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Nicolas Bernard

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Installation en agriculture

S’ouvrir l’esprit, se former et bien s’entourer

Vie professionnelle

Publié le 06/03/2020

 

Pierre-Luc Tischmacher est installé depuis 2017, en hors cadre familial, à Lautenbach. Il est éleveur allaitant bio. Toute sa production est commercialisée via des circuits courts. Il s’est installé huit ans après l’obtention de son BTS ACSE (Analyse et conduite des systèmes d’exploitation) à Obernai. Daniel Godinat est installé depuis 2015 dans la ferme familiale, au cœur de la plaine de la Harth. Il cultive 189 ha de céréales irrigués et dispose d’un petit élevage à côté. Avant de prendre la succession de ses parents, il a été salarié au sein de la ferme à la sortie de son BTS Productions végétales, suivi à Vesoul. Guillaume Gruneisen est installé depuis janvier 2017 au sein de l’exploitation viticole familiale située à Wuenheim. Son parcours « classique » l’a d’abord mené au lycée de Rouffach, d’où il est ressorti avec un BTS viticulture-oenologie en poche. Puis, avant de voler de ses propres ailes, il a d’abord été salarié à mi-temps dans l’exploitation familiale, pendant qu’il occupait un autre mi-temps dans une autre exploitation viticole pour « voir autre chose ».

Florent Pierrel est installé depuis 2018 à Fellering, en hors cadre familial. Il a repris l’exploitation de son ancien maître d’apprentissage rencontré lors de son parcours de formation. Il est titulaire d’un BTS ACSE et d’une licence en fromagerie qu’il a suivie à Poligny. Aujourd’hui, il élève des vaches vosgiennes pour leur lait dont il valorise l’intégralité de la production en transformation fromagère. Tout est écoulé en vente directe. Avant de s’installer, il était d’abord salarié à mi-temps dans cette ferme, avec un autre à mi-temps dans une ferme ovine. Jean Bianchi s’est installé en apiculture à Fréland en 2018, à la suite d’une reconversion professionnelle. C’est lors de son stage effectué dans le cadre de son Plan de professionnalisation personnalisé (PPP) qu’il a rencontré un apiculteur désireux de passer la main d'ici 2022. En attendant, ils sont associés en Gaec, chacun avec 50 % des parts.

Leurs motivations pour se lancer

Pour Pierre-Luc, c’est l’idée d’être « indépendant », sans patron, qui a été décisive. Pour Daniel, c’est pouvoir produire à manger pour « tout le monde », la « fierté » d’avoir son exploitation, de ne pas avoir de routine. « C’est un métier où il faut constamment se remettre en question. Il y a encore l’image de l’agriculteur productiviste des années 1970. Or, aujourd’hui, il faut être en mesure de faire la part des choses entre l’environnement, la production, l’économie et les attentes sociétales. C’est un défi vraiment stimulant à mes yeux. »

Chez Jean, c’est la passion pour l’apiculture qui l’a poussé en avant, sans oublier le fait d’être son propre patron. « Si ça marche, on ne peut que se féliciter. Si ça ne marche pas, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même. » Et puis l’idée de vendre ses produits directement, en créant une « vraie relation » avec le consommateur, représentait pour lui un argument de premier ordre.

Pour Guillaume, l’idée de reprendre l’exploitation de ses parents était juste une « évidence ». « Ils ont travaillé toute leur vie pour me laisser quelque chose », dit-il. Au-delà de cet héritage qui veut faire perdurer, il est très attaché au patrimoine et traditions qui font l’ADN de l’Alsace, la viticulture en tête. Et puis, il y avait l’idée de devenir chef d’entreprise avec tout ce que cela implique, la diversité de compétences comme les défis. « Et ça, c’est très motivant au quotidien ! »

Quant à Florent, c’est la passion de l’élevage et de la terre qui a été un moteur. « Je suis issu de la montagne. Alors la perspective d’entretenir ce patrimoine paysager avec une race emblématique comme la vosgienne a inévitablement vibré en moi. » Et il y avait cette volonté de montrer qu’on pouvait très bien s’installer et réussir en agriculture même si on n’était pas du métier. « Tant qu’on est motivé, on peut y arriver ! Et vu le nombre d’exploitations à reprendre, cela ne peut qu’être bénéfique que le monde paysan s’ouvre davantage. »
 

Les compétences nécessaires

Si la passion reste toujours un moteur essentiel pour pratiquer le métier d’agriculteur ou de viticulteur, il y a aujourd’hui une nouvelle compétence - ou qualité - qu’il faut avoir dans ce métier : l’ouverture d’esprit. « C’est fini l’époque où on se contentait de produire en restant dans son village. Maintenant, il faut être ouvert à tout ce qui nous entoure, sinon l’exploitation est vouée à l’échec. Dans mon cas, j’ai eu la chance de multiplier les expériences, en France et à l’étranger. Ça a forgé mon expérience et mon caractère », témoigne Pierre-Luc.

Daniel a suivi un stage en Haute-Marne. Il y a découvert une autre manière de travailler avec le non-labour. Une technique qu’il essaie depuis de mettre en œuvre chez lui. À côté de ça, il s’est investi dans l’École des cadres où il a pu rencontrer pas mal de monde, et ainsi se tisser un réseau. « C’est en échangeant avec des collègues et d’autres visions qu’on peut progresser », justifie-t-il. Guillaume est également passé par l’École des cadres. C’est, pour lui, le deuxième volet de sa formation après le premier acquis à l’école, plus technique. « On y développe un bagage intellectuel indispensable pour être en mesure de se défendre plus tard. Nos métiers sont très discutés et critiqués. Il faut avoir des arguments à mettre en face. » Le jeune viticulteur attire également l’attention sur le contexte de l’installation. « Avant de se lancer, il faut connaître le marché, la population cible. C’est ce qui fait vivre l’exploitation à l’arrivée. »

Florent considère pour sa part qu’il est important de se spécialiser « le plus tôt possible ». « C’est comme cela qu’on gagne de l’argent. Personnellement, j’ai longtemps hésité avant de faire ma licence en fromagerie. Finalement, c’est ce qui m’a sauvé. Il y a en effet beaucoup de choses qu’on n’a pas en tête si on ne fait pas une formation assez poussée. » Il souligne aussi l’importance d’avoir des connaissances comptables et financières « solides » avant de s’installer. « Quand on a le savoir, on a les arguments, on a les compétences. C’est plus facile pour obtenir les aides, ou simplement lors des discussions avec les différents conseillers que vous allez rencontrer. » Plus généralement, les cinq participants reconnaissent que la formation n’est jamais finie. « Il faudra toujours chercher à faire mieux tout au long de votre vie. Nous avons la chance d’avoir des structures qui sont là pour nous accompagner. Il faut en profiter. » Jean est typiquement dans ce cas de figure. Son métier, l’apiculture, est en constante évolution depuis les années 1980. Il faut donc rester à la page : « Avec le changement climatique et la modification du paysage, il faut en permanence s’adapter. »

Des objectifs techniques et économiques différents

Ceux de Pierre-Luc étaient assez variés. En priorité, il voulait maîtriser à 100 % la vente de ses produits pour dégager un bilan comptable « intéressant ». Aujourd’hui, il constate qu’il n’a pas pu développer tout ce qu’il souhaitait comme la vente à la ferme. « Il faut dire que le mouvement vegan et le fait de ne pas manger viande ont clairement eu un impact sur mon chiffre d’affaires. » Daniel souhaitait pour sa part améliorer et moderniser l’irrigation de l’exploitation. Pour l’instant, le résultat est positif. « En automatisant notre façon de faire et en réalisant de gros investissements, nous avons réussi à augmenter le rendement en maïs de trente quintaux. Le rendement économique de la ferme est donc meilleur. Et surtout, on réussit désormais à faire un tour complet d’irrigation en six jours maximum, ce qui nous laisse au moins toujours un jour de libre à passer avec notre famille. »

Jean n’avait pas forcément d’objectifs techniques quand il s’est lancé. Dans un premier temps, il voulait déjà « comprendre » l’exploitation dans laquelle il allait s’investir. Ses objectifs sont venus au fur et à mesure avec notamment l’amélioration de la productivité en ligne de mire. « On peut augmenter le nombre de ruches, mais aussi parfaire certaines techniques apicoles. Il y a pas mal de pistes à creuser. » Pour Guillaume, le chemin était un peu plus « tracé » dans la mesure où l’exploitation familiale était déjà coopératrice chez Wolfberger. « Il y avait des contrats d’achat et des chartes déjà en place. C’est quelque chose de très sécurisant. Après, cela sous-entend que je continue à livrer avec des contraintes de qualité et de quantité. Du coup, je réfléchis quotidiennement à la meilleure façon de valoriser ma matière première. » Aussi passionné puisse-t-il être par la montagne et l’élevage, Florent ne se voyait pas faire ce métier d’agriculteur sans pouvoir se libérer du temps pour des activités externes. « C’est important de savoir s’aménager du temps pour soi et ses proches », justifie-t-il. Du coup, il a repensé et améliorer les infrastructures - la suppression de l’entrave, par exemple - afin de gagner en efficacité et donc de dégager du temps.

