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Nicolas Bernard

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Léa Klein, jeune présentatrice

Une bulle d’Oxygène sur le ring

Élevage

Publié le 25/10/2019

Elle a un cheval, un poney et un âne. Mais pas de vache. À 21 ans et passionnée depuis toujours par les animaux, Léa Klein va, pour la deuxième année consécutive, participer au concours des jeunes présentateurs à la Foire Simon et Jude à Habsheim. Contrairement à beaucoup de participants présents ce jour-là, la jeune étudiante en gestion de l’entreprise et des administrations n’a pas grandi dans le monde agricole. Il y avait bien ses grands-parents qui avaient une petite ferme, mais c’est tout. Chez elle, pas de lait à livrer à la coopérative ou de céréales à récolter. Mais un amour du vivant qu’elle émancipe au fil des années à travers l’équitation.

Puis est venue la découverte de la Foire Simon et Jude par l’intermédiaire de sa sœur, étudiante en BTS agricole et participante au concours des jeunes présentateurs. L’ambiance festive, la chaleur humaine, la passion des éleveurs pour leurs bêtes la séduisent. Son petit ami, ouvrier agricole de son état, finit par la convaincre de tenter sa chance. « Lui, il fait Habsheim tous les ans », résume-t-elle simplement. Pour sa première en 2018, elle présente une vache de l’Earl Peter à Saint-Bernard. Elle découvre le ring : le centre d’attention des spectateurs, des éleveurs et du juge. Un « moment particulier », très stressant, qu’elle réussit néanmoins à bien gérer en terminant deuxième de sa section.

« Ambassadrice » de l’agriculture

Un beau résultat pour une première tentative qui la motive à réitérer l’expérience cette année. Cette fois, ce sera avec Oxygène, une génisse qu’elle a réussi à amadouer petit à petit avec de la nourriture et un peu de tendresse. Un mélange de morceaux de sucre et de gratouillis sur la tête qui a permis de tisser un lien de confiance avec l’animal. « Ce n’est pas comme un cheval qui est bien plus habitué à la présence humaine. Une vache reste farouche. Elle n’est pas habituée au contact, au licol. Il faut l’habituer à tout cela. » D’où l’intérêt des journées de formation destinées aux jeunes présentateurs organisées par le Club Holstein 68 et le Syndicat de la race montbéliarde : apprendre les bases pour bien guider son animal le jour J.

Après, c’est à Léa d’apprendre à promener sa génisse dès qu’elle en a l’occasion. « Et quand on sera à Habsheim, je vais essayer de l’emmener sur le ring avant le concours pour qu’elle s’habitue au lieu. » Participer c’est bien, mais être fin prête pour gagner c’est encore mieux. Si possible. Car l’essentiel n’est pas là à ses yeux. Pour elle, sa participation au concours de jeune présentateur est une sorte « d’acte militant » au service de l’élevage, et plus globalement de l’agriculture. « Quand on n’est pas dans le milieu, on ne peut pas tout savoir. Beaucoup critiquent les éleveurs, affirmant qu’ils n’aiment pas leurs bêtes. C’est totalement faux. Ce sont des passionnés qui prennent soin d’elles. Il faut que ça se sache. Je veux que l’agriculture continue d’exister. Aujourd’hui, je suis fière d’être ambassadrice du monde agricole. »

Commission communication de la Chambre d'agriculture d’Alsace

Les « vérités » du maïs face à la presse

Cultures

Publié le 13/10/2019

Lundi, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) organisait sa deuxième conférence de presse visant à « redonner de la confiance aux agriculteurs alsaciens et susciter la reconnaissance de la population » en expliquant les pratiques de l’agriculture d’aujourd’hui, et son utilité aux niveaux alimentaires, économiques, sociaux, environnementaux et culturels. Après le blé en juillet, c’était cette fois au tour du maïs d’être mis en avant face à la presse.

Une campagne 2019 « éprouvante »

Ce (large) tour d’horizon a démarré avec le bilan climatique de la campagne 2019. Une année qualifiée de « chaotique » par Danielle Bras, vice-présidente de la CAA et agricultrice à Roggenhouse. Tout avait pourtant bien commencé. À la sortie de l’hiver, les neiges abondantes tombées sur les Alpes et les Vosges ont généré un apport d’eau bienvenu au printemps. « Entre la pluviométrie adéquate et les températures douces, on partait vraiment bien. Jusqu’à mi-mai. » Là, le retour du froid pendant plusieurs jours fragilise au passage les jeunes pousses de maïs. Puis, à la mi-juin, c’est le contraste : les températures passent de 15 °C à la grande canicule en un claquement de doigts. « Du jamais vu », constate Danielle Bras. Des conditions extrêmes qui ont obligé les agriculteurs à redoubler d’efforts pour irriguer leurs cultures un peu plus tôt que d’habitude. En juillet, rebelote avec une température moyenne supérieure de 2,4 °C par rapport à la moyenne, et notamment un deuxième épisode caniculaire qui s’est étendu du 24 au 26 juillet.

Ces épisodes de chaleur intenses ont fortement sollicité les matériels d’irrigation, les emmenant souvent à la panne. « Que ce soit en temps ou en argent, l’irrigation a représenté cette année encore une charge importante pour nos exploitations. Malgré tout, elle reste vitale pour notre agriculture et la santé économique de nos exploitations », explique Danielle Bras. Cette irrigation si essentielle n’a pourtant pas suffi dans certains secteurs. En août, le retour de conditions plus humides a été accompagné par des orages de grêles dévastateurs. Le 6 août, un épisode orageux violent a impacté de manière « spectaculaire » des parcelles sundgauviennes, et dans les secteurs de Fessenheim et Roggenhouse. « Il n’a fallu que 4 minutes pour anéantir un mois et demi de travail. La nature nous a rappelé une fois de plus qu’on travaillait avec du vivant », ajoute la vice-présidente de la CAA.

