ailleurs, Yannis Baltzer remplace Roudy Baltzer ; Philippe Hassler en fait de même pour Rémy Fischer.

Des compétences régionales

Le projet de fusion des syndicats betteraviers avec la CGB a ensuite été détaillé. Il s’agit de gérer une seule entité dans un souci de réduction des coûts de fonctionnement, de simplifier le fonctionnement général et d’optimiser les différentes actions. Elles concernent la défense de la filière et des planteurs, les choix régionaux comme le suivi des réceptions de l’usine d’Erstein qui vont relever de la compétence régionale de la CGB Alsace. « L’aspect administratif et gestion du personnel va, lui, relever de la compétence nationale. Les missions de notre délégation régionale seront d’agréer les planteurs et les sociétés qui souhaitent adhérer à la CGB, de regrouper et défendre les adhérents dans notre circonscription en Alsace, les départements lorrains qui produisent de la betterave et même quelques planteurs allemands. Mais aussi de proposer des candidats au conseil d’administration de la CGB. Aujourd’hui, ce sont Franck Sander et Hervé Schneider. Cette délégation décidera de l’utilisation des réserves de l’ancien syndicat betteravier et continuera à assurer les contacts avec notamment les entreprises, collectivités et organisations professionnelles agricoles », précise Joseph Behr. En outre, la CGB Alsace aura toujours un président, un bureau et un conseil. Ce fonctionnement sera définitivement validé lors d’une assemblée générale extraordinaire de l’absorbante CGB fixée ce lundi 30 novembre.

Terrible cocktail sécheresse/jaunisse

La suite de l’assemblée générale a concerné la campagne betteravière 2020. Les nouvelles ne sont pas réjouissantes en raison de la sécheresse et de la jaunisse (lire encadré). « La prévision de rendement alsacien est de 78 tonnes/ha à 16° comme en 2016. Au niveau national, on va être autour de 62-63 tonnes. Ce qui est terrible, c’est ce cocktail sécheresse/jaunisse. On a abouti à des rendements qui décrochent de façon plus importante qu’attendu. Habituellement, le rendement progresse en cours de saison. Ce n’est pas vraiment le cas cette année. En termes de surface et de production, l’évolution est négative. En 2017, on avait 7 500 hectares. On a réussi à maintenir en 2020 tout juste 6 000 hectares. On va produire moins de 500 000 tonnes avec une campagne relativement courte », constate Joseph Behr.

« Une grande victoire »

Un gros travail syndical a été effectué cet été concernant le dossier de la jaunisse avec, au bout, l’obtention des néonicotinoïdes. « Notre président (Franck Sander) est aussi le président national. Sur la jaunisse, nous avons tous travaillé ensemble. On a la chance d’avoir notre cheville ouvrière qu’est Franck Sander. Il s’est battu jusqu’au bout. Le dossier néo est une grande victoire », se félicite Gérard Lorber. Ils sont nombreux à acquiescer. À l’image de Denis Ramspacher. « Un vrai travail a été fait. Il est important d’avoir des associations nationales qui soient à nos côtés sur de tels dossiers. Nous sommes tous allés dans le même sens. Félicitations. Il faut reconnaître ce travail. » Pour sa part, Michel Busch, producteur dans le Haut-Rhin, a également souhaité remercier l’ensemble des membres du syndicat betteravier alsacien et l’engagement de la CGB. « Tout le monde a pris le temps pour expliquer et argumenter auprès de nos élus et différents interlocuteurs. On voit bien qu’en approfondissant le sujet, il y a eu une collégialité médiatique. Une approche partagée permet de faire de belles choses. » De son côté, Franck Sander a rappelé tout le travail effectué pendant l’été. « Nous nous sommes battus pour que ce dossier puisse avancer positivement. Cela n’a pas été simple car la presse nationale ne nous a pas aidés, bien au contraire. Nous avons eu la chance d’avoir un ministre de l'Agriculture (Julien Denormandie) qui a été à notre écoute. Et surtout, nous avons eu un discours unique au sein de la filière. On était en phase. Autant Cristal Union que Tereos et la CGB. La FNSEA nous a ouvert les portes. Un dossier néo qui avance. »

Le plan d’indemnisation des pertes, lui, est en cours de discussion. « Le rendement individuel moyen devrait être retenu. Si on s’inscrit dans le dispositif multirisque climatique, on retire la meilleure et la moins bonne année. Généralement, on parle de cinq années olympiques. Là, nous cherchons à pousser sur 8 ans. Concernant la question des franchises, pour nous c’était inconcevable d’en cumuler deux, en l’occurrence la sécheresse et la jaunisse. On a obtenu de l’administration qu’il n’y aura pas de double franchise », explique Franck Sander. Quoi qu’il en soit, ces modalités d’indemnisation seront connues prochainement car toutes les régions françaises sont concernées. « Il faut trouver la méthode d’indemnisation la plus juste sur la base du rendement réel. Ces épisodes cumulés montrent qu’il est important d’avoir des outils de gestion comme l’assurance climat, l’instrument de stabilisation du revenu, l’épargne de précaution ou la contractualisation. On est soumis à des aléas qui secouent notre filière », conclut de son côté Joseph Behr.