Reprendre l’outil de travail dans de bonnes conditions

Pierre-Luc a acheté 90 % des parts sociales de l’entreprise. L’ancien exploitant a conservé 10 % afin de pouvoir transmettre l’outil sereinement avant de partir en retraite. Daniel a fait réévaluer le capital par des concessionnaires pour la partie matérielle et par un comptable pour le reste. Il a repris 50 % des parts de l’exploitation, ses parents ont gardé les 50 % restants. L’idée, à terme, serait que son frère rachète la part des parents. Jean et son associé ont estimé ensemble la valeur de l’exploitation. « On a évalué ce que j’amenais - matériel, ruches, etc. - et on a calculé le prorata en fonction de ça. » Il a ensuite racheté les parts manquantes pour être à 50 %. L’avantage pour lui est que le coût d’installation en apiculture n’est pas très élevé comparé à d’autres filières. Guillaume a simplement racheté 80 % des parts de la SCEA familiale. Étant donné que ses parents avaient beaucoup investi, il a bénéficié tout de suite d’un parc matériel neuf et d’un foncier disponible. Inconvénient : cela l’a un peu coincé pour réaliser d’autres investissements vu le montant des sommes restant à rembourser. « Par contre, j’ai eu la chance de pouvoir récupérer 1,5 ha de vignes en location d’un viticulteur qui arrêtait son activité. À l’achat, cela n’aurait pas été possible vu le prix exorbitant du foncier viticole en Alsace. » Florent a aussi racheté la moitié des parts de l’exploitation. Comme Guillaume, il est aussi un peu « coincé » par les emprunts en cours. Il a néanmoins pu s’arranger avec son associé pour établir une reconnaissance de dettes. « De cette manière, je le rembourse directement, sans intérêt, dès que j’ai de l’épargne disponible. »

Bien définir la commercialisation

Désireux de valoriser toute sa production via des circuits courts, Pierre-Luc a démarché un à un ses acheteurs. Le bouche-à-oreille a fait le reste. « Après, il faut juste trouver un prix qui convienne à tout le monde. » En tant que producteur de céréales, Daniel est davantage soumis aux aléas de la mondialisation. Du coup, il vend sa production par lots de cinquante ou cent tonnes, jusqu’à vingt-cinq lots par an. Cela lui permet de rester « maître » de ses prix. « J’arrive à vendre mon maïs à cinq ou six euros au-dessus du prix moyen, idem en blé. Par contre, cela demande un suivi quotidien. Dans mon cas, il faut suivre de près la géopolitique mondiale qui influe énormément sur les cours. » Même si le blé est aussi un marché mondial, Jean a la chance d’être à l’abri des fluctuations des cours. « En bio, les prix sont plus stables. Et dans la mesure où on peut tout vendre en direct en Alsace, on ne rencontre pas trop de problèmes pour la commercialisation de notre production. » Guillaume a lui la chance de pouvoir s’appuyer sur la force commerciale d’une grande cave coopérative comme Wolfberger. « Il y a une équipe de quarante commerciaux qui se mobilise au quotidien. C’est une chance car aujourd’hui, il faut se bouger pour vendre. » Enfin, Florent a pu s’appuyer sur une filière de vente directe déjà en place au moment de son installation. Aujourd’hui, la ferme s’est taillé une solide réputation dans la catégorie des fromages fermiers. « Ce qui fait que dans certaines négociations, nous avons un peu l’ascendant. C’est un avantage dont il faut savoir tirer profit sans en abuser pour autant. »

Se préparer à la réglementation… et aux riverains

En tant qu’agriculteur, on ne peut pas faire fi de la réglementation et de la société qui nous entoure. Pour la partie réglementaire, les cinq jeunes exploitants sont unanimes : il suffit d’être « droit dans ses bottes », d’être « honnête » avec ce qui est demandé, et d’être bien organisé. « Si on pose les bonnes questions aux bonnes personnes, tout se passera bien », explique Florent. En revanche, la donne est un peu plus complexe avec les habitants des villages, pour beaucoup des néoruraux qui ont une connaissance quasi nulle du monde agricole. « Cela m’est déjà arrivé d’avoir du matériel d’irrigation dégradé pendant la nuit parce que cela faisait du bruit… », déplore Daniel. Il existe ainsi une vraie méconnaissance des pratiques comme a pu le constater Guillaume avec les ZNT. « Quand on utilise des produits, les gens râlent et s’excitent. Mais quand on discute avec eux, on se rend compte qu’ils ont beaucoup de préjugés sur nos métiers. Nous pouvons faire évoluer cela, mais devons davantage communiquer en amont. » Florent complète : « Ces gens ne nous veulent pas du mal, c’est juste qu’ils ignorent. Apprendre à leur parler fait aussi partie du métier maintenant. »

 

Horticulture

Créer ensemble un avenir plein d’enthousiasme

Cultures

Publié le 18/02/2020

Peut-on encore être horticulteur et conserver un réel enthousiasme pour son avenir ? Dans un contexte difficile, et face à un manque de visibilité malheureusement trop présent, la question peut en effet se poser. La réponse, elle, est une affaire de choix. Se laisser aller à un pessimisme destructeur ou faire preuve d’un optimisme réaliste et constructif ? Le président de l’Union des pépiniéristes et des horticulteurs de la région Alsace (Uphoral), Paul-André Keller, préfère se focaliser sur la seconde option. Lors de la dernière assemblée générale de l’association, il a dressé les « raisons d’y croire » malgré le marasme qui frappe à la porte. « Oui, c’est vrai, dans nos entreprises, nous avons la tête dans le guidon. Nous gérons chaque jour des multitudes de problèmes et de situations. C’est pour cela que nous avons du mal à nous extraire de ce champ de vision négatif. Pourtant, il est essentiel de relever la tête, de regarder autour de nous pour regarder plus loin. Des solutions existent pour faire perdurer nos métiers, mais il faut être prêt à changer, à s’adapter. »

Créer des synergies syndicales

Face aux nouveaux modes de consommation, et aux nouvelles tendances du marché des végétaux et fleurs, tout horticulteur qui se respecte n’a d’autre choix que de faire évoluer ses gammes, ses modes de production. En clair, apprendre à voir sur le long terme tout en y intégrant davantage de proximité avec sa clientèle. Dans une ère marquée par le fort développement des circuits courts, la carte à jouer est belle pour la profession horticole. À condition de la jouer collectif, comme tient à le rappeler Paul-André Keller : « Ce projet doit être un projet commun de filière entre la FNPHP, Val'hor, Astredhor, HPF et toutes les autres organisations qui gravitent autour de nos métiers. Ceci est un tout dont l’efficacité dépend de la capacité du collectif à tirer dans le même sens. » Un message d’union, mais surtout un vœu qu’il souhaiterait voir se concrétiser en 2020 entre Uphoral et Est Horticole. « Il y a encore des progrès à faire dans les relations entre nos deux entités. Nous pourrions gagner en efficacité dans l’intérêt de l’horticulture alsacienne. » Une « meilleure » synergie qu’il faudrait aussi consolider du côté d’organisations comme les FDSEA et FRSEA. Un syndicalisme « responsable » pour Paul-André Keller, indispensable pour apporter des solutions aux nouvelles problématiques qui touchent l’horticulture comme la nouvelle réglementation sur le passeport phytosanitaire européen.