Des arguments environnementaux à faire valoir

« Mais si c’est difficile, pourquoi cultiver autant de maïs ? En plus, ça pollue ! Ça vide la nappe phréatique ! Et, ça détruit l’environnement ! » Si personne n’a émis ce type de remarques à cette conférence de presse, elles illustrent néanmoins l’état d’esprit de pas mal de concitoyens au sujet du maïs. D’où l’idée de la profession, à travers la Chambre d'agriculture, de rétablir certaines « vérités ». Celles du terrain, concrètes, mesurées et expérimentées chaque jour. Alors, pourquoi autant de maïs sur les terres alsaciennes ? « Le maïs a besoin d’eau et de chaleur. Nous avons les deux, et nous avons les meilleurs rendements français et la meilleure régularité. D’autres régions sont plus favorables au blé. En Alsace, c’est le maïs qui a le meilleur potentiel », explique simplement Jean-Louis Galais, technicien à la CAA. Oui, mais il faut beaucoup d’eau. « Moins que le blé, rappelle-t-il. Il faut 454 litres d’eau pour 1 kg de maïs grain et 590 l d’eau pour 1 kg de blé. Mais on croit que le maïs est plus gourmand parce que c’est plus visible avec les pivots, rampes et enrouleurs qu’il faut sortir en été. A contrario, le blé bénéficie des précipitations de l’hiver et de l’automne. »

Oui, mais le maïs est néfaste pour l’environnement disent ses opposants. « C’est surtout une usine à photosynthèse capable de stocker le carbone en quantité pour le restituer dans le sol. Sans compter que c’est une culture peu gourmande en produits phytosanitaires. Les autres cultures - blé, betterave - sont plus exigeantes. Enfin, il faut savoir que des recherches sont en cours pour enfouir plus profondément l’azote et ainsi éliminer complètement les émissions d’ammoniac, ce qui aurait pour effet de réduire la quantité de gaz à effets de serre émis dans l’atmosphère », détaille Jean-Louis Galais. Toujours dans cette logique environnementale si chère au consommateur de 2019, il y a les fermes Dephy (26 en Alsace) qui expérimentent la réduction de produits phytosanitaires. Pour le maïs, cela passe par le désherbage mécanique, l’utilisation du biocontrôle et la réduction de dose grâce, notamment, à l’utilisation de technologies récentes qui permettent de traiter juste aux endroits nécessaires. Sans oublier les techniques de modulation intraparcellaire expérimentées avec succès par la Coopérative agricole de céréales. « On propose cette solution depuis deux ans pour les semis. Cela permet de produire plus sur un même espace, ce qui veut dire un meilleur rendement à l’hectare. Et demain, on sera capable de moduler la fumure de fond avec le même procédé, et probablement l’irrigation », développe Christian Jenn, responsable innovation à la CAC.

Malgré cette liste d’arguments à la Prévert en faveur du maïs, l’avenir pour celles et ceux qui le cultivent est complexe, même avec des dizaines d’hectares d’assolement. C’est ce qu’a voulu rappeler Jean-Noël Reymann, agriculteur à Munchhouse installé depuis 2013 et hôte de cette conférence de presse. « On a commencé à exploiter ces terres en 1975 grâce à l’irrigation. Avant, c’était pauvre ici. Quatre familles vivaient grâce à cette exploitation. Aujourd’hui, je suis tout seul. Et honnêtement, je ne sais pas si dans dix ans, je pourrai encore vivre de l’activité de cette ferme. On a toujours plus de mal, entre les contraintes administratives, techniques, et j’en passe. Je veux malgré tout rester optimiste car l’année a été correcte. Et grâce aux innovations technologiques, on arrive à faire du meilleur travail. Je compte bien réduire l’utilisation des produits phytosanitaires durant les cinq années qui viennent, en plus du non-labour que je pratique déjà. » Des pratiques « durables » qui vont dans le sens d’une société qui veut toujours plus de « vert » dans l’agriculture. Et plus reconnaissante ?

Visite ministérielle à la ferme de la Judenmatt

Bien-être animal… et étudiant

Pratique

Publié le 10/10/2019

À la veille de la journée mondiale des animaux, le secrétaire d’État de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Gabriel Attal, s’est penché sur le bien-être… des étudiants. Le 3 octobre, il a fait un détour par la ferme de la Judenmatt, à Rouffach, avant d’aller inaugurer les Journées d’octobre de Mulhouse. Pendant une petite heure, le jeune ministre - 30 ans depuis le mois de mars - a eu droit à une visite guidée de cette exploitation dépendante du lycée agricole de Rouffach.

Entouré du maire de Rouffach, Jean-Pierre Toucas, d’élus locaux et de représentants de la profession agricole, il a pu mesurer toutes les dispositions récentes prises en faveur du bien-être animal dans l’établissement. Des élevages de volaille en plein air qui sont autant de terrains d’expérimentation pour les élèves du lycée agricole. Manquait à l’appel l’élevage bovin malgré un bâtiment toujours en place, mais malheureusement plus aux normes, au grand dam des responsables de l’établissement agricole. Des projets d’extension et de rénovation sont pourtant bel et bien dans les tuyaux, mais n’ont pas encore abouti, faute de moyens.