 

Une vidéo sur la campagne de 2019, à revoir :

 

 

Méthanisation

Un projet collectif vertueux à Gommersdorf et Traubach-le-Bas

Technique

Publié le 20/11/2020

Porté dès 2017 par la Chambre d’agriculture Alsace, ce dossier a rapidement intéressé les professionnels. « Nous produisons de l’alimentaire, du lait, des céréales. Nous fabriquons logiquement des déchets. La méthanisation est donc pour nous une solution pour créer une énergie positive et pour valoriser nos effluents d’élevage », explique François Ellerbach, agriculteur à Balschwiller. Cette possibilité de produire cette énergie, à savoir du biogaz, à partir des déchets agricoles (fumier, lisier et autres effluents d’élevage et résidus de cultures), séduit la profession agricole. « On y pensait depuis quelques années. Mais les coûts étaient importants. Seuls, chacun de nos côtés, nous n’avions pas les moyens d’investir et de nous lancer dans un tel projet. Les éleveurs, notamment, travaillent déjà assez à s’occuper de leurs cheptels. Le seuil de rentabilité était trop haut. Et puis, il faut de la surface pour espérer pérenniser un tel site. Du coup, à force d’échanges, nous avons décidé de nous regrouper. Notre force aujourd’hui, c’est le groupe », ajoute Vincent Dietemann, éleveur à Traubach-le-Bas, président de la FDSEA du canton de Dannemarie. Il est aussi le président d’une Cuma (coopérative d’utilisation de matériel agricole). Le collectif, c’est son credo depuis longtemps. Tout comme les autres professionnels. Les associés de ce projet sont d’ailleurs adhérents de cinq Cuma du secteur qui sont donc partiellement concernées par ce projet. « C’est un projet d’avenir. Et l’union fait la force. Nous avons pu investir et recevoir le soutien de nos banques précisément parce que ce projet est collectif. En tout, il y a 34 professionnels qui se sont associés et qui représentent quinze exploitations agricoles », se félicite Mathieu Ley, éleveur à Gommersdorf.

Deux projets pour réduire les transports

Ils se sont scindés en deux groupes pour deux projets indissociables : « Hopla-Gaz » à Gommersdorf et « Métha-Gaz » à Traubach-le-Bas. Ces deux unités de méthanisation actuellement en cours de construction sont proches l’une de l’autre. Et c’est volontaire. « Nous voulons garantir un moindre impact sur le territoire. L’idée est de miser sur des petites unités avec des distances à parcourir réduites et donc moins de transport. À savoir, 1,9 km pour un site et 3,2 km pour le second (ce sont des moyennes de distances entre les fermes et les unités de méthanisation). C’est un projet vertueux. Nous ne voulions pas rentrer dans Dannemarie et on ne pouvait pas traverser le canal. Ces deux sites ne vont donc pas augmenter le trafic routier et les chemins d’accès seront situés à l’extérieur des villages », précise Vincent Dietemann.

Ces sites de méthanisation ne vont pas générer davantage « d’odeurs » qu’une ferme. L’engrais organique produit à la sortie, le digestat, est inodore. « On emmène sur les sites notre fumier et nous le récupérons sous forme de digestat dans un circuit interne qui est propre, respectueux de l’environnement et valorisant pour nos exploitations. D’autant plus que les unités de méthanisation sont proches de nos fermes. Ici, à Traubach-le-Bas, par exemple, il y a trois exploitations juste à côté et donc zéro kilomètre de transport. Concernant le digestat, il est moins odorant que le lisier et le fumier. C’est un produit plus disponible et riche pour la plante. On souhaite en mettre plus souvent, mais à de petites doses et aux moments opportuns », note Mathieu Ley.

« En fonction de nos besoins »

Malgré la situation sanitaire et une météo parfois compliquée, les travaux avancent bien. La mise en route théorique est programmée pour fin août, début septembre 2021. « Le confinement du printemps a posé des problèmes d’approvisionnement pour des pièces. Les délais étaient plus longs. Mais le travail est effectué en même temps sur les deux sites. C’est un avantage. Cela permet de partager la technique. Et les entreprises travaillent ensemble. Les réunions de chantier sont également optimisées. Une fois ouverts, les deux sites nécessiteront de la main-d’œuvre pour le fonctionnement et l’entretien au quotidien. Il y aura une personne à temps plein au minimum par site », assure Vincent Dietemann. Sachant que, tant à Gommersdorf qu’à Traubach-le-Bas, ces deux unités de méthanisation fonctionneront 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Des panneaux photovoltaïques seront également installés. Ils permettront de produire de l’électricité qui sera ensuite vendue tout comme le gaz, dont 47 % provient des effluents d’élevage qui eux représentent 77 % des matières méthanisées.

Les jus de choucroute, les feuilles de choux et les différents produits de la choucrouterie Claude à Chavannes-sur-l’Étang seront également traités. La choucrouterie étant l’exploitation la plus éloignée par rapport aux autres partenaires. « La taille de ce projet a été réalisée en fonction de nos besoins. Nous avons visité d’autres sites avec notre bureau d’études Opale avant de nous lancer. Nous avons travaillé avec la Chambre d’agriculture Alsace et la communauté de communes. C’est un superbe travail collectif que nous sommes désormais impatients de voir se concrétiser. Si notre collectif est bien constitué, que les autres agriculteurs sachent que nous sommes ouverts à la discussion pour accueillir leurs propres marchandises. La méthanisation, c’est une belle opportunité pour nous tous », conclut Vincent Dietemann. Un vrai projet de développement et une manière innovante de répondre aux enjeux sociétaux d’aujourd’hui et demain dans ce territoire d’élevage.

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