Ce dispositif, obligeant d’apposer le passeport sur chacun des végétaux en phase d’être mis en vente, est entré en vigueur le 14 décembre avec quelques points d’interrogations. En effet, à l’automne dernier, le dernier CNOPSAV végétal (instance d’orientation de la politique sanitaire du ministère de l’Agriculture) n’a pas permis de cadrer définitivement les méthodes d’étiquetage des passeports, ni les points liés aux contrôles. Face à cette situation « ubuesque », la FNPHP a interpellé le ministre de l'Agriculture le 28 novembre afin de le rendre attentif sur cette situation « insatisfaisante », tant pour les producteurs que pour les clients. « La traçabilité, oui. Mais encore faut-il avoir des règles claires et applicables sans que cela ne devienne une usine à gaz, ou remette en cause les marges liées aux coûts de productions », souligne Paul-André Keller. Heureusement pour les professionnels de l’horticulture, 2020 devrait être une année « test » pour l’application du dispositif. Les contrôles qui seront effectués par la Fredon ou le Service régional de l’alimentation (SRAL) seront avant tout « pédagogiques ». « Il est prévu de faire un bilan général du nouveau dispositif en cours d’année avec les différents services concernés », complète le président de l’Uphoral.

Dans l’actualité « chaude », il y a aussi les zones de non-traitement (ZNT). Un dossier largement médiatisé, qui enflamme les professions agricole et viticole depuis des mois. Et si l’horticulture semble moins concernée, il convient néanmoins de « rester vigilant » par rapport à cette nouvelle réglementation prévient Paul-André Keller : « Elle risque tout de même de pénaliser certaines exploitations horticoles ou des pépinières de production de plein champ dans les zones périurbaines. » En toile de fond, il y a la nécessité, pour la profession horticole alsacienne, de créer une « nouvelle dynamique » autour de la marque Fleurs et plantes d’Alsace et, surtout, de garder une vision « prospective » dans le domaine du fleurissement. « C’est, quelque part, l’ADN de nos métiers. Même si nous entretenons un excellent partenariat avec Alsace destination tourisme, nous avons une dynamique à entretenir. Cette approche est nécessaire car rien n’est jamais acquis », considère-t-il. Tant le négatif que le positif.

« L’entreprise du futur » est dans la serre

« Tout est une question de regard », explique Mirjana Stanojevic. Cette conférencière, coach et formatrice, accompagne des entreprises au quotidien pour leur apporter davantage de « bienveillance » et de « sérénité ». Deux ingrédients indispensables qui finalement permettent d’envisager le futur avec enthousiasme et optimisme qu’on soit responsable d’une start-up, d’une multinationale… ou horticulteur. Son intervention à la fin de l’AG de l’Uphoral l’a bien rappelé. « L’avenir sourit à l’horticulteur. Vous avez toutes les caractéristiques de l’entreprise du futur : vous avez la proximité, le contact et le conseil. Aujourd’hui, le consommateur ne veut pas juste une belle plante, il veut le rapport humain qui va avec. C’est un réel atout que vous avez. » Autre paramètre qui joue en faveur de l’horticulteur qui a pignon sur rue : sa proximité géographique avec ses clients. « C’est du local, avec une empreinte carbone très faible. D’un point de vue environnemental, cela a beaucoup de sens. » Enfin, le dernier paramètre à prendre en compte pour entrapercevoir cet avenir avec un réel enthousiasme est d’entrer de plain-pied dans le monde du digital. Un atout marketing « indéniable » selon elle, capable d’être réellement complémentaire avec l’aspect « humain » de cette entreprise du futur. « Aujourd’hui, les nouvelles générations de consommateur fonctionnent avec le numérique. On ne peut plus faire sans. Maintenant, les clients veulent pouvoir donner un avis sur un prestataire, le trouver sur les réseaux sociaux, et le recommander le cas échéant. En France, beaucoup pensent encore qu’on n’a pas besoin d’être dans le numérique. C’est faux. Aux Pays-Bas par exemple, on parle d’horticulture 4.0 avec des pépinières interconnectées. Du coup, on diminue la pénibilité sans nuire à la productivité. Si on utilise la technologie de manière consciente, en appliquant ses valeurs personnelles, c’est un pas de plus vers un futur serein et enthousiaste. »

 

A lire aussi« Ils ne feront pas fi de leurs rêves de fleurs »

Saint-Valentin

Agathe Bursin et Mickael Moltès : pour le meilleur et pour les vignes

Vigne

Publié le 17/02/2020

Chacun ses vignes, chacun son domaine, un seul amour. Vingt-six ans après leur première rencontre dans les couloirs du lycée viticole de Mâcon, dix ans après s’être passé la bague au doigt et sept ans après la naissance de leur fille Clotilde, Agathe Bursin et Mickael Moltès sont toujours aussi complémentaires… et amoureux. Elle, ce sont six hectares de vigne travaillés, récoltés et vinifiés avec passion au cœur de Westhalten depuis 2001. Lui, c’est le cohéritier du domaine Moltès à Pfaffenheim. Une entreprise familiale qu’il a développée aux côtés de son frère Stéphane, la faisant passer progressivement d’un parcellaire de 8 ha au milieu des années 1990 à 27 ha l’an passé. Mais les chiffres, ici, importent peu. Agathe et Mickael ont surtout réussi à faire de leur union une histoire d’amour où se mêlent passion du vin et de la vigne, écoute de l’autre, humour omniprésent et indépendance au travail.

Mots doux sur les rails

Au début, ce n’est pourtant pas gagné. En 1994, le BTS Viticulture Œnologie n’existait pas au lycée de Rouffach. Direction la Bourgogne pour les deux futurs vignerons qui ne se connaissent pas encore. Là-bas, ils sont les seuls représentants de leur Alsace natale. Loin de la famille, le prétexte est déjà tout trouvé pour se rapprocher de l’autre. Ou pas. « Ma première impression a été plutôt négative. Il est passé à côté de moi, sans me saluer. J’étais un peu perdue. Lui a tout de suite pris ses marques », se souvient Agathe.

Et puis le train a fait le reste. Entre Mâcon et le retour au bercail, il y avait alors cinq longues heures à patienter au fil des voies ferrées. Sans téléphone, sans ordinateur, il reste la parole à son voisin. Mais chaque chose en son temps. À l’ancienne, ils ont d’abord pris le temps de se connaître. Il faut dire qu’il y avait de la matière à échanger, surtout quand on aime l’Alsace, sa viticulture, ses cépages, ses terroirs.

De son côté, Agathe avait encore le souvenir joyeux de ses premières dégustations de jus de raisin. Elle avait quatre ans à peine. Avec son cousin, elle avait le droit de presser quelques grappes récoltées par ses grands-parents coopérateurs. Arrivée à l’école, elle se fait des copains, tous fils de vignerons, qui parlaient tracteurs. « Moi, je n’en avais pas, mes parents n’avaient pas repris l’activité. Je me suis promis qu’un jour, j’en aurai un. Aujourd’hui, j’en ai trois ! » Dans ce train qui faisait escale à Bourg-en-Bresse, Montbéliard ou Dijon, ce rêve d’enfant prend forme au fil des discussions avec Mickael. Ils parlent de projets futurs, vision du métier et, tout simplement, de tout ce qui leur plaît dans la vie. Jusqu’au jour où ils se rendent compte…

« On s’est mis ensemble trois mois avant les examens de deuxième année. J’étais très travailleuse, Mickael un peu moins. Du coup, je l’ai fait bosser pour qu’il réussisse son année. » À l’arrivée, mission accomplie pour les deux tourtereaux. Mickael peut officiellement reprendre le domaine familial aux côtés de son frère. Agathe fait le choix de continuer ses études, histoire d’être fin prête le jour où elle créera son propre domaine. Pas question pour elle de rejoindre son amoureux au sein de l’entreprise Moltès. Son rêve a toujours été de devenir viticultrice, mais à son propre compte. De toute manière, la question de travailler ensemble ne s’est jamais posée. Le couple d’un côté, l’entreprise viticole de l’autre. Une formule gagnante à leurs yeux. « On a chacun la fierté de dire : « c’est mon entreprise ». Et si jamais on rate quelque chose, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même », souligne Mickael.