Une situation qui ne semble pas éroder le moral des étudiants, comme a pu le constater Gabriel Attal. « Quand on vous voit, cela donne envie de devenir apprenti agricole. Vous avez l’air heureux et épanouis dans ce que vous faites. Vous êtes motivés et volontaires. Ça fait plaisir à voir. Ce bien-être des étudiants est tout aussi indispensable que celui des animaux. »

Manifestation agricole dans le Haut-Rhin

Le blues des « mal aimés »

Vie professionnelle

Publié le 10/10/2019

« What is going on ? » Coincé dans sa berline noire au niveau de l’échangeur A35-A36, un couple de Hollandais s’interroge sur le spectacle qui se dresse devant eux. Venus de tout le Haut-Rhin, près de 200 tracteurs ont élu domicile pendant trois heures sur les deux autoroutes situées aux abords de Mulhouse. Comme leurs homologues bas-rhinois, les agriculteurs haut-rhinois ont répondu à l’appel national lancé par la FNSEA et les JA pour dire « stop » à l’agribashing, aux surtranspositions franco-françaises en matière de réglementation et aux accords de libre-échange Ceta et Mercosur. Le spectacle est impressionnant. Sur la bretelle qui mène à Colmar, un coup d’œil en contrebas donne l’impression d’un paysage suspendu dans le temps. Les deux rangées de voitures sont à l’arrêt total.

Le calme qui règne est troublant pour un lieu de passage comme celui-là. La situation est à la fois inédite, agaçante, interminable et désespérée. « Au-delà des raisons économiques, ce sont surtout des raisons psychologiques et morales qui nous poussent à agir aujourd’hui. À écouter les médias ou nos concitoyens, nous sommes responsables de tous les maux. Aujourd’hui, nous nous sentons véritablement mal aimés par la population qui nous entoure », se désole le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann.

Compréhension, résignation et agacement

« France, veux-tu encore de tes paysans ? », « France, protège tes paysans », « Que mangeras-tu quand nous aurons disparu ? ». Des slogans évocateurs sont placés à la vue des automobilistes qui attendent, patiemment, que la situation se décante. Beaucoup ne comprennent pas ce qui se passe ici. Josine revient d’Allemagne où elle vit une partie de l’année. Cette jeune retraitée hollandaise estime que la situation vécue par les agriculteurs d’aujourd’hui est juste « honteuse ». « Il faut toujours produire plus à des prix toujours plus bas. Je les comprends. À titre personnel, j’achète tous mes produits en magasin bio, et de préférence local. Cela a, à mes yeux, bien plus de sens que d’abattre un animal en France, le transformer en Italie et le conditionner en Pologne. Tout cela est profondément stupide ! » Mais Josine s’étonne tout de même du déroulé de la manifestation : « Pourquoi personne ne vient me parler ? Il faudrait un petit papier avec leurs revendications. Je ne demande que ça de comprendre un peu mieux ce qu’il se passe. »

Un peu plus loin dans le long cortège de voitures immobilisées, un homme perd patience. D’un pas décidé, les bras croisés, il se dirige vers le gendarme motorisé chargé de réguler le filtrage des véhicules. Sur cette bretelle de l’A35, cela fait près de quinze minutes que les voitures font du sur place. Pour certains, c’est une éternité. La vitre ouverte, le moteur éteint, un couple de quadras dynamiques semble désabusé. « C’est bien sympa tout ça, mais ils nous font perdre des rendez-vous business importants… » Eux non plus ne savent pas concrètement ce qui se passe. Juste des tracteurs qui bloquent la route et leur compteur temps qui défile. Après quelques explications, ils arrivent à relativiser la situation. D’ailleurs, la circulation s’apprête à repartir.

Le chauffeur polonais qui les précède est soulagé, avec le sourire du moins. Si quelques coups de klaxons se font entendre parmi les plus impatients, la plupart des automobilistes rencontrés disent « comprendre » le ras-le-bol exprimé par les agriculteurs. « Mais sur la forme, je ne peux pas dire que je soutiens, relativise Julien, au retour d’un rendez-vous professionnel en Allemagne. Je sais que c’est dur pour eux, et que l’action est justifiée. C’est juste dommage que ça soit nous qui subissions cela. J’espère tout de même que cette action leur permettra d’améliorer leur situation. » Geneviève est plus compatissante. Cette retraitée mulhousienne est passée au « tout local » il y a un an. « Il faut les comprendre. Qui accepterait de travailler dans ces conditions avec, au final, si peu de reconnaissance ? Même si je suis bloquée, ce n’est pas grave. Il faut qu’ils puissent s’exprimer. »

Reconquérir « l’amour » des gens

Thierry Grosheny, exploitant agricole à Flaxlanden se dit lassé de cette situation. Ce n’est que la deuxième fois de sa carrière professionnelle qu’il manifeste. « Je suis là pour témoigner de mon ras-le-bol qui est surtout médiatique. On nous fait passer pour des pollueurs. On nous crache dessus du matin au soir. On nous interpelle quand nous travaillons dans nos champs. Alors que, dans le même temps, on tente de faire notre métier le mieux possible. On parle partout de nous, de nos pratiques, de notre métier. Or, rares sont les gens qui nous connaissent vraiment. Pour ma part, je suis fier de ce que je fais. Mais, ces minorités agissantes relayées par les médias, il y en a vraiment marre ! », s’agace l’agriculteur. À ses côtés, on retrouve des professionnels déjà expérimentés comme Paul Deguille de Galfingue et Laurent Rimelin de Heimsbrunn. Il y a également la nouvelle génération. « C’est ma première manif ! Je me suis installé sur l’exploitation familiale à Habsheim il y a trois ans. Je suis désormais associé avec mes parents. Je suis venu car il faut être présent. Que l’on ne fasse rien ou que l’on fasse quelque chose, de toute façon on sera critiqué. Alors, autant agir. », conclut Jean-Philippe, âgé de 23 ans.

« Oui, c’est un cri de détresse que nous lançons aujourd’hui », indique Pascal Wittmann. Avec plus de 400 suicides par an, des revenus qui continuent leur lente érosion, l’absence de perspectives pour les plus jeunes et la remise en cause même de l’activité de l’agriculteur, la profession a l’amère sensation d’être devenue la paria d’une société qui semble perdre tout bon sens et notion d’humanité. « On arrive à des cas extrêmes. Dernièrement, un habitant d’un village a porté plainte contre un vigneron parce que le cheval qu’il utilise pour désherber ses vignes faisait du bruit. Dans une autre commune, un agriculteur a reçu une plainte de son voisin à cause de bottes de pailles empilées un peu trop haut à son goût. C’est devenu un grand n’importe quoi et il faut que ça cesse », continue le président du syndicat majoritaire haut-rhinois.

 

 

Mais comment récréer ce dialogue perdu ? Comment reconquérir « l’amour » des gens pour les paysans ? « Il va falloir qu’on fasse mieux dans la communication, reconnaît Pascal Wittmann. Au niveau départemental, nous avons d’ores et déjà prévu d’organiser une grande manifestation avant la fin de l’année, probablement à Colmar et Mulhouse, pour présenter tout notre savoir-faire. Pour le reste, nous demandons à nos politiques d’être cohérents entre ce qu’ils attendent de nous et ce qu’ils sont prêts à accepter en ratifiant des accords de libre-échange que nous ne voulons pas. Il faut que ça change dans le bon sens, et vite. »

Étienne Fourmont, Agri Youtubeurre

La réalité agricole en vidéo

Vie professionnelle

Publié le 06/10/2019

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?

Étienne Fourmont : « Je suis éleveur laitier dans la Sarthe. Je représente la cinquième génération d’agriculteur dans ma famille. Avant de m’installer, j’ai suivi un parcours classique en lycée agricole avant d’enchaîner par un stage de six mois en Nouvelle-Zélande. »

Comment êtes-vous arrivé sur les réseaux sociaux et sur Youtube ?

« Je suis très présent sur Twitter depuis 2015. En tant qu’élu JA national, je parlais beaucoup de syndicalisme. Puis sont apparus des messages anti élevage de personnes ne connaissant pas l’agriculture. C’est là que j’ai commencé à expliquer mon métier. Mais avec le format de Twitter, les messages étaient trop courts. Cela devenait compliqué de bien communiquer. De là m’est venue l’idée d’utiliser un autre canal dans lequel je pouvais plus facilement faire passer mon message. C’est comme ça que je suis passé tout naturellement à la vidéo en créant ma chaîne Youtube sur laquelle je partage le quotidien de la ferme laitière française. »

À quel public s’adressent vos vidéos ?

« Environ 80 % de mes abonnés sont issus du monde agricole, majoritairement des jeunes de 15-25 ans. Le reste, c’est le grand public. Dans tous les cas, j’essaie d’expliquer le plus simplement les choses, sans trop rentrer dans la technique. Il faut que ça reste accessible. »

Même les sujets plus sensibles ?

« Oui, l’essentiel est de rester simple dans sa communication. Mais c’est vrai que lorsque je parle de l’écornage des veaux, ou de la pollution imputée aux élevages, je travaille plus mon sujet. Dans ce genre de situations, il faut faire attention à ce qu’on dit afin d’être inattaquable derrière. »

Depuis la création de votre chaîne Youtube en 2017, le nombre de vos abonnés ne cesse d’augmenter et vient de passer le cap des 17 000. Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce succès fulgurant ?

« Je dirais que c’est peut-être parce que je parle seul, dans ma ferme, en tant qu’un simple agriculteur qui veut vivre de son métier, et non pas en tant que syndicaliste dont l’image est souvent associée à des lobbys ou des entreprises. Du coup, il paraît malhonnête aux yeux de beaucoup de personnes. Pourtant, je suis aussi syndicaliste. Mais quand je m’exprime sur ma chaîne, c’est juste en tant qu’Étienne Fourmont, éleveur laitier et citoyen. »

Vous commencez tout doucement à avoir une petite notoriété. Est-ce que cela modifie les objectifs que vous vous êtes fixés au départ avec cette chaîne ?

« En effet, je sens bien qu’il se passe quelque chose autour de moi. Des médias m’interviewent, etc. Mais la célébrité ne m’intéresse pas du tout. Évidemment, plus mes vidéos génèrent des vues, plus je suis content. Cela veut dire que les messages que je veux faire passer se diffusent davantage. Tant mieux. Ma priorité reste de toute façon mon travail d’éleveur. La chaîne Youtube, c’est une passion. Tant que ça me plaît, je continue. »

Êtes-vous malgré tout victime de commentaires négatifs ou insultants ?

« J’ai quelques commentaires très agressifs, voire violents. Mais cela ne représente qu’un ou deux pourcents des commentaires que je reçois. Honnêtement, cela ne me touche pas du tout. Je pars du principe qu’ils sont ignorants. Et puis c’est largement compensé par les très nombreux commentaires positifs et encourageants que je reçois. Je reçois notamment pas mal de demandes de jeunes qui me demandent comment on fait pour devenir agriculteur. Ce genre de messages est une belle source de motivation pour continuer ce que je fais. »

Est-ce que vous vous êtes formé pour devenir vidéaste sur Youtube ?

« Déjà, j’ai toujours aimé les montages vidéos. J’en ai fait pas mal pour des anniversaires et des mariages. Après, j’ai regardé beaucoup de vidéos de Youtubeurs célèbres pour voir comment ils filmaient, ils montaient et le rythme. À partir de là, j’ai essayé de m’en inspirer pour les miennes. »

Mais la plupart de ces vidéos sont scénarisées. Les vôtres aussi du coup ?