De la compréhension au réconfort

Sur le terrain, cette complémentarité s’exprime parfois par des coups de main bienvenus. « Si on a le temps et que le matériel est déjà dehors, autant en faire profiter l’autre », justifient-ils d’une seule voix. Après, chacun conduit ses vignes comme il l’entend ou vinifie selon ses goûts. Le respect de l’indépendance d’autrui, encore lui. « Par exemple, Mickael aime bien les macérations dans le muscat. Moi, non. On a chacun nos petits trucs. On se complète vraiment. » Idem pour les essais. Si l’un expérimente quelque chose dans sa parcelle, l’autre peut bénéficier du retour d’expérience, et réciproquement. « Du coup, on peut tester davantage de techniques que si on était seuls. Ou alors, essayer chacun de notre côté la même technique et comparer les résultats. C’est un réel atout », considère Mickael.

Dans leur couple, c’est lui le spécialiste de la technique, toujours à l’affût des dernières innovations ou technologies en vogue. Quand on veut acquérir une nouvelle machine, ça aide. Agathe le confirme : « Le jour où j’ai voulu acheter une charrue, je ne savais pas trop quoi prendre. Au final, j’ai fait quelques acquisitions qui n’étaient pas très pertinentes. C’est là que Mickael m’a apporté ses conseils et m’a orientée vers du matériel plus adéquat. » Si elle n’est pas vraiment à l’aise avec la technique, elle l’est en revanche plus sur les questions marketing et commerciales. Une expertise qu’elle n’hésite pas à lui partager s’il lui en fait la demande.

Être marié à son alter ego viticole est aussi très utile quand il s’agit d’avoir un avis franc et objectif sur sa dernière cuvée. « Quand on tend un verre à l’autre pour savoir ce qu’il en pense, il n’y a pas de filtre. Si c’est bon, on le dit. S’il y a des défauts, on le dit aussi. Dans ce cas, on essaie de comprendre ce qui ne va pas pour faire mieux derrière. » Comprendre les difficultés et les contraintes peut être un vrai réconfort dans les moments les plus difficiles. « Face à un problème ou une épreuve, on peut vite être découragé. Avec une personne à nos côtés qui connaît le métier comme nous, c’est bien plus facile d’être conseillé et soutenu. Ça facilite grandement la vie de couple quand on doit s’absenter pour un salon, ou quand on doit, au dernier moment, aller régler un problème dans les vignes », témoigne Agathe.

« Joviale, aimante, attentive »

Grâce à ce fonctionnement mêlant indépendance, complémentarité et complicité, Agathe et Mickael ont su construire un couple harmonieux où les tensions et disputes sont très rares, voire inexistantes. « On a des caractères calmes tous les deux, ça aide aussi », reconnaissent-ils en chœur. Si l’un fait quelque chose sur son exploitation et que l’autre n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Chacun est toujours libre de faire ses propres choix, d’emmener son domaine là où il le souhaite. Au final, le choix de l’autre est toujours respecté.

Il n’y a guère que pour le choix des vacances que la situation se complique parfois. « Vu qu’elle ne prend pas l’avion, ça nous limite un peu dans nos choix. Mais bon, rien de bien grave au final », s’amuse Mickael. Quand on leur demande de lister les qualités et défauts de l’autre, il y a beaucoup à dire et rien à dire à la fois. « À part le fait qu’il roule parfois un peu trop vite, je dirais surtout de Mickael est la personne parfaite à mes yeux. C’est quelqu’un de dynamique, qui a de bonnes idées et sur qui on peut compter quand on est en difficulté. » Pour lui, son épouse n’a « aucun défaut ». « En trois mots, je dirais qu’elle est joviale, aimante et attentive. » Vingt-six ans après, l’amour n’est plus « aveugle » comme aux débuts, il est juste, lucide et empreint de beaucoup tendresse. Il a surtout eu le temps de vieillir comme aurait vieilli un millésime d’exception et qu’on dégusterait avec le même plaisir des décennies plus tard. Bursin-Moltès, une cuvée à part, un couple qui dure. Pour le meilleur et pour les vignes.

Initiative

Des steaks hachés surgelés « 100 % local »

Élevage

Publié le 19/01/2020

Du steak haché « bouchère », bio et 100 % local. Une formule gagnante que Frédéric Tristch, éleveur à Sausheim à la Ferme de l’Ill, a appliquée pendant plusieurs années avec succès. Mais, au printemps dernier, la fermeture de l’usine Elivia à Eloyes (Vosges), qui s’occupait jusqu’alors de la fabrication de ces produits, l’a laissé comme près de 400 éleveurs (principalement vosgiens) sans solution. Face à la pression de ces derniers, Elivia, tout de même numéro deux français de la viande bovine, a accepté de continuer la prestation steaks hachés sur un autre site du groupe. Trop loin pour Frédéric Tritsch qui se demande alors comment il pourra continuer à contenter les demandes de ses clients - en vente directe uniquement - pour des steaks hachés qui ne connaissent pas la crise. « C’est le seul produit qui progresse en viande. C’est facile à cuire. Et puis les enfants sont contents », explique-t-il. Le salut viendra de la Chambre d'agriculture des Vosges, qui le contacte pour un projet ambitieux : la construction d’une unité de fabrication de steaks hachés surgelés sur le site de la coopérative Adéquat, à Rambervillers. L’idée le séduit. Deux arguments en particulier : la proximité relative du site et la « taille humaine » de l’abattoir, comme à Cernay. « Du coup, il y a moins de transports pour les animaux, donc moins de stress. Sur place, les bêtes sont mieux prises en compte. Cela correspond mieux aux attentes des consommateurs et des éleveurs comme moi. Et puis c’est une coop appartenant à 100 % à des agriculteurs. On n’est pas dans la logique d’un gros industriel », justifie-t-il.

Une qualité « exemplaire » à fournir

Mais pourquoi ne pas aller à l’abattoir quasi voisin de Cernay dans ce cas ? « Pour faire du steak haché, il faut des lignes et des machines dédiées, et le tonnage pour que ça soit rentable. Nous voulions aussi la même qualité qu’on avait chez Elivia. Ce n’était pas possible à Cernay dans l’état actuel des choses. » Cela ne l’empêche pas d’amener de temps à autre à l’abattoir du Haut-Rhin pour obtenir des caissettes de viande. Une solution complémentaire qui lui permet de vendre l’intégralité de sa production en vente directe, à la ferme uniquement. Un mode de commercialisation garant à ses yeux d’une juste « valorisation » de son travail. Économiquement d’une part, mais aussi socialement. D’où sa volonté « très forte » de garantir une qualité exemplaire. « Pour moi, si on va chez un paysan, c’est pour avoir une qualité qu’on n’a pas en supermarché. Quand je vois ces steaks hachés vendus quatre euros le kilo, je me demande vraiment ce qu’ils mettent dedans… » Chez lui en tout cas, pas de mauvaise surprise. Les 2,4 tonnes de steaks hachés qu’il produit annuellement sont garantis « 100 % viande » issue de vaches Normandes réformées. Le tout vendu à douze euros le kilo au consommateur. « C’est vrai qu’en bio, je pourrais être plus cher. Mais j’ai l’esprit producteur avant l’esprit commerçant. Et puis, j’aime bien l’idée de faire du bio pour tout le monde. »

Inra Colmar

Simuler les agricultures de demain

Technique

Publié le 17/01/2020

On entend beaucoup parler de l’agriculture « de demain ». Tantôt plus « écologique », tantôt plus « productive », tantôt plus « technologique ». Les qualificatifs pour la définir ne manquent pas. Mais ces différentes visions ont-elles véritablement une chance de se concrétiser ? Car derrière les concepts et les promesses, il y a une réalité, toute simple : celle des territoires avec leurs contextes propres, qu’ils soient climatiques, géologiques ou démographiques. Plutôt que d’imaginer simplement à quoi pourrait ressembler l’agriculture sur ces territoires, l’INRA de Colmar, en lien avec le Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) du pays Rhin-Vignoble-Grand-Ballon (RGVB), s’est fixé un objectif ambitieux : simuler informatiquement sur ce territoire les impacts socio-économiques et environnementaux des pratiques agricoles à travers un projet BETS (Systèmes bioéconomiques pour des territoires durables). Les données récoltées sont destinées aux acteurs du territoire en question (élus des collectivités ou agricoles) ou les organismes économiques (filières de transformation des produits agricoles et forestiers). Ils bénéficieront ainsi d’une base solide pour penser la réorganisation des activités tout en tenant compte des enjeux environnementaux, économiques et sociétaux. Ce projet, soutenu par l’Ademe et la Chambre d'agriculture Alsace, s’inscrit dans le cadre du Plan climat air énergie territorial (PCAET) qui est une déclinaison territoriale des politiques de lutte contre le changement climatique menées aux échelles nationale et internationale.