« Quand je filme le travail du jour, je n’écris pas de scénario. Tout est spontané. J’explique ce que je fais comme ça vient. Pour des sujets plus approfondis, je prends le temps de réfléchir à mes angles de vue, à ce que je vais dire et comment. Si je veux être crédible sur des sujets sensibles, c’est essentiel que mon argumentaire soit béton et le plus sourcé possible. Du coup, c’est vrai, cela demande du travail en plus. »

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas encore abordés que vous souhaiteriez mettre en avant ?

« Je pars du principe qu’on peut tout montrer. J’aimerais bien par exemple parler des traitements phytosanitaires, du glyphosate, etc. Faire un vrai reportage en somme. Mais cela demande beaucoup de travail de recherche. Il faut être capable de citer ses sources et des études sérieuses pour être crédible. »

Comment faites-vous pour gérer cette charge en plus en plus de votre métier d’éleveur déjà très prenant ?

« Disons que les nuits sont courtes ! (rire) Surtout avec le rythme que j’ai pris [N.D.L.R. : il diffuse au minimum une vidéo par semaine]. J’envisage d’embaucher quelqu’un pour travailler sur l’exploitation. Ça va me soulager un peu. »

Quel (s) conseil (s) donneriez-vous à un agriculteur ou à un viticulteur qui souhaiterait lui aussi communiquer efficacement sur les réseaux sociaux ?

« Tu as un téléphone qui peut faire des photos et des vidéos, alors utilise-le. Par exemple, fais une photo par jour que tu publies sur Facebook. Explique ce que tu fais, comment tu le fais. Parle de ton métier, et sois factuel. Tout le monde peut faire ça. »

Même parler face caméra comme vous le faites ?

« C’est vrai, ce n’est pas facile de se mettre en avant comme je le fais. Il y a des personnes plus timides que d’autres. Tout le monde ne pourra pas faire ce que je fais, ou ne voudra pas. Mais on a la chance d’avoir plusieurs réseaux sociaux complémentaires, avec plusieurs manières de communiquer. Il suffit de choisir celle qui nous convient le plus. L’essentiel est d’être présent d’une manière ou d’une autre. »

Pourquoi ?

« Si on ne parle de pas de nous et de ce qu’on fait, qui le fera ? Je pense que le monde agricole en a de plus en plus conscience. Nous sommes dans une période où notre image est mise à mal par les grands médias. En parallèle, il y a un éloignement progressif qui s’est créé entre le monde agricole et les citoyens. Il y a quarante ans, tout le monde avait un membre de sa famille, proche ou moins proche, qui était dans l’agriculture. Cette période est révolue. Il faut que l’on recrée ce lien avec les consommateurs. Et les consommateurs sont sur les réseaux sociaux. Nous n’avons donc pas le choix : il faut y être. Et je suis persuadé que si l’on communique bien, nous avons la capacité d’insuffler un changement d’état d’esprit chez eux comme chez les politiques. Nous devons croire en nous. »

Ferme Dephy à Galfingue

Moins de phytos, plus de marge

Technique

Publié le 27/09/2019

Au départ, il y avait la volonté forte de diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires, tant pour des raisons environnementales qu’économiques. Alors Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue, s’est lancé dans l’aventure et s’est demandé comment réduire ses doses avec son système de cultures : maïs, blé, luzerne, prairie. Comment adapter les outils présents sur la ferme pour atteindre cet objectif ambitieux ? Il décide très logiquement de rejoindre le réseau des fermes Dephy, un dispositif phare du plan Écophyto qui a comme ambition de tester, évaluer et promouvoir les techniques et systèmes agricoles économes en produits phytosanitaires.

Favoriser le retour des auxiliaires

Trois ans après le début de cette aventure, il le confirme : oui, il est possible de réduire fortement ses IFT sans rogner sur sa marge. Au contraire même. Durant cette période, il a diminué de 50 % l’utilisation de produits phytosanitaires tout en améliorant sa marge brute d’environ 15 %. Des chiffres intéressants certes, mais qui ont demandé pas mal d’efforts et de remise en question dans la manière de conduire les cultures. Fini le désherbage chimique en blé avec un seul passage. Maintenant, c’est deux passages de désherbage mécanique avec la herse étrille ou la houe rotative en fonction de la densité du sol. « Si le sol est plus tassé, j’utilise la houe rotative, moins large que la herse étrille, mais plus agressive. De cette manière, on recrée cette couche de surface qui empêche les mauvaises herbes de repartir. »

Ces outils, il les utilise également dans ses parcelles de maïs, mais de manière légèrement différente. « Je fais un premier passage en aveugle, au début de la culture. Cela nettoie la parcelle. Ensuite, j’utilise l’un ou l’autre outil en fonction du sol jusqu’au stade 5 ou 6 feuilles. À partir du stade 8 feuilles, j’utilise la bineuse. Les autres outils sont trop dangereux pour la culture. On peut alors en profiter pour incorporer de l’engrais ou pour semer des cultures intermédiaires. » En luzerne, il n’a rien à faire de plus dans la mesure où la plante étouffe suffisamment le sol pour empêcher les mauvaises herbes de se développer. Enfin, le triticale se traite comme le blé. Pour les interventions insecticides, les doses sont réduites à leur strict minium. Surtout, elles sont mieux localisées, appliquées à des moments clés de la journée, mais nécessitent aussi plusieurs passages. Et l’utilisation des auxiliaires naturels a été favorisée avec la plantation de haies, nécessaires au développement de ces insectes utiles aux cultures.

L’importance du collectif

C’est grâce à cette alternance entre réduction de doses et utilisation accrue d’outils mécaniques qu’Olivier Bischoff réussit à atteindre les objectifs qu’il s’est fixés. La contrepartie est que cela lui demande plus de travail qu’auparavant, sans oublier les conditions climatiques qui l’obligent à se remettre en question tous les ans. « C’est vrai, cela demande des efforts, et c’est plus simple de prendre le pulvérisateur. Mais personnellement, je n’en tire que de la satisfaction. J’obtiens de meilleurs résultats, la biodiversité se développe, je vois de nouveau des vers de terre. Et les quelques mauvaises herbes qui se développent ne me dérangent pas. Certes, elles pompent un peu de nutriments, mais en parallèle, elles ameublissent les sols. »

Pour l’agriculteur, cette (r) évolution des pratiques a été conditionnée par son appartenance à une Cuma. Grâce à cette structure, il a accès à une grande diversité de matériels qu’il n’aurait pas pu acquérir en restant seul dans son coin. Pour lui, une évolution des mentalités est en cours. « On va être obligé de mutualiser de plus en plus de choses. On ne pourra plus gagner de l’argent autrement. La France ne représente plus que 2 % du marché mondial agricole, ce n’est rien. Si on veut pérenniser nos exploitations, il faudra nécessairement réduire nos charges. » Cet aspect collectif est d’ailleurs l’un des gros points forts du réseau Dephy qui permet aux uns et aux autres de partager leurs expériences. « Certaines choses fonctionnent, d’autres non. C’est donc indispensable de le faire savoir car ce n’est pas la peine que tout le monde se plante. De toute façon, on ne peut plus se tromper aujourd’hui. »

Protection des plantes

Un nouveau fongicide « naturel » made in Cernay

Cultures

Publié le 26/09/2019

Plus de « naturel » pour protéger les cultures agricoles. C’est avec cette promesse que l’entreprise mondiale Corteva Agriscience a développé son nouveau fongicide contre la septoriose : InatreqTM. Une molécule dont la substance active provient de produits naturels obtenus par fermentation. « Grâce à son mode d’action unique, InatreqTM offre aux agriculteurs un nouveau moyen de lutte durable contre des maladies de céréales. Il s’agit de la première nouvelle famille de molécule lancée pour la protection des céréales depuis plus d’une décennie », explique le directeur Europe du Nord de Corteva Agriscience, Éric Dereudre.

 

Ce nouveau produit sera exclusivement fabriqué et conditionné à partir du mois d’octobre dans l’usine de Cernay, au sein d’un atelier flambant neuf de 4 000 m2 spécialement construit. Un investissement de 20 millions d’euros qui doit déboucher sur la création de cinquante emplois dans les quatre années à venir. La commercialisation du produit auprès des agriculteurs est prévue à l’horizon 2020-2021, le temps d’obtenir toutes les autorisations de mise sur le marché (AMM) dans les différents pays européens.

Soutenir une agriculture « durable »

La concrétisation de ce projet suscite énormément d’enthousiasme parmi les dirigeants de Corteva Agriscience comme le souligne la vice-présidente des opérations, Susan Lewis : « Nous avons l’ambition d’aller vers une agriculture plus durable qui permette aux agriculteurs de répondre aux enjeux alimentaires et aux attentes des consommateurs qui veulent des produits de plus en plus naturels. InatreqTM est à nos yeux un produit exceptionnel dans la mesure où il utilise un tout nouveau mode d’action. Une première depuis 50 ans. »

Les équipes techniques de Corteva Agriscience ont en effet réussi à stabiliser une bactérie pour extraire cette molécule qui reste néanmoins associée à des produits issus de la chimie dans sa formulation finale. « C’est un peu comme un produit cosmétique naturel dans lequel il y a toujours quelques excipients », relativise Éric Dereudre. Il poursuit : « Progressivement, on réussira à développer d’autres produits à base de matières actives naturelles et sortir de la chimie. Mais tout cela demande du temps et de la recherche. Et surtout, il faut que cela reste efficace et économiquement viable, pour notre entreprise comme pour les agriculteurs amenés à les utiliser. »

Domaine Mann à Eguisheim

Une identité gravée dans les terroirs

Vigne

Publié le 24/09/2019

De la pierre, du bois - beaucoup de bois - un peu de métal et une - nouvelle - identité très forte. Après deux ans de travaux, Jean-Louis, Fabienne et Sébastien Mann, à Eguisheim, peuvent enfin savourer leur nouveau caveau écologique réalisé dans l’ancienne grange de la maison familiale. Un lieu « chargé d’histoire » que la famille de vignerons a souhaité valoriser en concrétisant un projet qui soit « durable » pour les générations à venir.

Du mélèze habille les murs extérieurs, du pin ceux de l’intérieur et du chêne massif recouvre les sols. Le tout garanti 100 % local et 100 % non traité. La philosophie « biodynamie » appliquée dans les vignes se retrouve très logiquement dans cet endroit conçu avant tout pour que les gens « se sentent bien ». « Tout ce qu’on a fait ici, c’est avec le cœur », résume Sébastien Mann avec enthousiasme.

Accompagner la nature

C’est une étape de plus dans la « révolution » que le jeune vigneron a enclenchée en 2009 lors de son arrivée sur le domaine. « Quand je me suis installé, mes parents m’ont tout de suite dit qu’ils voulaient que j’apporte ma patte. Pour eux, il était hors de question que je fasse la même chose qu’eux. » Fort de ses expériences en Champagne, dans les Côtes Rôties et à l’étranger, il se lance alors dans le défi ambitieux de faire évoluer le domaine familial en biodynamie. D’abord avec les grands crus, puis avec l’ensemble du domaine en 2010. Heureusement pour lui, il ne partait pas de zéro. En 2004, ses parents avaient converti l’exploitation familiale au bio. L’aboutissement pour eux d’un chemin démarré à la fin des années 1980 avec l’enherbement des vignes, puis avec l’arrêt des désherbages chimiques dans les années 1990.