« Objectiviser » les futurs débats

Cette plateforme informatique, baptisée Maelia, doit apporter une vision plus « transversale » des filières, à l’opposé du modèle plus « cloisonné » qui prévaut encore aujourd’hui. « On voit encore l’agriculture comme une filière linéaire, de la matière première au consommateur. Or, on ne fonctionne plus comme ça. Sur les territoires, on remarque une proximité entre les filières, avec beaucoup d’échanges potentiels entre elles. Prenons l’exemple du blé dont la paille peut servir à des éleveurs, comme source d’énergie, comme alimentation ou comme matière organique. L’idée est donc de comprendre comment on peut optimiser au maximum nos productions, comment on les recycle, pour ainsi être les moins dépendants possible de ressources extérieures », explique Julie Wolfhart, coordinatrice du projet à l’Inra de Colmar. Ce qui sous-entend établir une vraie collaboration entre les différents acteurs du territoire. Les professionnels de l’agriculture, évidemment, mais aussi les associations, les forestiers, les personnes spécialisées dans le recyclage, l’énergie, et également les citoyens qui y vivent et/ou y travaillent au quotidien. Des visions multiples, parfois opposées, qu’il faut réussir à faire converger pour l’intérêt de tous. « Tout l’intérêt de Maelia est là : apporter un outil qui permette de modéliser les visions des uns et des autres. On sort ainsi des positions idéologiques. À la place, on objectivise les débats », souligne-t-elle.

 

 

Maelia est un outil informatique complexe, déjà utilisé avec succès pour un projet similaire du Sud-Ouest de la France. On y entre les modèles de croissance des plantes, les techniques utilisées sur telle ou telle parcelle (désherbage mécanique, permaculture, labour, non-labour, rotation de cultures, etc.), des scénarios de prix, d’évolutions climatiques possibles… Des données combinées à celles récoltées auprès des autres acteurs du territoire (besoin en biomasse, attentes sociétales, etc.) qui doivent aboutir à une vision « réaliste » des futurs possibles sur ce territoire Rhin-Vignoble-Grand-Ballon qui regroupe 10 000 habitants.

Des ateliers pour « co-construire »

Ce projet, démarré en mai 2019, est financé pour le moment jusqu’en 2021. Cet hiver, des professionnels de l’agriculture et de la forêt, des citoyens et des élus se regrouperont autour d’ateliers participatifs visant à partager les visions autour de l’agriculture et de la forêt durable. Deux questions seront posées : Quelle transition durable de l’agriculture et de la forêt dans le territoire face aux changements, notamment climatiques ? Comment assurer la souveraineté alimentaire et non-alimentaire du territoire ? Au cours de la même période, l’Inra mènera des enquêtes de terrain auprès des professionnels des filières agricoles et forestières du territoire pour répondre à la question : qui fait quoi et comment ? « Tout cela nous permettra de construire des scénarios que nous intégrerons à notre logiciel qui pourra les simuler. Les résultats obtenus seront discutés en 2021 avec les partenaires et les citoyens. Une dernière étape qui devrait éclairer les politiques locales et les activités des entrepreneurs agricoles et forestiers du territoire. »

Distillation

Le gin alsacien, prêt au décollage

Pratique

Publié le 24/12/2019

Au pays des poires williams, framboises, kirschs, quetsches ou mirabelles, le gin a aussi sa place parmi les alcools forts. Une conviction qui a poussé Florian Gill à créer sa propre distillerie avec deux associés à Sainte-Croix en Plaine, dans un ancien garage de maintenance agricole. Son nom : La Grange. Il a une idée fixe en tête : produire des gins, whiskies et liqueurs bios les plus « locaux » possible. « J’utilise au maximum ce qui est produit en Alsace », explique-t-il. De la baie de genièvre évidemment - l’ingrédient principal du gin - mais aussi du marc du raisin, diverses plantes aromatiques qui évoluent en fonction des saisons ou, dernièrement, du safran produit par un agriculteur de Guémar.

N’étant pas chapeautée par une quelconque AOC, la recette du gin peut ainsi évoluer au gré de la créativité du distillateur. Les premières cuvées commercialisées par Florian Gill en témoignent. Il y a d’abord le Super Broussard - en référence à un avion de transport français des années 1960 - qui est un mélange « complexe » de vingt-cinq plantes différentes comme la lavande, le thym, le romarin ou la coriandre. Un cocktail aromatique « bien arrondi » en bouche qui bénéficie d’une saveur florale très appréciable en bouche. On trouve ensuite le Pin-Up Wings, un gin à base d’agrumes, très léger en bouche. Là encore, le nom est intrinsèquement lié à l’univers aéronautique et ses pin-up peintes sur les carlingues des avions de chasse pendant le Seconde Guerre mondiale. On trouve enfin le dernier né de la production : le gin au safran « La Rose des vents », un mélange de « subtilité » et de « noblesse » qui, là encore, est un clin d’œil assumé au monde de l’aviation. Au-delà de l’idée marketing, c’est surtout un bon moyen pour Florian Gill de mettre en avant sa passion lointaine pour cet univers. « Plus jeune, je voulais devenir pilote professionnel. Mais étant diagnostiqué daltonien, je n’ai pas pu concrétiser ce rêve… » Et puis, historiquement, il faut savoir qu’il y a une forte tradition du gin dans l’aviation. La boucle est bouclée, la gastronomie en plus.

Un argument « local » qui séduit

Avec son gin, Florian Gill se place aux antipodes du « gin de boîte de nuit ». Ce qui compte à ses yeux, c’est le travail artisanal, l’utilisation d’un savoir-faire ancestral transmis par son grand-père, et la capacité d’une petite distillerie comme la sienne à pouvoir innover. Une philosophie qui est un peu absente en France à ses yeux. « Le gin revient beaucoup à la mode chez nos voisins européens. En France, on est plus timide. On n’a pas la tradition autour de cet alcool. Pourtant, les possibilités sont vastes. » Cela fait deux ans qu’il s’est lancé dans cette aventure aux côtés de Vivien Remond et Enzo Georges, de la brasserie Ste-Cru, à Colmar. La commercialisation des premières bouteilles a démarré il y a un an. Fidèle à sa philosophie « locale », il a sollicité un à un ses clients - bars, restaurants, cavistes - pour leur faire découvrir sa production. Petit à petit, il a réussi à faire parler de lui. Pas suffisant encore pour dégager un bénéfice net, mais cela ne saurait tarder. « C’est un travail de longue haleine pour être reconnu. On n’a pas un gros réseau de communication comme ce qui peut exister dans la viticulture. Du coup, il faut réussir à se faire connaître des gens qui aiment le gin. Après, on sent que l’argument « local » fonctionne bien. C’est en tout cas ce qui a déclenché le premier acte d’achat chez de nombreux clients. La question était de savoir s’ils allaient adhérer sur le long terme. Aujourd’hui, les ventes augmentent. C’est encourageant pour l’avenir. »

Ça l’est d’autant plus dans la mesure où il a investi toutes ses économies dans ce projet, et quitté son métier de moniteur de ski qu’il exerçait depuis de nombreuses années. « C’est sûr, quand on se lance dans une telle aventure. Il faut y croire. Mais on sentait qu’il y avait quelque chose à faire avec le gin. Je suis convaincu qu’on peut faire découvrir cet alcool autrement. Pour y arriver, il faut avoir la meilleure réponse gastronomique possible. Et avec tous les produits cultivés en Alsace, on peut imaginer plein de choses. Il suffit d’être créatif. » Et aussi tomber sur des personnes motivées à l’idée de créer un produit qui sort un peu de l’ordinaire, à l’image d’Hervé Barbisan, qui produit le safran à Guémar. « J’aimerais bien travailler directement avec un viticulteur pour récupérer ses marcs de raisin. Pour le moment, je n’en ai pas encore trouvé un qui soit capable de m’apporter la quantité dont j’ai besoin. Peut-être l’année prochaine, qui sait ? »

Réception routière des véhicules agricoles

Les règles changent à partir du 1er janvier 2020

Pratique

Publié le 23/12/2019

Qu’est-ce que la réception ?