Pour Jean-Louis Mann, ce déclic « environnemental » vient de Jean Schaetzel qui dispensait des formations au lycée agricole de Rouffach. « C’est une personne référente à mes yeux. À cette époque, l’Alsace avait besoin de changer. On avait l’inspiration allemande et suisse. Il fallait qu’on aille vers autre chose, vers plus de naturel », explique-t-il. Le passage au bio représentait donc une évolution logique à ses yeux. Celui vers la biodynamie est en quelque sorte une forme d’aboutissement de cette philosophie « verte ». « Au début, on ne sait pas trop où on va. On apprend ou réapprend le cycle de la nature, celui du soleil et de la lune. Progressivement, on s’aperçoit que la nature sait faire beaucoup de choses toute seule, pour peu qu’on l’accompagne correctement. Personnellement, je ne suis pas pour amener des plantes extérieures qui risqueraient d’être trop invasives. J’estime que la nature sait faire toute seule. Elle a une expérience de plusieurs millions d’années. On veut toujours faire mieux que la nature alors qu’elle sait mieux faire que nous », poursuit Jean-Louis Mann.

« Des vins qui nous ressemblent »

Laisser faire ne veut pas non plus dire « ne rien faire », comme le rappelle son fils. En biodynamie, il y a des moments « phares » dans la semaine et dans la journée. Tôt le matin, c’est la préparation des vignes avec l’application de la silice de corne. Tard le soir, au calme, retour dans les vignes pour la bouse de corne. Entre les deux, de la tisane pour aider les vignes. « Ça marche vraiment bien. Chez nous, elles sont épanouies malgré la sécheresse », indique Sébastien Mann. Tout cela demande évidemment du temps pour observer et comprendre le fonctionnement des plantes. « Et plus on comprend, plus on veut en faire davantage. C’est tellement passionnant ! »

Au final, l’objectif est d’obtenir des raisins de très grande qualité. « Si on a ça, on aura des grands vins. Derrière, charge à nous de peaufiner la récolte en cave. » Pour tirer toute la quintessence de ses raisins soigneusement triés par les vendangeurs, Sébastien Mann effectue un pressurage pneumatique très long, de minimum neuf heures. De cette manière, le jus est soigneusement filtré par les rafles qui font office de drain. « On récupère un jus très clair. À la fin, il ne reste que la peau et les pépins qu’on évite soigneusement d’écraser », détaille Jean-Louis Mann. Chaque vin produit est choyé comme un enfant. « Il n’y en a pas un que je préfère plus qu’un autre. Ils ont tous leurs qualités et leurs caractères. C’est à chaque fois des vins uniques, qui nous ressemblent. C’est ça le plus important. »

Concours interprofessionnel du fromage munster

Une « diversité » à départager

Vie professionnelle

Publié le 10/09/2019

Comme pour les vins d’Alsace, le fromage munster est riche d’une grande diversité. Entre munster géromé, munster laitier provenant d’industriels, munster fermier issu… de la ferme, munster fermier bichonné par un affineur, et les déclinaisons au cumin, il y a quasiment autant de nuances de saveurs et d’aspects qu’il y a de producteurs au sein de l’AOP. Une « richesse » qui, tous les ans, est passée au crible d’un jury d’experts lors du concours interprofessionnel du fromage munster. Cette année, c’était à la Maison du fromage, à Gunsbach. Près de 70 munsters ont été goûtés, comparés et départagés avec des médailles d’or, d’argent et de bronze (voir le palmarès en encadré). Pour les sept arrivés en pole position, c’est l’assurance de pouvoir participer au Concours général agricole qui aura lieu en février prochain à Paris ; le Syndicat interprofessionnel du fromage munster (SIFM) prenant à sa charge leurs frais d’inscription.

La « patte » du producteur

Mais à quoi reconnaît-on un « bon » munster ? D’abord, son aspect : un croûtage de couleur rouge orangée, une pâte « souple » avec un peu d’ouverture, un cœur crayeux. Puis vient le goût typique du munster, avec ses notes florales définies au préalable. Des critères précis qui sont sublimés ou non par la « patte » du producteur ou de l’affineur, mais aussi par la qualité de la matière première, à savoir le lait. Et il y a aussi toute l’histoire derrière chacun de ses fromages. Pour les petits producteurs par exemple, cela peut être un héritage familial issu de plusieurs générations avec toute la sensibilité qui va avec. « Dans tous les cas, nous nous attachons tous à faire perdurer un fromage ancestral, quel que soit notre profil. Je dirais même que cette diversité de producteurs au sein de notre AOP est une vraie richesse qu’il faut à tout prix conserver ; et qui doit ressortir dans les médailles que nous distribuons », explique le président du SIFM, Florent Haxaire.

Contrairement au vin vinifié une seule fois par millésime, le munster peut être fabriqué une à deux fois par jour, entraînant de fait une grande variabilité dans le résultat final. « Nous ne contrôlons pas la matière première. Il faut à chaque fois s’adapter au lait. Chaque jour, notre travail technologique est remis en question. Ce qui veut dire qu’on peut être médaillé une année mais pas celle d’après. C’est plus aléatoire que dans le vin », poursuit Florent Haxaire. Médaillé ou non, le munster continue de bien se vendre auprès des consommateurs, notamment le fermier (le nombre de producteurs est d’ailleurs en augmentation) et celui qui est affiné. Seul le munster laitier connaît, il est vrai, une baisse de volume. Un phénomène que le SIFM a bien l’intention d’enrayer à travers sa nouvelle campagne de communication et de promotion (lire en encadré).