Pour pouvoir être utilisé, un véhicule doit d’abord être conforme à des normes de sécurité et de pollution. En principe, lorsqu’ils sortent de l’usine, les constructeurs doivent pour pouvoir commercialiser leurs véhicules, les faire homologuer auprès de l’administration selon la procédure de réception. Celle-ci donne lieu à l’émission d’un barré rouge. Ce n’est qu’après la délivrance de ce barré rouge que le véhicule pourra être immatriculé. Au niveau agricole, les tracteurs (véhicules agricoles ou forestiers) devaient suivre cette procédure de réception, mais ce n’était pas le cas des remorques (ou semi-remorques) et des MAGA. L’administration a mis fin à ce manque par un arrêté du 19 décembre 2016.

Qu’est-ce qui change ?

À compter du 1er janvier 2020, la procédure de réception « européenne » des matériels agricoles remplacera la procédure de réception française jusqu’alors en vigueur. À partir de cette date, une procédure de réception à titre isolé (procédure spécifique à réaliser auprès des DREAL) sera obligatoire pour certaines catégories de matériels agricoles, qu’ils soient neufs ou usagés. Les véhicules dits « usagés » sont les véhicules qui ont eu une procédure de réception, mais qui n’ont pas eu de certificat d’immatriculation au 31 décembre 2019. Ces derniers, devront donc faire l’objet à nouveau d’une procédure de réception s’ils veulent recevoir un certificat d’immatriculation. Dans le cas contraire, ils ne pourront pas circuler sur la route et seront invendables.

Les machines concernées ne pourront plus être immatriculées que sur la base :

  • D’une homologation européenne pour celles qui peuvent en bénéficier.
  • D’une homologation Dreal* « nouvelle génération » pour les autres. Normalement, les barrés rouges « nouvelle génération » portent la mention « Application de l’arrêté ministériel du 19 décembre 2016 », mais il peut y avoir des situations où ce n’est pas le cas. Les homologations Dreal « ancienne génération », réalisées sur la base des dispositions antérieures à celles de l’arrêté du 19 décembre 2016, et qui étaient encore admises pour immatriculer les machines ne seront plus valables à compter du 1er janvier 2020.

Quels matériels sont concernés ?

  • Tous les automoteurs de type Machine automotrice genre agricole (MAGA) mis en circulation depuis le 1er janvier 2010.
  • Tous les véhicules remorqués de plus de 1 500 kg qui ont une réception nationale (bennes, plateaux, bétaillères, rouleaux, presses, fenaison, semoirs, pulvérisateurs, déchaumeurs, etc.) mis en circulation depuis le 1er janvier 2013.

Si l’on vend un véhicule : il faut impérativement s’assurer d’une part qu’il a eu une procédure de réception, et d’autre part qu’il a eu un certificat d’immatriculation. Sinon, il faudra à nouveau lui faire passer un test de réception.

Précisons également que lorsqu’un véhicule est transformé ou modifié, il doit faire l’objet d’une procédure de réception à titre individuel (cette réglementation a toujours été obligatoire). La transformation ou modification n’est pas de la réparation, c’est lorsqu’on va changer conséquemment le véhicule. Qui est concerné ?

Important : Tous les véhicules ayant déjà été immatriculés ne sont pas visés par la nouvelle procédure de réception.

Quels matériels ne sont pas concernés ?

  • Tous les matériels portés avant ou arrière
  • Les matériels remorqués réceptionnés selon le règlement européen 167/2013
  • Les matériels remorqués de moins de 1 500 kg
  • Les matériels neufs mis en service en France avant :

- 01/01/2010 pour les automoteurs (MAGA) ;

- 01/01/2013 pour les véhicules remorqués de plus de 1 500 kg de PTAC (REA, SREA, MIAR).

À ce jour, aucune dérogation n’est envisagée par l’État. Les concessionnaires agricoles recommandent vivement de s’assurer que l’immatriculation du matériel a bien été faite. À défaut, il pourrait tout simplement se voir en infraction.

Pourquoi cette évolution ?

À partir du 31 décembre 2020, la nouvelle réglementation relative à l’immatriculation des véhicules entrera en vigueur et le fichier d’immatriculation des préfectures laissera définitivement la place au système d’immatriculation des véhicules (SIV). Avant cette date, il faudra inscrire dans ce SIV tous les véhicules agricoles, qu’ils soient neufs ou mis en circulations avant le 15 avril 2009. Sauf que tout ceci a bien évidemment un coût. En attendant, des dérogations ont été mises en place pour un certain nombre de machines agricoles (hors MAGA depuis le 01/01/ 2010 et outils traînés de plus de 1,5 tonne depuis le 01/01/2013). Mais celles-ci devraient disparaître le 31 décembre 2020. C’est pour cette raison que la FNSEA reste active pour que ces dérogations soient maintenues au-delà de cette échéance.

Pourquoi ce rappel maintenant ?

Il faut savoir que depuis le 1er janvier 2013, tous les outils traînés nouvellement mis en circulation, de plus de 1,5 t de Poids total autorisé en charge (PTAC), du rouleau au semoir en passant par les pulvérisateurs ou les bennes, ont l’obligation d’être immatriculés. Or, il apparaît que beaucoup d’agriculteurs qui ont acheté ce type de matériel depuis 2013 n’ont ni certificat d’immatriculation (carte grise), ni plaque d’immatriculation. Il faut donc s’assurer d’avoir un certificat d’immatriculation valide au 31 décembre si on veut pouvoir utiliser son matériel le 1er janvier 2020. Sinon, il faudra repasser par la case « réception » avant de pouvoir immatriculer son matériel.

Que se passe-t-il si l’on ne respecte pas la réglementation ?

Le code de la route (article R321-4) prévoit qu’il est interdit de mettre en vente ou de vendre un véhicule ou un élément sans qu’il ait fait l’objet d’une procédure de réception. Il est également interdit de maintenir en circulation un véhicule à moteur ou une remorque sans réception. Les homologations nationales qui ne sont pas mises à jour suivant les prescriptions de l’arrêté du 19 décembre 2016 perdront leur validité après le 31 décembre 2019. Les véhicules concernés ne pourront plus être commercialisés, mis en service ou immatriculés après cette date.

Quelles sont les sanctions ?

Des amendes, des contraventions de 5e classe (amende maximale allant jusqu’à 1 500 € et 3 000 € en cas de récidive) sont prévues pour toute violation de l’interdiction de vente ou de mise en vente. Des amendes forfaitaires de 4e classe (135€) sont prévues pour le maintien en circulation d’un véhicule à moteur ou d’une remorque sans réception.

Comment obtenir une carte grise pour le matériel ?

Sur internet : une demande de ce certificat est à réaliser sur le site de l’agence nationale des titres sécurisés à cette adresse : https://ants.gouv.fr/monespace/s-inscrire.

Prévoir les pièces justificatives indiquées dans le tableau.

Important : Un problème a été identifié concernant la technique et le fonctionnement de ce site internet ; il n’y aurait apparemment pas la possibilité de mentionner l’usage agricole, ni même de le justifier pour inscrire un nouveau véhicule dans ce fichier. Pourquoi c’est important ? Car l’indication sur la carte grise de l’usage agricole permet, par exemple, de ne pas être verbalisé lorsqu’un mineur de moins de 16 ans travaillant sur l’exploitation est contrôlé par les forces de l’ordre en train de conduire le tracteur.

Coopérative Agricole de Céréales

Oh, Safety Day !