Nappe phréatique

Les enjeux des canaux d'irrigation de la Hardt

Pratique

Publié le 06/09/2019

L’agriculture, garante de la pérennité de la nappe phréatique dans la plaine de la Hardt ? Un paradoxe ? Pas vraiment si on prend le temps d’étudier le sujet d’un peu plus près. C’est ce qu’ont fait le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch, et le président de l’Apco, Thomas Obrecht, en allant à la rencontre de ceux qui gèrent le réseau d’irrigation de la Hardt chaque jour, en présence de représentants du Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68) et de la Direction départementale des territoires (DDT). Un échange instructif pour comprendre les enjeux qui s'imposent autour de ces canaux. En plus d’avoir permis aux cultures céréalières de se développer grandement en quelques décennies, ces canaux construits en compensation de la canalisation du Rhin d’Ottmarsheim à Breisach et de la construction des barrages hydroélectriques ont permis, et permettent toujours, de maintenir artificiellement la nappe phréatique à un niveau acceptable dans le département. Mais pas seulement. À côté, ce sont toutes les zones humides, les petites nappes annexes au niveau des collines sous-vosgiennes et des cours d’eau maintenus dans un état acceptables. Et si la nappe baisse, cela veut aussi dire des forages plus profonds, et pas que pour les agriculteurs. Un problème que ne connaissent pas nos voisins dans le Bas-Rhin où l’aménagement du Rhin s’est fait différemment à partir du barrage agricole de Breisach, avec seulement quelques portions du fleuve canalisées, permettant ainsi à l’eau d’alimenter naturellement la nappe. Une situation également unique à l’échelle nationale : contrairement aux autres nappes phréatiques disséminées dans le pays, celle du Rhin s'écoule perpétuellement vers le nord et se vide à défaut d'être alimentée.

 

>>> Visualiser les canaux de de la Hardt avec l'INPN

 

« Il faut appliquer la concession avec EDF »

Il y a donc une nécessité impérieuse d’agir et d’investir pour l’entretien et la rénovation de ces canaux, à hauteur de trois millions d’euros par an. Sauf que leur propriétaire, le ministère de l’Agriculture, se contente du strict minimum depuis plusieurs années. Les services de l’État se limitent à la gestion courante. « C’est pour cela qu’on aimerait bien transférer ces canaux à une autre structure, c’est la piste qui nous semble la plus pertinente. Si demain, un syndicat départemental reprenait le flambeau. Ce serait cohérent », reconnaît Pierre Scherrer, adjoint de la DDT 68. Pour autant, un transfert ne réglerait pas à lui tout seul les besoins financiers. Il faudrait maintenir a minima une équipe de trois salariés, mais aussi pouvoir entreprendre de gros travaux d’entretien, de rénovation et de renaturation en retirant du béton à certains endroits. Pour y arriver, une solution « simple » à mettre en œuvre existe : appliquer la concession signée avec EDF, gestionnaire des ouvrages hydroélectriques sur le Rhin. Celle-ci oblige en effet l’exploitant à compenser financièrement ce qui est dégradé par l’exploitation de ces centrales, en l’occurrence le niveau de la nappe. « L’État étant actionnaire à 80 % d’EDF, cela n’a jamais été mis en application. Pourtant, avec un chiffre d’affaires annuel de 450 millions d’euros généré par ces turbines, l’argent est là. En l’occurrence, cela ne représenterait qu’un pourcent de leur chiffre d’affaires. Ce n’est rien du tout, et tout le monde s’y retrouverait au final. Plus on attend, plus cela va se dégrader. Si on laisse la nappe descendre, il y a des secteurs du département où il n’y aura plus jamais d’eau. Le paysage ressemblera davantage à une steppe avec des oueds qui le sillonne », explique le directeur Environnement et Cadre de Vie du CD 68, Georges Walter. Une autre piste est aussi à étudier pour garantir l’alimentation de la nappe : l’utilisation de gravières ou de cours d’eau qui nécessiteraient quelques travaux de curage pour les rendre exploitables.

Des canaux agricoles aux canaux environnementaux

Cette mise au point permet de comprendre un élément essentiel aux yeux du monde agricole : non, ce ne sont pas les « mers du maïs » de la Hardt qui mettent en péril la pérennité de la nappe rhénane dans le Haut-Rhin ! Un raccourci employé parfois par celles et ceux qui limitent leur raisonnement à la simple vue des enrouleurs et pivots crachant de l’eau en pleine canicule. À titre d’exemple, ce sont 100 millions de m3 qui ont été utilisés par l'agriculture en 2018, année très chaude et sèche ; dans des années plus « normales », la consommation oscille davantage entre 50 et 100 millions de m3 annuels. Le reste de la consommation, ce sont 300 millions de m3 répartis entre tous les autres usagers de l’eau du territoire.

En parallèle, environ 400 m3 d’eau sont injectés chaque année à travers les différentes prises d’eau connectées au Rhin dans les canaux construits initialement pour soutenir l’agriculture dans le département. Des droits d’eau agricoles qui profitent à tous puisque, au final, ils permettent à la nappe de se recharger de mois en mois et ainsi rester stable d’une année à l’autre. « Il faut bien avoir à l’esprit que ce sont les ouvrages hydroélectriques sur le Rhin qui vident la nappe. D’où l’intérêt de mesures compensatoires financières », affirme Georges Walter. « Il faut donc déconnecter l’usage agricole de ces canaux de la problématique qui, elle, est invisible. Dès qu’un comité sécheresse a lieu, on focalise un peu trop sur notre profession, ce qui crée des tensions. Mais quand on a les bonnes explications, on y voit plus clair. Les droits d’eau agricoles que nous avons acquis sont devenus au fil du temps des droits d’eau environnementaux et sociétaux qui bénéficient à tous. Ces canaux sont indispensables à tout le monde. Il faut maintenant construire un système qui permette de gérer tout cela plus efficacement et dans l’intérêt commun », complète Michel Busch.

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