Pratique

Publié le 23/12/2019

Mieux vaut prévenir que guérir. Un adage que la Coopérative agricole de céréales (CAC) a pris au pied de la lettre le 16 décembre en organisant son premier Safety Day au Parc des expositions de Colmar. Une journée de sensibilisation à la sécurité et sur la bienveillance destinée aux 160 salariés du groupe. Des actions similaires avaient déjà eu lieu au sein de la coopérative, mais seulement en « petits comités ». « Cette année, on a souhaité que tous les collaborateurs soient présents. C’est important qu’on se retrouve tous autour de thématiques communes en matière de sécurité et de prévention. Notre souhait : développer une vraie culture de la sécurité au sein de l’entreprise », explique Laura Gueniat, responsable Qualité Sécurité Environnement à la CAC. Comme le rappelle le président de la coopérative, Jean-Michel Habig, les accidents « n’arrivent pas qu’aux autres ». « Il suffit d’une fois. La fatigue et le stress, par exemple, sont des éléments qui nous touchent tous et qui peuvent changer profondément le quotidien. Il est donc essentiel qu’on soit toutes et tous dans la vigilance, la bienveillance et l’écoute. »

Pour atteindre cet objectif, les salariés de la CAC ont été invités à participer en petits groupes à six ateliers thématiques au cours de cette journée. « L’idée était de pouvoir répondre à toutes les attentes, dont des thématiques qui concernent tout le monde, comme la sécurité routière », précise Laura Gueniat. Dans cet atelier animé par Groupama, les plus aventureux ont ainsi pu tester la « voiture tonneau ». Même à vitesse lente, les sensations étaient garanties. Surtout, cette petite démonstration a permis d’illustrer des erreurs que beaucoup de personnes font : mal attacher sa ceinture de sécurité, laisser des objets se balade dans l’habitacle. « Sachez qu’en cas de collision à cinquante kilomètres heures, le poids d’un objet multiplié par dix. Ainsi, votre téléphone portable, s’il n’est pas rangé dans une poche fermée ou dans la boîte à gants, représente un danger potentiel. C’est l’équivalent d’une petite brique qu’on vous lancerait dessus », indique l’animateur de l’atelier.

Technologie et bienveillance

Sur le stand de Virtual Création, on teste la réalité virtuelle avec un casque. Les participants se retrouvent immergés dans un chantier avec les risques que cela comporte. La technologie, encore elle, sert de révélateur sur le stand de Bureau Véritas. Face à une caméra reliée à un ordinateur, les participants sont amenés à mimer des gestes qu’ils font au quotidien comme soulever des charges. Sur l’écran à côté, un squelette virtuel met en lumière les zones du corps qui sont sollicitées par les gestes effectués. L’objectif est simple : mettre en lumière les mauvaises postures qui abîment le corps au fil du temps.

Plus loin, le stand de la CAAA fait un topo sur les gestes de premiers secours à appliquer en cas d’accidents. Des réflexes à connaître qui peuvent sauver des vies le cas échéant. Mais la prévention n’est pas que physique, elle est aussi psychologique. Dans une époque où l’agriculture connaît de profonds changements, celles et ceux qui l’accompagnent au quotidien peuvent aussi être déboussolés par ces évolutions rapides. « Inévitablement, il y a aussi un changement des métiers au sein de la coopérative. Et tout changement apporte un peu de peur ou de stress. C’est là que la bienveillance est nécessaire vis-à-vis de chacun », poursuit Laura Gueniat. Enfin, le dernier atelier animé par Atrisc se penche sur la gestion de crise en entreprise. Comment en reconnaître les signes ? Et que faire quand cela se présente ? Des d’interrogations nécessaires pour une prévention efficace, tant individuellement que collectivement.

Coopérative agricole de céréales

Construire l’agriculture de demain « ensemble »

Cultures

Publié le 17/12/2019

Des défis, mais surtout des solutions pour y répondre. Un état d’esprit volontariste que la Coopérative agricole de céréales (CAC) applique depuis des années pour répondre efficacement aux enjeux de l’agriculture actuelle : produire plus, mieux, dans un contexte mondial ultra-concurrentiel, avec des attentes sociétales très fortes vis-à-vis de l’environnement. Le tout avec l’assurance d’apporter aux agriculteurs coopérateurs un vrai revenu pour assurer la pérennité de leurs exploitations. Dans un tel contexte, il n’y a pas d’autre choix que la mobilisation « collective », estime le président de la CAC, Jean-Michel Habig. « Les réponses ne viendront que de nous et de notre capacité à les mettre en œuvre. Mais changer, ce n’est pas simple. C’est accepter que ce qu’on fera demain sera différent de ce qu’on fait aujourd’hui. Nous devons donc être capables de nous remettre en cause, de choisir un cap et de nous y tenir. » La meilleure illustration de cet état d’esprit est la création d’ECU (Europe crop united), une structure de commercialisation de céréales commune avec la coopérative allemande ZG Raiffeisen, opérationnelle depuis le 1er septembre dernier. Celle-ci a été mise en œuvre autour de valeurs communes aux deux coopératives : l’ouverture d’esprit, la croissance, l’innovation, la confiance et l’orientation clients.

Une première en Europe

« C’est une première en Europe qui a vu le jour en à peine huit mois », glisse avec fierté le président de la CAC. Pour son homologue allemand, Ewald Glaser, ce rapprochement entre les deux structures est logique dans la mesure où une « relation de confiance » s’est construite au fil des années entre la ZG Raiffeisen et la CAC. « Nos deux coops se sont développées chacune de leur côté avant de trouver une réponse commune aux enjeux actuels. C’est un geste stratégique qui ouvrira des voies dans le monde agricole. Désormais, il faut imaginer d’autres moyens et instruments que par le passé. Avec ECU, nous pouvons envisager l’avenir avec optimisme tout en préservant l’indépendance de nos coopératives. » Comme pour la Chambre d'agriculture Alsace, la présidence d’ECU est tournante entre la CAC et la ZG Raiffeisen, le tout avec un actionnariat à 50/50 qui illustre la confiance réciproque que se témoignent ces deux entités. La partie opérationnelle de cette société de commercialisation est assurée par une « écupe » de cinq salariés franco-allemand basée au siège de l’entreprise à Strasbourg. Un choix géographique évident au vu de son statut de capitale européenne, en lien direct avec l’Allemagne. Ce rapprochement entre les deux pays autour d’ECU est finalement assez logique considère Ewald Glaser : « Avec le temps, on se rend compte qu’il y a de plus en plus de points communs entre le Bade Wurtemberg et l’Alsace qu’avec le reste de l’Allemagne. Ainsi, un nouveau centre énergétique transfrontalier apparaît au cœur de l’Europe. »

Se « réapproprier » la moisson

La création d’ECU est, pour la CAC, la mise en œuvre de son ambition stratégique à l’horizon 2022. Celle-ci s’articule en cinq points : peser sur les marchés, repenser le modèle que la coopérative propose pour impacter positivement le revenu des exploitations, innover dans tous les domaines pour proposer des solutions différentes, supporter et accompagner davantage les centres de profit existants, et analyser les diverses possibilités de développement dans une logique de filières. Comme, par exemple, réinventer la récolte du maïs en créant le premier « bassin de moisson » à Fislis. Le principe est simple : déléguer le transport de la récolte grâce à la géolocalisation.

À l’origine, il y avait la volonté du conseil d’administration de la CAC de réguler le flux de la collecte tout en préservant la qualité du grain. C’est Nicolas Kress, responsable terrain à la coopérative, qui a piloté cette première récolte « plus fluide » cet automne. Une solution amenée à se développer ailleurs dans le département qui a le mérite d’apporter davantage de « sérénité » aux agriculteurs. « En déléguant le transport de leur récolte, ils n’ont plus besoin de courir à droite et à gauche. Du coup, ils peuvent se réapproprier leur moisson. » Ce que confirme Maxime Kuentz, salarié à la CAC, qui a aidé au transport du maïs. « Le plus grand ressenti des agriculteurs et qu’ils ne perdent plus de temps sur la route, à chercher un chauffeur ou à organiser le chantier. » Samuel Schweitzer est entrepreneur de travaux agricoles. C’est lui qui mené cette récolte de 2 500 tonnes de maïs qui s’étalaient sur 150 hectares. Au départ, il ne cache pas qu’il était un peu réticent quand il a découvert le projet. Il a vite été conquis : « Dans le Sundgau, il y a des chemins qui ne sont pas très accessibles. Cela nous faisait un peu peur. Maintenant, je peux dire que le bilan est très positif. Mes clients sont très satisfaits. D’ailleurs, il y en a une partie que je n’ai même pas vue à la récolte. Preuve d’une belle confiance de leur part. »

Préparer l’avenir avec les jeunes

Enfin, Jean-Michel Habig souligne un élément essentiel pour le développement de la CAC dans les années à venir : la place de la jeunesse au sein de la coopérative. Une nouvelle génération d’agriculteurs réunis sous la bannière JAC (Jeunes agriculteurs coopérateurs). À l’automne 2018, ils s’étaient réunis pour répondre à une interrogation : « Qu’attendez-vous de votre coopérative ? ». Une question ouverte qui a fait émerger quatre thématiques, et autant de pistes de travail : l’agriculture 4.0 et l’innovation, la commercialisation et la mutualisation des moyens humains et matériels, le travail du sol, et l’élevage. Des thématiques en phase avec notre époque qui sont autant de pistes de travail pour le conseil d’administration de la CAC comme le rappelle son président : « Nous œuvrons au quotidien pour tenir compte de vos remarques et observations. Mais la coop ne peut se substituer à vos rêves, votre énergie et à la vision d’évolution que vous avez de nos métiers. C’est pour cela que nous avons besoin de vous pour que, ensemble, nous puissions construire la coopérative de demain, qui vous appartiendra, sans l’influence de capitaux extérieurs. Alors, rejoignez-vous et bâtissons ensemble l’agriculture de demain ! »​​​​​​

Les « Automnales » d’Elitest

Le bilan de l’année à la loupe

Élevage

Publié le 26/11/2019

Pour cette année 2019, la coopérative Elitest a décidé de faire évoluer le format de ses assemblées de section en organisant six rencontres départementales dans chacune des zones où elle est présente. En Alsace, ces rendez-vous ont eu lieu le 7 novembre à Carspach et le 15 novembre à Woellenheim. La première partie de ces réunions a permis de présenter le bilan de l’exercice 2018/2019 pour l’ensemble de la coopérative. La seconde partie, l’après-midi, a été articulée autour d’une visite d’exploitation.

La restructuration des élevages se poursuit

Au cours de l’exercice écoulé, le nombre d’adhérents actifs - les éleveurs qui sont au moins à une insémination artificielle première (IAP) - a poursuivi la chute observée depuis la création d’Elitest en 2010 avec 175 adhérents de moins (-4 %) pour s’établir à 4 077 adhérents. C’est 25 % de moins qu’en 2010. Parallèlement, et « heureusement », le nombre d’IAP par élevage a augmenté de 33 % depuis 2010, et est passé de 55 à 56 entre les exercices 2017-2018 et 2018-2019. « Cela confirme la tendance qu’on observe dans tout le pays : la restructuration des élevages se poursuit », indique le directeur d’Elitest, Philippe Sibille.

Progressivement, les « gros » élevages ont gagné du terrain face aux « petits ». Chez Elitest, il y a aujourd’hui 670 élevages qui font plus de 100 IAP, c’est 97 % de plus qu’en 2010 et 4,8 % qu’en 2017-2018. « Concrètement, cela représente 16 % des adhérents qui réalisent à eux seuls 43 % de l’activité totale d’Elitest. » Mécaniquement, le nombre d’adhérents qui font peu d’activité - moins de 10 IAP - baisse d’année en année. Une érosion « logique » de 1 328 adhérents en 2010 à 943 aujourd’hui. Ces derniers représentent 9 268 IAP au sein de la coopérative, soit un tiers des adhérents pour 4 % de l’activité totale. D’un point de vue géographique, ce sont les zones de Meuse et de Moselle qui enregistrent le plus fort déclin d’activité depuis la création d’Elitest avec, respectivement, -8,2 % et -4,9 %. Sur la même période, l’activité en Alsace et en Vosges/Haute-Marne a respectivement augmenté de 6 et 5,1 %. Mais comparé au dernier exercice 2017-2018, les quatre zones d’Elitest affichent une évolution en légère baisse : -0.9 % en Alsace, -1,8 % en Vosges Haute-Marne, -0,7 % en Moselle et -2,7 % en Meuse.

« Le marché crée la tendance »

Même s’il a connu une légère baisse (-1,5 %) par rapport à l’exercice précédent, le nombre d’animaux inséminé en 2018-2019 est en légère hausse depuis 2010 (+0,1 %). « On est à peu près stable », se félicite Philippe Sibille. Si on entre un peu plus dans le détail des chiffres, on s’aperçoit que l’activité laitière a baissé de 1 % depuis 2017-2018 mais a augmenté de 4,4 % depuis la création d’Elitest. En revanche, on note une érosion « significative » et « forte » en femelles allaitantes avec une baisse de 4,9 % par rapport à 2017-2019 et de 22 % depuis 2010. Une baisse qui s’explique par la progression « spectaculaire » du croisement terminal (femelles laitières avec taureau viande) de 302 % depuis 2010-2011 et de 28 % par rapport à 2017-2018. Une tendance qui, selon le directeur d’Elitest, devrait se poursuivre dans les années à venir. Notamment pour des « petites » ou « moyennes » races qui en bénéficient directement.

Globalement, l’activité des taureaux viande a augmenté de 3,8 % en 2018-2019. La Charolaise, pourtant tête de liste avec plus de 21 000 IAP a connu une diminution de son activité de 3,6 %. « Ce n’est pas un problème de coût dans la mesure où le prix de la dose est même moins cher que celui d’autres races. Non, c’est clairement le marché qui crée la tendance », observe Philippe Sibille. Ainsi, l’Angus, l’INRA 95, la Rouge des prés, l’Hereford, la Stabiliser et surtout la Blanc Bleu ont enregistré une hausse notable de leurs IAP en un an. « Sur le mois d’octobre, on a fait plus de 2 700 doses de Blanc Bleu. C’est énorme, on n’a jamais fait de mois comme ça », s’étonne encore le directeur d’Elitest. Chez les taureaux laitiers par contre, le nombre d’IAP a baissé de 2,7 % en un an. Conséquence majeure : l’impact que cela peut avoir à terme sur le financement des schémas laitiers. « Il faut savoir que si l’on perd au moins 3,3 % d’activité, il faut diminuer la taille des schémas ou trouver autre chose pour continuer la dose à un tarif convenable. Du coup, nous recherchons d’autres solutions pour mieux valoriser la génétique dans les schémas. » Un peu comme en viande, on constate que ce sont les races à plus petits effectifs (Brune, Normande, Jersiaise) qui se sont développées en une année au sein d’Elitest. Les « historiques » comme la Prim’Holstein, la Montbéliarde, la Simmental et la Vosgienne ont de leur côté vu leur nombre d’IAP baisser.

Le génotypage, investissement prioritaire

Concernant le sexage, 29 042 doses ont été posées lors de la dernière campagne d’Elitest, avec essentiellement des doses femelles. C’est un peu moins (-2 %) que lors de l’exercice 2017-2018. Les taux de réussite de ces doses sexées sont aussi en légère baisse, pénalisés par les mauvais fourrages de l’année. Ils passent ainsi de 58,35 % en 2017-2018 à 56,83 % pour l’exercice qui vient de s’écouler. C’est dix points de moins que le taux de réussite en semence conventionnelle qui s’établit cette année à 66,42 % (contre 67,21 % en 2017-2018). Enfin, les génotypages se sont développés de manière significative en un an, notamment pour la Prim’Holstein (+ 32 %) et la Montbéliarde (+ 6,9 %). C’est en revanche en retrait pour les races à viande comme le Charolais et La Brune (-40,7 % et -6,3 %).

Le génotypage représente un gros poste d’investissement pour Elitest. « On veut que la démarche se démocratise, que les inséminateurs puissent faire les génotypages sans passer par les techniciens », explique Philippe Sibille. Grâce aux efforts financiers consentis par la coopérative, le tarif des génotypages femelles diminue année après année. Aujourd’hui, au-delà de vingt génotypages effectués, la prestation revient à 40 euros HT hors bon de réduction à faire valoir sur les génotypages effectués lors de l’exercice suivant. Le tarif descend même sous la barre des 30 euros (avec bon de réduction) si tout le troupeau est génotypé. Si certains agriculteurs estiment que ces tarifs sont encore un peu « chers », le président d’Elitest, Damien Tiha, rappelle que la coopérative cherche avant tout à rendre la prestation accessible au plus grand nombre. « On fait un effort pour les éleveurs. On pourrait être bien plus cher. Mais on considère que c’est un vrai service où tout le monde sera gagnant au final, la coopérative comme les éleveurs. Plus on aura d’index, mieux ça sera pour nos élevages. »

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